Dans la colonne "Actualités" de la page d'accueil de son site internet Arthur Rimbaud, Alain Bardel a référencé à la date du 10/04/2026 un article d'Adrien Cavallaro qui, au lieu d'être publié à sa place dans une revue rimbaldienne, l'a été dans le numéro 23 de la Revue Verlaine qui compte pour l'année 2025. L'article s'intitule "Les Illuminations, retour au titre". Seul le résumé et la première page de l'article sont consultables gratuitement sur le site internet de l'éditeur.
Vous pouvez "consulter" les "résumés" ou ce qui revient au même en télécharger une version PDF. Cavallaro dit qu'il expose dans son article les raisons philologiques qui doivent amener à privilégier le titre originel avec article, le choix de l'éditer sans article n'ayant jamais été clairement "motivé" dit-il. Cavallaro privilégie les citations de ce titre dans les écrits de Verlaine : correspondance ou textes critiques. Je ne vais pas payer sept euros pour lire cet article, du moins dans l'immédiat. Je consulte donc la seule première page en fac-similé à partir du lien que je vous fournis ci-dessus et je vous cite la première phrase de cet article : "On s'est étonnamment peu interrogé sur le titre même des Illuminations, dont Verlaine est l'unique passeur." Cavallaro rappelle ensuite que c'est un article de Steve Murphy paru en 2005 (il me semblait que le volume Parade sauvage n°20 datait de 2004, mais peu importe !) qui a le premier fait cette mise au point : "la seule réflexion approfondie jusqu'ici menée sur la question" nous dit-il. Le recueil a été publié avec article par la revue La Vogue et tout le monde a fait de même, jusqu'à ce qu'en 1949 Bouillane de Lacoste insiste sur le fait que le mot est anglais et ne doit donc pas être flanqué d'un article. Cavallaro fait remarquer une erreur insidieuse de Bouillane de Lacoste qui croit ou en tout cas déclare que Verlaine a écrit "Illuminécheunes" dans une lettre à Charles de Sivry d'octobre 1878, alors qu'il a écrit "les illuminécheunes". Bouillane y ajoutait la remarque de la préface à la plaquette de 1886 où Verlaine dit que le titre est un mot d'anglais et qu'il y avait un sous-titre prévue "coloured plates". Ma lecture de l'article de Cavallaro s'arrête là.
Je vais y revenir.
Le 10 avril, c'était le jour même de la parution du livre d'Alain Bardel Les Illuminations ou Rimbaud l'Obscur qui, comme on sait, a profité de "remarques et suggestions" d'Adrien Cavallaro et de Steve Murphy eux-mêmes. Et Bardel offre de la concurrence à l'article de Cavallaro avec son propre traitement de la question dans l'Introduction de son livre avec une sous-partie intitulée : "Illuminations ou Les Illuminations ?" Et je vous cite la première phrase et même un peu au-delà, en vous invitant à la comparer à la première phrase citée plus haut de l'article de Cavallaro : "On n'a jamais retrouvé le titre "Les Illuminations" écrit de la main de Rimbaud. C'est de Verlaine que nous le tenons."
Très clairement, Cavallaro et Bardel affirment tous deux que nous ne possédons aucune mention du titre du recueil par Rimbaud lui-même. Je suis d'accord avec eux, mais je suis surpris qu'eux pensent ainsi !
En effet, le vendredi 12 décembre 2025, Jacques Bienvenu a mis en ligne un article dont je ne partage pas les conclusions et qui s'intitule : "Le mot Illuminations au bas du manuscrit de Promontoire est-il de Rimbaud ?" (Cliquer ici pour consulter cet article sur le blog 'Rimbaud ivre' !)
Il s'agit de la copie autographe de "Promontoire". Elle est un élément capital, mais pas le seul, pour démontrer que la pagination des manuscrits des Illuminations n'est pas de Rimbaud. La revue La Vogue a fait une copie erronée de ce manuscrit sur deux feuillets paginés 1 et 2 qui ont été intégrés dans une suite paginée d'autres manuscrits authentiques de Rimbaud, "Scènes", "Soir historique" et quelques manuscrits de poèmes en vers. C'est bien le texte des deux feuillets allographes avec leurs erreurs qui a été publié dans la revue La Vogue. On doit cette mise au point à Jacques Bienvenu : le manuscrit autographe n'étant pas paginé, il est complètement absurde de chercher à relier à Rimbaud les diverses paginations des manuscrits des poèmes, proses et vers, qui ont été publiés par la revue La Vogue sous le titre Les Illuminations. Le manuscrit autographe comporte, en revanche, d'autres informations manuscrites. En haut à gauche du manuscrit autographe, nous avons des mentions en oblique : "Illuminations / page 34 / légères variantes". Il va de soi que la page 34 désigne une édition antérieure du poème. Il s'agit très précisément de la page 34 de l'édition par Vanier des Illuminations en 1892 comme le précise Bienvenu dans l'article accessible en lien ci-dessus. Ce n'est pas anodin. Il ne s'agit pas de l'édition de la revue La Vogue. Et surtout ces trois lignes sont fatalement postérieures à l'édition de 1892 et on comprend qu'il doit s'agit d'une mention de Vanier ou de l'un de ses employés peu avant que le manuscrit ne soit vendu au docteur ardennais Guelliot. On comprend par la mention "légères variantes" que la copie sur deux feuillets allographes n'est pas perçue comme allographe. Celui qui met ces précisions en haut du manuscrit autographe croit qu'il a affaire à un doublon autographe d'un même poème. Et comme c'est l'autre version qui a été retenue, ce poème qui a des passages bifffés a dû passer pour moins important, comme le brouillon de l'autre transcription. Grave erreur d'appréciation bien évidemment. Par chance, ce manuscrit a refait surface et les éditions rimbaldiennes ont pu finalement en tenir compte et corriger le texte du poème.
Mais, en-dessous de la transcription du poème, il y a les initiales "A. R" et une autre mention du titre du recueil entre parenthèses cette fois "(Illuminations)". Bienvenu cite plusieurs rimbaldiens qui ont donné leurs avis parfaitement subjectifs sur ces transcriptions. J'estime très clairement que Bienvenu ne devrait donner aucun crédit à ceux qui prétendent que la mention des initiales "A. R." est autographe et que personne ne signe à la place d'un auteur un texte par des initiales. On a un possible contre-exemple avec "L'Enfant qui ramassa les balles..." recopié par Rimbaud et signé "PV", en principe par Rimbaud lui-même. A la suite des initiales à l'encre "AR" on a une mention entre parenthèses "(Illuminations)" dont la transcription à l'encre est faite par-dessus une transcription au crayon où il manque le "s", négligence désinvolte. La mention à l'encre est très clairement de la même écriture que celle en haut du feuillet, et la mention au crayon est clairement admise comme allographe. Il va de soi que la mention au crayon est antérieure à la mention à l'encre qui est faite par-dessus.
Nous avons par exception deux mentions du titre du recueil sur l'unique manuscrit autographe qui n'a pas été utilisé pour l'édition originale, une mention sur l'unique manuscrit qui passe pour un doublon d'ordre secondaire. Il y a trois mentions en tout du titre sur ce manuscrit autographe !
Il est clair comme de l'eau de roche que toutes les trois sont allographes. Et c'est encore un argument capital pour montrer que la pagination des Illuminations n'est pas de Rimbaud, puisque nous avons la preuve d'interventions allographes en haut du manuscrit avec la mention de page et en bas avec l'écriture allographe au crayon repassée par une mention à l'encre, encre brune distincte qui plus est de l'encre employée par Rimbaud pour sa transcription du poème et de son titre !
Or, Murphy a prétendu que la signature "AR" était autographe et que Rimbaud l'avait évitée exprès en découpant le papier, et comme la signature "AR" était à l'encre brune ça ouvrait une boîte de Pandore pour soutenir que Rimbaud lui-même avait repassé le titre au crayon par une mention de sa main à l'encre brune.
Je me réjouis de voir qu'entre décembre 2025 et avril 2026 Bardel et Cavallaro n'ont pas changé d'avis et estiment que nous n'avons aucune mention de la main de Rimbaud du titre "Illuminations". C'est exactement ce que je pense. En revanche, je constate tout de même que nous avons trois mentions du titre par Vanier sans article. Vanier était depuis des années en contact avec Verlaine, qui plus est, même avant la publication des Illuminations par la revue La Vogue. Ce n'est pas Vanier qui a publié Les Poètes maudits ?
C'est quand même un élément du débat sur la nécessité ou non de mettre l'article. Murphy, Cavallaro et Bardel n'en ont tenu aucun compte, ce qui est dans l'absolu une lacune méthodologique. Le plus amusant, c'est que c'est même capital pour eux de prétendre que la mention à l'encre brune au bas du manuscrit autographe de "Promontoire" soit de Rimbaud, alors que pour moi et Bienvenu qui dénonçons la légende de la pagination autographe il est capital que les trois mentions du titre "Illumination(s)" sur le manuscrit autographe de "Promontoire" soit toutes les trois sans exception allographes !
Bardel, Murphy et Cavallaro ont tous trois considérés que les trois mentions n'étaient pas autographes finalement. Je m'en réjouis.
Bardel cite la formule de la lettre à Sivry de la mi-août 1878, où Verlaine adopte clairement une forme de mention sans article :
T'enverrai très-bientôt beaux Fragments.Avoir relu "Illuminations" (painted plates) du Sieur que tu sais, (ainsi que sa Saison en enfer[)]
La première mention est tout de même sans article et cela invite à ne pas considérer les trois mentions par Vanier comme innocentes.
Bardel cite ensuite le passage avec la mention "les illuminécheunes" :
Amitiés à Cabaner : ses musiques, les eaux-fortes, un tas de chinoiseries (pardon, japonismes, et les illuminécheunes, donc !) per postas payantes "papa".
Dans cet extrait, je me suis toujours demandé si à côté des "musiques" de Cabaner, les "eaux-fortes", le "tas de chinoiseires" et les "illuminécheunes" étaient aussi sous la commande d'un double point justifiant la mention "Amitiés". J'ai toujours eu l'impression en lisant cette lettre que c'était Cabaner qui avait refilé les manuscrits à Verlaine en 1878, et comme Cabaner est un musicien proche aussi de Charles de Sivry, ça pourrait expliquer que Verlaine ait naïvement envoyé les manuscrits à celui qui était le demi-frère de son ex-femme, au point qu'il a refusé tout un temps de retourner les manuscrits à Verlaine. En tout cas, je ne constate pas que les manuscrits ont été remis à Verlaine par Nouveau... J'ai vraiment l'impression que Cabaner a joué un rôle dans cette affaire, mais je suis le seul à le penser visiblement. Peut-être que je comprends mal ce passage de la lettre.
En tout cas, la mention "les illuminécheunes" n'a aucune importance en soi dans le débat sur le maintien ou le retrait de l'article au plan du titre du recueil, strictement aucune. Enfin, il y a la lettre du 3 novembre 1878 où Verlaine écrit ceci à nouveau à Sivry :
Pourrais, si en as fini avec les Illuminations (coloured plates, etc.) lui confier le paquet dûment emballé à mes adresses.
A en croire cette transcription, Verlaine ne souligne pas l'article. Mais l'usage peut être flottant, cela ne prouve rien d'évident dans un sens ou dans un autre, sauf qu'en surface l'article n'est pas inclus dans le titre. Je remarque aussi la corruption "coloured plates" qui intervient plusieurs mois après la relecture des manuscrits, nous sommes passés d'août à septembre. Et Verlaine maintiendra cette mention "coloured plates" dans ses textes critiques. Pour moi, le vrai sous-titre est "painted plates", mais cela lui a été communiqué de manière orale ou bien sur une lettre ou un écrit auquel Verlaine n'a plus eu accès au-delà d'août 1878. La variante "coloured plates" est visiblement le souvenir déformé du titre "painted plates". Bardel cite ensuite quatre extraits des articles et préfaces, mais je ne trouve pas ça grandement convaincant. Bardel prétend que Verlaine devait plus s'appliquer pour les articles et les préfaces. C'est un peu vite dit et c'est faire de Verlaine le dépositaire d'une transcription correcte du titre.
Je rappelle qu'en 1820 Lamartine a publié son premier recueil avec un titre sans article : Méditations poétiques, ce qui n'a jamais empêché de dire qu'il a publié Les Méditations poétiques. Et la référence anglaise n'était pas la cause de cette absence d'article qui plus est. En 1853, Victor Hugo a publié un recueil satirique dont le titre ne comportait pas d'article : Châtiments, mais lorsque le recueil a été réédité avec quelques ajouts en 1870 l'article au titre a fait partie des ajouts, le recueil est devenu Les Châtiments.
L'édition originale par la revue La Vogue impose l'article et Verlaine a laissé faire et suivi le mouvement. Il y a juste une mention antérieure dans le texte des Poètes maudits en 1883 où l'article est mis en italique, la majuscule étant réservé au nom "Illuminations" lui aussi en italique. Franchement, résultat des courses, on ne sait pas ce que Rimbaud aurait souhaité clairement, même si la tradition philologique impose de respecter le commencement, la mention dans Les Poètes maudits en 1883 et le titre publié par la revue La Vogue. Toutefois, les premières mentions par Verlaine et les trois mentions sur le manuscrit autographe de "Promontoire" font penser que l'article a été mis plus par pression normative qu'autre chose. Il reste un doute légitime dans cette affaire-là.
Maintenant, je voudrais aussi parler de l'ordre des feuillets.
La suite sur des feuillets homogènes semble commencer par "Enfance I" et se termine par le feuillet avec la fin de transcription de "Métropolitain" et la transcription de "Barbare" où au dos nous avons la transcription biffée du début du poème "Enfance I".
Donc, ce qui a été pensé comme un début à un moment donné de l'histoire des transcriptions, c'est "Enfance", la série de cinq poèmes, et non pas "Après le Déluge". Vu l'emplacement final de la copie biffée d'un paragraphe de "Enfance I", on peut penser que la série des feuillets homogènes a été maintenue dans cet ordre en passant pour la dernière fois des mains de Rimbaud aux mains des éditeurs de la revue La Vogue. N'en déplaise à Murphy, Bardel et Reboul, rien de tel ne peut être affirmé pour le manuscrit de "Après le Déluge", pour la copie au recto et au verso d'un même feuillet de "Marine", "Fête d'hiver" et "Nocturne vulgaire".
Il reste alors la série "Veillées" et la série "Phrases" avec les cas des feuillets d'un format différent désormais paginés 12 et 18.
Je précise qu'il n'est pas prouvé que ce soit Rimbaud lui-même qui ai corrigé le titre au singulier "Veillée" par un chiffre "III". Ce qui, personnellement, m'invite à penser que c'est bien une opération de la part de Rimbaud, c'est que visiblement quand Rimbaud remanie son texte, en biffant, raturant, corrigeant un passage, etc., il le fait immédiatement à l'encre. Il y a des interventions allographes à l'encre, mais cela ne semble jamais concerner le remaniement des poèmes ou des titres. Il y a quelques retouches en revanche au crayon qui sont clairement le fait des éditeurs. On ne voit pas pourquoi Rimbaud corrigerait au crayon à trois reprises, notamment "compagne" qui corrigerait "campagne", comme si Rimbaud prenait conscience que son "o" ressemble à un "a". Si tel était le cas, il aurait fait la correction directement à l'encre. Il est l'inventeur du texte. Il le sait ce qu'il veut transmettre à ses lecteurs. Il ne va pas corriger au crayon une faute de transcription, ça n'a aucun sens. Or, le titre "Veillée" est biffé directement à l'encre et remplacé directement par un chiffre "III" à l'encre. Je n'ai pas la preuve absolue que le remaniement soit le fait de Rimbaud, mais l'argument d'opposition entre l'usage de l'encre par le poète qui sait ce qu'il fait et l'usage plus circonspect du crayon par les éditeurs me paraît un argument capital. Qui plus est, on comprend que les éditeurs publient à la hâte les textes des manuscrits dans les livraisons 5 et 6 de la revue La Vogue. Fénéon ne semble être intervenu qu'à partir des livraisons suivantes et sur la plaquette, revendiquant faire commencer le recueil par les événements cosmiques, ce qui correspond au couple "Après le Déluge" et "Barbare" ouvrant le recueil dans la plaquette. Fénéon aurait été l'initiateur d'une publication mélangeant les vers et les proses, dans la plaquette évidemment, mais aussi à partir des numéros 8 et 9 de la revue.
Maintenant, n'en déplaise à Murphy, Bardel et Reboul, il n'y a aucune absurdité à envisager que les éditeurs aient pu à la marge placer "Après le Déluge" en tête de la série homogène et la copie avec des transcriptions au recto et au verso peu avant la fin de la série homogène.
La copie au recto et au verso rassemble d'un coup d'un seul trois poèmes, alors qu'il ne restera visiblement que des manuscrits avec un, parfois deux poèmes transcrits, et il n'y aura plus de continuité d'un feuillet à l'autre. Enfin, les manuscrits n'ont pas été paginés par Rimbaud. Ils avaient entre les mains des feuillets non paginés dont une suite homogène. Rien ne garantit qu'il n'y ait eu aucune altération de l'ordre des feuillets, même d'ailleurs au sein de la série homogène.
Le cas de "Veillées" est remarquable, parce qu'en effet si le remaniement est bien de Rimbaud il y avait un manuscrit d'un format différent au milieu de la suite homogène et cela pour une bonne raison, la continuité d'une série en trois poèmes.
Avant de parler de "Phrases", j'explique le séquencement de la pagination.
Les éditeurs ont publié neuf premières pages de manuscrits. La pagination au crayon est allographe, toute intervention au crayon sur les manuscrits est allographe sur les manuscrits en jeu. Ils ont paginé neuf premières pages au crayon et ils ont mentionné au crayon "Arthur Rimbaud" au bas de la page 9, et comme ces neuf premières pages étaient réunies pour la publication initiale ils les ont transportées séparément à un moment donné et ont sali le verso de la page 9. Dans le travail préparatoire, ils ont souligné les titres au moyen de crochets, avec un raté pour les trois croix du poème qui suit "Being Beauteous", Steve Murphy et Alain Bardel n'ayant ni l'un ni l'autre pris en considération qu'il fallait opposer la pratique de Rimbaud de ponctuer très souvent ses titres ou substituts de titres à la pratique des éditeurs qui dégageaient les titres à imprimer différemment du texte des poèmes par des crochets de mise en relief. Rimbaud pensait clairement les trois croix en-dessous de "Being Beauteous" comme un substitut de titre. Les éditeurs de La Vogue ne l'ont pas compris ainsi et n'ont pas su interprété le point après les trois croix en ce sens.
Les numéros des neuf premières pages ont été repassés à l'encre (peu importe qu'on ne voie pas le crayon pour l'un des chiffres des neuf premières pages, ça c'est de l'accessoire), ce qui relève d'une décision définitive, mais il y avait moyen de publier dans le numéro 5 de la revue plus de textes qu'initialement prévu. Le numéro 5 de la revue publiera le texte des quatorze premières pages. Or, la pagination a vraisemblablement repris à partir de la page 10, et il n'y a rien d'aberrant à ce que deux personnes aient travaillé ensemble à ordonner ces pages. L'un a repris le principe de la pagination au crayon et comme il n'y avait qu'un crayon l'autre a écrit à l'encre les numéros des pages pour les deux feuillets d'un format différent, ce qui soulève déjà la question de la séparation à ce moment-là des deux feuillets d'un format différent de l'ensemble homogène. Pour le futur feuillet paginé 18, on comprend qu'il était déjà à cet emplacement, qu'il en a été retiré puis qu'il y a été remis. Et il a été paginé à l'encre 18 pour bien signifier qu'il devait venir avant "Veillée" devenu "III", que ce soit sous la main de Rimbaud, ce qui est assez probable, ou sous la main d'un prote de la revue. Mais, pour le feuillet paginé 12, je me permets de soulever une hypothèse. Les poèmes brefs du feuillet 12 sont admis comme pouvant avoir le titre "Phrases" parce qu'il s'agit de poèmes si courts qu'on dirait des bribes de poèmes, des phrases éparses, sauf que c'est déjà le cas du poème court qui suit "Being Beauteous". Depuis longtemps, on remarque qu'il y a une différence profonde d'allure poétique entre les trois segments du feuillet 11 qui sont clairement sous le titre "Phrases" et les poèmes du feuillet 12. Les textes ne s'harmonisent pas du tout entre eux, dans le passage d'un feuillet à l'autre. Qui plus est, les textes du feuillet 12 ne sont pas séparés de la même manière que les textes indiscutablement sous le patronage du titre "Phrases". Nous avons une opposition entre des traits ondulés et des séparations par trois croix, à tel point qu'on peut se demander si le feuillet paginé 12 a réellement été pensé comme devant suivre les poèmes de la série "Phrases" originel, et on peut même se demander dans la foulée si le feuillet aujourd'hui paginé 12 ne devrait pas être à la suite du feuillet avec "Ô la face cendrée...", ce qui alignerait tous les poèmes lancés par des trois croix l'un à la suite des autres, avec une meilleure harmonisation esthétique.
Je ne prétends pas avoir, je lance l'hypothèse. Comment les rimbaldiens vont-ils prouver que je me trompe, à partir du moment où, on le sait, la pagination n'est pas de Rimbaud, mais de la revue La Vogue ? Et pourquoi refuser d'envisager de nouvelles hypothèses au nom d'un a priori ?
Au-delà de la série partiellement homogène de vingt-quatre pages, les paginations sont toutes le fait des éditeurs, La Vogue et Vanier, avec une preuve par l'absurde apportée par Bienvenu montrant que le manuscrit autographe de "Promontoire" n'est pas paginé, mais la copie allographe sur deux pages si ! Les manuscrits de poèmes en prose publiés par Vanier sont comme par hasard ceux qui sont numérotés par des chiffres romains, sans pagination des feuillets cette fois, puisque ce sont les poèmes qui sont numérotés.
Enfin, si Rimbaud avait réellement tenu à un ordre définitif, il aurait paginé d'un seul tenant tous les manuscrits. Et ça c'est un horizon indépassable de la réflexion critique sur Les Illuminations. "Après le Déluge" n'était pas paginé avant d'arriver entre les mains de la revue La Vogue. Il faut que les rimbaldiens s'en fassent une raison. Et si l'ordre des manuscrits doit être médité, c'est à partir de cette idée qu'aucune des paginations n'est de Rimbaud, sauf éventuellement les chiffres romains, et encore ça reste à prouver.
Que ça plaise ou non, c'est comme ça !
Et si Verlaine est passé de la mention du sous-titre "painted plates" à la mention "coloured plates", cela indique aussi qu'il n'avait pas VU de feuille de titre du recueil.