dimanche 30 août 2026

Rimbaud et le désir de mort (Saison en enfer, Voyelles, etc.)

Il n'est pas facile de faire du désir de la mort un thème clef et une aspiration personnelle d'une œuvre littéraire. Si quelqu'un clame qu'il en a marre de vivre et en fait son moyen d'attirer l'oreille d'un public, on ne peut que lui répliquer qu'il n'a qu'à mettre un terme volontaire à sa comédie d'existence. Baudelaire s'est essayé à l'exercice à la fin de son recueil des Fleurs du Mal, notamment avec le poème "Le Voyage" qui à partir de la seconde édition révisée de 1861 occupe la place conclusive du recueil. On connaît tous le quatrain final qu'on rapproche si volontiers de l'appel à l'inconnu et au nouveau de la grande lettre "du voyant" du 15 mai 1871. Mais n'y a-t-il pas un contresens qui fait dérisoirement consensus au sujet de la moralité des 144 alexandrins du poème final des Fleurs du Mal ? Tout au long de ce poème assez conséquent, Baudelaire fait la revue des voyages toujours relancés pour trouver du nouveau, et quand l'appel à la mort vient en terme au poème, les lecteurs perçoivent là une audace : la mort nous est réellement inconnue, c'est un voyage qui reste à tenter. Pourtant, Baudelaire n'a cessé de dire tout au long des récits de voyages précédents que la désillusion avait systématiquement accompagné l'aventure. A chaque fois, le voyage n'a pas été une expérience satisfaisante, cela doit servir d'avertissement quant à l'appel final à la mort. En réalité, le poète vole obsessionnellement au-devant d'une nouvelle déconvenue et finalement le poème exprimerait par en-dessous un réel désir d'en finir avec le désir, autrement dit un réel désir de mort, la fin de tout voyage, puisque tout voyage est décevant et n'enlève pas sa souffrance au poète.
Dans la poésie de Rimbaud, il faut sélectionner les poèmes où le désir de mort se manifeste, mais il faut aussi avoir une idée générale de sa vie. Après la fermeture de tout horizon littéraire, vers 1875, Rimbaud qui n'a pas terminé ses études secondaires, qui a une réputation sulfureuse dans sa région ardennaise natale comme dans les milieux littéraires parisiens, qui doit supporter de vivre dans la censure de toute pensée rebelle communaliste en France et même un peu au-delà, Rimbaud dis-je va courir le monde dans une fuite perpétuelle en avant qui prend acte déjà en quelque façon d'une certaine mort sociale. Dans sa vie africaine, ses échanges épistolaires se resserrent paradoxalement autour de sa famille, et plus étroitement encore autour de la figure maternelle pourtant honnie. Rimbaud y formule la conviction qu'il n'est pas d'autre vie que celle-ci et qu'il vaut mieux s'en réjouir. Cela peut heurter une certaine pensée chrétienne, mais la mère et le fils se retrouvent dans l'intime aveu d'un dégoût profond pour des existences qui n'ont jamais rien obtenu de ce qu'elles rêvaient, espéraient, croyaient pouvoir légitimement mériter. On peut penser que Rimbaud a passé sa vie à souhaiter la mort sans pour autant être suicidaire. Pour preuve, quand Verlaine dans la rue menace à nouveau de tirer avec son pistolet sur un Rimbaud déjà blessé au poignet, celui-ci avise le premier policier à même de le sauver. Rimbaud a clairement peur de la mort quand vient la gangrène, la jambe amputée, en bout de course en 1891. Il n'était certainement pas capable de se suicider, il détestait la vie parce qu'il était au contraire plein d'appétit au fond de lui. Il pouvait souhaiter que le destin le tue, que l'accident mortel se produise pour lui faciliter la tâche. Il avait en gros un rapport tourmenté entre désir de vie et désir de mort. Depuis tout à l'heure, vous avez dû reconnaître mon allusion au vers final du sonnet "Poison perdu", ce sentiment d'être hanté à certaines heures par des désirs de mort. Toutefois, du temps de sa grande floraison poétique, la volonté de mourir semble bien s'être particulièrement accentuée.
Ce qui nous permet d'en parler avec évidence, c'est le discours d'introspection du livre Une saison en enfer.
Dans la prose liminaire, Rimbaud parle d'une révolte initiale contre la Beauté, à entendre comme en phase avec les bienséances, convenances, avec la religion et la morale, contre la justice et contre "l'espérance humaine". Le désespoir est déjà une mort en soi, et le poète se décrit défiant la mort face aux bourreaux, face aux fusils, face aux fléaux. Et puis, il explique que tout récemment sur le point de mourir pour de bon, il a eu un sursaut de vie. Il ne s'agissait pas de revenir à la charité, mais il s'agissait au moins de ne plus se laisser dominer par la pente satanique infernale. Et, finalement, les pages d'Une saison en enfer sont le récit d'un reprise en main où le poète finit par refuser la mort. La révolte contre la mort est affirmée dans la section "L'Eclair" et à partir de ce moment, très rapidement, le poète met un terme à son séjour en enfer qui ne dure plus que le temps de deux sections, l'une brève, l'autre pas si longue : "Matin" et "Adieu".
Le récit d'expérience poétique intitulé "Alchimie du verbe" est inscrit dans les sections où le poète demeure un ami de la mort. Il mentionne au début de l'entreprise alchimique l'invention du premier vers du sonnet "Voyelles" et continue par une recension de poèmes authentiques de Rimbaud qui datent du printemps et de l'été 1872.
Donc avant l'écriture d'Une saison en enfer, une part importante des poèmes serait placé sous le signe d'un désir de mort.
On peut prendre le temps de relire tous les textes de Rimbaud pour identifier la présence ou non du thème, mais il faut prendre garde aussi de ne repérer cette idée que dans les poèmes où le poète nous fait part d'un sentiment profondément personnel. Je préfère ne pas mentionner "Ophélie", car son analyse me demanderait un luxe de nuances, de précisions dressées comme autant d'utiles garde-fou. Je dois tout de même dire un mot du sonnet "Morts de Quatre-vingt-douze..." qui dresse une figure idéalisée de la mort, soubassement littéraire symbolique que Rimbaud a très bien pu reprendre à son compte par la suite. Ce symbole se retrouve dans "Le Dormeur du Val", mais comme ce sonnet peut faire débat, la mention de "Morts de Quatre-vingt-douze..." permet de m'en dispenser.
Le thème personnalisé d'un désir de mort apparaît en 1871 avec un poème antérieur à la Semaine sanglante : "Le Cœur supplicié" réintitulé "Le Cœur du pitre", puis "Le Cœur volé". Il y a un appel à la noyade qui anticipe sur le récit du "Bateau ivre", et ce désir de mort est précipité par un sentiment d'humiliation et un refus du monde comme il va, le poète vomissant à l'arrière du navire. Toutefois, une note comique empêche de prendre l'appel à la mort au premier degré.
Il en va différemment dans le poème "Les Sœurs de charité". Le poème s'inspire sans doute de vers du très haï Musset et aussi de Baudelaire. On sent la référence à la section conclusive des Fleurs du Mal intitulée "La Mort". Notons que le poème est d'autant plus à prendre au sérieux que son alexandrin final est visiblement repris dans la section "Adieu" du livre Une saison en enfer, à ceci près que cet "Adieu" met un terme au désir de mort clairement mis en place au plan littéraire dans le poème "Les Sœurs de charité" :
 
                           Ô Mort mystérieuse, ô sœur de charité.
     Suis-je trompé ? la charité serait-elle sœur de la mort, pour moi ?
 La vie est tellement insupportable que la mort est l'expression même de la charité. Tel est le discours final du poème daté de juin 1871, pièce qui semble donc avoir été composée immédiatement après la semaine sanglante, même si ce sujet ne transparaît pas explicitement dans les vers. La lettre à Demeny du 17 avril 1871 nous prévient que l'idée de l'impossible rencontre de l'âme sœur en ce monde pour Rimbaud est clairement antérieur à la répression de la Commune. Il n'en reste pas moins que l'événement vient donner du poids à la pensée mortifère du poète.
Le poète de seize ans avance "sans dégoût du cercueil" et peu importe la croyance aux "vastes fins", quand l'horizon est celui des "nuits de Vérité".
Le désir de mort revient sous la forme symbolique qu'elle revêtait dans "Morts de Quatre-vingt-douze" avec le quatrain : "L'Etoile a pleuré rose", dont le dernier vers est : "Et l'Homme saigné noir à ton flanc souverain", mais aussi dans "L'Orgie parisienne" où Paris reprend le flambeau de la mort héroïque. Et elle revient aussi dans "Voyelles", "Le Bateau ivre" et "Les Mains de Jeanne-Marie".
Dans "Les Mains de Jeanne-Marie", il y a une symbolique très fouillée qu'il convient d'interroger. Symétriques, les vers 2 et 3 mêlent la richesse du soleil à l'impression de mort :
 
Mains sombres que l'été tanna,
Mains pâles comme des mains mortes[...]
Cette association est réactivée au quatorzième quatrain, celui qui fait penser au cas personnalisé de la Saison : "J'ai appelé les bourreaux pour, en périssant, mordre la crosse de leurs fusils."
 
Elles ont pâli, merveilleuses,
Au grand soleil d'amour chargé
Sur le bronze des mitrailleuses
A travers Paris insurgé ! 
 
Le quatrième quatrain accentue curieusement l'idée de mort. La première image sertie dans une phrase interrogative traite de mains capables d'avoir "fané des fleurs d'or", puis nous avons l'assertion clef du poème :
 
    C'est le sang noir des belladones
    Qui dans leur paume éclate et dort.
Ces vers font l'objet par Yves Reboul d'un rapprochement avec le livre La Sorcière de Michelet et comme la référence est difficile à étayer cela se poursuit en débats, jugements suspendus et estimations probabilistes, mais il n'en reste pas moins que la référence au poison des belladones est assez sensible et il faut être sensible ici à la composition très logique de l'ensemble du poème avec une fin où le poète boit avec ses "Lèvres jamais désenivrées" le sang qui coule des plaies faites par les chaînes aux mains de Jeanne-Marie, et on peut pousser plus loin la représentation en s'imaginant les mains divinisées de Jeanne-Marie portant le poète pour l'élever. Plus précisément, le poète embrasse les mains de Jeanne-Marie et c'est dans cette position si on s'en tient au déroulé du récit en vers que survient le "Soubresaut étrange" causé par ceux qui font saigner les doigts de l'élue du poète. Le "Soubresaut étrange" peut s'expliquer prosaïquement par l'indignation, la révolte, mais on peut aussi comprendre, sur le mode de la lecture poétique sinon symbolique, distincte de la lecture réaliste, que les lèvres étant toujours collées aux mains le saignement des doigts fait passer le poison des belladones dans la bouche du poète. L'expression à la rime de l'avant-dernier vers : "Mains d'ange", doit bien nous faire mesurer que "Les Mains de Jeanne-Marie" est une nouvelle version du poème "Les Sœurs de charité" et le dernier quatrain décrit des épousailles de mort. On retrouve clairement dans "Les Mains de Jeanne-Marie" l'idéal de la mort héroïque pour la cause du genre humain du sonnet "Morts de Quatre-vingt-douze...", sonnet où il était question d'un baiser équivalent au vers 2 : "pâles du baiser fort de la liberté." Il était aussi question des soubresauts : "les cœurs sautaient d'amour sous les haillons". La mort permettait de vaincre joug pesant sur l'âme et sous forme d'allégorie, la Mort pour équivalent à "Mains d'ange" était nommée "noble Amante", ce qui est aussi l'idée de la symétrie finale des "Sœurs de charité" : "Ô Mort mystérieuse , ô sœur de charité !" Ces soldats chantaient précisément des Marseillaises !
A la fin des "Sœurs de charité",  le poète adoptait une attitude agnostique sur les "vastes fins", mais il les associait aussi au mot minorant "Promenades" et surtout au mot clef "Rêves". Dans "Les Mains de Jeanne-Marie", le mot "Rêve" avec majuscule puis décliné avec un retour à la minuscule initiale est précisément choisi pour exprimer la croyance finaliste des mains de Jeanne-Marie :
 
Oh ! quel Rêve les a saisies
Dans les pandiculations ?
Un rêve inouï des Asies,
Des Khengavars ou des Sions ?
Notons que les destinations exotiques et mystiques confortent l'idée d'une influence subreptice du poème "Le Voyage" de Baudelaire, tandis que l'association "Rêve" et "pandiculations" rejoint le caractère surprenant de l'expression "ivresses pénitentes" dont nous parlerons plus à propos de "Voyelles".
Le rapprochement avec le sonnet "Voyelles" est essentiel justement. Les deux poèmes ont la même avant-dernière rime, si ce n'est la variation du singulier au pluriel :
 
Et c'est un Soubresaut étrange
Dans nos êtres, quand, quelquefois
On vous veut déhâler, Mains d'ange,
En vous faisant saigner les doigts !
 O, Suprême Clairon plein des strideurs étranges,
Silences traversés des Mondes et des Anges :
- Ô l'Oméga, rayon violet de Ses Yeux !
 Je parle d'avant-dernière rime en remontant par la fin du poème. Dans le cas de "Voyelles", la rime "étranges"/"Anges" est la dernière rime, puisque "studieux" est une rime ouverte juste avant au vers 11, mais mon raisonnement est juste en partant de la fin des poèmes.  Ce n'est pas tout, car "ange" et "Anges" sont les mots à la rime des avant-deniers vers, tandis que les derniers vers se terminent l'un et l'autre par une mention d'une partie du corps :"doigts" et "Yeux". L'expression "Soubresaut étrange" lancé par une initiale en "S" majuscule est l'équivalent assez sensible de "Suprême Clairon plein de strideurs étranges". Je n'hésiterais même pas à comparer les tours emphatiques : "Et c'est..." face à "O", puis "Ô". Et le rapprochements ne s'arrêtent toujours pas là. Le saignement des doits est l'équivalent de "strideurs" en fait de violence, tandis que le parallèle de "Suprême Clairon" à "rayon violet de Ses Yeux" invite aussi à comparer cette dernière expression à un soubresaut causé par le saignement de doigts je dirais violacés ! Le "rayon violet" accompagne l'idée du "Soubresaut étrange", ou se confond avec lui. Et ce n'est toujours pas tout. La Mort semait les soldats pour les régénérer. Ici, le parallélisme invite à penser que les doigts qui saignent sont un spectacle de Mondes et d'anges par giclées, un sang qui est un principe de vie initialement, mais qui est ici aussi sang noir des belladones et épousaille de mort, et qu'on pense à la fin du quatrain recopié par Verlaine à la suite de "Voyelles" : "Et l'Homme saigné noir à ton flanc souverain" pour se dire qu'il y a tout de même une idée de fécondité qui se glisse dans la vision.
Et ce n'est toujours pas fini. Le "Suprême Clairon" est une citation inversé du "clairon suprême" que Victor Hugo emploie dans "Eviradnus", puis dans le poème final du même recueil de 1859 "La Trompette du jugement". Or, ce clairon suppose une bouche pour émettre des sons, ce qui crée un nouveau parallèle frappant avec "Les Mains de Jeanne-Marie", puisque nous l'avons déjà rappelé le poète applique ses "Lèvres jamais désenivrées" aux mains "quelquefois" ensanglantées de Jeanne-Marie. Il est même question d'une "chaîne aux clairs anneaux" qui "Crie" sur ses "Mains", ce qui double le rapprochement entre "Lèvres jamais désenivrées" et "Suprême Clairon" d'un autre entre "Clairon plein de strideurs étranges" et "Crie une chaîne aux clairs anneaux", et vous êtes priés de mettre non seulement en écho "Crie" et "strideurs", mais "Clairon" et "clairs anneaux".
Depuis 2003, je répète que le lien symbolique communard est évident entre les poèmes "Voyelles", "Paris se repeuple" et "Les Mains de Jeanne-Marie". Ce lien, je viens de l'étayer comme jamais entre les fins de "Voyelles" et des "Mains de Jeanne-Marie", tout en fixant les liens étroits des "Mains de Jeanne-Marie" avec "Morts de Quatre-vingt-douze..." et "Les Sœurs de charité".
Vous croyez que je ne fais que solliciter des coïncidences ? Hé ! réveillez-vous, les gars !
L'autre lien capital entre "Voyelles" et "Les Mains de Jeanne-Marie" est de l'ordre de l'image avec la même reprise du verbe conjugué rare : "bombinent".
Je rappelle l'image du "A noir" qui nous intéresse, à savoir les vers 3 et 4 de "Voyelles" :
 
A, noir corset velu des mouches éclatantes
Qui bombinent autour des puanteurs cruelles[...]
 L'image du "A noir" permet un rapprochement avec le "sang noir" des mains de "Jeanne-Marie", sa mention figure dans l'assertion citée plus haut, assertion qui précède directement le quatrain qui contient les mentions "diptères" et "bombinent" :
 
[...]
C'est le sang noir des belladones
Qui dans leur paume éclate et dort.
 
Mains chasseresses des diptères
Dont bombinent les bleuisons
Aurorales, vers les nectaires ?
Mains décanteuses de poisons ?
Nous avons dans ces six octosyllabes un raccourci du trajet allant du "A noir" au "O bleu" céleste de "Voyelles". Dans "Les Mains de Jeanne-Marie" ce sont les "bleuisons / Aurorale" qui font l'action de bombiner ou qui sont le sujet du verbe "bombinent". Par un effet de superposition, l'action verbale passe des insectes à la naissance du jour. Moins usuel que pollen, nectaires rappelle nectar et s'oppose à "poisons" qui suit à la rime au vers suivant. Il y a d'évidence une comparaison à faire entre le lever du soleil et la rotondité des nectaires pour les fleurs. Rimbaud n'a pas inventé les emplois en français du verbe "bombiner". Rimbaud devait connaître l'emploi en latin de Rabelais sous la forme "bombinans", mais aussi quelques emplois conjugués rares du dix-neuvième siècle. J'en ai rencontré quelques-uns. Le verbe est utilisé à deux reprises dans des poèmes composés très probablement à très peu de semaines sinon mois d'intevalle : "Les Mains de Jeanne-Marie" et "Voyelles". C'est pour cela que je me demande où a pu être publié un emploi conjugué de ce verbe en janvier ou février 1872, sinon dans les derniers mois de 1871, à moins qu'il n'y ait une référence plus ancienne à la clef, mais il doit bien y avoir quelque idée qui était d'actualité pour Rimbaud vers février 1872 qui l'a amené à utiliser deux fois ce verbe. Si Rimbaud emploie ostentatoirement certains mots, il faut bien qu'il y ait une raison précise.
Ce qui m'étonne, c'est qu'alors qu'on a retrouvé à tous les mots rares employés par Rimbaud dans des écrits antérieurs d'autres auteurs, cela ne semble pas être le cas de "bleuités" et "bleuisons" qui lui sont propres. On pense à "bleuissement", ainsi qu'aux emplois affectés de "bleuâtre" à l'époque. J'essaie de mettre la main sur les sources de Rimbaud. Toutefois, le lien avec "Voyelles" est patent et en citant en groupe les six vers précédents j'ai ajouté le nom "éclat", car il ne vous échappera pas qu'il est de la famille de l'adjectif "éclatantes" à la rime du vers 3 de "Voyelles", et ce mot "éclat" est répété dans "Les Mains de Jeanne-Marie", sachant que deux occurrences d'un même mot dans un poème de peu d'étendue est toujours significatif :
 
L'éclat des ces mains amoureuses
Tourne le crâne des brebis !
 
 Dans les vers 3 et 4 de "Voyelles", l'image de fécondité et d'amour est impliquée par le choix décalé du nom "corset" par rapport à "corselet". Cette fois, la vision que suppose le verbe "bombiner" n'est plus superposée à une naissance du jour, au soleil d'amour, mais à des "puanteurs cruelles". L'adjectif "cruelles" à la rime rappelle l'idée de "viande crue" par étymologie et donc de charnier. Plus directement, elle se veut une référence à une situation tragique qui laisse entendre que ces puanteurs sont autres que scatologiques. Il est impossible vers février 1872 pour un communard de ne pas penser aux morts de la semaine sanglante. Il est écrit au même moment un poème sur les femmes communardes dont les procès sont en cours ou viennent d'avoir lieu et sont rapportés dans la presse, à savoir "Les Mains de Jeanne-Marie" dont nous venons de parler.
Je le dis et répète. Rimbaud décrit des mouches qui comme les êtres humains veulent vivre, se reproduire, goûter les plaisirs de l'existence. Rimbaud ne s'indigne pas qu'elles consomment les corps martyrs de la Commune, car ce n'est pas elle le joug que l'humanité combattait et qui a valu un tel assassinat. Les rimbaldiens répugnent à identifier des allusions à la Commune dans "Voyelles". Que leur faut-il s'ils n'arrivent pas à identifier ce que signifie une invasion de mouches dans un environnement de puanteurs cruelles ?
C'est tout de même évident que Rimbaud joue sur l'idée traditionnel du passage du microcosme au macrocosme de l'A noir alpha à l'O bleu Oméga, des "mouches éclatantes" aux "Silences traversés des Mondes et des Anges".
Et l'idée d'un mélange de la mort et de l'amour est à la fois explicite dans  l'association pâleur et soleil des "Mains de Jeanne-Marie" et dans la mention d'un "corset" pour des mouches. C'est évident que ce qui répugne de prime abord parle le discours universel de la fécondité pour Rimbaud, celui qui écrivant un peu plus tôt "Les Poètes de sept ans" se réfugiait dans la "fraîcheur des latrines" par opposition de son dégoût hyperbolique et "rêvait la prairie amoureuse" avec des "pubescences d'or".
Ah oui, c'est vrai, "Voyelles" et "Les Poètes de sept ans" ne sont pas dans les recueils que vous croyez organisés de A à Z, Recueil Demeny" et "Illuminations" ! Ah oui, c'est vrai, l'un est dans une lettre et l'autre dans un dossier paginé par Verlaine, alors vous vous interdisez les rapprochements ! Ah oui, c'est vrai ! Assez ! je vais éviter les dérapages, je reprends !
Et donc "Voyelles" contient encore à la rime au vers 8 l'expression "ivresses pénitentes". Il s'agit d'une association trouble de l'ivresse et de la souffrance, sinon mortification. Ces "ivresses pénitentes" sont par ailleurs celles de "lèvres belles", ce qui confirme une fois encore que les compositions de "Voyelles" et "Les Mains de Jeanne-Marie" sont à bien considérer comme contemporaines et parallèles, puisque nous retrouvons l'idée des "Lèvres jamais désenivrées" avec la même mention "lèvres" et les mots de la même famille : "désenivrées" et "ivresses", tandis que "pénitentes" ne peut manquer d'entrer en résonance avec le dévouement du poète aux "Mains de Jeanne-Marie".
Comme "Voyelles" est proche à la fois des "Mains de Jeanne-Marie" et de "L'Orgie parisienne ou Paris se repeuple", je ne peux manquer de rebondir sur l'allégorie de Paris dans ce dernier morceau.
On le sait ! Même si Buffon a une antériorité clef dans l'emploi du mot "strideur" qu'il associe au chant du cygne, comme l'a montré jacques Bienvenu dans un article de son blog Rimbaud ivre, l'association du nom "strideur" au nom "clairon" n'a rien d'anodin, et Rimbaud a repris à Philothée O'Neddy un emploi du poème "Spleen" où dans une description du plaisir à mourir au combat il était question de "La strideur des clairons", avec référence sensible ici au chant du cygne de Buffon. Le mot "strideur" est employé par Gautier dans son livre d'actualité au début de 1872 Tableaux du siège, livre qui avec son début sur la Madone de Strasbourg et ses mots durs sur la Commune éclaire le choix parodique de "Etudes de mains" dans "Les Mains de Jeanne-Marie". Rimbaud emploie le néologisme de Gautier "vibrement(s)" dans "Voyelles". Il y a des recherches à approfondir à ce sujet. Mais Rimbaud emploie à deux reprises dans un même alexandrin le couplage "strideurs" au pluriel et "clairon" au singulier. Très souvent, quand il s'inspire d'un antécédent, Rimbaud pratique une inversion. Il reprend une rime au singulier au pluriel ou l'inverse, ou bien il inverse l'ordre des mots "Suprême Clairon" pour "clairon suprême" ou il inverse l'ordre des mots à la rime, et ici il est clair que l'inversion du singulier et du pluriel relève d'une volonté de ne pas reprendre tel quel l'hémistiche d'O'Neddy. Mais en, même temps, il est clair comme de l'eau de roche que "Voyelles" et "Paris se repeuple" sont à rapprocher étroitement.
 
On gardera la césure épique pour le vers de "L'Orgie parisienne" qui commence le quatrain suivant :
 
L'orage t'a sacrée suprême poésie :
L'immense remuement des forces te secourt ;
Ton œuvre bout, ta mort gronde , Cité choisie !
Amasse les strideurs au cœur du clairon lourd.
 Non seulement nous identifions le couplage identique "strideurs" et "clairon", mais nous recueillons la mention de l'adjectif "suprême" qui qualifie rien moins que le nom "poésie" dont je rappelle que c'est un art qui se compose en gros de consonnes et de... voyelles. Le clairon au combat est facile à associer à la mort, et ici celle de Paris "gronde", mais comme "Suprême Clairon" reprend "clairon suprême" au poème "La Trompette du Jugement" de Victor Hugo le lien se renforce d'évidence avec l'idée du "Jugement dernier", et rappelons que Rimbaud crie à qui veut l'entendre que la mort de Paris ne mettra pas un terme à son souffle, autrement dit sa respiration, de progrès.
Il est des "lèvres belles" dans "Voyelles" qui s'expriment dans la colère et ici il est question d'une "Cité belle" qui affronte des "bouches de puanteurs" et dont les "pieds ont dansé si fort dans les colères", et cette ville retient dans ses "prunelles claires" "Un peu de la beauté du fauve renouveau", de quoi faire un rayon violet donc ! C'est une cité morte dont la pâleur a à voir avec les "Mains de Jeanne-Marie". j'ajoute un rapprochement intéressant entre le vers 8, le dernier du second quatrain : "Et qu'un soir la rougeur des bombes étoila" et les deux mentions "bombinent" de "Voyelles" et des "Mains de Jeanne-Marie", l'une du côté des "puanteurs cruelles", l'autre du côté étoilé des "bleuisons / Aurorales".
"Paris se repeuple", "Les Mains de Jeanne-Marie", "L'Etoile a pleuré rose..." et "Voyelles" célèbrent tous les quatre l'idée d'une mort libératrice dans la continuité symbolique du poème plus accessible "Morts de Quatre-vingt-douze...", et dans la continuité aussi des deux poèmes "Ophélie" et "Le Dormeur du Val" même si j'ai voulu m'épargner de les commenter ici. Des connexions existent aussi avec le poème de désespoir "Les Soeurs de charité", c'est particulièrement criant dans le cas des "Mains de Jeanne-Marie", mais vous voyez aussi se dessiner des figures de "sœurs de charité" compensatoires avec l'allégorie de la cité belle dans "Paris se repeuple" et avec la vision finale d'une Vénus qu'on peut dire communaliste à la fin de "Voyelles".
On voit aussi l'idée de la mort désirée qui est perçue quelque peu comme une ivresse. Cela nous amène au cas du "Bateau ivre", mais l'ivresse et la mort ne sont pas exactement sur le même plan dans ce morceau. L'ivresse est dans l'appel de la Mer, ce qui est à rapprocher des triolets enchaînés du "Coeur volé", mais c'est lors de la scène dramatique du retour aux "immobilités bleues" que le poète désire alors sombrer, ce qu'on peut interpréter comme un voeu d'accompagner le martyre de la semaine sanglante et ce qui rejoint quelque peu le discours des "Soeurs de charité" en tant que pièce datée précisément de juin 1871. Toutefois, il y a la reprise de l'image des noyés, l'idée d'un bateau qui est voué à être détruit par la violence des flots, un bateau qui prend l'eau de toutes parts d'ailleurs. Et ce parcours autodestructeur est interprété comme l'ivresse avec des comparaisons de la mer à la bière sur fond de référence à la naissance de Vénus anadyomène : "rousseurs amères de l'amour"...
Je fais l'impasse sur le récit en prose "Les Déserts de l'amour", et nous arrivons aux vers "nouvelle manière du printemps et de l'été 1872.
Plusieurs poèmes sont à relier à un appel à la mort. La pièce "Comédie de la soif" qui est une compilation de poèmes en un seul corps, la série de quatre poèmes "Fêtes de la patience" et puis au moins quelques poèmes épars : peut-être "Est-elle almée ?..." mais sûrement "Honte" et "Fêtes de la faim". Je n'entre pas dans des remarques sur les particularités d'autres poèmes, par exemple "Qu'est-ce pour nous,..." et "Mémoire".
Le poème "Comédie de la soif" a un titre qui réintroduit le soupçon de distanciation comique du "Coeur du pitre" avec ses "flots abracadabrantesques". La variante du titre "Enfer de la soif" montre tout de même qu'il faut lui maintenir une attention. La première pièce "Les Parents" témoigne clairement d'un désir de mort : "Mourir aux fleuves barbares" et "Ah ! tarir toutes les urnes !" Le poème "III. Les Amis" parle d'une préférence provocatrice pour le fait de pourrir dans un étang, juste après une phrase interrogative qu'il est difficile de ne pas considérer comme clef dans l'ensemble d'un corpus poétique de l'auteur du "Bateau ivre" : "Qu'est l'ivresse, Amis ?" Le poème "V Conclusion" parle d'expirer dans des fleurs dont le nom rappelle "Voyelles", des "violettes", violettes qui sont des fruits de l'aurore qui en "chargent [l]es forêts". Il est question de fondre comme un nuage, image plus jolie que celle du moucheron qui se dissout dans un rayon à la pissotière de l'auberge.
Le titre général "Fêtes de la patience" ressemble beaucoup à "ivresses pénitentes", avec la double équivalence de "fêtes" à "ivresses" et de "patience" à "pénitentes". Il y a le "bourdon farouche / De cent sales mouches" dans "Chanson de la plus haute Tour" qu'on compare automatiquement au "A noir" de "Voyelles" avant de se demander comment rebondir dans l'interprétation parallèle, mais il y a aussi les vers frappants de "Bannières de main" avec le choix libre de l'infortune.
Dans "Alchimie du verbe", la prose prend en charge des discours comparables : "en poire à une lourde fièvre", "Je disais adieu au monde dans d'espèces de romances", "J'étais mûr pour le trépas", "dent, douce à la mort"...
Faisons un petit retour final sur Une saison en enfer. A propos du "dernier couac" et du "lit d'hôpital", les rimbaldiens s'entêtent à faire le rapprochement biographique avec le drame de Bruxelles entre Verlaine et Rimbaud, le "dernier couac" serait le coup de feu blessant le poignet de Rimbaud et le "lit d'hôpital" le passage bref à une clinique Saint-Jean le temps de se faire soigner, autrement dit sans que ce ne soit accompagné de fièvres et de raisons sérieuses et graves de rester cloué au lit.
Prétexte biographique ou pas, la mention du "lit d'hôpital" entre dans une logique de récit qui ne se rapporte pas le moins du monde au plan biographique. Quant à la mention du "dernier couac", y voir une allusion au drame de Bruxelles est carrément un contresens. L'événement de l'achat d'une arme à feu par Verlaine est ponctuel. Rimbaud n'a pas suivi un long cheminement vers la mort en fréquentant Verlaine. Cela s'est joué en peu d'instants. Verlaine a tiré une première fois sur Rimbaud et l'a raté. Rimbaud essaie alors de partir au plus vite, il est sur le chemin de la gare pour repartir à Charleville ! Ensuite, lorsque dans la rue, Rimbaud se sent en danger et pense que Verlaine est repris par l'envie de tirer sur lui il se précipite vers un agent de la sécurité pour sauver sa peau. Il faut être ridicule pour transposer ça au plan du récit de la Saison où la mort est le résultat d'une pente à des comportements sataniques mettant précisément en jeu la vie. Le choix entre vie et mort n'est que de plus ou moins courts moments, deux courts moments successifs dans la journée du drame de Bruxelles. Cela n'a rien à voir avec la mise en récit de la saison où l'affrontement inévitable à la mort par un comportement de haine envers la société est l'objet d'une remise en cause par une longue introspection. Et c'est un fait que très significativement soit à partir du début 1872 avec "Voyelles", soit au lendemain de la semaine sanglante avec "Les Soeurs de charité" un désir de mort déjà présent auparavant s'est radicalisé chez Rimbaud et est devenu un sujet de discours poétique plus particulièrement prégnant.
Être rimbaldien et ne pas soupçonner qu'il en soit question danbs "Voyelles", c'est un peu du gâchis, non ?
Après tout, vous en faites l'expérience : Rimbaud est mort, vive le sonnet "Voyelles" !

samedi 29 août 2026

Petite démonstration rapide de l'importance de la mention "ivresses pénitentes" au centre du sonnet "Voyelles" !

Je le dis depuis quelques années déjà, les rimbaldiens ne commentent jamais l'expression "ivresses pénitentes" de "Voyelles", alors qu'il s'agit d'une formule quelque peu de l'ordre de l'oxymore placée au centre même du sonnet, le point de bascule des quatrains aux tercets, la rime du vers 8.
Il faut aller plus loin. "Voyelles" et "Le Bateau ivre" sont les deux poèmes les plus célèbres et les plus emblématiques de la poésie en vers "première manière" de Rimbaud, voire de sa poésie en vers tout court. L'expression "ivresses pénitentes" entre ainsi en résonance avec le titre "Le Bateau ivre".
Les rimbaldiens peuvent trouver dérisoire mes enquêtes hyper- ou hypo- textuels comme disent certains charlots dans les comptes rendus de la revue Parade sauvage, mais c'est au contraire un principe de rigueur et cela permet aussi de ne pas sombrer dans l'analyse qui déblatère sans support, comme je le montre clairement avec mes mises à jour des sources aux contributions zutiques rimbaldiennes.
Je ne trouve guère le mot à la rime que dans des vers de Barbier pour l'instant. Mais il faut toujours savoir relancer l'enquête. L'expression "ivresses pénitentes" est quelque part un oxymore comparable au titre "Fêtes de la patience", et ce titre "Fêtes de la patience" a été précédé par une "Comédie de soif" où le poète s'écrie : "Qu'est l'ivresse, amis ?"
Je pourrais développer cela plus longuement, mais on s'en tiendra à la mise en place de ce socle.
Vous avez des rimbaldiens qui sont attachés à dire que "Voyelles" parle de la création aléatoire d'idées poétiques à partir d'une libre association d'idées qui s'appuierait sur les voyelles, notamment sur leur forme de lettres. Depuis le début, je vous explique que c'est complètement crétin et que ce n'est pas de ça qu'il est question dans le poème. Je vous explique aussi que Rimbaud n'ironise pas non plus grossièrement sur le principe qu'il illustre dans "Voyelles". Ce "Qu'est l'ivresse, amis ?" c'est la preuve que Rimbaud s'investit dans le message symbolique du sonnet "Voyelles".
J'ajoute que depuis le début je vous explique que les liens avec "Paris se repeuple" et "Les Mains de Jeanne-Marie" prouvent qu'il y a une lecture communarde de "Voyelles" en lien avec une certaine idée de la mort, sujet qui intéresse les "Fêtes de la patience" avec dans "Chanson de la plus haute Tour" une confrontation différente aux sales mouches.
Pauvres rimbaldiens, passer leur vie entière à dédaigner la vérité sur "ou daines", "autels" ou "Voyelles". Sont-ils minables ?

lundi 24 août 2026

Illustration d'une imposture intellectuelle de Cavallaro, Chevrier et des murphyens : l'annotation de "Cocher ivre"

Prenons la notice de Cavallaro à la section "Conneries. 2e série. I. Cocher ivre", page 416 du premier tome des Œuvres presque complètes de Rimbaud contenant un poème et demi de Verlaine (quatrains du Sonnet du Trou du Cul et dizain "L'Enfant qui ramassa les balles..." avec corruption du texte rimbaldien pour un vers de "L'Homme juste" et refus d'une coquille évidente à corriger "outils"), édition 2026 en Folio Classique.
La rubrique bibliographique cite un article de Chevrier de 2011 dans la revue Parade sauvage et puis mon article plus tardif ,paru en 2021, suite à un colloque de 2017 il me semble. Notez que mon article n'a pas été cité dans la bibliographie générale pour l'ensemble de l'Album zutique ! Mais on va se concentrer sur la présente anomalie.
L'article de Chevrier s'intitule "Les sonnets en vers monosyllabiques de l'Album zutique" et il figure donc dans le tome 22 de la revue Parade sauvage paru en 2011. Je possède ce volume, mais je ne l'ai pas sous la main. Et il n'y avait pas à l'époque l'exercice des résumés d'articles. Vous pouvez toutefois vous procurer l'article pour trois euros en mode numérique. Dans cet article, Chevrier fait un historique des sonnets en vers d'une syllabe en reprenant son livre La Syllabe et l'écho, et il en profite pour citer l'article de Verlaine contre Barbey d'Aurevilly où sont épinglés des vers monosyllabiques du poème "Blaise et Rose" d'Amédée Pommier.
Le problème, c'est que Chevrier n'a jamais cité cet article de 1865 de Verlaine dans son livre La Syllabe et l'écho.
En revanche, en 2009, j'ai publié un article intitulé "A propos de l'Album zutique" dans un numéro 966 de la revue Europe spécialement consacré à Rimbaud. Ce numéro contient entre autres des articles de Steve Murphy, Alain Vaillant, Alain Bardel, Yann Frémy. Frémy et Vaillant sont avec Cavallaro les codirecteurs du Dictionnaire Rimbauid sorti aux Editions Classiques Garnier en 2021. Bardel est un peu quelqu'un qui a un rôle éditorial avec son site internet, Murphy est le directeur officieux de tout ce qui concerne Parade sauvage, Frémy était le codirecteur avec Seth Whidden du tome 22 de la revue Parade sauvage où en 2011 Chevrier a publié son article !
J'ajoute que plusieurs collaborateurs réguliers de la revue Parade sauvage dominent dans les contributions à ce numéro de la revue Europe : Daniel Sangsue (moins dans Parade sauvage que coauteur pour un tome de l'édition critique des oeuvres de Rimbaud par Murphy chez Honoré Champion), puis Jean-Pierre Bobillot, Olivier Bivort, Yoshikazu Nakaji, Bruno Claisse, henri Scepi, Benoît de Cornulier, Marc Dominicy, Philippe Rocher, Christophe Bataillé et Pierre Brunel.
Notons que dans le numéro 23 la revu publie une réaction de Pakenham à l'article de Chevrier où Pakenham dit son admiration en relevant deux erreurs, et ce numéro 23 contient avec du retard une recension du numéro collectif de la revue Europe par Bertrand Degott. Vous pouvez lire librement sa recension sur le site des éditions Classiques Garnier et vous constaterez que Degott cite tous les contributeurs sauf un. J'ai volontairement été omis ! Je suis en revanche cité dans la recension suivante de Lhermelier, mais lacunairement, désinvoltement, pour le volume collectif La Poésie jubilatoire, volume collectif qui servait avec le livre de Teyssèdre à diluer mon importance primordiale dans les études sur l'Album zutique. En façade, on me cite, mais on a tout fait pour diluer ma présence.
Je reviens donc à mon article dans la revue Europ où, à partir de la page 126, je citais un extrait de l'article de Verlaine du 2 novembre 1865 dans la revue L'Art, article qui contenait une citation du poème "Blaise et Rose" de Pommier. Verlaine citait cela avec dédain "ces choses" et se moquait des goûts de Barbey d'Aurevilly qui haïssait les acrobaties de Banville et vénérait sottement celles de Pommier. Je développais le sujet en parlant des "médaillonnets" de Barbey d'Aurevilly, puis du Parnassiculet contemporain de 1867, en souligtnant que "Parnassiculet" reprenait "médaillonnets" au plan du suffixe. Et je citais bien évidemment "L Martyre de Saint-Labre" sonnet en vers d'une syllabe tourné contre Verlaine, et donc Daudet volait au soutien de Barbey d'Aurevilly. Je montrais que Verlaine était un personnage central pour expliquer les choix zutiques et je cite cette phrase interrogative qui précise ma pensée, l'article de Verlaine et le sonnet de Daudet sont l'origine de la pratique des sonnets en vers courts et notamment d'une syllabe dans l'Album zutique :
 
[...] Germain Nouveau a-t-il sur le rôle joué par Daudet dans la mode zutique du sonnet monosyllabique ?
Chevrier, Frémy et Cavallaro ignorent volontairement mon antériorité. Ce sont des agissements problématiques. Il s'agit d'une fraude intellectuelle. Et il va de soi qu'il y a ceux qui sont derrière, aux manettes. Derrière Frémy, il y a un comité de lecture de la revue par exemple.
Cavallaro aurait dû citer non l'article de Chevrier, mais son livre de 2002 La Syllabe et l'écho. La seule raison de citer l'article, c'est de mettre en avant la mise au point sur la polémique autour de Pommier entre Verlaine, Barbey et Daudet, le point crucial qui manquait précisément au livre de 2002. Si Cavallaro ne cite pas le livre de 2002, c'est bien parce que l'information inédite que j'apportais dans la revue Europe n'y était pas.
Dans le livre de Chevrier, les sonnets en vers d'une syllabe de l'Album zutique s'inspirent des précédents de Rességuier et de Daudet, mais simplement parce qu'ils les connaissent forcément et que ça s'inscrit dans l'évidence chronologique.
J'ajoute qu'à la page 336 Chevrier cite le poème "Le Pauvre diable" attribué à Baudelaire et paru en 1878 dans Le Figaro, mais sans s'apercevoir que le poème ne peut pas être de Baudelaire et surtout qu'il contient une réécriture de "Cocher ivre" réécrivant un passage de "Blaise et Rose" de Pommier : "- Clame, - Geint, -Brame... - Fin !"
Chevrier s'en tient à l'expectative : "On a attribué à Baudelaire, très tardivement", cela "résulterait d'un défi dans un salon" et il commente de manière : "poème effectivement filiforme, à l'image du pauvre diable qu'il a pris pour thème". Je rappelle que en 1878 nous sommes à l'époque où Champsaur et Mirbeau subtilisaient des manuscrits inédits de Rimbaud, où Rollinat parlait du Sonnet du Trou du Cul à des correspondants. C'est donc un point essentiel de l'histoire du rimbaldisme, qui intéresse en particulier la recherche éventuelle de gens ayant eu accès aux manuscrits de Rimbaud et les citant par malveillance.
Le poème "Blaise et Rose" est cité intégralement avec "Sparte" des pages 343-345, sans mise en relation avec les parodies zutiques. On passe directement ensuite à une sous-partie intitulée "Les sonnets monosyllabiques du XIXe siècle". Automatiquement, Chevrier change de sujet, il ne parle plus de Pommier. Rességuier et Daudet sont les modèles des sonnets zutiques avec quelques autres pièces à rapprocher. Chevrier ne fait pas remarquer que les mots des sonnets zutiques monosyllabiques sont volontiers repris à Pommier et la conclusion s'en tient à dire que les zutistes connaissaient le sonnet de Daudet et celui de Rességuier. Pire encore, il les fait fraterniser "dans le même esprit". Je cite :
 
    On peut penser que les auteurs de l'Album zutique, à la fin de 1871, ont prolongé dans le même esprit satirique le sonnet monosyllabique d'Alphonse Daudet dans Le Parnassiculet contemporain, et qu'ils n'ignoraient pas celui de Paul de Rességuier, ni l'ouvrage de Louis de Veyrières. Ainsi dans l'Album zutique, Rimbaud a écrit à la fois un sonnet monosyllabique et un sonnet dissyllabique.
 C'est un fait que Chevrier est passé à côté de l'argument important : Verlaine querellant Barbey pour son amour stupide des vers monosyllabiques de "Blaise et Rose", ce qui a entraîné Daudet à composer sur le modèle de Rességuier un sonnet monosyllabique contre Verlaine, dans une claire référence à la dispute de celui-ci avec Barbey d'Aurevilly. Et Chevrier a manqué l'identification systématique des citations de vers de Pommiers dans les sonnets de Rimbaud, Valade, Cros et d'autres.
L'édition de Cavallaro participe d'une fraude collective dont je suis la victime.
 
Et pour "de daines", j'attends toujours l'explication du français de l'expression "de chinois de daines", j'attends toujours qu'on m'explique qui a trouvé "de daines" après que Cervoni et Guyaux ait dit à tort que c'est ce que j'avais trouvé dans leur édition de 2009 des textes de Rimbaud. Et j'attends toujours l'étude graphologique discriminant un "d" et un "e", là où il y a un "o" et un "u", comme j'attends toujours l'explication pour laquelle dix-sept ans durant Murphy, Cornulier et Bardel ne lisaient en aucun cas "de daines" sur le manuscrit !
Il ne faut jamais attaquer la bonne foi, le gâtisme ou la bêtise. Ben, je suis désolé pour "outils" et "de daines", c'est bien un mélange de mauvaise foi et de bêtise. Qu'est-ce que vous voulez identifier d'autre ? On ne peut en parler sinon. Ah ! il faut se taire et admirer le coup bas.... Taisons-nous et laissons faire ! Ben non, c'est aussi une imposture intellectuelle, je l'écris ici noir sur blanc.

dimanche 23 août 2026

Le monostiche attribué à Ricard, quelques remarques de sourcier !

Comme pour les "Hypotyposes" et "Lys", les rimbaldiens n'ont pas cherché à identifier la source des parodies de Rimbaud sur une période de temps de cinquante sinon soixante-dix ans, puisque les poèmes de l'Album zutique sont connus du grand public depuis presque la Seconde Guerre Mondiale, depuis plus longtemps pour quelques privilégiés, et l'Album zutique lui-même a été publié sous forme d'un beau livre vers 1962. Il faut bien comprendre qu'il y a eu un véritable affolement des rimbaldiens et en particulier du très susceptible Steve Murphy en 2009 quand j'ai révélé qu'après lecture assez rapide des recueils de Belmontet, Silvestre et Ricard, deux contributions zutiques de Rimbnaud étaient des montages de citations authentiques de Belmontet, que "Lys" démarquait un unique poème très précis de Silvestre et le monostiche attribué à Ricard ressemblait au moins à un vers très précis du premier recueil publié par Louis-Xavier de Ricard. On cite deux vers pour avoir une phrase, mais le vers de Ricard à rapprocher est le suivant : "Croit que l'humanité marche dans le progrès". Il faut écarter l'attaque verbale "croit que", il reste alors les mentions communes "l'humanité" et "progrès", puis deux verbes qu'il est facile de rapprocher au plan du sens : "chaussait" reformulant "marcher dans".
Furieux que je refusais de reconnaître Rimbaud sur la photographie du Coin de table à Aden, Jean-Jacques Lefrère ne supportait pas également que je devienne rapidement un spécialiste de l'Album zutique. Il s'agit d'un ouvrage avec des contributions potaches, d'une entreprise collective qui suppose toute une sociabilité et tout un prestige de relations. Le biographe Lefrère qui n'avait aucun goût connu pour les poésies de Rimbaud était sensible aux expériences du Chat noir, au renouveau d'un groupe zutique autour de Charles Cros, aux Hydropathes, etc. Il a visiblement demandé à Teyssèdre de publier un livre sur le sujet à sa place pour me contrecarrer vu que j'annonçais d'autres publications, et après je ne sais pas comment l'expliquer, mais toujours est-il que Teyssèdre a pondu un livre auquel Pakenham et Murphy ont participé. Il est déjà assez connu, Murphy s'en vantant lui-même, que la biographie de Rimbaud par Lefrère est enrichie de telles juteuses collaborations.
Ceci dit, depuis 2009, tout se passe comme si la messe était dite pour le monostiche de Ricard. Teyssèdre a brodé quelques pages dans son livre, ce qui était une nécessité de son projet, il devait dire un mot sur tout et traiter lourdement de chaque poème. Bruno Claisse s'y est essayé aussi, en mettant cela anachroniquement en relation avec sa lecture de l'Adieu d'Une saison en enfer et des Illuminations. Claisse citait bien quelques autres passages de Ricard, mais sa critique restait essentiellement hors-sol. C'était assez spéculatif. Les éditeurs ou dictionnaires Rimbaud indiquent brièvement ma source et l'état de la question d'après Claisse et Teyssèdre et passent à autre chose, et c'est encore le cas de la notice au poème d'Adrien Cavallaro dans son édition en Folio classique de 2026.
J'ai déjà annoncé à plusieurs reprises que je reviendrais moi-même sur ce sujet qui malgré la source que j'exhibais posait encore certains problèmes de lecture.
J'avais très tôt indiqué que les rimbaldiens se contentaient de cette unique source évidente, alors qu'il était frappant que plusieurs vers justifiaient des rapprochements, tant Ricard assemble les mots humanité, progrès et d'autres parents dans une image de chemin vers l'avenir.
Puis, il y a une difficulté supplémentaire. Dans la décennie 1980, éventuellement au début de la décennie 1990, Jean-Pierre Chambon a publié un article autour des poèmes zutiques de Rimbaud et il a notamment fourni une lecture obscène du monostiche : le verbe "chausser" peut avoir un sens sexuel. Chambon ignorait bien évidemment la source que j'ai fournie en 2009. Or, de prime abord, ma source va dans le sens d'une confirmation de la lecture obscène, puisque dans la transposition "marche dans" correspond à "chaussait". En effet, si l'humanité marche dans le progrès, autrement dit met le pied dans le progrès, c'est que le progrès est un peu la chausse qui recouvre le pied de l'humanité, et c'est ce sens du verbe chausser qui est exploité comme équivoque sexuelle dans la lecture de Chambon.
Mais toutes les difficultés ne sont pas résolues pour autant. Par rapport à l'énoncé de Ricard : "[...] l'humanité marche dans le progrès", Rimbaud a ajouté "vaste" et "enfant". Il y a un saut qualitatif qui pose tout de même problème. Puis, j'ai du mal à cerner les dessous idéologiques d'une injure pareille. L'humanité violerait l'enfant progrès. Ce n'est pas très clair comme sarcasme. Evidemment, Verlaine a dit qu'il y avait plein de zolismes avant l'heure dans les poésies de Rimbaud, et c'est l'angle d'attaque qui a rendu célèbre en 1973 le duo de lycéens et futurs critiques rimbaldiens Marc Ascione et Jean-Pierre Chambon. Il faut ajouter qu'en 1869 à propos de l'Album des Vilains Bonshommes Verlaine avait dit que seules les obscénités seraient admises dans les contributions poétiques à ce modèle de recueil dont l'Album zutique est directement issu. Or, malgré tout, je ne peux m'empêcher de penser que l'équivoque obscène qui reste fort probable dans le passage de "marche dans" à "chaussait" a tout de même un côté validation secondaire de la transcription zutique quand le vrai propos du poème, la vraie logique présidant à l'énoncé serait tout autre et en rien obscène ! En effet, on a plutôt l'impression que l'humanité est comme une mère qui met des chaussures au pied de son enfant Progrès, et que l'équivoque sexuelle se surimpose à tout ça comme un second plan de lecture, plus drôle mais moins intéressant.
Et c'est pour ça que je ne me sentais pas complètement à l'aise avec l'explication univoque du monostiche.
J'avais au moins la présence des mots "vaste" et "enfant" pour justifier d'approfondir les recherches de sourcier. Puis, ma connaissance des vers de Ricard m'avait fait prendre conscience d'un autre problème. La proposition : "l'humanité marche dans le progrès", n'est pas une invention de Ricard lui-même. Il s'agit d'un poncif. Dans l'avertissement "Au lecteur" de sa nouvelle "L'Elixir de longue vie" qui est datée en conclusion d'octobre 1830, Balzac écrivait déjà ceci : "La société humaine, qui marche, à entendre quelques philosophes, dans une voie de progrès, considère-t-elle comme un pas vers le bien l'art d'attendre les trépas ?" On comprend le glissement équivoque quand Ricard réduit "dans une voie de progrès" à "dans le progrès". Mais, justement, avec cette citation de Balzac, on voit le fond du problème. Le sens du poncif est plus précisément que l'humanité marche vers le progrès, en vue du progrès. Le monostiche de Rimbaud exploiterait la maladresse de formulation de Ricard en imaginant une humanité qui piétine le progrès lui-même en quelque sorte. Or, il faut prendre le temps de lire tous les poèmes de Ricard, au moins ceux que Rimbaud pouvait connaître en 1871, celui sur la Pologne et les deux premiers recueils en gros.
Le rapprochement le plus manifeste que j'ai trouvé concerne le premier recueil Les Chants de l'aube et il faut apprécier que l'image de l'aube rejoint clairement la symbolique d'une marche providentiel au progrès. Mais, à la lecture du recueil, on se rend compte que l'humanité n'est pas toujours mise en scène de la même manière : elle peut elle-même marcher dans la voie du progrès, mais parfois elle est décrite comme aidant le progrès à advenir, c'est le progrès lui-même qui marche. Et il faut élargir la perspective avec les termes qui sont des équivalents du progrès : l'aurore, la Liberté, etc.
Le recueil Les Chants de l'aube a été publié en 1862 chez l'éditeur Poulet-Malassis. Le document peut être consulté en fac-similé photographique sur le site Gallica de la BNF, mais il s'agit d'une reproduction de très mauvaise qualité. Les vers cités en épigraphe sont souvent illisibles et les conditions de lecture sont désastreuses dans l'ensemble. Il s'agit pourtant d'un volume conséquent de plus de quatre cent pages avec des parties en prose.
En position liminaire, le sonnet "Amour", qui n'est pas sans lien avec le sonnet "Monsieur Prudhomme" de Verlaine ("Père et mère à la fois"), offre dans son dernier tercet une illustration immédiate de la métaphore providentielle qui est le message du recueil poétique :
 
Il est temps qu'aujourd'hui se lève ton aurore,
Et que l'humanité, comme un Memnon sonore,
Exhale un chant vainqueur aux premiers de tes feux !
C'est l'aurore elle-même qui trace un chemin et non l'humanité pourtant citée. Celle-ci accompagne l'ascension de l'aurore d'un "chant" qui finalement peut correspondre au verbe rimbaldien : "l'humanité chaussait d'un chant vainqueur la vaste aurore de l'amour."
Ricard poursuit par une "Préface dédicatoire aux jeunes filles". Le premier paragraphe, sous le mode interrogatif, se termine par la mention d'une "nouvelle humanité", mais les demoiselles ne sont pas invitées que leur marche arrive à son terme, elles sont invitées à se détournées des futilités du bal, etc., pour comprendre que "nous sommes enfin arrivés à une de ces époques transitoires qui inaugurent, dans l'histoire universelle, une nouvelle civilisation, et pour ainsi dire, une nouvelle humanité". L'expression "nous sommes arrivés" suppose certes qu'elles accompagnent une marche, mais il n'en reste pas moins qu'elles sont invitées à une prise de conscience sans quoi la marche ne serait rien.
La lecture d'ensemble du recueil demande un certain courage, mais reportons-nous à la Table des matières aux pages 421 et 422. Il y a une première partie intitulée "L'ouverture, poème en neuf motifs" avec dix parties, une introduction intitulée "A Elle", puis les neuf motifs. Nous avons une deuxième partie intitulée "Epîtres aux jeunes filles" avec un "Préambule" et deux "épîtres". Ensuite, nous avons une troisième partie intitulée "Nouvelle bibliques" avec deux textes : "La Naissance d'Evah", réintitulé "La Création de la Femme" dans le corps de l'ouvrage, et "La Chute du Premier Homme". Il s'agit cette fois de récits en prose. Je vous avoue manquer de courage dans l'immédiat pour relire la préface, les épîtres et les nouvelles bibliques. Et enfin nous arrivons à la quatrième partie qui est précisément le poème "L'Egoïste ou la leçon de la mort" qui est composé d'un appel "Aux jeunes gens", puis de trois parties appelées "pauses". Ce poème est dédié à Antony Deschamps, le poète romantique et le meilleur poète à mon sens entre les deux frères Deschamps. Le recueil de Ricard datant de 1862, je remarque qu'en 1860 dans son recueil Colifichets Pommier a publié un poème en vers de trois syllabes qui s'étend sur de très nombreuses pages et qui s'intitule "L'Egoïste", et il me semble que quand j'ai lu l'ensemble des poésies de Pommier je suis tombé sur des vers intéressant à confronter à "L'Egoïste" de Ricard, à moins que ma mémoire ne m'ait joué des tours et que je n'avais en main que le rapprochement de deux longs poèmes au même titre et quasi contemporains. Je reprendrai plus tard la lecture des recueils de Pommier, poète dont je vais reparler plus bas de toute façon.
Ricard dénonce le vice, l'orgie. En gros, il défend les valeurs morales tout en étant contre le clergé, l'Eglise et indifférent aux fables des religions monothéistes. Avec maladresse, il se dit prêt à accepter l'homme d'église et sa foi, du moment que celui-ci se plie à l'idéal de vie laïque que prône Ricard, du moment que l'homme d'église n'accorde aucune importance à sa foi en-dehors d'une exigence d'amour du prochain. Il faut avouer que Ricard a une certaine candeur dans le débat. Différent sur la débauche, Ricard célèbre comme Musset le coeur. Anticlérical, il célèbre l'idéal de la charité, il le dit en toutes lettres. Invitant le jouisseur à se ressaisir, Ricard développe une image étonnamment parallèle à celle du monostiche rimbaldien. S'il ne se reprend pas, le jouisseur va glisser sur une pente qui est celle du suicide qui, "Ainsi qu'une nourrice endormant son enfant, / [...] / Soudain balancera la pauvre âme qui souffre[.]" L'humanité n'est pas sadique d'évidence dans le monostiche zutique où l'interprétation demeure flottante.
Il est question de la Liberté qui se lève, de femmes qui demandent l'égalité dans la condition humaine et au "banquet humain". Ricard module alors une variante du poncif : "le genre humain, incertain un moment, / Va prendre vers le bien son acheminement". Face à ce spectacle, les oisifs sont invités à prendre part avec courage au destin.
Nous passons ensuite à la composition "L'Egoïste" même composée de trois séquences appelées "pauses".
Une épigraphe rappelle le patronage primordial de l'écrivain oublié Népomucène Lemercier.
Le genre humain est lui-même une aurore sombre, ce qui justifie que tantôt l'image soit du parcours des valeurs, tantôt de l'humanité même.
Le poète commence par exhorter aux Erreurs de fuir. Et il mentionne alors ceux qui s'opposent au progrès dans des vers qui, encore une fois, sont une variante de notre poncif :
 
Tous ceux, - dont l'intérêt et le timide esprit,
Combattant du progrès la marche triomphante,
Leur opposent en vain leur colère impuissante ; -
S'écriront, arrogants : "Nous vous l'avions bien dit !"
 Je rappelle que le vers source que j'exhibe est un propos tenu non par le poète personnifiant la pensée de Ricard, mais précisément par ces gens combattant le progrès. Je rappelle aussi que le monostiche de Rimbaud est conjugué à l'indicatif imparfait et suppose donc que l'adoption du progrès par l'humanité appartient au passé, ce qui contredit l'optimisme volontaire des poèmes de Ricard.
Ces donneurs de leçons formulent avec ironie le principe qu'a exhibé Ricard dans son poème liminaire "Amour" :
 
Pourquoi prendre en amour cette race éphémère ;
Et la vouloir guider dans la route du bien ?
Je ne commente pas la symétrie grammaticale évidente : "dans la voie du progrès" (philosophes cités par Balzac) "dans le progrès", "dans la route du bien". Je fais tout de même remarquer une astuce. Anticlérical, Ricard met le Seigneur de son côté en décrivant des réactionnaires qui pensent que Dieu dédaigne le genre humain et ne veut pas de l'amour entre les hommes. Ricard s'est senti subtil d'établir un tel dispositif.
L'indifférence de l'égoïste doit être la bonne philosophie pour ces gens. Et Ricard cherche ceux parmi ces gens qui peuvent être sauvés en s'écriant : "Pourquoi donc au progrès refuser vos secours ?" Nous avons ici une mention intéressante du progrès en tant qu'enfant à secourir soit paternellement, soit maternellement. Ces gens répondent ne pas s'intéresser à la "pauvre race humaine", ce qui est paradoxal vu qu'ils en sont une composante, mais on voit ainsi qu'on peut mettre sur le même plan les notions de Liberté, Progrès et Humanité. Pour l'égoïste, ce ne sont que des "mots sonores et vides". Le poète oppose alors l'idée suivante que, si l'indifférence est la clef du bonheur, il y a bien une inquiétude qui travaille les coeurs et les âmes. Et Ricard annonce l'imminence d'un temps nouveau et heureux, l'achèvement de la Révolution française si on lit entre les lignes. Et il affirme : "l'humanité n'en marchera pas moins" avec une variante dans la conjugaison du verbe à l'indicatif futur simple.
Vous voyez qu'on est loin d'un simple rapprochement aux deux vers que tout le monde cite après moi. Et on dirait bien que personne n'a pris la peine de lire les recueils de Ricard, plume en main, depuis 2009.
Ensuite, on peut penser à l'idée de confort du verbe "chausser" avec cette idée d'une "race humaine" qui "dans le bien éten[d] son domaine". Ricard enchaîne alors avec la célébration imagée de la Révolution française en demandant si alors l'humanité n'était pas belle. Le poème est conçu comme un dialogue entre le poète et l'égoïste, et s'ensuite une joute verbale en répliques à base de vers courts qui se termine par un appel du poète à l'avènement de la Raison avec une initiale majuscule. L'Egoïste va contester cette allégorie de la Raison. Cela commence par un long déni des représentations des poètes et cela se poursuit par le passage où figure les deux vers clefs d'un rapprochement avec le monostiche zutique. J'opte pour une citation plus étendue qui remettra nos deux vers en contexte, en précisant l'idée dominante d'un destin déjà écrit auquel il faut se résigner, ce qui est à comparer à plusieurs poèmes de Lamartine et Vigny notamment :
 
Prends en pitié celui qui consacre ses heures
A faire triompher lentement ses pensers
Et, combattant toujours, gaspille les meilleures
Dans les rêves ardents de projets insensés !
 
Prends en pitié ce fou, qui se pensant un sage,
Croit que l'humanité marche dans le progrès ;
Eh ! quoi donc ! dites-vous qu'en tournant dans sa cage,
L'écureuil prisonnier marche dans les forêts ?
 
Ah ! rêveurs ! songe-creux ! dont l'inexpérience
Aspire à réformer les lois du monde entier ;
Sachez que la Raison n'est que l'Indifférence,
Et que l'humanité n'avance pas d'un pied.
 Quand on cite en contexte nos deux vers, on se rend immédiatement compte que Teyssèdre, Claisse ou Cavallaro parlent un peu vite de l'ironie du monostiche de Rimbaud à l'encontre de l'idéalisme niais de Ricard. Cela semble plus compliqué que la présentation qu'on vous en fait.
Ces vers que j'ai cités sont les derniers du premier mouvement appelé paradoxalement "pause".
Prenons la table des matières à nouveau. Après ce long morceau "L'Egoïste", nous avons une section de "Poésies diverses", dont le morceau "Les Deux Prières" adressé à Belmontet. Il y a ensuite une section de quatre épîtres dont une à Théophile Gautier et une autre sur les thèmes de la Liberté et du Progrès. Il y a ensuite la partie "Le Roman d'un poète" composé de plusieurs parties en vers. Puis il y a une nouvelle partie composé d'un poème en trois pauses, "Le Temple de la Poésie", et enfin deux fragments, puis quelques Notes.
Il faut poursuivre l'enquête, mais le vers sur le fait de porter secours au progrès remet sur la table la lecture d'une humanité attentive à mettre de bonnes chaussures au pied de son enfant, tandis que l'imparfait du poème de Rimbaud pourrait plutôt se teinter d'ironie amère que de pur sarcasme. Ricard a adhéré à la Commune et il est revenu à Paris un temps avant 1873, mais je ne maîtrise pas les données sur cette période de sa vie. Au-delà de 1873, il s'éloigne pour Montpellier.
Enfin, je souhaitais aussi revenir sur un point particulier. Ricard a répondu aux mensonges de Barbey d'Aurevilly contre les parnassiens en expliquant que l'envoi de Pommier avait été refusé à cause d'une inconvenance qui passait par la croisée ouverte d'une scène de bal. Le motif de la croisée ouverte a son importance dans "Les Chercheuses de poux" et c'est un motif traité par Dierx dans au moins un poème de son recueil de 1879 Les Amants. J'aimerais bien identifier le poème de Pommier qui a été refusé. Il y a peut-être une piste à creuser.
Dans l'Album zutique, le monostiche vient avant la déferlante de vers courts souvent d'une syllabe à la manière de Pommier. Daudet était une cible zutique clef également. Il me semble assez évident que Rimbaud a dû être mis dans la confidence de polémiques entre parnassiens et opposants tels que Barbey d'Aurevilly, Daudet et donc Pommier. Il y a peut-être des pépites à côté desquelles nous passons.

C'est bientôt l'heure du Ricard, ô vaste enfant Progrès !

 Depuis 2009, j'annonce que j'ai envie de donner plus de précisions sur le monostiche zutique attribué par Rimbaud à Ricard, mais je ne le fais jamais. J'ai aussi mentionné une passerelle du côté d'Amédée Pommier. Par nécessité, dans son livre sur "le foutoir zutique", Bernard Teyssèdre a brodé des considérations sur ce monostiche. Claisse s'est lui aussi fendu d'un article où il a essayé de définir le monostiche comme le principe d'ironie du réel regardé enfin en face qu'il considère comme le principe d'écriture des Illuminations après la leçon enseignée dans l'Adieu à la saison en enfer. Je trouve ça tout de même problématique dans la mesure où le monostiche n'est écrit que quelques mois après les lettres dites du voyant, il a même été écrit avant le sonnet "Voyelles" qui est pourtant mis en boîte au début du récit qui se veut chronologique de "Alchimie du verbe".
Où en est-on en 2026 ? Cavallaro cite inévitablement la source que j'ai révélée en 2009, le couple de vers du poème "L'Egoïste ou la leçon de la mort" : "Prends en pitié ce fou qui, se pensant un sage, / Croit que l'humanité marche dans le progrès". Mais ça s'arrête à peu près là. Cavallaro tente de superposer la source et la parodie : "marche" doit correspondre à "chaussait". En réalité, il y a un problème de cohérence dans la transposition. Et ça pour bien l'apprécier il faut relever d'autres vers de Ricard, ceux où l'humanité prend soin du progrès, de la liberté, de ses projets. Ricard revient en effet sans arrêt sur l'idée de l'avenir avec le progrès, la liberté et le bonheur de l'humanité au bout, mais la mise en scène n'est pas toujours la même et on peut avoir des contradictions si on n'y fait pas attention. Il est temps que je revienne enfin sur cette source : jusqu'à présent aucun rimbaldien n'a aplani la difficulté du rapprochement. J'en profiterai pour citer quelques autres éléments intéressants autour de Ricard.
Là, je vais manger, à bientôt pour le Pastis sous le soleil.

***
Apéritif nocturne chez un sicilien.
Un pot-pourri d'infos malgré les 10 pour cent de batterie.
Pommier à publié dans son recueil de Colifichets un long poème sur pas mal de pages en vers dectro8s syllabes intitulé L'égoïsme et par ailleurs Ricard peut répliquer à d'autres poèmes moralisateurs de Pommier.
Ensuite dans le long poème de Ricard ou j'ai trouvé ma source, il y a un vers sur l'humanité quivs'occupe du progrès.
Je développe tout ça très bientôt.

samedi 22 août 2026

Du.vu chez Hugo et Dierx, puis dans les rimes.de Voyelless

 Dans le précédent article, nous avons appris que le mot "vu" était une citation des Lèvres closes de Dierx (poeme conclusif "Marchevfunebre" et probable lecture par Rimbaud de poèmes ennattente d'être ajoutés au recueil : L'Odeur sacrée et La Ruine o7bf8gure aussi le mot "vu" avec une valeur symbolique). Cela rappelle inévitablement le discours sur Hugo dans la lettre à Demeny du 15 mai 1871 : Hugo a bien du vu.

Or, cela permet de revenir sur les rimes de Voyelles.

Face à des poèmes hermétiques, on l'a vu, il est intéressant de cerner les reprises de mots à un autre poète ou écrivain, l'Albumnzutique facilitant la validation des résultats par la mention explicite d'une cible. Et les mots à la rime sont de vrais trousseaux parfois, comme étamine qui permet d'être sur à cent pour cent de la source chez Silvestre au quatrain Lys, comme la rime redingote/gargote dans Ressouvenir qui permet d'être sur à cent pour cent que Rimbaud aclu un dizain alors inédit de Coppee sous une forme manuscrite, à oins d'une pre-originale encore insoupçonnée.

Les mots rares sont importants dans Voyelles et pas tous à la rime : vibrement de Gautier qui vient d'un autre premier vers de sonnet, strideurs significativement couplé à clairon qui relié Voyelles à O'Neddy et Paris se repeuple, bombinent quibrelie Voyelles aux Ains de Jeanne-Marie. 

Pour les rimes de Voyelles, le mot rare absolu est viride qui sera à nouveau à la rime dans Entends comme brame... et cette fois lié à pour en référence évidente à l'origine botanique de l'expression latin : pois virides. On remarque l'opposition entre les mers virides et le jardin de petits pois entre les deux poèmes. L'adjectif viride ne semble pas être employé par un autre pète que Rimbaud, mais par extension on peut rapprocher mers virides de verdeurs marines chez Silvestre. Latentes est aussi une rareté et à plus forte raison à la rime et on le retrouve justement chez Silvestre, lequel exhibé aussi vibrations à rapprocher de vibrements au début de son recueil Les Renaissances, et par extension ce titre se retrouve dans naissances latentes.

La rime etranges/anges est plus banale mais rel8e Voyelles à nouveau aux Mains de Jeanne-Marie et par extension a cette allusion en-dehors des rimes dans Les Corbeaux et La Rivière de casssis: armée etrange/angélus/voix d'anges. Cette rime à des emplois significatifs chez tant de poètes Baudelaire, Nerval, Silvestre, etc.

Le nom ride bien distinct de la forme verbale de rider est rare également, y compris chez Hugo..Là encore, Silvestre et ses Renaissancesvfournissent unnexemple à la rime. Décidément.

Ombrelles est rare aussi ennpoesie et à plus forte raison à la rime. Or Hugo fournit la rime ombrelle,/belle dans le poème IV du premier livre des Contemplations, dans un galop créatif qui annonce le poème Le Sacré de la femme. Rimbaud reprend justement suprême Clairon à La Tropette du jugement de Victor Hugo en inversant l'ordre des deux mots, "clairon supreme" figure dans Eviradnus et La Trompette du Jugement, et tentes au singulier je crois est à la rime dans ce dernier poème.

Je peine désormais à retrouver la source à l'expression oxymorique significativement placée au centre de la composition "ivresses penitentes". L'adjectif à la rime est plus que rare, je l'ai trouvé chez Barbier.

Il y a éclatantes à rechercher, le couplé studieux et yeux et L'adjectif cruelles, mais il y a aussi ce mot rare Voyelles qui donne son titre au sonnet !

J'ai déjà souligné l'écho des pronoms elles et eux qui se fait écho de Voyelles à Yeux par-dela le jeu sur des rimes féminines face à une unique rime masculine, mais j'ai aussi souligné l'équivalent phonétique entre Voyelles et voyant. Les voyelles étant associées chacune à une couleur sont moins des phonèmes, des sons qu'on entend si vous préférez, que des visions, et justement le mot de la fin Yeux ne désigne pas que l'organe utile à la vue, puisque les yeux sont aussi une vision tout comme le A noir, le E blanc, le corset des ouches, etc.

Je ne crois évidemment pas à la lecture de Cornulier qui pense que le poète se voit lui-meme au dernier vers, c'est débile. Je ne crois pas non plus aux considérations de Cornulier qui explique que A noir ce n'est pas déjà de l'alchimie c'est un.outil de départ, un ustensile. Évidemment que A noir c'est déjà devl'alchimie.

Le mot "voyelles" peut être pris comme un équivalent de "visions", et c'est très intéressant pour relancer la recherche de sources au sonnet rimbaldien. Avec vu, le mot visions à une place clef dans la lettre lettres du 15 mai à Demeny justement.

Un jour, un rimbaldien honnête et intelligent fera en son nom les découvertes du présent article de mon blog, ce sera vraiment un frais ami des lettres. Un chevalier, un chevrier, un dominicain, un barde, un murphyen, une gloire mondiale.

vendredi 21 août 2026

Et encore du nouveau sur "Vu à Rome", les rimbaldiens en PLS !

Je sais très bien que les gens n'aiment pas qu'on parle de soi de manière favorable, mais c'est ce qu'on m'a laissé en m'amenant dans cette zone de retrait qu'est mon blog et en évitant de me citer publiquement alors qu'on s'inspire en douce de tout ce qu'il y a de généreusement prodigué sur la toile, non seulement sur ce blog, mais sur des forums de discussion de sites rimbaldiens, parce qu'il y aurait des surprises si on s'amusait à citer les archives de ces forums.
Mais, bref ! Prenons l'angle d'attaque de l'Album zutique. J'ai déjà dit que j'étais très actif sur cette partie de l'oeuvre de Rimbaud. J'ai découvert en gros à moi seul les sources de quatre des vingt contributions zutiques de Rimbaud intégralement conservées, et on va ajouter à ce palmarès "Vu à Rome". Sur les quinze autres contributions de Rimbaud, dont une bonne partie renvoie au seul Coppée, j'ai également apporté pas mal de mises au point décisives. J'ai travaillé sur la datation resserrée des contributions, ce que Benrard Teyssèdre n'a fait que voler avec le soutien de Murphy, Lefrère, Pakenham, plusieurs rimbaldiens de la revue Parade sauvage, Alain Bardel, Adrien Cavallaro et quelques autres. Je ne parle pas du vol d'une idée inédite, je parle du vol d'une argumentation qui a été publiée avant le livre de Teyssèdre. Il s'agit bien d'un cas de malhonnêteté caractérisée.
Il va de soi que vers 2009 les choses s'emballaient je travaillais sur les poèmes de l'Album zutique et je faisais plein de découvertes. La plus spectaculaire, c'était que les "Hypotyposes saturniennes ex Belmontet" et "Vieux de la vieille" étaient des centons de citations authentiques de Belmontet. Ces deux pièces étaient annotées dans les éditions courantes et des articles leur avaient même été consacrés. Murphy en particulier avait publié des études de ces deux pièces où il prêtait des intentions satiriques et comiques à des vers qu'il pensait inventer par Rimbaud. "Vieux de la vieille" n'était pas signé et n'était pas mis en lien du coup avec Belmontet. Cette pièce passait pour le premier poème en vers libres de Rimbaud par contraste avec les octosyllabes du poème de ce titre du recueil Emaux et camées. Pour les "Hypotyposes saturniennes", Belmontet était désigné comme cible, mais visiblement pour composer son article Murphy n'avait pas daigné lire tout ou partie des poésies de Belmontet, puisqu'il n'a repéré aucune citation authentique.
Et ça ne s'arrête pas là. Murphy a publié ses deux analyses en 1990 et en 19914. En 2009, personne n'avait pris la peine depuis les études de Murphy de le contredire, de venir lui signifier que les deux contributions zutiques en question contenaient des citations authentiques de Belmontet. Personne, depuis que cette mention Belmontet a été révélé, depuis donc les débuts des publications des contributions zutiques, n'avaient pris la peine de lire les recueils de Belmontet. Ni Pascal Pia, ni René Etiemble, ni personne ! Un peu avant 2009, j'ai cherché à comprendre les "Hypotyposes saturniennes". Je pensais que c'était une parodie, mais je considérais que si c'était une parodie il fallait bien que des vers authentiques soient visés. Je les ai recherchés, c'est la méthode évidente. Et j'ai découvert que Rimbaud avait recopié, parfois approximativement, des vers authentiques, et cela s'est étendu au cas de "Vieux de la vieille".
Les rimbaldiens n'avaient rien lu de la cible parodique de Rimbaud.
Le poème "Lys" est l'autre cas spectaculaire. J'avais déjà ce résultat avant que l'édition de Rimbaud dans la collection de La Pléiade ne soit publiée, mais le résultat était tellement frais que je ne l'avais pas communiqué. J'ai développé ce point dans un article, je pense dans l'article "A propos de l'Album zutique" paru dans un numéro spécial de la revue Europe.
Ici, j'introduis un élément pour votre édification. A partir de 2010, la querelle de la photographie du Coin de table à Aden bat son plein, je demande bientôt des explications à Murphy sur le livre de Teyssèdre qui vient marcher sur mes plates-bandes et endort mes apports personnels de diverses manière, etc. Or, le volume de la revue Europe, la revue Parade sauvage en a rendu compte dans un numéro de 2010 ou 2011. La recension a été faite par Bertrand Degott, lequel a cité tous les intervenants, sauf moi ! J'ai demandé des explications, je n'ai eu aucune réponse. Chevrier a alors publié dans la revue Parade sauvage un article où il s'attribuait un de mes apports de l'article de la revue Europe, le rôle joué par l'article de Verlaine contre Barbey d'Aurevilly dans la pratique zutique des sonnets en vers d'une syllabe. Là encore, j'ai demandé des explications et n'ai pas reçu de réponse.
Et bien sûr, dans son livre, Bernard Teyssèdre, puisqu'il commentait tous les poèmes, reprenait les sources que j'avais identifiées au quatrain "Lys". Il me citait, mais exclusivement dans les notes que très peu de gens consultent.
J'en ai fini sur ce point édifiant.
Reprenons. Donc, en 1990 ou 1991, Murphy a publié une étude du quatrain "Lys" où il n'a pas identifié le poème que Rimbaud a parodié. Personne avant 1990, personne jusqu'en 2009 n'a lu les recueils déjà publiés en octobre 1871 par Silvestre, malgré le prestige du parrainage par George Sand. Ni Pia, ni Etiemble, ni un quelconque rimbaldien, majeur ou mineur, lecteur des livres de Murphy de 1990 et 1991.
Il y avait quatre vers signés "Armand Silvestre", ce qui supposait de lire deux recueils et quelques poèmes en revue en une matinée, et cela n'avait été fait par personne. En 2009, j'ai révélé que Rimbaud avait réécrit des passages d'un unique "sonnet païen" précis où notamment figurait la mention rare "étamine" à la rime. J'ajoute que j'ai aussi insisté sur la référence à Molière du trait d'esprit "spiritualiste malgré lui".
Je remarque qu'en 2026 Cavallaro ne cite que le poème de Silvestre, mais ne s'intéresse pas le moins du monde à la préface de George Sand et à ce trait d'esprit "spiritualiste malgré lui", ni au renvoi au dramaturge qui parle des clystères de foireux médecins. Je remarque aussi que Cavallaro parle de "médiocre poésie d'Armand Silvestre", "fertile en poncifs exclamatoires, sentimentaux ou floraux". Ce mépris bien entendu, c'est celui des gens qui sans avoir lu Silvestre n'ont jamais considéré avant 2009 qu'ils devaient lire de près Belmontet et Silvestre pour apprécier les parodies de Rimbaud. Le mépris de Cavallaro, ce n'est rien d'autre que le préjugé moyen des rimbaldiens. Les rimbaldiens ne lisent guère de poésie, c'est plutôt ça la vérité. Oui, Silvestre n'est pas Rimbaud, et alors ?
j'avais aussi mentionné les deux livres parus sous le pseudonyme de Ludovic Hans et hostiles à la Commune. Cavallaro n'en cite qu'un seul.
Personnellement, je me rapproche de n'avoir toujours pas lu de près les romans de Sand avec son personnage Sylvestre pour vérifier si Rimbaud s'en inspire aussi ou non... Moi, je suis pour le travail fait sérieusement, même si j'ai des difficultés matérielles et des problèmes d'emploi du temps qui me font perdre le fil. 
Mais j'en arrive à un point très troublant des études rimbaldiennes.
On pourrait se dire qu'après mes révélations sur deux centons de Belmontet et la source parodique indéniable au quatrain "Lys", les rimbaldiens ont pris une leçon et comprennent comment chercher.
Ils n'ont pas trop de difficulté en ce qui concerne la pièce "Fête galante" à cause du prestige de Verlaine. Ils daignent, quoique c'est assez relatif, chercher des sources dans la poésie de Coppée qu'il trouve médiocre depuis que son importance a été cernée pour "Les Etrennes des orphelins", vu la place qu'il prend dans les parodies zutiques. Mais pour le reste, néant. Murphy a quand même fait l'effort d'une recherche du côté de Ratisbonne, recherche qui a porté ses fruits.
Il reste alors un poème intitulé "Vu à Rome" qui est signé "Léon Dierx". Dierx est l'un des poètes les plus importants parmi ceux qui ne sont pas réédités de nos jours. Le problème, c'est qu'il est visiblement plus difficile de rapprocher "Vu à Rome" d'un quelconque poème de Dierx que d'identifier la source du quatrain "Lys" chez Silvestre. Autrement dit, les allusions de Rimbaud ne sont pas saillantes.
Signe entre mille autres que Teyssèdre a écrit à toute vitesse son livre pour me couper l'herbe sous les pieds, il a fourni une analyse de "Vu à Rome" où, considérant que le lien à Dierx, n'était pas apparent, le poème pouvait tout aussi bien être une autre parodie d'Armand Silvestre, et Teyssèdre s'est lancé dans cette invraisemblable aventure, ce qui évidemment n'a convaincu personne. La lecture de "Vu à Rome" par Teyssèdre est en réalité un véritable fourre-tout d'hypothèses de lecture variée, mais son idée de parodie de Silvestre est lunaire. J'ai montré pour le quatrain "Lys" qu'il y avait une parodie de Silvestre, parce que j'ai pris au sérieux l'intention de la fausse signature. Dans le cas de "Vu à Rome", celui qui voulait profiter de mon enseignement devait prendre au sérieux la fausse signature Léon Dierx. C'était du pur bon sens. Teyssèdre a agi comme si mon enseignement c'était que Silvestre était intéressant pour explorer toutes les contributions zutiques, ce qui n'est pas une mauvaise idée (à preuve mes liens avec "Voyelles" et "L'Etoile a pleuré rose..."), mais il l'a fait en laissant de côté la signature "Léon Dierx". C'est comme si vous lisiez "L'Enfant qui ramassa les balles..." en daubant la signature "PV", non ? A l'époque, je sentais cette difficulté de rendre évidente la parodie de Dierx dans "Vu à Rome", j'ai signalé les octosyllabes et l'actualité de la plaquette  Paroles du vaincu, mais il est vrai que le lien ne s'imposait pas pour les sujets traités. J'ai surtout signalé des mots clefs repris par Rimbaud. Tout cela était épars et ne s'imposait pas nettement, mais je faisais confiance à la prise d'ampleur de la méditation sur ces éléments. Tel ne fut pas le cas d'Yves Reboul qui a publié à deux reprises sur ce poème en méprisant assez nettement les liens parodiques proposés avec les vers de Dierx et il a suivi l'idée d'une interprétation sociopolitique du poème issue de remarques que j'avais faites, ainsi que de développements présents dans le fourre-tout de Teyssèdre.
Je l'ai fait en réalité depuis quelque temps sur ce blog, mais dans l'article qui précède celui-ci j'expose très clairement comment déterminer la parodie de Dierx. Je privilégie le recueil cité par Rimbaud. Le recueil a une préface en prose de 1867. Je note que Cavallaro en a mentionné un extrait dans son édition en Folio Classique. Cette préface n'est pas reprise sur le site Wikisource qui mentionne un état ultérieur du recueil qui plus est. Notons que Dierx reproche aux critiques de ne pas lire de poètes et de toujours les trouver médiocres, c'est assez piquant vu ce que Cavallaro écrit sur Silvestre... Cavallaro aurait pu citer d'autres extraits de cette préface en prose. Elle est composée de sous-parties numérotées en chiffres romains et à la fin de l'une d'elle nous avons une mention du progrès qui n'a pas arrangé la réputation de la poésie parmi les hommes, il y a une autre mention du progrès pour une phrase qu'on peut comparer au monostiche de Ricard qui je le rappelle figure sur exactement la même page de l'Album zutique que "Vu à Rome". Vers la fin de cette préface, il y a aussi des passages sur la mort de la poésie avec des vers qui dorment en paix. J'aurais cité d'autres passages, je le ferai.
Ma méthode est la méthode universellement admise. Puisque Rimbauid cite le recueil Lèvres closes, on peut se reporter au poème en vers "Prologue" qui est une autre préface au recueil, mais une préface intégrée au recueil dont le propos ne saurait être annexe. J'identifie trois réécritures, et j'identifie des thèmes convergents. Cela se confirme avec le poème suivant : mêmes thèmes convergents, d'autres réécritures s'imposent. Le rapprochement pour le verbe "figer" ne s'imposait pas de prime abord, je prends la peine d'expliquer à quoi s'articule la représentation de Dierx et du coup le lien devient évident. Pour "couvert de silence et de nuit", cela n'a l'air de ne pas pouvoir se confondre avec "couvert d'emblèmes chrétiens", qu'à cela ne tienne je vous explique la "nuit livide" dans "Vu à Rome" en connexion avec d'autres réécritures du même poème "Prologue" où figure "couvert de silence et de nuit".
Maintenant, on passe à la suite.
Le recueil Lèvres closes a été réédité quelques années après avec deux poèmes ajoutés : "L'Odeur sacrée" et "La Ruine". Il y a aussi une petite interversion de position pour deux poèmes, je crois, mais l'important c'est ces deux poèmes ajoutés.
Le premier réflexe, c'est peut-être de se dire qu'il faut écarter ces deux poèmes que Rimbaud ne peut avoir lu en octobre 1871, puisqu'il a consulté l'édition originale, sauf que Rimbaud semble bien fréquenter les "Vilains Bonshommes", Léon Dierx lui-même, etc. Il y a tout le problème des lectures publiques de poèmes inédits qui se pose.
Or, le poème "L'Odeur sacrée" offre par son titre un lien évident avec "Vu à Rome", et ce poème "L'Odeur sacrée" est précisément dédicacé "A Armand Sylvestre" dont le nom a été transcrit avec un "y" !
Finalement, Teyssèdre n'avait pas tort de penser à un lien de Silvestre à Dierx, de "Lys" à "Vu à Rome", sauf que sa démarche remise au hasard n'allait pas du tout dans la bonne direction.
Le poème "L'Odeur sacrée" va occuper une place plutôt conclusive dans la réédition du recueil de Dierx, ce sera l'antépénultième poème du recueil.
Le poème joue quelque peu avec les répétitions décalées rythmiquement, procédé caractéristique de Dierx, mais il joue d'énormément d'équivoques phonétiques entre les mots, d'assonances et d'allitérations, recourant aux mots rares qui accentue du coup l'espèce de préciosité musicale du morceau. Au plan du sujet, l'odeur est assimilée à un rayon, à un éclair, à un rappel du passé, on dirait une madeleine quasi,  et on a l'idée du souvenir de "clairs matins" qui passe dans la "douceur du soir" au dernier vers. La parodie semble tourner ces idées en quelque chose de plus sec : "Tous les matins on introduit..."
Mais je voudrais aussi mentionner l'autre poème qui allait être ajouté au recueil. Il est dédicacé à Villiers de l'Isle-Adam et il s'intitule "La Ruine", et on peut comparer cette ruine qui fait le sujet du poème à la cassette écarlatine. Et j'ai deux indices en ce sens. Rimbaud pour écrire "couverts d'emblèmes chrétiens" s'est inspiré de formules similaires dans les vers de Dierx. Il s'est inspiré de "Couvert de silence et de nuit" du "Prologue". Il va de soi que du vers 6 du "Prologue" au vers 2 de "Vu à Rome" une solennité comparable passe. Et Rimbaud n'a pas perdu les idées de nuit et de silence du modèle. Notons aussi que si les poèmes mystiques de Dierx ne sont pas chrétiens, raison pour laquelle on peine à reconnaître "Vu à Rome" pour un poème parodiant le poète réunionnais, "Lazare" est sur un sujet chrétien et mentionne Jésus. Le glissement du côté des "emblèmes chrétiens" ne met pas en doute l'idée d'une parodie de Dierx. Mais le poème "La Ruine" offre justement un autre exemple d'emploi de l'expression "couvert" et cela en début de poème encore une fois : "Un continent couvert d'arbres pétrifiés", vers 5 du poème à rapprocher donc du vers 6 de "Prologue", poème où il est question aussi de "bois solennels", et donc du vers 2 de "Vu à Rome". Ce rapprochement ne serait pas grand-chose s'il n'y avait pas le deuxième indice. Le titre du poème de Rimbaud est "Vu à Rome". Qu'est-ce qui a pu inspirer ce titre à Rimbaud chez Dierx ?
J'ai l'impression que les trois premiers vers de "La Ruine" ouvre une perspective intéressante :
 
L'esprit mystérieux au vague ou bref chemin
Qui par moments nous prête un regard surhumain,
Le rêve, m'a montré ce que n'a vu personne :
[...]
Le poème décrit ensuite un temple plus immense que Karnak ou Angkor Vat. On peut aisément comparer la description avec celle plus mesquine de "Vu à Rome", comme on peut souligner qu'à la fin du poème il est question de silence et d'oubli.
Je rappelle que la mention "Graal" à la rime figure dans un poème de Dierx qu'il ne publiera en recueil qu'en 1879, mais qu'il publiera en revue dès 1873. En gros, on sent qu'en octobre 1873, Rimbaud a profité parmi d'autres de la lecture de plusieurs poèmes encore inédits de Dierx : les deux poèmes ajoutés aux Lèvres closes et le poème contenant la mention "Graal" à la rime à tout le moins.
Il ,est maintenant logique après avoir souligné que Rimbaud pour se faire une idée des "Lèvres closes" comme sujet à privilégier le début du recueil, son "Prologue" et son premier poème "Lazare", de se reporter à la conclusion qui s'intitule "Marche funèbre". Elle contient ce vers dont Rimbaud a repris l'adjectif à la rime : "Le sol frappé résonne en clameur sépulcrale," et je précise que je ne m'amuse pas à dire par opportunisme qu'à chaque fois que Dierx emploie "sépulcre" et "sépulcrale" Rimbaud démarque cette occurrence précise dans sa mention "sépulcrale" à la rime de "Vu à Rome". Rimbaud a vu l'ensemble des occurrences, il a vu leur emplacement dans les pièces clefs "Prologue", "Lazare" et "Marche funèbre" et il a fait une allusion globale à ces mentions dierxiennes.
Je relève aussi dans "Mar che funèbre" un quatrain avec cette double mention des "aïeux incrédules" qui ont chanté et cette dénégation avec la mention précise "vu", dénégation de la vision de l'amour que Rimbaud transpose à l'Eglise : "Nul de nous ne t'a vu dans nos froids crépuscules."
Et pour ceux qui voudraient se rattacher vénalement à la vie, Dierx va employer le mot "prurit" :
 
Quelqu'un sent-il vers l'or frémir ses doigts inertes,
Et le honteux prurit crisper encor sa chair ?
 Vous vous plaindrez sans doute que pour l'instant je n'aille pas assez loin dans les explications, mais, de toute façon, vous taxez tout ce que je dis d'élucubrations, même quand j'étaie un tant soit peu. En tout cas, ceci est d'évidence à comparer à l'action de l'immondice schismatique. Et plus loin, Dierx écrit : "Il gît sous nos fumiers", ce qui là encore est une image à mécaniquement rapprocher de l'immondice schismatique. Je ne fais pas ces rapprochements avec un poème du milieu du recueil, je cite le poème conclusif du recueil! Et dans le dernier quatrain il est question de revomir nos os sans nombre, ce que l'immondice schismatique pourrait bien comiquement provoquer en étant introduit dans les narines anciennes du Vatican.
J'ajoute que dans ce poème conclusif Dierx dit que rien ne sort de "cercueils fermés" et qu'il regrette le parfum d'une ère que nous n'avons jamais connue.
J'ai mis en place un solide dispositif de relations "latentes" entre "Vu à Rome" et le recueil Lèvres closes de Dierx en y incluant trois poèmes inédits de Dierx, dont deux destinés à enrichir ce recueil et j'y ai ajouté un sonnet de Mendès à cause de la mention "écarlatine".
En clair, la prochaine édition annotée des oeuvres de Rimbaud vous étalera toutes ces données. On va arrêter de se détourner de la référence à Dierx. Et on va vous laisser à vos compétences de lecteur pour chercher à préciser le fin de mot de la parodie rimbaldienne...
Moi, j'ai des idées, mais ça ne vous plaît pas, donc j'en reparlerai quand j'aurai amené cela à un niveau indéboulonnable. Mais, pour ce qui est du chemin parcouru, si on regarde dans le rétroviseur, qui allait dans la bonne direction ? Qui fait avancer objectivement la recherche zutique sur ce poème ?