Dans le Dictionnaire Rimbaud codirigé par Alain Vaillant, Adrien Cavallaro et Yann Frémy, l'entrée pour le poème "Le Bateau ivre" a été confiée à Pierre Brunel qui a trouvé bon de ne citer dans les références bibliographiques aucun de mes articles, pas même "Trajectoire d'un Bateau ivre", préférant citer l'article (qui n'apportait rien mais me citait) de Steve Murphy. Les codirecteurs ont trouvé intelligent de laisser faire et dans son édition des Œuvres complètes de Rimbaud en Folio Classique, Cavallaro, toujours empressé à citer des réécritures, a poursuivi dans cette voie du déni et de l'ignorance.
On sait depuis longtemps que le poème "Le Bateau ivre" s'inspire du poème "Pleine mer", mais cette idée était refoulée dans la mesure où les rimbaldiens de ces quarante dernières années ont tendance à snober Hugo au profit de Baudelaire. Or, mon article de 2006 n'a pas seulement remis sur le devant l'influence de ce poème hugolien précis, mais j'ai exhibé des vers du poème "Pleine mer" directement réécrits par Rimbaud. Je soulignais aussi que "Le Bateau ivre" et "Voyelles" offraient du coup des références aux quatre derniers poèmes de La Légende des siècles dans la version de 1859 : "Paroles dans l'épreuve", "Pleine mer", "Plein ciel" et "La Trompette du jugement".
Les premiers vers de "Pleine mer" sont magnifiques, mais voici la partie maximalement exploitée par l'auteur du "Bateau ivre" qui se situe à peu près au début :
[...]L'onde passe à travers ce débris ; l'eau s'engageEt déferle en hurlant le long du bastingage,Et tourmente des bouts de corde à des cramponsDans le ruissellement formidable des ponts ;La houle éperdument furieuse saccageAux deux flancs du vaisseau les cintres d'une cageOù jadis une roue effrayante a tourné ;Personne ; le néant, froid, muet, étonné,D'affreux canons rouillés tendent leurs cous funestes ;L'entre-pont a des trous où se dressent les restesDe cinq tubes pareils à des clairons géants,Pleins jadis d'une foudre, et qui, tordus, béants,Ployés, éteints, n'ont plus, sur l'eau qui les balance,Qu'un noir vomissement de nuit et de silence ;Le flux et le reflux, comme avec un rabot,Dénude à chaque coup l'étrave et l'étambot,Et dans la lame on voit se débattre l'échineD'une mystérieuse et difforme machine.Cette masse sous l'eau rôde, fantôme obscur.Des putréfactions fermentent, à coup sûr,Dans ce vaisseau perdu sous les vagues sans nombre ;Dessus, des tourbillons d'oiseaux de mer ; dans l'ombre,Dessous, des millions de poissons carnassiers.[...]
Je viens de citer un ensemble consécutif de 23 alexandrins. Le poème "Pleine mer" compte plus de 200 vers, pas loin de 250, et le poème "Pleine mer" qui lui est rattaché, une rime relie les deux morceaux, allonge l'ensemble de 500 autres vers au moins, essentiellement des alexandrins, mais il s^y mélange plusieurs octosyllabes. Sur près de 700 alexandrins et des octosyllabes, Rimbaud s'est essentiellement inspiré de cette suite de 23 alexandrins, et on pourrait dire de seulement 21 vers, puisque je n'ai cité les deux derniers que pour arriver à une fin de phrase. On peut même mentionner que la partie essentielle des réécritures ne concerne que 18 alexandrins consécutifs si on écarte les trois premiers vers de ma citation.
Face à cela, le poème "Le Bateau ivre" est composé de cent alexandrins répartis en vingt-cinq quatrains. Je cite donc une source qui fait un cinquième du "Bateau ivre". Ce n'est pas anodin. Cette source était vaguement associée au "Bateau ivre", je suis passé à la révélation de réécritures précises dans mon article de 2006 "Trajectoire du Bateau ivre" que, par sans-gêne et susceptibilités, les rimbaldiens ont décidé d'écarter des études des de référence et une conséquence de ce refoulement c'est qu'ils ne parlent plus autant de l'influence séminale de Victor Hugo sur la composituion du "Bateau ivre" comme on peut s'en apercevoir à la lecture de leurs notices et annotations dans les dictionnaires et éditions autour de Rimbaud.
Avant de passer à d'autres révélations sur les réécritures, je vous montre les reprises de ces 23 alexandrins dans "Le Bateau ivre".
Rimbaud s'en est inspiré dans le récit où le bnateau rencontre la mer qui va du troisième au cinquième quatrain :
Dans les clapotements furieux des marées,Moi, l'autre hiver, plus sourd que les cerveaux d'enfants,Je courus ! Et les péninsules démarréesN'ont pas subi tohu-bohus plus triomphants.La tempête a béni mes éveils maritimes.Plus léger qu'un bouchon j'ai dansé sur les flotsQu'on appelle rouleurs éternels de victimes,Dix nuits, sans regretter l'œil niais des falots.Plus douce qu'aux enfants la chair des pommes sures,L'eau verte pénétra ma coque de sapinEt des taches de vins bleus et des vomissuresMe lava, dispersant gouvernail et grappin.
Le premier alexandrin de cet ensemble est un décalque des deux vers suivants de "Pleine mer" :
Dans le ruissellement formidable des ponts ;La houle éperdument furieuse saccage[...]
Rimbaud a repris le moule grammatical du premier de ces deux vers, et donc aussi les mots-outils : "Dans le(s)... des...", où on n'observe qu'une variante pour un accord qui passe du singulier au pluriel. Au plan métrique, Rimbaud a repris l'idée de finir le premier hémistiche par un adjectif en "-ment" avec même la terminaison commune du "e" féminin : "-ement(s)" pour "ruissellement" et "clapotements", et il a repris le procédé du rejet d'épithète à la césure en conservant une initiale en "f" : "formidable" contre "furieux". Le passage d'une épithète de quatre syllabes métriques à une autre de trois explique le changement d'allure de fin de vers de "ponts" à "marées". Mais l'adjectif "furieux" choisi par Rimbaud n'est rien d'autre que la reprise du second rejet d'épithète consécutif à la césure du poèmùe hugolien, le second vers hugolien reprenant aussi l'idée, mais sous forme adverbiale, d'une fin d'hémistiche en "-ment". On peut encore ajouter qu'au plan du sens "clapotements" est dans le prolongement de "ruissellement" et "houle".
Cette réécriture, les rimbaldiens la minimisent car Rimbaud témoigne faire assez confiance dans le style hugolien en l'épousant de si près, mais aussi en vue de valoriser une interprétation baudelairienne du "Bateau ivre". Or, cette réécriture n'est pas isolée et elle concerne une position clef. Les deux premiers quatrains du "Bateau ivre" ont une unité mise en relief par les répétitions, ce que j'ai montré dans mon article de 2006 : "Comme je descendais.. descendre où je voulais." Les vingt derniers quatrains sont ceux de la baignade : "Et dès lors, je me suis baigné.../ Je ne puis plus, baigné..." Dans ce dispositif, l'unité des quatraisn trois à cinq du "Bateau ivre" est évidente, et nous venons de constater que le vers démarqué de Victor Hugo est précisément le premier des douze alexandrins de cette étape clef du récit. Or, l'autre vers principalement réécrit dans cet ensemble n'est autre que le vers 20, le dernier de cette série de trois quatrains et il faut y adjoindre le mot "vomissures" qui est à la rime de l'avant-dernier vers.
En effet, les neuf dernières syllabes du vers 200 : "dispersant gouvernail et grappin" sont une réécriture du vers cité plus haut : "Dénude à chaque coup l'étrave et l'étambot". Une correspondance sémantique pourrait être établie entre "Me lava" et "Dénude", "Me lava" étant le rejet au début du vers 20 qui nous intéresse, mais au plan grammatical le lien est de toute façon évident entre "dispersant" et "Dénude" avec en prime la reprise par Rimbaud de l'initiale "d", ce qui rejoint ce qu'il a fait dans le cas du glissement de "formidable" à "furieux". Il y a un lien sémantique relatif entre "dénude" et "dispersant". Mais le plus remarquable c'est la coordination du complément : "l'étrave et l'étambot" contre "gouvernail et grappin", puisque Rimbaud a imité l'écho en tête des groupes nominaux : "l'ét..." en la réduisant à un "g" initiale des deux noms "gouvernail et grappin". Dans les deux poèmes, la coordination binaire forme le second hémistiche qui plus est.
Rimbaud a également repris la métaphore du nom "vomissements" employé par Hugo pour en faire quelque chose de tout autre dans l'emploi du nom "vomissures" à la rime du vers 19. En effet, dans "Pleine mer", le vaisseau londonien va affronter l'horreur de la nuit à laquelle appartiennent les vomissements. Dans "Le Bateau ivre", le bateau fuit le monde terrestre et ses fleuves impassibles pour aller se libérer en mer. Les vins bleus et les vomissures sont des restes de la vie fluviale et donc terrestre.
J'ai mentionné une dernière réécriture qui passe des vers cités plus haut de "Pleine mer" à nos trois quatrains, puisque je prétends que, même si c'est de manière toute simple et presque trop évidente, "l'eau" et "pénétra" sont la reprise du début de ma citation de 23 vers ; "L'onde passe... l'eau s'engage" pour citer les deux extrémités du premier des 23 vers de l'extrait que j'ai tenu à vous exhiber. J'ai raison de le faire. Les trois derniers vers du cinquième quatrain de Rimbaud sont une description condensée qui correspond au développement des vingt-trois vers que j'ai cités. L'eau s'engouffre dans le bateau et son nettoyage et son déshabillage renvoient à son engloutissement par les flots.
Il y a encore deux éléments dont je n'ai pas parlé : "fermentent" et "vagues sans nombre", mais cela concerne d'autres parties du "Bateau ivre". Or, je passe ici au deuxième plan des révélations majeures en fait de réécritures. Les réécritures que j'ai présentées ne concernent encore que le début et la fin de la série de trois quatrains. Or, la cerise sur le gâteau qui prouve définitivement que j'ai raison, c'est que le premier vers du quatrième quatrain : "La tempête a béni mes éveils maritimes", est précisément lui aussi la réécriture d'un autre vers de "Pleine mer", et d'un vers qui suit de peu la série de 23 que j'ai mentionnée sans y rien retrancher.
Treize vers après notre citation, vous avez la mention à la rime en lettres majuscules du nom du bateau qui est "LEVIATHAN", ce nom est cité dans les premiers hémistiches de deux vers qui suivent, et donc le nom "Léviathan" est cité treize, quinze et dix-sept vers après la fin de l'extrait de 23 vers que j'ai sélectionné. Le poème hugolien passe alors à une nouvelle partie puisqu'il y a un astérisque de séparation où vous pouvez constater la présence du passé composé "a vu" : "Le dernier siècle a vu..." La capitale anglaise était le chantier et "tous les yeux" de la capitale assistaient à la création de l'immense Léviathan. Emportant dix mille hommes, fourmis en son sein, ce qui contraste avec l'image des haleurs qui tiraient le bateau ivre, le Léviathan a quitté la Tamise pour la mer, et Hugo raconte cela en un vers qui est la source évidente du vers 13 du "Bateau ivre", mais aussi de la mention "Je courus" en rejet un peu plus haut :
Ce Titan se rua, joyeux, dans la tempête ;[...]
La réécriture en trois quatrains de l'introduction du poème "Pleine mer" est désormais d'une évidence absolue :
Dans les clapotements furieux des marées,Moi, l'autre hiver, plus sourd que les cerveaux d'enfants,Je courus ! Et les péninsules démarréesN'ont pas subi tohu-bohus plus triomphants.La tempête a béni mes éveils maritimes.Plus léger qu'un bouchon j'ai dansé sur les flotsQu'on appelle rouleurs éternels de victimes,Dix nuits, sans regretter l'œil niais des falots.Plus douce qu'aux enfants la chair des pommes sures,L'eau verte pénétra ma coquin de sapinEt des taches de vins bleus et des vomissuresMe lava, dispersant gouvernail et grappin.
J'ajoute que, puisque Rimbaud déplace les lignes du discours hugolien, il se trouve que la partie positive tournée vers l'avenir est exprimée métaphoriquement dans le poème "Plein ciel" et dans l'aspiration au bleu du ciel, ce qui rejoint ici l'aspiration aux "bleuités" et certains plans de confusion entre mer et ciel. Or, dans "Pleine mer", l'engin volant est appelée une "Délos" de l'air, autrement dit une île volante et clairement l'équivalent d'une péninsule détachée des terres. Des conjugaisons du verbe "courir" se rencontrent dans "Pleine mer" et "Plein ciel" qui unis par la rime ne forment d'ailleurs qu'un seul poème.
Or, sur ces trois quatrains du "Bateau ivre" que je viens de citer, il y a d'autres emprunts à Hugo. Jusqu'à un certain point, on peut trouver des échos de "rouleurs éternels de victimes" dans "Pleine mer", mais Rimbaud s'est inspiré d'autres poèmes hugoliens célèbres ou non.
Le vers "Plus léger qu'un bouchon j'ai dansé sur les flots" a un équivalent très net dans le poème "Conseil" des Chants du crépuscule, poème qui n'est pas des plus connus peut-être, mais qui a un important déploiement métaphorique avec un propos politique, et Rimbaud a clairement démarqué le vers suivant de ce poème :
Plus léger sur ce flot que sur l'onde un vain liège,
et ce mot "liège" absent du poème de Rimbaud se retrouve dans un vers de "Plein ciel" qui semble s'en souvenir :
Il s'impose à la nue ainsi qu'à l'onde un liège ;[...]
Et quelques vers plus loin à peine, nous avons cette attaque de vers : "Et sa course" qu'on peut évidemment comparer à "Je courus". Et la comparaison avec le Léviathan suit dans la foulée.
Pour "rouleurs éternels de victimes", Rimbaud s'est inspiré du poème "Ocveano Nox". Or, Rimbaud a repris le mot à la rime du premier vers de la seconde strophe de "Oceano Nox" à la première rime de son deuxième quatrain :
J'étais insoucieux de tous les équipages,[...]Combien de patrons morts avec leurs équipages ![...]
Il s'agit clairement d'une opposition terme à terme, la compassion face à l'indifférence !
Notez que dans "dispersant gouvernail et grappin", le choix verbal est un transfert du poème "Oceano Nox", et précisément d'un vers de sa seconde strophe, comme par hasard :
Et d'un souffle il a tout dispersé sur les flots !
Comme le Léviathan, les capitaines étaient "partis joyeux". On retrouve le mot "courses" également. Il va de soi que "rouleurs éternels de victimes" reprend les vers de "Oceano Nox" et notamment ceux de la troisième strophe :
[...] pauvres têtes perdues !Vous roulez à travers les sombres étendues,Heurtant de vos fronts morts des écueils inconnus.[...]
Et le fait de ne pas regretter les falots rassurants est pour sa part une allusion au courage dans l'avenir des hommes décrits dans le poème "Paroles dans l'épreuve".
Rappelons que le poème "Paroles dans l'épreuve" n'échappe pas à un rappel narcissique du poème : "Ce siècle avait deux ans...", ce qui suppose une assimilation subreptice du poète Hugo lui-même au portrait des hommes courageux de ce siècle :
Les hommes d'aujourd'hui qui sont nés quand naissaitCe siècle [...]
Ce poème où il est question de quatre-vingt-neuf ne martèle pas, mais véhicule plusieurs occurrences du passé composé "ont vu" : "Ont vu la rude attaque et la fière défense", "Ont vu partir..."
Le poème "Paroles dans l'épreuve" dresse le portrait d'hommes adaptés à l'affrontement des ténèbres de poèmes tels que "Oceano Nox", "Pleine mer", voire "La Tristesse d'Olympio". La Révolution leur a offert une vie où la tombe se mêle à la vie et ils ne savent pas reculer. Et ce vers est à citer en lien avec le "Je courus" en rejet du "Bateau ivre" : "Marchent, et courant droit au but qui les réclame[.]"
Le poème développe en long l'idée qui se retrouve dans l'absence de regret pour les falots et j'ai même envie de citer comme écho significatif l'hémistiche suivant brandi comme un proverbe fatal : "Les fleuves vont aux mers". Et cette audace est celle aussi du désir : "Poussés vers l'idéal", lequel est symbolisé encore une fois par le "ciel bleu". Ces hommes sont "Des chercheurs d'horizons, des gagneurs d'avenir", comme leurs pères. Hugo s'identifie à eux ce qui nous vaut encore cette attaque d'hémistiche : "Nous courons" qui encore une fois entre en résonance avec "Je courus !" que Rimlbaud martèle pour sa part à la manière justement du vieil Horca cornélien qui certes emploie le subjonctif, mais dans un membre de trois syllabes volontaires qui rime en [y] et opère le glissement mort/course du propos hugolien : "Qu'il mourût !" Je ne serais vraiment pas surpris que Rimbaud ait clairement eu à l'espirt cette référence en composant son "Bateau ivre". Enfin, le dernier vers parle d'une simple "planche" :
Et nous poussons du pied la planche dans l'abîme.
Il va de soi que "Planche folle" à un autre endroit du "Bateau ivre" est une citation du dernier vers de "Paroles dans l'epreuve", pièce qui précède significativement "Pleine mer" dans l'économie du recueil de 1859, et noterz justement l'emploi de "plancher" dans la description de l'aéroscaphe de science-fiction de "Pleine mer".
Il faut d'ailleurs souligner que d'autres réécritures de "Pleine mer" sinon "Plein ciel" affleurent dans "Le Bateau ivre. Les vingt-trois vers que j'ai cités plus haut sont une part substantielle d'une unique séquence du débuty du poème hugolien coincée entre deux blancs typographiques, et au début de cette séquence, Hugo parle de "cahcalot mort à carcasse de fer", ce qui donnera chez Rimbaud "carcasse ivre d'eau". Et l'invention "carcasse ivre d'eau" ponctue à la rime le quatrain qui commence par la réécriture du vers : "Dans ce vaisseau perdu sous les vagues sans nombre;" qui est : "Or moi, bateau perdu sous les cheveux des anses".et la séquence "vagues sans nombre" est réécrite elle-même au vers suivant du poème de Rimlbaud : "Jeté par l"ouragan dans l'éther sans oiseau", avec la confusion mer/ciel qui est bien sûr présente dans "Pleine mer / Plein ciel". Quant à "Planche folle" il suit l'attaque symétrique en trois syllabes du vers précédent : "Qui courais", seulement deux quatrains plus loin.
Le "Maelstroms" au pluriel chez Rimbaud fait échoe à sa mention au singulier dans le long poème hugolien et plus précisément dans la partie "Pleine mer" : "Le Ma[e]lstrom s'apaisait sous sa quille aplani". Et ce vers hugolien contient la mention "quille" que, comme par hasard, Rimbaud emploie un peu plus loin : "Ô que ma quille éclate !"
Je n'ai pas cité d'autres liens comme le verbe "voguer" ou les emplois de " à travers" devant la césure. Cet article sur l'influence séminale de Victor Hugo sur la composition du "Bateau ivre" va avoir une suite. Il y sera question de la fermentation et de l'opposition des discours d'Hugo et Rimbaud, ainsi que de quelques autres apports.
Avec leur dédain d'un dossier de rapprochements aussi étayés, nous constatons encore une fois un inexplicable plantage généralisé des rimbaldiens qui aiment montrer à la postérité qu'il leur manque l'esprit de finesse. Vingt ans qu'ils promènent leur suffisance avec leur évaluation basse de mon article qu'ils ont renvoyé dans les cordes, celles du Léviathan échoué. Une incompétence musclée, dont la force réside dans les puissants courants obscurantistes des fonds marins.