mardi 3 mars 2026

Calendrier de l'avant J-22 : "Fairy" et féerie !

 Je risque de ne pas pouvoir retranscrire assez rapidement les textes pour ma série sur Les Répétitions de mots dans Les Illuminations et je prévois une intervention sur "Nocturne vulgaire" qui va me prendre du temps aussi. Je décide donc de temporiser avec cet article où je reviens sur le titre "Fairy".
Le titre "Fairy" est souvent présenté comme une énigme lexicale par les rimbaldiens, parce que le mot en anglais veut dire "fée", mais il peut aussi avoir le sens adjectival "féerique" qui ne nous limite plus aux fées. Et les rimbaldiens sont vraiment nombreux d'après mes sondages à penser spontanément que le mot "fairy" est un calque pour le simple "féerie".
Personnellement, je ne vois pas trop où est le problème de la notion de fée. Pourquoi Hélène ne pourrait-elle pas être une fée ? Et si le poème est féerique, c'est précisément en fonction de cette entité féminine Hélène. Je ne vois vraiment pas le titre comme un problème lexical à résoudre. En revanche, oui, je pense qu'il est très clairement assimilé au français "féerie" par Rimbaud. Ceci dit, Rimbaud aurait pu écrire le mot en français en titre au poème, ce qu'il n'a pas fait.
Pour le personnage d'Hélène, je le considère comme un équivalent de la Raison, de "Being Beauteous", de "Génie", de la "voix féminine" dans "Barbare", de la mystérieuse "Elle" dans "Métropolitain", de "l'aube d'été" dans "Aube", etc. Je me défie fortement des rapprochements avec des textes de Mallarmé ou de Poe, et j'ai remarqué que la plupart des rimbaldiens qui parlent de "Fairy" ces trente dernières années font de même. L'idée d'une allusion à "Hérodiade" de Mallarmé est fragile, voire douteuse, tandis que l'idée de renvois à des poèmes intitulés "To Helen" de Poe n'aboutit qu'à des considérations biaisées dérisoires. J'estime tout de même qu'il y a une base, l'idée de conjuration fait songer à Hélène de Troie pour laquelle tous les grecs partent en guerrer, et cela se double évidemment d'une idée de beauté. Après, il s'agit de l'Hélène de ce poème-là de Rimbaud et non d'un personnage mythologique que Rimbaud traite à son tour. Voilà comment je perçois les données du poème.
Il est temps d'en revenir au titre "Fairy".
Je l'ai dit : je vois un lien entre les poèmes "Fairy" et "Scènes" à cause de l'emploi du nom "féerie" dans ce dernier et de l'écho entre d'un côté des "oiseaux muets" face à une barque et de l'autre des "oiseaux comédiens" corrigé en "oiseaux des mystères" face aux "embarcations des spectateurs". Et je relie évidemment "Scènes" à "Nocturne vulgaire", et prochainement je parlerai aussi du titre du poème "Nocturne vulgaire", mais chaque chose en son temps.
Seulement, le nom "féerie" apparaît encore dans d'autres poèmes des Illuminations, notamment dans "Ornières" où une troupe de cirque ambulante est décrite. On y trouve, de mémoire, l'expression : "Défilé de féeries". Mais il y a une mention du mot "féerie" qui a vraiment retenu toute mon attention dans le poème "Angoisse" : "Que des accidents de féerie scientifique et des mouvements de fraternité sociale soient chéris comme restitution progressive de la franchise première ?..." Ce rapprochement m'amène à traiter une équation qui me fait conclure que, dans "Fairy", nous avons affaire à une idée de quête pour une restitution de la franchise première, quête que le poète prend plus au sérieux que les "accidents de féerie scientifique". Notez qu'un autre poème contient une mention au pluriel du mot "féeries", il s'agit de "Solde".  Le mot "féeries" est significativement coordonné à "sports" et "comforts" dans une phrase qui véhicule aussi le nom "mouvement", nom qui est le titre d'un poème associant "sport" et "comfort", mais nom que nous venons déjà de mentionner en citant la phrase de "Angoisse" qui contient le nom "féerie" : "Que des accidents de féerie scientifique et des mouvements de fraternité sociale..." Je cite "Solde" : "A vendre les habitations et les migrations, sports, féeries et comforts parfaits, et le bruit, le mouvement, et l'avenir qu'ils font !" On connaît ce vers de "Mouvement" : "Le sport et le comfort voyagent avec eux ;" mais il y a aussi ce vers où figure le nom "accidents" : "Aux accidents atmosphériques les plus surprenants[.]" Il est assez claire que "Mouvement", "Solde" et "Angoisse" tiennent des propos satiriques, et cette note semble concerner aussi le poème "Scènes". "Fairy" est un peu un contrepoint à ces pièces satiriques, de prime abord. Il faudrait évidemment interroger de manière plus poussée deux expressions clefs du poème "Fairy" : "le sein des pauvres" et "les légendes du ciel". Ce sont deux clefs de compréhension du poème particulièrement importantes.
Sinon, j'ai été frappé par la ressemblance entre "Fairy" ou "féerie" et l'adjectif "fériale" employé dans "Entends comme brame..." On connaît tous l'adectif "fériés", mais l'adjectif "fériale" au féminin est un peu inhabituelle et il est coordonné avec l'adjectif "astrale", ce qui nous vaut une rime interne à partir d'un suffixe commun. Et justement, dans "Fairy", nous avons un jeu sur la terminaison "-al" qui approche de l'idée de la rime : "ornamentales" d'un côté et "silence astral" de l'autre, avec cet adjectif "astral" qui donc reprend l'adjectif couplé à "fériale", mais au féminin, dans "Entends comme brame..." Je trouve cette coïncidence troublante...

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