vendredi 24 avril 2026

Compte rendu du livre Rimbaud l'Obscur de Bardel : quelques remarques sur Fairy, Guerre, Solde, Après le Déluge, Barbare, Fête d'hiver...

Petite erreur de ma part dans l'un de mes derniers articles du blog. Dans l'édition de 1895 des Œuvres complètes d'Arthur Rimbaud, Vanier a bien mis les chiffres romains de I à V au-dessus des cinq titres qui vont de "Fairy" à "Solde" en passant par "Jeunesse". C'est dans la table des matières qu'il ne figure pas où on a seulement les quatre chiffres internes à la série "Jeunesse". Et par contraste, il n'y a pas de chiffre romain au-dessus des titres des poèmes en vers inédits "nouvelle manière", mais il faut préciser qu'ils entrent dans la longue série des vers de ce recueil. La présence de ces chiffres romains ne change rien au fond du sujet. Rimbaud a créé deux séries, la série "Jeunesse" et la série "Fairy", "Guerre" et "Génie", à moins qu'un jour on ne prouve qu'il faille intervertir les manuscrits de "Fairy" et "Dimanche", ce qui reste tout de même peu probable. Vanier a allongé la série en numérotant IV et V "Jeunesse" et "Solde", et il a du coup subordonné la série "Jeunesse" à la série Fairy, Guerre, Génie.
"Solde" était sur un manuscrit isolé, le poème n'appartenait à aucune série. Mais on peut s'intéresser au type de papier. "Génie" et "Dimanche" sont les deux parties d'un unique papier à lettres bleu qui a été découpé. Les autres manuscrits publiés par Vanier seraient tous du même type avec les mêmes proportions 20v15 cm, mais "Fairy" a été découpé en bas pour permettre une copie "Veillées I et II", tandis que "Guerre" a été découpé sur le bas du manuscrit autographe de "Promontoire". Donc une partie des poèmes sur papier 20x15 ont été publiés par la revue La Vogue, les parties découpées "Veillées I et II" et "Promontoire". Ce dernier l'a été à partir d'une copie allographe et finalement il fait partie lui aussi des manuscrits parvenus à Vanier. Toutefois, il existe d'autres transcriptions sur ce même papier 15x20 cm qui ont été publiés par la revue La Vogue : "Scènes", "Soir historique". Or, cela est intéressant à regarder de près, puisque les choses ainsi présentées, on pourrait croire que c'est à la marge que "Scènes" et "Soir historiques" sont sur le même type de papier, mais je rappelle qu'au-delà de la suite paginée sur papier homogène essentiellement il y a peu de manuscrits de poèmes en prose qui ont été le support d'une publication par les éditeurs de la revue La Vogue. Il y a "Promontoire", "Scènes" et "Soir historique" qui sont donc sur le même papier que l'essentiel des manuscrits publiés par Vanier, mais ensuite nous ne connaissons les transcriptions de "Mouvement" et du duo "Bottom"/"H" que par des fac-similés toilettés dont nous ne connaissons pas les dimensions exactes ! Et il faut ajouter que nous n'avons aucun fac-similé de "Dévotion" et "Démocratie". Nous ne savons même pas à quoi ressemblent leurs manuscrits disparus entre Gustave Kahn et Gustave Cahen.
En clair, il se dessine une idée qui n'est jamais mentionnée si je ne m'abuse par Murphy et Bardel, c'est qu'il y avait une deuxième série de transcriptions sur papier homogène où les seules exceptions pourraient être "Génie" et "Dimanche", avec évidemment le découpage particulier de "Promontoire", "Guerre", "Fairy" et du coup "Veillées I et II". Il y a deux séries quasi homogènes. Du coup, "Après le Déluge" avec son format carré particulier et le trio sur deux faces d'un feuillet "Nocturne vulgaire", "Fête d'hiver" et "Marine" pouvaient être les seuls manuscrits singuliers avec "Génie" et "Dimanche" dans cet ensemble. On voit bien qu'il n'y aucune aberration à considérer que les éditeurs aient pu placer "Après le Déluge" et la copie recto/verso aux extrémités ou quasi extrémités de la grande série homogène, puisque les feuillets n'ont pas été paginés par Rimbaud et donc qu'ils avaient bien à méditer des "chiffons volants", n'en déplaise à Murphy, Bardel et Murat qui démentent à tort Fénéon sur ce point.
Mais reprenons.
Dans son avant-propos, Bardel décrit dans le désordre les parties de son ouvrage. Il commence par la partie centrale, une édition annotée des poèmes, puis il décrit l'introduction qui s'acharne à démontrer que les manuscrits forment un recueil inaltérable bien soigneusement préparé par Rimbaud (ils devaient être heureux les élèves de Bardel quand ils devaient lui rendre des travaux faits  à la maison : "oh ! tu n'as pas eu le temps de finir, ce n'est pas grave, on voit l'idée générale, c'est le principal"). Et Bardel présente ensuite la partie finale, un essai sur l'hermétisme des poésies en prose qui apporte moins une solution qu'il ne célèbre la joie pour le lecteur de s'affronter aux difficultés particulières à ces textes. Mais, Bardel a choisi trois poèmes qu'il commente plus minutieusement : "H", "Fairy" et "Guerre". "H" est un cas d'école, il justifie le titre de l'essai : "L'écriture de l'énigme". Je parlais moi-même récemment de "Fairy" et c'est une coïncidence de voir Bardel en privilégier le traitement dans son livre. Autre fait troublant, Bardel privilégie deux poèmes consécutifs "Fairy" et "Guerre" qui ne font même pas partie des éditions originales de 1886. Pour "Guerre", Bardel parle pas mal de l'influence de Fourier. Je pense en effet que c'est une influence clef, même si au fond de moi je pense que Rimbaud avait de drôles de lubies à suivre les développements farfelus de Fourier, Swedenborg et Andrieu. Je comprends que plus tard il ait traité ses poésies de rinçures, vu les clowns qui ont pu alimenter sa pensée. Andrieu fait un peu plus sérieux, Fourier et Swedenborg ils sont perchés quand même. Moi, j'appelle ça des tarés. Mais, effectivement, il y a des échos impressionnants entre les expressions de Fourier et les expressions de Rimbaud. Et Bardel cite également le poème "Solde" qui clôt selon son principe le recueil des Illuminations en lui attribuant un sens lié à la pratique poétique rimbaldienne. Dans "Solde", les trouvailles, le non soupçonné, renverraient à du littéraire. Les "applications de calcul" seraient les "recherches prosodiques et rythmiques". Ailleurs, dans son livre Rimbaud l'Obscur, Bardel nous ressert la vieille lune que les "lâchetés en retard" dans la Saison seraient des textes littéraires et précisément Les Illuminations.
Et là, il est temps que je dise non.
Dans Une saison en enfer, les "lâchetés en retard" sont à lire au sens littéral premier. Le poète doit un quota d'actions lâches à Satan, et il est en retard. Il ne s'agit pas de textes littéraires, ça c'est une affabulation qu'un jour un critique littéraire a lancé en s'affrontant à l'hermétisme des textes rimbaldiens, et du coup il a inventé une solution à un passage qui n'était pas hermétique du tout. On considère les choses à tête reposée et on arrête de dire des âneries sur les "lâchetés en retard"... Merci !
Mais, c'est pareil pour "Solde" ! Bardel écrit ceci dans la notice page 252 qui fait vis-à-vis à la transcription du poème :
 
    Chacun s'accorde à déceler dans "Solde" un inventaire des thèmes constitutifs de la poétique rimbaldienne, mais les commentateurs se divisent dès qu'il s'agit de préciser les intentions de Rimbaud.
 Il faut que je me reporte aux deux articles contradictoires entre eux de Bruno Claisse sur le poème "Solde", je n'ai pas le souvenir qu'il se positionnait de la sorte. Moi, en tout cas, je ne me reconnais pas dans ce "Chacun", puisque je ne considère pas que "Solde" parle des "thèmes constitutifs de la poétique rimbaldienne", et je rappelle que sur le blog Rimbaud ivre Jacques Bienvenu a publié un article sur les "splendeurs invisibles", expression qui serait rarissime malgré les apparences et qui a une occurrence dans Les Misérables et qui désigne alors le mystère religieux, en l'occurrence chrétien. Autrement dit, Bienvenu soumet une source à l'attention qui n'est pas compatible avec l'idée d'un "inventaire des thèmes constitutifs de la poétique rimbaldienne".
Ce n'est pas tout ! Au début de l'année 1996, j'ai été premier (mon honneur rimbaldien était sauf !) de ma classe à l'Université avec un commentaire composé du poème "Mouvement" de Rimbaud et l'enseignant tout en me félicitant avait mis dans la marge que je n'avais pas traité les allusions à la poésie du voyant de "lumières inouïes". J'avais privilégié une lecture socio-politique qui s'imposait à moi. Or, Claisse a publié peu de temps après une lecture socio-politique de "Mouvement" où il n'y a nulle place pour dire que les "lumières inouïes" parlent des expériences poétiques du "voyant", lecture à laquelle adhère pleinement Bardel, qui plus est. Il y a une énorme passerelle justement entre "Mouvement" et "Solde" avec ce passage de "Solde" : "A vendre les habitations et les migrations, sports, féeries et comforts parfaits, et le bruit, le mouvement et l'avenir qu'ils font !" Nous avons la collection de trois mots clefs du poème "Mouvement" : "mouvement" bien sûr et au pluriel "Le sport et le comfort". Les termes rimant par le suffixe "habitations" et "migrations" ont aussi du sens relativement à "Mouvement" ! On relève à côté la mention au pluriel "féeries" et puis deux termes qui articulent clairement une lecture satirique de type socio-politique : "bruit" et "avenir". Cela amène à une conclusion sans appel, le poème "Solde" parle des mensonges du monde qui vante son progrès, son déploiement, et non pas des thèmes de la poétique du voyant Rimbaud. Ensuite, le titre "Solde" a un écho significatif dans le poème "Barbare" qui est en quelque sorte un "Credo in unam" revisité et modernisé, la Vénus étant la planète elle-même. Le "pavillon en viande saignante" est-il lié à un calembour sur les veines dont on extrait le charbon ? En tout cas, c'est la terre qui saigne explicitement dans le poème : "cœur éternellement carbonisé pour nous", et nous sommes au-delà du charbon suprêmement profitable économiquement à l'époque avec le diamant, on pense à l'expression "coeur de diamant", mais j'ignore la date d'émergence de cette expression, et bien sûr on relève la mention "Solde de diamants sans contrôle" qui appelle une comparaison socio-politique immédiate avec le contenu de "Solde".
Bardel et Murphy soutiennent que le recueil des Illuminations est un recueil organisé par Rimbaud où la place de chaque poème a un sens, où l'ordre de défilement des poèmes a un sens. Ils nous daubent superbement moi, Bienvenu et Guyaux de ne pas croire à ce recueil parfaitement ordonné, sauf que même si je ne crois pas au recueil ordonné j'applique une recette qui est de faire parler les poèmes entre eux, ce qui n'a pas besoin de la preuve du recueil ordonné, c'est le simple principe que sont réunis des poèmes d'un même auteur, d'une même époque qui plus est. Normalement, Bardel, Murphy, Reboul devraient être les premiers à donner toute son importance à l'écho entre "Solde de diamants sans contrôle" dans "Barbare" et le poème d'ensemble intitulé "Solde". Il est clair qu'il y a un contraste explicite entre les deux poèmes et certains horizons des visées de sens de Rimbaud faciles à préciser. C'est déjà moi qui exploite les successions des transcriptions continues : "A une Raison" et "Matinée d'ivresse" peuvent se lire comme les deux étapes successives d'une seule expérience ou le dernier alinéa de "Métropolitain" introduit "Barbare".
A quand la super étude qui compare "Barbare" le poème final de la série de 24 pages à "Solde" le poème final du reste et de l'ensemble du recueil ?
A quoi ça sert que vous nous imposiez l'idée d'un recueil ordonné si vous êtes loin derrière moi pour faire parler le sens dans la comparaison des poèmes entre eux ?
Il y a un recueil ordonné, et puis après vous n'avez rien à dire, vous ne faites que commenter les poèmes séparément. Vous ne les comparez que pour obtenir quelques confirmations de raisonnement en biais.
C'est nul !
A propos du poème "Après le Déluge", je vous ai fait un article de mise en perspective en le comparant à "Dicté après juillet 1830" et le chapitre II de La Confession d'un enfant du siècle, et j'ironisais sur le fait d'apporter un argument inespéré pour soutenir la place du poème en tête du recueil rimbaldien. Or, dans son annotation au poème "Après le Déluge", Bardel se lance dans des hypothèses qu'il nous impose de croire comme des probabilités hautement naturelles : le poème aurait été mis en tête par "inclusion tardive par l'auteur d'une transcription ancienne qu'il n'a pas eu le temps de recopier." On n'en sait rien s'il n'a pas eu le temps de recopier les poèmes, ni même si c'était prévu, ni si Rimbaud a mis ce manuscrit devant la série homogène (ce qui est contradictoire avec le fait que la série homogène commence par "Enfance", sachant que rien n'empêchait alors de commencer par "Après le Déluge", surtout si le manuscrit était déjà découpé). On n'en sait rien si la transcription de "Après le Déluge" est plus ancienne. Comment on fait pour dater les copies les unes par rapport aux autres ? Bardel croit pouvoir dater les écritures sinistrogyres et dextrogyres. Rimbaud aurait d'abord une écriture qui penche d'un côté, puis avec l'âge son écriture pencherait de l'autre côté : ça n'a aucun sens. Les manuscrits moins soignés seraient automatiquement plus anciens. Et enfin, il est peu probable que les manuscrits soient beaucoup plus anciens à cause des "f" bouclés en bas qui n'existaient pas dans la lettre à Andrieu d'avril 1874.
Mais ça ne s'arrête pas là, comme je dis souvent. Bardel sort une théorie selon laquelle le poème serait en tête du recueil pour nous confronter à l'exigence d'un effort de triple lecture :
 
    [...] On comprend la logique du geste. En nous confrontant d'emblée à un texte exigeant trois niveaux d'exégèse, Rimbaud nous initie au protocole de lecture complexe qu'imposent Les Illuminations. Le poème est en effet un appel à la révolte [...] fondé sur l'enchevêtrement de trois histoires [...] Celle du Déluge [...] Celle de la Commune [...] Enfin, l'histoire personnelle [...]
On ne voit pas pourquoi ce poème-là serait plus pertinent à exhiber qu'un autre pour initier le lecteur à un travail d'herméneute, ni pourquoi le principe de la triple lecture serait le plus important à montrer, ni pourquoi il serait une réalité à la lecture d'un quelconque poème, ni pourquoi il serait pertinent de confronter le lecteur à un texte plus difficile à comprendre pour commencer. Rien de ce que dit Bardel ici n'a de sens et on est au contraire loin de comprendre le geste présupposé. J'ajoute qu'avec Yves Denis le poème "Après le Déluge" est le premier du recueil pour lequel une lecture du sens caché a fait à peu près consensus. Ensuite, il y a une anomalie dans l'exposé de Bardel, puisque l'histoire biblique du Déluge est contradictoire avec la métaphore du déluge communard. Oui, il y a une référence à la Bible, mais on ne peut certainement pas superposer une lecture biblique à la lecture communarde exclusive du déluge convoqué dans le poème. Le déluge de Dieu est l'ennemi du déluge communard, que nous sachions. La "semaine sanglante", elle a été faite par des gens qui allaient à l'église pour partie, non ? Quant à la dissociation de l'histoire de la Commune et de l'histoire personnelle, c'est un peu bancal, puisqu'il s'agit d'un clivage arbitraire dans un poème où le poème parle de manière métaphorique de la Commune en s'inscrivant avec ses frustrations dans le récit. On ne peut pas vraiment parler de lectures différenciées, ça n'a pas de sens.
Maintenant, finissons par quelques cadeaux.
A propos de "Fairy" et "Guerre", il y a une coïncidence qui me trouble. Je ne peux rien affirmer, pas même avoir découvert une source, mais dans le recueil des Odes et ballades il y a un poème de 1823 sinon 1824 intitulé "Mon enfance" qui a d'ailleurs de l'importance dans l'histoire de la versification à cause de la césure après les mots grammaticaux "comme si" enchaînés" :
 
Je rêvais, comme si j'avais, durant mes jours,
Rencontré sur mes pas les magiques fontaines
              Dont l'onde enivre pour toujours.
 
 Ce poème commence par un alexandrin que je rapproche spontanément de "Je songe à une Guerre..." :
 
J'ai des rêves de guerre en mon âme inquiète ;
J'aurais été soldat, si je n'étais poète.
[...]
 Et le poème se termine par un quintil où le poète "chante" ses vers, tandis que la "mère" dans un vers qu'on peut opposer au premier des "Poètes de sept ans" l'observe, et elle explique qu'une "fée" parle au petit Victor :
 
Mes souvenirs germaient dans mon âme échauffée ;
J'allais, chantant des vers d'une voix étouffée ;
Et ma mère, en secret observant tous mes pas,
Pleurait et souriait, disant : - C'est une fée
       Qui lui parle et qu'on ne voit pas !
 
Le poème qui précède "Guerre", numérotation à l'appui, s'intitule "Fairy", ce qui veut dire "fée" en anglais. L'enfance est centrale dans "Fairy" comme dans "Guerre". La guerre assimilée à une "phrase musicale" a ici un équivalent du poète qui chante des vers guerriers dans son éveil enfant à la vie. Il y a une correspondance entre "Je songe à une Guerre" et "J'ai des rêves de guerre", deux segments de six syllabes chacun avec le pronom "Je", l'équivalence "songe" et "rêves" et le même mot "guerre". Je n'ai pas trouvé le modèle de "C'est aussi simple qu'une phrase musicale", dans un alexandrin d'Hugo, mais "J'ai seul la clef de cette parade sauvage", s'inspire bien d'un alexandrin des débuts d'Hugo, l'alexandrin de Cromwell : "Seuls, nous avons la clef de cette énigme étrange."
Je me demande dans quelle mesure Rimbaud peut songer à s'opposer au modèle hugolien en écrivant "Fairy" et "Guerre" et bien sûr "Génie"... J'ai d'autres idées, mais je ne les formule pas ici.
Pour rappel, à propos du poème "Ophélie", l'influence des Orientales est sous-évaluée. Rimbaud s'inspire bien sûr du poème dont le titre "Ophélie" d'Henri Murger, mais forcément il a conscience des allusions à Murger dans les vers de Banville et il songe aussi aux poèmes de Banville où il est question d'Ophélie, parmi lesquels la pièce "La Voie lactée" où il est aussi pas mal question de Victor Hugo. Et justement, Rimbaud avait une connaissance aussi des Orientales qui transparait dans le fait que dans "Ophélie" Rimbaud s'inspire clairement pour deux passages des deux derniers vers du dernier quintil du poème "Fantômes", dernier quintil qui commence significativement par "La pauvre enfant" :
 
[...]
Ainsi qu'Ophélia par le fleuve entraînée,
      Elle est morte en cueillant des fleurs !
 Une lecture d'ensemble du poème "Fantômes" est à prendre en compte, même si les liens sont ténus et même si pour l'essentiel Hugo décrit le cas singulier d'une femme morte qui aimait trop aller au bal, ce qui contraste avec l'exaltation politique du poème "Ophélie" de Rimbaud. Et comme "Ophélie" est l'un des poèmes de 1870 de Rimbaud caractérisés par la reprise de vers en début et fin en guise de bouclage, il convient aussi de citer la pièce célèbre des Orientales intitulée "Clair de lune", poème en cinq quatrains avec le premier vers qui revient en conclusion : "La lune était sereine et jouait sur les flots." Comparer "Clair de lune" à "Ophélie", personne n'y pense, et pourtant ça a du sens. Mais il ne faut pas chercher les réécritures. Voilà qui donne une idée du caractère non aléatoire de mon rapprochement entre "Guerre" de Rimbaud et "Mon enfance" de Victor Hugo. Je me trompe peut-être, mais il ne faut pas balayer le rapprochement d'un revers de main sous prétexte que les liens sont ténus.
Finissons avec un mot sur "Fête d'hiver". Je vais m'interdire d'apporter certaines précisions. Je remarque que Bardel ne s'aligne pas sur les idées pourtant brillantes et convaincantes de l'article de Claisse, inespérément relayé par Steinmetz à l'époque dans son édition en Garnier-Flammarion du recueil. Je faisais remarquer tout en soutenant la lecture de Claisse qu'il affirmait gratuitement l'ironie et la satire à partir de phrases d'allure neutre. Je pense qu'il faut traiter plus finement l'interprétation du poème et ne pas chercher à plaquer une sorte de garde-fou idéologique interprétatif pour rappeler que Rimbaud ne se compromettra pas avec les riches par exemple. Le titre étant "Fête d'hiver", je me permets de signaler à l'attention cette rencontre que je fais par hasard ce matin. Dans Les Feuilles d'automne, il y a un poème intitulé "Pour les pauvres" qui commence par cet hémistiche : "Dans vos fêtes d'hiver..." Le sujet est un peu différent de la fête publique du poème rimbaldien, mais bien que ténus les rapprochements sont pas inintéressants pour au moins les deux premiers sizains, et surtout on a ici la critique explicite des riches que justement Rimbaud ne pratique pas clairement dans son poème.

jeudi 23 avril 2026

Verlaine, témoin de la publication des Illuminations

Je poursuivrai ma série "Compte rendu du livre Rimbaud l'Obscur", mais le présent article est bien sûr lié à cette actualité.
Pour information, si mon article "Avant-goût d'un compte rendu ample et sévère..." a été référencé sur le blog d'Alain Bardel, après plusieurs jours, il a exactement le même nombre de vues à cet instant même que l'article qui le précède : "Trois points rimbaldiens curieux dans Les Chimères d'Albert Mérat". La fréquentation de mon blog n'est pas "boostée" par son référencement, ou à peine.
Je reviens un peu rapidement sur ce que j'ai déjà publié. Il y a quelques lacunes. Par exemple, à propos du "pavillon en viande saignante", j'ai bien expliqué qu'il ne fallait pas chercher le signifié métaphorique en-dehors du poème, mais dans le poème : "les feux à la pluie...", etc. Toutefois, j'ai oublié de préciser deux choses. Premièrement, à la page 7 de son livre Rimbaud l'Obscur, la citation de Todorov demande de cesser de chercher à expliquer les passages hermétiques de Rimbaud, ce qui est farfelu, et il cite trois extraits, le "Mais plus alors" sans les italiques de "Dévotion", le "pavillon en viande saignante" et justement à côté le signifié de la métaphore du "pavillon" : "les feux à la pluie..." Autrement dit, si j'explique à Todorov que "pavillon en viande saignante" veut dire "feux à la pluie..." il va me demander ce que signifient les "feux à la pluie..." Or, si j'ai oublié de citer ce fait amusant au sujet de Todorov, je peux répondre en comblant le deuxième oubli, j'avais dit auparavant sur mon blog que la qualification "saignante" du "pavillon en viande" devait être mis en relation avec l'expression "cœur terrestre éternellement carbonisé pour nous".
 
J'en profite pour vous offrir le lien édifiant suivant sur l'étoile diamant Lucy "avec son cœur de carbone cristallisé, autrement dit un gigantesque diamant pur" :  cliquer ici !
J'ajoute qu'à l'époque le charbon est le pétrole de l'époque, en lieu et place de la vapeur, comme le permet de le mesurer le roman Les Indes noires de Jules Verne publié en 1876.
 
A propos de l'avant-propos du livre Rimbaud l'Obscur, il n'y a que deux éléments que je veux mentionner en supplément.
Premièrement, je souhaitais citer plus largement un extrait à cheval sur les pages 7 et 8 :

[...] Rien ne vaut l'observation directe des manuscrits quand il s'agit d'une œuvre qui n'a pas été imprimée sous le contrôle de l'auteur. Les notes placées en regard des poèmes tentent de répondre à cette double fonction. Ce livre doit être parcouru fac-similés grands ouverts, le lecteur étant prêt à se laisser porter d'un manuscrit à l'autre. Il apprendra ici où les consulter, sur papier ou sur écran d'ordinateur.
 Murphy et Bardel se sont substitués à ce fameux manque de "contrôle de l'auteur". Je rappelle que les rimbaldiens, à la suite de Pierre Brunel et de Steve Murphy (encore lui), essaient de faire passer le dossier de poèmes remis à Demeny pour un recueil de poèmes organisés par Rimbaud !!! Malgré toutes les preuves qu'ils se trompent, malgré l'absence de fondement d'un pareil propos ! Notons que ce dossier remis à Demeny contient par exception des interventions de Rimbaud au crayon, faute d'accès à l'encre, les demoiselles Gindre ayant dû resserrer son accès à l'encre et au papier, comme en donne une idée le témoignage d'Izambard. Murphy, Reboul et d'autres sont partisans d'identifier le dossier de déjà vingt-quatre pages de copies de poèmes de Rimbaud par Verlaine à un second recueil. Peu leur importe que sur la page réunissant les titres de poèmes déjà recopiés, il est indiqué une liste de poèmes non encore recopiés parmi lesquels "Le Bateau ivre" sous un autre titre. Peu leur importe que les copies soient le fait de Verlaine en l'absence de Rimbaud. Peu leur importe que Verlaine parle de vers mis en sécurité et pas d'un recueil dans la correspondance. Dans le cas des Illuminations, Murphy, Bardel et Reboul croient que les poèmes clairement admis comme non paginés par Rimbaud ont été publiés dans un ordre canonique de recueil voulu par Rimbaud : de "Promontoire" à "Démocratie". Je reviens sur l'argument de Bienvenu à propos du manuscrit autographe de "Promontoire". Ce manuscrit est la preuve par l'absurde que Rimbaud ne paginait pas lui-même ses manuscrits. C'est le seul manuscrit autographe connu non paginé, parce que c'est le seul manuscrit non utilisé par les éditeurs, cela ne veut pas simplement dire que Rimbaud ne pagine pas ses manuscrits, mais cela veut dire que les éditeurs ont un irrépressible besoin de paginer tous les manuscrits qu'ils transforment en textes à imprimer. C'est cela très précisément la démonstration de Bienvenu. Or, il restait le dossier des poèmes en prose publiés par Vanier. Effectivement, il y a des chiffres romains à l'encre dont l'emplacement impose de conclure à un acte rimbaldien autographe : "Fairy I", "Génie III", "II Sonnet, III Vingt ans et IV", puis "I Dimanche" et du coup "II Guerre". Notons que si Rimbaud a découpé le manuscrit où "Génie" était devant "Dimanche", cette succession est pourtant maintenue par Vanier, alors que, dans l'absolu, on pourrait se demander si Rimbaud ne pensait pas à une suite de l'ordre : "Jeunesse I Dimanche II Guerre III Génie" et "I Fairy", "II Sonnet" "III Vingt ans" et "IV". Je me permets de lancer le sujet, même si "Tu en es encore à la tentation d'Antoine...", le titre "Vingt ans" peuvent inviter plutôt à considérer que les deux suites rimbaldiennes n'ont pas été corrompues : d'un côté les trois poèmes sans surtitre Fairy, Guerre et Génie, de l'autre la série à surtitre "Jeunesse" "Dimanche", "Sonnet", "Vingt ans" et IV.
Je dois vérifier, mais normalement j'ai pris acte de l'information selon laquelle le mot "Jeunesse" est écrit à l'encre. En revanche, les chiffres IV et V pour "Jeunesse" et "Solde" sont déclarés au crayon par Bardel et Murphy, ce qui rejoint le fait évident du "I" au crayon qui fait doublon au-dessus du titre "Fairy", et les chiffres romains au crayon s'opposent aux chiffres romains à l'encre au plan de l'emplacement par rapport aux titres, c'est moins vrai pour "Guerre" et "Jeunesse", mais le "IV" de "Jeunesse" imite bien sûr le cas de "Guerre, et c'est imparable pour les deux "I" sur "Fairy", et pour l'opposition des I et III à l'encre sous les titres "Fairy" et "Génie" face aux I et V au crayon pour le même "Fairy" et pour "Solde".
J'ai recensé tous les éléments au crayon sur les manuscrits supports de publications inédites de Vanier en 1895 et il est clair que tout est allographe, et Murphy comme Bardel lâchent carrément qu'a priori les mentions au crayon des chiffres romains IV et V sont le fait des éditeurs.
On se rappelle l'édition critique de Pierre Brunel où à une exception farfelue près il est toujours dit que les corrections au crayon sur le texte de Rimbaud sont le fait des éditeurs, pas de Rimbaud.
En clair, il y avait deux séries rimbaldiennes, et elles ont été allongées par deux traficotages au crayon par Vanier. Notez que les mentions au crayon ne sont pas reprises sur l'édition de 1895, pas plus d'ailleurs que les chiffres romains à l'encre pour Fairy, Guerre et Génie. Vanier a rebondi sur un classement rimbaldien pour l'allonger, ne faisant qu'acter l'ordre des poèmes qu'il voulait imposer dans son édition. Le manuscrit de "Solde", titre qui rend la chose amusante, était isolée, il a reçu l'extension finale de la pagination. Le poème "Jeunesse" le précède avec sa propre extension. Et donc cela correspond à la preuve de Bienvenu pour "Promontoire". Les lacunes de classement pour "Jeunesse" par rapport au trio "Fairy", "Guerre" et "Génie" et de "Solde" ont été comblées par l'irrépressible besoin de classement exhaustif des éditeurs. C'est eux qui paginent intégralement de manière compulsive.
Et, dans la foulée, on découvre à quel point Rimbaud a abandonné l'organisation de son recueil vu l'état des manuscrits. Non seulement Rimbaud n'a pas donné de titre à la partie IV de "Jeunesse", non seulement il dérive sur un titre comique "Sonnet" que Guyaux, Murphy, Bardel prennent tellement au sérieux que le pouvoir comique en est d'autant mieux consacré, mais on a des classements laissés en plan, la série "Jeunesse" en quatre poèmes et le trio "Fairy", "Guerre" et "Génie" lui sans surtitre, et rien sur l'ordre des deux séries l'une par rapport à l'autre, l'enchaînement imposé étant une invention du "IV" au crayon de Vanier ! "Solde" rejoint du coup "Promontoire", "Mouvement" et compagnie dans le cas des poèmes admis comme non paginés par Murphy, Bardel et compagnie, ce qui veut dire qu'on ne voit pas au nom de quoi leur ordre relèverait d'un choix décidé par Rimbaud et imposé par des voies à jamais impénétrables.
Quant à la série des vingt-quatre pages, qui vient clairement des éditeurs comme le montre l'étude du séquençage de la préparation des manuscrits pour l'édition des poèmes dans les livraisons numéros 5 et 6 de la revue La Vogue, une fois qu'on desserre l'affirmation autoritaire de Murphy et Bardel qu'elle serait autographe, on sent que le folio qui suit "Phrases" suivait plutôt le folio avec "Ô la face cendrée...", tandis qu'on se demande s'il ne faut pas inverser les folios 21 et 22 puisque "Nocturne vulgaire" est au verso des transcriptions de "Marine" et "Fête d'hiver".
Puis, sans pagination, on arrête de délirer sur les conséquences des transcriptions continues avec "Conte" qui étant à la suite des cinq poèmes de la série "Enfance" est obligatoirement pensée comme leur suite immédiate dans un recueil, alors que l'opposition des écritures laisse envisager que "Conte" a été reporté postérieurement pour profiter de la place vacante.
Tout cela s'effondre définitivement. Notez que Bardel qui cite bizarrement des extraits de "Solde" comme si ce poème parlait de la poésie de Rimbaud ("applications de calcul", "inouï", "non soupçonné"), précise qu'un "des enjeux majeurs" de son livre est de démontrer que l'agencement des poèmes est entièrement de Rimbaud, et il consacre à cette démonstration une "Introduction" dont le titre "Un livre en devenir" qui fait penser à un effet de mode : genre "La littérature en devenir" dans la conclusion du livre chez Folio d'Olivier Ritz sur la littérature sous la Révolution, est en contradiction flagrante avec cette prétention : "livre en devenir" ou recueil inaltérable, il faut choisir.
Je voulais citer aussi cet autre prétention de l'avant-propos. Bardel cite les avis anciens de Fongaro et Bouillane de Lacoste pour bien poser que son avis sur l'unité du recueil est révoltutionnaire. Il fait croire qu'il est le seul contre un avis presque unanime, ce qui est faux. Depuis 2001, le consensus, justement celui que mentionne Bardel auparavant, est de considérer que l'ordre est inaltérable car créé volontairement par Rimlbaud. Bardel cite tout le temps Murphy, annexe Guyaux en le prenant sur le fait dans son édition de 2009 pour La Pléiade, cite Scepi, Frémy et Dupas, sans préciser l'allégeance des deux derniers à Murphy, cite ailleurs Reboul, Murat, etc.
Non, s'il n'y a pas d'unanimité, il ne faut pas nous faire croire que Bartdel soutient une position fragile qu'il serait quasi seul à assumer. Non, c'est moi, Bienvenu, Guyaux qui combattons le consensus. Et face à nos arguments, Murphy, Bardel n'ont pas les bonnes réponses et bottent en touche.
 
Maintenant, il y a le problème du témoignage de Verlaine.
Je précise que Verlaine a lu les Illuminations en 1875, mais a été sommé de les envoyer par la poste à Nouveau. Il a dû s'exécuter dans l'urgence et n'avait sûrement pas lu tant de fois le recueil. En 1878, il les relit, mais il les a en sa possession un laps de temps aussi court qu'en 1875. Charles de Sivry va les lui confisquer, et Verlaine ne reverra tout simplement jamais les manuscrits.
En 1886, il ne pousse aucun cri contre l'un ou l'autre agencement, celui des livraisons de la revue, celui de la plaquette. Il ne relèvera jamais les fusions de "Being Beauteous" et "Ô la dace cendréé", de "Ouvriers" et "Les Ponts", de "Marine" et "Fête d'hiver", il ne dénoncera pas non plus la création hybride de "Phrases", alors même que comme je l'ai montré le début authentique de "Phrases" lui inspirera la composition d'un poème. Verlaine ne dénoncera jamais non plus le mélange des vers et des proses. Il prendra acte du fait accompli.
Le témoignage de Verlaine est visiblement plus fragile qu'on ne pourrait le croire. Il est clair que la première mention du titre est clairement sans article. Verlaine n'avait pas de directives claires à suivre, il a laissé les choses se corrompre. Il semble avoir compris que le titre ne vaut que pour les proses, mais s'il ne réagit pas, c'est que dans le fond il a récupéré les choses de seconde main en 1878. Ce n'est pas Rimbaud qui lui a finalement refilé le bébé, sauf les seuls poèmes en prose en février 1875, mais là c'est un double dossier de 1878 visiblement. Verlaine n'a pas participé avec sérieux à encadrer la publication. Enfin, à la page 17 de son livre, Bardel signale qu'on a appris par hasard la mise en vente d'une page de titre d'Un coeur sous une soutane dont on ne soupçonnait pas l'existence auparavant. Il en tire argument pour soutenir que peut-être il y en avait une parvenue à la revue La Vogue, et pourquoi pas une table des matières aussi ? Mais alors pourquoi s'il y avait une table des matières, n'en tenir aucun compte ? Pour la page de titre, le cas d'Un coeur sous une soutane est d'un point de vue vraisemblance logique un contre-argument, puisqu'il faudrait une coïncidence invraisemblable pour que ce qui est arrivé à la nouvelle de 1870 se soit aussi produit à propos du grand recueil de poésies en prose.
Sur les pages 20 et 22, Bardel fait un autre arrangement subjectif de fait. La note sur Verlaine ne met pas l'article en italique devant "Illuminations". C'est un cas rare qui contredit que Verlaine ait tout le temps quand il publie bien mis les italiques de titre sur l'article. Mais à la page 22, ça devient une preuve paradoxale pour Bardel qui croit savoir que les protes scrupuleux mettent les italiques quand le manuscrit offre un soulignement, et n'en font rien quand les articles ne sont pas soulignés sur le manuscrit.
On l'a ou non ce manuscrit de Verlaine à l'origine de cette note ? Si on retrouve un jour ce manuscrit, si l'article n'est pas souligné, il suffira de dire que Verlaine a oublié, s'il est souligné, on aura là il est vrai une solide tendance de Verlaine à l'inclure, mais postérieure au fait accompli de 1886 et à jamais contradictoire avec la mention initiale de 1878 dans sa correspondance. Et si Verlaine ne l'a pas souligné en 1888, ce serait la preuve paradoxale qu'en 1883 Verlaine avait bien souligné l'article sur son manuscrit.
Je veux bien qu'on présuppose pour 1883 que les protes aient tenu compte du manuscrit, mais Bardel ne cesse de présenter les faits en les conditionnant à un récit dont on a aucune preuve et qui consiste toujours à fixer comme une pétition de principe que l'article fait partie du titre, que Verlaine l'a oublié à tel moment, qu'il écrit moins attentivement pour ses correspondants, etc. Il y a toujours un interdit de penser qu'il associe aux faits. Si on ne croit pas à sa réponse, on est idiots ou on méjuge des scrupules intenses de Verlaine, de Kahn, de Vanier, et blablabli et blablabla.

mardi 21 avril 2026

La vraie série de Rimbaud cachée par la série Vanier ! (preuves par les images en complément, et ma mise au point pour le texte "II Sonnet"))

 Il n'existe pas de pagination des folios des Illuminations par Rimbaud. Les feuillets sont paginés par les éditeurs. La série de 24 pages, c'est essentiellement moi qui ai prouvé avec Guyaux et Bienvenu pour quelques autres arguments qu'elle n'était pas de Rimbaud, mais Bardel l'a tu dans son livre comme sur internet, escamotant une partie de l'argumentation dont il se garde de rendre compte à ses lecteurs. Ensuite, il y a trois séries de paginations pour plusieurs manuscrits de vers et de proses, correspondant aux livraisons 7, 8 et 9 de la revue de 1886, que tout le monde, Murphy et Bardel y compris, avouent ne pas être de Rimbaud. Bienvenu à souligné l'anomalie de la position de Murphy. Le manuscrit autographe de "Promontoire" n'est pas paginé,  c'est une preuve que Rimbaud n'organise pas ses feuillets par une pagination. Tendancieusement, Bardel ne cite pas la critique de Bienvenu, ne citant que des travaux antérieurs où Murphy dit qu'effectivement les paginations ne sont pas de Rimbaud : "On le dit nous-même, circulez il n'y a rien à voir !" Ce faisant, Bardel évite de citer la conclusion logique qui est que si les vers sont paginés en commun avec une partie des proses et si tous ces manuscrits n'étaient pas paginés avant d'arriver à la revue, la thèse de la pagination des 24 pages par Rimbaud, qui correspond aux livraisons 5 et 6 de la revue, n'a pas de sens et il est plus probable qu'elle fut le fait de la revue La Vogue. Bardel joue sur la manipulation des paroles d'autorité. 
Enfin, il y a la série de proses publiées par Vanier. Ce sont les poèmes qui sont numérotés en chiffres romains, pas les feuillets, ainsi le feuillet des poèmes II a IV de la série "Jeunesse" n'est pas paginé. 
La numérotation romaine coïncide avec la publication de 1895 par Vanier.
Mais Bardel ne fait que préciser vaguement que les chiffres romains sont au niveau des titres. Il déclare ensuite que le IV et le V pour les titres "Jeunesse" et "Solde" sont au crayon, mais sans préciser que "Jeunesse" est un titre à l'encre et qu'à l'intérieur de sa série il y a une mention au crayon "Veillées" à côté du IV de numérotation interne à la série.
Ce mot "Veillées " est allographe et n'a pas été pris en compte par Vanier, signe qu'il le comprenait ainsi malgré l'intérêt de donner un titre à tout poème de la série "Jeunesse".
Bardel relaie et approuve la thèse de Murphy que Rimbaud a créé la série qui va de "Fairy" à "Solde" et que c'est pour ça que d'Orfer est parti avec tout l'ensemble.
Les iv et v au crayon seraient de Vanier en principe, concède Bardel, par opposition aux trois chiffres à l'encre qui seraient de Rimbaud, encore une preuve que les gens comprennent très bien spontanément que le crayon est un.outil des éditeurs. Mais Bardel suit Murphy, ce serait une intervention au crayon de Rimbaud. Sauf que Bardel non seulement ne fait pas contraster son propos avec la mention du titre allographe "Veillées" non pris en charge par Vanier, mais deux des trois chiffres romains sont calés entre le titre du poème et le texte. C'est cela pour "Fairy" et "Génie" et donc fatalement ils datent du moment de transcription des poèmes et cela concerne le II de Guerre, puisqu'il faut aller jusqu'à III. Rimbaud a donc découpé le manuscrit qui réunissait "Génie" et "Dimanche". Il a créé une série sans surtitre "Fairy"  "Guerre" et "Génie", puis une série à surtitre (si "Jeunesse" est bien écrit à l'encre) de quatre autres poèmes à numérotation romaine. "Solde" est un manuscrit isolé du type de "Mouvement", "Scènes" ou "Soir historique".
D'Orfer à refilé à Vanier les séries de III et IV poèmes, le manuscrit de "Solde", le désormais doublon de "Promontoire" qui prouve aussi que d'Orfer n'est pas parti avec une série bien délimitée en chiffres romains, manuscrit où le mot "Illumination" au crayon est à rapprocher de la mention au crayon "Veillées" du manuscrit II, III et IV, et d'Orfer avait encore emporté quelques manuscrits de vers faux.
La preuve que le IV au crayon de "Jeunesse" (bien que positionné comme pour "Guerre" tout à gauche, imitation de Vanier donc) et que le V de "Solde" sont de Vanier ou assimilé, c'est que sur "Fairy", alors que le I a l'encre est indiscutablement de Rimbaud vu son emplacement, un I au crayon à été ajouté au-dessus du titre pour clarifier la distribution des manuscrits ou poèmes. Il était embêtant que le I soit sous le titre du poème.
Tout cela, Bardel ne le précise pas dans son livre vu qu'il est incapable de se détacher de Murphy tel un siamois.
Encore une fois, alors que les rimbaldiens font tout pour ne pas me citer sur vingt-cinq ans je résous une question majeure d'établissement des textes.
J'ai gagné, vous avez perdu.
 
 
On est d'accord ? Il y a une pagination postérieure aux publications 2, admise comme telle par Murphy, plusieurs mentions au crayon qui viennent du travail des éditeurs : le nom de l'ouvrier-typographe qui a préparé la plaque à imprimer, le titre "Fairy" entouré d'un demi-cercle du côté du "F", la mention "cap - 10" pour la police de caractère à utiliser pour le titre justement, un autre 2 au crayon dans le coin inférieur droit, et le I qui trône au-dessus du titre "Fairy". Or, nous avons le chiffre romain I à l'encre coincé entre les mentions "Fairy" et "conjurèrent", entre le titre du poème et la première ligne de transcription du poème en lui-même !
 
 
Le chiffre II est à l'encre, on retrouve deux 4 dans les coins supérieur et inférieur à droite du feuillet.
 
 
On retrouve deux "3" en haut et en bas sur le côté droit du manuscrit. Nous avons un "I" au-dessus du titre "Dimanche" coincé en-dessous du titre "Jeunesse" qui a l'air d'être au crayon plutôt qu'à l'encre. Le "IV" est au crayon d'après Murphy. La ressemblance avec "Guerre" est donc à nuancer puisque nous avons d'un côté un "II" à l'encre et ici un "IV" au crayon. Si le titre "Jeunesse" est écrit au crayon, cela veut dire qu'il est fort probablement apocryphe !!!
On a bien au crayon d'autres interventions des éditeurs "cap 8" pour le titre "Dimanche" et juste au-dessus je me demande si on n'a pas un "10" au crayon, mais j'ai du mal à déchiffrer et à savoir sur quel plan situer les autres indices flous sur le fac-similé.
 
 
On retrouve le 1 en haut et en bas à droite. Vous l'avez compris la pagination 1 à 4, inutilement mentionnée deux fois, vient du successeur de Vanier, qui est mentionné au crayon sur les versos des manuscrits. Je viens de vous envoyer les liens du dossier du successeur de Vanier qui n'avait plus que quatre des six manuscrits supports de la publication de poèmes en prose inédits par Vanier en 1895. Contre la publication, ce successeur a paginé "Solde" en 1, "Fairy" en 2, "Dimanche" en 3 et "Guerre" en 4.
Sur le manuscrit de "Solde", nous avons à nouveau la mention "cap 10" au crayon à côté du titre, et dans le coin supérieur gauche nous avons une pagination 6 au crayon entouré d'un demi-cercle qui doit venir du temps où "Solde" a été mis à la suite des cinq autres manuscrits pour clore la série publiée dans cet ordre en 1895. Le "V" est lui-même au crayon et il numérote le poème.
Une remarque aussi importante, le seul manuscrit où il est mentionné le nom d'un ouvrier-typographe, c'est celui de "Fairy" qui correspond justement au premier des six manuscrits publiés dans cet ordre par Vanier en 1895.
 
 
Comme pour "Fairy" le "III" écrit à l'encre est glissé à l'étroit entre le titre "Génie" et la première ligne de transcription du poème. On a une pagination 3 dans le coin supérieur gauche ce qui prouve que Vanier a effectué une pagination partielle des six manuscrits, pages 3 et 6 a minima.
On retrouve le demi-cercle devant le titre "Génie" afin d'attirer l'attention sur le traitement particulier à lui réserver. J'imagine que le nombre à plusieurs chiffres encerclé vient d'un dépôt postérieur du manuscrit dans une collection. Peu importe.
Il y a aussi une "pagination" (?) incongrue dans le coin supérieur droit que je n'arrive pas à interpréter et même à déchiffrer, on dirait un "6" au crayon, mais sans que ce ne soit évident de dire que c'est un "6", et si c'est un "6" il doit s'agir d'une pagination récusée ensuite j'imagine.
Et surtout, comme pour "Fairy" on a un "III" très pâle au crayon au-dessus du titre "Génie" qui fait justement double emploi avec celui à l'encre sous le titre !
Il y a par ailleurs au sein de la transcription du poème, un mot en fin d'alinéa qui a été raturé par Rimbaud, ce qui fait que la leçon définitive "invasions" n'est pas tout à fait lisible. A côté, au crayon, le mot "invasions" a été reporté, il s'agit d'évidence là encore d'une intervention au crayon des éditeurs pour faciliter le travail de déchiffrement de l'ouvrier-typographe.
Le crayon est clairement l'outil des éditeurs, tout ce qui est au crayon sur les manuscrits des Illuminations vient des éditeurs, sans exception ! D'où la nécessité de déterminer si le titre "Jeunesse" au-dessus de "Dimanche" est transcrit à l'encre ou au crayon, autrement dit s'il est de Rimbaud ou pas !
 
 
 Surprise, dans le coin supérieur gauche, nous avons une quatrième mention du titre "Illuminations" et sans article sur les manuscrits autographes dudit recueil !!!
L'écriture ressemble bien à celle un peu ronde du mot "Illumination" au crayon sur le manuscrit de "Promontoire" et du mot "Veillées" plus bas à côté du "IV" sur ce même manuscrit.
Car nous avons aussi à côté du "IV" une mention au crayon "Veillées", légèrement au-dessus de la ligne.
Il faut ajouter qu'à côté des titres "Sonnet" et "Vingt ans" nous avons comme pour "Dimanche", la précision au crayon "cap 8" qui donc apparaît deux fois sur ce seul manuscrit.
J'en profite pour dire que contrairement aux développements avancés par Guyaux, Murphy et Bardel, le texte "II Sonnet" ne doit pas être publié en quatorze lignes comme un "sonnet". Les retours à la ligne sont clairement liés à l'arrivée au bord droit du feuillet. Il est sensible que Rimbaud n'a pas fait exprès de créer pour les quatre premières lignes une sorte de disposition en deux paires de rimes : "la chair", "o", "o", "la terre", mais d'évidence cela a paru tellement comique à Rimbaud qu'il a choisi d'intituler son poème "Sonnet", le cas de la partie "IV" demeurée sans titre prouvant que soit le poème n'avait pas de titre initial, soit son choix n'était pas encore pleinement fixé.
Il faut publier le poème comme de la prose et simplement dans les notes au poème préciser la raison triviale qui lors de la transcription a donné cette idée de titre à Rimbaud. Guyaux, Murphy et Bardel n'ont rien compris. Rimbaud a corrigé à l'encre un déterminant : "le labeur" devient "ce labeur". Il faut noter aussi que le pluriel "princes" suppose une référence au poème "Conte". Il y a de drôles de traits, mais apparemment bêtement accidentels et sans intérêt derrière les deux "et" l'un en-dessous de l'autre quasi : "et point fixées...", "et de succès..." Il est clair que contrairement à la transcription fournie par Bardel, il n'est pas écrit : "fraternelle et discrète", mais bien "fraternelle est discrète", le "s" est clairement ajouté ou mal placé entre le "e" et le "t". Il est clair comme de l'eau de roche que Rimbaud a commencé à écrire "logique" "log" et non pas "loge" (hypothèse avancée par je ne sais qui dans les années 80 dans un numéro des bulletins de la revue Parade sauvage), et Rimbaud a préféré à "logique" le nom "raison". L'impression fugace d'un "e" et non d'un "i" pour "logi" vient de ce que justement Rimbaud interrompt la transcription sur le "i". La relation sémantique entre "logique" et "raison" tombe sous le sens et est confirmée par les mentions "logique" et "raison" d'autres poèmes : "Génie", "A une Raison", etc.
Le faux-semblant de signe "+" devant "une raison" n'est visiblement rien d'autre qu'une biffure de début de lettre majuscule. Il y a une biffure plus évidente deux lignes en-dessous devant "réfléchissent". Sur l'avant-dernière ligne, Rimbaud a biffé "dan" pour "danse" et corriger par "force".
Le "139" au crayon en bas à gauche du manuscrit doit être lié à l'histoire isolée de ce manuscrit particulier qui seul a atterri en Suisse.
 
 
Conclusion : "Solde" n'est pas le poème final du recueil, il l'est par accident, parce que c'était un manuscrit isolé face à deux ensembles numérotés. L'ensemble "Jeunesse" a été subordonné à l'ensemble "Fairy", "Guerre" et "Génie", alors que les deux ensembles auraient dû être considérés comme de même niveau et donc à simplement juxtaposer. "Solde" a été à son tour intégré à la série. Le manuscrit de "Promontoire" prouve que d'Orfer n'avait pas qu'une série inédite toute faite entre les mains. ET comme ce poème isolé s'intitule "Solde", cela rend intensément comiques les élucubrations sur son statut final dans les théories du recueil intégralement ordonné par Rimbaud. C'est à mourir de rire, et on le voit ! A chaque fois, Murphy et ceux qui le suivent ont cherché à établir que toute distribution était voulue par Rimbaud avec une théorie de l'exhaustivité : il y a les 24 pages, et plus loin la suite Vanier. Entre les deux, il y a une pétition de principe artificiel selon laquelle les manuscrits non paginés par Rimbaud de "Promontoire" à "Démocratie" ont été publiés dans le bon ordre, même si cela est mélangé à des publications de vers "nouvelle manière". Cela ne tient évidemment pas la route. Ici, nous venons de faire tomber le mythe d'une série établie par Rimbaud en chiffres romains que Vanier aurait édité exclusivement par coïncidence, mais en respectant l'ordre rimbaldien.
Cette thèse s'effondre sous vos yeux ici dans mon article. "Solde" était un poème isolé, le manuscrit autographe de "Promontoire" faisait aussi partie du lot, la série de Rimbaud existe, mais n'est que de trois poèmes "Fairy", "Guerre" et "Génie", la série "Jeunesse" qui existe aussi est séparée. Il reste à travailler sur la transcription du titre "Jeunesse" lui-même.
S'il est au crayon, il n'est pas de Rimbaud ! 
 J'ajoute que dans l'absolu "Fairy" pourrait être le I de II Sonnet et compagnie, et "I Dimanche" le début de la série poursuivie par "Guerre" et "Génie", je soumets l'hypothèse sans l'avoir éprouvée.

lundi 20 avril 2026

Compte rendu du livre Rimbaud l'Obscur de Bardel : le mélange des vers et les paginations !

Je reprends le compte rendu et j'attaque dans le dur, puisque Bardel sur la pagination ne me cite pas sur une démonstration qu'il préfère attribuer à Bienvenu qui pourtant me citait. N'ayant pas consulté d'avocat, je vous laisse deviner ce que je pense de cette manière de faire, mais bon je m'en moque, je ne prévois pas de sitôt d'être un de vos pairs et d'avoir des soirées mondaines avec vous où on mange des petits gâteaux en parlant de Rimbaud. Vous imaginez si le prix de ma reconnaissance pour mon travail, c'était de devenir votre ami et d'avoir à subir une conversation où priment vos perceptions et vos centres d'intérêt ? Quelle horreur !
Commençons par le problème du mélange des vers. Sur ce point, en soupesant bien les éléments, je donne raison à Bardel, Murphy et d'autres de résister à un retour au mélange des vers et des proses, mais je vais montrer qu'il y a quand même un aspect du problème qui est traité par-dessus la jambe. Et je pense que c'est important et intéressant d'essayer de s'intéresser à la question des vers.
Donc, en 1875, Verlaine fraîchement sorti de prison se précipite à Stuttgart où ses retrouvailles avec Rimbaud ne se passent pas du tout comme il l'avait prévu, mais visiblement c'est un moment où tout n'est pas joué dans la relation entre les deux poètes. Il y a un début de dispute qui couve, mais en même temps Rimbaud remet un ensemble de manuscrits de poèmes en prose à Verlaine afin que ce dernier en prépare la publication. Naïvement, Murphy, Reboul et Bardel prennent tout au premier degré dans les échanges d'époque. Il y a un recueil, il ne s'agit que de trouver un éditeur pour le publier, et si c'est pas Verlaine, ce sera Nouveau, et Nouveau ne va rien faire, et Rimbaud va être fâché et ce sera la rupture avec Nouveau et le renoncement à la Littérature, et Nouveau gardera les manuscrits, mais en 1878 sans trop d'explications les manuscrits passeraient rapidement de Nouveau à Verlaine. Tout ça, c'est des billevesées. Les manuscrits qui nous sont parvenus ne sont pas prêts à l'impression. C'est justement pour ça qu'il y a un débat sur la réalité exacte du recueil, sur l'ordre des poèmes en tout cas. Bardel, soutenu par Reboul, nous pond un récit invraisemblable où il affirme péremptoirement ce qu'il conviendrait de prouver. Rimbaud a paginé et mis au propres les deux tiers du recueil, selon Bardel et Reboul, mais il part en Allemagne en prévision de s'occuper du reste. Verlaine est arrivé à l'improviste et Rimbaud lui a tout refilé comme ça en un instant. Notons que Reboul et Bardel, contrairement à Verlaine qui lui en parle dans ses courriers de 1878, n'ont pas l'air de penser qu'il est dangereux de confier des manuscrits et surtout de les envoyer par la poste. Ils n'ont pas l'air de pouvoir supposer que Rimbaud a un double de la copie de tous ces poèmes qu'il conserve par-devers lui, double qui a pu être détruit et perdu lors de ses voyage, sinon à sa mort par sa mère, etc. Murphy, Bardel et Reboul ne jurent que par une mystique de l'unique copie manuscrite. Il y avait la copie unique qui nous est parvenue et la mémoire de Rimbaud, l'auteur des poèmes. Déjà, il y a une façon de penser le sujet qui n'est pas logique de la part des universitaires. Ensuite, Rimbaud a remis un lot de copies manuscrites à Verlaine, en se disant que Verlaine allait tellement tomber sous le charme des inventions de son ancien compagnon qu'il allait tout de suite lancer un projet de publication. En février 1875, les années passent, Rimbaud n'a toujours publié aucun livre, puisqu'Une saison en enfer est restée en plan et que notre jeune ardennais n'a plus aucun soutien à Paris. Et Nouveau n'est certainement, malgré la thèse du dernier article de Reboul et malgré ce qu'a écrit Rimbaud à Verlaine, celui qui pourra favoriser une publication du recueil. Il est clair comme de l'eau de roche que le retour de Verlaine a quelque chose d'inespéré, mais comme il se joue aussi de l'humain dans ce retour il y a une rancune de Verlaine et une rancune de Rimbaud de l'autre qui se croisent. Verlaine est à mon avis plus mature. Il en veut à Rimbaud, fait primer sa colère avant la publication des poèmes en prose, tandis que Rimbaud est clairement dans l'égoïsme impatient. De fait, Rimbaud fait un caprice et demande à Verlaine d'expédier les manuscrits à Nouveau pour qu'il les présente à un éditeur en lieu et place de Verlaine, ce qui est un moyen de blesser Verlaine dans son amour-propre. Il faudrait peut-être arrêter de prendre cet argument de Rimbaud au premier degré. C'est sans intérêt. Verlaine s'est exécuté, et c'est bien dommage pour la finition du recueil de poèmes en prose, recueil qui n'était clairement pas fini. Mais comme les universitaires prennent au premier degré ce que Verlaine dit des intentions de Rimbaud, on a leur délire absolu qui consiste à dire que le recueil est fini même quand il n'est pas paginé entièrement, etc.
Notons qu'au début de l'activité de son blog Rimbaud ivre, Jacques Bienvenu a publié un article sur le poids des "poèmes en prose" à partir des frais de port dont Verlaine s'est plaint pour montrer que cela semblait bien correspondre aux manuscrits qui nous sont parvenus. Et Verlaine ne parle alors que des poèmes en prose. Il est très convaincant que quel que soit le jeu de copies qui nous soit parvenu cela correspond au nombre de textes que nous connaissons. Bardel fait avec raison un recoupement de témoignages de Verlaine séparés de plusieurs années où il dit bien qu'à Stuttgart c'est le recueil des Illuminations qui a été récupéré, et il s'agit uniquement de poèmes en prose quant à la lettre à Delahaye où il est question de renvoyer les manuscrits par la poste à Germain Nouveau, alors inconnu de Rimbaud. Il est aussi fort probable que ce soit le même dossier manuscrit, le même jeu de copies qui nous soit parvenu, c'est d'ailleurs ce que dit Verlaine au sujet de ce dossier finalement.
En août 1878, Verlaine dit avoir relu cet ensemble de poèmes en prose, donc la relecture confirme qu'il a eu le loisir de lire ces manuscrits en 1875 et sous la forme d'un ensemble, puisque le titre "Illuminations" sert à désigner un ensemble.
Contrairement à Murphy, Cavallaro et Bardel, je pense que réellement en août 1878 Verlaine dit "Illuminations" sans article parce qu'on lui a dit que le titre était tel sans article, mais comme le dossier n'était pas terminé, que les manuscrits n'étaient pas paginés, il y a eu un glissement vers le titre "Les Illuminations" que Verlaine a laissé naître, même si lui-même avait eu un premier intitulé sans article "Poëmes saturniens". Je pense que la phrase : "Avoir relu "Illuminations (painted plates)" est la seule autorité pour fixer le titre et le sous-titre du recueil. Je m'en moque des errements de Guyaux et Bouillane de Lacoste pour démontrer cela en commettant quelques erreurs. Verlaine a corrompu rapidement "painted plates" en "coloured plates" et on voit bien que Verlaine ne respecte pas ce qu'il fixe limpidement dans sa lettre d'août 1878 qui est d'un titre sans article.
Maintenant, il y a deux problèmes : le mélange des vers et le rôle de Charles de Sivry.
Bardel dit qu'on croit que Verlaine a prêté les poèmes en prose à Charles de Sivry pour qu'il les mette en musique, mais comme il était le demi-frère de Mathilde Mauté, femme de Verlaine mais avec un procès en séparation acté, le divorce étant contemporain très précisément de la publication des Poètes maudits en revue et en plaquette (argument que je précise et non envisagé par les rimbaldiens eux-mêmes), Charles de Sivry a comme confisqué le dossier pour empêcher Verlaine de le publier rapidement. Il y avait peut-être moins une peur du contenu des manuscrits que du qu'en dira-t-on après une publication à succès de textes de celui qui avait détruit le ménage des Verlaine. Le sentiment de confiscation est évident. Bardel répète à plusieurs reprises l'argument de Gustave Khan selon lequel les poèmes en prose circulaient, mais c'est en contradiction flagrante avec le fait que Verlaine ne parvenait pas à récupérer ce manuscrit auprès de Charles de Sivry. Je voudrais des recoupements pour vérifier le témoignage de Kahn selon lequel Fénéon qui, surtout selon Bardel lui-même, ne s'est occupé des Illuminations que fort tardivement, aurait mieux sur que Kahn et Verlaine où se trouvaient les manuscrits et les aurait récupérés le premier pour permettre à Kahn de les publier, alors qu'il ne faisait pas partie de l'équipe de la revue La Vogue. Bardel à la suite de Murat dit avec raison que Fénéon n'a dû préparer que les deniers manuscrits des livraisons des numéros 8 et 9, éventuellement des vers dans le numéro 7, et que pour la plaquette il n'a fait que réévaluer les textes déjà imprimés sans retour aux manuscrits. Murat et Bardel doutent même que Fénéon ait jamais vu les manuscrits, ce qui est exagéré pour les livraisons 7 à 9 de la revue, comme il est exagéré de ne pas concéder que les manuscrits sont des chiffons volants y compris quelque peu pour la série homogène. Mais voilà que Bardel concède en prenant le témoignage de Kahn pour argent comptant que Fénéon a vu le manuscrit avant Kahn et les gens de sa revue chez les frères Fière. Et à part Kahn, qui affirme que les manuscrits étaient entre les mains d'un frère Fière ? Tout ça est cousu de fil blanc. Ce qui est clair, c'est que Verlaine a peiné à récupéré les manuscrits auprès de Charles de Sivry, puis on ne sait trop pourquoi auprès du poète chrétien Louis Le Cardonnel, puis il y a eu un rôle de dépositaire de Léo d'Orfer, lequel s'est fait spolier par Gustave Kahn, tandis que Verlaine a été tenu à l'écart.
Il faut en rester à un travail d'intellection structuré, cohérent, simple. Non, les manuscrits n'ont pas circulé. Il y a un blocage de Sivry pour des raisons familiales avec une implication minimale de Léon ou Louis Le Cardonnel et de Léo d'Orfer. Pas la peine de faire des plans sur la comète.
Qui plus est, le recueil est déjà entier en 1878, et selon le témoignage de Verlaine qui dit le relire il est entier depuis 1875, et il s'agit exclusivement sous le titre "Illuminations" de poèmes en prose, avec un cas particulier de vers libres "Mouvement", "Marine" n'étant pas un poème en vers libres au sens strict !
Le recueil est complet depuis 1875, complet au sens où il ne s'est pas enrichi, etc.
Il n'y a pas à chercher dans les poèmes des inspirations au-delà de février 1875.
Bardel essaie de légitimer le propos de Verlaine sur le fait que Rimbaud ait aussi composé des poèmes du recueil lors de voyages en Allemagne, ce qui est là grotesque. Rimbaud n'a que deux semaines de présence, même pas, en Allemagne, quand Verlaine lui rend visite. La lettre de Rimbaud à Delahaye daté de "mars 1875" contient un remords de plume pour un 2 des vingtaines du mois de février comme je l'ai montré clairement sur un article du blog Rimbaud ivre de Bienvenu, la lettre étant souvent datée abusivement par mauvaise compréhension de ce remords de plume du 3 ou du 5 mars. Mais cette lettre parle d'un séjour passé de quelques jours et on reste de toute façon dans un intervalle de moins de deux semaines.
Maintenant, le problème, c'est le cheminement des manuscrits de mai 1875 à août 1878. Les manuscrits ont été remis à Nouveau, mais est-ce qu'ils sont restés si longtemps entre ces mains ? Reboul, de manière gratuite, affirme que Rimbaud a rongé son frein en attendant que Nouveau prenne des initiatives pour favoriser leur publication, ce que je trouve complètement lunaire. On sait qu'en 1875 Rimbaud est monté à Paris et qu'il y a eu une dispute finale avec le milieu parisien. Je n'ai pas la biographie de Lefrère sous la main, ni rien, mais il en parle, et il n'est évidemment pas le seul. Nous sommes donc dans le courant de l'année 1875 et après l'envoi à Germain Nouveau à Bruxelles. Il faut bien comprendre qu'on ne sait pas quand Nouveau s'est dépossédé des manuscrits, si ce sont bien ceux-là qui nous sont parvenus, mais Verlaine a l'air de dire que oui, et pour qui. Il peut les avoir remis à Rimbaud, après tout, comme il peut les avoir laissés en dépôt à Paris chez une connaissance, éventuellement une connaissance commune. C'est pour ça que j'ai toujours été frappé que Verlaine ait écrit "Amitiés à Ernest Cabaner" avec une énumération bizarre parlant d'eaux-fortes, de chinoiseries ou japonismes et des "illuminécheunes". Je n'ai jamais compris la logique d'écriture de ce paragraphe qui me donne l'impression que Cabaner est à l'origine de la récupération par Verlaine en août 1878 des manuscrits des proses.
Et ici je m'oppose à l'argument que relaie Bardel sur les raisons pour lesquelles Verlaine va prêter les manuscrits à Charles de Sivry. Dans sa correspondance à Sivry, Verlaine dit en toutes lettres qu'il va apporter de beaux "fragments" à lire à Sivry. Donc il lui a prêté pour qu'il les lise parce que Verlaine veut faire partager son plaisir. Là, Verlaine a été imprudent et a naïvement sous-évalué les liens qui unissaient son ami musicien à sa demi-soeur. Verlaine envoie des amitiés à Cabaner un peu après par l'intermédiaire de Charles de Sivry, j'ai vraiment l'impression que la confiance initiale envers Charles de Sivry vient d'un rôle joué par Cabaner.
Et quand Verlaine dit publiquement en 1883 que le recueil des poèmes en prose est probablement perdu, là encore je ne suis pas tout à fait d'accord avec Bardel qui dit que Verlaine joue à faire mousser le désir des lecteurs. Il sait que les manuscrits sont chez Sivry, mais il pense réellement que Sivry ne les lui remettra jamais. L'inquiétude est bien réelle. Et réellement la famille Mauté a détruit des manuscrits de Rimbaud que Verlaine avait laissés chez lui lors de la fugue belge commencé en juillet 1872.
Maintenant, il y a le problème du dossier de poèmes en vers "nouvelle manière". Effectivement, Bardel a raison de faire remarquer que Verlaine parle d'un recueil des Illuminations qui a été retrouvé avec des vers dans plusieurs témoignages dont l'un précise "vers délicieusement faux exprès". On peut à la rigueur penser que pour certains témoignages les vers sont les quelques pièces supplémentaires apportées aux Poètes maudits, ainsi que "Les Premières communions" et "Paris se repeuple", sans oublier "Poison perdu", mais on sent que Verlaine parle d'un ensemble de vers réunis aux poèmes en prose qui méritent seul le titre "Illuminations". Kahn est très méprisant au sujet des "Premières communions", bien à tort ! C'est la publication des poèmes en prose qui l'intéressent, et on le voit avec les numéros 5 et 6 où ils sont exclusifs. Visiblement, c'est la brouille avec d'Orfer qui précipite un numéro spécial de vers dans la livraison du numéro 7, opération-tampon, le temps de remettre la mains sur les proses entres les mains de Léo d'Orfer ce qui n'arrivera pas, cependant que à son arrivée Fénéon poursuit le mélange des proses et des vers. Mais si les vers et les proses ont été mélangés c'est que les deux dossiers ont été superposés par Charles de Sivry. De deux choses l'une, ou Verlaine ne parle pas volontiers des vers en 1878, préférant ne parler que des proses, ou Cabaner ou le passeur des manuscrits avait en plus un dossier de vers que finalement il a remis à Charles de Sivry avec les poèmes en prose. 
Je pense que l'hybridation de deux dossiers distincts est une réalité en bonne voie d'être tranchée, mais avec une sous-estimation tout de même de l'existence de ce dossier de vers et de son cheminement.
Il y a peu, je précisais que dans "Alchimie du verbe" il y avait un fait étrange : pourquoi les poèmes parlaient eux-mêmes négativement de l'expérience alchimique alors que cela ne devrait être apparent que dans le compte rendu a posteriori. On ne peut pas écrire un poème qui se veut de l'alchimie en racontant que ça ne marche pas l'alchimie puis se dire surpris que ça ne marche pas. Et c'est important pour réévaluer le reniement des vers de 1872 qui ne l'ont peut-être pas été du tout. Il y a un autre dossier publiable de vers "nouvelle manière" que Rimbaud avait conservé, qui a été mis en dépôt de telle sorte qu'il a été réuni au dossier des Illuminations. Tout le débat sur la séparation à faire des deux dossiers n'est pas complètement tranché, parce que l'existence du dossier de manuscrits en vers demeure un point aveugle des études rimbaldiennes.
Passons maintenant aux paginations !
A la page 71 de son livre Rimbaud l'Obscur, Bardel attribue une démonstration à Bienvenu sur le repassage à l'encre des neuf premières pages de la suite en 24 folios, et il cite des extraits d'un article de son blog mis en ligne le 6 mars 2012, sauf que Bardel cite en faisant des découpages un développement qui est le mien, celui de la convergence de quatre faits majeurs. C'est moi qui ai vu que le repassage des chiffres au crayon à l'encre jusqu'à la page 9 coïncidait avec la mention "Arthur Rimbaud" au bas de la page 9, laquelle au verso était salie selon le témoignage de Guyaux qui le spécifiait dans son livre Poétique du fragment. Bardel évite de me citer, ce qui pose un problème de probité intellectuelle qui est tout de même gênant par rapport au sérieux scientifique, au sérieux de son rapport quelque peu universitaire sur les manuscrits. On ne peut donc pas lui faire totalement confiance. Et cela s'accompagne d'une troncation de l'argumentation, puisque la démonstration complète suppose de préciser que la mention "Arthur Rimbaud" apparaît à la fin des transcriptions de poèmes dans les livraisons de la revue et précisément au bas de la fin de transcription des quatorze premières pages pour ce qui est du numéro 5.
Le coup de génie de mon argumentation ne s'arrête pas à ce que cite Bardel. La puissance de mon raisonnement, c'est de faire remarquer que de la page 1 à 9 les titres sont soulignés par des crochets, crochet solitaire < ou doubles crochets de part et d'autre du titre >, avec l'anomalie de traitement de "Ô la face cendrée..." pù les trois croix ne sont pas indentifiées comme substitut de titre alors que Rimbaud a clairement manifesté ce fait par un point qui suit les trois croix, point qu'il applique à pas mal de titres de ses poèmes en prose selon un principe à l'époque qui est employé par Lemerre et d'autres. Et le coup de génie ne s'arrête pas là, je montre qu'il n'y a aucun titre souligné de la page 10 à 14, ce qui prouve que dans l'urgence on a élargie la série à publier, et ce faisant il y a eu une erreur au sujet du titre "Les Ponts" qui n'a pas été identifié à l'intention des ouvrières-typographes qui ont composé les textes des poèmes "Ouvriers" et "Les Ponts", mais le seul titre "Ouvriers" et qui ont mécaniquement réuni tout ça sur les plaques à imprimer. En l'absence de titre "Les Ponts", elles ont mécaniquement fondu les textes "Ouvriers" et "Les Ponts" l'un à la suite de l'autre comme un seul poème !
Bardel, il a un récit magnifique à raconter avec ce que j'explique, il ne s'en empare pas ! Il passe à côté ! Et il passe bien évidemment à côté, mais ça c'est parce qu'il n'a pas envie d'avouer qu'il s'est trompé sur la pagination de la preuve que le séquençage de la pagination vient de la revue La Vogue. Reboul a affirmé dans une étude erronée qui plus est sur "Barbare" que la pagination était autographe, développant une lecture du poème comme conclusion du recueil, ce qui n'a même pas convaincu Bardel soit dit en passant. Murphy, il ne veut pas dédire son étude de 2001. Mais la preuve que la pagination n'est pas autographe, je l'ai donnée avec Bienvenu puisque nous avons des arguments complémentaires et décisifs.
Il y a  pas de mal à avouer s'être trompé. Moi, j'y ai passivement cru à la démonstration de Murphy et je ne m'en suis pas soucié des années durant. Mais, Bienvenu m'a alerté que ce n'était pas clair. J'ai réagi et j'ai participé à l'élaboration de la preuve que ce n'était pas une pagination autographe. Il y a d'autres sujets sur lesquels j'ai changé. Murat a lui-même fini par renoncer à affirmer que la pagination autographe, même si sa rétractation est plus laborieuse. Murphy, Reboul et Bardel, ils sont enferrés dans l'orgueil. Ils ne prennent même pas la peine de bien observer en quoi mes arguments et ceux de Bienvenu démontent les assises de leurs convictions. Il faut le faire quand même.
Puis, Bardel qui n'est pas graphologue nous sort que les 2 des paginations sont typiquement rimbaldiens. Oui, c'est ça, il est expert-graphologue, et je comprends seulement maintenant que les génériques d'Antenne 2 avec des 2 animés c'est une invention rimbaldienne, la preuve par sa graphie molle spécifique.
Il faut arrêter le cirque. Le travail sur les manuscrits doit être dominé par de l'intellection. Il ne faut pas s'accrocher à prendre un détail, à le monter en épingle selon des convictions subjectives qu'on présente facticement comme des évidences. Il faut arrêter le délire d'être le chercheur qui cherche et qui va montrer que qu'il a cherché lui a fait découvrir l'accent circonflexe qui comme un effet papillon change tout à la compréhension.
Vous avez les preuves que la pagination est de la revue La Vogue par les soulignements des titres et les délimitations de la page 9, par les délimitations de la page 24 en phase avec l'état de la publication après la livraison 6 de la revue, vous avez une pagination clairement établie pour la revue pour les livraisons 7 à 9 avec le cas intéressant de "Promontoire" bien établi par Bienvenu, sujet d'importance qu'escamote Bardel en rappelant des mises au point plus anciennes de Murphy sur le manuscrit allographe de deux pages. Mais on s'en moque que Murphy écrivait avant nous des études sur Rimbaud, il a quelle mérite d'être le premier à écrire si on n'est pas encore en jeu ? L'enjeu en 2026 c'est les conclusions sur la pagination de Bienvenu qui étudie les copies de "Promontoire". Bardel préfère célébrer les antériorités de son dieu et passer sous le tapis des remises en cause qui le dérangent. C'est ça, la rigueur scientifique ?
A partir de la page 15, les titres sont encerclés, mais malgré ce soin plus marqué que pour les titres de feuillets 10 à 14 un autre titre va passer à la trappe celui de "Fête d'hiver", et là on peut voir sur les manuscrits l'oubli de ce titre précis qui contraste avec le soulignement attentif de tous les autres titres, et on a le même résultat que pour "Ouvriers" et "Les Ponts" qui concerne "Marine" et "Fête d'hiver".
Ce séquençage, Bardel le tait pour une bonne raison, il sait pertinemment que ça dément la thèse de la pagination autographe, et Murphy l'a appuyé à mort en ce sens. Vous me direz que c'est Bardel qui rédige ses textes, pas Murphy, sauf que Murphy préface l'édition fac-similaire de Bardel et Oriol fin 2025, puis ici il est remercié pour ses "remarques et suggestions" à la fin du livre Rimbaud l'Obscur. On n'a pas mis une revolver sur la tempe de Murphy pour l'obliger à privilégier Bardel dans des communications dans un numéro spécial Rimbaud du Magazine littéraire, pour des articles clefs du Dictionnaire Rimbaud (il est vrai plutôt dirigé par d'autres que Murphy). On n'a pas mis un flingue sur la tempe de Murphy pour l'obliger à citer souvent Bardel dans ses propres écrits. Or, comme Bardel passe son temps à écrire que Murphy a raison sur tout, à reprendre et amplifier tout ce que défend et publie Murphy, les écrits de Bardel ne sont plus qu'un doublon de la pensée de Murphy. Bardel, c'est un prête-nom à force. Bardel a-t-il jamais rencontré Guyaux ? Pourquoi Bardel fait de l'ironie à tire-larigot sur les écrits de Guyaux, sur ses erreurs, à l'instar de Murphy ? Guyaux et Bardel étaient allés à l'école maternelle ensemble et il y a une dispute dans le bac à sable qui s'est mal passée ? Pourquoi Bardel casse du sucre sans arrêt sur quelqu'un avec lequel il n'a jamais eu de contact, d'échanges, etc. ?
Au-delà des 24 pages, la revue La Vogue pagine ensuite et les manuscrits des poèmes en vers et les autres manuscrits connus des Illuminations, cas à part de "Promontoire". Cela, tous le reconnaissent. Puis, on a le cas des chiffres romains des poèmes publiés par Vanier. Je précise que ce n'est pas une pagination des feuillets, mais des poèmes directement !
Or, les chiffres I à III pour "Fairy", "Guerre" et "Génie" sont à l'encre, mais les chiffres IV et V pour la série "Jeunesse" et le poème "Solde" sont au crayon, sachant qu'il y a aussi un "I" au crayon qui fait doublon sur "Fairy".
Bardel relaie la thèse de Murphy selon laquelle les chiffres romains sont tous de Rimbaud et ce serait parce que cela formait une série que la publication dans La Vogue était retardée, reportée à leur sujet. On se demande bien pourquoi une pagination retarderait une publication.
Mais vous voulez un scoop ?
Les chiffres romains à l'encre ne concernent que "Fairy", "Guerre" et "Génie", le "II" est sur le côté gauche du titre pour "Guerre", feuillet réduit à une banderole, mais le "I" est entre le titre et le poème pour "Fairy" et le III est de même entre le titre et le poème pour "Génie", donc l'idée d'une série "Fairy", "Guerre" et "Génie" pensée par Rimbaud a tout l'air d'être juste. Ensuite, il y a les chiffres I à IV à l'intérieur de la série intitulée "Jeunesse". Or, le chiffre I au crayon qui fait double emploi pour "Fairy" est au-dessus du titre. Le chiffre IV au crayon est à gauche de "Jeunesse" et le chiffre "V" au crayon pour "Solde" est tout au-dessus du poème, rongé par l'usure du bord supérieur du feuillet.
En clair, il y a une vraie question qui se pose. On passe d'une série incontestablement de trois poèmes numérotés par Rimbaud à une rallonge artificielle au crayon par les éditeurs !
Enfin, quant à "Dévotion" et "Démocratie", il s'agit de deux manuscrits liés aux publications des livraisons 7 à 9. Le manuscrit autographe de "Promontoire" étant fatalement écarté et emporté par Léo d'Orfer, précisément le premier des poèmes en prose publiés dans les trois livraisons en question, Kahn a conservé la copie allographe de "Promontoire" sur deux pages et tous les manuscrits connus des autres poèmes publiés dans cette livraison. Au-delà de Bérès et du docteur Lucien-Graux, il y a une vente intermédiaire clef de pas mal de manuscrits à un certain Gustave Cahen, spectaculaire quasi homonyme de Gustave Kahn. Il est clair qu'il faudrait chercher du côté des ventes précoces de Kahn les manuscrits de "Dévotion" et "Démocratie", plutôt que de supposer que c'est d'Orfer qui est aussi parti avec. Dans l'absolu, ça reste envisageable, mais ce n'est pas l'hypothèse la plus plausible au vu des données.
Sur le folio 12, Bardel affirme le lien au titre "Phrases", il affirme à chaque ce qu'il conviendrait de démontrer.
Moi, j'oppose la thèse plus vraisemblable d'un manuscrit qui devait suivre "Ô la face cendrée..." Je constate qu'une fois qu'on n'impose pas la pagination autographe, on doit s'étonner que "Nocturne vulgaire" copié au verso de "Marine" et "Fête d'hiver" soit devenu le recto par la pagination. On a déjà deux lourds indices de modification de l'ordre des manuscrits par la revue La Vogue au sein de l'ensemble en vingt-quatre pages.
Enfin, Bardel dit que les transcriptions continues prouvent le recueil. Je suis désolé, mais "Conte" à la suitre de "Enfance" avec un prince mort à un âge ordinaire ça fait pas une suite organisée évidente à l'esprit. L'écriture de "Conte" est tassée, et on peut légitimement se demander si le poème n'occupe pas cette place-là parce que la place était disponible.
Il y a plein d'hypothèses que Murphy, Bardel et Reboul interdisent d'interroger en affirmant la pagination autographe comme une évidence dispensée d'être prouvée.

Compte rendu du livre Rimbaud l'Obscur de Bardel, partie 3 : avant-propos, interventions au crayon et nombre de poèmes !

Commençons par un point sur la situation. Sur son site Arthur Rimbaud, Alain Bardel a référencé le premier article où je rends compte de son livre:  "Avant-goût..." Peu importe la manière dont il a pensé son geste : bravade pour dire que je m'agite pour rien ou prise en considération de ce que j'exprime de sérieux dans ma contre-argumentation, ça ce n'est pas mon problème. Ce qui est intéressant, c'est qu'il est acté que plusieurs articles de ce blog vont rendre compte de sa publication et que plusieurs rimbaldiens lisent mon blog attentivement même s'ils  appliquent la politique sinon consigne de ne jamais me citer. J'ai traité en parallèle aussi de l'article de Cavallaro sur le titre avec ou sans article, ce qui se recoupait avec quelques pages du livre de Bardel. J'observe l'actualité d'un article de Franck Delaunoy relayé sur le blog Rimbaud ivre de Jacques Bienvenu. L'article s'intitule "Illuminations ou Les Illuminations... et la loi de Murphy" (cliquer ici pour le consulter !). Je vais le prendre en considération, mais aussi marquer mes distances avec son raisonnement. Le titre contient un élément d'ironie avec l'expression-calembour "la loi de Murphy", mais normalement c'est une loi qui prédit que le pire arrivera et moi je suis plus sensible au fait que Murphy fait véritablement la loi dans les études rimbaldiennes par un système de vassalisation et d'actes de reconnaissances très élaboré dont Alain Bardel est une pièce centrale. Le cas d'Yves Reboul est un peu différent, puisqu'il n'est pas aligné sur les positions de Murphy, mais il a pris parti pour la "pagination autographe" et en parle subrepticement comme d'un fait acquis, ce qui n'est défendable et rejoint du coup l'influence écrasante de la toile établie par Murphy pour imposer son discours exclusif. Et je vais continuer de parler de ce problème d'influence à travers le livre de Bardel. Pour le titre Illuminations ou Les Illuminations, je précise ne pas trancher. Ce qui n'est pas normal, c'est la minimisation critique de la première mention : "Avoir relu 'Illuminations' " , titre transcrit en italiques par Pakenham dans sa Correspondance telle que citée par Bardel (page 14, pas vérifié si Bardel cite correctement), titre mis qui plus est entre guillemets et en italique par Cavallaro et aussi par Bardel à d'autres moments. La mention sans article est ostentatoire et c'est ça la preuve que la concurrence du titre sans article est réelle. Je suis plus réservé sur le fait que l'article soit minuscule sur les pages de titre exhibées par Delaunoy dans son article. En tout cas, j'ai besoin de plus d'explications sur ce procédé de mise en page et sa signification à l'époque sur la présence de l'article. Je suis également réservé sur la phrase de Verlaine qui disant que le mot est anglais invite à la suppression de l'article. L'important, c'est la mention initiale : "Avoir relu "Illuminations" ", il n'est pas vrai que l'absence d'article soit liée à une écriture télégraphique. Et l'argument des titres des poèmes eux-mêmes va en ce sens, n'en déplaise à Bardel et Cavallaro. Telle est la base. Maintenant, je cite l'article de Delaunoy pour un fait qui m'inquiète, c'est que sur les trois mentions du titre "Illuminations" du manuscrit autographe de "Promontoire", il en attribue deux, celles à l'encre, à l'équipe éditoriale de Vanier on va dire et une, celle au crayon, à Rimbaud. Au nom de quoi, on identifie l'écriture de Rimbaud dans ce mot transcrit au crayon ? On voit que les critiques sont flottants et ont dérivé par à-coups. Pourquoi en est-on là ? Tout part de l'idée absurde de Steve Murphy que seul l'auteur signe un texte par ses initiales et que la mention "AR" est précisément à la limite du tracé du découpage du papier au ciseau, ce qui voudrait dire que Rimbaud a découpé son papier en évitant de découper sa signature. C'est faux ! La mention "AR" n'est pas de Rimbaud, elle est solidaire de la mention entre parenthèses "(Illuminations)" qui la suit et complète, et solidaire de la mention en oblique en haut à gauche, et peu importe le double emploi des deux mentions à l'encre brune "Illuminations". Toutes ces mentions sont  à l'encre brune. Le "AR" est donc clairement une transcription postérieure à la réédition des Illuminations par Vanier en 1892. Et postérieure aussi au découpage du manuscrit. Mais, comme il y a une troisième mention au crayon et que chronologiquement c'est la première des trois, voilà qu'on part sur un renoncement à attribuer les mentions à l'encre brune à Rimbaud qui incluent le "AR" faute de tout pour attribuer la mention au crayon à Rimbaud. Non, mille fois non ! Cette mention au crayon, sans "s", peut-être pour dire que ce poème est une "illumination", peut-être parce que de manière désinvolte le scripteur a mal terminé l'écriture du nom au pluriel, vient soit de l'équipe éditoriale de Vanier, soit de la revue La Vogue en 1886 quand ils recopient le poème et écartent le manuscrit autographe qui repasse dans les mains de Léo d'Orfer, troisième candidat d'ailleurs pour une mention au crayon de ce titre. Pourquoi aller inventer des tisses de conneries, il n'y a pas d'autre mot, sur les mentions "AR" et "Illuminations" sur le manuscrit autographe de "Promontoire" ? On l'a compris que "Promontoire" est devenu un doublon du manuscrit à cause de la copie allographe, on l'a compris que c'est précisément à cause de tout cela que le manuscrit autographe est bardé de mentions "Illuminations" et "AR" qu'on ne retrouve pas ailleurs sur les autres manuscrits ? Mais qu'est-ce qui bloque dans vos façons de raisonner ? J'en ai marre. J'ai envie de mourir. Mais, que je sorte dans la rue et que je me fasse écraser par une voiture. J'en ai marre de devoir me débattre avec tous ces débats ridicules qui durent deux fois dix plombes. J'en ai marre, mais marre. Je veux crever au plus vite, j'en ai marre, mais marre ! Je deviens fou quand je vois l'article "de daines point" de Cavallaro, quand je vois qu'on refoule la coquille "outils" pour "autels", qu'on fait la sourde oreille sur "mène" imposé par Berricxhon. J'en ai marre, vous comprenez ça ! J'en ai marre ! Si on peut pas vivre dans le monde et qu'on doit se détester assez pour que l'un disparaisse, mais tuez-moi, maius vite ! Tout le monde sera content et moi apaisé. J'en ai marre ! Marre ! On ne peut pas aimer passer son temps à s'occuper de haïr, donc moi je préfère mourir que de vivre avec vous ! J'en ai marre ! marre ! Je serai mort, vous n'aurez pas à vous dire que vos raisonnements me font chier, ou quoi ? Vous n'aurez que vos raisonnements à faire entre vous, il n'y aura plus à prendre en considération que je  tiens un discours que vous voulez contester ou contrarier. J'en ai marre, mais marre, mais marre !
Reprenons !
Le crayon, je vais faire une mise au point prochainement sur les manuscrits des Illuminations. Mais, en gros, le raisonnement est le suivant. Il y a plusieurs retouches au crayon sur les textes eux-mêmes. Pas beaucoup, mais quelques-unes. Ici, Bardel en mentionne de nouvelles pour moi, car je ne sais pas faire la différence entre crayon et encre sur les fac-similés. Bardel mentionne le cas de "Scènes" où on a "couronné par les taillis" et "couronné de taillis", le "de" serait au crayon par-dessus "par les". Guyaux est favorable à la correction par "de" et Bardel pense que la correction "de" n'est pas finalisée puisqu'au crayon, il doute même que cette mention soit de Rimbaud.
En fait, il est temps de faire un grand tableau de toutes les mentions au crayon et de faire un dossier sur les choix des rimbaldiens, parce que ce qui ressort, c'est qu'à peu près systématiquement toutes les mentions au crayon sont considérées comme allographes par les rimbaldiens, sauf la pagination pour les tenants de la pagination autographe, sauf le mot "Illuminations" par lubie sur l'absence d'article sur le manuscrit autographe de "Promontoire". A un moment donné, on voit bien l'anomalie. C'est toujours pour faire coïncider à une thèse qu'on accorde par exception qu'une mention au crayon puisse être de Rimbaud. La vraisemblance, c'est qu'aucune mention au crayon n'est de Rimbaud.
Et donc c'est un point majeur de mon compte rendu et on va travailler là-dessus et j'ai besoin de temps pour les recensions.
Parlons rapidement maintenant des deux autres sujets précisés dans le titre de ce "billet" comme on dit.
Pour le nombre de poèmes, Bardel parle parfois de vingt-neuf poèmes pour les 24 pages, et je tombe aussi sur un détail où il prétend que les cinq poèmes en vers courts comptent pour un poème. Plus précisément, Bardel compte deux poèmes sous le titre "Phrases", celui du folio 11 et celui du folio 12, ce qui est complètement absurde.
Reprenons le décompte !
1 Après le Déluge
2 à 6 Enfance, cinq poèmes distincts
7 Conte
8 Parade
9 Antique
10 Being Beauteous
11 "Ô la face cendrée..."
12-16 les cinq poèmes courts du folio 12 avec les trois croix en substitut de titre (peu importe que vous les placiez ici ou après "Phrases", ils comptent automatiquement pour cinq poèmes)
17 Vies (ici, Bardel et la plupart des rimbaldiens doivent les compter pour trois, moi qui ai fait l'analyse formelle de la composition d'ensemble, j'ai identifié que "Vies" est un seul poème en trois volets, ce qui le différencie des séries "Enfance", "Jeunesse" et "Veillées". Ma démonstration a été publiée dans la revue Parade sauvage
 18 Départ
19 Royauté
20 A une Raison
21 Matinée d'ivresse
22 Phrases (trois alinéas considérés comme un seul poème, je peux me tromper, on passerait alors à trois poèmes)
23 Ouvriers
24 Les Ponts
25 Ville
26 Ornières
27 Villes "Ce sont des villes..."
28 Vagabonds (au passage, penser au poème "Mendiants" de Nouveau en janvier 1875 !!!!!)
29 Villes "L'Acropole officielle..."
30-32 Veillées I-II-III
33 Mystique
34 Aube
35 Fleurs
36 Marine (recto réel du feuillet, mais en réalité je ne crois pas que Rimbaud ait mis là le manuscrit pour l'ordonner)
37 Fête d'hiver (recto réel du poème)
38 Nocturne vulgaire (verso réel du poème)
39 Angoisse
40 Métropolitain
41 Barbare
42 Promontoire
43 Scènes
44 Soir historique
45 Mouvement
46 Bottom
47 H
48 Dévotion
49 Démocratie
50 Fairy
51 Guerre
52 Génie
53-56 Jeunesse
57 Solde
 
J'arrive à un total de 57 poèmes. Si on compte "Vies" comme vous le faites pour trois poèmes, on passe à 59 et si on compte "Phrases" pour trois poèmes on passe à 61.
Les manuscrits prouvent que "Veillées" doit bien être considéré comme une série de trois poèmes. C'est le cas fatalement de "Jeunesse", et c'est le cas qui ressort des disparités entre poèmes dans la série "Enfance". Après, si vous voulez compter les séries pour un seul poème, libre à vous, mais je ne m'y retrouve jamais avec les nombres de poèmes affichés et non expliqués par Bardel, à plusieurs reprises dans son ouvrage, et quand il s'explique je suis interloqué, deux poèmes autonomes sous le titre "Phrases", c'est incompréhensible.
A propos du poème "Ô la face cendrée...", j'en profite pour montrer un problème psychologique. A la suite de Murphy, Bardel se moque fort régulièrement des détails de l'analyse des écrits d'André Guyaux. A propos de "Ô la face cendrée..." Guyaux a pourtant le mérite contre Murphy, Reboul, l'édition originale et d'autres d'avoir compris que le poème est autonome, et Bardel se range justement à l'avis de Guyaux. Mais, comme il faut se moquer du punching ball de Murphy (et Lefrère, pensons au compte rendu signé Lefrère, mais composé en grande partie par Murphy, de la Pléiade "sans étoile" de Guyaux), on a droit à des considérations sur le fait que dans sa table des matières Guyaux ne cite pas les trois croix comme s'il hésitait à identifier le poème comme distinct de "Being Beauteous", etc. Et, en même temps, Bardel répète à plusieurs reprises que tout de même si le poème est en-dessous de "Being Beauteous" c'est qu'il résonne avec lui, même si la chute du premier est parfaitement autonome et n'a pas besoin d'être redoublée. Pourquoi passer son temps à répéter que "Ô la face cendrée..." va bien à la suite de "Being Beauteous" ? Cela me fait penser à une réaction marrante de Christophe Bataillé après la révélation que "Vieux de la vieille" était un montage de citations de passages de Belmontet. Bataillé écrivait que Murphy n'avait pas tort pour autant d'identifier une allusion au poème de ce titre dans Emaux et camées, puisque dans son livre Rimbaud et la ménagerie impériale Murphy avait commenté le morceau zutique comme satirique à l'égard du poème en vers de Gautier du même titre.
Ici, Bardel passe son temps à dédouaner implicitement Murphy d'avoir cru "Ô la face cendrée.." le second paragraphe de "Being Beauteous", tout en se moquant de tout signe de mollesse de Guyaux dans l'affirmation que les deux poèmes sont bien distincts, alors que Guyaux a clairement contribué à séparer les deux poèmes, c'est un de ces quelques rares mérites rimbaldiens que je sache. Même sur ça, il faut que Bardel crache son venin.
Je vais d'ailleurs dans une partie de mon compte rendu faire une mise au point sur le fait que très souvent Bardel s'aligne sur une position parce que c'est celle défendue par Murphy. C'est notamment le cas de la transcription en quatorze lignes de "jeunesse II Sonnet". Bardel, cette fois, suit l'idée de Guyaux, parce que Murphy l'a défendue, mais en critiquant tout de même la position théorique de Guyaux pour amener sa propre nuance interprétative. Je ne suis pas d'accord avec Guyaux, Murphy et Bardel sur ce point, mais je vais l'exposer dans une prochaine partie de compte rendu pour bien montrer qu'on peut lire dans la manière d'écrire de Bardel que tout est explicitement, très explicitement orienté en fonction d'une allégeance aux opinions critiques de Murphy. Je vais étaler ça en long et en large, parce que c'est vraiment édifiant.
Je reviens sur l'avant-propos qui tient en trois pages et demi.
Ce n'est pas bien écrit au plan du phrasé, mais c'est assez bien écrit en termes de composition rhétorique, et cela vaut pour le début de l'Introduction aussi où Bardel joue habilement de son idée d'évanescence d'un conte : "A l'origine de cette histoire, il y a une rumeur et une revue symboliste..." "Commençons par la rumeur", "j'entends par ce on", etc.
Dans son "Avant-propos", Bardel commence par mentionner sous forme de périphrase le critique Tzvetan Todorov en l'appelant un "charitable confrère". L'adjectif "charitable" fait un lien avec la publication précédente sur la Saison, j'ignore si Bardel a médité son effet à ce point, mais en tout cas il est clair que cela rebondit sur la thématique de la "charité" dans la Saison. C'est donc une mention doublement ironique que cette attaque : "Un charitable confrère..." Après la citation, l'imitation du style de Murphy est évidente : "C'est ce conseil que je me suis empressé, ici, de ne pas suivre." Tout le développement sur "le charme de l'obscur" est dans la lignée du discours de Murphy sur l'expérience gratifiante pour le lecteur de confrontation à des textes hermétiques et plus maladroitement Bardel essaie à l'instar de Murphy de mêler à son propos des jeux de mots sur les poèmes de Rimbaud : "violer les textes atroces d'Hortense", calembour un peu mal amené sur "gestes...".
J'ai déjà épinglé dans cet avant-propos le problème d'assurance de Bardel quand il invite ses lecteurs à lire son livre les fac-similés des manuscrits sous les yeux, puisque je n'arrête pas de montrer tout ce que Bardel n'a jamais relevé, épluché, comme tout ce qu'il a minimisé. je l'épingle notamment sur le cas de "Amour ! force !" où Bardel reprend passivement la leçon erronée de Guyaux : "Amour, force !" Mais je précise que dans son livre Rimbaud l'Obscur Bardel dénonce justement une mauvaise analyse d'un signe de ponctuation faite par André Guyaux dans "Angoisse", ça porte sur un débat entre virgule et point-virgule, je n'ai pas encore vérifié le sujet et il faudra que je voie si ça parle de ce passage-là et si Bardel se fonde sur une critique de Guyaux faite par Murphy.
Mais, ici, je reviens sur l'avant-propos pour montrer que j'ai bien repéré les passages que Bardel doit penser d'ironie fine : "J'essaie de résumer les débats, pour certains fort loin d'être clos", et "le principe constant de cet ouvrage, dans chacune de ses parties, a été d'assumer le risque de l'interprétation et, penseront peut-être certains,  du subjectif."
Bardel est en train de dire que lui considère que le débat est clos et que tout ce qu'il fait est objectif, et là encore j'ignore si Bardel a fait exprès d'employer l'opposition de Rimbaud dans sa lettre à Izambard de l'objectif et du subjectif. J'ai la forte impression qu'il le fait exprès tout de même, mais qu'il songe ou non aux propos de Rimbaud la prétention à l'objectivité de Bardel est bien orgueilleuse et les parties successives de mon compte rendu en incluant l'article préliminaire "Avant-goût..." prouvent que très clairement Bardel est non pas objectif, mais bel et bien subjectif. Et ne pas être objectif en commentant Rimbaud, c'est s'exposer à tenir un discours fadasse.
C'est épuisant, mais le relevé des anomalies de l'analyse de Bardel est un véritable contre-poison contre l'occupation prédominante de l'espace public par la thèse murphyenne d'un recueil organisé en tout point par Rimbaud. Cette thèse manque de bon sens et, en conservant des nuances, on va arriver à y mettre un terme. Pas tout de suite au plan des éditions et de ce que publient les universitaires rimbaldiens, bien sûr ! Mais le glas a déjà sonné. Je répète que le livre Rimbaud l'Obscur est un chant du cygne et que contrairement à la légende un cygne ça chante faux. Ce n'est pas harmonieux le chant du cygne !