dimanche 29 mars 2026

Arthur Rimbaud et les rois mages jour 3 : le traité des imposteurs

La parole universitaire sur Rimbaud est confisquée par une génération ou deux qui publiaient dès le début de la décennie 1980, voire dans la décennie 1970. Steve Murphy, André Guyaux, Yves Reboul, Pierre Brunel, Benoît de Cornulier, Yoshikazu Nakaji, Louis Forestier, Jean-Luc Steinmetz ou Michel Murat sont des autorités depuis les années 1980, Cornulier a écrit un premier livre Effets de sens à la fin des seventies je crois et Théorie du vers date de 1982. Brunel publiait des livres d'histoire de la littérature française à destination du lycée que ma mère possédait l'année équivalente à la terminale en Belgique, ce qui renvoie à 1968-1969. Marc Dominicy publiait déjà lui aussi au milieu des années soixante-dix. Bref, on dirait que les rimbaldiens ont décidé de forme des professeurs inamovibles d'un éternel lycée Rimbaud. Avant eux, il y avait eu d'autres noms rimbaldiens qu'on les estime ou non : Bouillane de Lacoste, Etiemble, Antoine Adam, Margaret Davies, Antoine Fongaro, Jean-Pierre Giusto, etc., etc. Antoine Raybaud, Bernard Meyer ou Sergio Sacchi avaient eu une reconnaissance de pair, ainsi que Bruno Claisse, Marc Ascione et Jean-Pierre Chambon.
Avec la création de la revue Parade sauvageon peut observer le renouvellement sur plusieurs décennies. Or, il n'y a pas eu de nouveau rimbaldien reconnu majeur via cette revue, ni moi, ni Bataillé, ni Rocher, ni d'autres. Il ne s'agit que d'admettre une cour de collégiens face aux maîtres. A part moi, tout le monde montre patte blanche. Bardel qui est de la génération des maîtres ne découvre rien par lui-même, il est mis en avant. Frémy et Whidden ont été propulsés codirecteurs de la revue Parade sauvage avant même de s'être fait connaître. Toutes les citations qu'on fait d'eux par la suite ne découlent que du poste qu'ils ont occupé et qui leur a créé des avantages évidents. Et le retour d'ascenseur faisait que la revue célébrait son inventeur Steve Murphy par la voix de ses multiples moins continuateurs que reflets. Denis Saint-Amand a été à son tour propulsé codirecteur de la revue sans avoir jamais fait parler de lui auparavant, et il a même été éditeur en Garnier-Flammarion d'une édition de l'Album zutique. Sur l'Album zutique, je suis le spécialiste incontestable, je suis bien placé pour relativiser le livre Sociologie du Zutisme ou le dossier de notes du livre paru en Garnier-Flammarion. J'ai quantité de découvertes concrètes, et dans ce que s'attribue Teyssèdre j'ai des preuves de mon antériorité dans sa bibliographie. En 2021, on a eu l'apparition d'Adrien Cavallaro en codirecteur d'un Dictionnaire Rimbaud. Cavallaro n'est pas connu avant ce dictionnaire, maintenant il devient une référence incontournable, mais il n'a rien apporté de personnel, on lui offre un poste et on lui dit qu'il sera le porte-parole officiel du consensus rimbaldien. Il est à présent cité pour un article sur le titre Les Illuminations avec article où il ne fait que redire ce qu'a établi Murphy dans un article en réponse à Fongaro en 2004.
Scepi aurait pu être un nouveau rimbaldien reconnu, mais il reste à la marge et n'est pas tellement présent sur la revue Parade sauvage. Bienvenu n'a fait qu'un passage et a son blog. Moi, je suis dans les faits le meilleur, mais au plan de la reconnaissance c'est la banquise avec une surface sans aspérité.
 L'exception, c'est Alain Vaillant. Il est professeur à la Sorbonne, a sorti un livre sur Une saison en enfer et a codirigé le même dictionnaire que Cavallaro. Son livre sur la Saison n'est pas très bon, sauf sur "L'Eclair", il manque d'études personnelles vraiment personnelles ou sinon d'études personnelles qui ne soient pas dans les généralités mais qui correspondent à des études au plus près des textes. Scepi et Vaillant, j'aurais pu comprendre que ce soient des nouveaux patrons qui arrivent d'un coup. Mais Frémy, Saint-Amand et Cavallaro, c'est pas des successeurs. Les dés sont pipés, c'est toujours une revue qui est la voix de son maître, Steve Murphy. Dans les éditions courantes ou savantes, vous lisez les avis exclusifs de cette génération que Rimbaud appellerait de... messieurs : Brunel, Forestier, Guyaux, Murphy, Steinmetz, Borer.
Pour l'établissement du texte, c'est eux qui décident. Ils ont décidé les crochets ou "de daines" pour un vers de "L'Homme" juste", la leçon "mène" de Berrichon, la non reconnaissance du point d'exclamation dans "Amour ! force" pour "Angoisse", la non reconnaissance de la signature "PV" pour "L'Enfant qui ramassa les balles..." Solidaire d'un des leurs, Jean-Jacques Lefrère, ils se sont tus tout le temps qu'a duré l'affrontement sur la photographie du Coin de table à Aden, alors que certains savaient que Lefrère essayait de l'imposer sans preuve, alors même qu'ils avaient dit ne pas y croire en privé.
Je rappelle que tous ces messieurs quand ils vont à la Sorbonne ne sont pas en mesure d'identifier la chambre de Rimbaud à l'Hôtel de Cluny qui était au rez-de-chaussée et pas au troisième étage, la mansarde ne concernant que l'appartement rimbaldien suivant. La pièce se situait là où est l'actuel salle de petit-déjeuner de l'hôtel. Elle n'était pas encore démolie au début des années soixante-dix. Les rimbaldiens qui allaient à la Sorbonne avant le milieu des années soixante-dix, ils ont raté quelque chose.
Mais passons.
Ils protesteront de leur amour pour les poésies de Rimbaud, il ne faudrait pas les ombrager, et patati et patata.
Je ne sais pas comment ils accommodent leur goût pour la vassalité, la féodalité avec leur exaltation à lire des poèmes communards ou révolutionnaires de Rimbaud. Il y a quand même quelque chose qui sonne faux. Puis, caviarder en "de daines" le texte de "L'Homme juste" en mettant sa susceptibilité plus haut que la valeur littéraire de Rimbaud, faut le faire !
 
Je reviens sur l'article de Cavallaro à propos du vers qu'il croit encore à déchiffrer de "L'Homme juste".
Dans le résumé, il dit qu'il propose une solution. Dans la première page, il dit que je n'ai fait que faire progresser le déchiffrement et dans la note 1 au bas de cette même page il remercie Benoît de Cornulier et Steve Murphy, deux messieurs au sens rimbaldien, qui "ont conduit à l'élucidation de ce vers."
Je ne reviens même pas ici sur le fait qu'ils se trompent, que la leçon est bien "ou daines", car ce que je pointe du doigt c'est que la solution à la fin de l'article est "de daines" avec une virgule à ajouter devant. Autrement dit, Cavallaro dit explicitement qu'il propose la solution de Cervoni avalisée par Guyaux en 2009 qui me l'a attribuée malgré tout. Je sais que c'est Cervoni qui a lu "de daines", elle me l'a dit lors du colloque Les Saisons, et je lui ai répondu que c'était écrit "ou daines" et que la leçon "de daines" ne doit pas m'être attibuée. Cervoni n'est pas une nouvelle rimbaldienne, elle est un relais d'André Guyaux, mais c'est elle qui a cru lire ",de daines" et Guyaux lui a fait confiance à tort. D'ailleurs, quand vous voyez qu'est traitée aussi cavalièrement une information, vous, mes lecteurs intelligents, une partie seulement de mes lecteurs, vous vous dites que à tous les coups c'est une gaffe énorme qui va se retourner contre le personnage désinvolte. Cornulier, Murphy, Cavallaro, non, pas du tout ! Ils ne se méfient pas, ils applaudissent la désinvolture. Donc Cavallaro se réapproprie la leçon de Cervoni/Guyaux par un article qu'il croit de... mise au point ! Il nous y ramène, mais il faut le créditer pour le voyage. Et dans une note 1 de bas de page, il félicite la participation de Murphy et Cornulier. Mais en quoi Murphy et Cornulier ont-ils été utiles ?
Cornulier a eu un courriel de ma part sur l'article de Cavallaro, je n'ai pas eu de réponse. Je me disais qu'il se défausserait peut-être en disant n'avoir participé à la réflexion que sur les points métriques, sauf que Cavallaro me reconnaît tout le reste, l'ajout au vers du "O" non édité jusque-là, la césure acrobatique sur "ces". Il a fallu remercier Cornulier pour l'avoir interrogé sur la légitimité de mon analyse métrique du vers ? Parce que c'est ça que signifient les remerciements de Cavallaro, je vérifie auprès d'un métricien supérieur que ce que dit Ducoffre est valide sur le vers à déchiffrer de "L'Homme juste". Mais, à la fin des fins, pourquoi Cornulier est-il remercié puisqu'il n'a rien apporté de différent ni à ce que j'ai établi ni à ce qu'on établi par-dessus moi Cervoni et Guyaux ? J'aimerais qu'on m'explique. Et c'est pareil pour Steve Murphy. Il a amené à l'élucidation de quoi ? Cavallaro, Murphy et Cornulier se congratulent d'avoir élucidé un vers alors qu'ils ne font qu'enregistrer la solution erronée de 2009 de Cervoni et Guyaux. Cavallaro se flatte de devenir bientôt un éditeur des poésies de Rimbaud, cela fait bien d'avoir un article de déchiffrement personnel du manuscrit, sauf qu'il n'y a rien. Il ne fait que ramener à ce qui est déjà publié en 2009 dans la collection de La Pléiade. Pareil pour le titre Les Illuminations, il ne fait que renforcer ce qu'a établi Murphy en 2004. Il peut se vanter de quoi concrètement au plan du déchiffrement ?
Il fait simplement l'historique des interventions contradictoires de ces dix-sept dernières années et il se trompe sur toute la ligne. Et il se contente d'exhiber des "d" manuscrits de Rimbaud alors qu'il sait que le débat doit consister en une confrontation entre les "o" et les "d", confrontation sans appel. Il affirme absurdement qu'un point qui transperce le manuscrit du recto au verso donne l'illusion de lire un "u", ce qui est faux, et il prétend lire un "e" alors que non seulement il n'y a pas le trou de la boucle d'un "e", mais il n'y a même pas la forme d'un "e" où le trou intérieur de la boucle serait absent parce que la boucle trop recourbée sur elle-même. A côté du "ou", il montre six "de" sinon "des" manuscrits rimbaldiens où systématiquement on reconnaît la forme et la boucle d'un e. Il n'y a pas de boucle dans le "ou" qui est un "ou", pas un "de".
En clair, la revue Parade sauvage porte ce nom non parce qu'il s'agit d'études rimbaldiennes mais parce qu'il s'agit de prestations de clowns.
Dans le même numéro de la revue, on a droit à un article d'Yves Reboul qui nous parle très évasivement de la pagination des Illuminations et qui parle aussi de la découverte de Bienvenu d'un recopiage tardif des Illuminations avec Nouveau en janvier-février 1875, puisque les "f" bouclés sont absents de la lettre à Andrieu du mois de juin 1874, qui correspond à la fin de la cohabitation de Nouveau en Angleterre avec Rimbaud. Reboul fait une très belle trouvaille qu'il exhibe en énigme dans le titre de son article. Nouveau a fait une image sur les visages alpestres des ardennais parce qu'il était dans les Ardennes lors de l'hiver plus rigoureux du début de l'année 1875. Mais, en revanche, à la lecture du reste de l'article, je ne considère pas que Reboul avance une thèse nouvelle sur la raison du silence de Rimbaud, puisque je le dis moi-même depuis longtemps que Rimbaud a arrêté la poésie parce que tout horizon lui était fermé, et il faut y ajouter la dispute lors de son passage à Paris en 1875, chose dont j'ai déjà parlé. Je considère aussi que les considérations sur les raisons de la colère de Rimbaud contre Nouveau sont hypothétiques et que le silence conservé vis-à-vis de Richepin est peut-être un peu monté en épingle. Certes, par la lettre de Verlaine qui en parle, on sait que Nouveau a été dépositaire des manuscrits, il serait en charge de leur trouver un éditeur, mais ça ce n'est jamais que le prétexte que Rimbaud a envoyé au visage de Verlaine pour le vexer. Qu'est-ce qui vous permet de prendre tout ça au premier degré ? Oui, Rimbaud aurait pu demander à Verlaine de les lui envoyer, mais à quelle adresse ? Et envoyer les manuscrits à Bruxelles à Nouveau, c'était pas impertinent, mais cela supposait que Rimbaud écrive ses directives à Nouveau. Il y a une volonté de croire que dans les lettres les phrases sont simples et univoques. Nouveau allait faire publier Les Illuminations. Il était plus indiqué que ce soit lui qui le fasse que Rimbaud. En quoi ? Financièrement ? On ne sait même pas ce qu'il s'est passé pour ce dossier de manuscrits entre 1875 et 1878 après l'envoi à Nouveau. On ne sait rien du tout !
Ce 29 mars, sur son site Arthur Rimbaud, Alain Bardel qui, si Murphy est Mendès, doit être entre Emile Bergerat et Eugène Manuel a pondu un nouvel article à rallonge sur les manuscrits des Illuminations.
Moi, je me bats sans aucune visibilité réelle. Bardel a déjà publié plein d'articles sur son site, il en a publié dans des revues, il a publié une édition fac-similaire et un livre va sortir le 10 avril. Mais il éprouve le besoin aussi d'y revenir sans cesse sur son blog. C'est son sujet quasi exclusif, en-dehors de comptes rendus. Il ne parle même pas du sens des poèmes, ce qui est assez inquiétant quant à l'idée du contenu du livre à venir. Il noie en réalité le poisson, puisqu'il fait un long article sans mettre en avant l'essentiel le séquencement visible des manuscrits en fonction de la publication par livraisons dans la revue La Vogue. Il ne fait même pas un article pour répondre à des objections. Il ressasse. Le seul truc sur lequel je m'attarderais, c'est l'écriture du titre "Veillées", mais on s'en épargnera la peine. Bardel fait comme Cavallaro il assomme son lecteur de photographies de chiffres 2. Rimbaud appellerait ça "s'enfoncer jusqu'aux yeux dans la source de soie". Ce n'est pas une méthode d'analyse. Il n'y a rien de rigoureux. C'est juste un étourdissement travaillé par de l'autoconditionnement qui entretient l'autoconditionnement.
Or, Bardel prend un non rimbaldien, mais un très officiel personnage, puis il le dézingue en énumérant les choses avec lesquels il devrait être d'accord avec Murphy, Reboul et un peu Murat contre Guyaux et un peu Murat, donc des messieurs rimbaldiens des années 80. Bardel ne pense qu'au sein de l'establishment. C'est hallucinant ! Il y a des personnes autorisées, le reste c'est du public. Et comme je faisais remarquer le système absurde des congratulations de Cavallaro, Murphy et Cornulier pour une élucidation qui si elle n'était pas erronée ne serait pas du tout de leur fait, ici Bardel implique une démonstration de Bienvenu, mais Bienvenu n'est cité que pour ce qu'il apporte. A aucun moment, Reboul ou Bardel ne soulignent que Bienvenu démontre avec ma participation que la pagination n'est pas autographe. Il y a un catéchisme comme à l'église où on arrange les pièces, tous les morceaux sont cousus proprement, on ne laisse rien dépasser. On lit l'article de Bardel du 29 mars et rien d'autre, on croira Bienvenu acquis à la pagination autographe. En clair, Bardel écrit des articles qui se veulent des textes sacrés. C'est du droit religieux canonique appliqué à Rimbaud, et en parlant de canon à boulets forcés.
Parade sauvage, donc ! c'était du cirque ! Et dire que j'y ai participé. Boah ! j'aurai été bête de cirque dans ma vie, c'est toujours mieux que rien !

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire