Mes derniers articles autour des sources coppéennes aux poésies de Rimbaud ne font que laisser provisoirement de côté l'article "Arthur Rimbaud et François Coppée : invitation à la promenade". Je le reprendrai avec en en-tête un renvoi à la première partie. Mais ces articles sont sur le même sujet, l'influence de Coppée sur Rimbaud, et ils sont tout aussi importants. Il s'agit d'une nouvelle fournée d'explications décisives sur les contributions zutiques. Ce que je suis en train de dire, c'est que depuis les études de Pakenham, Murphy, avec un soupçon d'interventions de Jean-Pierre Chambon et de Marc Ascione, il n'y a plus aucune progression des études des parodies coppéennes, pas même pas les quatre rimbaldiens cités, ni par Teyssèdre. La seule exception, c'est moi, mais ce que j'ai dit dans le volume collectif La Poésie jubilatoire ou sur ce blog n'a été que dédaigné. Et puis, là, en 2026, je montre que le champ est bêtement laissé en friche et qu'il suffit de le reprendre pour faire des pêches miraculeuses, et ces pêches confirment ce que j'avais dit et qui a été dédaigné. J'ai été dédaigné pour la nouvelle "Ce qu'on prend pour une vocation", pour l'influence capitale des deux dizains enchaînés de Verlaine que celui-ci a envoyé dans sa lettre du 14 juillet 1870 à Valade, pour le dizain initial inédit de la nouvelle série avec à la rime la mention "choses que j'ai vues".
Il va de soi que jusqu'à un certain point les rimbaldiens, tout le monde même, a une maîtrise sensible du sens littéral des parodies zutiques de Coppée par Rimbaud. Ce qui résiste, c'est l'identification spontanée du "rejeton royal", les raisons subtiles de la rime "jacinthes"/"hyacinthes" et de l'allusion aux convulsionnaires autour de François de Pâris, et l'identification de "l'esprit de nos soeurs mortes". Les points de débat sur le sens concernent les points que je viens de soulever. Après, il peut y avoir un débat sur le degré de mise en place de la double lecture obscène quand la lecture littérale a déjà un premier sens mais qu'on sent que la grivoiserie se déverse par-dessus. Mais, on voit que la recherche sur les sources permet certainement de conforter des aspects de la compréhension littérale, de les préciser, cela permet de donner de la perspective à la raillerie du poème, on ne reste pas dans le sarcasme du poème pour lui-même. On voit nettement comment Rimbaud cible sa proie littéraire, on fait remonter parfois ce qui l'a fait réagir. On comprend mieux les zones d'ironie, on voit les articulations plus fines du sarcasme. Cerise sur le gâteau, on voit que Rimbaud a exactement le comportement fouineur du rimbaldien chercheur de sources, puisque Rimbaud, profitant ou non de confidences de Verlaine, part de l'identification des sources de Verlaine dans ses dizains et se sert de cette identification pour donner ses propres suites parodiques. On apprend en passant que Verlaine connaissait le poème "La Nourrice" avant sa publication dans Le Monde illustré, et je rappelle que les séries Promenades et intérieurs ne portaient pas de titres dans le Parnasse contemporain ou dans Moniteur universel et Monde illustré. Coppée n'a publié avec des titres que les dizains ultérieurs du recueil Le Cahier rouge. Donc, si vous suivez bien, vous avec trois indices que Verlaine et Rimbaud n'ont pas seulement lu les pré-originales de Coppée des Humbles et de Fais ce que dois, puisque Verlaine s'inspire de "La Nourrice" avant la mi-juillet 1871, Rimbaud reprend la rime "redingote"/"gargote" de manière patente et à la même place que dans le dizain "Croquis de banlieue", mais en plus plusieurs dizains de Rimbaud portent un titre "Le Balai", "Ressouvenir" ou "Etat de siège", ce qui voudrait dire que Rimbaud connaissait le dizain "Croquis de banlieue" et d'autres comme porteurs d'un titre et seulement dès la transcription du "Balai" ou de "Etat de siège". J'ajoute que je pense que Rimbaud s'est aussi inspiré de passages du poème alors encore inédit intitulé "Olivier" et je soupçonne un fait du même ordre pour certaines poésies de Léon Dierx sources de "Vu à Rome". On soulève vraiment le couvercle de la marmite pour voir comment se passent les interactions entre poètes au sein du Cercle et même un peu au-delà.
On voit aussi que j'ai une certaine façon d'établir l'évidence des sources. Je ne fais pas qu'identifier un élément saillant, je travaille sur la convergence de plusieurs faits, certains patents, d'autres beaucoup moins. Il y a les rimes, les occurrences d'un même vocabulaire, le recours au dizain de rimes plates, le registre réaliste en poésie, le parallèle de sujets, les inversions thématiques, le traitement décalé des descriptions poétiques du ciel, etc.
Il y a aussi des parallèles de moule syntaxique : "Maigre comme une prose à des vitraux d'église", décalque un vers précis.
Evidemment, il n'y a pas un procédé métrique qui serait la propriété exclusive de Coppée et que Verlaine et Rimbaud n'auraient qu'à imiter. J'ai d'ailleurs souligné que Rimbaud évitait les reprises telles quelles. Coppée préfère en général, ce qui le rapproche de Verlaine, placer la préposition "parmi" devant la césure, Rimbaud la place à deux reprises après la césure dans "Etat de siège", ce qui n'empêche pas que ce soit dans le ciblage parodique des vers de Coppée. Verlaine repère l'expression "bien vite" (citation approximative de mémoire) à la rime chez Coppée et il la déplace en rejet après la césure.
On peut s'amuser à chercher les mots des poèmes parodiques de Rimbaud chez Coppée. Il suffit de coller les uns à la suite des autres les poèmes de Coppée sur un seul fichier en vérifiant tout de même qu'il n'y ait pas d'erreurs. Je rappelle que Bardel qui fustige l'édition de Guyaux commet plein de coquilles dans les transcriptions de son site : "ombre au bas ventre" au lieu de "ombre au bas du ventre" dans "Les Remembrances du vieillard idiot", six versets au lieu de cinq pour "A une Raison", etc. Il faut se méfier de ce qu'on reprend. Sur Wikisource, le poème "Innocence" de Coppée n'est complet que dans le premier Parnasse contemporain, il manque deux quatrains dans la transcription du Reliquaire. Il faut quand même donc faire attention, mais on crée un fichier puis on recherche par mot, et on peut filtrer avec des combinaisons de lettre :"perm" au lieu de "permis", "permettre", ça fait moins de recherches à effectuer, par exemple. Mais on voit que ça ne suffit pas. Si vous faites que chercher ainsi, votre enquête va être aride et vous allez passer à côté de détails intéressants. Le rapprochement entre "pissenlits" et "chiendents", il ne peut se faire que par ce que vous avez un esprit vif. Et si vous identifiez de mêmes mots entre un poème de Rimbaud et un de Coppée, il faut évidemment prendre le temps d'inspecter le poème de Coppée pour éprouver s'il n'y a pas d'autres bonnes raisons de faire un rapprochement. Il y a des mots que Coppée et Rimbaud ont utilisé tous les deux, et je ne vois pas de raison d'en parler. Si j'en parle, c'est parce qu'il y a de la matière qui accompagne l'occurrence d'un même mot.
Rimbaud a pu s'inspirer d'une prose de Coppée "Ce qu'on prend pour une vocation" et "Aube" est un poème en prose qui pointe vers un dizain de Coppée, mais comme pour l'essentiel on confronte deux corpus en vers, il y a un autre point à traiter.
Les universitaires n'ont pas l'air d'avoir compris qu'ils auraient pu faire bosser des étudiants sur des sujets d'histoire d'évolution dans la pratique du vers. Les césures et entrevers de Coppée pour une partie sont des faits propres à l'évolution poétique en cours au dix-neuvième siècle. Il y a des césures de Coppée qui ne sont pas familières à un Racine, à un Boileau, et il y a même des césures qui ne sont pas familières aux poètes romantiques, pas même à Hugo, puisqu'Hugo ou Desbordes-Valmore ou Musset ont créé les césures déviantes des parnassiens, mais en ne les employant qu'avec une extrême rareté.
Moi, je lis Coppée, je suis frappé par le nombre de vers où le mot "qui" est à la césure, et je relève aussi le pronom relatif "où", la forme "quant", etc. Je relève que Coppée entre souvent en résonance avec des rimes et des pratiques à la césure de Verlaine, et notamment au plan des trimètres. Je remarque que Coppée après Hugo et Mendès à placer la forme "jusqu'à" devant la césure. On ne s'en rend pas compte quand on n'y fait pas attention, mais ça dessine d'un côté un modèle coppéen précocement abordé par Rimbaud qui en avait conscience, et d'un autre côté il y a un profil métrique coppéen légèrement personnel qu'on peut dégager en identifiant les choix métriques qu'il affectionne et aussi les configurations pour le sens qu'il privilégie pour créer des effets métriques.
Puis, on peut aussi repérer quand les retours des procédés sont abondants ou quand ils rebondissent l'un après l'autre fluidifiant le vers ou sont espacés et font contraste avec un retour à une scansion plus classique.
Dans les dizains parodiques de Rimbaud, il y a aussi des observations à faire. Cela ne veut pas dire que ce que fait Rimbaud est l'identification exacte d'une manière de Coppée, mais on dégage d'un coup des constantes des parodies de Rimbaud dont il convient dès lors d'interroger la signification, les visées.
Prenons "J'occupais un wagon de troisième..." Le rejet "de troisième" du premier vers" revient en force dans les derniers vers : "De caporal", "d'un tunnel" et même s'il n'y a pas rejet on y ajoute automatiquement la symétrie avec rime d'un vers à l'autre : "De caporal", "D'un rejeton royal". Ce procédé revient avec des rejets moins nombreux mais plus cassants dans le second dizain : "De mai", "De plate-bande". Il y a un autre fait stylistique majeur qu'adopte Rimbaud dans les deux dizains enchaînés qu'il fournit en début d'Album. Rimbaud pratique la coordination d'épithètes qui enjambe les structures métriques. Dans "Je préfère sans doute...", il le fait en recourant à l'adjectif "triste", cet adjectif et les mots de la même famille étant particulièrement abondants dans sa poésie, avec aussi un plan de coordinations d'épithètes à l'occasion. Rimbaud coordonne "énergique" qui n'est pas tellement coppéen avec "triste" : "me fit la demande énergique / Et triste en même temps". Il n'y a pas de rejet, mais il y a l'enjambement. Dans "Je préfère sans doute...", Rimbaud fait la même chose avec un autre adjectif affectionné par Coppée "étroit", "chambre étroite", etc., et Rimbaud crée "prairie étroite et communale", sachant qu'il va reprendre l'adjectif "étroit" dans un autre dizain : "Kiosque mi-pierre étroit où je m'égare", en jouant sur le rejet à la césure. Et à chaque fois que je lis "étroit" dans les vers de Coppée, je pense aux vers de Rimbaud qui persiflent ce tic d'écriture. Rimbaud s'inspire aussi d'une certaine manière sèche d'isoler le dernier vers chez Coppée avec une tendance à créer un vers dont on ne sait plus s'il est une conclusion ou une ouverture, Rimbaud gardant tout de même plus nettement l'idée conclusive que Coppée.
Ils étudient quoi dans les universités sur Rimbaud ? sur la versification ? Moi, j'en ai des idées pour bien analyser et commenter les poèmes. Sur l'Album zutique, je montre que sans problème je fais des découvertes avec un petit peu de méthode dans l'observation, je vous explique la méthode à l'avenir pour continuer de faire des remarques profitables et avoir toujours une érudition plus subtile.
Ni Murphy ni Cornulier ne font ce que je fais ci-dessus, ni tous ceux qui se réclament d'eux. Puisque là je parle à la fois d'organiser une approche où on fait parler les faits métriques, et une approche où on étudie à fond les sources pour faire parler les visées parodiques des poésies rimbaldiennes.
Vous imaginez ce que serait l'université si des gens comme moi y officiaient ?
Vous imaginez que ce que je vous explique ça peut faire renaître des vocations de poètes ambitieux, alors que là vous en êtes à étudier Hélène Dorion au bac de français ? à donner des prix Goncourt à Pennac, van Cauwelaert, l'auteur des Bienveillantes ou Houellebecq ou que sais-je encore ?