lundi 15 juillet 2024

Les Chants de l'aube de Ricard, 1862 (Partie 1, où il sera question de la Charogne de Baudelaire...)

 Il m'était impossible de déchiffrer les épigraphes en tête du recueil Les Chants de l'aube de Louis-Xavier de Ricard, les fac-similés de la première de couverture et de la fausse page de titre sont illisibles tant sur le site Wikisource que sur le site Gallica de la BNF. J'ai pu remédier au problème grâce à un fac-similé plus net fourni sur Googlebooks, et j'en profite pour vous faire profiter de leur transcription ci-dessous.
Je transcris la page de faux-titre : Louis-Xavier de Ricard / Les Chants de l'aube dédiés aux jeunes filles. Je vous éparnge les informations "Poulet-Malassis", "1862", etc., et je vous livre donc la trois épigraphes telles quelles, sans aucun respect de la mise en page, ce qui m'intéresse c'est le déchiffrement du texte :

- L'aube d'une nouvelle ère se lève pour l'humanité
 (***)

- Des leçons du passé l'avenir se féconde ;
Un monde rajeuni sort des flancs du vieux monde
J'entends des nations l'irrésistible vœu ;
La liberté de l'homme est un décret de Dieu !
(NEPOMUCENE LEMERCIER, Moyse ch. IV)

Mon livre, comment parais-tu
Paré de ta seule vertu ?
Car, pour une âme favorable,
Cent te condamneront au feu,
Mais c'est ton but invariable
De plaire aux bons et plaire à peu !
(AGRIPPA D'AUBIGNE, préface des TRAGIQUES.)

Ricard appréciait des plumes en marge du romantisme telles que celle de Népomucène Lemercier, j'observe que les noms d'auteurs sont en majuscules, mais pas le nom "Moyse", titre d'œuvre pourtant.
Pour l'hémistiche zutique rimbaldien : "L'humanité chaussait le vaste enfant Progrès", la première épigraphe, un propos inédit de Ricard lui-même, a de l'intérêt, vu sa place en tête de recueil, vu qu'elle réunit le mot "aube" du titre du recueil au mot "humanité" repris dans le vers parodique rimbaldien. La citation de Népomucène Lemercier flatte peut-être une lecture plus obscène de l'alexandrin zutique, mais je n'ai ressenti aucun lien évident. Toutefois, je voulais faire une remarque. L'idéologie du progrès ou l'idée chrétienne de providence tendent à justifier les douleurs du présent au nom d'un accès à un bonheur futur. Personnellement, je ne vois pas en quoi la vie des derniers arrivés est plus importante qu'une quelconque vie des générations antérieures. Si Dieu sacrifie le présent pour une humanité finale, c'est jamais qu'un salopard. Evidemment qu'il peut y avoir des sacrifices pour le futur, mais que pèse le bonheur de la dernière génération face aux souffrances de toutes les générations antérieures, à supposer qu'il y ait un bonheur final ?
Enfin, passons.
Notez que dans les pages consacrées au catalogue de l'éditeur nous avons une suite amusante : ouvrages de Théodore de Banville, une publication de Barbey d'Aurevilly, et non pas Pommier mais Bassinet pour un recueil de poésies intitulé Fantaisies et boutades.
Ce qui m'intéresse également, c'est la table des matières, car il y a une distorsion avec le déroulé réel du recueil, et cela concerne précisément les vers dont Rimbaud s'est inspiré.
Donc, à la page 7, nous avons un sonnet liminaire "Amour", dont j'ai déjà souligné les liens avec la création du sonnet "Monsieur Prudhomme" par Verlaine l'année suivante : "père et mère" / "maire et père de famille". Puis, à partir de la page 9 débute une conséquente préface en prose intitulée : "Préface dédicatoire aux jeunes filles". J'aurai quelques extraits à citer de cette préface.
Enfin, le recueil proprement dit peut commencer avec une section "Ouverture / Poème en neuf motifs", dont le premier poème est lancé à la page 43. Je liste les pièces de cette partie intitulée "Ouverture" et j'accompagne mon relevé de commentaires en bleu :

A Elle.
L'épigraphe est illisible, je verrai plus tard sur Google books, épigraphe de Jasmin, avec mention de Sainte-Beuve si je déchiffre bien. Il s'agit d'un poème en alexandrins à base de quatrains aux rimes croisées ABAB. Une numérotation en chiffres romains divise le poème en trois groupes de six quatrains.
Dans les vers de ce poème dédicacé à une "vierge" anonyme, Ricard envisage clairement son public de jeunes filles. Il admire une vierge fidèle à l'ancienne foi que lui ne partage plus. Et il lui demande de l'accepter ainsi ("Ne me dédaigne pas") et de coopérer malgré cet état de fait. Sans y voir une source, la comparaison avec "Credo in unam" est bien sûr utile : ici, la femme est un "soleil" dont les "rayons sacrés" "guident vers le bien" notre poète et c'est en même temps une rose parfumée venant du cœur qui "console" celui du poète. Celui-ci en fait sa "Béatrix" l'élevant au "suprême idéal" tout en lui demandant "pardon" de fuir les autels de la religion. Pensons quelque peu à la fin de "Voyelles" également en lisant de tels développements métaphoriques. Ricard ne fuit pas seulement les autels, il maudit les prêtres du culte. Il dit aux croyants : "relevez-vous car vos dieux sont passés !" Je cite à dessein la métaphore de l'impératif "relevez-vous". Toujours sans chercher à identifier une source, toujours pour alimenter la réflexion par des comparaisons d'époque, je relève le quatrain proche en image de passages des "Pauvres à l'Eglise" de Rimbaud : "Ni le soleil jouant dans les vitraux gothiques / Et dorant les autels d'un reflet jaunissant ; / Ni l'écho des tombeaux qui répond aux cantiques / Et répète les sons de l'orgue en gémissant[.] Rien ne parle à Ricard qui se dit "inquiet seulement d'avenir" en toute fin de mouvement I. Après son portrait, dans le mouvement II, le poète s'intéresse à l'attitude pieuse de la "Madone aux blanches mains". Le troisième mouvement confirme le refus du poète de se soumettre à la foi de celle qu'il aime, il différencie nettement le fait de croire à Dieu de la foi en la religion officielle. Ricard revendique une foi et une croyance en Dieu, mais sa sincérité l'oblige à refuser le temple et c'est une façon pour lui de montrer qu'il croit en la femme aimée. Le raisonnement est malheureusement assez spécieux, puisqu'il propose de laisser la question de la foi de côté et déclare : "Marchons vers le bonheur ! aimons-nous ! aimons-nous !" Rimbaud n'emploie pas le verbe "marcher" dans son monostiche zutique, mais l'idée est sous-jacente et le verbe "marcher" fait partie de la source : les deux vers du poème "L'Egoïste" que nous traiterons prochainement. Enfin, Ricard se prétend implicitement un prêtre d'une foi nouvelle quand il conclut en célébrant le poète en tant que "fils de l'amour" face auquel la tempête se tait pour écouter sa voix.
A M. le comte Alfred de Vigny
Alfred de Vigny décédera l'année suivante en 1863 si je ne m'abuse. Il ne faut pas oublier que Vigny a précédé à tout le moins Hugo et Leconte de Lisle dans la production des poèmes philosophiques et qu'il revendiquait ce fait. Vigny inventait des poèmes qui portait l'appellation de genre "Elévation". Toutefois, les poèmes philosophiques étaient courants au dix-huitième siècle, avec en particulier plusieurs pièces bien connues de Voltaire, et Lamartine s'inscrivait déjà dans cette continuité avec Méditations poétiques ou "Mort de Socrate". Il s'agit ici d'un sonnet avec l'organisation classique des rimes pour les tercets. Les quatrains sont en rimes croisées. Je ne vais même pas éviter de rapprocher les tercets du poème "Les Corbeaux" : "Le chêne, arbre clément, reçoit dans son feuillage / Tous les oiseaux fuyant la foudre et les éclairs. [...] Sous votre ombre, laissez se reposer mes vers [...]"

Dans l'économie du recueil, le titre "Ouverture" est repris, contrairement à ce que montre la table des matières. Nous avons une épigraphe tirée du poème "Paris" de Vigny, je la déchiffrerai à une autre occasion.

Premier Motif. - Au lecteur
Le Premier Motif fait penser au Comte Gormas face au futur Cid avec la formule ressassée : "le sais-tu ?" Dans Le Cid, la question "le sais-tu" est dans la bouche de Rodrigue, mais Gormas fait mine de considérer que Rodrigue est trop jeune pour se battre, alors qu'il s'agit d'une sorte de mise à l'épreuve, de défi même. Ici, Ricard dresse un portrait peu flatteur du lecteur. S'il ne l'accepte pas, il continue sa lecture, en gros. Je relève aussi l'expression "père de famille" dans un passage sur l'intérêt pour l'or qui me fait conclure que ce poème intéresse aussi l'étude critique du sonnet "Monsieur Prudhomme" de Verlaine.
Deuxième Motif. - L'Apôtre
Cette pièce, elle aussi en rimes plates, se sert de la référence au martyre de Jésus, condamné par la foule qu'il venait sauver. Je relève la rime en "ces temps positifs": "en somme" / "l'homme" : et le poète en somme, en ces temps positifs, c'est l'Idéal fait homme !" Vu qu'il s'agit d'un propos tenu par des historiens qu'admire Ricard, son ironie est ici quelque peu problématique. L poème fourmille d'emplois métaphoriques exprimant l'idée d'une marche de l'humanité sous la conduite d'un guide providentiel "et pour suivre tes pas", "Il vient pour vous guider vers un autre avenir". On peut relever aussi qu'il est "instruit par le silence et par l'immensité" ou cette sentence : "Un repentir sincère enfante la clémence[.]"
Troisième Motif. - Le Martyre du Juste
C'est l'occasion de mentionner "Ahasvérus", le personnage du Juif-errant, sujet romanesque pour Quinet. Ricard offre un cas rare de segmentation (notée +) à la Hugo (ou à la Agrippa d'Aubigné) de l'alexandrin : "Oui, c'est juste ; ce peuple + a raison ; moi j'ai tort[.]" Cela se poursuit un peu plus loin dans deux vers à la André Chénier avec un petit effet de cacophonie "tout" répété : "C'est juste ; tout à coup + tout tressaille ; un grand cri / Fait trembler l'univers : Lamam Sabactani ! / Lamma sabactani [...]" Le jeu sur la répétition est bien amené pour une fois de la part de Ricard, il vient aussi de Chénier : "Elle est au sein des flots" dans "La Jeune Tarentine". Je vais éviter de parler de "L'Homme juste" ici, je cite en tout cas les métaphores qui intéressent notre monostiche zutique : "Et qui, vers l'avenir s'avançant à grands pas, / Entraînera tous ceux qui ne le suivront pas !" Ou encore : "L'esprit de l'avenir qui s'éveille à sa voix." Et je cite le dernier vers qui a du sens lui aussi, puisque à l'opposition présent et avenir qu'il articule répond l'opposition passé et présent du monostiche rimbaldien : "Si le présent est sourd, l'avenir les entend !"
Quatrième Motif. - Le Devoir des Poètes
Les premiers vers sont un développement immédiat de notre métaphore de la marche en avant providentielle : "Or, celui dont le cœur est triomphant du doute, / Doit, sans se détourner, continuer sa route, / Et, sans jamais hâter ni ralentir ses pas, / Ferme, marcher au but qu'il sent et ne voit pas." J'évite à peine de rapprocher l'image du poète comme nautonier habile du "Bateau ivre".
Ici, j'intercale un passage qui parle de la suspension de l'impératif de clémence face à l'adversité de l'égoïsme, passage donc à méditer dans notre perspective zutique :

Dans ce siècle, où l'on voit qu'une autre ère commence,
N'ayons que la justice et jamais la clémence,
Et ne ménageons pas, quels que soient nos penchants,
L'égoïsme, le vice et surtout les méchants.
Mais quand le jour viendra de la lutte finie,
Quand le monde ancien râlera l'agonie
Nous, vainqueurs, nous pourrons rompre alors sans danger
Le doux pain du pardon et vous le partager.

Le monostiche zutique est écrit après une terrible répression de la Commune à laquelle adhéraient Rimbaud, Verlaine et Ricard.
Je relève aussi pour "Paris se repeuple" ou "Le Forgeron" des expressions telles que "Calmes dans notre force".
Et voici un troisième vers à rapprocher du premier vers de "Monsieur Prudhomme" ! Décidément ! Je cite : "Qu'enfin il plaise à Dieu, père et mère des hommes" !
La métaphore de la marche est mise en résonance avec l'idée d'une providence voulue par Dieu : "Marchons à l'avenir ! marchons ! marchons sans crainte !"
Cinquième Motif. - Encouragements aux Poètes
Je pense à citer le développement au début de ce cinquième mouvement. Ricard oppose l'action à la voix, et fait de la voix un moyen supérieur. C'est intéressant à méditer dans la perspective du monostiche zutique de Rimbaud. On peut être tenté de se contenter d'y lire une réaction d'ironie désespérée : "L'humanité chaussait le vaste enfant Progrès." Mais Ricard parle bien lui-même des martyres, de ceux qui tomberont avant que le futur ne s'éclaire. Ce qui est intéressant, c'est de se demander ce que signifie le vers de Rimbaud quand ce qui est affronté est moins le mur physique de la répression sanglante du mois de mai que le silence des poètes après l'événement. J'en reviens à mon idée d'interroger la signification littéraire du monostiche par rapport à une page de contributions faisant étalage des dissensions au sein des poètes parnassiens. Ricard écrit ceci : "Vos livres immortels servent mieux l'avenir / Que la prompte action qu'on voit sitôt mourir. / Le glaive peut rabattre, alors qu'elle se lèvre, / La révolution qui se fait par le glaive, / Mais jamais des tyrans les arrêts n'ont proscrit / Les révolutions qui se font par l'esprit. [...] Est-ce' dans le présent que le poète règne ?" Ricard fait écho aux Châtiments de Victor Hugo pour la vérité comme lumière inextinguible et sa phrase interrogative fait partie de ses réussites ponctuelles.
Je cite ensuite un passage intéressant. Le poète qui cède face à l'injustice, et se tait pour avoir le succès de quarante éditions n'aura pas de lendemain, et on se demandera un jour qui il est, et je cite maintenant directement des vers qui sont parmi les plus proches de la parodie zutique et ils ont beaucoup de sens, je cite deux vers puis il y a un blanc, et je cite les vers qui suivent immédiatement, voulant cerner l'articulation entre les séquences du poème :

[...]
Car ta gloire, ô grand homme ! - amère destinée !
Naquit, grandit, mourut... dans une même année !

Le poète, aujourd'hui, méconnu trop souvent,
Marche vers l'avenir, d'un pas certain, mais lent,
Et la Mort enfin, juste et mère de la gloire
D'un laurier immortel couronne sa mémoire[.]
Sixième Motif. - Les trois Amours
Spontanément, je trouve les premiers vers de ce nouveau motif particulièrement mal écrits. Il a dû rédiger cela au fil de la plume après une relecture de poésies d'Amédée Pommier. Mais je me sens obligé de citer un emploi de l'adjectif "vaste" : "Ce saint et vaste amour qui vous élargit l'âme", il s'agit d'un amour pour la femme. Et seconde obligation, appuyée par la métaphore de la marche, je me dois de citer la métaphore des nouvelles générations en "nouveaux enfants des hommes" : "Mais, nous autres, nous tous, nouveaux enfants des hommes / Nous comprenons l'amour autrement, et nous sommes / Les premiers défenseurs de ce culte nouveau, / Dont le christianisme a bercé le berceau. / C'est nous qui, surgissant au sein de la tempête, / Marchons à l'avenir, sans que rien nous arrête, / Et crions aux mortels, aveuglés de courroux, / "Voulez-vous vous sauver ? aimez-vous ! aimez-vous !"
Notons que Ricard reprend le mot d'ordre chrétien "aimez-vous" et le refus du progrès qui semble rendre incertain le futur vient d'une réponse de haine qui punit ceux qui prônent l'amour. Telle est la dialectique exposée explicitement par Ricard au sujet de cette marche à l'avenir.
Septième Motif. - La nouvelle Foi
Nous avons droit à une prosopopée où le collectif des poètes dit à la femme : "Nous tous, nous sommes tous + les chantres de l'aurore ; / La Foi marche, mais n'est + pas arrivée encore[.]" La césure rejetant l'adverbe de négation "pas" fait songer au Hugo de La Légende des siècles si je ne m'abuse. J'ai souligné la première césure, mais là pour dénoncer le traitement cacophonique du premier hémistiche.
Là encore, ce septième motif est à comparer avec "Credo in unam" pour ses questions sur l'énigme de l'univers et sa réponse par "l'Amour". Ricard met en scène aussi ceux qui ne croient en rien et donc même pas à la marche à l'avenir comme Progrès. C'est forcément intéressant à relever, puisque le monostiche de Rimbaud à l'imparfait joue précisément sur cette idée de croire ou ne pas croire en fonction du résultat présent. Nous pouvons noter également le lien très fort du sentiment d'immensité au sentiment d'amour dans le recueil de Ricard, ce qui permet de nourrir la lecture de l'adjectif "vaste" employé par Rimbaud. Enfin, il y a des vers évidents à relever comme ceux-ci, où Ricard raille les tenants des anciens cultes morts : "Pleurez si vous voulez ; mais vous ne ferez pas / Qu'au chemin du progrès nous arrêtions d'un pas !"
J'hésite pour l'instant à commenter grammaticalement "chemin du progrès", chemin qui fait faire le progrès, ou chemin qui mène au progrès. Dans le cas du monostiche zutique, l'humanité se vêt du progrès pour avancer.
On sent qu'il n'est pas évident de dire que Rimbaud raille tout uniment la poésie de Ricard dans son monostiche. Toutefois, en arbitre impartial, il faut tout relever, et justement la suite donne une idée possible de raillerie, puisque Ricard dit que les anciens dieux sont tombés. Le monostiche de Rimbaud dirait par l'imparfait du verbe "chaussait" que le dieu Progrès est lui-même tombé : "Votre religion, formule du passé, / Suit le destin commun, aux cultes imposé[.]" Chacun vient à son tour interroger le "Sphinx de l'avenir". Ricard revendique son temps en disant : "Laissez-nous achever notre œuvre qui commence, / Et préparer, sous l'œil du Dieu de vérité, / L'épanouissement d'une autre humanité ! / Hourra ! nous triomphons, et le monde agité, / S'ébranle sous ces mots : Amour et Liberté !" Et ces mots sont invités à traverser "l'immensité".
Il me semble évident que Rimbaud ne s'est pas contenté d'une lecture superficielle du recueil de Ricard. Quand il écrit son monostiche, il est nourri d'une lecture bien digérée d'au moins le premier recueil poétique de Ricard, et aussi d'informations précieuses venant de l'ami Verlaine.

Huitième Motif. - Anathème sur la Jeunesse d'Aujourd'hui
Le huitième motif a peut-être une certaine importance pour notre monostiche zutique. Le mot "charogne" est répété à plusieurs reprise, avec une occurrence de "pourriture", ce qui impose à l'esprit l'allusion au poème de Baudelaire célèbre à l'époque. Le vers qui contient les mots "charogne" et "pourriture" ensemble est flanqué d'une note "(3)". Malheureusement, ça ne coïncide pas avec la section des notes placée en fin d'ouvrage, à moins d'une erreur de transcription (3) pour une note (4) où Ricard se reproche le trait trop appuyé de sa satire de la jeunesse. Je verrai cela ultérieurement, je ne peux pas tout faire à la fois. Ricard combat la prostitution et célèbre la valeur du mariage, ce qui ne correspond pas ici au discours de "Credo in unam" par exemple. Ricard dénonce une "jeunesse" "aux progrès opposée". Sans remise en contexte, ce n'est pas un discours limpide et clair. On confondrait presque Ricard avec d'un côté pommier et de l'autre Belmontet qui écrivait contre la "jeunesse dorée de 1845". Toujours dans la référence à Baudelaire, je relève ce vers aussi : "La mouche en bourdonnant chante tes funérailles[.]" Ricard s'inspire aussi de vers de "Bénédiction", pièce placée au début des Fleurs du Mal : "Punissez-moi, Seigneur, pour avoir enfanté / cette dérision de monstruosité !" Cela ne me semble pas du tout anodin dans la perspective d'une étude du monostiche zutique comme la sentence de deux adeptes baudelairiens (Verlaine et Rimbaud) contre la naïveté sur le monde de Ricard. Ricard nous offre ici un trimètre à la manière du théâtre hugolien, le trimètre étant plus dans la construction phrastique d'ensemble que dans la symétrie, bien qu'il se fonde partiellement sur un jeu de répétition : "Ainsi soit-il ! Ainsoi + soit-il ! / Mais toi, poète, / [...]" Et cela enchaîne par notre métaphore habituelle qui est vraiment ressassée platement dans ce recueil : "Marche à l'avenir, marche ! et lève haut la tête[.]" Et cinq vers plus loin, nous avons : "Marche ! marche ! en avant ! au bout de ton chemin, / Vois l'Idéal sourire et te tendre la main : / Marche ! marche ! en avant ! Moïse humanitaire ! [...] A la Terre promise ! en avant ! en avant !" Qu'on songe au "à Berlin" de juillet 1870. Le leitmotiv finit par sonner comme un appel un peu vain de la part de Ricard. A force de se répéter, le lecteur perçoit un maladroit effort d'autopersuasion.

Neuvième Motif. - Conclusion
Bien que justifié par l'idée du beau en religion, le concept de beau par un Ricard mis sur le terrain des poètes est employé maladroitement avec un inévitable effet de comique ou d'absurde : "c'est le beau qui nous guide" ! Mais citons tout de même ce début de neuvième motif qui permet par sa dissociation de l'amour et de l'Eden de constater que l'amour n'est pas à la fin, mais il est un moyen d'atteindre à l'avenir, ce qui permet de sous-entendre une identification du vaste enfant Progrès au dieu Amour dans le monostiche rimbaldien, hypohèse qui reste en tout cas à éprouver :

     Oh ! oui ! c'est le beau qui nous guide,
     Le beau qui, la nuit et le jour,
     Nuage et comète rapide,
     A travers le désert aride,
Nous conduit à l'Eden que nous promet l'amour.

[...]
Nous interrogerons la raison collective
    De l'immortelle Humanité.
Ricard développe une dialectique de l'âme universelle où outre que les crimes de lèse-humanité sont à vaincre, l'amour "Détruit et réunit les différents atomes" et dans l'immense univers le Vide et la Mort ne sont que des fantômes parmi les changements divers. Et la "loi du progrès" est définie comme suit : la mort naît de la vie, et la vie de la mort, tandis que le mal s'unit au bien, mais, "sublime promesse" : "Le mal, moindre toujours, s'affaiblira sans cesse : / Il n'en restera rien !"
Ce discours enflammé cache un optimisme peu philosophique. Le monde n'est pas parfait, il suffit de penser qu'il est dans le processus qui l'amènera à la perfection. Le raisonnement est un peu facile, et cela n'excuse pas les souffrances injustes du passé et du présent de toute façon.
On rencontre un nouvel emploi de l'adjectif "vaste" : "Mêle toutes les voix dans ta vaste harmonie !" Sachant que "toutes les voix" suppose "l'humanité", le rapprochement n'est pas vain.
Et le motif se termine sur le rappel du désir amoureux de l'homme qui cherche sa moitié avec un rejet d'un vers à l'autre "Tourné" à la manière de Chénier et Malfilâtre.
"As-tu tourné autour de la maison de la belle ?" il y a bien sûr une allusion solaire...


Je reprendrai la description de la Table des matières et des poèmes en vers dans une deuxième partie. A suivre !

dimanche 14 juillet 2024

Le poème "Les Corbeaux" et des sources à chercher dans la presse, un sujet lancé par Cyril Balma

A la suite de mon précédent article sur "Ricard", j'ai reçu ce nouveau commentaire de Cyril Balma qui signale à l'attention des documents éventuellement utiles à une meilleure approche du poème "Les Corbeaux". Je vais activer les trois liens qu'il contient, vous pourrez en cliquant consulter les trois pages en fac-similé de journaux d'époque. Je cite donc le message (en bleu), puis tout en citant les passages clefs des pages de journaux en question, je ferai quelques remarques.

***

Bonjour,


Merci pour l’intérêt accordée à ma précédente intervention. J’attire cette fois votre attention sur deux sources des Corbeaux.

Récitée le dimanche 10 mars 1872 au théâtre du Vaudeville (1) dans le cadre d’une campagne de charité au profil du Sou des Chaumières, souscription nationale finançant la reconstruction des habitations détruites lors de la guerre contre la Prusse, la Chaumière Incendiée de François Coppée fera partie du Cahier Rouge en 1874 (2). Octosyllabe à rimes embrassées, ce poème, traitant des ravages de la guerre dans les campagnes sous la forme d’une prière, pourrait avoir inspiré (avec Plus de Sang) la composition des Corbeaux de Rimbaud. Il est probable que ces vers inédits de Coppée aient circulé sous forme de transcriptions ou via le programme de l’événement.

L’œuvre des Amputés de la Guerre est une autre souscription de ce type pour laquelle Coppée composa des vers inédits. Pour celle-ci, la récitation eu lieu le 3 avril 1873 à l’Odéon (3) ce qui semble exclure Aux Amputés de la Guerre des intertextes des Corbeaux (à moins du contraire).


***

Effectivement, c'est très intéressant de réagir à vos messages, puisque j'aimerais beaucoup fouiller comme par le passé les journaux d'époque.
Au sujet de François Coppée, je rappelle un problème persistant. Le dizain "Ressouvenir", apparemment la dernière contribution à l'Album zutique de Rimbaud, juste après "Les Remembrances du vieillard idiot", contient une rime au pluriel "redingotes" / "gargotes" qui est la reprise évidente de la même rime au singulier "redingote"/"gargote" du dizain "Croquis de banlieue" de François Coppée. La rime est en soi recherchée avec des mots rares, et elle figure dans deux dizains, sachant que la pièce de Rimbaud est par définition un "à la manière de Coppée". Or, la contribution rimbaldienne date du mois de novembre 1871 en principe, tandis que le poème de Coppée n'a été publié en recueil dans Le Cahier rouge que quelques années plus tard. J'ai déjà rembarré du rimbaldien qui soutenait béatement que c'est peut-être une coïncidence, qu'il ne faut pas chercher à tout prix une réécriture, etc. Non ! Il va de soi que la rime au pluriel chez Rimbaud fait partie d'une démarche parodique. Rimbaud avait pu lire quelque part le dizain "Croquis de banlieue", et songeons qu'il faut aussi, notamment à cause de son titre, le rapprocher de dizains de Verlaine transcrits dans son projet avorté de recueil Cellulairement. Rimbaud a dû lire une prépublication dans la presse ou il avait réellement accès à des manuscrits, ce qui m'étonnerait tout de même un peu. Il est vrai que je me pose la question de l'intervention d'Achille Jacquet, je pense que c'est lui le membre précis du Cercle du Zutisme qui porte ce nom, car à l'époque j'avais trouvé un récit où il était mis en scène et aimait dire "Zut" ! Malheureusement, impossible de remettre la main sur ce document depuis, tant internet est saturé de livres en ligne qui ne rendent pas facile la recherche algorithmique. Puis, moi, je n'ai pas la patience.
François Coppée avait encore une certaine aura au début du vingtième siècle et des thèses universitaires, des ouvrages critiques lui étaient consacrés, il existe une étude sur Coppée qui recense des dizaines et des dizaines de périodiques auxquels François Coppée a contribué, et j'aimerais reprendre cette recherche. De plus, je ne me contenterais pas de repérer les poèmes de Coppée, je prendrais le temps de parcourir les journaux ayant publié des poèmes de Coppée sources de parodies rimbaldiennes.
Il y a aussi un contexte. Après les événements de "l'année terrible", les pièces de poètes tels que Coppée et Glatigny sont particulièrement mises en avant durant quelques années. Dumas fils occupe aussi l'espace public, et dans les liens que vous nous procurez, j'observe que la pièce Les Frères d'armes de Catulle Mendès est située dans la continuité de Sardou et Dumas fils. Or, l'Album zutique témoigne d'un intérêt certain pour les préoriginales, les publications en plaquette et les nouvelles pièces montées au théâtre de François Coppée. L'intérêt pour les pièces de Glatigny est lui aussi d'actualité et cela s'étend à la rime "usine"/"cousine" des "Mains de Jeanne-Marie" qui vient du théâtre de Glatigny. L'influence des pièces de Dumas fils semble plus profonde qu'on ne le croit sur Une saison en enfer, comme je l'ai montré dans des études récentes sur les dernières phrases de la section "Adieu".
Bref, la presse parisienne et l'actualité des théâtres, c'est un excellent terrain d'investigation pour les rimbaldiens.
Pour le poème "Les Corbeaux", avant de poser la présence de Coppée, il faut faire le point. Il existe une lecture aujourd'hui récusée, celle selon laquelle les corbeaux seraient des prêtres. Cette lecture aurait été en germe dans le livre de 1986 de Steve Murphy Rimbaud et la caricature, ouvrage que je n'ai jamais consulté jusqu'à présent. Christophe Bataillé a fourni une lecture suivie de cet ordre sous forme d'article au début du troisième millénaire. Alain Vaillant l'a reprise à son compte, bien qu'il ne cite pas Bataillé, puis Murphy a publié lui-même une longue lecture allant plutôt en ce sens.
Cette lecture était très contestée dans les recensions d'Alain Bardel, mais elle l'était aussi par moi, par Fongaro. Reboul ne semblait pas y adhérer dans son livre Rimbaud dans son temps. Cornulier a publié une étude métrique sur les rimes des sizains, mais il ne s'est pas prononcé dans le débat il me semble. Enfin, il existe une source du côté de Léon Dierx, dans Paroles du vaincu, plaquette en octosyllabes. Je l'ai déjà signalée à l'attention, mais je ne pense pas être le premier à l'avoir fait.
En tout cas, j'ai publié un article distinct de la lecture anticléricale de Murphy, Bataillé et Vaillant. Moi, mon principe, et Cornulier m'avait cité pour ça, c'était de souligner le rapport entre le commentaire de Verlaine : "patriotique, mais patriotique bien", et l'articulation du discours du poème autour d'un "Mais" en attaque de sizain final. En gros, les premiers sizains sont une sorte d'apparente concession au "patriotique" officiel, et le "patriotique bien" apparaît avec la pirouette du dernier sizain.
Mon premier article sur "Les Corbeaux" avait aussi mis en avant les échos sensibles avec "Le Bateau ivre", et tout en soutenant une lecture contradictoire avec la mienne Murphy a renvoyé à mon article pour cette révélation dont il fait lui-même usage dans son commentaire. Il y a une rime "fauvettes de mai" / "soir charmé" qui reprend la rime "crépuscule embaumé" / "papillon de mai" du "Bateau ivre", à quoi s'ajoute la relation évidente de "Mât perdu" à "vaisseau perdu" ou "bateau perdu".
Ce n'est que plus tard, soit sur le blog Rimbaud ivre de Jacques Bienvenu, soit sur ce blog, mais je suis persuadé que c'est sur un article paru sur Rimbaud ivre, que j'ai mis en avant un lien que personnellement je trouve saisissant entre "Les Corbeaux" et la plaquette "Plus de sang", la reprise de la rime "enchaîne" / "chêne" au poème "Plus de sang" anticommunard, ce qui se couplait avec la reprise de l'image finale de l'oiseau à protéger du danger.
Malheureusement, en-dehors de Steve Murphy, le lien au "Bateau ivre" n'a retenu l'intérêt de personne, et le lien au sizain final de "Plus de sang" n'a jamais été recensé par un quelconque rimbaldien. L'idée d'un lien aux Paroles du vaincu de Dierx n'arrête lui aussi aucun rimbaldien.
Or, il y a peu, Yves Reboul a publié un article sur "Les Corbeaux" et "La Rivière de cassis" qui contient des éléments très intéressants pour soutenir l'idée d'une influence notamment du recueil L'Année terrible de Victor Hugo sur "La Rivière de Cassis", avec le très important mot-clef "claires-voies". Et, à propos des "Corbeaux", Reboul a signalé que personne, même moi qu'il cite, n'explique dans "soir charmé", par qui et pourquoi le soir est "charmé", et Reboul commente alors une dénonciation de l'hypocrisie des idylles poétiques qui reprennent comme si de rien n'était. Bardel a validé cette lecture qui l'a enthousiasmé.
Donc, moi, pour l'instant, je suis un peu bloqué là-dedans. Ceci dit, il y a des points qui me dérangent dans la lecture de Reboul et sur lesquels je n'ai pas su prendre le temps de me pencher.
Reboul réduit à néant les lectures de Murphy, Bataillé et Vaillant sans le dire, mais face à ma lecture il y a des éléments qui passent en danseuse. Reboul ne dit rien du lien entre "Les Corbeaux" et "Le Bateau ivre" : "soir charmé" et "crépuscule embaumé", "Mât perdu" contre "vaisseau perdu", "fauvettes de mai" contre "papillon de mai". Je trouve ça problématique. Sa lecture ne rend pas compte du "Mais" commun au poème "Les Corbeaux" et à la phrase de Verlaine : "patriotique, mais patriotique bien". Et enfin, comme Reboul ne dit rien du lien possible au dernier sizain de "Plus de sang", on ne sait pas ce qu'il en pense, s'il en pense quelque chose, s'il le connaît.
Bref, pour l'instant, la lecture des "Corbeaux", c'est le bazar le plus complet.
Autre point important ! Du fait de son autorité sur les rimbaldiens, Steve Murphy a mis en avant que le poème "Les Corbeaux" avait pu être composé à l'étranger, en Belgique ou carrément en Angleterre, pour être publié dans la revue La Renaissance littéraire et artistique qui n'aurait jamais accepté la versification irrégulière de "La Rivière de Cassis", "Larme", "Bonne pensée du matin" et autres "Fêtes de la patience". Les rimbaldiens ménagent ce point de vue, Reboul (sauf dernièrement) et Cornulier y compris, ce que je trouve tendancieux. Puis, moi, je prétends comprendre la personnalité de Rimbaud. Il n'a pas abandonné la versification classique en privé pour ensuite faire des concessions à des fins de publication. Il est assez sensible que le poème "Les Corbeaux" a été remis précocement à la revue de Blémont et qu'en juin Rimbaud était dégoûté de voir que Blémont qui assurait les publications de tel et tel n'était pas pressé de publier la version manuscrite de "Voyelles" qu'il possédait, ni une version du poème "Les Corbeaux". Et je n'ai pas peur de dire que "l'hiver" mentionné dans "Les Corbeaux" implique pour une fois assez clairement le moment de composition. Il s'agit donc d'une pièce de mars 1872 environ. C'est du pur bon sens. Et cela rejoint précisément le document que vous mettez en avant. Vous fournissez un premier lien, une page du numéro du 11 mars 1872 du journal Le Corsaire, où nous apprenons ceci dans la section "Petite gazette", quatrième colonne :

  Aujourd'hui dimanche, à une heure et demie, au théâtre du Vaudeville, matinée dramatique et musicale au bénéfice de l'œuvre patriotique du Sou des Chaumières.
     La partie dramatique se composera d'une comédie en un acte, de Mme Louis Figuier : Les Pelotons de Clairette, déjà représentée avec succès, à ce théâtre ; d'une pièce de vers inédite de M. François Coppée : La Chaumière incendiée, et d'une comédie de M. Emile de Najac : Madame reçoit-elle ? [...]

Il va de soi que certains peuvent aller recopier les poèmes récités pendant les représentations. Mais, est-ce que Rimbaud ou l'un de ses proches parisiens en ont pris la peine ? L'Album zutique tend à montrer qu'ils étaient tout de même à l'affût. Le problème pour le mois de mars 1872, c'est que suite à l'incident Carjat Rimbaud est devenu persona non grata, et en principe Rimbaud a été écarté de Paris pour deux mois, et comme son retour a eu lieu vers le 7 mai à peu près, pour que ça fasse deux mois il aurait dû quitter Paris avant le 11 mars. Mais faut-il s'y tenir à cette mention de deux mois ? Rimbaud loge alors rue Campagne-Première dans un immeuble identifié par Daniel Courtial sur son blog, et nous avons offert la primeur de photographies de la cour intérieure de ce bâtiment dans un article récent de notre blog, au mois de mai. Je rappelle que, dans cet immeuble rue Campagne-Première, Rimbaud a composé de janvier à mars 1872 : "Le Bateau ivre", "Voyelles", "Tête de faune", "Les Mains de Jeanne-Marie" et "Les Corbeaux" au minimum. Rimbaud a-t-il dû déloger rapidement après l'incident Carjat du 2 mars. Il faut avouer que ce logement était à proximité du lieu de rencontres pour écrivains la "Closerie des lilas", j'en ai livré aussi quelques photographies récemment. Je rappelle que la lettre de Verlaine à Rimbaud du 2 avril 1872 est écrite précisément de la "Closerie des Lilas" comme le revendique un "en-tête" dont la sincérité est hors de doute. La rime "cousine" / "usine" tirée d'une pièce de Glatigny Vers les saules jouée au même moment, vers mars, peut inviter à penser que Rimbaud n'est pas parti dès le début du mois de mars. Il faudrait enquêter sur les dates butoirs de la location de son appartement avec Forain, rue campagne-première.
Que Rimbaud ait lu ou non le poème de Coppée, qu'il ait eu connaissance ou non des vers de cette pièce inédites par une voie ou une autre, en tout cas, il pouvait savoir que Coppée se donnait en spectacle mondain pour récolter des fonds pour les victimes de la guerre franco-prussienne. On relève la mention clef de l'adjectif "patriotique" et la mention "Chaumières" permet un début de compréhension du choix rimbaldien des "hameaux", alors qu'il vivait plutôt dans les villes : la capitale Paris ou la provinciale Charleville. Le poème "Les Corbeaux" reprend la caractérisation sociologique recherchée par les organisateurs de collectes. Il est bien question de devoir, mot clef de l'auteur du drame Fais ce que dois. Tout se tient et favorise du coup mon idée que la fin des "Corbeaux" entre en résonance parodique avec le sizain final de la plaquette "Plus de sang".
Le poème "La Chaumière incendiée" avant d'être recueilli dans Le Cahier rouge a eu au moins une pré-originale le 30 novembre 1872 dans l'Album dolois, deuxième lien fourni plus haut. Nous avons donc une transcription du poème, mais avec une faute d'orthographe au nom d'auteur : Copée. Je me garderai de faire un lien automatique sous prétexte que le poème de Coppée est en octosyllabes. En essayant  de mettre en relation les deux poèmes de Coppée et Rimbaud, je remarque que dans le cas de Coppée il y a un feu qui brûle encore de la destruction causée par la bataille, et le froid est associé à l'Allemagne, tandis que dans le poème hivernal de Rimbaud tout a basculé dans le froid. Il y a un parallélisme entre l'attaque du "Mais" pour les deux derniers quatrains du poème de Coppée et l'attaque du "Mais" au dernier sizain de Rimbaud, avec un contraste sémantique entre donnez l'obole, donnez des sous, et laissez les fauvettes de mai. Avec des échos évidents avec certaines pièces des Humbles, Coppée mentionne à deux reprises le "berceau", ce que Rimbaud peut rendre sous la forme "vos nids" dans son poème.
Il faut avouer que même si c'est difficile à prouver la résonance entre les deux poèmes est assez forte, l'un peut très bien être le régime parodique de l'autre.
Pour le dernier lien, il s'agit du poème "Les Amputés de la guerre", il est évoqué dans la troisième colonne au "Courrier des Théâtre". Le journal date du 2 avril 1873, ce qui ne cadre pas avec la vie de Rimbaud qui à ce moment-là est à Londres, et sur le point de revenir en France, mais dans sa famille, pas à Paris. Il est dit : "M. Pierre Berton récitera une pièce de vers inédite de M. Coppée." La pièce serait inédite le 2 avril 1873 même, donc aucune raison que Rimbaud l'ait connue auparavant. Le poème "Les Corbeaux" ne parle pas non plus des amputés. Le lien vient simplement du fait que Coppée poursuit dans cette veine misérabiliste pour récolter des dons. Je retiens surtout le cas sensible du poème "La Chaumière incendiée" avec une coïncidence de date pour tous ceux qui, comme moi, trouvent évident que le poème "Les Corbeaux" a été composé en mars 1872 environ et non en Angleterre en septembre 1872 quelques jours avant une publication. A bon entendeur.
Ce document est stimulant, intéressant. N'hésitez pas à m'en fournir d'autres. Et merci.

Note : dans le premier lien, je relève la banalisation du mot "sportmann" ainsi orthographié pour parler d'un trotteur sur son cheval. Je songe évidemment à la nouveauté sociologique du mot "sport" dans "Mouvement" et "Solde"...

lundi 8 juillet 2024

Vous reprendrez bien un peu de Ricard ? Ai-je raison ? Ai-je tort ?

Cette fois, on y revient pour ne plus le lâcher, le sujet Ricard du monostiche zutique produit par Rimbaud.
Je vais vous montrer qu'il est important d'avoir de la suite dans les idées sur ce sujet.
Ricard a publié son premier recueil Les Chants de l'aube en 1862, et non pas chez Lemerre qui n'existait pas encore comme éditeur, mais chez Poulet-Malassis. Je n'arrive pas à lire les épigraphes qui figurent sur la page de titre, puis sur la page de faux-titre, puisque je consulte ce recueil à partir du fichier fac-similaire fourni par le site Gallica de la BNF. Les fichiers sur Wikisource ne sont pas plus faciles à déchiffrer il m'a semblé. Mais le poème liminaire s'intitule "Amour" et prend la forme d'un sonnet. Il précède la "Préface dédicatoire aux jeunes filles" qui est en prose.
Je me dois de citer ce sonnet in extenso.

                           Amour

 

Amour ! ô Dieu de feu, qui planes sur le monde !

Seul Dieu vrai, seul Dieu bon et seul universel.

Amour ! ô créateur, source unique et profonde

Du bonheur, de la vie et du bien éternel !

 

Père et mère à la fois, dont l’union féconde

Engendra l’Univers dans un but immortel ;

Sainte dualité qui conserve et qui fonde,

Qu’attestent les humains et la terre et le ciel !

 

Amour ! assez longtemps et les feux et les sages

Ont, de leurs fronts baissés, honoré les images

Du Dieu de Mahomet et des autres faux dieux.

 

Il est temps qu’aujourd’hui se lève ton aurore,

Et que l’humanité, comme un Memnon sonore,

Exhale un chant vainqueur aux premiers de tes feux !


Notez les points communs avec Rimbaud. L'Amour est le seul Dieu universel dans une parodie de la dialectique conceptuelle chrétienne, notamment du bon, du bien et du vrai, remise à l'honneur par l'ouvrage clef du philosophe du mouvement dit de l'éclectisme qu'était Victor Cousin. Il va de soi que, à la différence de Rimbaud, Ricard joue sur une ambiguïté qui permet de ménager le christianisme qui se veut une religion de l'amour. Même si c'est un peu tordre la réalité du dogme, les chrétiens peuvent se dire que Dieu est amour. Rimbaud rompt l'ambiguïté dans ses poèmes, en nommant une Vénus par exemple, et même quand lui aussi reprend l'idée "Dieu est amour" ("Il est l'amour...") Rimbaud prend soin par des phrases négatives de supprimer la référence chrétienne : "il ne redescendra pas d'un ciel..." (Génie).
Ricard est très clairement un disciple de la pensée de Quinet, Proudhon et quelques autres, ce que la suite du recueil confirme. On remarque aussi le rejet du Dieu de l'Islam, rejet qui sous-entend un rejet des deux autres religions fondées sur le même Dieu.
Mais, ce qui m'a poussé à citer ce sonnet, c'est son lien sensible avec le sonnet "Monsieur Prudhomme" de Verlaine. Il s'agit d'une pièce des Poèmes saturniens, mais il est tant de poèmes autrement importants que celui-là dans ce recueil qu'on n'y prêterait pas suffisamment attention. Or, le sonnet "Monsieur Prudhomme" passe pour le premier sonnet qu'ait publié Verlaine, et passe donc pour les débuts officiels de Verlaine dans la carrière des Lettres. Dans mon souvenir, il y a un poème "Fadaises" daté de 1862, en lien avec Carjat, peut-être dédié à Carjat, je ne sais plus, mais Pakenham a publié une étude où il retient ce poème comme la première publication littéraire de Verlaine. Verlaine a publié le sonnet "Monsieur Prudhomme" dans la Revue du Progrès de son ami Ricard en août 1863.
En clair, il s'agit d'un sonnet écrit expressément en lien avec Louis-Xavier de Ricard, l'année qui a suivi la publication du recueil Les Chants de l'aube. Verlaine a publié son sonnet dans une revue dirigée par Ricard lui-même, et cette revue portait dans son titre le mot de "Progrès" flanqué d'une majuscule. La preuve que "Monsieur Prudhomme" a été composé en réponse au sonnet "Amour" de Ricard tient dans la reprise amplifiée par un calembour de l'expression "Père et mère" du vers 5 du sonnet de Ricard qui devient "maire et père de famille" au premier vers du sonnet de Verlaine, écho se faisant qui plus est de sonnet à sonnet. Je n'ai pas un accès simple immédiat à la version du sonnet en 1863, mais dans les Poèmes saturniens le sonnet de Verlaine contient une répétition : le vers 4 est reconduit en vers final : "Et le printemps en fleurs brille sur ses pantoufles." Il est ainsi très clair que le sonnet de Verlaine est une inversion complice au discours du sonnet de Ricard, puisque nous avons un mauvais bourgeois qui n'est pas l'amour, qui se croit honorable "maire et père" et qui croit que l'amour fleurit sur ses pantoufles à la lumière du printemps.


Je vous donne maintenant le lien d'un début d'article de Michael Pakenham, article publié en 1998 qui est téléchargeable au format PDF sur le site internet "Etudes Héraultaises". Je n'ai pas encore téléchargé cet article, et ne l'ai donc pas lu dans son intégralité. Je ne sais pas non plus où se trouve mon édition critique des Poèmes saturniens par Steve Murphy et publiée chez Honoré Champion. J'ignore si la référence du premier vers de "Monsieur Prudhomme" à un vers de Ricard est connue, je n'ai pas l'impression que ce soit acquis. J'ajoute qu'on a du coup une concentration de données qui offrent une perspective de sens au monostiche zutique rimbaldien : "L'Humanité chaussait le vaste enfant Progrès." Rimbaud a l'air de faire référence au sonnet "Monsieur Prudhomme" lui-même avec la relation entre "chaussait" et "pantoufles", comme avec l'emploi du mot "Progrès".


Cette revue du progrès était positiviste, et à ses débuts Ricard ne goûtait pas les poésies de Gautier, Leconte de Lisle, Baudelaire et Banville. Il était surtout attaché aux idées de Quinet, Michelet et Proudhon. Tout cela, c'est ce qu'écrit Pakenham en lançant son article. C'est son ami Verlaine qui l'a amené auprès de l'éditeur Lemerre et Catulle Mendès a eu une influence apparemment sur l'évolution des goûts littéraires de Ricard. Fait très intéressant, Ricard qui a dû se faire accompagner par une personne plus âgée pour sa première revue, Adolphe Racot, et qui a fait de la prison trois mois en 1864, a lancé une seconde revue L'Art à laquelle Verlaine a contribué par deux poèmes, deux articles sur Baudelaire et surtout pour le sujet qui nous intéresse trois articles sur Barbey d'Aurevilly. C'est ce journal L'Art qui devient sous l'impulsion de Mendès un recueil de vers nouveaux Le Parnasse contemporain. Ces informations sont capitales. Dans un extrait que j'ai pu lire des Mémoires d'un Parnassien, Ricard déclarerait aussi que Barbey d'Aurevilly se déchaînait contre les parnassiens parce que son ami Amédée Pommier y avait été refusé. En réalité, Barbey d'Aurevilly cherchait à se venger des articles de Verlaine publiés dans la revue L'Art et où il était question des vers d'une syllabe, acrobaties mal maîtrisées par l'ami du Connétable des Lettres. Verlaine opposait le mépris évident pour les idioties de Pommier à l'admiration pour les acrobaties réussies de Banville. Barbey d'Aurevilly a publié les Trente-sept médaillonnets du Parnasse contemporain parce qu'il identifiait la continuité avec la revue L'Art, et bien sûr pour se venger de Verlaine. D'autres persifleurs s'invitèrent dans la querelle et prirent le parti de Barbey d'Aurevilly avec le Parnassiculet contemporain. C'est à dessein que le "Croquis parisien" est épinglé avec le récit d'un chinois dans les rues de Paris, comme c'est à dessin que Daudet, sous couvert d'anonymat, a produit un sonnet en vers d'une syllabe "Le Martyre de saint Labre" tourné contre Verlaine, lequel a très mal supporté les arrivistes imbéciles du Parnassiculet contemporain. Notez ce suffixe en "-et" pour "médaillonnets" et "Parnassiculet" qui se retrouve dans le nom Belmontet épinglé par Rimbaud en tant qu'archétype parnassien produisant des idées "saturniennes". Il va de soi que Ratsibonne, Eugène Manuel et Belmontet servent à créer le camp repoussoir des Barbey d'Aurevilly et Daudet, lesquels sont augmentés de François Coppée, parnassien mais désormais tête de turc pour d'anciens compagnons.
Voilà qui invite à relire les contributions de l'Album zutique sous un jour bien précis, celui de querelles parisiennes entre les parnassiens et leurs ennemis, comme entre les parnassiens froidement anticommunards et ceux qui avaient au moins quelques sympathies pour le mouvement. On comprend dès lors que "Vu à Rome" n'a pas pour vocation de rester comme une parodie très aléatoire de Léon Dierx. On voit bien aussi que les explications livrées par Claisse et d'autres du monostiche "L'Humanité chaussait le vaste enfant Progrès" sont en-dessous des implications parodiques réelles de l'ensemble collectif que forme le Cercle du Zutisme. Claisse n'a pas voulu comprendre que le nom Ricard avait du sens dans le monde parnassien, comme Reboul minimise de manière absurde la réalité de la signature "Léon Dierx" au bas de "Vu à Rome". Le régime parodique des pages zutiques n'est pas compris par les rimbaldiens qui se contentent de lire chaque poème séparément et de dégager les perspectives de sens les plus concrètes qui ressortent de la lecture des vers. Non, il faut penser à un phénomène culturel d'époque en lisant les poèmes de ce collectif.
Lisez l'extrait de la lettre de Verlaine à Ricard citée par Pakenham en son début d'article. Verlaine demande si la création de la revue L'Art se concrétise, promet des abonnements, dit que son article précisément contre Barbey d'Aurevilly "avance". Verlaine ironise sur les bois "sourds" et les prés "verts" (il met des guillemets aux adjectifs "sourds" et "verts") : cela fait songer au commentaire sur le caractère poétique de l'expression en principe redondante "eau bleue" dans les Pensées de Joseph Delorme, le personnage fictif de Sainte-Beuve, et cette ironie, qui en vérité pourrait frapper la musique creuse des vers ricardiens, suppose aussi la nudité quelque peu inintéressante des bois et prés qu'arpente Verlaine. Par souci d'équité, Verlaine se partage entre vins de Bourgogne et bières du Nord, il n'y manque que le pastis, mais peut-être pas vu son correspondant. Verlaine tape, et largement à tort, sur le prétendu creux poétique lamartinien, il se ravisera sur le tard à ce sujet. C'est même assez bizarre que Verlaine formule ainsi son dédain d'un creux lamartinien en écrivant à un poète tel que Ricard. En tout cas, Verlaine avance plusieurs titres d'oeuvres qu'il lit pour renforcer sa vocation propre : "Hypatie", "Le Poème de la femme", "Le Réveil d'Hélias", "Apollonie", et il ajoute qu'il est à la moitié du Ramayana, mais il faut avouer que ça ressemble à une énorme blague hypocrite.
Pour sa part, Ricard a lui aussi répliqué face à Daudet avec "Le Poète myosotis" paru dans La Gazette rimée en février 1867, d'après ce que dit Pakenham, parce que j'ai l'impression que les dates sont mal accordées, le Parnassiculet contemporain étant un peu plus tardif (1869). Pakenham rappelle encore que le républicain Ricard a lancé le journal Le Patriote français le 7 juillet 1870, peu de jours avant le début de la guerre franco-prussienne. Dans le dernier numéro paru, la publication à venir de La Bonne chanson de Verlaine était mentionnée.
A noter que les liens internet pour Le Patriote français et Les Coulisses parisiennes sont incorrects sur le site Etudes Héraultaises.
Je téléchargerai la suite de l'article demain.
Puis on fera la grande étude avec tous les relevés nécessaires des vers de Ricard.
Je dois aller dormir. On ne peut qu'être jaloux de Poutine. Malgré toutes les maladies que les "occidentaux" lui prêtent, il court autrement que Biden pour monter et descendre d'avion. Puis, il les tient ses discours de trois heures. Les prochaines piqûres de Biden, il ,faudrait qu'il se dope avec des extraits de missiles hypersoniques russes. Ah oui, pourquoi je parle de ça, mais comme les américains le disent très bien, vous êtes arrivés sur ce site par le fait d'un hacker russe. Oui, vous avez librement choisi de cliquer, croyez-vous ? Non non, le hacker russe il agit directement sur le cerveau des internautes. Bien sûr que c'est comme ça que NSA, CIA et tout le tsoin-tsoin comprennent la chose. Ils ne sont pas cons, ils savent bien que le hacker n'agit pas sur les touches inertes du clavier. Oui, la cohérence, c'est que le piratage russe se fait directement sur le cerveau. Ah ! mon cerveau a une envie irrépressible d'informations biaisées par les russes, je clique sans le vouloir. Ah ! je ne regarde pas internet, je regarde la télévision, mais l'influence subreptice russe est encore là, dans la luminosité de l'écran télé, dans ma perception du son qui sort de la télé. Ah ! même la télévision est hackée, même mon voisin est hacké, même le pavé de la rue est hacké.
Mais vous allez être débiles jusqu'à quand ?

Aucun châtiment de Tartufe pour notre époque ? / bonus sur "Promontoire" et le docteur Guelliot

Pas de roi est nu chez nous.



Sans surprise, il n'y aura pas de châtiment du mec con. 150 sièges de députés, il a un tel électorat qui lui reste acquis ! C'est hallucinant ! Bon, le châtiment du peuple débile va se poursuivre, l'absence de justice n'est pas totale en ce monde.
Je n'ai évidemment pas suivi les élections, je considère que ça n'a rien d'historique, c'est un parfait enlisement depuis des décennies. Puis, marrant, ce discours pour faire barrage en interne à l'extrême-droite, alors qu'à l'international faire passer les russes pour des sous-hommes et des bêtes sauvages comme à l'époque de Napoléon ça ne pose de problème à personne, accepter le "folklore" des croix et insignes de l'armée ukrainienne ou de certains de ses partis ça ne pose de problème à personne, "nettoyer ethniquement" depuis 2014 les civils d'origine russe du Donbass par des bombardements ça ne pose de problème à personne, discriminer les athlètes d'origine russe aux futurs Jeux olympiques ça ne pose de problème à personne.
Vous n'avez pas l'air de bien comprendre la situation. Oui, sur Gaza, il y a des gens qui dénoncent ce qu'il passe, mais ce qui me tue c'est que vous avez tellement été travaillé au corps que les gens de gauche sont acquis à un projet d'union européenne qui a une contrepartie de spécialisation ethnique, qui est au service d'une aliénation des peuples par les riches milliardaires, les financiers, et l'impérialisme états-unien.
La guerre en Ukraine, avec Nordstream (mais c'est vrai que dès qu'on dit Nordstream votre cerveau gèle comme un écran d'ordinateur en train de planter), c'est le fait que les riches mondialistes détenteurs du pouvoir aux Etats-Unis ont prévu de créer des lois mondiales à leur seul profit, lois qui sont, vu que ce sont des gosses mal réglés, être d'épouvantables catastrophes pour les pays à moyen terme, mais s'ils y arrivent ils ont le pouvoir sur le monde et on pourra se demander quand est-ce que ça prendra fin. La Chine et la Russie représentent les deux principales chances d'échapper à 1984 d'Orwell. On dirait que vous avez du mal à comprendre le danger. Les Brics vont former un contre-pouvoir qui va enfin mettre un terme aux avancées usurpatrices d'une législation mondiale pro-financiers et au profit exclusif des Etats-Unis d'Amérique, puisque législation mondiale amplifiant l'exercice de la force de la part de l'état mondial dominant. Et après la victoire des russes en Ukraine, des chinois à Taiwan, il faudra espérer une réaction en Occident, mais une réaction en tant que réveil, parce que là c'est un désastre. Vous avez un pète au casque, mais tous tant que vous êtes. Je ne comprends pas. Vous vous lovez dans l'idée de votre confort à conserver au point que penser qu'il est en réel danger vous vous l'interdisez, c'est automatiquement censuré. Je n'arrive pas à comprendre vos blocages cérébraux. Aucun intellectuel ne s'exprime sur le danger. Il y a des intellectuels anciens dans le jeu, des intellectuels déjà placés dans les médias et qui sont capables de dire les choses. Emmanuel Todd dit les choses, ce qui contraste avec Olivier Berruyer qui faisait des choses exceptionnelles en 2014 et 2015 et maintenant se fait complètement discret au sujet de la guerre en Ukraine. Alors, oui, on peut trouver de la contestation de cette guerre sur internet, mais l'essentiel de la population a des informations minimales et n'en fait rien : Nordstream, Nordstream, Nordstream, Nordstream, Nordstream... Des applaudissements pour un soldat douteux au parlement canadien. Vous trouvez ça intéressant pour l'avenir européen les morts dans les deux camps. Il est frais, votre avenir !
A propos du nombre de morts dans cette guerre, il serait de 50 à 60 mille hommes du côté des russes et on envisage une fourchette de 150 à 250 mille hommes en Ukraine. Mais, quelque chose cloche. Ni les russes, ni l'Otan n'ont intérêt à ce que le nombre réel d'ukrainiens morts soient révélés. C'est une information sensible auprès du grand public. Ensuite, cette projection se base sur l'idée qu'il y a un mort pour sept blessés dont deux blessés graves, et comme il n'y a pas un million d'éclopés dans les rues des villes ukrainiennes, c'est donc qu'il n'y a pas 500 mille morts. Le problème, c'est que cette statistique ne convient pas à toutes les guerres, elle ne se reporte pas ainsi mécaniquement. Ici, vous avez un nombre impressionnant d'armes qui vaporisent les corps au combat. Il y a des tonnes de vidéos sur le net pour se faire une idée. Où est la proportion un mort pour deux blessés graves et cinq légers dans ces cas de figures. On voit sans arrêt des contre-attaques ukrainiennes ou des tentatives de percée ukrainiennes où les véhicules sont détruits au milieu des champs de mines et où personne ne vient rechercher les équipages sortis à temps des véhicules. Vous croyez que les survivants portent les blessés graves, et vous croyez que les survivants font deux kilomètres sous les bombardements sans continuer d'y passer, sans y passer entièrement ? Oui, après, il y a la guerre dans les zones urbaines où la statistique peut revenir, mais ce n'est pas toujours le cas. De plus, vu qu'une partie des ukrainiens sont pro-russes et vu que plusieurs ne veulent pas aller au combat, on sait qu'il y a des bataillons ukrainiens qui tirent sur les troupes de première ligne qui refusent d'aller au combat, ce qui a fait l'objet de plaintes dans la presse ukrainienne, notamment avec cette remarque : "ils tuent plus d'ukrainiens que de russes ne sont tués en agissant ainsi."
Enfin, bref !



Si on parlait de Rimbaud ?

Je viens de lire l'article de Florent Simonet paru dans le n°58 de la revue Rimbaud vivant en 2019. Il s'agit d'un article sur le docteur Octave Guelliot.
C'est évidemment intéressant parce qu'il possédait le manuscrit du poème "Promontoire".
En effet, l'essentiel des manuscrits des poèmes en prose des Illuminations ne s'est pas éparpillé, et il faut d'ailleurs impliquer les manuscrits des poèmes en vers de 1872 inclus dans les Illuminations à l'époque.
Sur tous les textes publiés, deux poèmes ne sont jamais réapparus : "Démocratie" et "Dévotion", ce qui est d'autant plus dommage qu'il y a une incertitude sur les noms propres de "Dévotion" : "Derceto" ou "Circeto" et "Vorighen" ou "Voringhem" par exemple. On aimerait mettre la main sur les versions manuscrites de ces deux poèmes, et puis ça aiderait à confirmer qu'il n'y a pas encore un dossier plus ample de manuscrits perdus dans la Nature. Il semble que non. Verlaine en 1895 n'a pas du tout dénoncé un tel problème, donc faisons-lui confiance.
Mais donc, quelques poèmes ont été remis à du tout-venant si on peut dire, comme c'est le cas de "Promontoire" avec le docteur Guelliot.
Ce docteur est vouzinois et il a été élève au collège de Charleville, l'année de la reprise après la guerre franco-prussienne, et donc pile au moment où Rimbaud refuse de retourner à l'école. Ils ne se sont donc pas connus, et apparemment Guelliot a pris la succession de Rimbaud en 1871 pour les prix de latin.
Guelliot ne s'intéressait à l'histoire que locale et à la littérature qu'en relation avec son terroir d'origine. Rimbaud n'y tient qu'une petite place finalement, mais il en a tout de même une.
L'article de Simonet a quelques défauts. Il prend pour argent comptant les témoignages sur Labarrière et les exemplaires annotés du Parnasse contemporain. Il reprend telle quelle l'anecdote sur le bibliothèque de Charleville, alors qu'il y a des raisons de rester réservé quant à la prétendue validité de cette anecdote fournie par Verlaine.
La base pour comprendre le poème "Les Assis", c'est que ce sont des personnages qui ont un pouvoir à conserver, sauf qu'ils sont déjà comme morts sous forme de squelettes incapables de se lever. Et Rimbaud fait des jeux de mots d'actualité significatifs sur le mot "siège", avec même l'idée de deux sièges au sens militaire, il fait des jeux de mots du côté du révolutionnaire avec le blé, l'expression "culottée". Un des axes de recherche pour les sources aux poèmes, c'est évidemment les cassures métriques de "Une Gambier / Aux dents" dans "Oraison du soir" et "genoux au dents" à cheval sur la césure dans "Les Assis". Rimbaud joue le sens d'insurrection du verbe "lever" qu'il oppose à l'embourgeoisement du possédant "assis".
Est-ce que ce bibliothécaire était monarchiste ?
A proximité de l'article de Simonet, dans la même revue donc, juste après en fait, nous avons un article de Joël Raskin où un extrait du journal Le Progrès des Ardennes est cité par Le Pilote de la Somme. Il s'agit d'un article du 14 avril 1871, il s'agit d'un éditorial de probablement Jacoby qui ne peut que gagner à être rapproché de "Chant de guerre Parisien" d'un côté et des "Assis" de l'autre. Jacoby fait remarquer ceci : "Nous sommes en République, mais tous les hommes de l'empire occupent encore toutes les places. Et c'est avec cela que M. Thiers prétend fonder la République française ! Mais c'est une amère dérision." Et il enchaîne au paragraphe suivant : "Faites une République aussi aristocratique que vous voudrez, mais, pour l'amour de Dieu, mettes des hommes nouveaux, des républicains du rose le plus tendre à la tête des administrations et n'y laissez pas les hommes honteux qui [ont] précipité la France dans l'abîme fangeux où elle se débat convulsivement."
Jacoby avait imprimé : "les hommes honteux qui a précipité..." indice qu'il pensait à Napoléon III par-dessus son raisonnement du jour.
Et dans un nouveau paragraphe, Jacoby se justifie de rapporter les décisions de la Commune, il n'approuve pas tous ses actes, mais il écrit "l'histoire sans fard, l'histoire au jour le jour". Et Jacoby refuse de donner raison au général Vinoy "contre ce qu'on appelle l'insurrection". Et je cite ce paragraphe court qui cite des responsables : "Le premier tort est tout entier au gouvernement et à l'Assemblée nationale." Et un autre alinéa court enchaîne par une telle question : "Pouvez-vous nous citer un acte viril de cette Assemblée ?" N'est-ce pas piquant à rapprocher de l'allure générale du poème "Les Assis" qui décrit une absence de virilité d'une certaine façon puisqu'il parle de squelettes qui peinent à se lever et dont le "membre s'agace à des barbes d'épis".
Plus bas, Jacoby dit que l'insurrection a été causée par "cette absence absolue de pouvoir et d'action de la part de ceux que la nation a chargés de faire la paix et de diriger les affaires de manière à faire renaître le crédit et la confiance, et par conséquent la prospérité." Les dégâts auraient été réparés en six mois avec des mesures sages et énergiques, tandis que là une dépêche rapporte une grande victoire de Vinoy contre les insurgés entre Versailles et Paris.
Comment croire que le discours politique accentué, quoique métaphorique, du poème "Les Assis" n'est pas lié à l'actualité politique dont parle Jacoby ? C'est parfaitement sensible qu'il y a un lien.
Pour ce qui est du manuscrit détenu par Guelliot, je trouve intéressant d'observer que le manuscrit de "Promontoire" il l'aurait acquis vers 1892 et en tout cas il avait inséré le manuscrit en tête de son volume personnel de poésies de Rimbaud publiées par Vanier en 1892. Je n'ai pas vérifié, parce que je connais la date du Reliquaire en 1891 et l'édition Vanier de 1895. Donc, n'ayant pas en tête le détail des premières publications des oeuvres de Rimbaud, je vais devoir procéder à certaines vérifications.
Je rappelle que les derniers poèmes en prose des Illuminations ont été publiés en revue en 1892, avant l'édition pensée alors comme complète par Vanier de 1895, avec préface de Verlaine. Je rappelle aussi que j'ai consulté l'exemplaire annoté du Reliquaire conservé à la Bibliothèque royale de Belgique à Bruxelles, l'Albertine, et que j'en ai parlé dans un article : "Mais que sont devenus les manuscrits de 'Paris se repeuple' ?" et cet exemplaire du Reliquaire a été annoté par Vanier ou ses proches en vue de préparer l'édition des Poésies complètes de 1895. Vanier a corrigé le texte imprimé par Genonceaux à partir des manuscrits qu'il possédait. Notez que Vanier détenait la version en deux strophes du "Coeur volé" recopiée par Verlaine, puisqu'il a écrit "copie Vne" au crayon à côté de la leçon imprimée du Reliquaire. Vanier possédait une version de "Poison perdu" et au moins une version de "Paris se repeuple". D'ailleurs, pour "L'Orgie parisienne ou Paris se repeuple", les strophes inédites sont manuscrites sur l'exemplaire du Reliquaire et ces photographies sont toujours inédites, je les possède, puisque je ne les ai pas mises en ligne, et puisque jamais Murphy ni Lefrère, ni Pakenham ne se sont rendus à la bibliothèque royale de Bruxelles pour consulter les documents !
On a le sentiment que les manuscrits de "Dévotion" et "Démocratie" furent perdus en 1886, au moment de l'impression des textes dans la revue La Vogue. Mais pourquoi ces deux textes-là, les derniers transcrits, auraient été détruits et pas les autres ? Le dossier a été divisé en deux, et alors que la disparition des manuscrits de "Dévotion" et "Démocratie" dès 1886 reste une pure spéculation on a des signes tangibles qu'autour de Vanier et de l'année 1892 il y a eu une amorce de dispersion de manuscrits au compte-gouttes dans des collections parfaitement inconnues. Guelliot est une pièce importante de la réflexion qu'il reste possible de conduire à ce sujet. Cela concerne quelques poèmes en prose, mais aussi des poèmes en vers tels que "Poison perdu", "Paris se repeuple" et même d'autres encore, comme la version en deux triolets du "Coeur volé". On a une énigme au sujet de "Paris se repeuple", puisque les deux versions ont disparu, et celle utilisée par Genonceaux et celle utilisée par Vanier. Il y aurait deux disparitions successives de manuscrits de ce seul poème ou Vanier tout en préférant la version nouvelle est à l'origine de la double disparition des manuscrits de "Paris se repeuple" ? Il doit y avoir une enquête à faire qui devrait même pouvoir se resserrer sur un moment précis de l'année 1892 pour toutes ces disparitions de manuscrits.
Au fait, je reprendrai aussi l'analyse de la variation "putain" et "pudeur" pour "Paris se repeuple", quand j'aurai mis à nouveau la main sur mes photographies de l'exemplaire annoté du Reliquaire.
tttttt tttttttttt tttttttt on a vaincu Medicare
ttttt tttt
**
Ah zut ! il n'est plus en état de rien faire, ni de parler plus longtemps.
Interruption de l'article.

lundi 1 juillet 2024

Saint-Cloud : "Rages de Césars" et sa remise en main à Demeny...

Le lundi 19 juillet 2010, j'ai publié l'article de référence sur la question d'un recueil ou non constitué par les poèmes remis à Demeny en 1870 sur le site Rimbaud ivre de Jacques Bienvenu :


Il s'agit de l'unique article qui rassemble une argumentation poussée sur la question et une argumentation qui va implacablement au seul constat possible, ce n'est pas un recueil de Rimbaud. J'ai dénoncé aussi la genèse de cette idée qu'il s'agissait d'un recueil en pointant les critiques universitaires qui ont mis cette idée sur la table et qui, insensiblement, en ont fait une petite musique qu'on entendait régulièrement jusqu'à ce qu'elle paraisse une vérité. Le livre de 1983 de Pierre Brunel Projets et réalisations a joué un rôle décisif dans la création de ce prétendu recueil et je reviendrai prochainement sur le fait que les ouvrages parascolaires autour du baccalauréat en 2024 font des allusions discrètes aux développements de ce livre. Steve Murphy a lui-même défendu cette idée, car Steve Murphy a tendance à vouloir établir un ordre définitif de lecture de l'ensemble des poèmes, et il défend l'idée de plusieurs recueils voulus tels quels par Rimbaud, puisqu'il y a aussi un prétendu recueil de 24 pages essentiellement recopié par Verlaine et le refus d'admettre que la pagination des Illuminations, les seuls poèmes en prose, fut le fait des protes de La Vogue et non de Rimbaud. Bien que Guyaux n'ait pas une réelle importance pour élucider les difficultés posées à la lecture par les textes hermétiques de Rimbaud, il se trouve que Guyaux a raison de refuser de parler de recueil pour les poèmes remis à Demeny en 1870, pour les poèmes recopiés par Verlaine dans un dossier de 24 pages et il a raison de dire qu'il n'y a aucune architecture sensible de recueil pour l'ensemble des poèmes en prose, poèmes en prose dont la pagination manuscrite est clairement et évidemment allographe.
Il y a bien évidemment de très fortes querelles de chapelles parmi les rimbaldiens, et il va de soi que la revue Parade sauvage se rangeait plus volontiers derrière son créateur et directeur en sous-main Steve Murphy. Une apparence de démonstration à propos de la pagination de Veillées I et II servait à alimenter l'idée que la pagination des Illuminations était autographe, elle a été réduite à néant par Jacques Bienvenu, et j'ai ajouté cette preuve par les soulignements des titres et des neuf premières pages qui prouvent définitivement que les interventions sont des protes de la revue La Vogue. Michel Murat, Yves Reboul et d'autres qui n'étaient pas des militants systématiquement en faveur de Steve Murphy ont adhéré à l'idée d'une pagination des Illuminations. Or, je vous mets au défi de démenti les deux parties de l'article suivant de Jacques Bienvenu :


Ne dites pas : "on ne sait pas, balle au centre !" La pagination est allographe.
Yves Reboul s'appuie aussi sur l'idée que le dossier de 24 pages remis à Verlaine constitue un ordonnancement de recueil dans certains de ses articles. D'abord, les échos entre poèmes n'ont pas besoin de s'expliquer par un recueil, ils viennent d'une époque créatrice d'un poète qui a ses constantes, et puis j'ai donné une argumentation complète qu'aucun rimbaldien ne s'est donné la peine de contredire. L'article figure lui aussi sur le site Rimbaud ivre :


Rimbaud n'a jamais parlé d'un recueil, ni le premier Verlaine dans sa lettre où il parle poèmes mis en sécurité par Forain, ni le second Verlaine quand il parle de poèmes détruits par Mathilde à l'époque des Poètes maudits, ni le dernier Verlaine. La pagination, ça ne veut pas dire automatiquement qu'on a affaire à une organisation en recueil. Et compter les vers des poèmes, ce n'est pas quelque chose qu'on fait exclusivement quand le recueil est terminé, que tous les poèmes prévus pour ont été composés. Surtout, Verlaine met une liste de poèmes non encore recopiés. Le projet est dans une phase intermédiaire de rassemblement des compositions susceptibles d'être publiées. Il ne faut pas tout mélanger. Et donc cette affirmation d'un ordre de défilement intangible des compositions n'a aucun sens.
Mais, dans le cas, du "Recueil Demeny", mon article étant très long, il était souhaitable qu'il soit définitif. Or, s'il est clair qu'il n'existe pas de recueil de 1870 remis à Demeny, et d'ailleurs j'observe qu'Adrien Cavallaro nie l'existence du recueil, Bataillé au sein de l'équipe de Parade sauvage l'évoque avec scepticisme, et cette fois elle n'est pas défendue par Yves Reboul. Jean-Jacques Lefrère exprimait un doute dans sa biographie en 2001, bien que celle-ci ait été rédigée en partenariat avec Murphy, et cela dix ans avant que je ne mette les points sur les i.
Bref, il n'y a peu de gens parmi les rimbaldiens qui croient au "Recueil Demeny", en-dehors de Pierre Brunel et de Steve Murphy. André Guyaux n'y a jamais cru et l'a toujours dit, et il a raison. C'est logique.
Donc, là, le choix d'un prétendu recueil Cahiers de Douai est un vrai problème pour l'avenir non pas des études rimbaldiennes, mais pour l'avenir d'une meilleure connaissance des œuvres de Rimbaud auprès du grand public.
Et donc mon problème, c'est que si j'ai bien montré par les pliures des manuscrits notamment que les poèmes avaient été remis au fur et à mesure à Demeny, qu'ils avaient été remis par petits paquets, j'en suis resté à l'idée que les poèmes avaient été remis en partie lors du premier séjour et qu'une second ensemble était l'apport exclusif du second séjour. Et dans cet ordre d'idées, Rimbaud avait recopié au crayon Soleil et Chair, et qu'il avait parlé de sauf-conduit pour son premier retour à Charleville à la fin de septembre.
Guyaux dans son édition des Œuvres complètes de Rimbaud ne donne pas toute mon argumentation poussée, mais il affirme encore que tous les poèmes ont été recopiés et remis lors du seul second séjour. Dans mon article, je notais même que c'était assez comique que celui qui ne croyait pas au recueil parlait d'un don en une seule fois, tandis que les tenants du recueil envisageaient une remise en deux temps, sachant que lors du don de 15 poèmes en septembre (selon cette hypothèse) Rimbaud n'aurait pu avoir aucune idée claire de ce qu'il allait inventer ensuite, puisque plusieurs poèmes d'octobre parlent d'une fugue belge postérieure au séjour douaisien.
Et pas si longtemps que ça après la publication de mon article, je me suis dit que Guyaux avait peut-être la bonne intuition. Bien que ce ne soit pas un recueil et bien que Rimbaud ait remis les poèmes par petits groupes au fur et à mesure qu'il les transcrivait, il a pu recopier l'ensemble lors du seul séjour d'octobre.
En tout cas, il serait bon d'en débattre et de creuser le sujet.
Je commence par poser des indices qui donneraient raison à Guyaux.
Rimbaud dit dans sa lettre à Demeny qu'il a remis ces poèmes lors de "son séjour" à Douai. Certes, il en a fait deux, mais il emploie tout de même le singulier. Il est clair que j'ai éludé la difficulté en me contentant de dire que Rimbaud évitait de rappeler les heurts et parlait d'un seul séjour.
Ensuite, pourquoi Rimbaud n'aurait pas recopié à l'encre les poèmes précédemment laissés à Demeny au crayon ? "Soleil et Chair" et pour partie "Le Forgeron".
Ensuite, "Roman" et "Les Effarés" sont datés l'un du 29 septembre de mémoire et l'autre du 22 septembre, mais ils sont sur un papier commun, et le dernier "Roman", bien que décrivant le cadre douaisien (les "parfums de bière", entreprises brassicoles signalées  à l'attention par Bataillé dans son article sur ce poème) et sans doute un Demeny de 28 ans ramené à 17 par son amour avec une jeune fille dix ans plus jeune que lui, le dernier "Roman" dis-je serait daté quasi du jour du départ du premier séjour et coïnciderait avec la transcription au crayon qui concerne "Le Forgeron" pour partie, "Soleil et Chair" et le mot laissé en l'absence chez lui de Demeny, avec un "bonne chance" qui ferait bizarrement écho au persiflage amoureux des "dix-sept ans" en âme de Demeny dans la pièce du jour. J'ai dans un coin de la tête que "Les Effarés" et "Roman" furent remis ensemble comme un couple de compositions douaisiennes du premier séjour mais remis lors du second séjour. Je sens que ça cloche d'affirmer qu'ils furent remis lors du premier séjour.
Ce n'est pas tout.
Il n'existe aucune étude graphologique pour déterminer si tels poèmes ont été recopiés en septembre, tels autres en octobre. Et dans son témoignage Rimbaud tel que je l'ai connu, Izambard ne parle pas d'un recopiage pour le premier séjour, mais d'un recopiage lors du second séjour. Et Izambard va jusqu'à dire que Rimbaud se plaignait de manquer de papier.
Izambard n'a reçu aucun lot de poèmes pour sa part. Il avait des copies plus anciennes de quelques poèmes, mais Izambard n'avait aucune copie des poèmes de septembre et d'octobre commis par Rimbaud.
Pour moi, la logique semble bien la suivante.
Rimbaud a été emprisonné à Mazas, mais il n'avait pas tous ses poèmes avec lui. Il est retourné à Charleville avec Izambard à cause des sommations de sa mère, et quand il a fugué là il a pris tous ses poèmes avec lui pour s'ouvrir les voies de la presse à Charleroi, et puis à Bruxelles, et il s'est enfin rabattu sur Douai. Et il a eu du temps pour écrire. Demeny taquinait la jeunette de dix-sept ans et Rimbaud était logé chez les demoiselles Gindre, puis Rimbaud avait été hébergé à Bruxelles où il a dû avoir quelques heures pour s'occuper de poésie. En clair, à Douai, en octobre, lors du seul second séjour douaisien, Rimbaud a eu tout le temps de coucher sur le papier sept nouvelles compositions, en l'occurrence les sept sonnets dits du "cycle belge", puis il a pu recopier "Les Effarés" et "Roman" pour Demeny, et il a remanié tous ses anciens poèmes et il a remis des copies de ces compositions révisées à Demeny. En revanche, quand Izambard est arrivé, il était en porte-à-faux, il venait d'essuyer les colères de la mère après la première fugue, il s'était engagé à retrouver l'énergumène, et donc il n'était sans doute pas disposé à réceptionner de nouvelles compositions de Rimbaud. En septembre, si Rimbaud recopiait ses poèmes pour l'un, Demeny, pourquoi ne les recopierait-il pour l'autre ? Pourquoi en octobre Izambard se plaindrait ainsi du papier dépensé pour le recopiage de sept poèmes seulement ? Et si Izambard s'est plaint que Rimbaud ne copiait ses poèmes que sur un seul côté des feuillets, pourquoi aurait-il échoué à imposer ses vues à l'enfant Rimbaud qui lui était déjà redevable ? Izambard n'était pas d'humeur à recevoir des poèmes et Rimbaud devait compter les lui remettre ultérieurement, mais de plus le manque de papier faisait que seul Demeny en profiterait, mais ce fut un recopiage de 22 poèmes, sans que projet de recueil il y eut, puisqu'Izambard dit que Rimbaud pense à la publication de ses poèmes, sans jamais parler de recueil, preuve que pour Izambard Rimbaud pense surtout au prélèvement d'un poème pour une revue au départ. Ou bien Rimbaud s'il invente un recueil par la suite peut se dire qu'il n'a plus à envoyer tels poèmes par la poste. Izambard lui dit que le papier coûte cher, mais la poste aussi ça coûte cher.
Sur le mot au crayon laissé à Demeny, Rimbaud se demande si celui-ci va lui écrire, ce qui veut dire que Rimbaud est de plus en plus mal vu. Or, en septembre, il est sorti de prison après une fugue, et ça se passe encore bien avec Izambard qui le ramène chez sa mère. En octobre, il s'est imposé chez les soeurs Gindre, il récrée un problème. En septembre, son passage à Douai était un début de résolution. Et peut-être qu'au fur et à mesure que Rimbaud remettait ses poèmes à Demeny, paquet par paquet, il voyait bien que Demeny était embarrassé par ce cas de seconde fugue, comme il voyait qu'il était fermé : "Vous m'écrirez, Pas ?" ça ne ressemble pas à un auteur qui parle à son éditeur garanti. Je dis ça, je dis rien. Il reste à déterminer si le "sauf-conduit" est logique pour octobre et pas nécessaire pour septembre. En septembre, Izambard ramenait Rimbaud, mais en octobre la justice s'en mêlait...
Et, de fil en aiguille, le problème devient de plus en plus intéressant.
Finalement, on ne peut même pas dire, faute d'avoir étudié la question, si les sept sonnets du "cycle belge" ont été écrits avant ou après les quinze autres poèmes de 1870 remis à Demeny. Et c'est là qu'une autre question tombe : il y a peut-être d'autres poèmes plus tardifs que nous ne l'avons cru parmi les quinze autres. Et justement, il y a le cas de "Rages de Césars".
Parce que vous allez me dire que pour l'instant tout est fragile, mais dans le cas de "Rages de Césars", il y a deux articles d'analyse de détail du sonnet qui sont sortis en même temps, en même temps car dans deux ouvrages distincts de l'année 1991. Steve Murphy a publié une étude du poème dans son volume Rimbaud et la ménagerie impériale, tandis que Marc Ascione a publié une note de la longueur d'un articulet dans l'édition du centenaire Oeuvre-Vie d'Arthur Rimbaud conçue par Alain Borer.
Et si les intuitions d'Ascione ne sont pas toujours fiables (il croit à tort qu'il y a une obscénité au dernier vers de "Ma Boh[è]me" ou il mobilise à tort un extrait anachronique et faux du livre anticommunard de Maxime Du Camp féroce en mai qui date de 1878 Les Convulsionnaires, le mot de Bismarck "Les Parisiens sont des Peaux-Rouges" étant dans Maxime du Camp et pas du tout dans la presse et dans les faits historiques de l'année 1871), Ascione a dit quelque chose de sensé quand il fait remarquer que le château de Saint-Cloud est parti dans un incendie prussien le 14 octobre 1870, et donc le "fin nuage bleu" ferait référence à cette incencie.
Et là, c'est un point aveugle important des études rimbaldiennes. Jusqu'au récent livre d'hommage à Marc Ascione, jamais (à part moi, puisque je l'ai déjà clamé) un rimbaldien n'a souligné l'importance de l'argument de l'incendie de Saint-Cloud quant à la datation du sonnet "Rages de Césars". Cet argument a des conséquences sur l'interprétation qu'on peut avoir du don des poèmes à Demeny par Rimbaud, sur l'ordre des transcriptions, et à partir du moment où on maintient que le dossier a été remis à Demeny pour partie en septembre ça veut dire qu'implicitement on considère que la lecture proposée du "fin nuage bleu" par Ascione est nulle et non avenue. Murphy ayant publié sa lecture la même année, il n'en fait aucun cas. Donc on a un point aveugle des études rimbaldiennes, puisque jamais personne ne s'est intéressé au problème béant que pose l'hypothèse d'Ascione publiée en 1991.
Evidemment, pour refouler la référence à l'incendie du 14 octobre 1871, il existe un biais : il s'agirait d'insister sur l'importance de Saint-Cloud auparavant et notamment dans le cadre du 18 brumaire, puisque le coup d'état de Napoléon Bonaparte le 18 brumaire implique la référence à Saint-Cloud qu'il occupe le 19. J'ai l'ouvrage de Stendhal Vie de Napoléon sous la main, je relève ceci au chapitre 18 :

   Le 18 brumaire (9 novembre 1799) dans la nuit, Bonaparte fit convoquer subitement, et par des lettres particulières, ceux des membres du Conseil des Anciens sur lesquels il pouvait compter. On profita d'un article de la Constitution qui permettait à ce conseil de transférer le Corps Législatif hors de Paris, et il rendit un décret qui, le lendemain 19, indiquait la séance du Corps Législatif à Saint-Cloud, chargeait le général Bonaparte de prendre toutes les mesures nécessaires à la sûreté de la représentation nationale, et mettait sous ses ordres les troupes de ligne et les gardes nationales. Bonaparte, appelé à la barre pour entendre ce décret, prononça un discours. Comme il ne pouvait parler des deux conspirations qu'il déjouait, ce discours n'a que des phrases. Le 19, le Directoire, les généraux, et une foule de curieux se rendirent à Saint-Cloud. [...]
Mais cela se passe mal à Saint-Cloud, les députés crient : "A bas le dictateur", et Napoléon doit sortir tant sa vie est menacée par les députés, puis Stendhal déclare que le récit entre alors dans les incertitudes de la légende, et je tiens à citer la suite du récit stendhalien, parce que c'est étonnamment parallèle au développement produit dans "Rages de Césars" :

[...] On prétend que Bonaparte, entendant le cri terrible de Hors la loi, pâlit et ne trouva pas un seul mot à dire pour sa défense. Le général Lefèvre vint à son secours, et l'aida à sortir. On ajoute que Bonaparte monta à cheval, et, croyant le coup manqué à Saint-Cloud, galopa vers Paris. Il était encore sur le pont, lorsque Murat parvient à le joindre et lui dit : "Qui quitte la place, la perd". Napoléon, rendu à lui-même par ce mot, revient dans la rue de Saint-Cloud, appelle les soldats aux armes et envoie un piquet de grenadiers dans la salle de l'Orangerie. Ces grenadiers, conduits par Murat, entrent dans la salle. Lucien, qui avait tenu bon à la tribune, reprend le fauteuil et déclare que les représentants qui ont voulu assassiner son frère sont d'audacieux brigands, soldés par l'Angleterre. Il faut décréter que le Directoire est supprimé, que le pouvoir exécutif sera remis entre les mains de trois consuls provisoires : Bonaparte, Sieyès et Roger-Ducos.
Finalement, deux autres consuls seront nommés avec Bonaparte, tandis que Stendhal a refusé de renoncer à cette rumeur dans son récit, il répond "Non" à une note de Vismarra.
Rimbaud n'a pas pu avoir connaissance de l'incendie de Saint-Cloud avant son récit dans la presse, le 15, voire le 16 ou le 17 octobre, et au passage cela limite aussi le nombre de publications à dépouiller. Le sonnet "Rages de Césars" serait une composition plus tardive que les sept sonnets du "cycle belge". Evidemment, avec mauvaise foi, on dira que "Rages de Césars" n'a pas rejoint "L'Eclatante victoire de Sarrebruck" pour faire une série de sonnets, mais en réalité on doit se poser la question des aléas de la composition d'ensemble de ce dossier manuscrit. Le sonnet "Ma Bohême" n'est pas daté comme le sont les six autres sur un même papier. Les sonnets "Le Châtiment de Tartufe" et "Rages de Césars" forment un binôme, et on peut se demander si ces deux sonnets ne furent pas les deux derniers que Rimbaud ait composé parmi les vingt-deux pièces remises à Demeny. Ils sont très proches de "L'Eclatante victoire de Sarrebruck" dans l'idée. On sent encore une fois que l'idée de recueil avec une série de sonnets à part est contradictoire avec des rapprochements transversaux, l'ensemble a d'autres sonnets et l'isolement de "L'Eclatante victoire de Sarrebruck" par rapport au "Châtiment de Tartufe" et "Rages de Césars" n'a pas le sens commun.
Or, l'anecdote sur le dix-huit brumaire donne du sens à la saillie finale de "Rages de Césars", mais c'est aussi l'affirmation d'un statut de consul quand pour Napoléon III on parle de César en titre. Et Ascione rappelle que dans Les Châtiments de Victor Hugo Napoléon III est une caricature pour faire expier à l'oncle son dix-huit brumaire. Et je suis loin de perdre mon temps à croire que Rimbaud se moque de Victor Hugo dans "Le Châtiment de Tartufe", lecture qui n'a ni queue ni tête. L'important, c'est l'acrostiche Jules Cés...ar relevé par Murphy et le binôme formé par "Le Châtiment de Tartufe" et "Rages de Césars". Or, l'incendie de Saint-Cloud est un second châtiment. Qu'est-ce qui part en fumée au bout de la cigarette ? parce que le "fin nuage bleu", il n'est pas là pour faire smart, et ce n'est pas un jeu de mots anodin avec "Saint-Cloud" cité au premier hémistiche du même vers final.
Il y a eu la défaite de Sedan, et donc tout part en fumée, mais l'incendie de Saint-Cloud c'est la consommation symbolique. La guerre franco-prussienne a perdu l'Empire avec Sedan le 2 septembre qui nous vaut une proclamation de la République le 4, mais ce sont les prussiens poursuivant cette guerre qui ont encore fait partir en fumée le symbole de l'accession au pouvoir impérial de Bonaparte. Saint-Cloud, c'est le symbole de l'accession au rang de consul et donc d'empereur du clan Bonaparte. C'est ce château même qui est parti en fumée le 14 octobre, et Rimbaud l'évoque avec un jeu de mots pour dire que le rêve impérial part en fumée dans un sonnet "Rages de Césars" où Napoléon est prisonnier des prussiens à Wilhelmshöhe. Ce serait une coïncidence ? Rimbaud aurait écrit son sonnet avant le 14 octobre et c'est l'histoire qui donnerait un sens à un jeu de mots auparavant assez gratuit du sonnet rimbaldien.
Puis j'observe les ressemblances frappantes avec la rumeur rapportée par Stendhal, la répétition "L'Homme pâle", certes en partie reprise aux Châtiments, fait écho que Bonaparte ait pu pâlir en s'entendant appeler "Hors la loi" par des députés qui l'attrapaient par le col à la manière du méchant dans "Le Châtiment de Tartufe". Il est question de "souffler la Liberté" ce qui reprend des passages précis du recueil satirique hugolien, mais ce qui correspond aussi à un coup d'état comme l'était le dix-huit brumaire en quelque sorte. Il y a le nom de "Hors-la-loi", le proverbe de Murat, et là un nom mystérieux qui tressaille sur les lèvres... Il y a un regret et un sentiment de mort. Il est question d'un "Compère en lunettes", Emile Ollivier en principe, et puis on a ces deux vers sur l'occasion qui a viré au fiasco avec le fin nuage bleu qui sort du cigare en feu comme aux soirs de Saint-Cloud.
Rimbaud se sert des Châtiments, mais il connaît aussi les versions historiennes diffusées à son époque du 18 brumaire, et il s'en sert pour écrire une inversion qui fait contraster l'accession au pouvoir de Bonaparte et toute la déchéance militaire de Napoléon III dans le coup de poker de la guerre franco-prussienne...
Alors, je sais que l'argument suivant ne vaut pas grand-chose en principe, mais le 25 novembre le journal le Progrès des Ardennes a publié un récit en prose "Le Rêve de Bismarck" (sans doute réarrangé et censuré par l'éditeur Jacoby lui-même) lequel a un sous-titre "(Fantaisie)" qu'il partage exclusivement avec un poème composé visiblement en octobre "Ma Bohême", et Rimbaud y reprend des éléments du sonnet "Rages de Césars" : "Sous sa tente, pleine de silence et de rêve, Bismarck [...] médite ; de son immense pipe s'échappe un filet bleu. / Bismarck médite. Son petit index croch chemine [...] il tressaille [...] Bismarck médite. [...] le bonhomme a tant rêvé, l'oeil ouvert [...] Cachez, cachez ce nez ! [Note : citation à nouveau d'un vers de Tartuffe] [...]

Vu le témoignage de Delahaye qui raconte tout le contenu de ce texte alors inédit, incoonu, en envisageant des développements plus conséquents sur l'enivrement et qui dit que le poème n'a pas été retenu pour publication, je n'ai guère de doute sur le fait que la médiocrité qu'on ressent à la lecture vienne pour partie de sa dénaturation par les retouches de Jacoby. Delahaye parle d'un Rimbaud dépité de ne pas avoir été publié, et ne dit pas que cela a été rattrapé, j'en conclus que Delahaye a un souvenir déformé, mais qu'il se souvient d'une réelle déception de Rimbaud. Le texte a été réécrit. C'est évident !
Néanmoins, il en reste des éléments authentiques. Les rapprochements avec "Le Rêve de Bismarck" ne s'inventent pas, ni les premiers échos de Verlaine : "imperceptiblement" depuis le "tremblote" des "Effarés".
La composition ne peut pas dater du 25 novembre, elle est antérieure de quelques jours, soit qu'on pense que Jacoby l'a remaniée, soit qu'on pense qu'elle a été refusée dans un premier temps. Et bref, comme par hasard, les échos au "Châtiment de Tartufe", "Ma Bohème" et "Rages de Césars" favorisent l'idée que les trois sonnets furent les derniers composés pour Demeny, et non pas pour deux d'entre eux des compositions de septembre.
Alors, oui, bon, vous allez dire : "mais on n'a pas le droit de dire que Rimbaud quand il reprend des idées à un poème c'est qu'il a écrit les deux poèmes l'un à la suite de l'autre, et moi je ne veux pas que "chers corbeaux délicieux" soit rapproché dans le temps pour "Les Corbeaux" prétendument en mars et "La Rivière de casssis" en mai. Rimbaud peut très bien avoir écrit "Les Corbeaux" en septembre à Londres et s'être rappelé sa belle formule de mai et avoir envoyé ça à la Renaissance littéraire et artistique pour publication immédiate. Et gnagnagni et gnagnagna."

Ok, faites avec les intuitions que vous avez ! Qu'est-ce que je peux changer à vos natures ? Rien, après tout !