Je reprends le compte rendu et j'attaque dans le dur, puisque Bardel sur la pagination ne me cite pas sur une démonstration qu'il préfère attribuer à Bienvenu qui pourtant me citait. N'ayant pas consulté d'avocat, je vous laisse deviner ce que je pense de cette manière de faire, mais bon je m'en moque, je ne prévois pas de sitôt d'être un de vos pairs et d'avoir des soirées mondaines avec vous où on mange des petits gâteaux en parlant de Rimbaud. Vous imaginez si le prix de ma reconnaissance pour mon travail, c'était de devenir votre ami et d'avoir à subir une conversation où priment vos perceptions et vos centres d'intérêt ? Quelle horreur !
Commençons par le problème du mélange des vers. Sur ce point, en soupesant bien les éléments, je donne raison à Bardel, Murphy et d'autres de résister à un retour au mélange des vers et des proses, mais je vais montrer qu'il y a quand même un aspect du problème qui est traité par-dessus la jambe. Et je pense que c'est important et intéressant d'essayer de s'intéresser à la question des vers.
Donc, en 1875, Verlaine fraîchement sorti de prison se précipite à Stuttgart où ses retrouvailles avec Rimbaud ne se passent pas du tout comme il l'avait prévu, mais visiblement c'est un moment où tout n'est pas joué dans la relation entre les deux poètes. Il y a un début de dispute qui couve, mais en même temps Rimbaud remet un ensemble de manuscrits de poèmes en prose à Verlaine afin que ce dernier en prépare la publication. Naïvement, Murphy, Reboul et Bardel prennent tout au premier degré dans les échanges d'époque. Il y a un recueil, il ne s'agit que de trouver un éditeur pour le publier, et si c'est pas Verlaine, ce sera Nouveau, et Nouveau ne va rien faire, et Rimbaud va être fâché et ce sera la rupture avec Nouveau et le renoncement à la Littérature, et Nouveau gardera les manuscrits, mais en 1878 sans trop d'explications les manuscrits passeraient rapidement de Nouveau à Verlaine. Tout ça, c'est des billevesées. Les manuscrits qui nous sont parvenus ne sont pas prêts à l'impression. C'est justement pour ça qu'il y a un débat sur la réalité exacte du recueil, sur l'ordre des poèmes en tout cas. Bardel, soutenu par Reboul, nous pond un récit invraisemblable où il affirme péremptoirement ce qu'il conviendrait de prouver. Rimbaud a paginé et mis au propres les deux tiers du recueil, selon Bardel et Reboul, mais il part en Allemagne en prévision de s'occuper du reste. Verlaine est arrivé à l'improviste et Rimbaud lui a tout refilé comme ça en un instant. Notons que Reboul et Bardel, contrairement à Verlaine qui lui en parle dans ses courriers de 1878, n'ont pas l'air de penser qu'il est dangereux de confier des manuscrits et surtout de les envoyer par la poste. Ils n'ont pas l'air de pouvoir supposer que Rimbaud a un double de la copie de tous ces poèmes qu'il conserve par-devers lui, double qui a pu être détruit et perdu lors de ses voyage, sinon à sa mort par sa mère, etc. Murphy, Bardel et Reboul ne jurent que par une mystique de l'unique copie manuscrite. Il y avait la copie unique qui nous est parvenue et la mémoire de Rimbaud, l'auteur des poèmes. Déjà, il y a une façon de penser le sujet qui n'est pas logique de la part des universitaires. Ensuite, Rimbaud a remis un lot de copies manuscrites à Verlaine, en se disant que Verlaine allait tellement tomber sous le charme des inventions de son ancien compagnon qu'il allait tout de suite lancer un projet de publication. En février 1875, les années passent, Rimbaud n'a toujours publié aucun livre, puisqu'Une saison en enfer est restée en plan et que notre jeune ardennais n'a plus aucun soutien à Paris. Et Nouveau n'est certainement, malgré la thèse du dernier article de Reboul et malgré ce qu'a écrit Rimbaud à Verlaine, celui qui pourra favoriser une publication du recueil. Il est clair comme de l'eau de roche que le retour de Verlaine a quelque chose d'inespéré, mais comme il se joue aussi de l'humain dans ce retour il y a une rancune de Verlaine et une rancune de Rimbaud de l'autre qui se croisent. Verlaine est à mon avis plus mature. Il en veut à Rimbaud, fait primer sa colère avant la publication des poèmes en prose, tandis que Rimbaud est clairement dans l'égoïsme impatient. De fait, Rimbaud fait un caprice et demande à Verlaine d'expédier les manuscrits à Nouveau pour qu'il les présente à un éditeur en lieu et place de Verlaine, ce qui est un moyen de blesser Verlaine dans son amour-propre. Il faudrait peut-être arrêter de prendre cet argument de Rimbaud au premier degré. C'est sans intérêt. Verlaine s'est exécuté, et c'est bien dommage pour la finition du recueil de poèmes en prose, recueil qui n'était clairement pas fini. Mais comme les universitaires prennent au premier degré ce que Verlaine dit des intentions de Rimbaud, on a leur délire absolu qui consiste à dire que le recueil est fini même quand il n'est pas paginé entièrement, etc.
Notons qu'au début de l'activité de son blog Rimbaud ivre, Jacques Bienvenu a publié un article sur le poids des "poèmes en prose" à partir des frais de port dont Verlaine s'est plaint pour montrer que cela semblait bien correspondre aux manuscrits qui nous sont parvenus. Et Verlaine ne parle alors que des poèmes en prose. Il est très convaincant que quel que soit le jeu de copies qui nous soit parvenu cela correspond au nombre de textes que nous connaissons. Bardel fait avec raison un recoupement de témoignages de Verlaine séparés de plusieurs années où il dit bien qu'à Stuttgart c'est le recueil des Illuminations qui a été récupéré, et il s'agit uniquement de poèmes en prose quant à la lettre à Delahaye où il est question de renvoyer les manuscrits par la poste à Germain Nouveau, alors inconnu de Rimbaud. Il est aussi fort probable que ce soit le même dossier manuscrit, le même jeu de copies qui nous soit parvenu, c'est d'ailleurs ce que dit Verlaine au sujet de ce dossier finalement.
En août 1878, Verlaine dit avoir relu cet ensemble de poèmes en prose, donc la relecture confirme qu'il a eu le loisir de lire ces manuscrits en 1875 et sous la forme d'un ensemble, puisque le titre "Illuminations" sert à désigner un ensemble.
Contrairement à Murphy, Cavallaro et Bardel, je pense que réellement en août 1878 Verlaine dit "Illuminations" sans article parce qu'on lui a dit que le titre était tel sans article, mais comme le dossier n'était pas terminé, que les manuscrits n'étaient pas paginés, il y a eu un glissement vers le titre "Les Illuminations" que Verlaine a laissé naître, même si lui-même avait eu un premier intitulé sans article "Poëmes saturniens". Je pense que la phrase : "Avoir relu "Illuminations (painted plates)" est la seule autorité pour fixer le titre et le sous-titre du recueil. Je m'en moque des errements de Guyaux et Bouillane de Lacoste pour démontrer cela en commettant quelques erreurs. Verlaine a corrompu rapidement "painted plates" en "coloured plates" et on voit bien que Verlaine ne respecte pas ce qu'il fixe limpidement dans sa lettre d'août 1878 qui est d'un titre sans article.
Maintenant, il y a deux problèmes : le mélange des vers et le rôle de Charles de Sivry.
Bardel dit qu'on croit que Verlaine a prêté les poèmes en prose à Charles de Sivry pour qu'il les mette en musique, mais comme il était le demi-frère de Mathilde Mauté, femme de Verlaine mais avec un procès en séparation acté, le divorce étant contemporain très précisément de la publication des Poètes maudits en revue et en plaquette (argument que je précise et non envisagé par les rimbaldiens eux-mêmes), Charles de Sivry a comme confisqué le dossier pour empêcher Verlaine de le publier rapidement. Il y avait peut-être moins une peur du contenu des manuscrits que du qu'en dira-t-on après une publication à succès de textes de celui qui avait détruit le ménage des Verlaine. Le sentiment de confiscation est évident. Bardel répète à plusieurs reprises l'argument de Gustave Khan selon lequel les poèmes en prose circulaient, mais c'est en contradiction flagrante avec le fait que Verlaine ne parvenait pas à récupérer ce manuscrit auprès de Charles de Sivry. Je voudrais des recoupements pour vérifier le témoignage de Kahn selon lequel Fénéon qui, surtout selon Bardel lui-même, ne s'est occupé des Illuminations que fort tardivement, aurait mieux sur que Kahn et Verlaine où se trouvaient les manuscrits et les aurait récupérés le premier pour permettre à Kahn de les publier, alors qu'il ne faisait pas partie de l'équipe de la revue La Vogue. Bardel à la suite de Murat dit avec raison que Fénéon n'a dû préparer que les deniers manuscrits des livraisons des numéros 8 et 9, éventuellement des vers dans le numéro 7, et que pour la plaquette il n'a fait que réévaluer les textes déjà imprimés sans retour aux manuscrits. Murat et Bardel doutent même que Fénéon ait jamais vu les manuscrits, ce qui est exagéré pour les livraisons 7 à 9 de la revue, comme il est exagéré de ne pas concéder que les manuscrits sont des chiffons volants y compris quelque peu pour la série homogène. Mais voilà que Bardel concède en prenant le témoignage de Kahn pour argent comptant que Fénéon a vu le manuscrit avant Kahn et les gens de sa revue chez les frères Fière. Et à part Kahn, qui affirme que les manuscrits étaient entre les mains d'un frère Fière ? Tout ça est cousu de fil blanc. Ce qui est clair, c'est que Verlaine a peiné à récupéré les manuscrits auprès de Charles de Sivry, puis on ne sait trop pourquoi auprès du poète chrétien Louis Le Cardonnel, puis il y a eu un rôle de dépositaire de Léo d'Orfer, lequel s'est fait spolier par Gustave Kahn, tandis que Verlaine a été tenu à l'écart.
Il faut en rester à un travail d'intellection structuré, cohérent, simple. Non, les manuscrits n'ont pas circulé. Il y a un blocage de Sivry pour des raisons familiales avec une implication minimale de Léon ou Louis Le Cardonnel et de Léo d'Orfer. Pas la peine de faire des plans sur la comète.
Qui plus est, le recueil est déjà entier en 1878, et selon le témoignage de Verlaine qui dit le relire il est entier depuis 1875, et il s'agit exclusivement sous le titre "Illuminations" de poèmes en prose, avec un cas particulier de vers libres "Mouvement", "Marine" n'étant pas un poème en vers libres au sens strict !
Le recueil est complet depuis 1875, complet au sens où il ne s'est pas enrichi, etc.
Il n'y a pas à chercher dans les poèmes des inspirations au-delà de février 1875.
Bardel essaie de légitimer le propos de Verlaine sur le fait que Rimbaud ait aussi composé des poèmes du recueil lors de voyages en Allemagne, ce qui est là grotesque. Rimbaud n'a que deux semaines de présence, même pas, en Allemagne, quand Verlaine lui rend visite. La lettre de Rimbaud à Delahaye daté de "mars 1875" contient un remords de plume pour un 2 des vingtaines du mois de février comme je l'ai montré clairement sur un article du blog Rimbaud ivre de Bienvenu, la lettre étant souvent datée abusivement par mauvaise compréhension de ce remords de plume du 3 ou du 5 mars. Mais cette lettre parle d'un séjour passé de quelques jours et on reste de toute façon dans un intervalle de moins de deux semaines.
Maintenant, le problème, c'est le cheminement des manuscrits de mai 1875 à août 1878. Les manuscrits ont été remis à Nouveau, mais est-ce qu'ils sont restés si longtemps entre ces mains ? Reboul, de manière gratuite, affirme que Rimbaud a rongé son frein en attendant que Nouveau prenne des initiatives pour favoriser leur publication, ce que je trouve complètement lunaire. On sait qu'en 1875 Rimbaud est monté à Paris et qu'il y a eu une dispute finale avec le milieu parisien. Je n'ai pas la biographie de Lefrère sous la main, ni rien, mais il en parle, et il n'est évidemment pas le seul. Nous sommes donc dans le courant de l'année 1875 et après l'envoi à Germain Nouveau à Bruxelles. Il faut bien comprendre qu'on ne sait pas quand Nouveau s'est dépossédé des manuscrits, si ce sont bien ceux-là qui nous sont parvenus, mais Verlaine a l'air de dire que oui, et pour qui. Il peut les avoir remis à Rimbaud, après tout, comme il peut les avoir laissés en dépôt à Paris chez une connaissance, éventuellement une connaissance commune. C'est pour ça que j'ai toujours été frappé que Verlaine ait écrit "Amitiés à Ernest Cabaner" avec une énumération bizarre parlant d'eaux-fortes, de chinoiseries ou japonismes et des "illuminécheunes". Je n'ai jamais compris la logique d'écriture de ce paragraphe qui me donne l'impression que Cabaner est à l'origine de la récupération par Verlaine en août 1878 des manuscrits des proses.
Et ici je m'oppose à l'argument que relaie Bardel sur les raisons pour lesquelles Verlaine va prêter les manuscrits à Charles de Sivry. Dans sa correspondance à Sivry, Verlaine dit en toutes lettres qu'il va apporter de beaux "fragments" à lire à Sivry. Donc il lui a prêté pour qu'il les lise parce que Verlaine veut faire partager son plaisir. Là, Verlaine a été imprudent et a naïvement sous-évalué les liens qui unissaient son ami musicien à sa demi-soeur. Verlaine envoie des amitiés à Cabaner un peu après par l'intermédiaire de Charles de Sivry, j'ai vraiment l'impression que la confiance initiale envers Charles de Sivry vient d'un rôle joué par Cabaner.
Et quand Verlaine dit publiquement en 1883 que le recueil des poèmes en prose est probablement perdu, là encore je ne suis pas tout à fait d'accord avec Bardel qui dit que Verlaine joue à faire mousser le désir des lecteurs. Il sait que les manuscrits sont chez Sivry, mais il pense réellement que Sivry ne les lui remettra jamais. L'inquiétude est bien réelle. Et réellement la famille Mauté a détruit des manuscrits de Rimbaud que Verlaine avait laissés chez lui lors de la fugue belge commencé en juillet 1872.
Maintenant, il y a le problème du dossier de poèmes en vers "nouvelle manière". Effectivement, Bardel a raison de faire remarquer que Verlaine parle d'un recueil des Illuminations qui a été retrouvé avec des vers dans plusieurs témoignages dont l'un précise "vers délicieusement faux exprès". On peut à la rigueur penser que pour certains témoignages les vers sont les quelques pièces supplémentaires apportées aux Poètes maudits, ainsi que "Les Premières communions" et "Paris se repeuple", sans oublier "Poison perdu", mais on sent que Verlaine parle d'un ensemble de vers réunis aux poèmes en prose qui méritent seul le titre "Illuminations". Kahn est très méprisant au sujet des "Premières communions", bien à tort ! C'est la publication des poèmes en prose qui l'intéressent, et on le voit avec les numéros 5 et 6 où ils sont exclusifs. Visiblement, c'est la brouille avec d'Orfer qui précipite un numéro spécial de vers dans la livraison du numéro 7, opération-tampon, le temps de remettre la mains sur les proses entres les mains de Léo d'Orfer ce qui n'arrivera pas, cependant que à son arrivée Fénéon poursuit le mélange des proses et des vers. Mais si les vers et les proses ont été mélangés c'est que les deux dossiers ont été superposés par Charles de Sivry. De deux choses l'une, ou Verlaine ne parle pas volontiers des vers en 1878, préférant ne parler que des proses, ou Cabaner ou le passeur des manuscrits avait en plus un dossier de vers que finalement il a remis à Charles de Sivry avec les poèmes en prose.
Je pense que l'hybridation de deux dossiers distincts est une réalité en bonne voie d'être tranchée, mais avec une sous-estimation tout de même de l'existence de ce dossier de vers et de son cheminement.
Il y a peu, je précisais que dans "Alchimie du verbe" il y avait un fait étrange : pourquoi les poèmes parlaient eux-mêmes négativement de l'expérience alchimique alors que cela ne devrait être apparent que dans le compte rendu a posteriori. On ne peut pas écrire un poème qui se veut de l'alchimie en racontant que ça ne marche pas l'alchimie puis se dire surpris que ça ne marche pas. Et c'est important pour réévaluer le reniement des vers de 1872 qui ne l'ont peut-être pas été du tout. Il y a un autre dossier publiable de vers "nouvelle manière" que Rimbaud avait conservé, qui a été mis en dépôt de telle sorte qu'il a été réuni au dossier des Illuminations. Tout le débat sur la séparation à faire des deux dossiers n'est pas complètement tranché, parce que l'existence du dossier de manuscrits en vers demeure un point aveugle des études rimbaldiennes.
Passons maintenant aux paginations !
A la page 71 de son livre Rimbaud l'Obscur, Bardel attribue une démonstration à Bienvenu sur le repassage à l'encre des neuf premières pages de la suite en 24 folios, et il cite des extraits d'un article de son blog mis en ligne le 6 mars 2012, sauf que Bardel cite en faisant des découpages un développement qui est le mien, celui de la convergence de quatre faits majeurs. C'est moi qui ai vu que le repassage des chiffres au crayon à l'encre jusqu'à la page 9 coïncidait avec la mention "Arthur Rimbaud" au bas de la page 9, laquelle au verso était salie selon le témoignage de Guyaux qui le spécifiait dans son livre Poétique du fragment. Bardel évite de me citer, ce qui pose un problème de probité intellectuelle qui est tout de même gênant par rapport au sérieux scientifique, au sérieux de son rapport quelque peu universitaire sur les manuscrits. On ne peut donc pas lui faire totalement confiance. Et cela s'accompagne d'une troncation de l'argumentation, puisque la démonstration complète suppose de préciser que la mention "Arthur Rimbaud" apparaît à la fin des transcriptions de poèmes dans les livraisons de la revue et précisément au bas de la fin de transcription des quatorze premières pages pour ce qui est du numéro 5.
Le coup de génie de mon argumentation ne s'arrête pas à ce que cite Bardel. La puissance de mon raisonnement, c'est de faire remarquer que de la page 1 à 9 les titres sont soulignés par des crochets, crochet solitaire < ou doubles crochets de part et d'autre du titre >, avec l'anomalie de traitement de "Ô la face cendrée..." pù les trois croix ne sont pas indentifiées comme substitut de titre alors que Rimbaud a clairement manifesté ce fait par un point qui suit les trois croix, point qu'il applique à pas mal de titres de ses poèmes en prose selon un principe à l'époque qui est employé par Lemerre et d'autres. Et le coup de génie ne s'arrête pas là, je montre qu'il n'y a aucun titre souligné de la page 10 à 14, ce qui prouve que dans l'urgence on a élargie la série à publier, et ce faisant il y a eu une erreur au sujet du titre "Les Ponts" qui n'a pas été identifié à l'intention des ouvrières-typographes qui ont composé les textes des poèmes "Ouvriers" et "Les Ponts", mais le seul titre "Ouvriers" et qui ont mécaniquement réuni tout ça sur les plaques à imprimer. En l'absence de titre "Les Ponts", elles ont mécaniquement fondu les textes "Ouvriers" et "Les Ponts" l'un à la suite de l'autre comme un seul poème !
Bardel, il a un récit magnifique à raconter avec ce que j'explique, il ne s'en empare pas ! Il passe à côté ! Et il passe bien évidemment à côté, mais ça c'est parce qu'il n'a pas envie d'avouer qu'il s'est trompé sur la pagination de la preuve que le séquençage de la pagination vient de la revue La Vogue. Reboul a affirmé dans une étude erronée qui plus est sur "Barbare" que la pagination était autographe, développant une lecture du poème comme conclusion du recueil, ce qui n'a même pas convaincu Bardel soit dit en passant. Murphy, il ne veut pas dédire son étude de 2001. Mais la preuve que la pagination n'est pas autographe, je l'ai donnée avec Bienvenu puisque nous avons des arguments complémentaires et décisifs.
Il y a pas de mal à avouer s'être trompé. Moi, j'y ai passivement cru à la démonstration de Murphy et je ne m'en suis pas soucié des années durant. Mais, Bienvenu m'a alerté que ce n'était pas clair. J'ai réagi et j'ai participé à l'élaboration de la preuve que ce n'était pas une pagination autographe. Il y a d'autres sujets sur lesquels j'ai changé. Murat a lui-même fini par renoncer à affirmer que la pagination autographe, même si sa rétractation est plus laborieuse. Murphy, Reboul et Bardel, ils sont enferrés dans l'orgueil. Ils ne prennent même pas la peine de bien observer en quoi mes arguments et ceux de Bienvenu démontent les assises de leurs convictions. Il faut le faire quand même.
Puis, Bardel qui n'est pas graphologue nous sort que les 2 des paginations sont typiquement rimbaldiens. Oui, c'est ça, il est expert-graphologue, et je comprends seulement maintenant que les génériques d'Antenne 2 avec des 2 animés c'est une invention rimbaldienne, la preuve par sa graphie molle spécifique.
Il faut arrêter le cirque. Le travail sur les manuscrits doit être dominé par de l'intellection. Il ne faut pas s'accrocher à prendre un détail, à le monter en épingle selon des convictions subjectives qu'on présente facticement comme des évidences. Il faut arrêter le délire d'être le chercheur qui cherche et qui va montrer que qu'il a cherché lui a fait découvrir l'accent circonflexe qui comme un effet papillon change tout à la compréhension.
Vous avez les preuves que la pagination est de la revue La Vogue par les soulignements des titres et les délimitations de la page 9, par les délimitations de la page 24 en phase avec l'état de la publication après la livraison 6 de la revue, vous avez une pagination clairement établie pour la revue pour les livraisons 7 à 9 avec le cas intéressant de "Promontoire" bien établi par Bienvenu, sujet d'importance qu'escamote Bardel en rappelant des mises au point plus anciennes de Murphy sur le manuscrit allographe de deux pages. Mais on s'en moque que Murphy écrivait avant nous des études sur Rimbaud, il a quelle mérite d'être le premier à écrire si on n'est pas encore en jeu ? L'enjeu en 2026 c'est les conclusions sur la pagination de Bienvenu qui étudie les copies de "Promontoire". Bardel préfère célébrer les antériorités de son dieu et passer sous le tapis des remises en cause qui le dérangent. C'est ça, la rigueur scientifique ?
A partir de la page 15, les titres sont encerclés, mais malgré ce soin plus marqué que pour les titres de feuillets 10 à 14 un autre titre va passer à la trappe celui de "Fête d'hiver", et là on peut voir sur les manuscrits l'oubli de ce titre précis qui contraste avec le soulignement attentif de tous les autres titres, et on a le même résultat que pour "Ouvriers" et "Les Ponts" qui concerne "Marine" et "Fête d'hiver".
Ce séquençage, Bardel le tait pour une bonne raison, il sait pertinemment que ça dément la thèse de la pagination autographe, et Murphy l'a appuyé à mort en ce sens. Vous me direz que c'est Bardel qui rédige ses textes, pas Murphy, sauf que Murphy préface l'édition fac-similaire de Bardel et Oriol fin 2025, puis ici il est remercié pour ses "remarques et suggestions" à la fin du livre Rimbaud l'Obscur. On n'a pas mis une revolver sur la tempe de Murphy pour l'obliger à privilégier Bardel dans des communications dans un numéro spécial Rimbaud du Magazine littéraire, pour des articles clefs du Dictionnaire Rimbaud (il est vrai plutôt dirigé par d'autres que Murphy). On n'a pas mis un flingue sur la tempe de Murphy pour l'obliger à citer souvent Bardel dans ses propres écrits. Or, comme Bardel passe son temps à écrire que Murphy a raison sur tout, à reprendre et amplifier tout ce que défend et publie Murphy, les écrits de Bardel ne sont plus qu'un doublon de la pensée de Murphy. Bardel, c'est un prête-nom à force. Bardel a-t-il jamais rencontré Guyaux ? Pourquoi Bardel fait de l'ironie à tire-larigot sur les écrits de Guyaux, sur ses erreurs, à l'instar de Murphy ? Guyaux et Bardel étaient allés à l'école maternelle ensemble et il y a une dispute dans le bac à sable qui s'est mal passée ? Pourquoi Bardel casse du sucre sans arrêt sur quelqu'un avec lequel il n'a jamais eu de contact, d'échanges, etc. ?
Au-delà des 24 pages, la revue La Vogue pagine ensuite et les manuscrits des poèmes en vers et les autres manuscrits connus des Illuminations, cas à part de "Promontoire". Cela, tous le reconnaissent. Puis, on a le cas des chiffres romains des poèmes publiés par Vanier. Je précise que ce n'est pas une pagination des feuillets, mais des poèmes directement !
Or, les chiffres I à III pour "Fairy", "Guerre" et "Génie" sont à l'encre, mais les chiffres IV et V pour la série "Jeunesse" et le poème "Solde" sont au crayon, sachant qu'il y a aussi un "I" au crayon qui fait doublon sur "Fairy".
Bardel relaie la thèse de Murphy selon laquelle les chiffres romains sont tous de Rimbaud et ce serait parce que cela formait une série que la publication dans La Vogue était retardée, reportée à leur sujet. On se demande bien pourquoi une pagination retarderait une publication.
Mais vous voulez un scoop ?
Les chiffres romains à l'encre ne concernent que "Fairy", "Guerre" et "Génie", le "II" est sur le côté gauche du titre pour "Guerre", feuillet réduit à une banderole, mais le "I" est entre le titre et le poème pour "Fairy" et le III est de même entre le titre et le poème pour "Génie", donc l'idée d'une série "Fairy", "Guerre" et "Génie" pensée par Rimbaud a tout l'air d'être juste. Ensuite, il y a les chiffres I à IV à l'intérieur de la série intitulée "Jeunesse". Or, le chiffre I au crayon qui fait double emploi pour "Fairy" est au-dessus du titre. Le chiffre IV au crayon est à gauche de "Jeunesse" et le chiffre "V" au crayon pour "Solde" est tout au-dessus du poème, rongé par l'usure du bord supérieur du feuillet.
En clair, il y a une vraie question qui se pose. On passe d'une série incontestablement de trois poèmes numérotés par Rimbaud à une rallonge artificielle au crayon par les éditeurs !
Enfin, quant à "Dévotion" et "Démocratie", il s'agit de deux manuscrits liés aux publications des livraisons 7 à 9. Le manuscrit autographe de "Promontoire" étant fatalement écarté et emporté par Léo d'Orfer, précisément le premier des poèmes en prose publiés dans les trois livraisons en question, Kahn a conservé la copie allographe de "Promontoire" sur deux pages et tous les manuscrits connus des autres poèmes publiés dans cette livraison. Au-delà de Bérès et du docteur Lucien-Graux, il y a une vente intermédiaire clef de pas mal de manuscrits à un certain Gustave Cahen, spectaculaire quasi homonyme de Gustave Kahn. Il est clair qu'il faudrait chercher du côté des ventes précoces de Kahn les manuscrits de "Dévotion" et "Démocratie", plutôt que de supposer que c'est d'Orfer qui est aussi parti avec. Dans l'absolu, ça reste envisageable, mais ce n'est pas l'hypothèse la plus plausible au vu des données.
Sur le folio 12, Bardel affirme le lien au titre "Phrases", il affirme à chaque ce qu'il conviendrait de démontrer.
Moi, j'oppose la thèse plus vraisemblable d'un manuscrit qui devait suivre "Ô la face cendrée..." Je constate qu'une fois qu'on n'impose pas la pagination autographe, on doit s'étonner que "Nocturne vulgaire" copié au verso de "Marine" et "Fête d'hiver" soit devenu le recto par la pagination. On a déjà deux lourds indices de modification de l'ordre des manuscrits par la revue La Vogue au sein de l'ensemble en vingt-quatre pages.
Enfin, Bardel dit que les transcriptions continues prouvent le recueil. Je suis désolé, mais "Conte" à la suitre de "Enfance" avec un prince mort à un âge ordinaire ça fait pas une suite organisée évidente à l'esprit. L'écriture de "Conte" est tassée, et on peut légitimement se demander si le poème n'occupe pas cette place-là parce que la place était disponible.
Il y a plein d'hypothèses que Murphy, Bardel et Reboul interdisent d'interroger en affirmant la pagination autographe comme une évidence dispensée d'être prouvée.