samedi 26 septembre 2026

"Voyelles, c'est la vie" : compte rendu de la rencontre entre les éditeurs de Rimbaud Bardel et Cavallaro à Ombres blanches !

Sur son site Arthur Rimbaud, le poète, Bardel vient de fournir le lien vers un podcast sur le domaine internet Youtube où on peut suivre un enregistrement audio de la rencontre entre Bardel et Cavallaro à la librairie Ombres blanches. Il s'agit d'une, entre gros guillemets, vidéo d'une heure dix-huit minutes. Il y a un début un peu chaotique et répétitif : une voix féminine annonce ce qu'on va voir et présente lacunairement les deux intervenants, puis nous passons à l'enregistrement de la rencontre même avec une voix masculine qui refait les mêmes présentations lacunaires, puis nous arrivons enfin à la rencontre elle-même où l'animatrice Marine Le Bail refait les présentations mais en moins lacunaires.
La voix masculine introduit les intervenants comme des "spécialistes" de Rimbaud, mais on verra que lors des questions du public dans la salle Cavallaro ne pourra rien dire au sujet du sens du sonnet "Voyelles", ce' sur quoi nous reviendrons plus bas dans ce compte rendu. On apprend aussi par cette voix masculine, sinon par celle de l'animatrice, je ne sais plus, que cette rencontre est à l'initiative d'Alain Bardel, même si les deux "conférenciers" sont mis sur un pied d'égalité, l'un étant invité pour son édition en deux tomes des OEuvres complètes en Folio Classique, et l'autre pour son essai critique Les Illuminations ou Rimbaud l'Obscur il y a déjà plus d'un an. L'intérêt de cette rencontre, c'est pour moi de voir ce qui va se dire sur la prétendue originalité de l'édition de Cavallaro qui est si fortement mise en avant dans l'appareil promotionnel qui se fait autour. J'attendais aussi les intervenants au tournant. Je voulais savoir si Cavallaro et Bardel parleraient de la coquille "outils" pour "autels", du déchiffrement "ou daines" que Cavallaro  corrompt en "de daines", s'il allait être question de la pagination des manuscrits des Illuminations comme allographe ou autographe, s'il allait être question des lignes farfelues qui sont éditées avec les poèmes en prose, s'il allait être question aussi d'une justification par Cavallaro de ses choix éditoriaux dans l'ordre des poèmes. En une heure de temps, il ne sera jamais question directement de ces points, même quand à certains moments il serait naturel d'en parler.
Ce n'est donc pas le contenu audio que j'attendais pour pouvoir faire une mise au point. Ceci dit, la rencontre n'en est pas moins révélatrice de certains travers. Et il y a notamment un point qui me chagrine et qui devait chagriner les toulousains présents dans la salle qui ont rarement l'occasion comme à Paris d'une telle rencontre d'éditeurs de Rimbaud, c'est le manque de générosité à leur égard. On va en reparler.
La première question est intime, comment en être venu à vouloir éditer Rimbaud, et c'est Alain Bardel qui y répond le mieux. Avec sa voix chevrotante, il commence certes assez mal : "ce que je vais dire est absolument non-romantique", il parle de son expérience dans le milieu enseignant qui est à l'origine de son site internet, mais j'ai évidemment bien aimé la partie originale sur sa rencontre, puis ses échanges avec Antoine Fongaro, même si j'ai un peu tiqué sur la chronologie. Bardel a commencé son site sur Rimbaud au début du troisième millénaire, vers 2003 je dirais, tandis que Fongaro n'était plus enseignant à l'Université de Toulouse le Mirail depuis au moins juin 1994. Et il ne vivait plus à Toulouse, mais en Italie. Mais, peu importe. Bardel a appris de Fongaro à étudier tous les détails du texte et il rapporte le propos excessif de celui-ci qui disait que ce n'était pas la peine de parler du sens d'ensemble d'un poème si on n'en maîtrisait pas tous les détails. Cette idée va être importante pour l'ensemble de l'échange Bardel-Cavallaro qui plus est.
Mais, d'emblée, Bardel revient à ce qu'il veut dire en trois mots : il vante le fait d'être au plus près du texte et de consulter les fac-similés et il ne peut s'empêcher de saluer l'édition de Cavallaro en la vantant d'être plus riche en commentaires que celle de la Pléiade et il va la vanter aussi plus tard pour l'établissement du texte, mais sans dire en quoi Cavallaro a apporté quoi que ce soit de personnel. Plus précisément, Bardel va saluer Cavallaro pour l'établissement du texte des Illuminations à partir des manuscrits, ce qui n'a aucun sens ! Cavallaro a introduit des lignes farfelues, il établit le texte comme l'ont fait ses prédécesseurs. L'article "Les" revenu dans le titre l'est déjà avec Bardel ou l'édition de Frémy, Scepi, et c'est venu d'un article de Steve Murphy en 2004. Bardel parle des difficultés d'établissement du texte des manuscrits, mais le grand sujet c'est "Jeunesse II Sonnet". C'est le poème par excellence de Rimbaud que personne n'arrive à éditer, non ? Cavallaro y a-t-il réussi ? N'oublions pas que Cavallaro fait n'importe quoi avec les alinéas de "Nocturne vulgaire" et de "Marine" ? Mais tous ces détails nous ne les aurons pas pendant l'entretien. On est simplement priés de croire sur la foi de Bardel que l'édition de Cavallaro est utile même aux rimbaldiens chevronnés (vous voulez que je témoigne ?) et que l'établissement du texte vient de lui (mais en quoi ?). A d'autres reprises, l'animatrice redit que c'est la première fois que nous avons les oeuvres complètes de Rimbaud au format de poche. Mais c'est faux ! Outre que personne ne mentionne l'oubli d'au moins "Poison perdu", les éditions complètes existent en GF avec Steinmetz, au Livre de poche avec Brunel, et l'ancienne édition de Forestier n'était pas tout à fait incomplète. L'édition initiale de Steinmetz était en trois volumes, mais elle a été refondue en un seul, celle de Brunel existe en un seul volume dans la collection La Pochothèque, et de toute façon celle de Cavallaro est en deux tomes. Pourquoi on nous rebat les oreilles avec l'idée que Cavallaro publie la première édition des oeuvres complètes au format de poche ? Et pourquoi on lui attribue des mises au point décisives sur l'établissement des textes ? Je veux des faits, ce n'est pas trop demander. D'ailleurs, au cours de l'entretien, Cavallaro lui-même a un moment d'arrêt quand il dit que son principe de publier tous les textes, toutes les versions est déjà pratiqué avant lui, il précise que c'est déjà ce qu'ont fait des éditions savantes, sauf que les éditions de Steinmetz et Brunel à tout le moins sont des éditions courantes au format de poche. Maintenant, la réponse de Cavallaro à la première question nous apprend ce qu'il s'est passé. Cavallaro voulait proposer une édition des seuls textes en prose, mais l'éditeur a fini par consentir à une édition reprenant tout. Et là, Cavallaro aurait surpris la maisonnée Folio en parlant d'éditeur toutes les versions et de faire des oeuvres complètes. Bref, il n'y a que l'équipe de l'édition Folio qui a cru qu'il y avait un bouleversement majeur... Ils ne sont pas au courant de ce qui se fait au Livre de poche ou en Garniert-Flammarion. Cavallaro les fait passer pour des gens peu sérieux.
On remarque que du coup Cavallaro n'a pas pu s'en tenir à son projet, mais la publication de l'oeuvre en vers est devenue étrangement le prétexte pour prétendre à une première édition des oeuvres complètes au format de poche, ce qui est faux, le prétexte aussi à une pensée éditoriale neuve où on publie toutes les versions (ce qui est faux) et à cause de cela on a droit à une édition où les textes sont rangés n'importe comment : "lettre de Charles d'Orléans" au milieu des poésies en vers, "Tête de faune" devant les contributions zutiques, "Les Corbeaux", "Les Mains de Jeanne-Marie" traités comme des queues de comète dans le deuxième tome. Notons que lors de cette rencontre, Cavallaro assimile clairement "Voyelles" à une composition de l'année 1871 ! Drôle de spécialiste, drôle d'expert du classement chronologique des textes, drôle de champion de l'édition !
On arrive alors au débat sur le problème de transmission et d'établissement des textes, débat déjà ancien dont quelque part l'édition en Garnier-Flammarion de Steinmetz était déjà une manifestation auprès du grand public en 1989. Cavallaro est beaucoup plus clair et structuré que Bardel sur ce sujet. On relève un fait frappant : même s'il est assez âgé, Bardel n'arrête pas de se tromper sur les dates. Il y a plusieurs exemples, soit autour des vingt ans de Rimbaud, soit autour de la publication des poèmes de 1886 à 1895. Bardel perd de vue l'année 1886 pour la revue La Vogue ou date de 1891 la publication des cinq derniers poèmes des Illuminations, ne parvenant même pas à décrire ce livre précis. Il a passé un quart de siècle à lire tout sur ce sujet et surtout à écrire et réécrire des commentaires sur ces questions, défendant une position polémique sur l'ordre des Illuminations. Je pense que ses hésitations sur les dates n'ont pas fait bonne impression.
Bardel se réfugie également derrière des arguments secondaires. Fénéon n'a pas pu créer l'ordre de la première publication en livraisons dans la revue pour ce qui est des Illuminations. C'est Muirat qui l'a prouvé, dit-il. Bardel ne précise même pas au public qu'il y a un autre ordre dans la plaquette, ce qui fait que pour l'auditoire la conversation était plus dur à suivre. Bardel parle non aux gens en présence, mais entre rimbaldiens, ou clan à clan. Mais Bardel évite tout comme Cavallaro de dire le moindre mot sur la pagination ! On évite de dire que Murat a renoncé à croire en la pagination comme autographe. Bardel et Cavallaro essaient de faire croire au public qu'on peut prouver l'ordre du recueil par les autres éléments du manuscrit.
Ben, non ! La pagination autographe jusqu'au bout, ce n'est même pas suffisant, car on peut avoir affaire à un portefeuille de poèmes, mais c'est le minimum.
C'est la pagination qui fait que plusieurs rimbaldiens ont cru à un ordre établi par Rimbaud. Les gens dans la salle ont dû trouver l'échange lunaire. Il y a un argument qui reste, c'est celui de la copie continue de feuillet à feuillet, mais cet argument peut être remis en cause par la réalité matérielle pour Rimbaud qui n'avait pas assez de papier à disposition. Quant aux découpages, on peut leur faire dire tout et son contraire. Rimbaud a recopié "Dimanche" à la suite de "Génie", mais il a ensuite découpé le feuillet en séparant les deux poèmes, et si on en croit Bardel dans le recueil définitif "Jeunesse I Dimanche" est quand même à la suite de "Génie".
Face à Bardel, Cavallaro est sceptique, mais il botte volontiers en touche. Souvent, il va dire qu'il va laisser répondre Bardel à une question qui lui est chère. Cavallaro ménage aussi la chèvre et le chou. Sans dire qu'il met en doute la pagination manuscrite, ce qui est pourtant une conséquence de ses propos, Cavallaro déclare qu'on ne sait pas si "Après le Déluge" est le premier poème du recueil puisque le feuillet manuscrit n'est pas du même format, sous-entendu du même format que la série homogène qui commence par "Enfance", car que ce soit Cavallaro ou Bardel il y a énormément de présupposés à connaître pour comprendre leurs réponses. Les gens dans la salle, ils devaient être perdus. Mais Cavallaro va saluer le fait qu'il y a des copies continues de plusieurs poèmes à la suite sur un feuillet ou sur plusieurs feuillets. Mais, et alors ? Quelle est la base pour penser ses copies continues ? On n'a pas ce copie continue qui va jusqu'au bout, donc parler d'une organisation partielle de recueil ça ne s'impose pas comme ça. Cavallaro est convaincu qu'il a existé une page de titre et de sous-titre puisque Verlaine en parle. Moi, pas ! Je constate que dans sa lettre de 1878 Verlaine parle du titre et du sous-titre "coloured plates", puis plus tard il passe au sous-titre "painted plates". Le plus vraisemblable, c'est qu'on lui a dit à l'oral que le sous-titre était "coloured plates", d'ailleurs si Verlaine parle de la signification anglaise du titre c'est qu'il a reçu des confidences, pas qu'il a pu inférer cela d'un manuscrit...
Bref, la rencontre n'a à aucun moment d'assises logiques.
Bardel joue alors au chantage affectif : "tu l'as dit toi-même que Après le Déluge ouvre en beauté le recueil alors on ne va pas chercher midi à quatorze heures" ou bien : "les gens maintenant éditent le recueil dans l'ordre originel et ça finit par "Solde" qui est comme l'Adieu d'Une saison en enfer ou comme Le Bateau ivre un récit icarien..." (c'est ses affirmations, pas les miennes), puis il minaude : "personne ne me croit, je suis le seul à penser ça sur l'ordre des Illuminations, etc." Heu ? C'est au moins un aveu de faiblesse, mais il y a au contraire beaucoup de rimbaldiens qui suivent la thèse de Murphy, et celui-ci au moins y croyait initialement avec Bardel. Bardel joue au critique rimbaldien maudit qui se désespère face à l'incompréhension du monde. Enfin, Bardel me pique une idée sans me citer, je lui avais écrit cela dans un échange personnel auquel il avait répondu, échange de courriels donc : il y a une lecture enchaînée à faire de "A une Raison" et "Matinée d'ivresse" à cause du glissement de "nouvelle harmonie" à "ancienne inharmonie", sachant qu'on passe du début du nouveau dans un poème à sa fin dans l'autre. Les deux poèmes décriraient deux étapes successives d'une même expérience. Bardel n'a pas trop piqué publiquement mon idée dans ses livres ou sur son site internet, mais ici à l'oral il se lâche. Il parle de "A une Raison", "Matinée d'ivresse" et "Phrases" comme de trois poèmes sur le "nouvel amour", ce qui est inexact dans le cas de "Phrases" soit dit en passant.
Puis il passe en revue en faisant des approximations délirantes sur le contenu des poèmes fixant des ensembles thématiques qu'il est le seul à percevoir ainsi. Bardel soutient que les poèmes de la fin du recueil sont plus politiques que les premiers !? Il soutient que "Being Beauteous" parle du corps masculin, tout comme "Antique" et "O la face cendrée..." !? Et sa lecture de "Parade", c'est une évocation de l'arrivée de Rimbaud à Paris en septembre 1871 avec un peu de permissivité pour l'homosexualité, mais aussi avec de l'acrimonie qui s'est accumulée avec le recul. Vous n'avez rien compris à ce que je viens d'écrire, pas grave moi je n'ai pas compris où était la lecture de "Parade" là-dedans.
A cause des non-dits et du peu de mention de grands noms rimbaldiens des dernières décennies, la rencontre produit un discours assez superficiel, souvent peu convaincant. Bienvenu n'est même pas citer pour le fait qu'on sait que les transcriptions des manuscrits des Illuminations datent du début de 1875. le public apprend juste que c'est un point que par de subtiles expertises graphologiques on a pu déterminer.
Et justement, le public, il n'en profite pas de la rencontre. Elle n'est pas généreuse à son égard. Le public est pris en tiers dans un débat qui ne le concerne pas. Il n'a pas les clefs pour y entrer. Les développements sont souvent ternes, manquent de la pépite de passion qui fait vibrer le public. Il y a certes le moment bardélien autour de "Enfance III" avec un début d'enquête. Face à la lecture d'un poème en prose, Cavallaro est alors invité à lire un poème en vers, il choisit "Bonne pensée du matin", mais il ne le commente pas, il ne fait pas remarquer que le début du poème réécrit le début d'une chanson célèbre du chansonnier Desaugiers très connu malgré l'ombre que lui fait Béranger. Cavallaro ne le peut pas, car ce serait cité mon blog. On peut comprendre qu'on se contente de lire un poème sans le commenter, mais tout l'entretien est une dérobade à l'explication des poésies de Rimbaud, alors même que toute la rencontre consiste à nous dire qu'il faut s'émerveiller de l'établissement parfait du texte par Bardel et Cavallaro car ça va permettre de tout mieux comprendre, qu'il faut s'émerveiller des annotations riches de l'édition de Cavallaro, alors qu'on nous vend deux spécialistes.
Arrivent les questions du public ! Je ne m'y attendais pas, quelqu'un demande quoi savoir sur la signification du sonnet "Voyelles". Cavallaro ne répond pas. Il avoue être pris de court et s'en sort par une pirouette, c'était le premier poème publié dans la plaquette des Poètes maudits, il formule à peine que le sonnet en allant de l'alpha à l'oméga décrit ou crée un monde. Cette réponse est catastrophique après qu'on nous ait vendu deux spécialistes, des champions de l'annotation, un quart de siècle de rimbaldisme acharné du côté de Bardel. N'avoir rien à dire sur "Voyelles" pour un rimbaldien, c'est quand même problématique, d'autant qu'un autre intervenant souligne qu'il prend conscience que depuis les années 80 les universitaires ont fait des progrès fulgurants sur Rimbaud et qu'on comprend beaucoup mieux les textes.
Cavallaro n'a pas renvoyé à ce que j'écris, mais il n'a pas non plus renvoyé la personne de la salle aux références bibliographiques de sa notice au poème, il n'a pas rappelé des éléments de sa notice. Il ne parle même pas de Helmholtz qu'il a daigné mentionner dans sa notice et qu'il met en avant avec l'article de Gysembergh pour éviter que je n'occupe l'espace de découvreur sur le sujet.
Or, moi, ici, je peux vous en parler spontanément de "Voyelles", c'est une évidence, mais je vais aussi vous montrer qu'on peut en parler avec un peu de méthode.
Le sonnet "Voyelles" ne semble ressembler à aucun poème antérieur, quelque peu aux "Correspondances" de Baudelaire. Mais il reste singulier. le poème est-il ironique ? Ne l'est-il pas ? Je remarque que Cavallaro ne cite ni les articles récents de Cornulier, ni l'article caduc d'Yves Reboul. Mais il ne cite même pas la source hugolienne dans "La Trompette du Jugement". Cela donne une signification claire au "Suprême Clairon". Cavallaro dit que le sonnet crée un monde, mais c'est ne voir que les images, et donc que le côté des couleurs des voyelles, mais les voyelles c'est un instrument pour parler. Le sonnet ne crée pas un monde à voir, il donne à voir un monde qui a un message, qui parle. Et surtout si ce monde parle, c'est qu'il est en vie, ce que tout le monde doit entendre dans "vibrements divins des mers virides"' par exemple. On a le jugement dernier qui évoque la mort ainsi que les mouches dans les puanteurs et les golfes d'ombre, ainsi que le sang craché. En clair, le sonnet "Voyelles" expose le cri de vie du monde que le poète semble organiser à sa guise.
Et là, ton public, tu le récupères. Mais ça, les rimbaldiens, ils ne savent pas faire, et ils se sont condamnés en daubant dès le départ mes études sur ce sonnet, et plus j'en rajoute, plus ils s'acharnent à dauber.
Puis, là, en 2026, je dis que "A noir", c'est la couleur donc un monde créé mais aussi une parole et donc une vie qui s'exprime, et ils découvrent soudainement que c'est ce qui irrigue ma lecture de "Voyelles" depuis le début.
Et je pense que le public il aurait aimé entendre cette espèce de mise en perspective que je viens de faire sur l'un des poèmes emblématiques de Rimbaud. Ils ressortent de là en se disant que Cavallaro n'a rien à dire sur "Voyelles" et que le sens sera un jour démontré par une démonstration scientifique aride, ce qui est à dégoûter de lire de la poésie.
Certes, on comprend mieux Rimbaud de nos jours, du moins quelques personnes, certes on peut enseigner aux gens des discours plus fiables que ceux qui étaient enlevés, littéraires, agréables avant le troisième millénaire mais d'une subjectivité qui passait très loin à côté des visées de sens des productions rimbaldiennes. On fait moins d'erreurs, mais on est aussi bien plus secs, bien moins vivants.

vendredi 25 septembre 2026

"Aux livres de chevet...", aux sources de ce dizain !

Le dizain sans titre "Aux livres de chevet..." est visiblement l'une des contributions zutiques rimbaldiennes les plus négligées par la critique rimbaldienne. Dans le Dictionnaire Rimbaud des éditions Classiques Garnier, Alain Chevrier lui consacre une notice assez brève, mais c'est ce qu'il fait pour à peu près tous les poèmes zutiques dont il rédige la notice et en bibliographie il fournit trois références. Il cite d'abord l'article de Denis Saint-Amand "François Coppée ou les inimitiés électives" qui est en ligne depuis 2009. Mais je viens de survoler cet article, je constate que plusieurs parodies sont citées dont deux de Rimbaud, mais pas le dizain en question. Il s'agit d'un article général sur Coppée cible zutique. Chevrier cite ensuite le volume de Bernard Teyssèdre que je n'ai pas sous la main, puis un article plus ancien de Lawrence Watson, paru dans la revue Parade sauvage, qui identifiait plus précisément ce qu'était ce traité du docteur Venetti.
Dans son commentaire, Chevrier assimile sans autre forme de procès le locuteur du dizain rimbaldien à l'auteur parodié qu'est Coppée, ce qui semble logique, mais qui pose un petit problème. Il s'agit ici d'un Coppée imaginé et déformé par Rimbaud, le dizain ne se nourrit pas d'un substrat biographique authentique.
Senancour, Madame de Genlis, Gresset et Boileau appelleraient des précisions. L'histoire de Ver-Vert jure tout de même quelque peu dans cet ensemble, il s'agit d'un récit en vers plus licencieux, mais qui entre de ce que Coppée semble pouvoir modérément paraître accepté, vu que dans ses poésies et donc dans ce qu'il publie Coppée se crée une image d'homme perverti, mais repentant, d'un homme qui aime les plaisirs malicieux mais vit dans le regret de la perte de la quête d'un amour pur. Une fois qu'on a fauté, il n'est plus d'amour pur possible, l'âme est souillée. Les poésies de Coppée racontent très souvent l'histoire de personnages qui ne connaissent pas l'amour et qui vivent seul toute leur vie, et malgré les débauches qu'il revendique Coppée témoigne vivre socialement en éternel garçon célibataire. Mais donc ce que je décris est un mélange de données biographiques et de considérations clefs qu'on peut tirer de la lecture des publications de François Coppée, et celui-ci peut parler de lui-même, mais aussi de personnages sur lesquels il s'attendrit, des "humbles" pour lâcher le grand mot du recueil en cours de parution quand Rimbaud invente et transcrit ses parodies zutiques.
Or, le dizain "Aux livres de chevet..." qu'on cite par son premier hémistiche étant donné son absence de titre débute par une citation de l'expression "livres de chevet" qui figure à la rime du poème intitulé "Un fils" qui a eu une pré-originale dans Le Monde illustré ou dans Le Moniteur universel avant octobre 1871 (j'ai moi-même découvert et précisé ces pré-originales, mais à l'instant j'ai oublié la référence exacte), ce qui fait qu'on ne peut en aucun cas douter que Rimbaud n'y fasse directement allusion.
Je rappelle que le poème "Un fils" contient le vers : "Le calembourg stupide et dont il faut qu'on rie ;" que Murphy mentionnait comme source au vers du "Balai" : "L'usage en est navrant et ne vaut pas qu'on rie". J'ai découvert la pré-originale qui permettait d'affirmer que Rimbaud avait lu ce poème, puisque le recueil des Humbles est postérieur aux contributions zutiques de Rimbaud, de peu il est vrai. Certes, Verlaine et Rimbaud ont eu accès à des manuscrits visiblement, mais ceci est un autre sujet. Le poème "Un fils" raconte l'histoire d'un enfant naturel. Sa mère apprenait le chant à un jeune bourgeois qui a entretenu une relation avec elle. Ce jeune bourgeois est mort rapidement ensuite sans que l'enfant ne soit reconnu comme sien à l'état civil. A partir de là, la mère vit une situation dramatique faite d'endettements, et l'enfant qui ignore tout cela vit simplement en remportant les premiers prix à l'école, mais à un certain âge la mère lui apprend sa situation réelle, il est un enfant sans père, sa mère a des dettes, il va falloir tout sacrifier et travailler. C'est la fin de toute ascension sociale, de toute réussite. Le garçon va alors perdre pied. Il travaille modestement ayant renoncé aux études, il joue du violon pour gagner de l'argent mais sans profiter de l'ambiance des soirées musicales, puis Coppée mêle à cela une timidité irrépressible qui fait que le garçon va refuser de connaître l'amour de femmes s'intéressant à lui. La force du poème tient dans la manifestation récurrente du point de vue du portier qui voit arriver des gens modestes, et même des petites gens, puis qui constate que le foyer est honnête et l'enfant studieux et prometteur. Mais quand la mère révèle au garçon sa situation et qu'il va falloir renoncer à tout, le portier recommence à porter des jugements dépréciateurs. Il rêvait un instant de marier ce garçon à sa fille, et puis ça tourne en mépris complet.
Ce fils va alors vieillir, mais il ne s'agit pas d'une vieillesse désirée comme pour le locuteur du dizain "Aux livres de chevet...", puisque la vie lui échappe et l'horloge tourne contre lui.
Quand sa mère lui apprend qu'il va devoir renoncer aux livres du savoir le poète crée un contrepoint :
 
[...]
A ce naïf, à cet heureux, à ce vainqueur,
Elle livra le mot de la science amère.
Que l'équivoque soit voulue entre "livre" et "livra", la "science amère" va s'opposer à la culture des livres adulés par les corps enseignants.
Le soir de cette révélation qui voue le garçon à travailler dans un bureau, celui-ci fait un éternel adieu à ses lectures :
 
Le soir, quand il fut seul, l'enfant de dix-sept ans,
En rangeant, à côté des autres sur leurs planches,
Ses livres gaufrés d'or et tout dorés sur tranches,
A ses rêves d'hier pour toujours dit adieu.
 Quelle est la suite du récit ? Le portier apprenant la décision du garçon d'un emploi modeste renonce à son projet de le marier à sa fille. Il se défausse en considérant que c'était le souhait de sa femme et non le sien. Ce projet n'est pas connu de notre garçon, mais le poème nous le raconte, et nous apprend à faire une équation entre misère sociale et misère sexuelle, parce que Coppée veut nous faire croire qu'un employé de bureau ne peut pas se marier, on ne sait même rien de précis sur les dettes de la mère. Une fois qu'il ne peut plus avoir d'ambition, le garçon ne peut plus se marier. Rimbaud n'est évidemment pas convaincu par cette équation. Le garçon était tout simplement trop fier pour épouser une femme de condition modeste. Mais le récit de Coppée va s'attarder comme souvent sur la frustration sexuelle. Le seul amour connu par ce garçon fut celui pour sa mère, il voit qu'il n'en aura pas d'autre. Une fille s'intéresse à lui avec pitié, mais il ne supporte pas sa familiarité avec d'autres hommes et quand elle meurt il s'imagine l'avoir pourtant presque aimée. Et à la fin, les années passant, Ce garçon qui prend de l'âge regarde avec regret pour ne pas dire plus les filles modestes en robes blanches qui jouent avec les garçons.
Et sa vie tournant à l'ennui, il n'a même plus l'énergie de lire après minuit quand il rentre de son concert où il est violoniste un de ses livres de chevet :
 
[...]
Vers minuit seulement, enfin il se levait,
Rentrait, ouvrait parfois ses livres de chevet,
Mais de lire n'ayant même plus l'énergie,
Il se couchait, afin d'épargner la bougie.
 Il est assez évident que le dizain de Rimbaud s'inspire de tout ce que je viens de décrire dans le poème "Un fils", même si certaines données sont différentes. J'ajoute que même l'expression "revenu du public abêti" a son équivalent dans ce morceau de Coppée, puisque nous avons la description aussi de l'ennui du garçon face à ses collègues quand il joue du violon au café-concert, cela précède même immédiatement le passage sur les livres de chevet.
Mais, il y a un autre élément clef dans "Aux livres de chevet", l'appel de la vieillesse : "la vieillesse étant enfin venue". Ceci fait contrepoint aux souffrances du héros du poème "Un fils", mais Rimbaud rebondit sur une confidence du poète dans une autre pièce du recueil à venir des Humbles que là encore Rimbaud connaissait par une pré-originale. Dans le poème "Petits bourgeois", le premier vers prend le contrepied du portier dans "Un fils" : "Je n'ai jamais compris l'ambition [...]" et le vers 4 formule explicitement le voeu de la vieillesse : "et si je deviens vieux". Il faut citer le sort que se souhaite le poète :
 
[...]
Et le modeste sort dont je suis envieux,
Si je travaille bien et si je deviens vieux
Sans que mon coeur de gloire ou de luxe s'affame,
C'est celui d'un vieil homme avec sa vieille femme,
[...]
 Coppée ne dit pas nettement qu'il rêve d'être vieux pour connaître le bonheur de vivre avec une vieille, mais l'équivoque ne s'en impose pas moins à l'esprit vu la façon dont ces vers sont tournés. Et notez que ce poème parle aussi d'une vision d'omnibus... puisque vous l'aurez compris "Le Balai" ou "Etat de siège ?" font tourner à vide le ruminement des misères sexuelles du vieux poète célibataire que Coppée met volens nolens en scène dans ses poésies.
En fait d'art serein, il est également question de célébrer les gens calmes qui "ont choisi / Les douces voluptés que l'habitude engendre." Il est précisément question d'ajouter à l'art serain la consultation régulière des gravures obscènes du traité du docteur Venetti (je passe sur les déformations que relève l'article de Watson).

La signification communarde de la colonne de deux Vieux Coppée et d'un monostiche a la Ricard !

 La suite sonnet quatrain du Sonnet du Trou dubcul et Lys est reprise par Pelletan et Valade, puis par Rimbaud et Verlaine dansvl'enchainement de Voyelles et L'Etoile a pleuré rose.... La suite de Vu à Rome et de Fete galante est clairement une allusion au Sonnet avec un poème en trois quatrains et un autre en trois tercets. Et puis, il y a une troisième colonne de Rimbaud : deux dizainscenchaines sur le modèle numéroté de Verlaine dans sa lettre à Valade du 14 juillet 1872, ce que n'ont pas vu les rimbaldiens, ni Cavallaro,vni Chevrier, ni Bardel, etc., et à lacsuite de cette série de deux dizains il y a le monostiche d'un alexandrin à la Ricard, moins un poème qu'une citation isoléee comme extraite d'une œuvre ainsi qu'on en trouve un exemple dans Le Mondebillustre avec un vers de Corneille à la fin d'un article précédant la deuxième série de Promenades et intérieurs duv8bju8llet 2871.
Il fait qu'il y ait une raison.
Notons qu'il y a d'autres quatrains, monostiches d'alexandrins cette fois cornélien dans l'Album et qu'il y a aussi des séries de sonnets de verts courts, série de trois sonnets monosyllabiques de Valade, double série de Conneries de Rimbaud dont les rimbaldiens (Chevrier, Cavallaro, ....) n'ont toujours pas compris que c'était une réécriture des titres cratères et colères plus fantaisies e5 colifichets des recueils d'Amedee Pommier avec en prime l'allusion au pudique "ces choses" de Verlaine répondant à Barbey d'Aurillac en 2865.

Pour le monostiche de Ricard, les rimbaldiens parmi lesquels Bruno Claisse le traitent systématiquement comme une charge contre Ricard malgré ses sympathies communardes, malgré le fait que le monostiche pourrait ironiser sur les convictions exprimées par Rimbaud dans Chant de guerre Parisien, pièce inspirée d'un poème en quatrains de Coppée pour trouver un écho auxcdeux dizains qui précèdent. Dans Paris se repeuple, contre la défaite, Rimbaud parle d'un souffle de Progrès qui se maintiendra selon une forme dectranscendance optimiste hugolienne.
Le monostiche a d'évidence une lecture obscène, mais son ironie prétendue contre Ricard se tournerait aussi contre Rimbaud, et le m9nostiche ne pointe pas clairement la médiocrité réelle des Poésies de Ricard, ses slogans creux.
Médiocre et imposteur parmi les rimbaldiens, Bernard Teyssedre analysait aussi le monostiche pour lui-même en s'approprient ma découverte d'une source précise dans le premier recueil de qricard, mais il avait au moins formule une idée qu'il m'avait encore unecfoiscpiquee : le monostiche avait peut-être une signification pour l'ensemble des deux pages zutiques en vis-a-vis sinon pour cette seule page.
Le plus probable, c'est une signification pour la colonne des deux dizains et du monostiche, dans une moindre mesure pour la page à cause de Vu à Rome.
Or, on peut lire le monostiche comme un.p8ncement au cœur debl'echec de la Commune.
Justement, les deux dizains parodiant un poète qui au moment même de lactranscription dans l'Album zutique préparé la première vers la mu-octobre de la pièce revancharde Fais ce que dois quivfustigecen passant la Commune et dont le texte en vers est publié au même moment dans le journal Le Moniteur universel qui a eu la primeur de la 2e série de Promenades et Intérieurs en juin.
Je rappelle que le premier duzain de cette 2e série, daube par les rimbaldiens  contient outre à la rime le syntaxe "choses que j'ai vues", la mention des ennemisvprussiens desquels prendre une revanche et un discours conclusif du droit de parler ses riens entre... amis !
Je reviens aux deux dizains. Ils s'inspirent d'un modèle verlainien qui parle explicitement de positionnement politique même si ce n'est pas exactement peut-être celui de Coppee proche de la princesse Mathilde : " étant orleaniste", il est du mons compatible et en liaison avec Thiers  et le dizain de Verlaine déplacé l'échange entre amis du côté des brocarts entre camarades, mot plus fort que celui de collègues sous la plume de Verlaine.
Rimbaud tient compte de ces subtilités..
Dans "J'occupais un wagon....", sur le modèle de Angelus, Rimbaud ironise sur un vieux prêtre qui s'est occupé d'un rejeton royal  levm9t rejeton figurant dans Angelus qui plusxest.
Je traiterai une autre fois de son identification.
Dans Je préfère sans doute...., il est question deblacpregerencecde Coppee pour les guinguettes en phase avec ses authentiques poèmes, mais la connexion est faite avec la Commune : prairie étroite et communale. On enchainecensuite avec une superposition d'une scène de beuverie et d'une allusion aux convulsionnaires du XVIiIe siècle avec l'attention de leur représentant religieux dont le nom est significativement homonyme de français et de la capitale : François de Paris.
Mais Rimbaud raille le religieux avec sobriquet latin et la comparaison " Maigre comme une prose à des vitraux d'eglise".
Or, vient la qu'il y a une astuce, cette comparaison stylisee qui s'étend sur tout un alexandrin démarque un vers d'un dizain de Coppee qui s'applique à la foule après une fête :

Morne comme une armée après une défaite(.)

Sans doute involontairement, cela fait écho à la foule communarde des survivants de la semaine sanglante et l'imitation de ce vers précis par Rimbaud prouve que c'est ainsi qu'il n'a pu s'empêcher de le ressentir.
Et cela fait naturellement lien avec le m9nostiche attribué à Ricard, ancien compagnon de route des parnassiens Verlaine et aussi Coppee. Je rappelle qu'en 1869 Verlaine écrivait à Coppee lui-meme le début d'un Album des Vilains Bonshommes dont le volume zutique est la reprise en clamant que seules les créations obscènes seraient admises. Les obscénité ne sont pas unnprobleme pour Coppée,  mais Rimbaud y ajoute ici le reproche politique.

- Allo, oui, je suis en train d'écrire un article... Rappelez-moi ultérieurement...... non, je ne suis pas dopé à l'EPO pour faire autant de découvertes jour après jour.... Comment ? Murphy pleure et demande qu'on m'invite à publier un article sur les parodies de Coppée dans l'Album zutique ?.... Écoutez ! Laissez-moi finir m9n article sur mon blog, je travaille plus de 40 heures par semaine, je n'ai pas le temps libre d'un universitaire. Merci !(....)

jeudi 24 septembre 2026

Citons les faits, les dizains sources puis les parodies de Rimbaud ! Le Balai (***complément avant minuit)

Dans le second Parnasse contemporain, livraison de 1869 je suppose, puis publication en volume vers juillet 1871, Coppée publie ce poème-là avec le numéro IV :
 
J'adore la banlieue avec ses champs en friche
Et ses vieux murs lépreux, où quelque ancienne affiche
Me parle de quartiers dès longtemps démolis.
O vanité ! Le nom du marchand que j'y lis
Doit orner un tombeau dans le Père-Lachaise.
Je m'attarde. Il n'est rien ici qui ne me plaise,
Même les pissenlits frissonnant dans un coin ;
Et puis, pour regagner les maisons déjà loin,
Dont le couchant vermeil fait flamboyer les vitres,
Je prends un chemin noir semé d'écailles d'huîtres.
 Ce poème parle d'une promenade en banlieue avec mention du mot "champs", cela revient souvent dans les dizains de Coppée, mais aussi dans les dizains parodiques et bien au-delà de l'Album zutique. Ce thème a été travaillé par Rimbauid dans son dizain : "Je préfère sans doute..." qui précisément s'inspire d'un dizain XII du Parnasse contemporain dont l'attaque est : "Champêtres et lointains quartiers, je vous préfère / Sans doute..." où je souligne du coup le premier mot "Champêtres".
On peut se demander si le plaisir devant les pissenlits n'a pas inspiré d'ailleurs les chiens qui triturent les fleurs des plates-bandes. L'attaque de ce dizain est "J'adore", forme verbale qui revient dans d'autres poèmes de Coppée, et à la rime du vers 6 nous avons une forme conjuguée "plaise" qui rime avec "Père-Lachaise" et ce n'est pas la seule fois que le verbe "plaire" est à la rime dans des vers de Coppée.
Vous relevez aussi au vers 2 "murs lépreux" quand "Le Balai" a une occurrence du nom "mur" à son propre vers 2, à la rime qui plus est.
 Visiblement, Rimbaud a trouvé comique le couple des vers 6 et 7. Le poète s'attarde et avoue son plaisir pour les pissenlits dans les coins, ce qui laisse penser qu'il en mange !
C'est d'évidence les vers qui ont précipité la création du dizain "Le Balai" !
 
Le dizain "Le Balai" contient le calembour coprophage "chiendents" sur le modèle de la lecture scatologique du nom "pissentits". Le nom "mur(s)" est au vers 2 des deux poèmes, mais le vers 2 de Coppée inspiure clairement aussi le tour du vers 4 du "Balai" avec occurrence du mot "prairie" qui se subtitue aussi à "champs" du vers 1 du dizain de Coppée :
 
Racine prise à quelque ancienne prairie[.]
Rimbaud en a profité pour déplacer le déterminant "quelque" devant la césure, ce qui nous éloigne nettement en prosodie du vers de Coppée où le déterminant n'est même pas en tête d'hémistiche : "où quelque ancienne affiche". Rimbaud pratique aussi la diérèse à "ancienne" quand Coppée privilégie la synérèse.
On peut penser à un autre calembour latent. "Le Père-Lachaise" cède la place au siège des chiottes pour lesquelles le balai trouve son usage.
Rimbaud joue d'ailleurs sur l'idée de mort comme Coppée avec "l'esprit des soeurs mortes" et même le crin inerte ou le manche blanchi. Le vers : "J'aime de cet objet la saveur désolée" est la reprise du verbe initial du dizain de Coppée "J'adore" associé au plaisir de trouver des pissenlits dans les coins.
Voilà à l'avenir à peu près les annotations que vous trouverez au dizain "Le Balai" dans les prochaines éditions sérieuses des poésies de Rimbaud.
 
***
 
Toujours à propos du "Balai", je citais plus haut le début du dizain : "Champêtres et lointains quartiers, je vous préfère / Sans doute..." Je prévoyais de citer la suite immédiate qui semble elle aussi avoir participé à l'invention du "Balai" : "[...] par les nuits d'été, quand l'atmosphère / / S'emplit de l'odeur forte et tiède des jardins ; [...]". Le verbe "s'emplit" rappelle la parodie "Lys" de Silvestre, mais surtout "l'odeur forte et tiède des jardins" est évidemment à relier aux pissenlits appréciés dans les coins et cela a contribué aussi à la création de "J'aime de cet objet la saveur désolée", saveur partageant qui plus est le suffixe du nom "odeur". Mais je n'avais pas pensé que ce dizain si on en poursuivait la lecture contenait les termes "bals" et "balançoires" qui font songer à une possibilité chorégraphique du "balai".
Le poème XII de la série du Parnasse contemporain a donc eu une double influence forte sur la création de deux dizains de Rimbaud : "Je préfère sans doute..." et "Le Balai".
 
Permettez enfin un rapprochement moins évident. Rimbaud connaît très bien le poème "Une sainte" du Reliquaire dont il s'est inspiré jusqu'à la reprise d'un hémistiche dans ses "Etrennes des orphelins". Le poème entre étonnamment en résonance avec certaines idées du dizain "Le Balai" : "parents morts" contre "soeurs mortes", logis glacé et cordeau semblant avoir aligné les plis du rideau avec un lit étriqué contre "La cordelette semble une tresse gelée" et emploi commun de "navrant" : "qu'un sourire plus navrant".
 
Quant à l'influence du poème "Un fils", elle tient bien sûr exclusivement à la reprise du second hémistiche du vers : "Le calembourg stupide et dont il faut qu'on rie," qui passe dans "L'usage en est navrant et ne vaut pas qu'on rie." Mais, si on creuse, on se rend compte que le petit et sa mère ont un "humble logement" et que vivant pour payer les dettes de sa mère le garçon qui sait joue du violon "racle des couplets". Ce garçon n'aura pas d'avenir et demeurera un être du monde d'en-bas.

Insuffisance des recherches rimbaldiennes sur Coppée

A propos des parodies zutiques par Rimbaud de Coppée, il faut commencer par se reporter aux deux livres de Steve Murphy de 1990 et 1991 : Le Premier Rimbaud ou l'apprentissage de la subversion et La Ménagerie impériale, puisqu'ils contiennent des analyses de plusieurs pages de poèmes zutiques et notamment de dizains et du poème "Les Remembrances du vieillard idiot". Mais j'ai déjà fait remarquer que le chapitre sur "Les Remembrances du vieillard idiot" n'identifiait pas les sources de la parodie dans le corpus coppéen, ni même n'analysait les significations du poème zutique. Il s'agissait d'un article prônant plutôt une méthode de lecture enfonçant des portes ouvertes. Le poème étant parodique et faussement attribué à Coppée, les lectures du poème qui croyaient identifier des questionnements de Rimbaud lui-même sur sa sexualité étaient nulles et non avenues. On apprend également que ce n'est pas Murphy lui-même qui a découvert dans "Etat de siège ?" que l'hémistiche "l'honnête intérieur" retournait l'hémistiche "l'intérieur honnête" d'un dizain de Coppée, puisque Murphy attribuait cette découverte à Ascione. Or, Murphy ne fait rien de ce rapprochement et il ne constate pas à quel point le dizain de Coppée est abondamment démarqué dans "Etatt de siège". Je n'ai pas le volume Rimbaud ou la ménagerie impériale sous la main mais en-dehors de la rime "redingote"/"gargote" les rimbaldiens ne soulignent jamais par la suite les liens étroits entre "Ressouvenir" et "Croquis de banlieue".
Un deuxième ouvrage à consulter à l'époque n'est autre que l'édition du centenaire d'Alain Borer, très annotée par un nombre conséquent de divers intervenants. Je ne l'ai pas non plus sous la main.
Je prends maintenant la première édition de 2003 du livre L'Art de Rimbaud de Michel Murat. Dans la partie sur la "Rime", il y a une section de quelques pages sur l'Album zutique (pages 138-141). C'est un peu court d'autant qu'il faut encore retrancher une page sur les sonnets des Stupra, mais certaines phrases sont intéressantes à relever pour donner une idée de la perception des parodies de Coppée par Rimbaud. Murat dit exactement la même chose que Murphy, Coppée n'aurait jamais fait rime "rive gauche" avec "sacoche". Coppée fait tout de même rimer "numéro" avec une terminaison "-au" dans un de ses dizains. Coppée jouerait sur une exception particulière, une prononciation fermée du "o" de "numéro" comme dans les mots graphiés "-au". 
 
Je vois le sous-préfet présidant le bureau,
Le paysan qui tire un mauvais numéro,
[...]
 
 Pour "verte ouate" dans "Le Balai", Murat soutient que Rimbaud pratique la diérèse : "vert' ouhate". Je ne suis évidemment pas d'accord, puisqu'on peut très bien lire "verte wate" et Murat donne en note un contre-exemple en ce sens que Marc Dominicy a relevé chez Rodenbach : "de ouate", sachant que l'élision étant exclue ici, pour le décompte des syllabes il faut lire "wate". Il me semble qu'il y a une preuve aussi de la lecture "wate" dans un vers de Verlaine ou d'un autre poète que connaissait très bien Rimbaud.
Mais revenons à notre sujet !
Pour "Etat de siège", on sait que Murphy a fourni une lecture qui ne tient pas compte du dizain mis en avant par Ascione et qui s'en tient à une lecture en soi et pour soi du dizain de Rimbaud. Murat s'inscrit dans cette continuité, puisqu'il se contente de dire que le "pauvre postillon" démarque le "dur charretier" ou le "joyeux invalide". Autrement dit, Murat se détourne du dizain pointé par Ascione pour considérer que le "pauvre postillon" suit le modèle générique de portraits de personnes humbles dans les poésies de Coppée. Pour "Le Balai" Murat parle de la pauvreté des rimes avec le défaut de consonne flottante : "blanc"/"gant", mais ne relève pas que le mot "gant" est repris à la rime d'un poème des Intimités de Coppée. Fait amusant, Murat admire les rimes solides du dizain "L'Enfant qui ramassa les balles..." à une époque où il ignore la révélation alors toute récente d'un fac-similé avec la signature "PV".
Notons une remarque intéressante : Murat fait un sondage sur les "dix premiers dizains de Promenades et intérieurs" parce que dit-il entre parenthèses ce son "ceux dont Rimbaud s'est le plus inspiré". En réalité, il faudrait préciser. Murat cite donc dix des onze premiers dizains de la série publiée dans le second Parnasse contemporain, et sans s'en rendre compte exclu la seconde série publiée dans Le Moniteur universel puis dans Le Monde illustré en juin et juillet 1871.  Il écarte aussi le dizain que Coppée a supprimé du recueil et qui est souvent évoqué comme source possible pour "Vénus Anadyomène". Mais l'affirmation de Murat est parfaitement gratuite. Outre que sur ces dix dizains, il y a des sources que jamais personne avant moi n'a mentionnées, Murat écarte le douzième dizain, le treizième dans la série du Parnasse contemporain qui contient le passage à cheval sur deux vers : "Je vous préfère / Sans doute". Pour illustrer la reprise de quelques rimes de Coppée, Murat se contente de mentionner la rime à l'envers avec passage au singulier "guinguette"/"baguette"  de justement "Je préfère sans doute..." Il cite plus évasivement la rime "redingotes"/"gargotes" sans remarquer qu'elle pose un problème, puisque Rimbaud s'inspire alors on ne sait comment d'un dizain "Croquis de banlieue" encore inédit et absent du recueil Promenades et intérieurs. Il cite aussi la rime "marronniers"/"casaniers", mais celle n'a pas été pratiquée par Coppée, lequel n'emploie d'ailleurs aucun des deux mots apparemment dans sa poésie en vers alors publiée.
Un doute me vient ! Murat écrit que "Rimbaud se contente de pasticher Coppée (avec des rimes comme redingotes::gargotes ou marronniers::casaniers)". Murat ne dirait pas que Rimbaud reprend ses rimes, mais qu'elles sont à la manière de ce que pourrait faire Coppée. Pour "redingote"/"gargote", il ne croyait pas si bien dire alors ! Et du coup, Murphy n'a peut-être pas identifié non plus cette rime dans "Croquis de banlieue". Décidément, il va falloir que je remette la main sur plusieurs livres pour tout vérifier.
A propos des "Remembrances du vieillard idiot", Murat dit que le poème prend modèle sur le recueil des Humbles. Rappelons que ce recueil n'a pas encore été publié quand Rimbaud compose ce morceau zutique, mais que des pré-originales paraissent alors dans des revues comme Le Monde illustré.
Pour moi, il faut penser aussi aux Poëmes modernes qui contient "Angelus" notamment, puis à la nouvelle "Ce qu'on prend pour une vocation" parue à ce moment-là dans Le Monde illustré. J'ajoute un fait remarquable : sur l'ensemble des dizains parodiques de Rimbaud, les deux premiers enchaînés commencent tous deux par le pronom personnel sujet à la première personne : "J'occupais..." et "Je préfère sans doute..." et ils seront les seuls dans ce cas. "Les Remembrances du vieillard idiot" ne commence pas par "Je" mais il s'agit d'une confession personnel où le "je" domine.
Murat compare "Les Remembrances du vieillard idiot" aux "Poètes de sept ans", "épopées intimes" écrit-il. J'aurais plutôt penser aux "Premières communions" qui d'ailleurs datent de juillet 1871, moment clef des publications des dizains de Coppée et des premières parodies de Verlaine. Murat compare également "Etat de siège" avec "Accroupissements".
Dans le volume collectif La Poésie jubilatoire, j'avais fourni une anthologie de textes utiles à la compréhension des parodies zutiques. Les rimbaldiens n'en ont rien fait, puisqu'ils ont systématiquement daubé les rapprochements avec la nouvelle "Ce qu'on prend pour une vocation" pour ce qui est des "Remembrances du vieillard idiot". Je remarque qu'il daube aussi la référence signalée par Roubaud aux "Contemplations de Victor Hugo". Tout se passe comme s'ils n'avaient jamais lu le livre La Vieillesse d'Alexandre. On peut hésiter à comparer "Contemplations" et "Remembrances" dans l'absolu, mais la forme ramassée "vieillard idiot" n'est pas anodine, ça se voit que c'est fait exprès pour sonner comme un écho à "Victor Hugo".
Ils ont aussi daubé "choses que j'ai vues" systématiquement.
Prenons le Dictionnaire Rimbaud. Les notices sur Coppée et les parodies de Coppée ont été rédigées par Seht Whidden, Yann Frémy, Denis Saint-Amand et Alain Chevrier. Ce dernier ne s'est pas gêné pour ne pas me mentionner au sujet des "Conneries" et des sonnets en vers courts "Jeune goinfre" et "Cocher ivre", mais il me cite pour le lien avec Coppée ("timlides sous les yeux ardents des connaisseurs") du passage : "sous l'oeil ardent des devantures", précisons qu'il faut aussi renvoyer à un dizain de Verlaine à ce sujet.
Les notices sont assez dérisoires et ne parlent quasi jamais des mécanismes parodiques : réécritures, reprise de mots ou de rimes, traitement similaire des césures, etc, parallèle de traitement entre un dizain de Rimbaud et un poème de Coppée. Pour le dizain "Les soirs d'été...", Chevrier ne relève même pas ma révélation que la signature "Francis Coppée" n'est pas inventée par Rimbaud, puisqu'elle est employée par la cible même et figure au bas de "Ce qu'on prend pour une vocation". Chevrier assimile "Francis Coppée" sous la plume de Rimbaud à une coquille qu'il corrige sans la commenter.
 Les notices de Chevrier sont particulièrement sèches. Pour "Etat de siège", voici une idée du contenu : le prosaïsme de Coppée est imité par l'hémistiche "où les gendarmes sont", tandis que "l'honnête intérieur" réécrit "l'intérieur honnête" d'un dizain de Coppée. Rien de plus. La "verte ouate" est renvoyée à d'autres descriptions du ciel chez Rimbaud, mais pas à celles de Coppée dans ses vers. Le titre est dit renvoyer au siège pour s'asseoir du postillon et à Paris deux fois assiégé récemment, sauf que l'expression "état de siège" est une locution figée qui fait que le renvoi aux deux sièges de Paris ne va pas forcément de soi, tandis que les liens que j'établis avec des poèmes des Intimités permettent de rire de l'idée de l'heure indélicate où les oiseaux s'indignent des amoureux qui baisouillent à la tombée de la nuit dans les bois.
Chevrier se contente de reprendre les données telles quelles qui sont non pas à la conclusion mais au départ de l'article de Murphy en 1990.
Chevrier a fait les notices sur "Le Balai", "Etat de siège", "Aux livres de chevet...", "Les soirs d'été...", mais à part sur ce dernier dizain il n'écrit qu'un paragraphe sommaire. Il ne développe rien sur "chiendent" à propos du "Balai", et du coup ne fait évidemment aucun lien avec la mention "pissenlits" dans un dizain significatif de Coppée qui dit tout aimer jusqu'aux pissenlits dans les coins !!!
Il fait celle aussi sur "J'occupais un wagon..." sans faire le lien avec les dizains que Verlaine a envoyés le 14 juillet à Valade, et il mentionne avec des réserves les identifications proposées par Ascione avec le duc d'Aumale et monseigneur Dupanloup, sujet sur lequel il me faudra revenir.
La notice sur "Je préfère sans doute..." est aussi de lui et il parle de deux dizains l'un en-dessous de l'autre, et pas d'un enchaînement.
A raison, Chevrier développe l'identification par Steinmetz d'une allusion à François de Pâris et aux convulsionnaires de l'époque, mais sans faire de lien avec la Commune, et sans rien dire de plus sur le dizain et surtout sur les réécritures de Coppée.
Les notices sur "Les Remembrances du vieillard idiot" et "Ressouvenir" sont faites par Seth Whidden qui trouve le moyen d'être encore plus lacunaire que Chevrier. Sa notice sur "Les Remembrances du vieillard idiot" tient un mince paragraphe ouvert comiquement par la mention "Long poème..." On dirait que Whidden a fait ses notices à contre-coeur en guise de remplissage. Il n'a pas dû passer une heure de temps à rédiger les deux notices.
Celle sur "Ressouvenir" est un cas d'école. Les premières lignes sont l'introduction mécanique sans effort : "Dizain de l'Album zutique présentant une satire du signataire apocryphe  du poème, François Coppée, dont la servilité supposée est particulièrement ciblée ici." La mention "servilité" mériterait d'être précisée, mais bref tout le monde peut dire que nous avons affaire à un dizain de l'Album zutique qui parodie Coppée. Comme il y a un dessin, on le mentionne en quelques lignes. Puis on cite des extraits du dizain "Ressouvenir" lui-même et heureusement il y a un trait d'esprit dans les dernières lignes pour sauver la notice : "c'est le poète impérial Coppée qui est caricaturé bien plus que l'Empereur." L'honneur est sauf.
La notice sur "Coppée" lui-même est faite par Saint-Amand, mais n'a pas grand intérêt.
Donc, pour apprendre des choses sur les parodies coppéennes, vous avez ma flopée d'articles récents.
Mais, dans une de ses notices sur les dizains, Chevrier fait remarquer que c'est typique de Coppée de faire des césures sur un mot grammatical d'une syllabe. J'en profite donc pour apporter ce complément.
Pour les deux premiers dizains enchaînés de Rimbaud, j'ai commenté les rejets de groupes prépositionnels, j'ai identifié les modèles chez Coppée et chez Verlaine. Je tiens à attirer l'attention sur le fait que Rimbaud s'étant inspiré de Verlaine : "Le sous-chef est absent du bureau : j'en profite" pour "J'occupais un wagon de troisième : un vieux prêtre", il y a une reconduction frappante du même procédé pour le premier vers du "Balai" : "C'est un humble balai de chiendent : trop dur".
Ensuite, dans les dizains zutiques de Rimbaud, il y a peu de poèmes où des mots grammaticaux sont à la césure. Par exemple, dans "Je préfère sans doute", Rimbaud place bien le "où" après la césure dans "Sur la table d'ardoise" où l'an dix-sept cent vingt" sachant que "Sur la table d'ardoise" démarque un hémistiche de Coppée "sur les tables de bois". En revanche, le "où" est à la césure dans ce vers de "Ressouvenir" : "D'un Paris limpide où des N d'or et de neige", poème "Ressouvenir" qui contient l'enjambement sur adverbe à la Banville : "tricolorement".
Le dizain "Le Balai" et le poème "Les Remembrances du vieillard idiot" sont les deux seules autres parodies à contenir des mots grammaticaux d'une syllabe à la césure. Rimbaud n'y recourt pas dans les autres dizains de l'Album zutique.

mercredi 23 septembre 2026

Sur les deux premiers dizains zutiques de Rimbaud ! Partie 2 : des sources plus difficiles à repérer...

 Le premier vers du second dizain de Verlaine dans sa lettre du 14 juillet 1871 à Valade contient les mots "sous-chef" et "bureau". Il s'inspire du vers suivant du dizain VII de la série fournie dans le second Parnasse contemporain : "Je vis le sous-préfet présidant le bureau[.]" Rimbaud semble avoir identifié cette source pour Verlaine puisqu'il a eu l'idée de faire commencer son premier dizain par une imitation du vers de Verlaine : "Le sous-chef est absent du bureau : j'en profite" et "J'occupais un wagon de troisième : un vieux prêtre", avant de commencer son second dizain par la rime "guinguette"/"baguette" qui est la reprise à l'envers de la rime au pluriel "baguettes"/"guinguettes" qui précède immédiatement le vers de Coppée que je dis une source pour Verlaine.
 
Vous en rirez. Mais j'ai toujours trouvé touchants
Ces couples de pioupious qui s'en vont par les champs,
Côte à côté, épluchant l'écorce de baguettes
Qu'ils prirent aux bosquets des prochaines guinguettes.
Je vois le sous-préfet présidant le bureau,
Le paysan qui tire un mauvais numéro,
Le ruban au chapeau, le sac sur les épaules,
Et les adieux naïfs, le soir, auprès des saules,
A celle qui promet de ne pas oublier
En s'essuyant les yeux avec son tablier.
 Je remarque dans ce dizain un autre fait étonnant. La rime "bureau"/"numéro" est approximative et ce caractère approximatif est prolongé par l'écho de la rime suivante "épaules"/"saules" qui renforce la fausse note du "mauvais numéro". Et cela est aggravé par l'écho à l'hémistiche qui suit immédiatement "numéro" : "chapeau". Je rappelle que dans son chapitre consacré à "Etat de siège" Murphy disait que jamais Coppée ne ferait rimer "gauche" avec "sacoche". "Numéro" se prononce-t-il comme "numéraux" ?
La source de Rimbaud pour sa rime "guinguette"/"baguette" est connue, et dans la foulée on a depuis longtemps remarqué que l'attaque de son dizain, le premier hémistiche : "Je préfère sans doute", est la quasi reprise d'un passage à cheval sur les vers 1 et 2 d'un autre dizain de Coppée :
 
Champêtres et lointains quartiers, je vous préfère
Sans doute par les nuits d'été, quand l'atmosphère
S'emplit de l'odeur forte et tiède des jardins ;
Mais j'aime aussi vos bals en plein vol où, soudains,
S'échappent les éclats de rire à pleine bouche,
Les polkas, le hoquet des cruchons qu'on débouche,
Les gros verres trinquant sur les tables de bois,
Et, parmi les chaos des rires et des voix
Et du vent fugitif dans les ramures noires,
Le grincement rhythmé des lourdes balançoires.
 Rimbaud a supprimé le "vous". Sa rime sur monosyllabes "mois"/"fois" s'éloigne sans doute de la rime "bois"/"voix" du modèle, mais juste apès sa rime "mois"/"fois" Rimbaud fait une assonance en "in" sur quatre vers, ce qui semble imiter l'assonance en "oi" sur quatre vers du présent dizain coppéen : "jacinthe"/"hyacinthe", "cent vingt"/"latin". Il est assez facile de comparer "Champêtres et lointains quartiers" avec "prairie étroite et communale", comme de rapprocher "par les nuits d'été" et "au mois / De mai". Le dizain de Rimbaud impose clairement une référence à la Commune avec "communale" et "mai", sans oublier l'arrière-plan de la "prairie amoureuse" rêvée dans "Les Poètes de sept ans" et qui s'oppose à la prairie "froide" des "Corbeaux".
Il est sensible également que le vers final du dizain de Rimbaud : "La toux des flacons noirs qui jamais ne les grise" garde quelque chose du "hoquet des cruchons", du "vent fugitif dans les ramures noires" et du "grincement" des "balançoires". Le rapprochement est naturel entre "sur les tables de bois" et "Sur la table d'ardoise". Visiblement, Rimbaud a réellement tenu à suivre au plus près son modèle : 
 
Je préfère  sans doute, au printemps, la guinguette
Où des marronniers nains bourgeonne la baguette,
Vers la prairie étroite et communale, au mois
De mai. Des jeunes chiens rabroués bien des fois
Viennent près des Buveurs triturer les jacinthes
De plate-bande. Et c'est, jusqu'aux soirs d'hyacinthes,
Sur la table d'ardoise où, l'an dix-sept cent vingt,
Un diacre grava son sobriquet latin
Maigre comme une prose à des vitraux d'église,
La toux des flacons noirs qui jamais ne les grise.
 Rimbaud n'a pas placé la forme conjuguée "préfère" à la rime, mais notez que Coppée fait rimer systématiquement "préfère" avec "atmosphère", comme on le voit plus haut et comme l'attestent encore trois autres exemples :
 
[...]
Qu'aux salubres parfums des forêts il préfère
La chambre obscure et son étouffante atmosphère,
[...]
 
Sa chambre bleue est bien celle que je préfère.
Mon bouquet du matin s'y fane, et l'atmosphère
Languissante [...]
 
Et à ces deux exemples des Intimités, s'en ajoute un autre dans "La Grève des forgerons". L'adjectif "salubre" sera retenu par Rimbaud dans sa "Rivière de Cassis".
Je pourrais ici citer plusieurs vers et dizains de Coppée pour montrer comment Rimbaud passe d'une invention à une autre au fil de lectures où Rimbaud rumine visiblement certains passages précis qui retiennent plus volontiers son attention. Je le ferai la prochaine fois, car je voulais maintenant indiquer une source qui ne s'identifie pas vraiment à cause de la reprise des mêmes mots. Ou du moins, il ne s'agit pas de reprises de mots caractérisés. Je l'ai déjà dit, le vers : "Maigre comme une prose à des vitraux d'église," s'inspire du vers du dizain IX de la série du second Parnasse contemporain : "Morne comme une armée après une défaite," et ce dizain IX contient aussi une mention de l'adjectif "étroit" : "Ce fourmillement noir dans ces étroites rues". Le rapprochement pour cet adjectif ne paraît pas bien probant en soi, mais il y a le coup de massue d'un troisième élément, le gallicisme "c'est" calé devant la césure, ce que Rimbaud reprend très clairement dans le dizain que nous interrogeons", mais aussi dans le dizain "Aux livres de chevet" :
 
Le ciel est rouge ; et c'est sinistre, n'est-ce pas ?
 
De plate-bande. Et c'est, jusqu'aux soirs d'hyacinthes,
 
Sexuelles : et c'est, n'est-ce pas ? cordial :
 
 La source unique est confirmée par la reprise du "n'est-ce pas ?" dans "Aux livres de chevet..." Notez que le vers de Coppée peut justement prendre une signification de réprobation involontaire de la Commune : "Le ciel est rouge ; et c'est sinistre". Le dizain : "Je préfère sans doute..." se sert de cette référence justement. Quant à l'adjectif "cordial", Rimbaud le réemploie à la rime dans "Ressouvenir" où le "souvenir" heureux est celui de la naissance du Prince Impérial. L'adjectif est employé à deux reprises mais pas à la rime par Coppée dans ses Humbles.
Le dizain IX décrit la foule et entre en écho avec les dissonances finales du dizain : "Je préfère sans doute..."
Le verbe "grise" à la rime a des présences marquées chez Coppée, dans "Angélus" et dans un poème des Intimités, mais il est temps pour moi d'aller dormir. Je laisse poursuivre les investigations à d'autres horribles travailleurs de la nuit.

lundi 21 septembre 2026

Remarques métriques préalables à une fouille méthodique du corpus coppéen !

Mes derniers articles autour des sources coppéennes aux poésies de Rimbaud ne font que laisser provisoirement de côté l'article "Arthur Rimbaud et François Coppée : invitation à la promenade". Je le reprendrai avec en en-tête un renvoi à la première partie. Mais ces articles sont sur le même sujet, l'influence de Coppée sur Rimbaud, et ils sont tout aussi importants. Il s'agit d'une nouvelle fournée d'explications décisives sur les contributions zutiques. Ce que je suis en train de dire, c'est que depuis les études de Pakenham, Murphy, avec un soupçon d'interventions de Jean-Pierre Chambon et de Marc Ascione, il n'y a plus aucune progression des études des parodies coppéennes, pas même pas les quatre rimbaldiens cités, ni par Teyssèdre. La seule exception, c'est moi, mais ce que j'ai dit dans le volume collectif La Poésie jubilatoire ou sur ce blog n'a été que dédaigné. Et puis, là, en 2026, je montre que le champ est bêtement laissé en friche et qu'il suffit de le reprendre pour faire des pêches miraculeuses, et ces pêches confirment ce que j'avais dit et qui a été dédaigné. J'ai été dédaigné pour la nouvelle "Ce qu'on prend pour une vocation", pour l'influence capitale des deux dizains enchaînés de Verlaine que celui-ci a envoyé dans sa lettre du 14 juillet 1870 à Valade, pour le dizain initial inédit de la nouvelle série avec à la rime la mention "choses que j'ai vues".
Il va de soi que jusqu'à un certain point les rimbaldiens, tout le monde même, a une maîtrise sensible du sens littéral des parodies zutiques de Coppée par Rimbaud. Ce qui résiste, c'est l'identification spontanée du "rejeton royal", les raisons subtiles de la rime "jacinthes"/"hyacinthes" et de l'allusion aux convulsionnaires autour de François de Pâris, et l'identification de "l'esprit de nos soeurs mortes". Les points de débat sur le sens concernent les points que je viens de soulever. Après, il peut y avoir un débat sur le degré de mise en place de la double lecture obscène quand la lecture littérale a déjà un premier sens mais qu'on sent que la grivoiserie se déverse par-dessus. Mais, on voit que la recherche sur les sources permet certainement de conforter des aspects de la compréhension littérale, de les préciser, cela permet de donner de la perspective à la raillerie du poème, on ne reste pas dans le sarcasme du poème pour lui-même. On voit nettement comment Rimbaud cible sa proie littéraire, on fait remonter parfois ce qui l'a fait réagir. On comprend mieux les zones d'ironie, on voit les articulations plus fines du sarcasme. Cerise sur le gâteau, on voit que Rimbaud a exactement le comportement fouineur du rimbaldien chercheur de sources, puisque Rimbaud, profitant ou non de confidences de Verlaine, part de l'identification des sources de Verlaine dans ses dizains et se sert de cette identification pour donner ses propres suites parodiques. On apprend en passant que Verlaine connaissait le poème "La Nourrice" avant sa publication dans Le Monde illustré, et je rappelle que les séries Promenades et intérieurs ne portaient pas de titres dans le Parnasse contemporain ou dans Moniteur universel et Monde illustré. Coppée n'a publié avec des titres que les dizains ultérieurs du recueil Le Cahier rouge. Donc, si vous suivez bien, vous avec trois indices que Verlaine et Rimbaud n'ont pas seulement lu les pré-originales de Coppée des Humbles et de Fais ce que dois, puisque Verlaine s'inspire de "La Nourrice" avant la mi-juillet 1871, Rimbaud reprend la rime "redingote"/"gargote" de manière patente et à la même place que dans le dizain "Croquis de banlieue", mais en plus plusieurs dizains de Rimbaud portent un titre "Le Balai", "Ressouvenir" ou "Etat de siège", ce qui voudrait dire que Rimbaud connaissait le dizain "Croquis de banlieue" et d'autres comme porteurs d'un titre et seulement dès la transcription du "Balai" ou de "Etat de siège". J'ajoute que je pense que Rimbaud s'est aussi inspiré de passages du poème alors encore inédit intitulé "Olivier" et je soupçonne un fait du même ordre pour certaines poésies de Léon Dierx sources de "Vu à Rome". On soulève vraiment le couvercle de la marmite pour voir comment se passent les interactions entre poètes au sein du Cercle et même un peu au-delà.
On voit aussi que j'ai une certaine façon d'établir l'évidence des sources. Je ne fais pas qu'identifier un élément saillant, je travaille sur la convergence de plusieurs faits, certains patents, d'autres beaucoup moins. Il y a les rimes, les occurrences d'un même vocabulaire, le recours au dizain de rimes plates, le registre réaliste en poésie, le parallèle de sujets, les inversions thématiques, le traitement décalé des descriptions poétiques du ciel, etc.
Il y a aussi des parallèles de moule syntaxique : "Maigre comme une prose à des vitraux d'église", décalque un vers précis.
Evidemment, il n'y a pas un procédé métrique qui serait la propriété exclusive de Coppée et que Verlaine et Rimbaud n'auraient qu'à imiter. J'ai d'ailleurs souligné que Rimbaud évitait les reprises telles quelles. Coppée préfère en général, ce qui le rapproche de Verlaine, placer la préposition "parmi" devant la césure, Rimbaud la place à deux reprises après la césure dans "Etat de siège", ce qui n'empêche pas que ce soit dans le ciblage parodique des vers de Coppée. Verlaine repère l'expression "bien vite" (citation approximative de mémoire) à la rime chez Coppée et il la déplace en rejet après la césure.
On peut s'amuser à chercher les mots des poèmes parodiques de Rimbaud chez Coppée. Il suffit de coller les uns à la suite des autres les poèmes de Coppée sur un seul fichier en vérifiant tout de même qu'il n'y ait pas d'erreurs. Je rappelle que Bardel qui fustige l'édition de Guyaux commet plein de coquilles dans les transcriptions de son site : "ombre au bas ventre" au lieu de "ombre au bas du ventre" dans "Les Remembrances du vieillard idiot", six versets au lieu de cinq pour "A une Raison", etc. Il faut se méfier de ce qu'on reprend. Sur Wikisource, le poème "Innocence" de Coppée n'est complet que dans le premier Parnasse contemporain, il manque deux quatrains dans la transcription du Reliquaire. Il faut quand même donc faire attention, mais on crée un fichier puis on recherche par mot, et on peut filtrer avec des combinaisons de lettre :"perm" au lieu de "permis", "permettre", ça fait moins de recherches à effectuer, par exemple. Mais on voit que ça ne suffit pas. Si vous faites que chercher ainsi, votre enquête va être aride et vous allez passer à côté de détails intéressants. Le rapprochement entre "pissenlits" et "chiendents", il ne peut se faire que par ce que vous avez un esprit vif. Et si vous identifiez de mêmes mots entre un poème de Rimbaud et un de Coppée, il faut évidemment prendre le temps d'inspecter le poème de Coppée pour éprouver s'il n'y a pas d'autres bonnes raisons de faire un rapprochement. Il y a des mots que Coppée et Rimbaud ont utilisé tous les deux, et je ne vois pas de raison d'en parler. Si j'en parle, c'est parce qu'il y a de la matière qui accompagne l'occurrence d'un même mot.
Rimbaud a pu s'inspirer d'une prose de Coppée "Ce qu'on prend pour une vocation" et "Aube" est un poème en prose qui pointe vers un dizain de Coppée, mais comme pour l'essentiel on confronte deux corpus en vers, il y a un autre point à traiter.
Les universitaires n'ont pas l'air d'avoir compris qu'ils auraient pu faire bosser des étudiants sur des sujets d'histoire d'évolution dans la pratique du vers. Les césures et entrevers de Coppée pour une partie sont des faits propres à l'évolution poétique en cours au dix-neuvième siècle. Il y a des césures de Coppée qui ne sont pas familières à un Racine, à un Boileau, et il y a même des césures qui ne sont pas familières aux poètes romantiques, pas même à Hugo, puisqu'Hugo ou Desbordes-Valmore ou Musset ont créé les césures déviantes des parnassiens, mais en ne les employant qu'avec une extrême rareté.
Moi, je lis Coppée, je suis frappé par le nombre de vers où le mot "qui" est à la césure, et je relève aussi le pronom relatif "où", la forme "quant", etc. Je relève que Coppée entre souvent en résonance avec des rimes et des pratiques à la césure de Verlaine, et notamment au plan des trimètres. Je remarque que Coppée après Hugo et Mendès à placer la forme "jusqu'à" devant la césure. On ne s'en rend pas compte quand on n'y fait pas attention, mais ça dessine d'un côté un modèle coppéen précocement abordé par Rimbaud qui en avait conscience, et d'un autre côté il y a un profil métrique coppéen légèrement personnel qu'on peut dégager en identifiant les choix métriques qu'il affectionne et aussi les configurations pour le sens qu'il privilégie pour créer des effets métriques.
Puis, on peut aussi repérer quand les retours des procédés sont abondants ou quand ils rebondissent l'un après l'autre fluidifiant le vers ou sont espacés et font contraste avec un retour à une scansion plus classique.
Dans les dizains parodiques de Rimbaud, il y a aussi des observations à faire. Cela ne veut pas dire que ce que fait Rimbaud est l'identification exacte d'une manière de Coppée, mais on dégage d'un coup des constantes des parodies de Rimbaud dont il convient dès lors d'interroger la signification, les visées.
Prenons "J'occupais un wagon de troisième..." Le rejet "de troisième" du premier vers" revient en force dans les derniers vers : "De caporal", "d'un tunnel" et même s'il n'y a pas rejet on y ajoute automatiquement la symétrie avec rime d'un vers à l'autre : "De caporal", "D'un rejeton royal". Ce procédé revient avec des rejets moins nombreux mais plus cassants dans le second dizain : "De mai", "De plate-bande". Il y a un autre fait stylistique majeur qu'adopte Rimbaud dans les deux dizains enchaînés qu'il fournit en début d'Album. Rimbaud pratique la coordination d'épithètes qui enjambe les structures métriques. Dans "Je préfère sans doute...", il le fait en recourant à l'adjectif "triste", cet adjectif et les mots de la même famille étant particulièrement abondants dans sa poésie, avec aussi un plan de coordinations d'épithètes à l'occasion. Rimbaud coordonne "énergique" qui n'est pas tellement coppéen avec "triste" : "me fit la demande énergique / Et triste en même temps". Il n'y a pas de rejet, mais il y a l'enjambement. Dans "Je préfère sans doute...", Rimbaud fait la même chose avec un autre adjectif affectionné par Coppée "étroit", "chambre étroite", etc., et Rimbaud crée "prairie étroite et communale", sachant qu'il va reprendre l'adjectif "étroit" dans un autre dizain : "Kiosque mi-pierre étroit où je m'égare", en jouant sur le rejet à la césure. Et à chaque fois que je lis "étroit" dans les vers de Coppée, je pense aux vers de Rimbaud qui persiflent ce tic d'écriture. Rimbaud s'inspire aussi d'une certaine manière sèche d'isoler le dernier vers chez Coppée avec une tendance à créer un vers dont on ne sait plus s'il est une conclusion ou une ouverture, Rimbaud gardant tout de même plus nettement l'idée conclusive que Coppée.
Ils étudient quoi dans les universités sur Rimbaud ? sur la versification ? Moi, j'en ai des idées pour bien analyser et commenter les poèmes. Sur l'Album zutique, je montre que sans problème je fais des découvertes avec un petit peu de méthode dans l'observation, je vous explique la méthode à l'avenir pour continuer de faire des remarques profitables et avoir toujours une érudition plus subtile.
Ni Murphy ni Cornulier ne font ce que je fais ci-dessus, ni tous ceux qui se réclament d'eux. Puisque là je parle à la fois d'organiser une approche où on fait parler les faits métriques, et une approche où on étudie à fond les sources pour faire parler les visées parodiques des poésies rimbaldiennes.
Vous imaginez ce que serait l'université si des gens comme moi y officiaient ?
Vous imaginez que ce que je vous explique ça peut faire renaître des vocations de poètes ambitieux, alors que là vous en êtes à étudier Hélène Dorion au bac de français ? à donner des prix Goncourt à Pennac, van Cauwelaert, l'auteur des Bienveillantes ou Houellebecq ou que sais-je encore ?