jeudi 4 juin 2026

Et toujours d'autres anomalies dans l'édition de Cavallaro des oeuvres complètes de Rimbaud !

 "L"orgueil plus bienveillant que les charités perdues."
(Rimbaud, "Génie") 
 
 
J'ai souligné dans le précédent article qu'il y avait une lecture non équivoque de la prose liminaire que j'avais établie, mais comme c'est moi qui l'ai établie elle subit un déni massif anormal. C'est la raison de la présente épigraphe ci-dessus, parce que les gens n'aiment pas les super prétentieux, mais il faut comprendre que ce n'est pas ça le problème de fond quant à la lecture de cette prose liminaire de la Saison. Je reviens ici sur la coquille "outils" pour "autels". J'ai énuméré plusieurs arguments de mauvaise foi qui sont dressés pour faire barrage à la reconnaissance de cette coquille et j'ai bien sûr montré qu'ils n'étaient pas valables, mais il y a tellement d'arguments de mauvaise foi que certains passent presque inaperçus. Il y avait l'argument de mauvaise foi en 2023 selon lequel le brouillon lui-même comporterait la leçon "outils" mal déchiffrée. Cavallaro n'est pas venu sur ce terrain-là, ce qui ne signifie pas qu'il faille l'en féliciter. Il est admis que le brouillon porte la leçon "autels". Mais Cavallaro a rassemblé en quelques lignes un maximum d'arguments pour dénier la pertinence de la coquille. J'ai montré que les raisonnements ne tenaient pas : aucune nécessité d'accéder aux épreuves, le brouillon est un document inespéré suffisant ; il n'y a pas de différence sensible entre le texte du brouillon et le texte imprimé par Poot, une coquille n'est pas systématiquement liée à une incohérence grammaticale, et s'il y a une coquille à corriger il n'y a pas à pousser un esclandre pour atteinte à un texte imprimé considéré abusivement comme sacré. Mais, quand Cavallaro écrit : "la phrase imprimée est syntaxiquement correcte", il commet une maladresse qui montre qu'il est dans la mauvaise foi et qu'il ne fait pas attention aux arguments qu'il accumule, puisqu'il parle donc du passage suivant : "Les outils, les armes... le temps !..." Il s'agit d'une phrase nominale et même plutôt d'une juxtaposition de trois groupes nominaux qui, à l'oral, n'offre aucune discrimination possible entre la réalité de trois phrases nominales ou d'une seule juxtaposant trois éléments. L'analyse syntaxique se limite au lien entre un déterminant et un nom, puis à une étude plus floue de la juxtaposition des trois éléments, étude en marge de l'étude syntaxique au sens strict.
A propos de considérations plus générales de Cavallaro sur l'intérêt des brouillons, j'avais épinglé cette fois des arguments qui se retournaient contre le déni de réalité de la coquille "outils" pour "autels". Cavallaro parlait de l'intérêt des brouillons pour mieux cerner la "genèse de la construction narrative" et aussi le "sens de paragraphes délicats". Or, j'épingle le problème suivant. Quel rimbaldien a commenté le passage de "autels" à "outils" en montrant que le glissement de l'un à l'autre se défendait ? Quel rimbaldien, à part moi, a donné du sens à la présence de la leçon "autels" sur le brouillon ? Enfin, je remarque que, refoulant la leçon "autels", Cavallaro ne dit pas un mot sur la signification qu'il prête au mot "outils" à la fin de "Mauvais sang", remarque qui vaut aussi pour les livres d'Alain Bardel, Alain Vaillant, et cela en remontant jusqu'aux livres les plus anciens sur Une saison en enfer, bien avant même que je n'intervienne en expliquant qu'il y a une coquille. Il faudrait que je m'amuse à faire une recension de tout ce qui a pu être écrit sur le mot "outils" dans les études rimbaldiennes, mais je sais déjà que c'est très maigre, que cela est traité sur la bande, parce que cela met mal à l'aise. Conscients que j'ai dénoncé une coquille, Vaillant, Bardel et Cavallaro auraient dû construire une justification poussée du recours au mot "outils". Ils ne l'ont pas fait, ils font des justifications sans substance. Cavallaro pour sa part ne dit rien sur la signification "délicate" du mot "outils", il ne parle que pour refuser le mot "autels", en dépit du principe qu'il proclame d'un respect scrupuleux des manuscrits, respect qu'il bafoue également avec sa transcription "de daines" au mépris de ce qu'a écrit Rimbaud : "ou daines".
Je passe à un autre point. Sur "Tête de faune", Cavallaro renvoie à un article d'Alain Chevrier pour l'identification d'une source du côté de la comédie Le Bois, sauf que j'ai trois objections à faire. Premièrement, cette source, c'est moi qui l'ai posée dans un article paru dans la revue Rimbaud vivant. je n'ai pas donné de précisions, il est vrai, mais j'ai dit en toutes lettres que certains éléments de "Tête de faune" provenaient d'une lecture de la comédie Le Bois de Glatigny. Deuxième objection, dans l'article de Chevrier, la communauté de rime n'est même pas mentionnée : "feuille"/"se recueille". Troisième objection, j'ai publié avant que ne paraisse l'article de Chevrier et sur ce blog que la rime "feuille"/"se recueille" de la comédie Le Bois était reprise dans "Tête de faune".
Pour rappel, en 2009, j'ai publié dans la revue Europe, dans un numéro collectif que ne saurait ignorer Chevrier (1 gratin de collaborateurs de la revue Parade sauvage, 2 prestige particulier à cette revue dans le monde universitaire et littéraire) que la cause précise du recours aux sonnets monosyllabiques trouvait son origine dans l'article de Verlaine qui épinglait l'amour de Barbey d'Aurevilly pour les vers acrobatiques d'Amédée Pommier en contradiction avec son mépris pour Banville. Verlaine y citait une séquence importante d'un poème en vers d'une syllabe qui a d'ailleurs directement inspiré Rimbaud pour la fin de "Cocher ivre", ce qui va avec, pour le signaler en passant, une parodie attribuée à Baudelaire parue dans Le Figaro en 1878 qui s'inspirait de "Cocher ivre" et précisément du passage parodié de l'extrait de Pommier cité par Verlaine. J'expliquais que suite à cet article de Verlaine, Alphonse Daudet avait inventé un sonnet en vers d'une syllabe contre Verlaine "Le Martyre de saint Labre" et que cela avait donné la suite zutique que l'on connaît en réaction. Chevrier a ensuite écrit un article où il exhibait le cas de l'article de Verlaine sans me mentionner. J'ai demandé des explications que je n'ai jamais eues à la revue Parade sauvage. Chevrier avait écrit un livre que je connaissais sur les vers d'une syllabe, mais il n'y avait à l'intérieur aucune mention de l'article de Verlaine, et les sonnets de Rességuier et de Daudet n'étaient considérés comme des sources aux sonnets zutiques que par la seule antériorité chronologique.
Chevrier a vu de son côté le lien de "Paris" à Amédée Pommier, ça c'est sa découverte, mais moi j'ai fait ma grande mise au point sans avoir à lui rendre une quelconque antériorité. Avec la comédie Le Bois, c'est la deuxième fois que Chevrier fait ouvertement fi d'une de mes antériorités, et je constate que les rimbaldiens en jouent. Je rappelle que Cavallaro attribue aussi dans son édition en Folio Classique la datation des contributions zutiques à Bernard Teyssèdre, alors que celui-ci reprend ce que j'ai déjà publié et ce qui figure dans sa bibliographie justement. Je rappelle que Teyssèdre remercie Jean-Jacques Lefrère, Steve Murphy et Michael Pakenham pour leur aide à son livre Rimbaud et le foutoir zutique, à un moment où Murphy et Lefrère s'attaque par un compte rendu "Pléiade sans étoile" à l'édition des oeuvres  complètes de Rimbaud en 2009 dans la collection de La Pléiade où figuraient les premiers états des découvertes zutiques que j'étais en train de rassembler, découvertes que Murphy, Lefrère et Pakenham connaissaient suite à des échanges privés (je rappelle que le numéro qui révéla la caduque photographie du "Coin de table à Aden" contenait mon article sur Belmontet), et bien sûr le livre de Teyssèdre a été publié à l'époque où Lefrère enrageait de mon opposition et de celle de Jacques Bienvenu à l'identification de Rimbaud sur la photographie du Coin de table à Aden. Vous connaissez la suite ! Cette photographie, elle est tombée ! De toute façon, le livre de Teyssèdre cite dans sa bibliographie mes trois articles déjà publiés sur l'Album zutique dont la démonstration chronologique. Teyssèdre s'est emparé en son nom de ma démonstration, je précise par ailleurs que dans un article ultérieur je montre aussi qu'il n'a pas eu assez de recul dans le détail chronologique, car il a ignoré les cas où les colonnes à gauche ont été transcrites après la colonne de droite, et les cas de poèmes recopiés par paquets si on peut dire.
A propos du poème zutique "Vu à Rome", je précise aussi contre Teyssèdre et Reboul que j'ai raison de soutenir qu'il y a bien une parodie par Rimbaud de la cible qu'il annonce, Léon Dierx, et j'ai souligné les mots clefs et c'est moi qui ai souligné la ressemblance entre les mentions des yeux dans "Les Yeux de Nyssia" et des nez dans "Vu à Rome". Comme pour la strophe de la "Chanson de Fortunio" et d'autres éléments encore, Cavallaro fait état de cette idée sans me citer.
J'en viens à "Michel et Christine". Cavallaro ne peut pas savoir que "Circeto" a récupéré un brouillon d'article que je n'ai pas mis en ligne sur mon blog où je parlais de la source du côté d'un roman "Michel et Christine". Circeto avait publié une première version en ligne sur son blog, qui intégrait certaines de mes expressions d'ailleurs, et il faisait mine d'avoir découvert cela tout seul. Circeto a enlevé ce texte du net, puis il a publié un article tout à à fait remanié dans la revue Parade sauvage . J'ai rigolé de voir que même si Cavallaro recense cet article de Circeto, celui-ci ne peut guère en jouir, vu que Cavallaro dit que la thèse est peu crédible. Je m'empresse de préciser que je ne suis pas d'accord. Je voulais à l'époque mûrir cette découverte, il manquait une page du roman dans le fac-similé disponible, je n'ai jamais lu au-delà, mais il est évident que la scène de mauvais temps, d'orage, offre une ressemblance qui ne saurait être de l'ordre de la coïncidence avec les vers de "Michel et Christine". Peu importe que cette découverte soit attribuée à Circeto, je me battrai aussi pour que l'idée soit prise au sérieux.
Je n'en ai pas fini avec l'édition en Folio Classique, je vais parler de l'ordre des poèmes plus en détail que je ne l'ai fait jusqu'ici, et je vais inspecter le reste et vous ramener d'autres sujets intéressants.

mardi 2 juin 2026

Une saison en enfer, ça va, mais l'éternité ?

Errare humanum est, perseverare diabolicum. 
 
 
L'édition des Ouvres complètes de Rimbaud par Cavallaro dans la collection Folio Classique entretient un nid d'erreurs problématiques qui tendent à devenir permanentes.
Il est évident que les propos des rimbaldiens reflètent des querelles de chapelles, et ce qui est impressionnant, c'est que les discours tenus ne tiennent aucun compte des vérités scientifiques.
Prenons le cas du livre Une saison en enfer. J'ai publié en 2009-2010 deux études particulièrement pointues : "Les ébauches du livre Une saison en enfer" et "Trouver son sens au livre Une saison en enfer". Il s'agit des deux plus importantes études sur Une saison en enfer qui ait jamais été publiées dans le domaine universitaire sur ce livre précis d'Arthur Rimbaud.
Pourtant, aucune de ces deux études n'est volontiers prise en considération par un quelconque rimbaldien.
J'ai l'air arrogant en disant cela, mais ce qui suit va bien vous montrer certaines réalités.
Dans le tome II de son édition, Cavallaro ne cite aucun de ces deux articles dans les bibliographies. Je ne suis pas cité dans la bibliographie au sujet de la prose liminaire, ni dans celle qui concerne "Mauvais sang", ni dans celle qui concerne "Alchimie du verbe". Et, enfin, je ne suis pas cité non plus dans la notice au sujet des brouillons d'Une saison en enfer. Ni moi, ni Guyaux ne sommes cités pour la coquille "outils" pour "autels", alors même que Cavallaro traite le sujet et y revient à deux reprises ou trois reprises : page 244 où le "on" anonymise deux personnes au moins : "on a pu s'étonner...",  page 253. Cette anonymisation n'est pas correcte dans le débat d'idées, puisque Cavallaro ne donne même pas à ses lecteurs les références pour que les gens puissent lire mon son de cloche, et Cavallaro ne précise même pas que Guyaux a corrigé "outils" par "autels" dans les révisions de l'édition de 2009 des œuvres de Rimbaud dans la collection de La Pléiade. En effet, l'édition de 2009 connaît de nouveaux tirages avec de menues corrections, et à partir de 2014 je crois il y a une révision où "outils" a été remplacé par le mot "autels". Il est tendancieux de la part des rimbaldiens de refouler cette coquille "autels" sans citer l'article qui l'a signalée et sans citer sa présence dans l'édition prestigieuse de la collection de La Pléiade qui avalise la découverte.
En 2023, Alain Vaillant a essayé de refouler cette coquille en prétextant que le manuscrit du brouillon correspondant n'était pas lui-même facile à déchiffrer et qu'il pouvait très bien comporter lui aussi la leçon "outils". Il s'agit clairement d'un argument de mauvaise foi, puisque les brouillons ont été découverts et publiés bien après la diffusion du texte de l'édition originale d'Une saison en enfer, et alors même que le mot imprimé "outils" aurait pu les influencer, toutes les personnes qui ont publié le texte des brouillons ont systématiquement publié la leçon "autels". Ils déchiffraient sans hésitation le mot "autels". Vous pouvez acheter un nombre élevé d'éditions des œuvres de Rimbaud où figure une transcription des brouillons et vous retrouverez inlassablement la leçon "autels". Alain Vaillant et Adrien Cavallaro étaient codirecteurs du Dictionnaire Rimbaud paru aux Editions Classiques Garnier en 2021, avec feu Yann Frémy, ouvrage dont j'avais fait sur ce blog un compte rendu cinglant avec un titre spectaculaire : "N'oubliez pas de chier sur le Dictionnaire Rimbaud". La présente édition montre que Cavallaro se refuse à glisser sur le terrain de la remise en cause de la lecture universellement admise du brouillon. Cavallaro dit clairement qu'il est écrit "autels" sur le brouillon, ce qui signifie le désaveu de l'argument de 2023 d'Alain Vaillant.
Mais Cavallaro attaque sous un autre angle.  Il affirme que la correction ne pourrait se justifier que si nous avions accès à des épreuves. Il écrit ceci : "En l'absence d'épreuves, il est toutefois impossible d'en valider la pertinence." Il s'agit bien évidemment d'un argument de mauvaise foi. On n'a pas à profiter de l'impossibilité de retrouver des épreuves pour énoncer un tel décret. Au contraire, alors que pour l'essentiel d'Une saison en enfer, nous n'avons aucun doublon. Ici, nous avons un doublon de tout le passage incluant le mot "outils", et c'est une réalité de fait que Rimbaud a écrit "autels" et non pas "outils" sur l'unique manuscrit que nous pouvons consulter, c'est une réalité de fait qu'il y a plusieurs coquilles identifiables dans Une saison en enfer, et les coquilles sont courantes dans les éditions d'ouvrages d'autres auteurs bien évidemment, et la ressemblance graphique entre "outils" et "autels" est d'un particulièrement haut degré d'évidence. Cavallaro ose avancer un second argument pour ce qui est de la confrontation au brouillon : "L'application de cette correction présupposerait une stricte coïncidence entre les brouillons et la plaquette, que dément l'examen attentif des premiers ; la brèche ouverte procéderait alors d'une forme de réécriture du texte imprimé. Dans la mesure où la phrase imprimée est syntaxiquement correcte, l'éditeur doit disposer d'éléments matériels plus nombreux pour envisager une intervention de ce type."
Ce que dit Cavallaro n'a aucune valeur scientifique, c'est purement et simplement de l'intimidation, et ça ce n'est pas acceptable.
Il n'y a aucune nécessité de renvoyer à des épreuves. Vous les connaissez les épreuves de Don Quichotte, les épreuves des contes de Voltaire, etc. ? On fait avec ce qu'on a, ce n'est pas une honte. Ensuite, Cavallaro ment quand il dit que le brouillon ne correspond pas au texte décisif. Malgré les variantes, les textes sont quasi identiques, sauf évidemment pour le passage de "autels" à "outils". Et ici, je rappelle que Cavallaro prône le principe de la fidélité scrupuleuse aux manuscrits, alors que le texte imprimé est celui d'un prote belge de l'éditeur Poot ! J'aimerais connaître le nom de cet artiste.
Cavallaro fournit sa propre transcription du brouillon à la page 149 du tome II de son édition. Il n'y a aucun remaniement en profondeur de ce passage du brouillon à l'état imprimé. Les textes ont une coulée qui peut être qualifiée de "stricte coïncidence". Cavallaro procède ensuite à une intimidation avec l'expression "brèche ouverte" qui signifie l'abus, le franchissement d'une limite, mais l'abus serait d'une "forme de réécriture du texte imprimé". Mais, oui, on réécrit le texte imprimé en fonction du brouillon, c'est une vérité de La Palice que nous énonce Cavallaro derrière ce jargon : "forme de réécriture du texte imprimé". Ensuite, Cavallaro pose que la phrase est syntaxiquement correcte, donc on n'a pas à la corriger. Mais pourquoi les coquilles ne relèveraient-elles que des problèmes de cohérence grammaticale. La coquille ici est dans l'emploi d'un mot pour un autre. Et la remise en cause de la coquille est au plan du sens. On a ensuite à nouveau la pétition de principe qu'il faudrait plus "d'éléments matériels", adjectif qui veut dire qu'il faut des documents en plus. Mais je suis désolé, moi je prétends résoudre la difficulté en faisant fonctionner mon cerveau. Ce n'est pas une limite pour moi ! Je viens justement de reprendre un par un tous les éléments de la contre-argumentation de Cavallaro et je les ai réduit au néant. A partir de maintenant, refouler la coquille "outils" pour "autels" j'appellerai ça de la mauvaise foi pure et simple. J'ai répondu à la contre-argumentation, j'ai remarqué en son sein le désaveu de la contre-argumentation d'Alain Vaillant, prenez-en acte ! Vous pouvez avoir cru à vos idées, mais là il est temps que ça s'arrête, j'ai montré clairement les lacunes de votre contre-argumentation, vous ne pourrez pas en faire fi désormais.
Et ce n'est pas fini !
Je ne vais pas revenir sur l'explication du passage et le lien des mentions "armes" et "autels" avec la formule bien connue "Le sabre et le goupillon". Je vais vous montrer par une autre voie que ce refoulement de la coquille "outils" est indéfendable.
Donc Cavallaro fournit sa propre transcription des brouillons de la Saison aux pages à 153 du tome 2 de son édition des oeuvres de Rimbaud. A la page 351, il fournit la notice qui est précédée d'une sélection bibliographique où trois études ont été retenues : une de Jacques Rivière, une d'Aurélia Cervoni, une de Yann Frémy. Une première publication de ces brouillons date de 1914 ! Et Jacques Rivière en a traité, mais il s'agissait des brouillons correspondant aux sections "Nuit de l'enfer" et "Alchimie du verbe". Cavallaro salue le fait que Jacques Rivière en 1914 ait été le premier à exploiter ces brouillons dans une étude. Cela veut donc dire que malgré le manque de "stricte coïncidence" que leur suppose Cavallaro ces brouillons ont un intérêt scientifique réel. Il convient de les "exploiter", c'est le verbe qu'il emploie. Maintenant, voici les merveilleux acquis qu'il attribue à Rivière : le texte définitif est "plus serré, plus étroit, plus condensé", il y avait "un travail de réduction". Un constat que tout le monde fait spontanément en lisant successivement les brouillons et les textes définitifs correspondants. On félicite Rivière pour une vérité de La Palice. Et on se paie de mots : "un travail d'éclosion du 'rythme' souverain de la phrase, comme indépendant du sens des mots, qui fait pour Rivière l'éclat du style d'Une saison en enfer." Vous avez identifié un contenu d'idées là-dedans ? Moi, pas !
Ce n'est que de l'esbroufe.
Cavallaro reprend ensuite en disant que même si le texte définitif est autrement enlevé cela "ne diminue en rien l'intérêt propre de ces documents". Cavallaro insiste encore en ajoutant que ces brouillons d'autant plus précieux qu'ils sont rares "permettent d'apprécier des éléments de genèse de la construction narrative, de l'élaboration formelle, du sens de paragraphes délicats".
Avec ce que je viens de lire, je m'étonne que Cavallaro n'ait rien à dire sur le mot manuscrit "autels" quant à la "genèse de la construction narrative" du passage qui clôt "Mauvais sang" et qui à ce titre est essentiel ! Cavallaro récuse au contraire son intérêt pour l'élucidation du "sens de paragraphes délicats".
Le brouillon correspondant à "Mauvais sang" a été publié à partir de 1948 seulement, Rivière ne pouvait donc pas identifier lui-même la coquille "outils". J'ai tendance à penser qu'il aurait eu le bon sens de considérer que "autels" du manuscrit était la leçon mal transcrite dans l'édition Poot en "outils", parce que cela relève de l'évidence matérielle, oui matérielle !
Et donc, depuis 1948, tous les rimbaldiens peuvent confronter le brouillon au texte définitif. Mieux encore, le brouillon est régulièrement édité et il est donc diffusé auprès de milliers ou millions de lecteurs. Ces brouillons sont publiés comme des textes qu'on soumet à la réflexion, et il s'agit d'un support de travail pour quantité de rimbaldiens. De 1948 à 2009, il y a plus de soixante ans d'écart. Nous sommes en 2026, nous approchons des quatre-vingt ans d'écart.
Le texte du brouillon est assez court, et les variantes sont peu nombreuses. Personne avant 2009 n'a publié qu'il était tout de même étonnant de passer de la leçon "autels" du manuscrit à la leçon "outils", qu'il s'agissait là d'une probable coquille. Personne ! Personne ! Personne ! Les rimbaldiens ne se sont même pas posés la question ! Mais qu'apprend-on d'autre de ces brouillons pour que votre attention ait été détournée du fait macroscopique ? Vous faites un travail sur les brouillons, c'est le b.a.-ba. Il a dit quoi de mémorable sur ces brouillons, Yann Frémy, dans son livre paru en 2009, et dans sa thèse de quelques années antérieures ? Elle a dit quoi d'intéressant Aurélia Cervoni en 2009 également, dans le volume même où je publie mon article concurrent sur les brouillons ? Le plus piquant, c'est que c'est elle aussi et non Guyaux qui a lu "de daines" sur le manuscrit de "L'Homme juste".
Il y a un truc énorme qui jure par les deux yeux, le passage de "autels" à "outils". Personne n'en parle. Personne ! Et vous trouvez ça normal ? Et quand enfin quelqu'un s'empare du sujet et énonce l'évidence, vous la refoulez de deux manières : 1) vous taisez l'existence de l'article, 2) vous dites arbitrairement que ce n'est pas vrai, sans aucune argumentation valable, sans aucune expertise scientifique. Vous trouvez ça sérieux ? Moi, pas !
J'ajoute que dans cette étude sur les brouillons d'Une saison en enfer, je fais remarquer que si le texte a été divisé en deux, la première partie est au milieu de "Mauvais sang", la deuxième partie, qui contient le mot "autels" est la fin clef de "Mauvais sang", je fais remarquer qu'entre les deux parties désormais séparés, on a le récit articulé de la fuite en Afrique et de la conversion forcée, et je fais remarquer qu'il y a visiblement une allusion à la formule "Impossible n'est pas français" attribuée à Napoléon Premier, et vous avez à relier pour citer le texte définitif, la phrase : "La terreur n'est pas française" à la clausule : "Ce serait la vie française, le sentier de l'honneur !"
Visiblement, Frémy et Cervoni n'écrivent pas du tout cela, puisqu'il n'est rien dit de tel dans la notice de Cavallaro à son édition. Il y a un manque de sérieux qui est effarant. Mon article concentrait des remarques capitales, alors que les articles de Frémy et de Cervoni, les notices des nombreuses éditions qui offrent une transcription des brouillons parlent pour ne rien dire ! Pour ne rien dire ! Je pèse mes mots. Et là, des choses éclairantes et essentielles sont dites, et vous passez ça sous silence !
Quel est l'intérêt de vos études sur les brouillons ? Qu'avez-vous apporté de fondamental ?
Moi, je viens de vous citer une partie de mes hauts faits. J'ajoute qu'en étudiant la fin du brouillon de "Alchimie du verbe", j'ai montré qu'il ne fallait pas lire les dernières phrases comme se succédant, mais comme quatre essais concurrents pour finir le récit, et j'ai montré en étudiant de près le positionnement de "cela s'est passé" sur le brouillon que le rejet de l'art comme une sottise venait après et cela confirmait que le salut à la beauté n'était pas une reconnaissance admirative, ce que Michel Murat a essayé de contester dans l'édition augmentée de son livre L'Art de Rimbaud contre la réalité indépassable des faits. Cavallaro offre la fin du brouillon de "Alchimie du verbe comme une successions de phrases dans un alinéa avec juste l'alinéa final "salut à la bont", mais je cite sa transcription :
 
 [...] Tout cela s'est passé peu à peu -
  Je hais maintenant les élans mystiques et les bizarreries de style.
  Maintenant  <enfin> je puis dire que l'art est une sottise. <Les> Nos grands [...] poètes est aussi facile : l'art est une sottise.
   Salut à la bont
 Ce passage correspond à l'alinéa final.
 
     Cela s'est passé. Je sais aujourd'hui saluer la beauté.
Le brouillon contient la prhase : "cela s'est passé". Tout ce qui est suit sur le brouillon est à mettre sur le même plan que la phrase : "Je sais aujourd'hui saluer la beauté", ce que confirme les synonymies : "Je puis" pour "je sais", deux fois "maintenant" pour "aujourd'hui". Et il va de soi que les répétitions à l'identique, en particulier "l'art est une sottise", ne signifient pas que Rimbaud veut placer des répétitions dans son texte. Il cherche une phrase qui soit digne de finir son texte : "Je hais maintenant" premier essai, "Maintenant je puis dire "deuxième essai, "Nos grands poètes ... est aussi facile" troisième essai (qu'on pourrait diviser en deux), "l'art est une sottise" (quatrième essai qui reprend le deuxième en plus succinct), "Salut à la bont" cinquième essai avec une idée initiale de recourir au mot "bonté", ce qui confirme que la beauté du texte liminaire est liée à l'équation moralisatrice Bon=Beau=Vrai.
Comment pouvez-vous passer à côté de quelque chose d'aussi important ? Vous continuez de ne pas être d'accord ? Mais ça n'en sera pas moins le point d'achoppement du débat. C'est du diamant pour le débat que j'apporte là. Puis, c'est des faits imparables !
Moi, je veux qu'on me montre ce qui a été dit de plus intéressant sur les brouillons par d'autres rimbaldiens, par tous les autres rimbaldiens réunis. Je veux qu'on me montre ça ! Allez-y !
 
Et dans tout cela, je corrige donc deux coquilles dans Une saison en enfer. Je corrige la coquille "outils" en rétablissant "autels", et je corrige la coquille : "Après, la domesticité même trop loin" par l'adjonction d'un "est" fondé sur une analyse du sens du paragraphe et sur deux autres phrases de Rimbaud, une de "Mauvais sang" et une rapporté par l'ex-Madame Verlaine : "le travail est loin de moi". Je veux bien qu'on hésite encore, mais je fournis la seule correction étayée du passage : "Après, la domesticité [est] même trop loin." Forestier a pu dire que "Après, la domesticité même trop loin" avait du sens, mais la phrase était tout de même agrammaticale et à cette aune pas si pleine de sens que ça. Forestier mettait en doute la correction "mène", mais il ne faisait que ça ! Or, sur mon blog, j'ai montré que Bouillane de Lacoste avait étudié l'évolution du texte d'Une saison en enfer dans les premières éditions. J'ai utilisé l'édition critique de 1939 où Bouillane de Lacoste souligne que la leçon "mène" a été apportée par Paterne Berrichon en 1898. Il s'agit donc d'une invention de Berrichon. Le malheur, c'est que Bouillane de Lacoste n'a pas compris lui-même la portée de sa mise au point et n'a pas compris, ce qui allait pourtant de soi, que Berrichon avait inventé une solution à un passage illisible. Bouillane a plaidé le caractère naturel de la correction fournie par Berrichon. Mais il ya deux raisons à cela. La première, c'est que Bouillane s'est enfermé dans un cadre de compréhension où la coquille est la déformation d'un mot, sans penser à chercher s'il ne manquait pas plutôt un mot. La deuxième, c'est que, à partir de l'historique même des éditions, tout le monde comprend que Bouillane a découvert la lecture de Rimbaud dans une édition qui fournissait "mène", et du coup quand beaucoup plus tard il a découvert la leçon originale "même" qui était strictement inconfortable, il a trouvé naturel de se rabattre sur la leçon à laquelle il était familiarisé, ce qui ne va pas sans une sorte de lâcheté psychologique. Il n'avait pas la solution, il a rendu les armes en retournant à ce qui le conditionnait. Et c'est le fond du problème pour le refoulement par les rimbaldiens de la coquille "outils" pour "autels". Il y un conditionnement enraciné en faveur du mot "outils", il y a la jalousie de ne pas avoir trouvé soi-même la coquille pour les rimbaldiens plus anciens, surtout ceux qui ont travaillé sur les textes, le mélange des deux conduit à ce à quoi on assiste présentement. Ce conditionnement est absurde, mais la plupart des gens ne le dominent pas. Guyaux le domine, Bienvenu le domine, je le domine, mais la plupart des gens, non ! Il va de soi aussi que selon ce qu'on a déjà dit sur la question, on n'a pas envie de se dédire, ce qui n'était pas le cas de Guyaux dans ce cas précis, mais ce qui est sans doute le cas d'autres rimbaldiens, et comme il y a un réseau à entretenir quand on entre en rimbaldie on se retrouve avec une majorité de rimbaldiens qui sont incapables d'admettre l'évidence : la coquille "outils" pour "autels". Face à cela, expliquez-moi maintenant pourquoi vous soutenez la correction "mène" comme allant de soi. C'est exactement le même principe. Notez ironiquement que le verbe se rencontre à proximité de la leçon "autels" : "je mènerais la vie française". Alors, peut-être que vous menez la vie française, mais dites-vous bien une chose quand vous lisez "outils" et "mène" vous ne lisez pas du Rimbaud, vous lisez autre chose ! Soyez-en bien conscients ! Envisagez déjà l'hypothèse qu'en vous accrochant à ces deux coquilles ou à ces deux mots si vous préférez, vous ne faites pas une lecture d'un texte de Rimbaud ! Pensez l'écart considérable qu'entraîne le choix des mots qu'on lit ! Pensez-y !
J'en arrive maintenant à la question de la prose liminaire.
Là encore, toute la compréhension de la prose liminaire se joue au plan d'alinéas centraux sur lequel tous les rimbaldiens qui ont écrit se trompent, sauf moi ! Et j'ai écrit la solution dans l'article "Trouver son sens au livre Une saison en enfer". Je ne vais pas perdre mon temps, je vais faire du pédagogique avec des couleurs. Je cite les alinéas qui nécessitent ma mise au point :
 
  Or, tout dernièrement, m'étant trouvé sur le point de faire le dernier couac ! j'ai songé à rechercher la clef du festin ancien, où je reprendrais peut-être appétit.
   La charité est cette clef. - Cette inspiration prouve que j'ai rêvé !
   " Tu resteras hyène, etc..." se récrie le démon qui me couronna de si aimables pavots. "Gagne la mort avec tous tes appétits, et ton égoïsme et tous les péchés capitaux."
 En bleu, c'est l'inspiration divine qui parle à travers Rimbaud. En rouge, c'est les propos rapportés de Satan. En exclusivité mondiale, j'ai écrit ce qui découle exactement de cette évidence dans le cas de la prose liminaire d'Une saison en enfer ! Avec ce jeu de couleurs, je n'ai pas besoin de vous faire un exposé, vous voyez immédiatement que "- Cette inspiration prouve que j'ai rêvé !" est le rejet de cette "inspiration" qu'est la phrase pérécédente, ici en bleu, et vous voyez la finesse d'écriture railleuse de Rimbaud dans la rétention de la qualification "divine". Au plan de l'écriture, c'est génial. Le mot "inspiration" désigne la partie en bleu. Satan intervient avec les propos rapportés qui sont en rouge. Et contre tous, j'explique l'évidence absolue : Satan ne se récrie pas contre le refus de la charité (Steinemtz, Brunel), ni contre le rejet d'une inspiration qui ne serait pas la charité (Molino et quasi tous les rimbaldiens après lui), mais il se récrie contre le refus du dernier "couac". Le poète refuse de mourir, la charité prend la première la parole et est rejetée spontanément, puis Satan prend la parole sans tenir aucun compte, strictement aucun compte de l'alinéa sur la charité ! Il dit clairement "Gagne la mort" qui est l'inversion de l'expression "perdre la vie" et donc une duperie et "Gagne la mort", ça veut clairement dire "fais le dernier couac !"
C'est bien ce qu'il y a de plus important à écrire sur ce passage d'Une saison en enfer pour en fixer la compréhension. Brunel, Molino, et tous les rimbaldiens se trompent à la lecture de ce passage. C'est vertigineux, et Cavallaro ne fait pas exception.
J'ajoute que dans le même article, pour le premier alinéa j'apporte aussi une autre idée essentielle, le "si je me souviens bien" est ironique, car à la fin le poète considère que ce "festin" n'a jamais existé, puisque ce festin est une expression imagée de l'exercice de la charité. Donc la phrase : "Cette inspiration prouve que j'ai rêvé !" signifie qu'il n'y aura pas de retour au festin ancien, puisque ce festin est une chimère !
C'est ça le génie littéraire de cette prose liminaire. Et cela va de pair avec un autre élément important que j'ai avancé dans mes articles en expliquant que le souvenir dans "Mauvais sang" est le façonnement livresque de la mémoire collective, c'est ça qu'il faut saisir dans : "Je ne me souviens pas plus loin que cette terre-ci et le christianisme". Et quand on comprend ça, la lecture de "Mauvais sang" est déjà beaucoup moins déconcertante.
Tout ce que je viens de dire, c'est des mises au point essentielles, oui ou non ?
Et pour l'expression "Il faut être absolument moderne", j'ai identifié sa source littéraire d'époque l'alinéa, je dis bien l'alinéa : "Il faut être de son temps". Et il y a d'autres découvertes qui vont autour de ce "Il faut être de son temps." La phrase : "La justice est le plaisir de dieu seul" vise un texte d'Alexandre Dumas fils qui a été raillé dans une plaquette de l'époque.
Il y a peut-être un moment où il va falloir vous rendre compte du ras-de-marée de mes interventions. 
Vous dites quoi de précis sur le sens d'Une saison en enfer ? Vous ouvrez quelles perspectives ? Et quel est l'intérêt pour vos lecteurs de ne pas me lire ?
On va jouer à ce jeu-là jusqu'à quand ?
 
***
 
Complément (03 juin, à midi) :
 
Il y a un caractère de confrontation implicite à la notice de Cavallaro sur l'ouverture d'Une saison en enfer quand je développe ce que j'ai moi-même mis au point.
Je fournis donc un complément où je cite le texte de la nouvelle édition des textes de Rimbaud en Folio Classique.
D'abord, ceci, à la page 241 : Cavallaro joue avec les suppositions référentielles habituelles : le "dernier couac" et "le lit d'hôpital" "doivent être postérieurs à l'incident qui conduisit Verlaine en prison et sa cible d'un jour à l'hôpital, avant un retour à Roche à la fin de juillet ou au début d'août, et la reprise d'un projet dont on considère généralement qu'il doit prendre à ce moment une autre allure." Un peu avant, traitant de la lettre "de Laitou", Cavallaro soutenait que d'après ce que disait Rimbaud le livre n'était pas encore prévu comme le récit d'une traversée infernale. Ah bon ? Mais, en tout cas, le retour seulement au mois d'août, c'est faire fi de la démonstration de Bienvenu qui a montré que le tableau de Jef Rosman était un faux, puisque c'est sur la foi de cette supercherie postérieure à la Seconde Guerre Mondiale qu'on ne s'en tient pas à la sortie de Rimbaud de l'hôpital pour dater son retour dans sa famille. Et pourquoi Cavallaro qui dénonce dans une autre notice qu'on date "Entends comme brame..." du mois d'avril parce que ce mois est celui du récit du poème veut que cette fois le "lit d'hôpital" et "le dernier couac" ne soient pas purement littéraires ? Le "dernier couac" est forcément littéraire puisqu'il procède de la révolte où le poète s'arme contre la justice. Non, ça ne fait pas référence au coup de feu à Bruxelles. Point barre !
Cavallaro renforce le lien biographique en parlant du lyrisme des lettres à Verlaine des 4 et 5 juillet 1873 qu'il fait entrer en résonance avec "Vierge folle". Le rapprochement est naturel, mais biaisé tout de même.
Or, après avoir dit cela, Cavallaro écrit enfin : "La prudence, toutefois, s'impose." Et il dit alors mon raisonnement essentiel, sauf que je ne suis pas cité : "Rien ne permet d'établir avec assurance qu'une partie importante de l'oeuvre n'ait pas été composée en amont de l'incident de Bruxelles [...]". Ce contre-argument contre l'interprétation biographique du "dernier couac", c'est le mien !
Certes, d'autres peuvent y penser, je ne veux pas à tout prix être seul détenteur de l'argument. Mais il faut comprendre qu'en faisant cela Cavallaro démine par avance le terrain pour le jour où on citera mon travail. C'est l'éternel tactique pour montrer que je n'ai écrit que sur un terrain déjà balisé, déjà pris en considération. Je précise que c'est un peu plus loin dans la même notice que Cavallaro m'anonymise avec Guyaux au sujet de la coquille "outils" pour "autels" !
Prenons la note 1 sur la prose liminaire elle-même. Cavallaro étale après Murat et d'autres les sources à la métaphore du festin requalifié "banquet de la vie", l'expression du poète Gilbert. Cavallaro précise que c'est "un lieu commun antique", il cite Lucrèce et appuie cette référence en ajoutant que "trouvée amère" a aussi une source dans le même ouvrage célèbre de Lucrèce, puis nous avons plusieurs sources supposées renvoyer au "lieu commun antique", parmi lesquels le vers célèbre de Gilbert : "Au banquet de la vie, infortuné convive", et à la fin Cavallaro concède que "Ses résonances sont aussi bibliques" avec l'exemple des "Noces de Cana" et "surtout la parabole du festin" dans l'évangile selon saint Mathieu.
Mais, le vers de Gilbert vient d'un poème qui s'intitule "Ode imitée de plusieurs psaumes", c'est le titre même que donne Cavallaro, c'est le titre classique de ce poème, c'est celui que donne à ce poème Luc Decaunes dans son anthologie La poésie romantique française (Seghers, 1973, page 66. Nous avons un extrait du poème qui commence par "Soyez béni, mon Dieu !"
Cavallaro superpose les sources et fait prédominer la référence antique. Mais, ce qui est important, c'est ce que fait Rimbaud de l'image. Dans son poème, le "festin" est l'expression visuelle de la charité : "où s'ouvraient tous les cœurs". Il n'y a pas de lecture du début du livre de Rimbaud si on ne fixe pas cette idée. Cavallaro, Murat et d'autres nous en détournent explicitement en appuyant la référence antique. Cherchez l'anomalie.
Pour le fait que la Beauté se retrouve "assise sur mes genoux", Cavallaro dit "Comme une prostituée". Il songe sans aucun doute au poème de Vigny comme source que relevait Fongaro. Je profite de ce que j'ai l'anthologie de Decaunes pour nuancer un peu avec  cet extrait de Parny dans ses Chansons madécasses (Chant II) : "s'il te dit : Viens, belle Nélahé, passons la nuit ensemble ; alors, assieds-toi sur ses genoux."
Je parcours cette anthologie parce que je fais des recherches sur le substrat préromantique de "Fairy", "Enfance I" et de romances de 1872 en lieu avec les ariettes : bruit du torrent, île isolée, "vagues sans vaisseaux", chant des oiseaux, murmure de l'eau, etc.
Je reprends!
Pour la prose liminaire, Cavallaro fournit l'article de Jean Molino qu'il ne contestera pas et dont il ne rend pas spécialement compte, alors qu'il est capital de revenir sur les erreurs initiées par cet article dans la communauté rimbaldienne. Il cite un article de Yoshikazu Nakaji qui est tributaire de l'article de Molino, alors qu'en 1987 le livre de référence de Nakaji tenait un discours plus juste non influencé par l'article de Molino ! Et il cite l'article de Michel Murat qui visiblement m'avait lu mais n'avait pas compris mon propos et partait dans une autre interprétation erronée.
Ensuite, à propos de l'inspiration, Cavallaro écrit la parenthèse suivant : "(ironiquement divine ?)", ce qui veut dire qu'il m'a lu et que bien qu'il ne me cite pas il émet une réserve sur ma lecture. Voyez plus haut, la démonstration que j'ai raison est sans appel. Cavallaro reste dans le cadre de compréhension créé par Steinmetz et amplifié par l'erreur fatale de lecture de Molino, erreur qui était déjà celle de Steinmetz de toute façon. Il reste dans l'idée que "Cette inspiration prouve que j'ai rêvé !" ne rejette pas la charité. Le poète serait en quête de "charité" selon Cavallaro, Molino, Steinmetz et d'autres. Je vous montre plus haut par des couleurs qu'il n'en est rien. Je vous explique le sens de la phrase : "Cette inspiration prouve que j'ai rêvé !" Le poète trouve absurde que la charité soit la clef pour éviter la mort, puisque le festin est l'ouverture des cœurs entre eux. Et Rimbaud constate l'absurdité de l'idée au point de dire que ce qu'il croyait un souvenir de festin n'était qu'un rêve !
C'est ce que Rimbaud a écrit, c'est le sens de ce qu'il écrit. Donc merci d'arrêter de dire que le livre de Rimbaud est une quête de la charité ou d'une certaine charité. C'est faux, ce n'est pas le sujet. Rimbaud le dit lui-même en toutes lettres : "Cette inspiration prouve que j'ai rêvé !" ça veut dire ce que ça dit, littéralement et dans tous les sens !
Sans prendre garde au contresens, Cavallaro écrit : "C'est autour de ce paragraphe que se noue la dialectique de l'enfer, la distribution entre un passé inaccessible et les tourments présents d'une crise qui, cherchant ses remèdes avec les mots des Evangiles, fût-ce pour les vider de leur substance par la redéfinition, voue le damné aux affres de l'irrésolution."
Non, c'est faux, Rimbaud rejette dans la prose liminaire les mots des évangiles : il rejette la justice, l'espérance, la charité, etc. C'est écrit, ce n'est pas sujet à interprétation, mais comme les rimbaldiens font tous le contresens de douter de la clarté du rejet absolu de Rimbaud vous vous retrouvez avec des centaines de pages sur Une saison en enfer que, malgré le statut d'écrits de référence, vous pouvez jeter à la poubelle comme nuisibles à votre compréhension d'Une saison en enfer : Steinmetz, Molino, Brunel, Nakaji après l'article de Molino, Bardel, Cavallaro maintenant, Murat, etc. Le contresens étant à la source de leurs réflexions, leurs livres ne sauraient être des références au sujet d'Une saison en enfer. C'est dur à encaisser, mais c'est comme ça !

lundi 1 juin 2026

Sur quelques notices du tome 2 de l'édition de Cavallaro des oeuvres de Rimbaud !

 Pub : je vous conseille la lecture de l'article précédent : "Pour le poète du Bateau ivre, une édition à la dérive".
 
***
 
Le tome II des Œuvres complètes de Rimbaud dans la "nouvelle édition d'Adrien Cavallaro" réunit les poèmes qui vont de 1872 à 1875, sauf "Poison perdu" qui a été oublié, ainsi que l'extrait "J'ai mon fémur !"
J'ai déjà dit le problème qui se posait pour des poèmes tels que "Le Bateau ivre", "Voyelles", "Tête de faune", les Vers pour les lieux et "L'Etoile a pleuré rose...".
Le poème "Les Mains de Jeanne-Marie" se retrouve en tête des textes rimbaldiens du second tome, tristement isolé des poèmes auxquels il se rattache.
La notice pour ce poème va du bas de la pag 189 à la page 192.
Cavallaro a édité le poèmes des pages 15 à 17 en intégrant les quatrains de la main de Verlaine, mais pas sa variante "casseuses". Cavallaro justifie son choix à la note 10 : "Verlaine a ajouté dans la marge inférieure : "variante : casseuses" ; ployeuses (surmonté d'une croix de renvoi) n'étant pas biffé, nous le maintenons." Le propos se défend. En réalité, Verlaine a utilisé un manuscrit où il figure les deux quatrains ajoutés et le mot "casseuses". Il existe au sens strict, une version autographe rimbaldienne que nous possédons, puis une version longue perdue dont Verlaine nous fournit trois quatrains et un mot à substituer à un autre. L'hybridation des deux versions par Verlaine donne la version que nous connaissons et que Cavallaro publie à la suite de tant d'autres éditeurs. Dans la grande rigueur, il faudrait publier la seule version autographe comme acquise. Si on veut intégrer le supplément apporté par Verlaine, la deuxième démarche la plus rigoureuse est de publier le texte autographe avec les quatrains ajoutés par Verlaine, mais en remplaçant "ployeuses" par "casseuses". La solution de Cavallaro et des éditeurs en général se défend, mais c'est la moins rigoureuse des trois options. Il édite le poème en considérant un peu vite que "ployeuses" et "casseuses" sont en alternative. Dans l'absolu, ce n'est pas si limpide. Le résultat en maintenant "ployeuses" est clairement de l'ordre de l'hybridation. Mais ce n'est qu'un détail. Même si personnellement la deuxième solution a ma préférence : intégrer les quatrains et changer "ployeuses" par "casseuses", il faut signaler que Verlaine a pu négliger des variantes plus dérisoires, notamment de ponctuation, au plan du manuscrit qu'il a utilisé.
On ne peut pas clairement attribuer à Rimbaud la version longue avec le mot "ployeuses".
En revanche, sur les trois quatrains ajoutés, nous avons deux groupes, un premier quatrain ajouté entre deux de l'autographe, puis plus loin deux quatrains enchaînés. Le premier quatrain ajouté est le suivant :
 
Ce ne sont pas mains de cousine
Ni d'ouvrières aux gros fronts
Que brûle, aux bois puant l'usine
Un soleil ivre de goudrons.
Par superstition artiste quant à l'écriture de... de... de Verlaine, Cavallaro n'a pas rétabli le point de fin de phrase après "goudrons".
Ce quatrain contient la rime "cousine"/"usine" et le mot "cousine" est flanqué de la mention de note 8. Je cite cette note qu'on rencontre à la page 191 :
 
8. Cousine a différentes acceptions dans la langue érotique : "homosexuel", "fille débauchée, courtisane" (DEM). Le terme peut signifier "apprentie couturière", plus indiqué ici.
 Par le passé, les rimbaldiens ont débattu du sens du mot "cousine". Albert Henry a publié un article à ce sujet dans la revue Parade sauvage s'il me souvient bien. Il y a eu des interprétations érotiques également. Or, en tête de sa notice, pour la bibliographie, Cavallaro cite en premier l'article d'Yves Reboul repris dans son livre Rimbaud dans son temps, mais en réalité plus ancien d'environ dix-huit années, puis un article très long de Steve Murphy et un article plus récent de Marc Dominicy. Or, dans son article, Yves Reboul a fait une remarque très importante. Ce n'est pas une découverte, mais c'est un point d'interprétation qui porte sur le sens d'un mot. Un acte a été posé ! Reboul avait écrit ceci de mémoire : on débat du mot "cousine" en lui prêtant différents sans, mais on ne voit pas pourquoi on ne prendrait pas le mot dans l'unique sens que la majorité des gens connaissent en pensant que la cousine au dix-neuvième est parfois la femme promise pour un mariage dans les milieux bourgeois, c'était un thème littéraire. Reboul posait un acte interprétatif et il nourrissait l'interprétation avec une idée d'arrière-plan.
Il y a peu d'années, j'ai publié dans la revue Rimbaud vivant, ce qui veut dire que Cavallaro n'avait aucune raison de s'interdire de me citer, un article où j'ai fait remarquer que la pièce Vers les saules de Glatigny était reprise au théâtre en mars 1872, reprise car plus ancienne avec un texte déjà publié, ce qui nous rapprochait de la datation "Fev. 72" de la main de Verlaine sur le manuscrit des "Mains de Jeanne-Marie" ! Ou Rimbaud a composé ce quatrain après avoir vu la pièce à Paris (mais dans les limites de son départ en exil après l'incident Carjat) ou au courant de l'imminence de cette représentation il a relu le texte de Glatigny. En tout cas, la rime "cousine"/"usine" se trouve dans cette comédie en vers assez courte. La "stricte coïncidence" de date pour la même rime n'est bien sûr pas anodine, et dans la pièce de Glatigny la "cousine" est précisément le membre familial proche dont parle Reboul et il est précisément question du mariage avec elle. Je crois qu'à un moment donné on peut arrêter de relever les sens "homosexuel", "courtisane" et "petite couturière" que jusqu'à plus ample informé le sens du texte de Rimbaud n'appelle pas.
Je cite les vers de Glatigny incluant cette rime, Scène IX de cette comédie de 1864, vers prononcés par le personnage nommé Henri que la didascalie précise "majestueux" :
 
Vous n'avez pas toujours, pour moi, l'un de vos proches,
Eté, comme Bayard, un oncle sans reproches,
Et je vais demander souvent aux usuriers,
Quand les temps sont mauvais, l'argent que vous pourriez
Me donner. Vous m'avez refusé ma cousine
Pour lui faire épouser, je ne sais quelle usine ;
[...]
Dans le poème de Rimbaud, il était assez clair au départ, notamment pour Reboul, qu'il y avait un balancement entre deux pôles : la cousine qui marie un patron pour citer Glatigny, les ouvrières qui galèrent dans l'usine du patron.
Je rappelle qu'il n'y a aucune raison naturelle pour laquelle les rimbaldiens ont commencé à ne pas admettre le mot "cousine" dans son acception première universellement connue. Ils ont couru les acceptions rares pour épater la galerie.
Il y a des notes tout à fait valables dans l'édition de Cavallaro au sujet des "Mains de Jeanne-Marie", mais une lacune concernant la note 7 sur "Khengavar" attire immédiatement mon attention. J'avais découvert la solution tout seul, mais Georges Kliebenstein a l'antériorité visiblement, il a publié deux articles importants, parce que dans mon souvenir il progresse d'un article à l'autre dans l'identification de la source orthographique du mot, et c'est la source orthographique qui est importante. Je ne suis pas très friand des articles de Klibenstein, ni de son humour, ni de sa façon d'écrire, mais il a fait une découverte d'une indéniable. Pensons à l'article récent de Jacques Bienvenu sur les bains des les proses évangéliques. En effet, il y avait des explorations géographiques et archéologiques importantes au dix-neuvième siècle, et la ville perse de Kangavar était alors décrite. Cavallaro cite une source Voyage en Perse où Eugène Flandin et Pascal Coste décrivent cette ville, mais sous le nom "Kingavar". Il faut être précis. Si Rimbaud écrit "Khengavars", c'est qu'il a lu le nom "Khengavar" sans le "s" de pluriel. Et plus cette orthographe est rare, plus nous pouvons pressentir en identifiant une source que c'est celle-là-même que Rimbaud a lue. J'ai déjà effectué une mise au point où je cite les articles de Kliebenstein sur ce blog, avec des photographies où figure bien le nom ainsi orthographié Khengavar. Et cela relativise la suite de  la note de Cavallaro qui parle d'un nom qui "condense un imaginaire de la Perse présent dans 'Les Soeurs de charité', tandis que "Sion (Jérusalem) renvoie à un Orient de fable, ainsi qu'au monde de la Bible, tenu à bonne distance". Non ! Rimbaud cite une littérature d'époque qui ramène l'Orient à une réalité de plus en plus palpable. Ce n'est pas tout à fait la même chose. Il y a une note intéressante sur les poucettes qui font saigner les doigts avec renvoi à un article d'Alain Chevrier. Pour les mitrailleuses, il y a cette éternelle hésitation sur les mains qui utilisent les mitrailleuses ou qui se font tuer avec. Mais les fédérés qui utilisaient les mitrailleuses pour défendre Paris étaient plutôt des hommes et les femmes sont dites avoir "pâli" sur les mitrailleuses, ce qui fait que j'ai tendance à privilégier l'idée du massacre à bout portant. Je suis ouvert au débat, mais spontanément je privilégie l'idée qu'elles ont été abattues par les mitrailleuses durant la semaine sanglante. Après, il y aurait une légère contradiction due à la référence collective quand on passe des femmes tuées aux femmes prisonnières et donc rescapées. Il faudrait une analyse plus poussée de mains qui pâlissent "Sur le bronze des mitrailleuses". Pas possible que ce soit équivoque !
J'en profite pour préciser que quand Rimbaud écrit "Les Mains de Jeanne-Marie" Théophile Gautier vient de publier son livre Tableaux du siège où les premières pages célèbrent la "Madone de Strasbourg", ce qui évidemment donne une justification satirique à la référence au poème "Etudes de mains" d'un recueil Emaux et Camées qui était déjà assez ancien au début de 1872.
Je ne développerai pas ici les nombreux liens avec "Voyelles".
 
Pour "Bonne pensée du matin", dans la section bibliographique, Cavallaro mentionne l'étude de Bernard Meyer, les deux articles quasi contemporains de Reboul et Murphy, quelques pages du livre de Michel Murat et un article plus récent d'Alain Vaillant. Il écarte les articles plus anciens, notamment de Mario Richter, et bien sûr les articles aujourd'hui dépassés d'Antoine Fongaro. La notice hésite entre les lectures divergentes qui ont été proposées.
Il était impossible de citer un article récent de mon blog où je révèle que "Bonne pensée du matin" s'inspire de l'une des chansons les plus célèbres du chansonnier le plus célèbre après Béranger qu'était Desaugiers.
 
La chanson s'intitule "Tableau de Paris à cinq heures du matin", et il y  a une suite "Tableau de Paris à cinq heures du soir" qui est précédée d'une notice dans la version consultable en ligne sur le site wikisource.
Delvau a publié en 1859 je crois un recueil de chansons de Desaugiers avec évidemment une présentation en prose de sa part. Rimbaud a changé "cinq heures du matin" en "quatre heures du matin" et il a repris la rime "s'évapore"/"aurore"/"dore" qui ouvre le poème, mais en n'en retenant que le verbe sans pronom "évapore" qu'il fait rime avec "encore" qui adapte l'adverbe "déjà" du second vers du poème de Desaugiers, tandis que "aurore" cède la place au mot "aube". L'activité de la ville dans "Bonne pensée du matin" et dans la lettre de Jumphe 72 s'inspire des vers de Desaugiers. Le poème de Desaugiers inspire aussi des passages de la lettre à Delahaye.
En s'interdisant de citer ce blog, Cavallaro prive son public d'un plaisir de fin gourmet. J'ajoute que les notices sur Desaugiers théorisent sa gaîté philosophique malgré les coups durs, que le poème contient aussi ce vers "Quand vers Cythère" qui vaut comme référence à Vénus.
Allez lire le volume de Delvau qui est disponible sur Gallica et déjà lisez le poème en cliquant sur le lien suivant : Tableau de Paris, à cinq heures du matin, chanson de Desaugiers ! 
 J'ajoute que la chanson de Desaugiers datant de 1802 est aussi un horizon de référence pour les vers courts de Victor Hugo dans ses "ballades" et ses "Djinns" ! Et, du coup, on peut rapprocher les vers de cinq syllabes du poème "L'Eternité" contemporain de la composition de "Bonne pensée du matin", lui aussi étant daté de mai 1872. Il y a aussi un passage de Desaugiers qui me fait penser à "Charleroi" de Verlaine.
Allez voir par vous-même, comme dirait Isidore Ducasse. Je reviendrai sur ces rapprochements en temps voulu.
A propos de "Juillet", Cavallaro cite trois articles de respectivement Murphy, Cornulier et Reboul. Il ne met en avant ni ce qu'a écrit Fongaro, ni ce que j'ai écrit moi, fût-ce sur le seul blog Rimbaud ivre. Pourtant, il m'a lu, puisqu'il parle du kiosque du Vaux-hall, mais cette découverte est à peu près déjà rendue dans l'article de Fongaro à quelques nuances près, mais surtout Cavallaro emploie le mot "cacophonie" après de "diables bleus". Cela m'a fait sourire, parce que ça vient de moi. Pour être précis, Pierre de Deimier et François de Malherbe au dix-septième siècle utilisaient le mot cacophonie pour dénoncer deux syllabes phonétiquement identiques qui se suivaient dans un vers. Je ne connais aucun rimbaldien, ni même aucun universitaire en général qui emploie ce mot cacophonie à la manière de Deimier, Malherbe et du coup moi-même. Vous noterez que je vous ponds immédiatement une source à l'emploi de ce mot pour cibler le reboublement syllabique : "diable bleus". Vous voyez que je sais de quoi je parle. Cavallaro ne définit pas "cacophonie" dans sa note destinée au grand public, comme si le mot était connu de tous et employé couramment.
Cavallaro adresse une fin de non-recevoir à la datation tardive avancée par Cornulier et il a totalement raison. En revanche, Cornulier a tout de même publié un article d'une importance capitale. On doit à Cornulier l'identification d'Henriette et là je ne suis pas du tout Cavallaro qui noie la découverte essentielle de Cornulier parmi d'autres hypothèses. Dans la note 8, pour la seule Henriette, Cavallaro référence la romance de Damon et Henriette, l'héroïne du roman Le Lys dans la vallée, des Henriettes de vaudevilles, drames et comédies genre Labiche et les Goncourt, et la reine des belges Marie-Henriette. Il oublie Henriette de Molière.
C'est désespérant, parce qu'évidemment c'est Henriette de la romance de Damon et Henriette, qui vaut variante de l'histoire de Roméo et Juliette, romance citée dans le poème contemporain Images d'un sou de Verlaine que cite pourtant Cavallaro d'après Cornulier.
C'est compliqué de donner la seule solution à ses lecteurs ? Pourquoi cette énumération désastreuse ? Dans "Juillet" on passe au poison des escargot, et Henriette rappelle Juliette. Evidemment que Henriette désigne celle qui fait couple avec Damon. Cornulier a fait une brillantissime découverte. On l'acte, point barre !
Pour la versification, Cavallaro soutient que la position des césures est affectée et donc varie en 5-5,4-6 et 6-4, ce qui est dû aussi il est vrai aux discours des métriciens tels que Cornulier, Bobillot, Gouvard et d'autres.
Or, moi, j'ai publié une analyse du poème où je montre que la césure est après la quatrième syllabe quand on théorise précisément la manière de l'entraver elle précisément tout au long du poème. Et je précise que si Cornulier va un peu en ce sens, j'ai l'antériorité, il était au courant de mes propos sur ces vers et surtout je fais une étude systématique à laquelle lui se dérobe, en incluant un argument massue qui lui est inconnu.
On le sait : pour apprécier la stabilité d'une césure, on vérifie l'absence ou présence de cinq critères encodés par Cornulier sous les lettres FMCPs. Il y a le code de l'enjambement de mot pur et simple, M, deux codes sur le positionnement de la lettre "e" de fin de mot "F" et "s", et deux codes sur des monosyllabes ou dissyllabes à une seule voyelle stable qui pour des raisons grammaticales sont rythmiquement liés à la suite : les pronoms devant les verbes, les déterminants en tête de groupes nominaux, en gros ! Mais Cornulier utilise tous les critères à la fois, n'exceptant parfois que le critère s. Or, dans le cas de "Juillet", si on applique le seul critère M, le seul enjambement de mot pur et simple, même pas sur trait d'union, est à la césure du vers 14 sur le dissyllabe "station" dans un poème de 28 vers, autrement dit le seul vers avec un enjambement de mot est au milieu du poème. L'emploi du seul critère M offre un résultat similaire dans le cas de "Famille maudite" comme de "Mémoire", vers 21 et 24 du quatrain post-médian. Il est impossible de considérer que cela soit le fait du hasard ! J'ai donc prouvé que la césure de "Mémoire" est bien à la sixième syllabe et que la césure de "Juillet" est après la quatrième syllabe. Ce n'est pas sujet à débat, c'est une évidence mathématique, statistique. Impossible de broder sur une théorie du hasard, c'est comme ça et pas autrement. Or, et cela Cornulier le savait et il l'a utilisé dans son article en partie, mais je vais plus loin et j'ai l'antériorité sur le net de toute façon, Rimbaud crée des familles de provocations à la césure. La cacophonie "diables bleus" en est une, la séquence cacophonique étant en entier après la césure !
Je vous cite le poème en m'en tenant à ses hémistiches de quatre syllabes, je mets des parenthèses autour des "e" élidés :
 
Platebandes
L'agréable
- je sais que c'est
Mêle ton Bleu
 
Puis, comme ros(e)
Et liane, ont
Cage de la
Troupes d'oiseaux !
 
- Calmes maisons,
Kiosque de la
Après les fes[...]
Ombreux et très[...]
 
- La Juliette,
Charmante sta[...]
Au coeur d'un mont
Où mille dia...
 
Banc vert où chant(e)
Sur la guitar...
Puis de la sall(e)
Bavardage
 
Fenêtre du
Au poison des
Qui dort ici[...]
C'est trop beau ! trop !
 
- Boulevart sans
Muet, tout dram(e)
Réunion
Je te connais
 Seul "station" correspond au critère M, guitare et fesses correspondent au critère s.
Vous êtes sceptiques, malgré les régularités que vous pouvez observer ? Alors, approfondissons un peu. 
Je disais que la cacophonie "diables bleus" jouait sur la césure. Avez-vous observé pour le premier quatrain que le deuxième et quatrième vers se font le même écho de "ble" à "Bleu" mais devant la césure ? Sur quatre vers du premier quatrain, trois ont le critère F4 si on ajoute Platebandes. Or, vous avez d'autres cacophonies (Merci Deimier et Malherbe pour ce concept littéraire) : Au poison des escargots...", vous avez le redoublement de part et d'autre de "es". C'est pareil avec "Fenêtre du duc", où on a le redoublement de la première syllabe de mon nom. Notez que "Fenêtre du duc" et "Au poison des escargots..." sont deux vers consécutifs, et ajoutons une quasi cacophonie, du moins un redoublement orthographique pour le mot "Fesses"' qui chevauche la césure, les Fesses la recevant comme une fessée au fouet si on peut dire.
Vous n'êtes toujours pas convaincus ? Avez-vous remarqué ces autres symétries : "Cage de la" et "Kiosque de la", "Fenêtre du" ? Vous trouvez ça anodin ? Moi, pas !
J'ajoute que "Bavardage" est un hémistiche constitué de trois "a" avant un "e" césure lyrique F4 à la Villon, le second hémistiche reconduisant "cages" et "oiseaux" ! 
Vous n'êtes toujours pas convaincus ? Avez-vous remarqué cette autre symétrie, la séquence "-bas" est rejetée à la césure à deux reprise : "Ombreux et très-bas", "Qui dort ici-bas", sachant que l'adverbe "ici" est après la césure au vers 6 : "Et liane ont ici leurs jeux enclos[.]"
C'est bon là, vous ne doutez plus ?
J'ai amélioré la méthode de Cornulier pour identifier les césures et les résultats sont in-con-tes-tables.
J'aurais bien d'autres choses à dire, mais je m'arrête ici pour cette fois.

dimanche 31 mai 2026

Pour le poète du "Bateau ivre", une édition à la dérive : des faits alarmants ! (Complement "mène" le 1er.juin)

Adrien Cavallaro vient de publier une nouvelle édition des Œuvres complètes d'Arthur Rimbaud en deux tomes dans la collection Folio Classique où elle remplacera l'ancienne édition de Louis Forestier, déjà ancienne de pas mal de décennies et qui faisait double emploi avec l'édition dans la collection Poésie Gallimard quasi identique.
Une réaction est nécessaire tant cette nouvelle publication témoigne de dérives inquiétantes. Je vais passer en revue les problèmes.
Les quatrièmes de couverture des deux tomes  commencent par une phrase identique, Cavallaro prétendant "réuni[r], pour la première fois dans une édition de poche, l'ensemble de la production de Rimbaud". Il clame que : "Toutes les versions connues de ses textes y sont reproduites, dans le respect des manuscrits [...]".
Le premier tome réunirait les textes qui vont de 1868 à 1871 et le second ceux qui vont de 1872 à 1875, alors que nous ignorons pour certains textes parmi les plus importants s'ils datent de 1871 ou bien de 1872. Les publications de la vie africaine, supputées ou avérées, sont écartées, mais Cavallaro ne référence nulle part le sonnet "Poison perdu", pour lequel nous avons une collection considérable de versions différentes qui plus est. Jacques Bienvenu a écrit une étude pour montrer que le poème était bien de Rimbaud. Sur quel argument d'autorité, Cavallaro a-t-il écarté ce poème ? Et si c'est un oubli, comment l'expliquer ? Si Cavallaro n'est pas convaincu de son authenticité, il faudrait au moins qu'il expose ses raisons.
 
Des nuits du blond et de la brune
Pas un souvenir n'est resté ;
Pas une dentelle d'été,
Pas une cravate commune.
 
Et sur le balcon, où le thé
Se prend aux heures de la lune.
Il n'est resté de trace aucune,
Aucun souvenir n'est resté.
 
Au bord d'un rideau bleu piquée,
Luit une épingle à tête d'or
Comme un gros insecte qui dort.
 
Pointe d'un fin poison trempée,
Je te prends, sois-moi préparée
Aux heures des désirs de mort.
La rime "d'or"/"dort" typiquement rimbaldienne, complétée par "mort" est à côté de la rime volontairement mauvaise, le "é", voyelle trop courante, ne doit jamais être traité sans consonne d'appui : "piquée", "trempée", "préparée". La distribution des rimes dans les tercets est une rareté en-dehors des règles dont on a une occurrence chez Musset et quelques-unes dans le recueil anonyme de Mérat et Valade Avril, mai, juin. Et surtout, les mots que j'ai soulignés forment une reprise qui structure tout le poème, procédé que Rimbaud emploie constamment dans ses vers et ses poèmes en prose, procédé qui lui est propre et qu'on ne retrouve pas chez les autres poètes. "Vies" et "Le Bateau ivre" illustrent dans sa complexité ce principe rimbaldien. Pour le reste, je renvoie aux arguments de Bienvenu.
Si Cavallaro écarte "Poison perdu" des poésies de Rimbaud, on est à tout le moins en droit d'attendre une explication.
Cavallaro revendique aussi le fait de nous fournir toutes les versions connues des textes de Rimbaud. Toutefois, il fournit une édition où prédomine une seule version par poème dans le corps de l'ouvrage, les "Autres versions" étant reportées pour partie dans une section à part en fin d'ouvrage qui porte précisément ce nom et pour partie dans une section "Lettres choisies" pour les cas où les poèmes sont inclus dans la correspondance.
Dans les faits, c'est assez chaotique. Je renonce à en parler ici pour que vous vous concentriez sur l'essentiel.
On remarquera que sur "Paris se repeuple" Cavallaro ignore l'importance de mon article "Mais que sont devenus les manuscrits de 'Paris se repeuple' ?" Cet article a été publié dans le volume collectif Rimbaud "littéralement et dans tous les sens", Hommage à Gérard Martin et Alain Tourneux aux éditions Classiques Garnier en 2012, au milieu des contributeurs suivants : Christophe Bataillé (équipe Parade sauvage), Jacques Bienvenu, Pierre Brunel, Aurélia Cervoni et André Guyaux (article écrit à deux), Bruno Claisse (équipe Parade sauvage), Yann Frémy (équipe Parade sauvage), Claude Jeancolas, Steve Murphy (équipe Parade sauvage), Yves Reboul (à peu près de l'équipe Parade sauvage), Philippe Rocher (équipe Parade sauvage), Jean-Luc Steinmetz. Cet article exposait notamment que l'exemplaire du Reliquaire conservé à la bibliothèque royale de Bruxelles, l'Albertine, est le support de la confection du texte de "L'Orgie parisienne ou Paris se repeuple" par Vanier. J'y expliquais que Vanier ou un de ses protes a annoté le texte du Reliquaire, modifiant le texte à l'aide d'un code de typographe, et que deux quatrains avaient été reportés à la main à l'encre brune au bas d'une page. Ces deux quatrains manuscrits auraient dû figurer dans le tome IV des Oeuvres complètes d'Arthur Rimbaud chez Honoré Champion où Steve Murphy a rassemblé toutes les photographies d'époque de manuscrits d'origine de textes rimbaldiens. Je soulignais aussi que cette manière de préparer le texte de "L'Orgie parisienne ou Paris se repeuple" n'allait pas sans anomalies dans le résultat final, car il y a des contradictions pour certains usages, notamment les propos rapportés, entre le texte imprimé par Genonceaux et les quatrains à l'encre brune du côté de l'éditeur Vanier. Il y avait aussi un problème de discrimination des majuscules en tête de mot qui se posait.
Cavallaro qui prétend à une édition dans le respect des manuscrits écrit ceci sur "L'Orgie parisienne ou Paris se repeuple" :
 
"Ms autographe inconnu."
 
Puis il énumère des publications, un extrait dans Les Poètes maudits, puis il évoque la publication de la version courte "Paris se repeuple", et enfin mentionne la version longue de Vanier. Donc, en lisant le texte de Cavallaro, vous ignorez tout de l'importance du volume bruxellois. J'en possède des photographies sur un appareil numérique. Avec une batterie adaptée à cet appareil photographique numérique, je pourrais mettre en ligne sur ce blog ce fac-similé inconnu de toute la communauté rimbaldienne !
Au moins avant 2012, Steve Murphy n'a jamais lui-même consulté cet exemplaire annoté du Reliquaire !!!!!!!!!!!!!! Le bibliothécaire me l'a dit, à savoir Bernard Bousmanne qui est l'auteur du livre Reviens, reviens cher ami : Rimbaud-Verlaine, L'Affaire de Bruxelles.
 
Comment expliquer cette lacune dans le travail d'éditeur d'Adrien Cavallaro ?
 
Nous allons voir d'autres points sensibles qui remettent en cause la prétention de Cavallaro à un "respect des manuscrits", mais avant il faut revenir sur la séparation en deux tomes.
Le premier tome réunit les textes de 1868 à 1871 et le second les textes de 1872 à 1875, moins "Poison perdu" on ne le rappellera jamais assez.
Le premier tome s'ouvre par une préface qui est suivie par une "Note sur l'édition" qui va de la page 25 à la page 35. Le deuxième tome n'a pas de préface qui lui est propre, il débute directement par une "Note sur l'édition" (pages 7 à 12). On va revenir plus loin sur ces notes.
Pour le reste, nous avons pour le tome I une première section "Compositions latines" (1868-1870), une seconde section "1870" qui inclut "Les Etrennes des orphelins" paru dans un numéro daté du 2 janvier, mais qui place aussi les deux écrits en prose "Charles d'Orléans à Louis XI" et "Un coeur sous une soutane" avant les poésies remises à Demeny. Or, pourquoi procéder ainsi ? Le premier texte en prose est un devoir scolaire, le deuxième est carrément une nouvelle. Pourquoi mettre ces deux écrits en prose entre "Les Etrennes des orphelins" et l'ensemble des poésies remises à Demeny en septembre-octobre 1870 ? Je peine à y trouver un semblant de logique. A partir du moment où cette distribution ne suit pas la chronologie, je ne vois pas pourquoi les deux textes en prose isolent "Les Etrennes des orphelins" des autres vers. J'ajoute que le devoir scolaire aurait plus été à sa place à la suite des "Compositions latines", tandis que la nouvelle Un coeur sous une soutane aurait eu toute les raisons de figurer après les poèmes en vers remis à Demeny. Il s'agit d'une composition tardive, puisque la mention "effluves mystérieuses" reprise à Demeny à partir du compte rendu dans Le Constitutionnel qui en épinglait le 16 août la faute d'accord en genre, impose de considérer ce texte comme postérieur au 16 août 1870 à tout le moins. Cette mention "effluves mystérieuses" a deux occurrences au début de la nouvelle. Léonard y est l'équivalent de Demeny, et on comprend que cette nouvelle n'ait pas été remise à Demeny lui-même qui se serait inévitablement senti visé. Rimbaud a donc remis cette nouvelle à Izambard du temps de ses deux séjours douaisiens. Mais, même sans savoir tout cela, Cavallaro aurait dû tout simplement réunir les deux proses littéraires Un coeur sous une soutante et "Le Rêve de Bismarck" pour l'année 1870, à la suite de toutes les poésies en vers.
Mais ce qui est plus gênant, c'est le traitement de l'année 1871. Pour l'année 1870, Cavallaro avait l'opportunité de s'appuyer sur le fait que Demeny avait reçu une copie de tous les poèmes en vers connus de Rimbaud de cette année-là, à l'exception des "Etrennes des orphelins". Et il s'agissait des versions les plus tardives, partant les plus abouties, à l'exception du cas particulier du poème "Les Effarés", mais je n'en traiterai pas ici. Il était facile de repousser les vers remis à Izambard et Banville dans les sections "Autres versions" et "Lettres choisies", encore qu'il y a des choses à dire. Mais, pour l'année 1871, Cavallaro retient tantôt que le poème est inclus dans une lettre, tantôt non (voyez "Ce qu'on dit au poète à propos de fleurs" et les poèmes de la lettre du 10 juin 1871). Mais surtout, Cavallaro doit faire face à d'autres difficultés. Il doit intégrer les contributions de l'Album zutique à des ensembles de poèmes de diverse provenance, et surtout à un ensemble de poèmes recopiés par Verlaine en 1872 dont nous ne connaissons pas les dates de composition exactes.
On peut comprendre que la section "1871" commence par les poèmes envoyés par lettre  à Demeny avec un petit déplacement curieux du "Coeur du pitre" à cause de la primauté du "Coeur supplicié" remis le 13 mai à Izambard. Oui, parce que à partir du moment où Cavallaro ne retient pas la version du 13 mai envoyée à Izambard, on ne voit pas très bien sur quelle base il peut considérer qu'il est naturel de déplacer en tête des poèmes remis à Demeny la version intitulée "Le Coeur du pitre" que Demeny n'a reçue par courrier que le 10 juin. En effet, il n'y a que deux jours d'écart entre la lettre du 13 mai à Izambard avec "Le Coeur supplicié" et celle du 15 mai avec "Chant de guerre Parisien", "Mes petites amoureuses" et "Accroupissements". Qui plus est, Izambard prétend avoir reçu avant Demeny une version sans titre de "Mes petites amoureuses".
Les anomalies ne s'arrêtent pas là.
Donc Cavallaro fait commencer sa section par les poèmes envoyés le 15 mai et le 10 juin à Demeny, en déplaçant "Le Coeur du pitre" à cause de la version non retenue envoyée à Izambard le 13 mai : Le Coeuyr du pitre, Chant de guerre Parisien, Mes Petites amoureuses, Accroupissements, Les Poètes de sept ans, et normalement "Les Pauvres à l'Eglise" doit compléter cette série de six, sauf que sans aucune logique Cavallaro décide de placer "L'Orgie parisienne ou Paris se repeuple" entre "Les Poètes de sept ans" et "Les Pauvres à l'Eglise", alors que "Les Pauvres à l'Eglise" est daté évasivement sur le manuscrit "1871", alors que Cavallaro sait par "Le Coeur du pitre" que la lettre ne suit pas nécessairement un ordre chronologique des compositions. Enfin, le poème "Paris se repeuple" est antidaté "Mais 1871", puisqu'il parle du repeuplement de Paris après la Semaine sanglante, ce qui veut dire que dans le meilleur des cas le poème a été composé au plus tôt en juin.
Les poèmes suivants semblent s'aligner sur les références chronologiques des manuscrits : "Les Soeurs de charité" en juin, "L'Homme juste" et "Les Premières communions" en juillet, "Ce qu'on dit au poète à propos de fleurs" en août à s'en fier à la lettre plutôt qu'au poème clairement antidaté. Notons qu'il manque les vers retrouvés par Delahaye : "J'ai mon fémur !..." L'édition n'est décidément pas si complète que ça. Puis on a "Les Assis", puis brutalement on a la suite "Les Chercheuses de poux", "Les Douaniers", "Oraison du soir", "Le Bateau ivre", "Voyelles", "L'Etoile a pleuré rose..." et "Tête de faune" avant une série intitulée "Pièces de l'Album zutique" qui contient les poèmes déchirés problématiques, signe qu'on aurait dû avoir les vers "J'ai mon fémur" cités par Delahaye) et cela s'augmente des sonnets appelés "Stupra" par les surréalites. Le poème "Les Mains de Jeanne-Marie" est reporté au second volume car le manuscrit le date de février 1872.
Or, le problème, c'est qu'il existe de sérieux arguments pour considérer que "Le Bateau ivre", "Voyelles", "L'Etoile a pleuré rose..." et bien sûr "Tête de faune" sont des compositions de 1872 et non pas de 1871, comme il existe de sérieux arguments pour penser que "Les Chercheuses de poux" est postérieur aux contributions zutiques, au mieux contemporain. Quant aux "Stupra", les deux sonnets qui accompagnent "Le Sonnet du Trou du Cul" ont été composés à des dates qui nous sont inconnues.
On retrouve dans l'édition de Cavallaro les problèmes que les rimbaldiens, Murphy en tête, dénoncent déjà dans les anciennes éditions qui placent "Les Corbeaux" à tel endroit, le poème "Les Mains de Jeanne-Marie" à tel autre, et qui se finissent sur le texte du "Bateau ivre" pensé comme un poème antérieur au départ pour Paris à la mi-septembre 1871. Cavallaro place chronologiquement "Le Bateau ivre" et "Voyelles" avant les contributions zutiques ! Il écarte "Les Mains de Jeanne-Marie" en 1872 et il fait passer "Tête de faune" pour une composition précoce, alors qu'il s'agit du premier poème "nouvelle manière" de l'année 1872.
Remarquons que dans le second tome, Cavallaro place de manière tendancieuse le poème "Les Corbeaux" à proximité de sa date de publication le 14 septembre 1872 dans La Renaissance littéraire et artistique. Murphy et d'autres poussaient les hauts cris quand ce poème était considéré comme datant de la fin de l'année 1870, nous nous permettrons de nous étonner à tout le moins du naturel avec lequel un éditeur date cette composition de septembre 1872, malgré les difficultés matérielles d'un Rimbaud qui réside alors à Londres et qui s'est disputé avec les membres de cette revue, malgré l'évidente anomalie en septembre 1872 que constitue ces vers réguliers quand Rimbaud ne s'adonne plus qu'aux vers irréguliers.
Ce problème se double du cas de "L'Enfant qui ramassa les balles..." Cavallaro prétend "respecter les manuscrits" sur ses quatrièmes de couverture et dans les pages de "Notes sur cette édition". Or, le manuscrit de la main de Rimbaud contient le paraphe "PV". Le respect du manuscrit et de Rimbaud impose d'attribuer ce dizain à Verlaine !
Pourquoi Cavallaro n'en fait-il rien ?
Il reconnaît que Régamey, qui a reçu ces transcriptions en don, attribuait les deux dizains à Verlaine, il reconnaît qu'il y a une signature "PV", mais il choisit d'attribuer le poème à celui qui le recopie.
Au plan philologique, c'est indéfendable. On peut avoir un collectif qui réunit Lefrère, Murphy, Guyaux, Cavallaro, ça ne change rien au fait que le dizain signé "PV", qui plus est par Rimbaud en personne, soit de Verlaine. Personne n'a le droit de choisir au mépris des intéressés Rimbaud et Verlaine qui savaient mieux que quiconque de quoi il retournait.
Là, on entre dans les problèmes de mauvaise foi. Il ne faut pas avoir peur de dire le mot. Les aléas de la divulgation en  fac-similé du manuscrit ont fait qu'on a longtemps cru que le poème était de Rimbaud. On avait découvert que Rimbaud l'avait recopié, donc Régamey se trompait, puis un nouveau fac-similé plus large a révélé la signature "PV". Murphy, Lefrère, Guyaux et Cavallaro n'essaient même pas de dire d'où vient cette signature "PV" ! Il nie sa pertinence, purement et simplement. Notons tout de même que dans le Dictionnaire Rimbaud de 2023 aux éditions Classiques Garnier Murphy finit par concéder en me citant nommément qu'aucun argument sérieux n'a été opposé à cette primauté de la signature "PV" !
J'observe que dans son édition Cavallaro place les poèmes "Les Corebaux" et "L'Enfant qui ramassa les balles..." comme des compositions rimbaldiennes de septembre 1872, ce qui flatte très précisément les opinions plusieurs fois formulées par Steve Murphy, notamment dans le tome premier Poésies des Oeuvres complètes d'Arthur Rimbaud chez Honoré Champion en 1999.
Je soupçonne d'autant plus un acte d'allégeance qu'il y a un non-dit dont on va parler plus bas sur la coquille "outils" pour "autels".
Pour le second tome, le grand raté est l'absence du poème "Poison perdu". Cavallaro fournit donc les poèmes qu'il date de 1872 : "Ô saisons ! ô châteaux", compris. Pour "Juillet", je suis d'accord pour le dater de juillet-août 1872, mais je fais remarquer que Cornulier a défendu l'idée que le poème avait été composé un ou deux ans plus tard, et cette hypothèse avait été saluée par Yann Frémy dans la revue Parade sauvage. Au moins, ce point-là est positif dans la récente édition.
Je ne vais pas m'attarder sur tous les points : "Les Déserts de l'amour", les "proses dites 'évangéliques' ", etc. Cavallaro fournit les livres finaux : Une saison en enfer et Illuminations, puis oubliant "Poison perdu", mais pas le poème improvisé pour Delahaye avec la lettre du  14 octobre 1875, il donne une section "Autres versions" qui inclut les brouillons connus d'Une saison en enfer.
Cavallaro dit "respecter les manuscrit" sur les quatrièmes de couverture, mais aussi dans les pages "Notes sur cette édition". Je cite le quasi début de la "Note sur l'édition" en tête du tome II :
 
 
 Le principe qui a guidé notre établissement est celui d'une fidélité aussi scrupuleuse que possible aux manuscrits de l'auteur ou aux copies de Verlaine et, plus tard, de Germain Nouveau. La ponctuation appelait une considération toute particulière [...]
 Ce principe n'a pas été respecté comme nous l'avons signalé plus haut dans le cas du texte de "L'Orgie parisienne ou Paris se repeuple". Ce principe ne l'a pas été non plus dans le cas d'un vers du poème "L'Homme juste" ou au mépris de la leçon "ou daines" transcrite par Rimbaud, Cavallaro affirme qu'il est écrit "de daines". Remplaçant la magnifique claque de désinvolture du vers rimbaldien original : "- ^O j'exècre tous ces yeux de chinois ou daines", Cavallaro opte pour encor moins qu'un bégaiement mal assuré : "de chinois, de daines", puisque je vous laisse admirer la transcription retenue dans son édition :
 
- Ô j'exècre tous ces yeux de Chinois de daines,
 ce qui ferait légitimement crier Charnay du Constitutionnel non pas au barbarisme, mais au solécisme !!!!!!!!!!!
Imaginez que ce vers soit proposé en étude de cas à l'épreuve de linguistique de l'Agrégation de Lettres Modernes :
  
Faites toutes les remarques nécessaires sur le vers suivant, ou Etudiez la complémentation de nom dans ce vers. 
 Dans la note de fin d'ouvrage à ce vers, Cavallaro affirme que Rimbaud a écrit "de daines", ce qui est faux. Rimbaud a écrit "ou daines", la boucle du "o" étant quelque peu déliée. L'expression "ou daines" offre un vers correct grammaticalement, à peine un peu familier, et un vers conforme à ce que l'on sait du génie âpre de l'auteur. Cavallaro fournit un vers qui n'a pas de sens. Cavallaro impose du charabia à ses lecteurs, ce qui est écrit n'a aucun sens !
Et il ne suffit pas de dire que Rimbaud a oublié la virgule et que par respect pour le manuscrit Cavallaro ne la rétablit pas. En quoi est-il justifié de ne pas la rétablir si on pense qu'elle a été oubliée ? Déjà ! Et quelle est cette science qui détermine que Rimbaud a oublié une virgule ?
Oui, évidemment, on va plaider que s'il est écrit "de daines" il faut bien rétablir une virgule. Mais pourquoi Cavallaro ne la rétablit-il pas ? S'il ne la rétablit pas, c'est qu'il a parfaitement conscience qu'il en reste à un stade d'analyse CONJECTURALE ! Sans cela, il n'aurait aucune raison de ne pas la placer, cette virgule !
S'il est sûr de lui, pourquoi ne met-il pas la virgule ?
Pourquoi préfère-t-il ce vers minable qui ne fait certainement pas honneur à Rimbaud ? Cavallaro est censé offrir au public le plaisir de lecture des vers d'Arthur Rimbaud, et voilà ce qu'il jette comme pavé dans la mare !
Quel acquéreur de l'édition de Cavallaro va se sentir convaincu par "yeux de Chinois de daines". Ajoutons que dans la note, Cavallaro avoue avoir le doute que j'avais moi-même formulé sur l'initiale de "Chinois" dont il est difficile de dire si c'est un "c" minuscule ou un "c" majuscule". Pourquoi ne pas étudier les "c" manuscrits de Rimbaud pour trancher la question ? Moi, je ne l'ai pas fait, mais si je suis éditeur de Rimbaud je vais m'y adonner, et je rappelle que ce problème je le soulève aussi pour "L'Orgie parisienne ou Paris se repeuple" avec ma source manuscrite... inconnue des rimbaldiens, alors que référencée.
Face à Guyaux, Cervoni, Dominicy, Murphy, Cornulier et Cavallaro et tout ce qu'on veut de rimbaldiens, je clame haut et fort qu'il est écrit "ou daines", avec un "o" dont le bouclage est simplement délié. Je rappelle qu'avant mon intervention, les gens n'arrivaient pas à lire ce "ou" et qu'ils ne le lisaient certainement pas comme un "de". Il y a bien les expressions "à bedaines" et "à fredaines", mais c'étaient les expression qu'on donnait pour avoir la rime du poème. Personne n'y croyait à ces solutions où un "e" est devant le "d". Personne ne les prenait au sérieux ! Murphy disait identifier "dudaines", il n'arrivait pas à lire "dedaines". Donc il avait un préjugé favorable à l'identification d'un "d", mais il lisait un "u" et non un "e" et n'arrivait pas à la solution "de daines". Le manuscrit porte bien un "u", il n'y a aucune boucle de "e". Voulant identifier un "d", les  rimbaldiens n'arrivaient à rien, parce que justement ils n'ont pas compris que le "d" apparent était un "o" mal formé pour "oudaines" à lire en deux mots séparés.
Non seulement il est indiscutable que nous avons affaire à la boucle d'un "o" mal relié, mais Rimbaud pour passer à la voyelle "u" a adopté le principe scolaire qui oppose le "a" et le "o" en écriture cursive, puisque le "o" se termine en haut de la lettre "u", mais pas en bas.
Consultez le manuscrit !
Je rappelle que ça fait dix-sept ans que dans la collection de La Pléiade Guyaux a corrompu ma solution en "de daines", cela n'a convaincu aucun rimbaldien. La refonte de l'édition des oeuvres de Rimbaud dans la collection Bouquins pa Forestier n'a pas adopté cette solution, ni la refonte de l'édition des oeuvres de Rimbaud en Garnier-Flammarion par Jean-Luc Steinmetz. Et c'est pareil pour Olivier Bivort dans des éditions italiennes. De 2009 à 2026, les rares gens qui ont écrit sur cette difficulté, parmi lesquels Murphy, Cornulier et Dominicy, n'ont pas entériné la leçon de Guyaux, Cornulier aviat même écrit que ma solution était probable, ce qui était allé contre la leçon "de daines" déjà en place éditorialement.
Vous l'avez compris, je ne lâcherai pas l'affaire !
Passons maintenant à Une saison en enfer et aux Illuminations.
Après la publication des deux éditions fac-similaires des Illuminations d'Alain Bardel, j'avais fait remarquer sur ce blog une coquille évidente de la part d'André Guyaux que suivait Alain Bardel. Rimbaud a écrit "Amour ! force !" dans "Angoisse" et non pas "Amour, force !" ni "Amour ; force !" Seul Albert Henry avait refusé de suivre la lecture de Guyaux, lequel a été suivi par Pierre Brunel, Alain Bardel, etc. Je remarque que Cavallaro a édité comme je le conseille "Amour ! force !"
J'aimerais qu'on se penche un jour sur le débat "au-delà" ou "en-delà" dans le cas de "Mouvement", débat posé par Fongaro qui n'a jamais été élucidé clairement. Il y a aussi un débat à avoir sur "Jeunesse II Sonnet". Il est manifeste qu'il y a une espèce de "s" ajouté entre le e et le t sur le manuscrit, ce qui invite à lire "est discrète" et non "et discrète", et il me semble que la syntaxe n'est correcte qu'à condition de lire un verbe "est" dans ce poème. La phrase est agrammaticale si on adopte le "et". Mais on va laisser ces débats de côté. Disons qu'ils n'ont toujours pas été traités avec l'importance qu'ils méritent.
Mais, s'il y a un respect scrupuleux à avoir vis-à-vis des manuscrits, je ne m'attendais pas à cette nouvelle étape dans la publication des Illuminations.
Sur son site internet Arthur Rimbaud et dans ses éditions fac-similaires des Illuminations, Bardel plaide à la suite de Steve Murphy pour la prise en considération de filets de séparation. Je ne suis pas d'accord avec cette démarche qui fait mine de trouver limpides les significations de ces filets de séparation. Mais, dans son essai Les Illuminations ou Rimbaud l'Obscur, Bardel ne les reproduit pas. Il reproduit les poèmes. Il va en revanche placer ces filets de séparation dans l'édition fac-similaire conçue avec Alain Oriol.
Je trouve ça complètement absurde et moche.
Mais ce qui m'a impressionné, c'est que Cavallaro a reporté à son tour ces filets de séparation dans une édition courante pour le grand public et surtout il ne s'est pas contenté de cela puisqu'il a aussi souligné des titres. Le tout forme un ensemble résolument incohérent et désagréable au possible. On a un trait long absurde à la suite du poème "Après le Déluge", un autre après la série "Enfance" et un autre après "Ô la face cendrée..." Mais le trait long qui suit "Après le Déluge" occupe toute la ligne, tandis qu'on a des traits moins longs après "Enfance" et "Ô la face cendrée...", puis un autre après "Royauté". Puis, cela entre en tension avec des traits centrés plus courts encore entre les trois sections du poème "Phrases" à la page 109, et ici il faut faire attention et bien observer que après les trois sections de "Phrases" tout le bas de la page est blanc, puisque la transcription de "Une matinée couverte..." ne reprend qu'à la page suivante, ce blanc créant un écart qui n'existe pas entre les poèmes. Pour le dire autrement, Cavallaro met plus d'espace entre "Phrases" et les textes du folio 12 qu'entre deux autres poèmes du recueil !!!! L'exception, c'est la séparation entre "Matinée d'ivresse" et "Phrases", mais justement les pages sont en vis-à-vis, cela sert à installer le bidouillage factice. Pourquoi ce blanc ? Cavallaro évite ainsi d'avouer qu'il n'a pas de solution éditoriale satisfaisante pour faire se succéder "Phrases" du folio 11 et les cinq poèmes courts du folio 12 !
Quel aveu !
On a droit à un maquillage par des blancs autour du changement de page pour camoufler le problème.
On imite artificiellement le changement de folio de la suite paginée.
Evidemment, en adoptant ces filets de séparation, Cavallaro crée une contradiction dans son discours. Il prétend ne pas prendre position dans le débat sur la pagination, sauf qu'en plaçant systématiquement ces filets de séparation il prend finalement parti pour l'ordre de la pagination autographe.
C'est pour cela qu'il est d'autant plus piquant de relever l'anomalie du blanc qui sépare "Phrases" des poèmes courts du folio 12. Cavallaro installe une solution de continuité, donc il ne croit pas à la continuité de l'agencement d'un recueil pour l'enchaînement des folios 11 et 12, et cette contradiction ruine définitivement l'idée que les filets de séparation organisent un recueil.
Mais je parlais de titres soulignés également. Indifférent à la nature singulière du manuscrit, Cavallaro souligne par exception le titre "Nocturne vulgaire" ou du moins le fait suivre d'un trait court vertical centré, puis il souligne le titre "Marine" par deux traits courts verticaux de part et d'autre du titre lui-même et bien sûr il transcrit avec toute l'importance qu'il leur concède les filets de séparation au bas du recto et du verso du feuillet manuscrit contenant "Nocturne vulgaire", "Marine" et "Fête d'hiver".
On se retrouve avec un soulignement invraisemblable du titre "Marine", avec un soulignement invraisemblable du titre "Nocturne vulgaire" également. N'importe quel lecteur va crier au scandale devant ce manque d'harmonisation. Plus loin, à la manière du titre "Nocturne vulgaire", Cavallaro souligne encore les titres "Fairy" et "Sonnet".
Il faut croire que c'est ça un respect scrupuleux des manuscrits. Je parlerais plutôt d'un respect superstitieux. Je ne comprends pas comment l'édition rimbaldienne en est arrivée là. C'est la pointe extrême d'une philologie qui veut donner son importance à n'importe quel détail manuscrit. Il n'y a même plus de sens, on est dans les colifichets pour parler comme Amédée Pommier.
Il va de soi également que je ne souscris pas aux émargements des premier et cinquième alinéas de "Marine". Le troisième alinéa témoigne d'un décalage à peu près équivalent. Et si on place une règle sur le fac-similé du manuscrit de "Marine" on s'aperçoit rapidement qu'il s'agit d'irrégularités au début de la transcription qui ensuite se résorbent.
Passons maintenant à Une saison en enfer. Cette fois, le principe du respect des manuscrits se pose différemment, puisque le texte nous est parvenu directement imprimé. C'est en partie le cas de "L'Orgie parisienne ou Paris se repeuple" (à deux quatrains près je rappelle), c'est le cas de "Dévotion" et de "Démocratie", sachant que je prends toujours autant au sérieux l'hypothèse de Fongaro d'une coquille "Circeto" pour le nom "Derceto".
Dans le cas du livre Une saison en enfer, il n'y a pas eu plusieurs éditions contrôlées par l'auteur. Il y a une édition unique et on ne pense pas que le poète ait vraiment relu les épreuves. Les rimbaldiens essaient de dire que seul le texte de la prose liminaire n'a pas été relu à cause des erreurs manifestes : "que que j'ai rêvé", "le clef", mais ils n'ont aucune preuve de ce qu'ils avancent. Dans l'absolu, la prose liminaire est visiblement le texte le moins bien établi par Poot. C'est tout ! Et il y a d'autres coquilles dans l'ouvrage, même si elles sont plus espacées visiblement.
Pour la phrase : "Après, la domesticité même trop loin", Cavallaro impose la correction sans note : "Après, la domesticité mène trop loin". Seuls ceux qui liront les notes sauront que le texte original offre la leçon "même" et une phrase agrammaticale. La leçon "mène" est une invention de Paterne Berrichon dans son édition de 1898. Et je rappelle qu'une coquille ce n'est pas toujours un mot mal transcrit, ça peut être l'absence d'un mot, ce qui a tout l'air d'être le cas ici : "Après, la domesticité est même trop loin", sur le modèle "le travail est loin de moi". J'ai plaidé cela.
Où sont ici les scrupules dont se vante Cavallaro ? Ne devait-il pas respecter le texte imprimé puisqu'il n'a aucune certitude sur les intentions de Rimbaud visiblement ? Qu'il nous explique pourquoi il faudrait donner foi à la correction élaborée, sinon improvisée par Berrichon ? La correction "mène" n'est rien d'autre qu'une forme phonétique proche de "même", proximité qui n'est même pas aussi sensible au plan de la graphie des deux mots en question : "même" et "mène", accent et jambage cela fait deux différences en quatre lettres.
Et j'en arrive donc à la coquille "outils" pour "autels".
Si le principe premier est celui des manuscrits, alors ce qui doit primer c'est le brouillon où la leçon "autels" apparaît en toutes lettres sous la plume de Rimbaud.
Je remarque que Cavallaro anonymise ceux qui ont compris que "outils" est une coquille pour "autels". Il écrit : "On a pu s'étonner de la présence du mot "outils" ... là où le brouillon porte "autels", et conjecturer qu'il pouvait s'agir d'une coquille." Je suis le premier concerné, mais je remarque que la seconde personne anonymisée n'est autre qu'André Guyaux, qui était le directeur de thèse de Cavallaro. C'est un peu délicat d'anonymiser son ancien directeur de thèse dans un problème aussi important d'établissement des textes.
En 2023, dans son livre sur Une saison en enfer, Alain Vaillant avait déjà essayé de contester cette coquille avec l'argument selon lequel le brouillon de Rimbaud était peu évident à déchiffrer et qu'il comporterait la leçon "outils" lui aussi. J'avais fait remarquer sur ce blog que malgré le prestige du texte imprimé tous les éditeurs des brouillons identifient bien "autels" sur le brouillon.
Nous avons maintenant affaire à deux nouveaux arguments de la part de Cavallaro. 
Cavallaro concède que "l'hypothèse [de la coquille] ne manque pas de vraisemblance, en raison de la proximité graphique des deux termes." Mais, la fin de non-recevoir est invraisemblable. Sous prétexte qu'il nous manque les épreuves, il serait impossible de trancher. Mais en quoi l'accès aux épreuves serait-il automatiquement nécessaire ? On en parle des éditions défectueuses des tragédies de Rotrou ? Quand il manque un alexandrin, parce qu'un alexandrin ne rime avec aucun autre ça se voit ? Cavallaro prétend corriger des coquilles évidentes lui-même dans le texte même en question d'Une saison en enfer. Il corrige "même" en "mène", comme si c'était naturel. Je rappelle qu'il y a certaines hésitations sur les corrections à faire : "partout le corps" ou "j'ai toujours été race inférieure". Ici, on a la chance d'avoir un brouillon à comparer, et Cavallaro soutient que le plus c'est le moins. On a un appui, Cavallaro soutient que ça ne suffit pas. Mais, le refus de Cavallaro, c'est que de la pétition de principe.
Si ! ce document est suffisant pour évaluer la coquille "outils".
De quel droit Cavallaro s'arroge-t-il la compétence pour décider quand la science peut  ou non répondre à une question ? C'est d'ailleurs le propre des avancées scientifiques de surprendre tout le monde.
 Si ce n'est pas suffisant, Cavallaro doit prouver son propos en commentant les limites de la comparaison entre le brouillon et le texte imprimé de l'édition originale.
Or, parallèlement à l'argument de Vaillant cité plus haut, Cavallaro affirme qu'il doit y avoir une stricte coïncidence entre le brouillon et le texte définitif, mais il ne faut pas être de mauvaise foi en exigeant une "stricte coïncidence" à la virgule près.
Les deux textes ont cette "stricte coïncidence".
Je cite les derniers alinéas de l'édition originale de "Mauvais sang" :
 
   Où va-t-on ? au combat ? Je suis faible ! les autres avancent. Les outils, les armes... le temps !...
   Feu ! feu sur moi ! Là, ou je me rends. - Lâches ! - Je me tue !Je me jette aux pieds des chevaux !
   Ah !...
   - Je m'y habituerai.
   Ce serait la vie française, le sentier de l'honneur !
 
Je cite maintenant le brouillon tel qu'il est édité par Cavallaro, mais sans censurer les mots biffés faute de savoir spontanément comment on fait :
 
   Sais-je où on va Où va-t-on, à la bataille ?
   Ah ! mon ami ! ma sale jeunesse ! Va ! va les autres avancent remuent les autels les armes
   Oh ! oh ! C'est la faiblesse. c'est la bêtise, moi !
   Allons, feu sur moi. Ou je me rends ! A bas Qu'on me blesse, je me jette à plat ventre, foulé aux pieds des chevaux
   Ah !
   Je m'y habituerai.
   Ah ça, je mènerais la vie française, et je suivrais le Sentier de l'honneur.
 
 Les deux textes sont pratiquement identiques. Le brouillon témoigne d'un premier jet parfois assez lourd : "je me jette à plat ventre, foulé aux pieds des chevaux", mais "je me jette aux pieds des chevaux" c'est la même idée avec un meilleur rendu. Il a ajouté l'exclamation "Lâches", mais de "feu sur moi" à la fin c'est identique, c'est quelque peu de la "stricte coïncidence". Et pour ce qui précède, la "stricte coïncidence" est là aussi. Où va-t-on? au combat, c'est pareil que "Sais-je où on va" et "à la bataille", et c'est identique à "Où va-t-on ?" Rimbaud a supprimé l'apostrophe à soi-même "mon ami", la mention "ma sale jeunesse", mais il a réécrit des éléments de la partie supprimée et les a déplacés : "Je suis faible" reprend les possessifs dans "mon ami", "ma sale jeunesse" et bien sûr la phrase : "C'est la faiblesse. c'est la bêtise, moi !" Et le brouillon permet d'approfondir notre compréhension du tour elliptique "Je suis faible", soit dit en passant. Pour le reste, il y a un ajout "le temps", mais qu'on pense à "A une Raison" et "Matinée d'ivresse" pour le commenter, puis le reste est identique. On a bien une stricte coïncidence des textes, et on voit que "outils" est une coquille pour le mot "autels", comme on voit que dans un discours d'époque sur la vie française et le sentier de l'honneur le mot "autels" a plus sa place, la logique du sabre et du goupillon, que le mot "outils".
Cavallaro ne dit pas qu'il n'est pas convaincu, il vous somme de croire que vous n'avez pas à l'être. 
Moi, je voudrais qu'on m'explique maintenant pourquoi dans l'entourage de Murphy plusieurs rimbaldiens : Cavallaro, Bardel, Vaillant, s'escriment à refouler des discours de vérité comme ici c'est nettement le cas sur la coquille "outils" pour "autels".
Pourquoi cet acharnement ? Et pourquoi le public est-il pris en otage de ce genre d'acharnement ? 
Tout ça pour éditer le titre "Marine" avec des traits horizontaux sur chaque côté, pour éditer "Après le Déluge" suivi d'un trait long continu sur toute la largeur de la page ?
Le texte de Rimbaud s'adresse-t-il à nos pensées oui ou non ?


***
Complément du premier juin :

Je reviens à la coquille "outils" pour "autels" à travers la correction / invention de Berrichon "mène" pour "même".
Le livre de Bouillane de Lacoste de 1939, édition critique d'Une saison en enfer, paru juste avant la guerre en gros, recense toutes les éditions et montre bien sûr aussi le contexte. Il n'était pas possible de confronter les éditions courantes à l'édition originale, ni même à l'édition de La Vogue, ni même facilement à l'édition Vanier.
Bouillane a vu que "mène" apparaît avec l'édition de Berrichon en 1898. Et si on lit l'ensemble de la recension de Bouillane, on comprend pourquoi elle s'est maintenue et imposée. Et Bouillane accepte comme allant de soi la correction. Donc le livre de Bouillane montre bien que "mène" est une invention de Berrichon, même si Bouillane lui-même commet la bourde énorme de considérer que c'est une correction qui va de soi.
Moi, lisant les poèmes du voyant avec les yeux de l'esprit ouvert, je ne reste pas 75 ans à ne pas réagir. Je vois bien que Bouillane sans s'en rendre compte à montrer que "mène" était une invention gratuite de Berrichon, je vois bien que Guyaux, Steinmetz, Brunel, etc., ne lisent pas l'édition critique de Bouillane, même quand ils la citent en bibliographie. Les rimbaldiens voient plein d'éditeurs utiliser la correction "mène" et se prennent à croire que ça va de soi, puisqu'ils y sont habitués et voient ça partout.
Non !
C'est une invention de Berrichon et Bouillane n'a pas été bon dans sa conclusion.
C'est pareil pour "outils" et "autels". Pendant 75 ans aussi, à peu près, les rimbaldiens lisent "autels" sur le brouillon et "outils" sur le document imprimé sans se demander si "outils" n'est pas une coquille.
Je vous laisse juger du sérieux de leur travail critique.