dimanche 22 février 2026

Bardel a encore fait une simpsonnerie de la "Nuit qui chante"

Bardel Simpson, ça sonne comme le Fils, mais je pense plutôt au Père !
 
Dans l'article finalement comique d'Adrien Cavallaro : " 'de Chinois de daines" point ", un fait m'a frappé. Il évoque allusivement le problème du déchiffrement du vers 73 qui suit immédiatement le "oudaines" qui donne mal aux yeux aux rimbaldiens, mais il ne le traite pas, il ne rappelle même pas quel il est !
Pour rappel, dans mon article mis en ligne sur le blog Rimbaud ivre de Jacques Bienvenu en octobre 2010, je travaille à l'élucidation de deux vers consécutifs du manuscrit de "L'Homme juste". Je résous toutes les difficultés du vers 72 et je déchiffre sans effort la prétendue partie illisible, mais je fais aussi une mise au point sur le vers 73 où j'explique qu'il faut lire "Nuit qui chante". Et sur ce point, Cavallaro ne dit rien du tout. Pourquoi ?
Commençons par renvoyer à notre article de 2010 :
 
 
Sur ce vers 73 précisément, le problème est d'identifier le mot du début. Les éditeurs contournaient la difficulté avec des solutions qui leur paraissaient approximativement s'approcher de la leçon perceptible du manuscrit : "Mais" ou "Puis". Il s'agit, qui plus est, de deux mots grammaticaux, de deux mots-outils, qui ne vont pas apporter une charge considérable de sens parasite comme ce serait le cas avec un nom conjectural du genre "Maïs", "puits" ou que sais-je encore ? C'était une solution de moindre mal pour que les lecteurs ne soient pas trop frustrés à la lecture.
Dans mon article dont le texte effectivement est identique ou à peu près identique à celui que j'ai publié dans la revue Méthode, je précise bien qu'en 1999 Steve Murphy a émis l'hypothèse que ce pourrait être le mot "Nuit". Je citais cette phrase de Steve Murphy : "La dernière lettre pourrait être un t avec la barre détachée de la hampe et non un s. On pourrait éventuellement lire Nuit." J'ai applaudi et confirmé en écrivant à la suite de cette citation : "Tout juste, car la barre est détachée au-dessus du mot suivant et une comparaison avec les N majuscules d'un autre manuscrit, tel Ce qu'on dit au poète à propos de fleurs, aurait dû emporter tout dernier scrupule." C'est bien écrit : "aurait dû emporter tout dernier scrupule." Quand je dis "c'est bien écrit", c'est non seulement pour me jeter des fleurs en fait de style, mais pour bien vous signifier que j'ai formulé qu'on passait de l'hypothèse à l'évidence.
Dans l'édition des Œuvres complètes d'Arthur Rimbaud dans la collection de la Pléiade en 2009,  c'est informé par mes soins que Guyaux a revu le texte. Il a commis la bourde bien malheureuse de mettre entre crochets ", de daines," en ne reprenant pas fidèlement le déchiffrement pourtant évident du manuscrit, mais il a édité "Nuit qui chante", je crois même sans mettre de crochets.
Le silence a été important sur le déchiffrement du vers 73 et cette fois-ci il n'y avait pourtant pas de risque de heurter les prérogatives rimbaldiennes, puisque la solution a été formulée en toutes lettres par Murphy qui donnait même la raison de la difficulté du déchiffrement. Même le fait de dire qu'il n'avait pas à hésiter pouvait-il lui être insupportable ? C'est ce que je me suis souvent demandé toutes ces années durant. ¨Pourtant, Bardel pour cette résolution n'avait plus qu'à lui dire : "Homerphy beaucoup."
Et c'est ce qu'il n'a pas fait, mais ce qu'il dit, sur son site internet Arthur Rimbaud, du problème de déchiffrement de ce vers 73 est tout de même particulièrement révélateur.
 Sur le site Arthur Rimbaud d'Alain Bardel, vous avez une rubrique "Tous les textes" et sur la page "Dossier Verlaine (1871-1872)", vous avez une transcription du manuscrit de "L'Homme juste" avec un rectangle d'annotations dans la marge gauche.
 
 
Sur la transcription, Bardel récuse ma solution, il maintient ardemment les points entre crochets, tolérant un déchiffrement de "daines", mais même pas du nom "daines", puisque "daines" étant collé au crochet fermant Bardel présuppose que "daines" est la fin d'un mot, sinon il aurait ajouté un espace.
La note 4 à propos de ce vers 72 est laconique : "Manuscrit confus" avec une revue rapide de solutions jadis proposées et je suis mentionné ainsi que l'article du blog Rimbaud ivre en lien ci-dessus avec le désespérant verbe de mise à distance : "Ducoffre propose : 'ou daines' ".
Pourquoi Bardel n'arrive-t-il pas à être convaincu ? La réponse est dans son commentaire au déchiffrement du vers 73.
Pour le vers 73, tout le premier mot est remplacé par des points entre crochets dans la transcription : "[...] qui chante : nana, comme un tas d'enfants près", et dans la note 5 nous avons droit à une perle : "Manuscrit confus. AA [pour Antoine Adam] : "Puis", BB [pour je ne sais pas qui] : "Mais" ; LF [pour Louis Forestier] : [...] ; AG-09 [pour André Guyaux en 2009] : "Nuit", solution précédemment avancée par SM-I [pour Steve Muyrphy dans son édition philologique des Poésies en 1999], à titre d'hypothèse." 
Comme je l'ai dit plus haut, Guyaux a fixé cette leçon sans crochets suite à mon intervention, et comme Bardel citait mon article du blog Rimbaud ivre pour le vers 72 il aurait dû le citer pour ce vers 73. Bardel m'escamote, mais il y a un autre fait intéressant. Bardel refuse d'entériner "Nuit" comme l'a fait Guyaux et comme je conseillais de le faire, mais il formule un reproche. Guyaux a choisi imprudemment d'écrire "Nuit" alors que Murphy n'envisageait cela que comme une hypothèse. En clair, c'est Steve Murphy et lui seul qui décide d'avaliser une lecture, un déchiffrement, une démonstration, dans l'esprit d'Alain Bardel. C'est ça, la rimbaldie, ça rime avec maladie. Vous avez une preuve accablante du blocage de la vérité dans les études rimbaldiennes. On s'en remet à un avis d'autorité auquel on attribue sans aucune base rationnelle  un pouvoir d'extra lucidité. Murphy n'a émis cela que comme hypothèse, il ne faudra pas croire en l'hypothèse de Murphy, le bon murphyen enregistrera comme article de science que c'est n'est là qu'une hypothèse, et donc que la vérité est ailleurs. Le maître l'a dit.
Ne cherchez pas plus loin les difficultés d'une partie des rimbaldiens à lire "ou daines" sur le manuscrit de "L'Homme juste" !
 
Allez une idiotie qui chante "nana" en guise de cadeau pour ceux qui ont lu cet article jusqu'au bout :
 

Contrôle de la vue chez les amis du voyant

 
 
 
Réponse concise à l'article d'Adrien Cavallaro sur le déchiffrement du vers 72 de "L'Homme juste" : je ne vois pas un "d" à la place du "o" et je ne vois pas un "e" à la place du "u". La présence du point sur le "u" ne change rien. Il est bien écrit "ou daines".
 
 
Du moins concis sur le seul cas du "o" :
Certes, le mouvement de la main est un peu le même pour les "d" et les "o" chez Rimbaud, mais outre qu'obnubilés par le "d", les rimbaldiens ont trouvé l'absurde "dudaines" ou ont donné leur langue au chat, ce qui veut dire que penser à un "d" ne les aidait pas, penser à un "o" les aurait dépannés, il y a malgré tout des différences techniques entre les "o" et les "d". 
Le "o" de "ou" daines" est arrondi et on n'a pas la barre du "d" qui monte un peu au-dessus de la ligne des minuscules comme on l'a pour les "d" de "daines" et "soudaines". Arrondissement du "o", pas de montée d'une hampe plus haut que la ligne des minuscules, pas d'à-coups et angles comme pour les "d" de Rimbaud. Trois critères convergents.
 
***
 Les rimbaldiens chez l'opticien :
 
- Vous voyez quoi, là ?
- un "e".
- Vous confondez les "e" et les "u" ?
 
[...]
 
- Et alors, comment ça s'est passé chez l'opticien ?
- Je ne sais pas, j'ai eu un "d/10". Je ne sais pas ce que ça veut dire.

samedi 21 février 2026

Bilan de la situation dans laquelle ils se sont mis avec cet article sur le vers 72 de "L'Homme juste" !

Pour ceux qui trouveraient les deux articles précédents trop longs, on récapitule.
Après dix-sept ans de déni, l'équipe de la revue Parade sauvage choisit de ne pas respecter, continue de ne pas respecter Rimbaud. Ils refusaient d'enfin éditer correctement les vers 72 et 73 de "L'Homme juste" pour ne pas avoir à m'attribuer cette découverte. Après l'article catastrophique de Marc  Dominicy qu'ils infirment complètement tout en le saluant, ils créent un article farfelu où ils attribuent la solution à Guyaux et Cervoni "de Chinois, de daines" en considérant qu'il manquait simplement la virgule sur le manuscrit, mais que c'est une lacune qu'ils peuvent bien rétablir, sauf que Guyaux et Cervoni mettaient une virgule parce qu'ils y croyaient.
On remarque que la note 1 de l'article de Cavallaro remercie Murphyu et Cornulier d'avoir contribué à créer l'article par leurs échanges. Cela explicite clairement une volonté de contrôle autoritaire sur ce qu'il y a à déterminer sur Rimbaud dans le champ critique. Murphy était censé ne pas avoir le temps de s'en occuper à l'époque de cette coquille, il ne publie plus grand-chose sur Rimbaud, mais il fait cet article en sous-main. Avec Cornulier, un des rimbaldiens avec lesquels j'échangeais le plus. Tout ça est de la basse politique manoeuvrière on ne peut plus explicite au vu de cette note. Mais on parle d'élucidation dans cet article par un groupe de trois, sauf que non ils n'élucident rien du tout, puisque leur solution est celle de Guyaux et Cervoni. La présentation est complètement biaisée.
L'important ! Le point du recto qui transperce le manuscrit sur le verso n'a rien à voir avec le déchiffrement du "u". Il n'y a aucun "e" sur le passage à déchiffrer, c'est bien un "u" qui est écrit. Le point, il est à côté.
Quant à l'autre lettre, sur un effet d'aubaine qui vient de ce que la manière de mouvement de la main chez Rimbaud pour transcrire un "d" et un "o" est similaire, ils écartent l'analyse des "o" et notamment du "o" de "soudaines" qu'ils ne mettent même pas en fac-similé alors que j'en parlais comme un fait majeur et que dans "ou daines" il y a un fort contraste du "o" au "d". Ils traitent des "d" qui ressemblent de loin en loin au "o" mal bouclé, mais il suffit de comparer les "o" pour voir que leur évidence s'écroule en un instant. Il y a des angles et des positions clefs dans les "d" de Rimbaud. Ici, on a un "o" mal bouclé et un "u". La liaison du "u" peut d'ailleurs être significativement comparée au "e" du "de" devant "Chinois" et au "a" de "soudaines" pour montrer que ça ne peut pas être un "e" mal formé.
Les rimbaldiens demandent à Murphy et Cornulier l'autorisation de penser, pas moi vu que Murphy et Cornulier n'ont pas mon niveau visiblement.
Ils ne changeront pas d'avis, mais cela est parfaitement tendancieux et manipulatoire, ils prennent le texte de Rimbaud en otage au plan éditorial. Ils reconnaissent toute ma démonstration, mais préfèrent se mentir sur un point pour ne pas lâcher le bout de gras.
Je renvoie à mon article sur le blog Rimbaud ivre où vous avez le fac-similé du mot "soudaines".
Cavalalro, Murphy et Cornulier sont échec et mat.

vendredi 20 février 2026

Des singularités qu'il faut voir à la loupe dans le jardin des daines !

Je viens de lire l'article de Cavallaro sur le déchiffrement du vers 72 et tuons le suspense : il se trompe. Cet article vient d'être publié dans le numéro 36 de la revue Parade sauvage daté de 2025 bien que paru le 18 février 2026.
Avant d'en parler, quelques petits rappels !
J'ai trouvé cette solution en 2009, à preuve l'édition de la Pléiade qui est de 2009. Mais on a d'emblée déformé ma solution "ou daine" en "de daines". J'ai publié du coup un article dans la revue Méthode, puis pour une plus grande diffusion sur le blog Rimbaud ivre de Jacques Bienvenu. Cela fait seize à dix-sept ans déjà.
A l'époque, Murphy lui-même quand il citait mon élucidation la corrompait en "d'aines" et je ne sais plus quoi, à deux reprises il ne citait pas exactement le vers que j'ai déchiffré. Marc Dominicy a publié une tentative de réfutation des plus cavalières à laquelle j'ai réagi sur ce blog en 2023. Treize à quatoze ans plus tard donc !
L'article de Cavallaro vient seize ans après, et seulement deuxà trois ans seulement après l'article coup dans l'eau de Dominicy.
En clair, les rimbaldiens n'ont pas envie de m'attribuer cette découverte. Ils font systématiquement du déni : attribution de la datation des poèmes zutiques à Teyssèdre alors même que la bibliographie de Teyssèdre référence mes trois articles où constater mon antériorité, refus d'admettre le poids de la signature "PV" pour "L'Enfant qui ramassa les balles...", refus d'admettre la coquille "outils" à corriger par "autels", etc., etc.
Je remarque que dans la note 1 de son article Cavallaro remercie Murphy et Cornulier "pour les échanges qui ont conduit à l'élucidation de ce vers." Il s'agit évidemment d'attitudes hostiles à mon égard. Et surtout, je ne comprends pas ce principe de remercier et d'impliquer les autres dans son propre article, ça crée des réseaux d'autorité malsaine.
Mais passons, on va parler des faits.
Cavallaro rappelle que mon élucidation n'a pas été suivie par Guyaux et Bivort et qu'ils ont placé des crochets signe de la valeur conjecturale des leçons qu'ils proposaient.
Arrêtons-nous un instant là-dessus !
J'ai fourni la solution ! "- Ô j'exècre tous ces yeux de Chinois ou daines," à partir d'un déchiffrement de la séquence : "- Ô j'exèxre tous ces ces yeux de Chinois oudaines," qui est ce qui apparaît factuellement sur le manuscrit ! Les rimbaldiens considéraient que le "Ô" était biffé par un "J" majuscule", et j'ai fait observer que c'était l'inverse pour deux raisons. Premièrement, le redoublement du démonstratif "ces" qui était lié à un franchissement de la césure selon toute vraisemblance et deuxièmement, la raison la plus forte, la partie illisible ne pouvait certainement pas correspondre à plus d'une syllabe. J'ai corrigé exèxre" en "exècre", mais ça tout le monde le faisait d'évidence, et j'ai supprimé l'un des deux "ces". J'ai compris que Rimbaud qui devait être éméché quand il écrivait a cafouillé, il voulait mettre le déterminant "ces" devant la césure, et il a donc écrit : "- Ô j'exècre tous ces" le premier hémistiche, mais pour le second, au lieu de repartir au nom, il a subi le conditionnement du groupe nominal qu'il a reporté en entier, réécrivant fatalement un deuxième déterminant "ces". Jusqu'au premier "ces" inclus, il fallait six syllabes, donc entre "- J'exècre tous ces" et "- Ô j'exècre tous ces", le choix se porte forcément sur le rétablissement du "Ô". L'élimination d'un des deux "ces" va de soi : "tous ces ces yeux", et donc de "yeux" jusqu'à la fin il faut six syllabes et dans "yeux de Chinois [...d]aines," il ne peut donc manquer qu'une syllabe, ce qui est logique vu que la séquence manuscrite est ultra courte.
Avant 2009, on proposait des solutions "à fredaines", "à bedaines", etc., qui ne tenaient aucun compte de l'effort de déchiffrement à fournir.
J'ai fixé qu'il n'y avait que de petits jambages, un bouclage à déterminer pour la première des deux lettres et puis une lettre que je dis à jambages, des petits sautillements de rien du tout.
J'en viens donc à ceux qui ont déformé ma lecture.
En écrivant : "de Chinois, de daines" Guyaux et Cervoni n'ont pas réellement travaillé le manuscrit, puisqu'ils ajoutent une virgule qui ne figure pas sur celui-ci. Puis, c'est un peu cavalier de m'attribuer une découverte qu'ils ont réarrangée et qui, du coup, n'est pas mon discours.
Ensuite, Murphy a fourni "ou d'aines", ajoutant encore un signe qui ne vient de nulle part, mais là c'était une façon dédaigneuse de traiter ma découverte, puisque c'était ma solution qui n'était même pas citée correctement. Et cela est arrivé une deuxième fois comme je l'ai dit plus haut.
Ensuite, il y a la lecture de Bivort que je ne connaissais pas en 2018 qui est "et de daines", on retrouve le même problème que les lectures anciennes "à bedaines", "à fredaines", on ne prend même pas conscience que la partie illisible sur le manuscrit est particulièrement brève.
Quand Dominicy propose sa solution, il fait exactement la même chose : "ou de naines" que les solutions "à bedaines", "à fredaines" et "et de daines". Il ne tient pas compte de la longueur de la séquence à déchiffrer sur le manuscrit. Et dans tous ces cas de figures, ils ne tiennent aucun compte de l'étude des formes du manuscrit. Ils inventent directement. Et ce problème est déjà un peu celui de Guyaux et Cervoni qui minimalement inventaient une virgule.
Le plus piquant avec l'article de Marc Dominicy, c'est qu'il pérorait en disant qu'il faut être bigleux pour croire identifier une majuscule à "Chinois" alors que l'écart entre sa solution "et de naines" et la maigreur de la forme à déchiffrer sur le manuscrit était autrement criante.
Cavallaro enterre tout ce qu'a développé Dominicy, mais appréciez comment il parle pourtant de l'article en question : "Sa longue démonstration, d'une belle érudition, en soi fort intéressante, fait fi de cette évidence du manuscrit". Aucune ironie de la part de Cavallaro ! Pourtant, il discrédite tous les détails de la lecture de Dominicy, tout ce en quoi Dominicy s'est opposé à mon déchiffrement.
Cavallaro rétablit dans le déchiffrement de ce vers tout ce que j'ai apporté, en-dehors du mot qui précède "daines" : Il rétablit le "Ô" en particulier, mais cela Dominicy ne l'avait pas remis en cause. Mais notez comment Cavallaro anonymise mon apport : "Le redoublement du démonstratif, comme on l'a noté avant moi, provient sans doute du déplacement de la césure, à la suite de la correction du début du vers". Mais ce "on", c'est David Ducoffre, c'est un point important de ma démonstration en 2009. C'est moi et moi seul qui ai compris qu'il fallait rétablir le "Ô" car la césure passait après le déterminant "ces". Avant 2009, on éditait le vers sans le "Ô", donc personne n'y pensait à une césure acrobatique sur "ces".
Cavallaro me reconnaît essentiellement d'avoir compris l'autonomie du mot "daines" et que la partie a déchiffré était un mot séparé. Il manque simplement un espace dans la transcription.
Hostiles à mon égard, Murphy et Cornulier ont échangé avec Cavallaro pour favoriser la solution de Guyaux, lequel n'est pourtant pas non plus dans le cœur de Murphy, mais le plus important est de me minimiser vu l'avenir des études rimbaldiennes.
Et donc, qu'ont-ils trouvé ?
Ils démontrent en effet que le point d'un point d'exclamation du recto du manuscrit transparaît sur le verso et du coup on voit ce point faire partie de la zone à déchiffrer du vers 72. Rimbaud a écrit "Juste !" au vers 45 de "L'Homme juste", ce point se voit au verso, pile à l'endroit à déchiffrer. Et comme ça j'aurais été leurré par un signe parasite. Sauf qu'ils font un procès d'intention. Ils s'imaginent que j'ai assimilé ce point à la forme du "u", sauf que non.
Ecartez ce point ! vous ne voyez toujours pas apparaître un "e", c'est bien un "u" qui apparaît sur le manuscrit. Cavallaro donne des exemples de "de" manuscrit de Rimbaud, page 206 de son article, mais les deux "e" sont lisibles en tant que "e" dans ces deux cas. On voit le mouvement de courbe, genre un col de cravate. Il n'y a pas le trou au coeur de la boucle, mais il y a la boucle. Dans le cas du vers 72, je suis désolé, on n'a pas une boucle de "e", on a un virage brusque anguleux après la première lettre et un demi-cercle. La partie anguleuse n'est clairement pas la boucle d'un "e" !
Moi, j'identifie clairement la lettre "u". Je ne prends même pas en considération le point, je vois un demi-cercle qui descend vers le bas et remonte. Et ce demi-cercle part d'un angle qui n'est en aucun cas une boucle de "e", même mal formée. La boucle est clairement refusée par l'écriture ! J'ajoute que si le point transperce le manuscrit, cela veut dire que Rimbaud devait déjà le négocier au moment où il transcrivait son vers 72, ce qui pourrait aussi expliquer, en prime de son côté éméché "exéxre" qu'il ait mal écrit "ou daines".
Revenons à la lettre qui précède le "u" et non le "e" ! Le point ne changeant rien à l'affaire.
Cavallaro m'attribue d'avoir identifié la rime "soudaines"/"daines" en me reportant à une rime d'Ernest d'Hervilly citée par Banville en mars 1872 dans un compte rendu de la revue L'Artiste. Mais j'ai aussi appuyé sur l'idée de la rime riche "soudaines"/"ou daines" en comparant directement le "ou" manuscrit de "soudaines" au "ou" devant "daines". Il n'y a pas ce jeu dans les vers d'Hervilly, puisque "soudaines" rime avec "et les daines". Une force de ma démonstration est d'avoir montré que le mouvement de la main pour écrire le "o" de "soudaines" est identique au "o" de la conjonction "ou" que j'identifie. Cavallaro n'offre pas le fac-similé pour "soudaines". Mais le mot était inclus dans l'extrait photographique que j'avais donné. Vous pouvez le vérifier sur le lien suivant, l'article que j'ai publié sur le blog Rimbaud ivre de Jacques Bienvenu.
 
 
Pourquoi Cavallaro, Cornulier et Murphy en escamotent-ils la prise en considération graphologique ?
Dans mon article de 2010, j'écrivais ceci : "Que l'on compare tout simplement le mouvement de notre "o" mal bouclé avec la boucle du "o" de "soudaines". Tout est là."
Le "o" n'est pas concerné par le point qui transperce le manuscrit que je sache ! Il faut prendre le temps d'éprouver si la première lettre a la forme d'un "o" ou d'un "d". Quant au point, il ne change rien au fait que ce qui n'est pas ce point est un "u" et non un "e".
Le "o" de "Chinois est parfaitement fermé, rond avec un trait qui passe au milieu, mais le "o" de "soudaines" n'est pas fermé et on peut identifier le départ tout à droite d'un demi-cercle qui descend et puis remonte et avant d'avoir fait un tour complet Rimbaud repart trop vite sur la droite faisant une boucle à l'intérieur du haut du "o" sans l'avoir fermé. C'est EXACTEMENT ce que fait Rimbaud avait le "o" du "ou" devant "daines", "ou" qui n'est pas un "de".
Le "o" du "ou" devant "daines", Rimbaud montre trop haut et fait une boucle qui du coup fait un peu dérailler la figure du cercle.
Les "d" de Rimbaud n'ont pas cette forme. Le "d" de "dise" au vers 71 ou le "d" apostrophe pour "d'enfants" témoigne déjà que Rimbaud a tendance à soulever la main à ne pas souvent lier le "d" minuscule à la suite de la transcription. Il y a une boucle vers le bas au démarrage des "d", mais il n'y a pas ce mouvement quasi circulaire comme pour un "o". Le "d" de "daines" est lui-même pareil que celui de "dise" dans le principe. Le même arrêt brusque concerne le "d" de "doux" au vers suivant. Le "d" de la préposition "de" devant "Chinois" est particulier. Là, il n'y a pas d'arrêt brusque, mais la boucle fait plutôt penser au principe du "l" en écriture cursive qu'à la boucle du "o". Pour "daines", il y a un démarrage important de la boucle à gauche, mais il part très à droite pour revenir tout de suite vers la gauche et la logique de ce "d" précis de "daines" c'est que Rimbaud fait juste un "d" brutal, mais il lève la main pour passer à la lettre suivante, le "a". Même remarque pour "dise" et "doux". Pour "de Chinois", l'écriture est cursive, il y a une bonne liaison du "d" au "e", mais comme pour "dise" et "soudaines" l'amorce est basse, alors que la remontée du "d" à droite évacue le côté arrondi. On a un début qui est une pointe, puis le demi-cercle est plutôt le plan vertical à droite. On n'a pas une forme globalement arrondie, ce qui est le cas du "o" de "ou daines", même si c'est flottant. Jusqu'à un certain point, le mouvement de la main est étonnamment similaire pour écrire un "d" et un "o" chez Rimbaud, mais les à-coups de la construction rimbaldienne du "d" ne vont pas avec le "o" de "ou daines". Rimbaud ne lit pas ses "d" en général à la lettre suivante, et les exceptions "de Chinois" notamment ne rejoignent pas la forme du "o" de "ou daines".
Et si vous voulez hésiter entre un "d" et un "o", de toute façon, il n'y a pas de "e", c'est "dudaines" que vous devez adopter comme solution, puisqu'il est clair comme de l'eau de roche qu'il n'y a pas de "e" sur le manuscrit. Dans "soudaines", le "d" est enchaîné à la lettre suivante qui est un "a". Si vous faites cette comparaison en prétendant identifier un "d" dans la partie à déchiffrer devant "daines", vous êtes obligés de constater qu'à l'angle qui suit votre prétendu "d" il n'y a pas la boucle de "e" même mal formée, alors que c'est l'exact emplacement du "a" dans "soudaines". Dans la séquence "de Chinois", vous avez un "d" qui fait la liaison en descendant très bas et vous avez enfin la remontée d'un "e" nettement bouclé.
Où est la boucle du "e" dans la partie à déchiffrer devant "daines" ? Il y a un virage anguleux abrupt et un "u". Il n'y a aucune esquisse fugace d'une boucle d'un "e", strictement aucune. Page 207 de son article, Cavallaro exhibe d'autres "de" manuscrits de Rimbaud, tous témoignent que Rimbaud prend la peine de boucler ses "e", alors qu'il n'y a aucune boucle sur le prétendu "e" de "ou daines" et pour cause !
Cerise sur le gâteau, alors que ma solution sans faille n'amène qu'à conclure à l'absence d'un espace entre "ou" et "daines", Cornulier, Murphy et Cavallaro soutiennent sans rire qu'il faut ajouter un espace et une virgule ! Il n'a pas corrigé "exèxre", ni le redoublement "ces ces", il est vrai qu'après tout la correction va de soi, mais pour ce même vers Murphy, Cornulier et Cavallaro imaginent que Rimbaud n'a pas daigné boucler un "e", ni mettre une virgule, ni mettre un espace. Quel condensé !
Et il faut imaginer la poésie "- Ô j'exècre tous ces yeux de Chinois, de daines[.]" Vous croyez sérieusement que Rimbaud qui a le sens du rythme s'exprime ainsi, jacasse ainsi. Vous trouvez ça expressif ? Vous rigolez ! Evidemment que ça envoie autrement le feu d'écrire : "- Ô j'exècre tous ces yeux de Chinois ou daines", c'est ça le style !
C'est tellement évident, et de toute façon c'est ce qui est écrit sur le manuscrit, c'est les formes à voir sur le manuscrit, un "o" et un "u". Vous hésitez à tort sur le "d" et vous mentez quand vous prétendez identifier un "e". Le point d'exclamation ne changer rien à ce qu'il y a à voir, que dalle ! Il n'y a pas de "e", vous pouvez tourner ça dans tous les sens que vous voulez !
Un peu de bon sens, quand même !
"Ô Justes ! nous chierons dans vos ventres de grès !" sans oublier La Renaissance littéraire et aristique !
 
Puis, un mot sur le passage de "Villes" que cite Cavallaro comme problématique : "J'ai tremblé à l'aspect des gardiens de colosse et officiers de construction". Cavallaro en fait l'illustration d'un cas similaire déjà à "yeux de Chinois ou daines", preuve s'il en est que cette syntaxe convient à Rimbaud, mais ce qui me dépasse, c'est que Cavallaro prétende que la phrase du poème "Villes" des Illuminations est problématique au plan grammatical. Mais, moi, je ne le vois pas le problème de syntaxe. Il n'y en a tout simplement pas. Claisse non plus ne le voyait pas, il me l'avait dit en privé.

mercredi 18 février 2026

Actualités rimbaldiennes : avec des airs de daines, on se donne en spectacle ! (Mise à jour le 19/02***)

 Alors, il y a un peu de publications d'actualité sur Rimbaud et Verlaine qui me concernent. A la fin de l'année 2025, nous avons eu droit à une nouvelle édition des Poésies de Verlaine dans la collection de la Pléiade par Olivier Bivort. Je n'ai pas encore pu l'acheter et j'ai les deux tomes précédents sur les poésies et les proses de Verlaine, mais il y a un coffret réunissant les deux volumes, et j'y suis minimalement cité ainsi que ce blog pour les minutes du procès de Verlaine en juillet 1873, puis pour celles du procès en appel en août, puisque j'ai mis les sept fac-similés inédits de ces documents en ligne dans un article de ce blog.
 
 
Je ne sais pas si je suis cité ailleurs dans l'édition de Bivort pour la Pléiade, mais Bivort ne favorise pas les commentaires critiques des poèmes. Je ne pense donc pas être cité pour mon travail sur les sources valmoriennes à plusieurs poèmes de la section "Ariettes oubliées" des Romances sans paroles, ni sur mon étude de "Crépuscule du soir mystique" comme une référence à la forme de Catulle Mendès dans Philoméla de la terza rima maléfique sur treize vers et deux rimes.
Il y a en tout cas une reconnaissance de mon travail en tant que sourcier ou dénicheur de documents. 
 
Je rappelle que je suis cité aussi à la marge dans l'édition 2009 d'André Guyaux des Œuvres  complètes d'Arthur Rimbaud dans la collection de la Pléiade pour des travaux de sourcier en tant que tel. J'ai identifié les emprunts de Rimbaud pour créer les montages de citation que sont "Vieux de la vieille" et "Hypotyposes saturniennes ex Belmontet" dans l'Album zutique, ainsi que la source du monostiche attribué à Ricard. J'ai souligné l'importance de la signature "PV" sur le manuscrit du dizain "L'Enfant qui ramassa les balles..." Et Guyaux citait déjà les minutes du procès de Verlaine, bien qu'il ne m'ait pas cité pour ça, sur la base des documents que j'ai mis en ligne dan l'article en lien ci-dessus.
Je n'étais pas cité pour mes commentaires de poèmes, mais j'étais encore cité pour le déchiffrement de deux vers de "L'Homme juste", sauf qu'Aurélia Cervoni et André Guyaux ont préféré après leur propre consultation du manuscrit considérer qu'il était écrit "de chinois, de daines", et non "de chinois ou daines" comme je leur avais soumis à l'attention. J'ai publié un article dans la revue Méthode en 2009 et un autre sur le blog Rimbaud ivre de Jacques Bienvenu où j'explique ma démonstration qui est sans faille.
Jacques Bienvenu trouve évidente ma démonstration, ainsi qu'Yves Reboul. Pour précision, j'ai été étudiant en Lettres modernes à l'Université de Toulouse le Mirail. Dans ce cadre, Reboul lui-même a parlé devant d'autres professeurs de Lettres Modernes de mon déchiffrement du vers de "L'Homme juste" et des centons de Belmontet en ma présence. Benoît de Cornulier a précisé que mon déchiffrement était "probable" dans un article.
Je précise encore que j'ai communiqué ma découverte à des gens qui n'ont rien à voir avec les études rimbaldiennes, à des personnes de ma famille par exemple, et quand je montre le manuscrit et que je leur dis la solution, ils disent que s'ils n'arrivaient pas à trouver, "oui c'est évident quand je leur donne la réponse que c'est bien cela qui est écrit sur le manuscrit."
Il y a quelques années, les rimbaldiens ont cru bon de publier un article de Marc Dominciy qui prétendait récuser ma solution pour une autre. Et voici que ça recommence avec un ou même deux articulets d'Adrien Cavallaro dans le dernier numéro 36 de la revue Parade sauvage daté de 2025.
Il me faudrait payer 2 euros pour lire immédiatement l'article sur le déchiffrement. Sur le site de l'éditeur des Classiques Garnier, on peut consulter le sommaire, les résumés des articles et les premières pages de chaque article.
 
 
Dans la section "Singularités", qui réunit des articles plus courts sur des détails, vous avez deux articles consécutifs d'Adrien Cavallaro. Le premier, qui va des pages 203 à 208, s'intitule : " ''De Chinois de daines', point ", et le second qui va des pages 209 à 215 s'intitule " 'L'Homme juste' suite".
J'imagine que le titre est la solution débile que soutient Cavallaro.
Le résumé du seul premier article, celui qui nous intéresse, ne nous apprend pas la solution, si ce n'est que Cavallaro s'attribue un rôle dans le déchiffrement visiblement : "Cette note propose un déchiffrement du v. 72 de "l'homme juste", qui pose depuis longtemps des difficultés d'établissement."
Si j'affiche la première page de la lecture, je peux lire que Cavallaro considère que le problème est toujours d'actualité, indicatif présent du verbe "poser" : "Les vers 72 et 73 posent d'importantes difficultés de déchiffrement." Cavallaro exhibe ensuite une photographie qu'il a prise à la Bibliothèque nationale de France sur le même principe de découpage que celle que j'ai prise à l'époque et placée dans mes articles de la revue "Méthode" et sur l'article du blog Rimbaud ivre de Jacques Bienvenu.
 
 
Cavallaro me cite en ne m'attribuant que d'avoir fait progresser le déchiffrement et il considère que je n'ai fait qu'une "proposition". Cavallaro cite l'article de la revue Méthode, puis l'article du blog qui dans mon souvenir n'est pas le même reproduit à l'identique, mais peu importe ! Il précise avoir consulté cet article de mon blog le 27 avril 2025, ce qui peut laisser entendre qu'il a lu aussi mes réactions à l'article de Dominicy.
 
Donc, je vais être clair. Je ne propose pas la solution "-Ô j'exècre tous ces yeux de Chinois ou daines", tolérant un débat minimal sur la possibilité d'une minuscule à "chinois", j'affirme que c'est la solution qui s'impose quand on fait travailler ses yeux, quand on sait réfléchir sur le mouvement d'écriture d'un "ou" à la va-vite, quand on ne fait pas le distingué qui fait mine de croire qu'on ne peut pas dire en français "de chinois ou daines", car la correction exigerait "yeux de chinois ou de daines", quand on sait aussi ce qu'implique le suspens métrique d'un déterminant à la césure, ce qui explique la maladresse de son redoublement erroné sur le manuscrit : "ces ces".
Il est écrit "ou daines" et non pas "de daines" ou autre chose, et ceux qui pensent autrement sont voués à se ridiculiser. Non pas point, mais point barre.
 
J'ajoute que dans l'édition révisée des Oeuvres complètes d'Arthur Rimbaud dans la Pléiade en 2014 Guyaux a promu la correction de la coquille "outils" en "autels" sur la foi du brouillon correspondant, sans me citer, mais ce fait a été relevé et mon rôle dans cette affaire est aussi connu.
J'ai été le principal sourcier de l'Album zutique et j'ai aussi travaillé sur le fac-similé manuscrit avec des antériorités sur la datation des poèmes que Bernard Teyssèdre avait tues.
Une grande partie de la découverte des sources aux contributions zutiques de Rimbaud a été de mon seul fait. Dans l'article "Mais que sont devenus les manuscrits de 'Paris se repeuple' " j'ai attiré l'attention sur la transcription manuscrite de quatrains inédits de "L'Orgie parisienne ou Paris se repeuple" par Vanier sur un exemplaire du Reliquaire conservé à Bruxelles.
J'ai fait des articles sur les prétendus recueils de manuscrits de Rimbaud qui ont fait du remous, dossier Demeny, dossier Forain-Millanvoye, Les Illuminations.
J'ai souligné que dans "Mauvais sang", la leçon "mène" était une invention de Berrichon et que dans "Après la domesticité même trop loin", la coquille était plus probablement de l'ordre de l'oubli de la forme conjuguée courante "est", ce que j'ai étayé.
Ces derniers jours, je montre encore qu'on édite n'importe comment certains passages des Illuminations, défaut de points dans le premier alinéa de "Enfance II" ou lecture erronée dans "Angoisse" : "Amour, force !" quand il est écrit : "Amour ! force !" 
 Il faudrait peut-être éviter de me snober et de considérer que sur "L'Homme juste" il y a un Ducoffre dans la salle qui a dit des choses intéressantes dont les rimbaldiens vont maintenant faire quelque chose avec leurs compétences privilégiées. Je précise ne pas avoir constaté un quelconque article rimbaldien majeur dans tous ceux publiés jusqu'à présent par Cavallaro !
 
 ***
 
Je rouvre cet article. Je vais attendre deux à trois semaines avant de commander un exemplaire de la revue, je ferai alors un article retour, mais je peux déjà en souligner quelques grandes lignes.
Premièrement, j'ai envie de m'adresser aux rimbaldiens de la revue Parade sauvage qui publient des articles sur le déchiffrement de "L'Homme juste" ou qui écrivent carrément l'article lui-même (Cavallaro, Dominicy), ou aussi Cervoni, Guyaux, Murphy et ceux qui m'ont attribué une solution qui n'était pas la mienne et qui l'ont présentée comme une simple hypothèse, et ma question est toute simple  "Mais vous n'avez pas honte ?"
 
Ma démonstration date de 2009 et ne laisse rien à désirer.
Il va de soi que nous n'en serions pas là si d'une part Guyaux et Cervoni n'avaient pas trafiqué ma découverte au nom de leur impression erronée et si d'autre part Murphy n'avait pas eu un problème de susceptibilité qui l'a empêché d'admettre que cette solution qu'il n'avait pas vue était la bonne. C'est ça, le fond du problème. C'est pour cela que des gens interviennent en croyant que la solution n'est pas certaine ou en faisant mine de croire qu'il y a moyen de s'immiscer pour se faire une place, sachant que nécessairement il faut dire quelque chose de différent de mon déchiffrement pour espérer se placer.
Mais, bref !
Vous voulez un truc amusant ?
Dans son article, il me semble que Dominicy disait qu'il était aberrant de croire identifier une initiale majuscule au mot "chinois", c'était la leçon que je préconisais. Je constate que Cavallaro entérine la majuscule. Et ça ne s'arrête pas là ! Contre l'article de Dominicy, Cavallaro entérine qu'il y a bien un mot de deux lettres, qu'il manque simplement ensuite un espace et qu'enfin nous avons bien le mot "daines". Dominicy, publié par le personnel de la revue Parade sauvage, avec sa solution insoutenable à tous les plans de l'analyse "ou de naines" subit donc un démenti par un second article publié par le personnel de la revue Parade sauvage. L'équipe de la revue avait publié en principe l'article de Dominicy en lui trouvant un intérêt.
Apparemment, Cavallaro avalise la quasi totalité de ma lecture à un mot de deux lettres près : à "- Ô j'exècre tous ces yeux de chinois ou daines" il préfère : "- Ô j'exècre tous ces yeux de chinois de daines", solution absurde puisque "yeux de chinois de daines" n'est pas correct grammaticalement. Cavallaro, qui a été un étudiant d'André Guyaux, se laisse donc intimider par la lecture déformée fournie dans l'édition de la Pléiade en 2009 : "de chinois, de daines", mais il constate que la virgule n'y est pas.
Donc, tout le débat est de savoir s'il est écrit "ou" ou bien "de".
N'importe qui d'intelligent identifie un "ou" mal formé en se reportant au manuscrit. Il n'y a pas de "e" bouclé, parmi les solutions fantaisistes Murphy avait mentionné que quelqu'un avait cru lire "dudaines", autrement dit à part le "d" pour le "o" c'était ma lecture, avec juste le fait de ne pas comprendre qu'il y a un espace entre "ou" et "daines".
Il va de soi qu'il suffit de comparer les "d" qui figurent sur le même manuscrit et notamment dans les deux derniers quintils, et de comparer de l'autre les "o". Je comparais "ou daines" avec "soudaines" constatant un cas très habile de rime riche, puisque la rime enrichie jouait sur un mot-outil, la conjonction de coordination "ou". Puisque les rimbaldiens ont besoin de lunettes, on commentera prochainement scientifiquement le bouclage de ce "o" à la va-vite.
Quant à l'imbécillité avec laquelle on rejette crassement la structure grammaticale "yeux de chinois ou daines", déjà vous ne savez pas identifier l'oralité dans le vers de Rimbaud et le plaisir littéraire que cette création était pour lui. En gros, comme amateurs de poésie rimbaldienne, de style rimbaldien, vous êtes nuls ! Il n'y a pas autre chose à dire ! Vous êtres archi nuls.
Ensuite, je prends le livre L'Art de Rimbaud de Michel Murat paru en 2003, où page 229 je lis la phrase suivante : "Même avec l'aide de la bibliographie d'Olivier Bivort et André Guyaux, rassembler ce matériau pour en dégager une vision globale constitue une tâche énorme [...]"
Alerte rouge, alerte blanche, alerte verte : Michel Murat n'a pas écrit "d'Olivier Bivort et d'André Guyaux", il a mis en facteur commun "Olivier Bivort et André Guyaux", ça ne se fait pas.
Bien sûr vous allez dire que "yeux de Chinois ou daines", ce n'est pas un problème du même ordre. Eh ! arrêtez de fumer la moquette !

mardi 17 février 2026

Le poème "Enfance II" est-il correctement édité pour sa ponctuation ?

 Je vais parler de la ponctuation de "Enfance II", mais pour tremplin je choisis de digresser sur ce que dit Brunel à propos de "Après le Déluge".
D'abord ceci :
 
Pour "Vies", page 169, Brunel écrit ceci : "Sur le manuscrit la correction de 'campagne' en 'compagne' (o surchargeant le a) a été faite au crayon et est donc le fait d'un lecteur du manuscrit."
 
Pour "Fairy", page 519, il écrit ceci : "Le e qui surcharge le premier a de "ornamentales" est au crayon : c'est donc une correction du préparateur du manuscrit."
 
Pour "Solde", page 554, il écrit ceci : " ['ignore'] a été corrigé en 'ignorent', les deux dernières lettres ayant été ajoutées au crayon par une main étrangère." La description est toutefois inexacte, le "e" de "ignore" a été biffé par la superposition au crayon de la terminaison "ent", même s'il était absurde de biffer le "e" pour reporter une séquence qui commence par "e".
 
Pour "Promontoire", par exception, Brunel cède à l'idée de Steve Murphy, lequel n'est pourtant pas expert en écriture, pour envisager que la mention au crayon du titre "Illuminations" soit de Rimbaud, elle aurait été repassée à l'encre par une main étrangère, on ne sait pourquoi une main étrangère repasserait sur ce que Rimbaud avait laissé au crayon et personne au monde n'a identifié l'écriture de Rimbaud dans ce mot au crayon qui est le titre du recueil, c'est une idée qui n'est que lancée audacieusement à la cantonade.
 Brunel écarte bien comme des interventions de mains étrangères d'autres mentions au crayon comme les mentions à côté du titre "Villes" sur le manuscrit désormais paginé 15.
Pour "Enfance II", Brunel fait remarquer que pour l'expression "Les talus le berçaient" où les éditeurs adoptent les italiques pour le pronom "le", nous avons sur le manuscrit un soulignement léger à l'encre qui a été repassé, une fois n'est pas coutume, par un soulignement de deux traits au "crayon gras". Brunel emploie l'expression "crayon gras" !
Et il classe encore une fois cette intervention comme allographe.
 
Or, pour la mention "après" biffé dans "Après le Déluge", il se contredit par rapport à tout ce qui précède et écrit ceci où il fait même entendre le caractère partisan de son choix, page 40 : " 'après' a été biffé au crayon après "aussitôt". Guyaux le rétablit (éd. crit. p. 65), considérant cette biffure comme étrangère à la main de Rimbaud. En raison du doute, et surtout parce que la qualité poétique du texte n'y gagne rien, - au contraire -, je ne le conserve pas." Brunel en reparle dans la section "Notes" page 41 : "Le mot 'après', qui a été ajouté sur le manuscrit, en surcharge, puis biffé (on ne sait de quelle mains, ni dans un cas ni dans l'autre), paraît superfétatoire."
Brunel est sûr de lui dans les autres cas, mais pas dans celui-là où il fait un choix inverse qui vient en réalité de son idée de correction de la langue. Brunel néglige l'insistance d'un terme modalisateur puisque "Aussitôt que" et "Aussitôt après que" ne sont pas synonymes à cent pour cent.
Surtout, le mot "après" est précisément biffé de deux traits épais qui sont comparables au soulignement du "le" de "Les talus le berçaient". Ce serait le premier cas d'emploi du crayon gras.
C'est dommage, car on rate la cohérence. Toutes les inscriptions au crayon, normal, gras ou bleu, sont des éditeurs, jamais de Rimbaud, sur les manuscrits. Tous les repassages sont également des éditeurs (pagination et mention du titre sur le manuscrit de "Promontoire).
En revanche, il y a un gain puisque les passages biffés à l'encre sont plus probablement le fait de Rimbaud lui-même, et c'est un gain énorme pour affirmer que c'est bien Rimbaud qui a agrandi à trois poèmes la série "Veillées" par exemple. Même si la pagination n'est pas de lui, la création de la série et du coup l'emplacement du feuillet manuscrit sont de son fait, et la pagination faite par les éditeurs en auraient scrupuleusement tenu compte.
C'est ça un travail scientifique !
 
Mais, page 40 de son livre Eclats de la violence, en-dessous de quelques commentaires détaillés sur les "variantes du manuscrit", Brunel écrit aussi ceci : "On peut relever - donc redresser - quelques négligences de ponctuation. Voir sur ce point les remarques d'Albert Henry dans Contributions à la lecture de Rimbaud, Bruxelles, Académie Royale de Belgique, 1998, p. 18-19." Hélas, le livre d'Albert Henry a eu une diffusion à peu près nulle dans les universités françaises, il me semble. Brunel ne précise pas les passages concernés et je ne souhaite pas ici, maintenant, tenter de vérifier tout ça.
Ce que je retiens, c'est que Brunel expose une vérité qu'on peut déjà vérifier sur les manuscrits de poèmes en vers. Parfois, Rimbaud néglige de ponctuer ses phrases, ses fins de vers ou de quatrains, etc. Et, ce qui m'amuse, c'est que en passant à "Enfance II", Brunel ne reprend pas ce propos qui aurait été pourtant parfaitement à sa place. Ou, plus exactement, il développe une considération différente : "Il m'a semblé devoir rectifier légèrement la ponctuation à la fin du premier alinéa [...]." Il ne précise pas de quel signe de ponctuation il parle.
 
 
Ce premier alinéa est composé de cinq phrases si on repère les majuscules et quatre des cinq tirets du premier alinéa permettent de délimiter des frontières entre deux phrases. Mais, Rimbaud n'a ponctué que trois d'entre elles : la première phrase après "rosiers" et les deux dernières après "oeillets" et "giroflées". Nous avons à chaque fois un simple point de fin de phrase. La seule différence dans la transcription de Brunel, c'est que nous avons un double point après "giroflées". Il s'agit donc de l'initiative revendiquée par le critique : "Il m'a semblé devoir rectifier...", puisque le manuscrit n'offre qu'un point après "giroflées". La correction n'a rien de léger et est tout simplement abusive et erronée.
Mais, les éditeurs du texte ne pensent même pas à rétablir la ponctuation pour la deuxième et la troisième phrase, pas même Pierre Brunel qui pourtant faisait état de lacunes à redresser deux poèmes auparavant !
Or, si on observe les titres des poèmes des Illuminations sur les manuscrits, on peut remarquer que souvent, selon un principe d'époque appliqué notamment par l'éditeur Lemerre, Rimbaud met un point après son titre. Parfois, non ! Mais parfois on remarque aussi que la dernière lettre du titre est allongée et que cela peut s'apparenter à une façon indirecte de ponctuer le titre. J'observe que même si cela n'est pas très appuyé la fin du "n" de "perron" est légèrement étirée, mais c'est assez dérisoire, tandis que l'allonge de la fin du "e" de "sable" a tout de même une certaine étendue. Comme nous avons des majuscules aux articles qui suivent "perron" et "sable", respectivement "La calèche..." et "Le petit frère...", il me paraît de pur bon sens qu'il faille rétablir la ponctuation simple après "perron" et "sable" qui correspondent très clairement à des fins de phrase au plan grammatical. Je transcris le texte de Rimbaud en ajoutant entre crochets les deux points qu'il a négligés de placer, et contrairement à Brunel j'identifie un "L" majuscule dans l'attaque : "Les vieux...." :
 
   C'est elle, la petite morte, derrière les rosiers. - La jeune maman trépassée descend le perron[.] - La calèche du cousin crie sur le sable[.] - Le petit frère - (il est aux Indes !) là, devant le couchant, sur le pré d'oeillets. - Les vieux qu'on a enterrés tout droits dans le rempart aux giroflées."
 Bardel sur son site Arthur Rimbaud transcrit le texte avec une majuscule pour "Les vieux...", mais il ne rétablit pas les points après "perron" et "sable" comme si les tirets qui suivent pouvaient faire office de signes de fin de phrase, de signes de ponctuation équivalents. Bardel ne fait que suivre ce que font tous les éditeurs. Pour moi, ça n'a aucun sens. Il est évident qu'il faut rétablir deux points de phrase, surtout que les majuscules sont sans appel à ce sujet. Quant aux tirets, il y en a un cinquième qui justement ne correspond pas à une attaque de phrase et qui n'est pas suivi d'une majuscule : "Le petit frère - (il est aux Indes !) [...]". Rimbaud ponctue la phrase à l'intérieur de la parenthèse, la considérant sur un plan séparé des autres phrases de l'alinéa. Il procède de la sorte dans "Barbare", ce que Reboul et Murat n'ont pas compris dans leurs analyses erronées de la ponctuation de ce dernier poème. Expliquez-moi cette grammaire du premier alinéa si vous ne mettez pas de point de fin de phrase après "perron" et "sable" ! Expliquez-moi les majuscules aux déterminants suivants : "La calèche..." et "Le petit frère..."
Signe que j'ai raison, à la fin de "Parade", il n'y a pas de point, mais le "e" de "sauvage", mot de la fin, est allongé par un long trait horizontal, et dans ce cas, Brunel écrit, page 120 : "Il serait difficile de ne pas ajouter le point final manquant."
 
 
Il paraît que Guyaux énumère des problèmes de ponctuation pour "Parade", mais Brunel ne commente pour sa part que les cas suivants : une virgule à rétablir après "blêmi" qu'il corrige aussi d'un "s" de pluriel, puis il dit préférer le point-virgule à la virgule après "incendiés" et il ajoute ne pas voir clairement de virgule après "personne".
Ah Dieu est tellement con qu'il en a marre que je sois le meilleur des rimbaldiens, il m'empêche de zoomer sur le manuscrit de "Parade". Bon, ben, on va en rester là. Pour moi, "blêmis" est écrit au pluriel d'office et oui il faut rétablir la virgule manquante. Pour "incendiés", il faut évidemment une virgule, j'aurais aimé zoomer car il y a le report "54 lignes" qui gêne le déchiffrement du manuscrit. Mais la thèse du point-virgule est absurde à tous égards. Je confirme qu'il n'y a pas de virgule après "personnes", le "s" est simplement suivi de petits zigzags superfétatoires. Brunel rétablit d'autorité et à raison une virgule après "s'élargissent". A proximité de "Enfance II", il y a donc le poème "Parade" qui vient donner du sens à ce que je disais sur la lacune de point pour deux phrases.

Comprendre "faite" ou "faîte" sur le manuscrit de "Enfance II" ?

Parmi les points de débat sur l'établissement du texte des Illuminations, il y a un vieux serpent de mer à propos d'un mot de "Enfance II". On a la leçon traditionnelle : "Les nuées s'amassaient sur la haute mer faite d'une éternité de chaudes larmes." Inspirée du Hugo des Contemplations, c'est une très belle phrase poétique qui rejoint des éléments déployés dans "Après le Déluge" et "Barbare". Certains prétendent lire un accent circonflexe sur le "i" de "faite" qu'il faudrait donc interpréter comme le nom "faîte". C'est le cas de Pierre Brunel dans son livre Eclats de violence. Cela donne une image plus élaborée, donc ceux qui veulent créditer Rimbaud d'un certain labeur vont peut-être lui donner leur faveur spontanément. Et, de fait, sur le manuscrit, on n'identifie pas un point, mais bien un trait allongé.
La plupart des rimbaldiens refoulent l'idée d'un accent circonflexe préférant la leçon "faite" plus en harmonie avec le déroulement du propos. Sur son site internet Arthur Rimbaud, Alain Bardel ironise même de la sorte : "Rimbaud écrit 'faîte' avec un accent circonflexe. Certains se sont demandés s'il était possible que Rimbaud, comme Valéry dans le Cimetière marin, compare la surface de la mer à un toit... De l'intertextualité rétroactive en critique littéraire ! La plupart des éditeurs suppriment l'accent."
L'approche ironique est efficace pour décourager de mettre un accent circonflexe, mais Bardel dit pourtant qu'objectivement Rimbaud a mis un accent circonflexe, une première fois, et une deuxième fois il tient un propos qui, indirectement, suppose la réalité d'un accent circonflexe, puisque si les éditeurs le suppriment, c'est qu'on admet qu'il figure sur le manuscrit. Or, je ne vois pas pourquoi Rimbaud aurait mis un accent circonflexe, faute d'orthographe, à une forme participiale plus que courante du verbe "faire". La bonne question à se poser est la suivante : s'agit-il d'un accent circonflexe ou d'un accident de la plume ? J'ai l'impression que les rimbaldiens, quand ils s'affrontent aux manuscrits, ne se posent jamais cette question élémentaire : Murphy, Guyaux, etc. C'est pourtant le b.a-ba.
Consultons le fac-similé du manuscrit de "Enfance II" sur le site Gallica de la BNF. Et utilisons même sa fonction "Zoom" pour agrandir le détail. Cette démarche permet de constater que d'évidence il ne s'agit pas d'un accent circonflexe, mais d'un accident de tracé avec la plume. Rimbaud a écrit "fai" sans le point et avec un petit détachement la fin "te". Et il a écrit d'un seul coup le point du "i" et la barre horizontale sur la hampe verticale du "t". J'ignore si l'enchaînement du point à la barre de la hampe a été fait avant la suite "te" ou juste après, mais en tout cas il y a un mouvement de main qui relie le point à la barre horizontale du "t", avec bien sûr un léger espace la main s'étant soulevée pour séparer les signes, mais la continuité de mouvement est perceptible. Il en a résulté un point sur le "i" qui devient le départ d'un faux air d'accent circonflexe. CQFD.
 
Dans mon précédent article, à propos de "Solde", j'ai été surpris de voir Brunel donner tort à Albert Henry de remplacer un double point après "masses" par une virgule, alors qu'il n'y a d'évidence sur le manuscrit ni une simple virgule ni un double point, mais un point-virgule, ce que conforme, au sein de la même phrase, le point-virgule symétrique suivant que personne ne discute après "amateurs supérieurs". J'observe que sur son site Arthur Rimbaud Bardel transcrit correctement selon moi le texte avec un point-virgule après "Solde". J'ai donc une confirmation que le fait n'est pas évident que pour moi.
En revanche, dans mon précédent article toujours, j'ai dénoncé une autre erreur de déchiffrement d'un signe de ponctuation à propos d'un alinéa entre parenthèses dans "Angoisse". Là encore, Brunel donne tort au même Albert Henry contre le texte établi par Guyaux. Guyaux considère cette fois à son tour qu'il y a une virgule, et Henry la récuse pour un point d'exclamation. Et, cette fois, Bardel fournit la même leçon que Brunel et Guyaux. Ils s'alignent tous pour transcrire une virgule entre "Amour" et "force". J'ai cité donc Bardel comme rejoignant Brunel et Guyaux dans un déchiffrement erroné du manuscrit, parce que c'est bien Henry cette fois qui a raison. Outre que c'est cohérent par rapport au texte pris dans son ensemble, il y a une barre verticale introduite sur le manuscrit, peut-être après-coup, qui passe dans un espace de faible écart entre le "r" de "Amour" et le "f" de "force". Pour quelqu'un qui prétend déchiffrer un manuscrit, il faut nécessairement rendre compte de cette barre verticale qui ne peut pas se confondre avec la ligne descendante finale du "r" manuscrit du mot "Amour". Ce qui cause encore une fois l'erreur d'analyse des rimbaldiens, c'est qu'en-dessous de cette barre, effectivement on a un signe allongé qui n'est pas un point en tant que tel et qui semble bien une virgule. Or, le signe barre et virgule n'existe pas. Ils privilégient la virgule et nient la réalité de la barre ou l'assimilent de force à la fin du "r" en écriture cursive, j'imagine. Ce n'est pas acceptable. La présence de la barre verticale est indiscutable et le point d'exclamation est appelé par la cohérence globale de l'énoncé qui contient plusieurs autres points d'exclamation ! Et ce que n'arrive pas à penser les rimbaldiens, c'est le fait que Rimbaud, qui écrivait à la plume avec un encrier, exécutait parfois des gestes de la main un peu chaotiques qui laissaient des traces sur le manuscrit. Ou bien ce que refusent d'envisager les rimbaldiens, c'est la paresse de Rimbaud à parachever une correction, puisque Rimbaud a peut-être écrit une virgule, mais, si tel est le cas, il l'a récusée ensuite en ajoutant une barre verticale de point d'exclamation, négligeant de réarranger en point la virgule initiale. Les rimbaldiens ont visiblement un mal considérable à tenir compte des gestes erratiques de celui qui recopie. J'affirme qu'il faut désormais éditer ainsi le passage suivant du poème "Angoisse" : "Amour ! force !" Sinon expliquez-moi la barre légèrement en oblique au-dessus de la virgule et qui est clairement distincte de la fin du "r" en écriture cursive du mot "Amour" où Rimbaud n'a pas fini le jambage à droite vers le bas. On a une écriture proche du "r" minuscule en caractère d'imprimerie. C'est ce qu'il a fait pour "jour" deux lignes plus haut.
Prochainement, je traiterai de "Nocturne vulgaire", "Jeunesse", "Barbare" et de quelques autres problèmes d'établissement des textes des Illuminations