Pendant quelques années, mes articles rimbaldiens publiés avaient tous pour sujet les poèmes en prose de Rimbaud, et parmi tous ces articles, celui sur "Aube" était celui qui était le plus loué, au plan des échanges privés évidemment. Et pourtant, mon article n'a pas atteint son objectif de remettre en cause la lecture négative de ce morceau enchanteur.
Les rimbaldiens restent dans l'idée que le réveil à midi rejette brutalement toute la création qui précède. J'ai opposé des arguments logiques très fermes à cet état d'esprit.
Premièrement, nous passons de l'embrassade de l'aube d'été à midi. L'été est l'équivalent de midi au plan des saisons.
Deuxièmement, comme la prose liminaire d'Une saison en enfer, la phrase : "J'ai embrassé l'aube d'été" est une idée du poète postérieure à son réveil à midi. Il annonce avoir réussi, ce premier alinéa étant donc le présent, quand tous les autres alinéas jusqu'au dernier décrivent un récit au passé : "Au réveil, il était midi."
Troisièmement, Rimbaud, comme d'autres poètes (ce sujet concerne aussi "Nocturne vulgaire", mais cette fois avec une approche plutôt satirique), privilégie les pouvoirs du songe, il part d'atteindre en voyant la plénitude du grand songe dans sa grande lettre du voyant, le 15 mai 1871. Les rimbaldiens partent d'une opposition primaire du rêve et du réveil, alors que l'idée est d'une puissance de germination au sein du rêve, ce qui, du coup, n'est pas incompatible avec une poursuite de l'action au réveil.
Quatrièmement, avec mon intelligence spontanée de lecteur, j'expliquais clairement l'importance de la diffusion de la lumière dans ce poème : "une fleur qui me dit son nom", cela veut dire qu'elle renvoie la lumière du jour et qu'elle se révèle aux yeux du poète, et en même temps c'est l'équivalent du poème "Stella" donné comme la limite du vu chez Hugo où une fleur dit au poète qu'une étoile est sa sœur. Dans le même ordre de déploiement de mon intelligence de lecteur, je faisais remarquer que la chute au bas du bois était moins un échec que l'achèvement de la diffusion de l'aube à l'étendue terrestre. Et cette chute se doublait d'un sens érotique qui plus est.
Les rimbaldiens ont un problème de lecture spontanée que je m'explique mal, mais je remarque qu'ils sont en quête d'interprétations des poèmes où le poète ne jouerait pas avec la fantaisie condamnée comme mensonge. Rimbaud ne serait intéressant qu'en tant qu'écrivain positiviste. Accepter le merveilleux dans ses poèmes, c'est faire le jeu des lectures ésotériques qui prennent au premier degré l'idée de la voyance chez les poètes. Cela me laisse perplexe.
Si Rimbaud considère la fantaisie comme mensonge à proscrire, alors il lui suffit de ne rien écrire comme poème, non ?
**
Cet article est court, mais je travaille encore ce soir et demain, j'ai fait plus qu'un temps complet et j'ai fait des heures supplémentaires. Dimanche soir et lundi, je pourrai un peu prendre de l'avance, puis samedi prochain.
Je prépare aussi une réaction au-delà de ce blog contre la lecture "de daines". Je ne vais pas laisser passer ça, je vais lui donner toute la publicité voulue. Je sais faire.
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire