dimanche 19 avril 2026

Visualisons l'anomalie de raisonnement de Murphy sur les folios 12 et 18 du dossier manuscrit des Illuminations !

Il nous faut partir de l'article de 2001 de la revue Histoires littéraires dont une version est disponible en ligne. Je parle de "version" dans la mesure où je ne relève aucune note de bas de page sur l'article mis en ligne sur internet, dans la mesure également où les italiques disparaissent systématiquement dans les mentions des titres, ce qui laisse penser qu'il manque encore d'autres soulignements dans le corps de l'article.
 
 
Assez tard dans cet article, Murphy commente le cas particuliers des feuillets paginés 12 et 18, mais juste avant il parle aussi du caractère chaotique de la pagination qui est tantôt à l'encre, tantôt au crayon.
Murphy s'amuse à épingler le fait que Guyaux laisse la porte ouverte à l'idée que la pagination puisse être autographe, même s'il la combat. Murphy cite une phrase de Guyaux : "Les chiffres arabes sont tantôt à l'encre, tantôt au crayon et à l'encre, est-ce l'indice d'une intervention hésitante ?" Murphy précise ensuite que Guyaux a mentionné également des chiffres uniquement reportés à l'encre avec en prime "des fluctuations dans la manière de présenter les paginations". Et c'est là que d'un coup d'un seul Murphy exulte en affirmant ceci que je cite largement par nécessité pour la suite :
 
[...] Il s'agit là d'un indice décisif : pourquoi un éditeur de 1886 aurait-il recouru à des pratiques aussi hétérogènes ? Un éditeur aurait vraisemblablement arrangé les manuscrits, puis numéroté consécutivement, d'une seule façon, l'intégralité des feuillets du dossier. Les 24 paginations dans les Illuminations présentent chaque fois un trait servant à isoler un chiffre sur la page. Dans 22 cas, la pagination est isolée par un petit coin, alors que dans les deux autres cas, on trouve un trait diagonal. Cette différence est éloquente : comment ne pas être frappé par le fait que ces pages ont été toutes les deux coupées en haut ? On le savait depuis longtemps pour le f. 12 et c'est A. Guyaux qui l'a montré pour le f. 18, de même qu'il a relevé les disparités affectant l'isolement des chiffres. Pour le f. 12, Rimbaud a coupé le feuillet en haut et en bas ; pour le f. 18, il a sectionné le feuillet pour inscrire les deux premières parties de Veillées perpendiculairement sur la partie inférieure du feuillet contenant originellement Fairy. Puisque le fragment de feuillet contenant Faiy n'est pas paginé, la numérotation a forcément été effectuée ultérieurement. A. Guyaux tient pour une certitude, à juste raison, que ces feuillets ont été coupés par Rimbaud. Toutefois, il n'a pas tiré de ce fait l'inférence qui s'impose, à savoir que les exceptions dans les procédés de pagination ne s'expliquent que si on les attribue à Rimbaud : 1° à la p. 12, Rimbaud a enlevé sa pagination originelle avec le haut de la page, avant de remettre une pagination, de manière différente. Ne l'inscrivant pas au même moment que les autres paginations, il n'a pas repris par automatisme la présentation de la série initiale. 2° A la p. 18, Rimbaud semble avoir substitué le feuillet incomplet à une p. 18 antérieure, geste probablement lié à la confection du groupement Veillées I, II, III. Le feuillet remplacé pouvait contenir des versions différentes et autonomes des textes qui forment les deux premières parties de Veillées dans le recueil définitif ou bien des poèmes différents. [...]
 
J'exclus de ma citation le fait que Murphy rebondisse sur une remarque gratuite de Guyaux selon laquelle l'encre serait la même pour le texte et pour la pagination dans le cas du feuillet 12, propos malheureux sans fondement scientifique. Je l'exclus provisoirement, car j'en reparle à la toute fin et j'explique pourquoi il doit être exclu.
Reprenons maintenant l'analyse.
Murphy affirme plusieurs présupposés comme des évidences, et il nous faut reprendre un par un ceux qui pour nous ne sont pas si simples (je laisse de côté le "comment ne pas être frappé" qui joue sur une mise au point toute récente de Guyaux sur laquelle il serait forcément le seul qui n'aurait pas rebondi instantanément (16 ans entre 1885 et 2001 et seul Murphy a réagi en réalité) : a) un éditeur prend la liasse manuscrite et pagine cela d'une traite, b) les exceptions ne s'expliquent que si on attribue la pagination à Rimbaud, c) "Rimbaud a enlevé sa pagination originelle avec le haut de la page", d) les paginations des folios 12 et 18 sont postérieures aux autres paginations, e) il serait normal qu'avec le temps écoulé Rimbaud n'ait pas repris par automatisme la manière initiale de paginer, f) Rimbaud aurait remplacé un feuillet antérieur paginé 18 qui contenait soit les mêmes Veillées I et II présentés différemment, soit d'autres poèmes inédits.
 
Commençons par le point a). Dans son livre Les Illuminations ou Rimbaud l'Obscur, bien que partisan de la thèse murphyenne, Bardel fait des concessions toujours très intéressantes. Par exemple, quand Bardel persifle le mensonge de Fénéon qui dit avoir trié et paginé les manuscrits dès le départ, il cite plus favorablement Gustave Kahn qui parle lui aussi de classer les manuscrits. Bardel essaie de minimiser l'idée de classement, mais il est obligé de concéder quelque chose pour que le propos de Kahn ait un sens, et ça devient un classement des poèmes en fonction des livraisons de la revue. Il va de soi que Kahn n'a pas employé l'idée de classement en ce sens, mais donc Bardel concède qu'il y a un séquençage de la publication lors des livraisons initiales. Bardel concède aussi que Bienvenu a démontré que le repassage à l'encre des chiffres 1 à 9 vient des éditeurs de la revue La Vogue, à cause bien sûr du "7" barré qui n'est pas dans les habitudes de Rimbaud pour transcrire ses sept. La concession est tout de même déjà intéressante : neuf chiffres à l'encre sur onze sont des éditeurs de la revue. Si, en plus, on prend en compte qu'un feuillet sur les neuf ne serait même pas paginé au crayon, cela veut dire aussi qu'un feuillet uniquement paginé à l'encre l'est déjà par La Vogue ! Mais je ne retiendrai pas ce dernier argument. C'est juste pour être exhaustif. Un feuillet sur les trois paginés uniquement à l'encre serait acquis comme acte de la revue La Vogue.
Je reviendrai sur ce problème de séquençage quand je ferai visualiser clairement les choses à mes lecteurs.
Les contre-arguments sur le point a) valent pour la remise en cause du point b), mais je passe aussi directement aux points c) à f) qui sont le détail sur lequel se fonde le point b), détail dont on va montrer les lacunes avant notre visualisation finale du problème.
Passons au point c). Pour le folio 12, Rimbaud aurait enlevé la pagination initiale en découpant le papier. Comment peut-on vérifier ce fait dans la mesure où il n'y a pas le témoignage du bout de papier en question. Murphy présuppose l'existence de ce qu'il faudrait démontrer. J'ajoute aussi un point important. Il y a un présupposé selon lequel le folio 12 n'est différent du reste de la série sur papier homogène que parce qu'il a été découpé dans un deuxième temps en haut et en bas. Le papier du folio 12 serait donc le même papier que celui de la série homogène.
Là, il faut faire attention. Si j'ai bien compris, la série homogène est faite sur un papier de qualité qui a été systématiquement coupé en deux. En gros, un feuillet homogène a une largeur de 13 centimètres et une longueur de 20 centimètre après le découpage d'un papier soit de 26 centimètres de longueur et 20 de largeur,  soit de 13 centimètres de largeur et 40 centimètres de longueur. Dans tous les cas, dans son livre Les Illuminations ou Rimbaud l'Obscur Bardel précise que le format homogène est du type 13 x 20 systématiquement, mais pour le folio, page 40 de son livre, il nuance le cas du folio 12 qui est plus ou moins de 13 centimètres de du coup longueur et de 12 centimètres de largeur. Pourquoi écrire plus ou moins 13 centimètres si c'est la même mesure que pour la série homogène ?
On verra que même en considérant qu'il s'agit du même type de papier il y a d'autres problèmes qui font barrage à la thèse de Murphy. 
Passons au point d). Les paginations 12 et 18 seraient forcément postérieures. Non ! Prenons le cas de l'Album zutique, certaines pages n'ont pas été paginés. Si quelqu'un avait eu l'envie de reprendre la pagination et n'avait eu qu'un crayon pour le faire, les chiffres au crayon seraient postérieurs. On peut très bien concevoir que les folios 12 et 18 aient été paginés avant certains folios au crayon. Mais, certes, il faut éviter une théorie systématique où la pagination au crayon a été faite d'une seule traite, présupposé implicite qu'il faut savoir remettre en cause avant de se prononcer.
Passons au point e). Murphy fait comme s'il était "normal" qu'avec le temps écoulé Rimbaud ne pagine pas de la même manière. Murphy semble trouve ça naturel, mais est-ce que ça l'est vraiment ? Rimbaud change deux pages, il n'a aucun problème de place sur les coins prévus pour la pagination, et même s'il en a, il peut passer d'une marge à l'autre et il n'y a aucune contrainte physique qui va peser sur le fait de souligner ses chiffres sur le mode uniforme adopté jusque-là. C'est plutôt le contraire de ce que dit Murphy qui serait normal. Rimbaud remplace deux pages, il doit refaire les paginations, il reprend le modèle établi sous ses yeux. Murphy ferait beaucoup mieux de dire que la variation dans la manière est un fait aléatoire avec lequel composer. Pourquoi dire que avec le temps il y a une rupture avec l'automatisme initial ?
Passons au point f) qui se subdivise en deux considérations concurrentes. Rimbaud aurait remplacé le folio 18 initial qui contenait des versions autonomes de "Veillées" I et II. Mais, pourquoi si le folio 18 était tel, ne pas tout simplement remanier les titres ? Cela lui évitait d'utiliser le manuscrit de "Fairy" dont je rappelle qu'il a été coupé en bas pour transcrire à la verticale, par rapport à la transcription de "Fairy", les textes de "Veillées I" et "II". Je suis bien précis. On n'est pas dans le cas où Rimbaud reprend finalement une copie plus ancienne. Murphy nouys explique que Rimbaud a découpé le manuscrit de "Fairy" expressément pour recopier "Veillées I" et "II" en vue d'en faire le folio devant "Veillée" devenu "III". Il suffisait de remanier les titres des deux premières "Veillées". Les manuscrits sont raturés. Nous avons des lignes entièrement biffées aussi bien sur le feuillet autre de "Promontoire" que sur le feuillet contenant "Antique" qui fait partie de la série homogène. Rimbaud a hésité sur les titres "Villes" au pluriel et sur le titre "Bottom" substitué à "Métamorphoses". Ce que dit Murphy n'a pas de sens ! Il suffisait de remanier les textes antérieurs.
Le seul remaniement attesté est sur le folio suivant 19 où le titre "Veillée" est remplacé par un "III". Si les copies initiales de "Veillées I et II" étaient assez propres pour avoir été initialement paginées 18 il n'y avait, je le répète, qu'à modifier les titres par quelques biffures et ajouts. J'ajoute qu'il serait curieux que Rimbaud ait d'abord rapproché les trois poèmes "Veillée", "Veillée" et "Veillée" avant de songer à simplifier la série par le report de chiffres romains.
Enfin, s'il est question de textes inédits sur le folio 18, où sont-ils passés ? Le folio 18, dans ce cadre hypothétique, devait passer autre part. On ne peut pas prendre "Parade" déjà paginé de son côté. Il faut forcément chercher un feuillet isolé dans les pages qui suivent. Si on écarte le cas de la copie recto et verso pour "Nocturne vulgaire", "Marine" et "Fête d'hiver", il y a une série sur deux feuillets paginés 19 et 20 : "Veillée" devenu III avec Mystique, Fleurs et Aube, puis la série "Angoisse", "Métropolitain" et "Barbare" sur deux feuillets paginés 23 et 24.
Rimbaud aurait jeté le feuillet avec les poèmes inédits. Ce n'est pas très crédible. Je le dis et répète : si les textes du folio 18 étaient inédits et qu'il n'était question que de placer "Veillées I" et "II" devant "Veillée" devenu "III", le bon sens était de conserver le folio 18, paginer 19 Veillées I et II, puis de modifier les paginations 19 à 24 faites au crayon !!! par des paginations 20 à 25.
 
Murphy, Bardel et les tenants de la pagination autographe ont des problèmes de logique. Rimbaud aurait paginé ces vingt-quatre pages, mais pas les manuscrits sur des types de feuillet plus variés. Il n'aurait pas eu le temps ou les moyens matériels de le faire.
Alors, je ne sais pas si ce que je dis ci-dessous va me faire entrer dans l'histoire, je ne crois pas, mais il y a une contre-argumentation imparable que je vous livre comme inédite, jamais un rimbaldien n'a écrit ça, je suis le premier, je n'ai aucune raison d'être fier, mais voilà de l'inédit : Rimbaud pour paginer les manuscrits qui nous sont parvenus n'a aucun problème de papier, de temps ou de moyen d'écrire à l'encre ou au crayon. Il faut une minute pour paginer le reste des manuscrits, deux ou trois minutes tout au plus. Il n'a pas besoin de papier supplémentaire, puisqu'il s'agit de paginer les manuscrits déjà remplis de transcriptions poétiques. Il n'y a aucune usure inquiétante de l'encre ou d'un crayon à opérer ce genre de travail. Il faut quand même imaginer le délire des rimbaldiens. Rimbaud écrit des lettres à Nouveau, à Verlaine, il parle d'envoyer les manuscrits par la poste, Verlaine s'exécute en ce sens, ce qui fait de l'argent et ce qui suppose d'écrire une enveloppe, un déplacement, etc. Mais qu'est-ce que c'est que cette invention des rimbaldiens que Rimbaud n'a pas eu le temps de paginer un tiers de son recueil ? Qu'est-ce que c'est que cette idée farfelue selon laquelle Rimbaud n'a pas pu paginer, faute d'encre ou de crayon, faute de temps, un tiers de son recueil ? C'est quoi cette théorie ? Reboul félicite Bardel de pondre un "roman" pareil. Mais vous êtes sur une autre planète, là ?
En tout cas, reprenons l'idée.
Rimbaud a vingt-quatre folios, il trouve qu'un autre folio irait bien avant le folio 19. Au lieu de corriger sa foliotation à partir du 19, il supprime le folio 18 qui précédait le 19, le jette à la poubelle sans regret et reporte la pagination 18 sur le nouveau folio inséré.
C'est ça la thèse de Murphy ! C'est complètement absurde et ça ne repose que sur de la perception subjective.
Et dans le cas où le folio 12 ne serait pas ce que raconte Murphy, découpage du haut de la page avec une pagination initiale, soit ce folio 12 est lui aussi une pièce rapportée qui remplace un folio 12 originel, soit ce folio est bizarrement composé. Traitons de ces deux cas de figure.
Si le folio 12 originel contenait des textes distincts, cela redouble l'anomalie de la disparition du feuillet 18 originel conçu comme contenant des textes inédits.
Rimbaud aurait donc 24 folios qu'on peut représenter par 24 lettres de l'alphabet et il va intercaler 2 folios dans cette série que nous symboliserons par M et T, mais en retirer deux L et U.
 
Nous avons initialement :
1 A 2 B 3 C 4 D 5 E 6 F 7 G 8 H 9 I 10 J 11 K 12 L 13 N 14 O 15 P 16 Q 17 R 18 S 19 U 20 V 21 W 22 X 23 Y 24 Z.
Et sur le côté, nous avons M et T non paginés.
Rimbaud veut que M suive la lettre L en page 12 et que T précède la lettre U en page 19.
Il suffit de mettre le M après la page 12, de le paginer 13, de modifier la pagination avec un décalage d'une seule unité jusqu'à la page initialement 18 qui devient la page 19, puis d'insérer le T en le paginant 20, puis de modifier de deux unités les six dernières pages 19-24 qui deviennent 21-26.
Au lieu de ça, selon Murphy, Rimbaud a mis à la poubelle le L et le U.
Ce qui nous fait la série ordonnée suivante :
 1 A 2 B 3 C 4 D 5 E 6 F 7 G 8 H 9 I 10 J 11 K 12 M 13 N 14 O 15 P 16 Q 17 R 18 S 19 T 20 V 21 W 22 X 23 Y 24 Z.
Vous trouvez ça cohérent ? Moi, pas.
Ce n'est pas tout. Murphy propose une alternative. Le folio 12 serait le folio originellement paginé 12, sauf qu'il a été découpé sur le haut et c'est pour cela qu'il a fallu reporter ultérieurement la pagination.
Je veux bien beaucoup de choses, mais si le manuscrit a été découpé sur le haut, c'est déjà acté qu'il y a une discontinuité textuelle entre le bas de "Phrases" au folio 11 et le début actuel du folio 12. Or, c'est au nom de la continuité qu'on prétend relier le folio 11 au 12 en appliquant le titre "Phrases" aux poèmes courts du folio 12. L'anomalie ne s'arrête pas là. Tout le monde a remarqué que les séparations des alinéas bien espacés entre eux n'étaient pas les mêmes : il y a les traits ondulés spécifiques au folio 11 et les trois croix spécifiques au folio 12. Si Rimbaud n'a fait que découper le haut du folio 12, cela implique dans la thèse de Murphy que Rimbaud avait bien décidé dès le début de sa transcription continue de faire suivre les trois alinéas du folio 11 sous le titre "Phrases" des cinq poèmes courts du folio 12. Et Rimbaud aurait donc écrit sur un feuillet en séparant les textes avec des traits ondulés et tout de suite après il aurait enchaîné avec des poèmes, d'une esthétique déjà très différente, séparés par trois croix. Il est con à ce point-là, Rimbaud ? Vous me direz que le haut de la page contenait peut-être un titre, mais ça vous n'en savez rien, et ça ne change rien à la discontinuité du folio 11 au folio 12. La thèse selon laquelle le folio 12 serait sur le même type de papier ne suffit pas à harmoniser la disjonction sensible entre la fin de l'actuel folio 11 et donc du folio 12. En revanche, l'argument d'un écrit sur du papier de même type raccourci ultérieurement, permet d'entrevoir un tout autre placement des poèmes. Les poèmes du folio 12 ont en commun avec le poème à la suite de "Being Beauteous" d'être séparés par trois croix, signe qui en plus signifie substitut de titre, ce qui tend à confirmer aussi que les cinq poèmes du folio 12 sont cinq poèmes autonomes et non pas la suite d'une série intitulée "Phrases". Et, cerise sur le gâteau, les parties supprimées en haut et en bas du folio 12 pourraient être l'une ou l'autre, la transcription d'une autre copie de "O la face cendrée..." Au plan de l'espace manquant, cette thèse a de la vraisemblance et elle est renforcée par la réalité de l'emploi des trois croix. En clair, Rimbaud aurait placé ce feuillet à la suite de celui contenant "Antique", "Being Beauteous" et xxx O la face cendrée..." Et, par erreur, les protes de la revue La Vogue en auraient fait au contraire la suite de "Phrases" en vertu d'un présupposé rapide sur la signification du titre "Phrases". N'oublions pas que dans leur édition originale, non seulement ils ont fondu "Marine" et "Fête d'hiver" ensemble, ainsi que "Ouvriers" et "Les Ponts", mais ils ont aussi fondu ensemble "Being Beauteous" et "O la face cendrée..."
Là, il faut reconnaître qu'il y a un sacré pavé jeté dans la mare.
Enfin, j'ai un autre argument inédit dont je n'ai aucune raison d'être fier, mais que personne n'a pensé à opposer à la thèse du remplacement de folios 12 et 18 originels. Et cela vaut aussi bien pour des folios qui contenaient les textes que nous connaissons sous une autre forme que pour des poèmes inédits !
Nous avons au verso de l'actuel folio 24 une copie raturée du premier paragraphe de "Enfance I". Par conséquent, rien n'empêchait Rimbaud de biffer les folios 12 et 18 originels pour les retourner et faire sur les parties vierges d'autres transcriptions ? Rimbaud manquait de papier, nous dit-on. Or, on a la preuve avec "Enfance I" qu'il avait une solution toute trouvée, à condition bien sûr que Murphy dise juste quand il prétend que les folios 12 et 18 ont été purement et simplement supprimés !
Quant à ceux qui voudront penser que je pourrais être surpris en découvrant que le ou les manuscrits de "Démocratie" et de "Dévotion" sont sur le papier de format homogène, outre que ce n'est qu'une hypothèse, on se retrouve dans le cas du traitement de la revue La Vogue qui les exploite en dernier et comme des poèmes non paginés ! Et qui, de surcroît, n'aura pas pris la peine de les rapprocher de la série homogène initiale. 
 Enfin, bref !

Maintenant, que s'est-il réellement passé quant à la pagination ?
La revue La Vogue a reçu une liasse de manuscrits non paginés. Ils ont identifié des copies continues entre certains feuillets et ils ont repéré un abondant recours au même type de papier. Il est évident que l'ordre dans lequel les manuscrits leur sont parvenus à jouer. Il y a une série sur du même papier qui va de "Enfance I" à "Barbare" avec pour ce dernier au verso une copie raturée partielle de "Enfance I". Et il y a peu de modifications possibles de l'ordre de la série homogène à cause des transcriptions continues. Il y en a quand même quelques-unes. Or, si Rimbaud a bien créé lui-même la série "Veillées", le papier d'un format différent avec "Veillées I et II" était bien intercalé dans l'ensemble de la série homogène, et cela pouvait valoir donc pour les cinq poèmes de l'actuel folio 12. Mais nous avons vu plus haut que si le dossier n'était pas paginé il est possible que le papier ait été malheureusement déplacé de la suite de "Ô la face cendrée..." à la suite de "Phrases". Et on ne peut rien affirmer sur la position initiale éventuelle de "Après le Déluge", ni sur l'emplacement de la copie au recto et au verso d'un même feuillet de "Nocturne vulgaire", "Marine" et "Fête d'hiver". Le manuscrit de "Après le Déluge" est un feuillet découpé de forme carrée, ce qui n'est pas pratique à faire tenir dans une liasse, tandis que pour le feuillet transcrit au recto et au verso Bardel cite Murat qui précise que "Nocturne vulgaire" a été écrit au verso de "Marine" et "Fête d'hiver". Or, la pagination nous impose l'ordre inverse où "Nocturne vulgaire" est au recto.
Sans la pagination, on peut aussi plaider un ordre "Marine", "Fête d'hiver" et "Nocturne vulgaire", puisque "Nocturne vulgaire" est écrit au verso et non au recto selon l'analyse des manuscrits.
Je ne vais pas vous fournir la visualisation cette fois, car il me faut du temps pour mettre en forme les soulignements des titres des poèmes, mais en gros la pagination au crayon est initiale pour les feuillets 1 à 9 repassés à l'encre, l'arrêt à la page 9 est d'ailleurs une preuve que Murphy se trompe quand il dit qu'un éditeur paginerait tout d'une traite. Ensuite, en effet, la pagination de 10 à 24 a bien dû être faite d'une traite et au même moment (Murphy prétend que ça n'a pas eu lieu au même moment). La subtilité, c'est que celui qui a repassé à l'encre les pages 1 à 9 a paginé lui-même les pages 12 et 18, et il l'a fait avec sa façon de faire, ce qui est normal ou du moins se conçoit aisément, en même temps que celui qui tenait le crayon a poursuivi la pagination au crayon des autres manuscrits, la série homogène plus le recto et verso du feuillet paginé 21 et 22. Il fallait fixer l'emplacement de feuillets supposés formés des séries. L'emplacement pour "Veillées I et II" devant "III" était assez facile à déterminer, il y avait peu de chances de se tromper. Quant au folio paginé 12, il a été perçu comme la suite de "Phrases", à un moment où "Ô la face cendrée" était déjà intégré dans un ensemble où il était suivi par un tout autre manuscrit.
Je précise que je ne fais pas de l'enchaînement de "Ô la face cendrée..." et du folio 12 une vérité scientifique. En revanche, je trouve cela fort plausible, fort cohérent et à méditer face à une "vérité" qui ne repose sur aucune preuve.
Je reviens sur l'argument d'une pagination à l'encre 12 de la même encre que le texte. Guyaux a dit sans doute naïvement cela et on peut voir que Murphy s'en sert contre lui, sauf qu'il y a une anomalie tout de même dont Murphy ne prend pas conscience. La thèse de Murphy, c'est que de toute façon la pagination  à l'encre 12 est postérieure à la création des vingt-quatre pages. Il suppose même que le remaniement a eu lieu pour les folios 12 et 18 en même temps donc le folio 18 étant lié à une transcription continue pour feuillets paginés 19 et 20, dans le meilleur des cas, le 12 à l'encre aurait été reporté après la transcription des vingt premières pages. Dans la thèse murphyenne, le chiffre 12 ne date pas du même moment que la transcription des cinq poèmes courts puisqu'entre-temps outre les autres transcriptions il y a eu le découpage du haut et du bas du feuillet. Donc cet argument de la même encre est nul et non avenu. CQFD. 
Ultérieurement, je visualiserai le séquençage de la pagination par la revue La Vogue.

samedi 18 avril 2026

Compte rendu du livre Rimbaud l'Obscur d'A. Bardel, partie 2 : anomalies que je relève et l'idée d'une synthèse méthodologique à faire !

 Dans la première partie de cet article, je suis revenu sur le cas du titre du recueil de Rimbaud : Illuminations ou Les Illuminations. Je pense qu'en effet au plan philologique le retour du titre avec article a du sens. Toutefois, j'ai fait remarquer qu'alors même que Cavallaro fait tout une élaboration de ce que doit être une démarche philologique bien entendue avec des arguments tels que "c'est à ceux qui veulent enlever l'article de prouver qu'ils ont raison, puisque tout a commencé avec l'article", etc. Sur tout ça, je suis d'accord, mais je remarque que derrière la façade de grand apôtre de la méthodologie, Cavallaro n'en a eu aucune dans le cas du déchiffrement du vers de "L'Homme juste" où il a escamoté la confrontation nécessaire aux "o" manuscrits, alors que j'y invitais en toutes lettres, où il a escamoté le problème de l'absence de virgule, où il a prétendu de manière complètement lunaire qu'un point transperçant le manuscrit du recto au verso donnait l'illusion à certains de lire un "u", quand il est manifeste qu'il y a un "u" et certainement pas un "e". En clair, on peut dresser des principes méthodologiques comme de beaux paravents et cela se retrouve dans son analyse du titre Les Illuminations, ,puisqu'à plusieurs reprises il dit qu'il est absurde de comparer comme le font Bouillane de Lacoste et Guyaux avec les titres sans article des poèmes. Certes, Guyaux s'est trompé quand il s'est fondé sur une édition récente des Poètes maudits où l'article "les" était en caractères romains alors que dans les éditions du vivant de Verlaine il est en italique et donc intégré au titre. Certes, Cavallaro épingle une erreur de Bouillane de Lacoste qui croit que Verlaine a écrit "Illuminécheunes", alors qu'il a écrit "les illuminécheunes". Et, certes, puisqu'on n'a pas le manuscrit de la main de Verlaine des Poètes maudits, on ne peut pas dire que même si Guyaux s'est trompé c'est forcément le prote de la revue Lutèce qui a mis en italique ce qui n'est peut-être pas souligné sur le manuscrit de Verlaine, ce serait retourner l'erreur en prétendant envisager une autre erreur éventuelle.
Mais là où je ne suis pas d'accord, c'est que, d'un côté, Bardel dit que quand Verlaine met l'article en caractères romains c'est qu'il ne fait pas attention : dans sa correspondance et dans une note ajouté aux Poètes maudits. C'est un moyen bien commode pour effacer la réalité des flottements de la part de Verlaine. La philologie ne doit pas s'accompagner d'une surimpression de petites déformations subjectives. La philologie est objective ou n'est pas ! Ensuite, Cavallaro comme Bardel minimisent la première mention connue de la main de Verlaine en faisant comme si le style télégraphique expliquait l'absence d'article, ce qui est faux ! Il n'y a aucune ellipse des autres déterminants dans la phrase "du sieur" (présence de l'article sous forme contractée), "sa Saison en enfer" (passage de l'article indéfini à un déterminant possessif). Et surtout, l'absence d'article est ostentatoire et concerne bien la désignation du titre "Avoir relu 'Illuminations' du sieur que tu sais [...]". Rien qu'à lire cet extrait, j'ai l'intime conviction que Verlaine a fait un peu vite fait d'une intention rimbaldienne réelle. Je ne vais pas me battre sur le sujet. Oui, Verlaine a mis en place un mouvement où l'article a été intégré au titre, avec sa mention "les Illuminations" dans Les Poètes maudits et il n'a rien fait contre ce titre en 1886, ni au-delà, et il l'a avalisée. Mais ce qui est insupportable, c'est cette morgue avec laquelle on prétend que le raisonnement en faveur de l'absence d'article ne s'appuie sur rien, ou s'appuie sur des arguments considérés comme dérisoires : les titres sans article des poèmes eux-mêmes (en général, puisque nous avons "Les Ponts", "A une Raison" et "Après le Déluge") et la toute première mention par Verlaine en août 1878 qui témoigne d'une information toute fraîche, probablement orale. Merci de ne pas refermer le débat et de ne pas tout verrouiller. Même si Guyaux ou Bouillane de Lacoste ont fait des erreurs en cherchant à démontrer la thèse d'une absence d'article, les deux arguments ont une valeur philologique en soi, et c'est sans doute ces deux arguments qui ont expliqué l'engouement pour le titre sans article des décennies durant.
Bardel et Cavallaro se réclament de la philologie, mais leurs écrits sont émaillés de considérations subjectives et intimidantes. A cause de Cavallaro, on a un avenir sombre sur l'édition d'un vers que j'ai déchiffré du poème "L'Homme juste". Bravo ! Il fallait le faire ! Parce que moi je vous le dis bien en face qu'il est écrit "ou daines" et pas ", de daines". Ce n'est pas de l'amour-propre pour sauver la démonstration de mon article, c'est les faits qui sont là.
Repassons au cas des manuscrits des Illuminations
Le grand discours de Bardel est non pas de donner à lire une édition fac-similaire, mais de donner à voir les fac-similés des manuscrits. Or, jamais Bardel ne fait une synthèse de tout ce qu'il y a à voir dans les manuscrits. Il fait des tableaux sur les types de papier utilisés, les découpures, les paginations ou numérotation de poèmes (je pense à la série publiée par Vanier), etc., mais il laisse pas mal d'éléments en route.
Normalement, un bon travail méthodologique, c'est de faire la synthèse. Il y a autant de mentions des ouvrières typographes sinon ouvriers et autant de mentions du nombre de lignes effectuées, il y a une mention "Elzévir", il y a des paginations, il y a des soulignements de titres, il y a des signes à la marge, etc. Il y a des points après pas mal de titres ou après trois croix. Ce travail de synthèse n'a été fait ni par Murphy, ni par Murat, ni par Bardel, ni par Guyaux.
Je suis le seul sur ce blog à m'y attarder et je prévois de faire du coup la synthèse en un seul article.
Il y a évidemment aussi la prise en considération des objets utilisés pour écrire, encre de plume ou crayon, voire crayon de couleur, variation de l'encre brune.
Dans le livre Rimbaud l'Obscur, Bardel fournit une édition des poèmes, ce qui veut dire que nous devons avoir les poèmes et les titres. Or, Bardel ne reproduit pas les corrections, les variantes, les biffures. Il s'agit d'un texte toiletté. J'ai montré avec le cas de "Angoisse" que Bardel n'a pas effectué des transcriptions à partir des manuscrits. Il a pris une édition de référence, celle de Guyaux dans La Pléiade et il a recopié les poèmes de cette édition de 2009, ce qui lui permettait de ne pas faire plein d'erreurs de déchiffrement et de moins se fatiguer. Cela a entraîné une erreur de transcription au moins pour "Amour ! force !" que Bardel a rendu selon la lecture erronée de Guyaux et Brunel : "Amour, force !" S'il ne voulait pas déchiffrer patiemment lui-même les manuscrits, Bardel aurait dû au moins utiliser les éditions philologiques et critiques que visiblement il connait. L'édition critique de 2004 de Pierre Brunel fait des remarques sur l'établissement du texte, ainsi que son édition au Livre de poche. Il y a bien sûr le cas des éditions critiques de Bouillane de Lacoste. Bardel cite à plusieurs reprises l'édition chez Hazan de 1945, mais il cite aussi l'édition des Poésies de 1939. Donc, à côté de l'édition des oeuvres de Rimbaud chez Hazan, Bardel est censé connaître les éditions critiques PoésiesUne saison en enfer et Illuminations, à quoi adjoindre la thèse sur "le problème des Illuminations" et donc l'édition de 1945 chez Hazan. Il y en a d'autres des outils philologiques pour un meilleur établissement des textes de Rimbaud et Bardel les collectionne. Pourquoi ne pas les avoir utilisés en faisant ces deux éditions ? Mettons que Bardel ne veuille pas trancher dans le débat, il a tout intérêt à signaler à l'attention que le débat existe, notamment sur "Amour, force !" Je veux bien qu'on ne parle pas de problèmes clairement résolus, mais là il y a un point où Brunel admet qu'il y a encore débat.
A la fin de 2025, Bardel fait avec Oriol une édition fac-similaire, donc de consultation des manuscrits. Mais, moi, quand j'ai acquis l'ouvrage, je croyais que j'allais avoir en vis-à-vis des notes sur toutes les singularités. Pensez-vous ! Il n'y avait rien ! Cette édition de 2026 on a droit qu'à des essais et à des redites mille fois ressassées depuis l'article de Murphy de 2001. Puisqu'on n'avait pas les singularités dans l'édition de 2025, j'ai cru que ce serait dans le gros livre de 2026. Et non, il y a des points soulevés au petit bonheur la chance, aucune exhaustivité, aucune synthèse où on met tout en tableaux en le moins de pages possible avec une visée de clarté pour le lecteur.
L'édition des textes des poèmes est psychologiquement désastreuse. Comme ils doivent tous tenir sur une seule page pour faire face aux notes et être embrassés d'un seul regard, nous avons des textes qui n'ont pas tous la même taille de caractères. Cela donne une impression très négative. Les poèmes de Rimbaud ne sont pas respectés avec cette façon de faire. En subissant ces variations de taille, ils ne sont pas convoqués comme des poèmes, ils deviennent des souffre-douleurs. Je pense que c'est maladroit d'avoir procédé de la sorte pour un recueil de poésies dont on veut communiquer l'amour, la passion.
Il faut leur donner une aura.
Fatalement, Bardel publie donc le titre et le texte des poèmes à chaque fois. Mais je l'ai dit, pour le poème court qui suit "Being Beauteous", il fait suivre les trois croix en guise de substitut au titre d'un point : ce point figure aussi sur le manuscrit, mais le point figure à la suite de nombreux titres. Si Bardel met ce point, cela doit avoir une valeur informative. Or, elle est perdue dès lors que Bardel n'a pas reporté systématiquement tous les points que Rimbaud a mis à la suite d'un grand nombre de ses titres de poèmes ! Qui plus est, sa valeur informative est lié au soulignement par des cercles et des crochets des titres des manuscrits.
C'est le premier "point" absurde dans l'établissement du texte rimbaldien des Illuminations par Bardel.
Le deuxième point absurde, c'est la mention des initiales "A. R." de l'auteur au bas de la transcription du poème "Promontoire", d'autant que Bardel tronque la citation exacte : "A.R. (Illuminations)". Il ne cite pas non plus le haut du manuscrit. Il impose ce "A.R." comme autographe SANS LA MOINDRE RAISON VALABLE et sans permettre à son lecteur de juger sur pièce, sauf à se reporter à son édition fac-similaire parue en 2025, sauf que même dans celle-ci le point n'est pas commenté et le fac-similé a un manque de haute définition dans la qualité comme l'a signalé Jacques Bienvenu qui a fourni un fac-similé plus intéressant.
Ce "A. R." mais qu'est-ce qu'il vient faire là ?
Bardel n'a même pas intégré à ses transcriptions les diverses paginations ou les chiffres romains de la série Vanier ! Pourquoi ce "A. R." perdu au milieu de nulle part ?
Il faut s'attendre à une édition de Cavallaro où on aura "de daines" pour "L'Homme juste", "A. R" pour "Promontoire, un point après trois croix pour "Ô la face cendrée...", et bien sûr "outils" et "mène" dans Une saison en enfer, et sans doute le dizain "L'Enfant qui ramassa les balles..." considéré comme un poème de Rimbaud !?
Et j'allais oublier : "Amour, force !" dans "Angoisse".
C'est catastrophique. J'oublie quoi d'autre ?
Passons !
Pour "Jeunesse II Sonnet", Bardel n'a pas osé trancher sur l'apparence de "+" dans la transcription, il l'a conservé. Et surtout, il maintient le "et" pour "fraternelle et discrète" alors qu'il est manifeste qu'un "s" a été ajouté et qu'il est finalement écrit : "fraternelle est discrète". Mais, à la limite, Bardel revendique les difficultés que nous avons à établir le texte de ce poème précis. Je peux comprendre.
Et enfin il y a le dernier cas qui pose vraiment problème cette fois, celui de "Nocturne vulgaire". La difficulté de transcription du poème vient des incertitudes sur les retours à la ligne. Bardel opte pour une non-solution. Il retourne à la ligne, mais sans la marge d'alinéa. Et c'est d'autant plus gênant que sur le manuscrit à tout le moins on peut remarquer que si on ne prend pas en considération les tirets il y a un alignement des premiers mots dans ces retours à la ligne.
Je reviendrai ultérieurement sur les problèmes d'établissement des textes "Nocturne vulgaire" et "Jeunesse II Sonnet", je me contente de faire remarquer que je ne suis pas d'accord avec l'analyse de Bardel et les transcriptions qui en résultent, et surtout je fais remarquer que "Jeunesse II Sonnet" et "Nocturne vulgaire" rejoignent les anomalies de transcription du "point" après trois croix" et de la signature "A. R.". Il n'y a pas une harmonisation philologique générale des transcriptions dans l'essai 2026 d'Alain Bardel.
Pour le reste, je suis en train de lire le livre progressivement, je relis certains passages parfois. Mais je présente ci-dessous un lot de remarques sur des passages qui m'ont fait tiquer comme on dit familièrement.
Je commence par Gustave Kahn. Bardel se réjouit que Murat ait porté l'attention sur le fait que Fénéon n'a visiblement été inclus dans la préparation des Illuminations qu'à partir des numéros 7, sinon 8 des livraisons de la revue. Cela lui importe pour discréditer le témoignage de Fénéon, et je suis d'accord. Fénéon n'est pas intervenu sur la publication des numéros 5 et 6, et effectivement il n'a pas créé d'abord un ordre pour le renier ensuite dans la plaquette. Il est assez clair que Fénéon quand il intervient d'après les témoignages est celui qui a paginé uniquement la partie finale des publications par la revue La Vogue, celui qui a mélangé les proses et les vers, d'abord par des juxtapositions, livraison 7 contre livraisons 5 et 6, puis au sein d'une même livraison pour les numéros 8 et 9. Fénéon est le créateur de la plaquette et le discours qu'il fait qui est une lecture des poèmes à l'époque c'est le signe qu'il apportait une vision, erronée bien sûr et problématique, mais on comprend que cette ligne directrice ait ébloui les éditeurs.
Toutefois, en affirmant à raison que Fénéon est intervenu sur le tard, Bardel subit ici le contre-coup d'un nouvel argument contre la pagination autographe, puisque les numéros 5 et 6 ont une numérotation continue, tandis que la numérotation n'est que livraison par livraison ensuite. Et l'intervention tardive de Fénéon n'empêche pas de penser que les précédents meneurs de la revue fixaient un ordre aux poèmes. Que du contraire ! On n'a plus cette anomalie où Fénéon a créé deux ordres différents.
Je suis aussi tout à fait convaincu que la plaquette a été composée sans retour sur les manuscrits eux-mêmes, puisque effectivement il n'y a eu aucune correction.
En revanche, il y a deux points où j'ai du mal à comprendre l'assurance de Bardel. Le premier, c'est sur le cheminement éventuel des manuscrits de "Démocratie" et "Dévotion". La dispute a eu lieu entre d'Orfer et Kahn pendant la préparation de la sixième livraison nous précise-t-on. On sait que d'Orfer est parti avec les poèmes en prose que du coup Vanier va publier pour la première fois en 1895 à quoi ajouter quelques poèmes en vers. On comprend aussi un fait très intéressant ! C'est que d'Orfer est parti avec le manuscrit autographe de "Promontoire" et donc après qu'une copie de mise au propre ait été effectuée par la revue La Vogue, puisque Vanier a récupéré le manuscrit autographe de "Promontoire", s'interrogeant sur la question des variantes..., tandis que "Promontoire" a bien été publié par Kahn et consorts à partir d'une copie allographe en deux pages. Cela intéresse donc de très près la réflexion sur le rôle de Vanier éditeur, sur le cheminement des manuscrits et aussi sur le travail déjà avancé quant à la livraison numéro 8 au moment du départ de d'Orfer. Et je rappelle qu'il y a des corrections au crayon sur les manuscrits parvenus à Vanier qui sont comparables à des corrections au crayon qui se trouvent sur les manuscrits publiés par la revue La Vogue. On n'est pas dans l'anecdote futile sur les manuscrits, je ne pense pas !
Or, Bardel prétend que pour le ou les manuscrits de "Dévotion" et "Démocratie" ils sont probablement restés entre les mains de d'Orfer. Qu'est-ce qui peut étayer cet avis, alors que ce sont les deux derniers poèmes publiés par la revue La Vogue ? Gustave Kahn s'est accaparé les manuscrits de Verlaine qui lui étaient restés entre les mains et les a revendus à un petit groupe de collectionneurs. Mais, surtout, Kahn a conservé tous les manuscrits des livraisons 7 à 9, y compris la copie allographe de "Promontoire". Seule la copie autographe est restée entre les mains de d'Orfer. Pour dire que "Dévotion" et "Démocratie" sont partis avec d'Orfer, il faudrait que Kahn ait eu aussi des copies allographes de ces deux poèmes, non ? On a la copie allographe de "Promontoire", mais rien sur "Dévotion" et "Démocratie", donc le plus simple ce ne serait pas que la disparition des manuscrits de "Dévotion" et "Démocratie" viennent de Gustave Kahn ?
Ensuite, il y a une autre anomalie dans le raisonnement de Bardel. Fénéon est intervenu sur le tard, et pourtant Bardel lui oppose la qualité de Kahn en tant que "témoin irréfutable". Or, plus loin, on apprend sous la plume de Kahn lui-même que le manuscrit des Illuminations détenu par Le Cardonnel est passé entre les mains de deux frères nommés Fière, et que c'est Fénéon qui a expliqué le cheminement des manuscrits à Kahn, lequel a fait une démarche pour les récupérer dans l'espoir de les publier.
Heu ? Moi, je n'y crois pas un instant à ce témoignage, au rôle d'intermédiaire de Fénéon, et au fait que le manuscrit ait circulé comme l'écrit Kahn et au fait que les deux frères Fière l'aient eu entre les mains. Moi, j'en reste à une transmission minimale avec Charles de Sivry et Le Cardonnel. Là, le témoignage de Kahn, il sent l'imposture et la volonté de se mettre en avant à plein nez ! A plein nez ! Il vend les manuscrits de Rimbaud, il s'attribue une initiative pour récupérer les manuscrits par-dessus Verlaine et il s'attribue l'invention du vers-libre en faisant comme s'il n'avait pas publié "Mouvement" de Rimbaud. Il est frais, le Gustave Kahn ! Il est frais, ouais !
Il y a deux autres points dont je voulais parler qui ne me reviennent pas en tête pour l'instant. J'ai tout de même tiqué aussi sur une considération étrange de Bardel. Il dit que le recopiage sur une série homogène de papier à lettres est appliquée par opposition à d'un côté la version biffée de "Enfance I" et d'un autre côté les autres manuscrits. Je ne suis pas d'accord. Le recopiage raté de "Enfance" est directement fait sur le papier de la série homogène. Il y a eu un cafouillage, mais au nom de quelle logique dire que Rimbaud ne s'appliquait pas à ce moment-là à bien écrire ? Mais, surtout, Bardel dit que la série sur papier homogène a été recopiée en janvier 1875 en compagnie de Germain Nouveau qui a participé, tandis que les autres manuscrits sont bien plus anciens et doivent dater de la période londonienne passée avec Nouveau. Cette thèse aventureuse est en contradiction avec la démonstration de Bienvenu que Bardel approuve à raison : il n'y a pas de "f" doublement bouclés ou si peu dans la lettre à Andrieu d'avril 1874. Or, moi, j'ai jamais étudié les "f" sur les manuscrits, mais les "f" bouclés sont sur tous les manuscrits, la série homogène comme "Promontoire", "Génie", etc. Sinon la thèse de Bouillane de Lacoste ne vaudrait que pour une partie des manuscrits. Et cette contradiction patente du discours de Bardel doit nous rappeler ceci : un manuscrit moins soigné peut donner une impression d'ancienneté qu'il n'a pas forcément. Pensons que justement à cette époque-là, les explorateurs au Cambofge découvraient les temps khmers hindous et bouddhistes, et comme les temples bouddhistes étaient moins bien conservés ils pensaient qu'ils étaient plus anciens, alors que c'était l'inverse. Ils ont moins résisté au temps parce que construits plus hâtivement et moins rigoureusement qu'Angkor vat, etc.
Il faut se méfier d'une datation subjective des manuscrits en fonction de leur état actuel. 
Voilà, c'est déjà pas mal pour une deuxième partie, et on avance vite, croyez-le bien. Je ne vais pas faire dix ou quinze parties de compte rendu.

jeudi 16 avril 2026

Compte rendu du livre de Bardel 'Rimbaud l'Obscur', partie 1 : l'article du titre et le prétendu ordre des feuillets ! (complément en bas à 15h30 !)

Dans la colonne "Actualités" de la page d'accueil de son site internet Arthur Rimbaud, Alain Bardel a référencé à la date du 10/04/2026 un article d'Adrien Cavallaro qui, au lieu d'être publié à sa place dans une revue rimbaldienne, l'a été dans le numéro 23 de la Revue Verlaine qui compte pour l'année 2025. L'article s'intitule "Les Illuminations, retour au titre". Seul le résumé et la première page de l'article sont consultables gratuitement sur le site internet de l'éditeur.
 
 
Vous pouvez "consulter" les "résumés" ou ce qui revient au même en télécharger une version PDF. Cavallaro dit qu'il expose dans son article les raisons philologiques qui doivent amener à privilégier le titre originel avec article, le choix de l'éditer sans article n'ayant jamais été clairement "motivé" dit-il. Cavallaro privilégie les citations de ce titre dans les écrits de Verlaine : correspondance ou textes critiques. Je ne vais pas payer sept euros pour lire cet article, du moins dans l'immédiat. Je consulte donc la seule première page en fac-similé à partir du lien que je vous fournis ci-dessus et je vous cite la première phrase de cet article : "On s'est étonnamment peu interrogé sur le titre même des Illuminations, dont Verlaine est l'unique passeur." Cavallaro rappelle ensuite que c'est un article de Steve Murphy paru en 2005 (il me semblait que le volume Parade sauvage n°20 datait de 2004, mais peu importe !) qui a le premier fait cette mise au point : "la seule réflexion approfondie jusqu'ici menée sur la question" nous dit-il. Le recueil a été publié avec article par la revue La Vogue et tout le monde a fait de même, jusqu'à ce qu'en 1949 Bouillane de Lacoste insiste sur le fait que le mot est anglais et ne doit donc pas être flanqué d'un article. Cavallaro fait remarquer une erreur insidieuse de Bouillane de Lacoste qui croit ou en tout cas déclare que Verlaine a écrit "Illuminécheunes" dans une lettre à Charles de Sivry d'octobre 1878, alors qu'il a écrit "les illuminécheunes". Bouillane y ajoutait la remarque de la préface à la plaquette de 1886 où Verlaine dit que le titre est un mot d'anglais et qu'il y avait un sous-titre prévue "coloured plates". Ma lecture de l'article de Cavallaro s'arrête là.
Je vais y revenir.
Le 10 avril, c'était le jour même de la parution du livre d'Alain Bardel Les Illuminations ou Rimbaud l'Obscur qui, comme on sait, a profité de "remarques et suggestions" d'Adrien Cavallaro et de Steve Murphy eux-mêmes. Et Bardel offre de la concurrence à l'article de Cavallaro avec son propre traitement de la question dans l'Introduction de son livre avec une sous-partie intitulée : "Illuminations ou Les Illuminations ?" Et je vous cite la première phrase et même un peu au-delà, en vous invitant à la comparer à la première phrase citée plus haut de l'article de Cavallaro : "On n'a jamais retrouvé le titre "Les Illuminations" écrit de la main de Rimbaud. C'est de Verlaine que nous le tenons."
Très clairement, Cavallaro et Bardel affirment tous deux que nous ne possédons aucune mention du titre du recueil par Rimbaud lui-même. Je suis d'accord avec eux, mais je suis surpris qu'eux pensent ainsi !
En effet, le vendredi 12 décembre 2025, Jacques Bienvenu a mis en ligne un article dont je ne partage pas les conclusions et qui s'intitule : "Le mot Illuminations au bas du manuscrit de Promontoire est-il de Rimbaud ?" (Cliquer ici pour consulter cet article sur le blog 'Rimbaud ivre' !) 
Il s'agit de la copie autographe de "Promontoire". Elle est un élément capital, mais pas le seul, pour démontrer que la pagination des manuscrits des Illuminations n'est pas de Rimbaud. La revue La Vogue a fait une copie erronée de ce manuscrit sur deux feuillets paginés 1 et 2 qui ont été intégrés dans une suite paginée d'autres manuscrits authentiques de Rimbaud, "Scènes", "Soir historique" et quelques manuscrits de poèmes en vers. C'est bien le texte des deux feuillets allographes avec leurs erreurs qui a été publié dans la revue La Vogue. On doit cette mise au point à Jacques Bienvenu : le manuscrit autographe n'étant pas paginé, il est complètement absurde de chercher à relier à Rimbaud les diverses paginations des manuscrits des poèmes, proses et vers, qui ont été publiés par la revue La Vogue sous le titre Les Illuminations. Le manuscrit autographe comporte, en revanche, d'autres informations manuscrites. En haut à gauche du manuscrit autographe, nous avons des mentions en oblique : "Illuminations / page 34 / légères variantes". Il va de soi que la page 34 désigne une édition antérieure du poème. Il s'agit très précisément de la page 34 de l'édition par Vanier des Illuminations en 1892 comme le précise Bienvenu dans l'article accessible en lien ci-dessus. Ce n'est pas anodin. Il ne s'agit pas de l'édition de la revue La Vogue. Et surtout ces trois lignes sont fatalement postérieures à l'édition de 1892 et on comprend qu'il doit s'agit d'une mention de Vanier ou de l'un de ses employés peu avant que le manuscrit ne soit vendu au docteur ardennais Guelliot. On comprend par la mention "légères variantes" que la copie sur deux feuillets allographes n'est pas perçue comme allographe. Celui qui met ces précisions en haut du manuscrit autographe croit qu'il a affaire à un doublon autographe d'un même poème. Et comme c'est l'autre version qui a été retenue, ce poème qui a des passages bifffés a dû passer pour moins important, comme le brouillon de l'autre transcription. Grave erreur d'appréciation bien évidemment. Par chance, ce manuscrit a refait surface et les éditions rimbaldiennes ont pu finalement en tenir compte et corriger le texte du poème.
Mais, en-dessous de la transcription du poème, il y a les initiales "A. R" et une autre mention du titre du recueil entre parenthèses cette fois "(Illuminations)". Bienvenu cite plusieurs rimbaldiens qui ont donné leurs avis parfaitement subjectifs sur ces transcriptions. J'estime très clairement que Bienvenu ne devrait donner aucun crédit à ceux qui prétendent que la mention des initiales "A. R." est autographe et que personne ne signe à la place d'un auteur un texte par des initiales. On a un possible contre-exemple avec "L'Enfant qui ramassa les balles..." recopié par Rimbaud et signé "PV", en principe par Rimbaud lui-même. A la suite des initiales à l'encre "AR" on a une mention entre parenthèses "(Illuminations)" dont la transcription à l'encre est faite par-dessus une transcription au crayon où il manque le "s", négligence désinvolte. La mention à l'encre est très clairement de la même écriture que celle en haut du feuillet, et la mention au crayon est clairement admise comme allographe. Il va de soi que la mention au crayon est antérieure à la mention à l'encre qui est faite par-dessus.
Nous avons par exception deux mentions du titre du recueil sur l'unique manuscrit autographe qui n'a pas été utilisé pour l'édition originale, une mention sur l'unique manuscrit qui passe pour un doublon d'ordre secondaire. Il y a trois mentions en tout du titre sur ce manuscrit autographe !
Il est clair comme de l'eau de roche que toutes les trois sont allographes. Et c'est encore un argument capital pour montrer que la pagination des Illuminations n'est pas de Rimbaud, puisque nous avons la preuve d'interventions allographes en haut du manuscrit avec la mention de page et en bas avec l'écriture allographe au crayon repassée par une mention à l'encre, encre brune distincte qui plus est de l'encre employée par Rimbaud pour sa transcription du poème et de son titre !
Or, Murphy a prétendu que la signature "AR" était autographe et que Rimbaud l'avait évitée exprès en découpant le papier, et comme la signature "AR" était à l'encre brune ça ouvrait une boîte de Pandore pour soutenir que Rimbaud lui-même avait repassé le titre au crayon par une mention de sa main à l'encre brune.
Je me réjouis de voir qu'entre décembre 2025 et avril 2026 Bardel et Cavallaro n'ont pas changé d'avis et estiment que nous n'avons aucune mention de la main de Rimbaud du titre "Illuminations". C'est exactement ce que je pense. En revanche, je constate tout de même que nous avons trois mentions du titre par Vanier sans article. Vanier était depuis des années en contact avec Verlaine, qui plus est, même avant la publication des Illuminations par la revue La Vogue. Ce n'est pas Vanier qui a publié Les Poètes maudits ?
C'est quand même un élément du débat sur la nécessité ou non de mettre l'article. Murphy, Cavallaro et Bardel n'en ont tenu aucun compte, ce qui est dans l'absolu une lacune méthodologique. Le plus amusant, c'est que c'est même capital pour eux de prétendre que la mention à l'encre brune au bas du manuscrit autographe de "Promontoire" soit de Rimbaud, alors que pour moi et Bienvenu qui dénonçons la légende de la pagination autographe il est capital que les trois mentions du titre "Illumination(s)" sur le manuscrit autographe de "Promontoire" soit toutes les trois sans exception allographes !
Bardel, Murphy et Cavallaro ont tous trois considérés que les trois mentions n'étaient pas autographes finalement. Je m'en réjouis.
Bardel cite la formule de la lettre à Sivry de la mi-août 1878, où Verlaine adopte clairement une forme de mention sans article :
 
   T'enverrai très-bientôt beaux Fragments.
   Avoir relu "Illuminations" (painted plates) du Sieur que tu sais, (ainsi que sa Saison en enfer[)]
La première mention est tout de même sans article et cela invite à ne pas considérer les trois mentions par Vanier comme innocentes.
Bardel cite ensuite le passage avec la mention "les illuminécheunes" :
 
Amitiés à Cabaner : ses musiques, les eaux-fortes, un tas de chinoiseries (pardon, japonismes, et les illuminécheunes, donc !) per postas payantes "papa".
Dans cet extrait, je me suis toujours demandé si à côté des "musiques" de Cabaner, les "eaux-fortes", le "tas de chinoiseires" et les "illuminécheunes" étaient aussi sous la commande d'un double point justifiant la mention "Amitiés". J'ai toujours eu l'impression en lisant cette lettre que c'était Cabaner qui avait refilé les manuscrits à Verlaine en 1878, et comme Cabaner est un musicien proche aussi de Charles de Sivry, ça pourrait expliquer que Verlaine ait naïvement envoyé les manuscrits à celui qui était le demi-frère de son ex-femme, au point qu'il a refusé tout un temps de retourner les manuscrits à Verlaine. En tout cas, je ne constate pas que les manuscrits ont été remis à Verlaine par Nouveau... J'ai vraiment l'impression que Cabaner a joué un rôle dans cette affaire, mais je suis le seul à le penser visiblement. Peut-être que je comprends mal ce passage de la lettre.
En tout cas, la mention "les illuminécheunes" n'a aucune importance en soi dans le débat sur le maintien ou le retrait de l'article au plan du titre du recueil, strictement aucune. Enfin, il y a la lettre du 3 novembre 1878 où Verlaine écrit ceci à nouveau à Sivry :
 
Pourrais, si en as fini avec les Illuminations (coloured plates, etc.) lui confier le paquet dûment emballé à mes adresses.
A en croire cette transcription, Verlaine ne souligne pas l'article. Mais l'usage peut être flottant, cela ne prouve rien d'évident dans un sens ou dans un autre, sauf qu'en surface l'article n'est pas inclus dans le titre. Je remarque aussi la corruption "coloured plates" qui intervient plusieurs mois après la relecture des manuscrits, nous sommes passés d'août à septembre. Et Verlaine maintiendra cette mention "coloured plates" dans ses textes critiques. Pour moi, le vrai sous-titre est "painted plates", mais cela lui a été communiqué de manière orale ou bien sur une lettre ou un écrit auquel Verlaine n'a plus eu accès au-delà d'août 1878. La variante "coloured plates" est visiblement le souvenir déformé du titre "painted plates". Bardel cite ensuite quatre extraits des articles et préfaces, mais je ne trouve pas ça grandement convaincant. Bardel prétend que Verlaine devait plus s'appliquer pour les articles et les préfaces. C'est un peu vite dit et c'est faire de Verlaine le dépositaire d'une transcription correcte du titre.
Je rappelle qu'en 1820 Lamartine a publié son premier recueil avec un titre sans article : Méditations poétiques, ce qui n'a jamais empêché de dire qu'il a publié Les Méditations poétiques. Et la référence anglaise n'était pas la cause de cette absence d'article qui plus est. En 1853, Victor Hugo a publié un recueil satirique dont le titre ne comportait pas d'article : Châtiments, mais lorsque le recueil a été réédité avec quelques ajouts en 1870 l'article au titre a fait partie des ajouts, le recueil est devenu Les Châtiments.
L'édition originale par la revue La Vogue impose l'article et Verlaine a laissé faire et suivi le mouvement. Il y a juste une mention antérieure dans le texte des Poètes maudits en 1883 où l'article est mis en italique, la majuscule étant réservé au nom "Illuminations" lui aussi en italique. Franchement, résultat des courses, on ne sait pas ce que Rimbaud aurait souhaité clairement, même si la tradition philologique impose de respecter le commencement, la mention dans Les Poètes maudits en 1883 et le titre publié par la revue La Vogue. Toutefois, les premières mentions par Verlaine et les trois mentions sur le manuscrit autographe de "Promontoire" font penser que l'article a été mis plus par pression normative qu'autre chose. Il reste un doute légitime dans cette affaire-là.
Maintenant, je voudrais aussi parler de l'ordre des feuillets.
La suite sur des feuillets homogènes semble commencer par "Enfance I" et se termine par le feuillet avec la fin de transcription de "Métropolitain" et la transcription de "Barbare" où au dos nous avons la transcription biffée du début du poème "Enfance I".
Donc, ce qui a été pensé comme un début à un moment donné de l'histoire des transcriptions, c'est "Enfance", la série de cinq poèmes, et non pas "Après le Déluge". Vu l'emplacement final de la copie biffée d'un paragraphe de "Enfance I", on peut penser que la série des feuillets homogènes a été maintenue dans cet ordre en passant pour la dernière fois des mains de Rimbaud aux mains des éditeurs de la revue La Vogue. N'en déplaise à Murphy, Bardel et Reboul, rien de tel ne peut être affirmé pour le manuscrit de "Après le Déluge", pour la copie au recto et au verso d'un même feuillet de "Marine", "Fête d'hiver" et "Nocturne vulgaire".
Il reste alors la série "Veillées" et la série "Phrases" avec les cas des feuillets d'un format différent désormais paginés 12 et 18.
Je précise qu'il n'est pas prouvé que ce soit Rimbaud lui-même qui ai corrigé le titre au singulier "Veillée" par un chiffre "III". Ce qui, personnellement, m'invite à penser que c'est bien une opération de la part de Rimbaud, c'est que visiblement quand Rimbaud remanie son texte, en biffant, raturant, corrigeant un passage, etc., il le fait immédiatement à l'encre. Il y a des interventions allographes à l'encre, mais cela ne semble jamais concerner le remaniement des poèmes ou des titres. Il y a quelques retouches en revanche au crayon qui sont clairement le fait des éditeurs. On ne voit pas pourquoi Rimbaud corrigerait au crayon à trois reprises, notamment "compagne" qui corrigerait "campagne", comme si Rimbaud prenait conscience que son "o" ressemble à un "a". Si tel était le cas, il aurait fait la correction directement à l'encre. Il est l'inventeur du texte. Il le sait ce qu'il veut transmettre à ses lecteurs. Il ne va pas corriger au crayon une faute de transcription, ça n'a aucun sens. Or, le titre "Veillée" est biffé directement à l'encre et remplacé directement par un chiffre "III" à l'encre. Je n'ai pas la preuve absolue que le remaniement soit le fait de Rimbaud, mais l'argument d'opposition entre l'usage de l'encre par le poète qui sait ce qu'il fait et l'usage plus circonspect du crayon par les éditeurs me paraît un argument capital. Qui plus est, on comprend que les éditeurs publient à la hâte les textes des manuscrits dans les livraisons 5 et 6 de la revue La Vogue. Fénéon ne semble être intervenu qu'à partir des livraisons suivantes et sur la plaquette, revendiquant faire commencer le recueil par les événements cosmiques, ce qui correspond au couple "Après le Déluge" et "Barbare" ouvrant le recueil dans la plaquette. Fénéon aurait été l'initiateur d'une publication mélangeant les vers et les proses, dans la plaquette évidemment, mais aussi à partir des numéros 8 et 9 de la revue.
Maintenant, n'en déplaise à Murphy, Bardel et Reboul, il n'y a aucune absurdité à envisager que les éditeurs aient pu à la marge placer "Après le Déluge" en tête de la série homogène et la copie avec des transcriptions au recto et au verso peu avant la fin de la série homogène.
La copie au recto et au verso rassemble d'un coup d'un seul trois poèmes, alors qu'il ne restera visiblement que des manuscrits avec un, parfois deux poèmes transcrits, et il n'y aura plus de continuité d'un feuillet à l'autre. Enfin, les manuscrits n'ont pas été paginés par Rimbaud. Ils avaient entre les mains des feuillets non paginés dont une suite homogène. Rien ne garantit qu'il n'y ait eu aucune altération de l'ordre des feuillets, même d'ailleurs au sein de la série homogène.
Le cas de "Veillées" est remarquable, parce qu'en effet si le remaniement est bien de Rimbaud il y avait un manuscrit d'un format différent au milieu de la suite homogène et cela pour une bonne raison, la continuité d'une série en trois poèmes.
Avant de parler de "Phrases", j'explique le séquencement de la pagination.
Les éditeurs ont publié neuf premières pages de manuscrits. La pagination au crayon est allographe, toute intervention au crayon sur les manuscrits est allographe sur les manuscrits en jeu. Ils ont paginé neuf premières pages au crayon et ils ont mentionné au crayon "Arthur Rimbaud" au bas de la page 9, et comme ces neuf premières pages étaient réunies pour la publication initiale ils les ont transportées séparément à un moment donné et ont sali le verso de la page 9. Dans le travail préparatoire, ils ont souligné les titres au moyen de crochets, avec un raté pour les trois croix du poème qui suit "Being Beauteous", Steve Murphy et Alain Bardel n'ayant ni l'un ni l'autre pris en considération qu'il fallait opposer la pratique de Rimbaud de ponctuer très souvent ses titres ou substituts de titres à la pratique des éditeurs qui dégageaient les titres à imprimer différemment du texte des poèmes par des crochets de mise en relief. Rimbaud pensait clairement les trois croix en-dessous de "Being Beauteous" comme un substitut de titre. Les éditeurs de La Vogue ne l'ont pas compris ainsi et n'ont pas su interprété le point après les trois croix en ce sens.
Les numéros des neuf premières pages ont été repassés à l'encre (peu importe qu'on ne voie pas le crayon pour l'un des chiffres des neuf premières pages, ça c'est de l'accessoire), ce qui relève d'une décision définitive, mais il y avait moyen de publier dans le numéro 5 de la revue plus de textes qu'initialement prévu. Le numéro 5 de la revue publiera le texte des quatorze premières pages. Or, la pagination a vraisemblablement repris à partir de la page 10, et il n'y a rien d'aberrant à ce que deux personnes aient travaillé ensemble à ordonner ces pages. L'un a repris le principe de la pagination au crayon et comme il n'y avait qu'un crayon l'autre a écrit à l'encre les numéros des pages pour les deux feuillets d'un format différent, ce qui soulève déjà la question de la séparation à ce moment-là des deux feuillets d'un format différent de l'ensemble homogène. Pour le futur feuillet paginé 18, on comprend qu'il était déjà à cet emplacement, qu'il en a été retiré puis qu'il y a été remis. Et il a été paginé à l'encre 18 pour bien signifier qu'il devait venir avant "Veillée" devenu "III", que ce soit sous la main de Rimbaud, ce qui est assez probable, ou sous la main d'un prote de la revue. Mais, pour le feuillet paginé 12, je me permets de soulever une hypothèse. Les poèmes brefs du feuillet 12 sont admis comme pouvant avoir le titre "Phrases" parce qu'il s'agit de poèmes si courts qu'on dirait des bribes de poèmes, des phrases éparses, sauf que c'est déjà le cas du poème court qui suit "Being Beauteous". Depuis longtemps, on remarque qu'il y a une différence profonde d'allure poétique entre les trois segments du feuillet 11 qui sont clairement sous le titre "Phrases" et les poèmes du feuillet 12. Les textes ne s'harmonisent pas du tout entre eux, dans le passage d'un feuillet à l'autre. Qui plus est, les textes du feuillet 12 ne sont pas séparés de la même manière que les textes indiscutablement sous le patronage du titre "Phrases". Nous avons une opposition entre des traits ondulés et des séparations par trois croix, à tel point qu'on peut se demander si le feuillet paginé 12 a réellement été pensé comme devant suivre les poèmes de la série "Phrases" originel, et on peut même se demander dans la foulée si le feuillet aujourd'hui paginé 12 ne devrait pas être à la suite du feuillet avec "Ô la face cendrée...", ce qui alignerait tous les poèmes lancés par des trois croix l'un à la suite des autres, avec une meilleure harmonisation esthétique.
Je ne prétends pas avoir, je lance l'hypothèse. Comment les rimbaldiens vont-ils prouver que je me trompe, à partir du moment où, on le sait, la pagination n'est pas de Rimbaud, mais de la revue La Vogue ? Et pourquoi refuser d'envisager de nouvelles hypothèses au nom d'un a priori ?
Au-delà de la série partiellement homogène de vingt-quatre pages, les paginations sont toutes le fait des éditeurs, La Vogue et Vanier, avec une preuve par l'absurde apportée par Bienvenu montrant que le manuscrit autographe de "Promontoire" n'est pas paginé, mais la copie allographe sur deux pages si ! Les manuscrits de poèmes en prose publiés par Vanier sont comme par hasard ceux qui sont numérotés par des chiffres romains, sans pagination des feuillets cette fois, puisque ce sont les poèmes qui sont numérotés.
Enfin, si Rimbaud avait réellement tenu à un ordre définitif, il aurait paginé d'un seul tenant tous les manuscrits. Et ça c'est un horizon indépassable de la réflexion critique sur Les Illuminations. "Après le Déluge" n'était pas paginé avant d'arriver entre les mains de la revue La Vogue. Il faut que les rimbaldiens s'en fassent une raison. Et si l'ordre des manuscrits doit être médité, c'est à partir de cette idée qu'aucune des paginations n'est de Rimbaud, sauf éventuellement les chiffres romains, et encore ça reste à prouver.
Que ça plaise ou non, c'est comme ça !
Et si Verlaine est passé de la mention du sous-titre "painted plates" à la mention "coloured plates", cela indique aussi qu'il n'avait pas VU de feuille de titre du recueil.
 
 
Mise à jour - complément 15h15 :
 
Dans l'article ci-dessus que je n'ai pas retouché, il y a un paragraphe de cafouillage, celui où je me rends compte qu'il n'y a pas deux, mais trois mentions du titre "Illuminations" sur le manuscrit autographe de "Promontoire", puisque sur les deux mentions à l'encre brune l'une repasse une mention initiale au crayon, la superposition n'étant pas du tout parfaite qui plus est.
J'apporte ici d'autres éléments à partir de la lecture complète de l'article de Cavallaro et de la prise en considération d'un autre passage du livre de Bardel.
A la page 222, Bardel fournit une brève notice en face du texte de "Promontoire" transcrit sur la page 223. Bardel n'a pas inclus les mentions "Illuminations" à l'encre brune, ni la mention de la "page 34", ni l mention "légères variantes". En revanche, il a inclus dans la transcription les initiales "A.R." qui jusqu'à plus ample informé ne font pas partie du poème. Ces initiales sont à l'encre brune tout comme les mentions "Illuminations" à deux reprises, et les mentions "page 34" et "légères variantes". Ou Bardel reproduit toutes ces mentions ou il n'en reproduit aucune. Dans la notice, Bardel se réfugie derrière l'avis subjectif et non étayé d'André Guyaux dans son édition de La Pléiade en 2009 : "[...] les deux mentions "Illuminations" seraient allographes mais les initiales "A. R." seraient de la main de Rimbaud." Notons que, dans cette notice, quant à l'absence de pagination, Bardel ne mentionne pas les articles de Bienvenu, mais renvoie à une mise au point il est vrai plus ancienne de Steve Murphy : "La question a été analysée en détail dans Murphy, 2006, p. 38-60." En général, dans les notices, Bardel évite de commenter les sources des idées. Par exemple, sur "Nocturne vulgaire", il ne cite pas Bruno Claisse pour "source de soie", le coup de sifflet du régisseur, etc. Mais, dès qu'il est question des études philologiques de Murphy, il est systématiquement mentionné avec honneur : "a été analysée en détail", sauf que c'est bien à l'étude de Bienvenu qu'il convient de renvoyer, puisque Bienvenu fait remarquer l'anomalie de cette absence de pagination dans la thèse d'un dossier de manuscrits intégralement préparé par Rimbaud avec une thèse de la pagination autographe pour 23 feuillets !
Quant à cette mention "A. R.", il est complètement gratuit d'affirmer qu'elle était placée là avant le découpage du bas du manuscrit comme si les ciseaux avaient évité de la découper. Il est clair comme de l'eau de roche que toute la ligne : "A. R. (Illuminations)" a été reportée là parce qu'il y avait la place sur ce feuillet déjà découpé et il est aussi clair que cette mention à l'encre brune comme la partie en oblique au-dessus du manuscrit l'a été par la même personne postérieurement à l'édition des Illuminations en 1992. On n'analyse pas les manuscrits en allant au marché. Il n'y a pas un passage à l'encre brune qui est d'une personne, puis les autres de tels autres. Les trois passages singuliers à l'encre brune vont ensemble. J'ajoute que au bas du manuscrit, l'ensemble de la mention à l'encre brune "A. R. (Illuminations)" est postérieure à la mention au crayon "Illumination" (s de pluriel mangé si on peut dire). Et c'est bien sûr à cause de cette mention au crayon que Murphy, Bardel et Guyaux se gardent bien de considérer que la mention entre parenthèses est autographe. Ils comprennent spontanément que et la mention au crayon et le repassage du crayon par l'encre sont typiques d'une maison d'édition (même si le but n'était pas d'éditer ce manuscrit), tout comme les mentions "page 34" et "légères variantes" assurent l'identification d'une écriture alllographe. Mais ce statut à part pour la signature "A. R." à l'encre brune n'a aucun sens commun et il est complètement farfelu de prétendre que Rimbaud a évité de couper la signature de ses initiales en découpant le feuillet en bas. Rimbaud n'a aucune raison de signer un poème par hasard dans l'ensemble de ses manuscrits. Surtout si Bardel, Murphy et Guyaux envisagent que la mention "Illuminations" n'est pas de Rimbaud.
Il faut bien comprendre ce qu'il se passe.
Bardel revient sans arrêt sur des détails des manuscrits, mais il opère une sélection, il ne traite pas de tous les détails. Surtout, il ne traite que des détails déjà travaillés par Murphy. En clair, Bardel n'étudie pas lui-même les manuscrits, puisqu'il ne voit pas les points après les titres de poèmes, etc. Bardel ne rebondit pas sur le débat sur les mentions du titre "Illuminations" sur le manuscrit autographe. En gros, Bardel n'accumule pas des écrits pour éprouver la validité de la thèse de la pagination autographe en s'affrontant à des difficultés, il ne fait qu'accumuler des éléments tous soumis à un principe forcé de validation de la thèse. Il accumule des arguments en vue d'une preuve forcée, pas en vue d'éprouver la résistance de la thèse. Et surtout, cela s'accompagne d'un vice de méthode, c'est qu'à force de ne pas admettre les difficultés il voit des évidences partout, sauf que ce ne ne sont pas les évidences qu'il prétend dès qu'on se penche de près sur les sujets en se posant des questions plus pointues. Les folios 12 et 18 sont à l'encre, c'est donc qu'on a remplacés des folios 12 et 18 au crayon. Voilà la pseudo-évidence à laquelle il s'arrête, j'en ai été victime aussi au début. Mais une fois qu'on réfléchit ou une fois que quelqu'un vous explique clairement que le raisonnement est erroné, il faut peut-être se remettre en cause, et prendre au sérieux la contre-argumentation. Murphy publie énormément d'arguments à la va-vite. Il le fait déjà sur les analyses de poèmes : "Vieux de la vieille", "Rêvé pour l'hiver" (non identification de la source qu'est le dernier poème des Cariatides, "Hypotyposes", "Lettre du baron Petdechèvre", "Lys", "L'Enfant qui ramassa les balles..." non confronté à la signature PV et au diptyque originel, etc. Et cela se retrouve dans l'analyse des manuscrits comme ici avec la signature "A.R." à l'encre brune sur le manuscrit de "Promontoire". Murphy n'a pas la science infuse, il a plein de publications qui ont été trop hâtives.
Passons maintenant à l'article de Cavallaro dans la Revue Verlaine !
A aucun moment, il ne cite les trois mentions "Illuminations" sur le manuscrit autographe de "Promontoire" !
C'est pourtant un élément capital de sa prétendue "démonstration" et c'est la preuve que son article n'aurait pas dû faire partie d'une revue d'études verlainiennes. Il a fermé son étude à l'analyse des écrits de Verlaine, sans prendre en considération les manuscrits des Illuminations eux-mêmes. Il passe à côté de trois mentions comme si de rien n'était.
Il y a quand même là l'indice que quelque chose ne va pas. Vous ne pouvez pas avoir un groupe de rimbaldiens : Murphy, Bardel, Cavallaro, peut-être Reboul, jadis Murat, qui vous disent de croire sur parole leurs conclusions, puis quand il est montré qu'ils n'avaient pas pensé à un contre-argument ou qu'un détail leur avait complètement échappé, ils ne peuvent pas dire que ce n'est pas grave, que ça ne change rien, qu'ils ont raison et qu'ils n'ont même pas à applaudir les recherches qui ne vont pas dans leur sens. Il y a au minimum les preuves qu'ils ne sont pas rigoureux comme ils le prétendent et que leur réflexions ne sont pas résolument scientifiques, exhautives. Ils ont des problèmes évidents de méthodologie. Ne pas prendre en considération les trois mentions "Illuminations" sur le manuscrit autographe de "Promontoire", c'est une lacune méthodologique. Il fallait à tout le moins justifier leur non prise en considération. C'est le b.a.-ba. Certes, on peut toujours dire que l'écriture est elliptique sur le manuscrit de "Promontoire" et que Vanier a de toute façon édité le recueil en respectant l'article mis par la revue La Vogue. Mais est-ce si clair que Vanier ou son employé ne fasse qu'être elliptique : "légères variantes", "Illuminations" ?
En tout cas, à propos de la première mention connue du titre "Illuminations" sous la plume de Verlaine, Cavallaro, Bardel et Murphy disent que l'absence d'article s'explique par une écriture elliptique. Ilk faudrait vérifier les propos exacts de Bardel et jadis Murphy, mais je cite directement le texte de Cavallaro à la page 226 de son article : "la première [mention] use d'un style télégraphique qui tend à faire l'économie des déterminants, courant sous la plume de Verlaine[...]"
Je cite cette première mention en reprenant le texte même de la citation de Cavallaro sur cette même page 226 :
 
Avoir relu "Illuminations" (painted plates) du sieur que tu sais, (ainsi que sa "Saison en enfer"[)...]
 La seule absence d'article concerne le titre "Illuminations" et à la limite le sous-titre entre parenthèses, sachant que dans une autre lettre on a de nouveau une mention sans article du sous-titre cette fois corrompu : "(coloured plates)". L'absence d'article ne concerne que le titre et que le sous-titre à mettre bien sûr sur un même plan ! Il n'y aucune absence de déterminant dans "Avoir relu", même si le tour est quelque peu elliptique, peu habituel ! Il n'y aucune absence d'article dans la forme contractée "du" dans "du sieur que tu sais", aucune absence d'article dans la mention adaptée "sa "Saison en enfer" ". Il y a en revanche une très volontaire absence d'article dans la mention du titre "Illuminations" bien dégagé entre guillemets.
Je veux bien qu'on minore l'importance de l'absence d'article dans cette première mention, mais pour l'instant l'argumentation est des plus frivoles. Moi, j'dientifie clairement une volontaire mention sans article, une volontaire mention du titre sec "Illuminations", et je ne trouve pas absurde de comparer cela aux titres volontairement sans article des poèmes du recueil, et je ne considère même pas que c'est parce que le mot est anglais que la mention est faite sans article. Il est clair, net et précis que dans cette lettre Verlaine trouve classieuse la mention du titre sans article, et il avait peut-être de bonnes raisons de le penser...
Pour la mention initiale dans Les Poètes maudits, Cavallaro signale comme argument de poids que la mention "les Illuminations" est identique dans le texte en revue de 1883 et dans la plaquette de 1884 et dans la réédition de 1888.
Or, on pourrait en dire autant de la leçon "bombillent" dans un vers du sonnet "Voyelles" cité par cette même étude !
Il suffit de consulter le passage des poèmes des Illuminations des livraisons 5 à 9 de la revue La Vogue à la plaquette pour comprendre que paresseusement on réemploie les textes initialement imprimés sans nouvelles vérifications des manuscrits.
Certes, il y a des épreuves pour le texte de 1888, mais il s'agit d'une reprise de toute façon et Verlaine n'était pas un philologue aguerri. On n'a pas les manuscrits supports du texte imprimé initialement, ni les épreuves. En clair, on n'en sait rien si Verlaine a souligné le déterminant "les" sur le manuscrit. Pourquoi le prote n'aurait-il pas mécaniquement souligné le déterminant sur la base de ses connaissances quant à la mention d'un titre ? Effectivement, Guyaux a cru pouvoir s'appuyer sur une mention imprimée tardive qui n'avait pas mis le déterminant en italique. Mais, j'ai quand même des doutes sur ce qu'on essaie de faire dire à Verlaine à travers des versions imprimées de ses textes dont on n'a pas les manuscrits. Il y a une réalité de fait : la première mention dans une lettre est volontairement sans article. Cavallaro fait une grande sous-partie intitulée "Questions de méthode", mais il n'a pas mentionné les trois mentions du manuscrit autographe de "Promontoire", faille méthodologique sensible, il traite subjectivement la première mention connue et sort un argument faux selon lequel Verlaine fait l'ellipse des déterminants sur l'ensemble de la citation en question.
A raison, en revanche, Cavallaro cite bien les cas particulier des Méditations poétiques, des Orientales et la variation qui concerne Châtiments devenu Les Châtiments, en expliquant les prescriptions d'époque. On emploie les caractères italiques pour le déterminant qui fait en principe partie du titre, les caractères romains si tel n'est pas le cas.
Cependant, Cavallaro répète un peu vite à plusieurs reprises qu'il n'y a aucun argument philologique en faveur de la mention du titre sans article, car la première mention est indiscutablement un indice philologique solide de cet ordre, et il s'y ajoute la réalité des titres des poèmes en prose où les déterminants sont effacés comme l'a fait judicieusement remarquer Bouillane de Lacoste, peut-être les trois mentions elliptiques du manuscrit de "Promontoire" et il semble y avoir un léger flottement dans la pratique de Verlaine qu'on a du mal à vérifier sur des pièces manuscrites en tant que telles.
Rappelons que le changement du titre "Châtiments" en "Les Châtiments" suggère aussi qu'une pression normative pouvait remettre en cause la volonté expresse d'un auteur. Il faut se poser la question du contexte de publication en 186 qui est indépendant de la volonté de Rimbaud. Une importance réelle était-elle accordée à cette présence ou absence de l'article ? Verlaine n'a rien contrôlé de l'édition des textes de Rimbaud par la revue La Vogue. Il n'a rien dit sur les fusions de poèmes entre eux. Même pour Les Poètes maudits, où là il avait visiblement eu un accès immédiat aux manuscrits en préparant les éditions, il n'a rien dit sur la leçon "bombillent", à moins que l'erreur de lecture ne lui soit directement imputable. 
 Enfin, après la publication initiale de 1886, Verlaine n'avait aucune raison de ne pas tenir compte de l'article. Il n'existe qu'une courte fenêtre pour s'interroger sur les hésitations de Verlaine au sujet du titre, la période entre 1878 et 1886. 
Je ne veux pas faire ma mauvaise tête et m'opposer au retour du titre avec article, mais je n'identifie pas un traitement exhaustif du sujet qui permettrait de dire que la question est désormais tranchée.

mercredi 15 avril 2026

Avant-goût d'un compte rendu ample et sévère du livre Les Illuminations ou Rimbaud l'Obscur d'Alain Bardel

Voilà, j'ai entre les mains le chant du cygne d'une ère de la critique rimbaldienne. Combien à l'avenir aurez-vous de livres sur les poèmes en prose des Illuminations par un rimbaldien royalement reconnu dans les réseaux universitaires ? Antoine Fongaro, Sergio Sacchi, Antoine Raybaud et Bruno Claisse sont morts. Yves Reboul a pris sa retraite après un recueil de ses articles qui ne contenait que quatre études de poèmes en prose, il continue à publier des articles, mais pas sur le sens des poèmes en prose en général, et il ne fera sans doute pas d'autre livre. Une retraite similaire concerne Michel Murat dont l'étude des Illuminations, écartant l'interprétation au profit des questions de genre et de forme, date de 2003. L'édition révisée de 2014 n'avait de neuf que la partie inédite sur Une saison en enfer. Brunel a donné son édition critique en 2004 et Guyaux, en-dehors de son rôle d'éditeur à la suite de Suzanne Bernard chez Flammarion, ou à partir de 2009 dans la collection de La Pléiade, ne publie plus de livres depuis la décennie 1980 où il avait sorti une édition critique que je n'ai jamais consultée, son essai Poétique du fragment et le recueil d'articles moins connu Duplicités de Rimbaud. D'autres rimbaldiens sont décédés. Murphy est lui-même bien moins actif depuis un certain temps déjà et il n'a guère publié des interprétations des poèmes en prose de Rimbaud. Je ne sais pas si Alain Vaillant et Henri Scepi publieront un jour un livre sur Les Illuminations, mais cela ne semble pas s'annoncer au vu de leurs autres publications, au vu de leurs divers articles sur Rimbaud. Quant à Adrien Cavallaro, il ne s'agit que d'un cheval de Troie à l'envers. Il n'apporte pas d'analyses personnelles. Dès qu'il a été mis en codirecteur dans le Dictionnaire Rimbaud, du jour au lendemain les rimbaldiens ont cité abondamment ses articles pourtant sans véritable contenu inédit, et cela dès les notices réunies au sein du Dictionnaire. Il s'agit d'en faire un éditeur des poésies de Rimbaud, ancien élève de Guyaux, dans le but d'avoir un héritier de Guyaux qui lâche à peu près tout sur les points de débat philologiques et qui reste suffisamment inexistant quant à la qualité du commentaire des poèmes pour ne pas être un opposant sérieux. Bref, c'est de la politique et rien d'autre. On le voit avec l'attrape-nigauds de son article erroné sur "ou daines" corrompu en ",de daines" arbitrairement par Guyaux/Cervoni, puis donc Cavallaro/Murphy/Cornulier ou avec son article récent que je n'ai pas encore lu sur le  retour au titre Les Illuminations, selon une démonstration de toute façon mise en place par Murphy en 2004 et dont Bardel justement offre plein de nouvelles pages à l'appui dans l'essai dont nous allons parler ci-dessous.
Cet essai est donc le dernier de la génération des rimbaldiens qui ont décidé d'être l'élite du rimbaldisme au mépris des nouveaux. On pourrait les comparer à Izambard, le professeur qui, malgré les exploits scolaires de son élève, n'a jamais pris au sérieux ni sur le vif, ni sur le tard les poésies de Rimbaud, professeur qui ne commente avec "intérêt" si je ne m'abuse que ce à quoi il avait été confronté, les seuls débuts poétiques de Rimbaud. On pourrait parler de profil izambardélien, mais notons tout de même qu'Izambard, malgré son côté professeur qui méprise l'avenir dans la jeunesse, avait réussi à être apprécié de Rimbaud au point que celui-ci lui dise qu'il se tuerait pour lui s'il le lui demandait (ou un truc du genre) en novembre 1870. Il va de soi que jamais Rimbaud n'aurait pu dire cela de quantité de rimbaldiens qui se croient une génération dorée de ses interprètes.
Le livre de Bardel est comme le précédent essai sur la Saison publié aux Presses Universitaires du Midi, anciennement presses universitaires du Mirail, l'université toulousaine. Le titre est bien sûr fondé sur un calembour : Les Illuminations sont une suite de poèmes hermétiques, d'où l'idée d'expliciter la contradiction en faisant se rencontrer le mot "Illuminations" avec l'adjectif substantivé "l'Obscur".
La quatrième de couverture nous annonce un "texte annoté", de "brefs commentaires" avec le texte "en belle page". Il y a une introduction intitulée "Un livre en devenir" qui est à nouveau l'occasion militante pour Bardel de plaider la réalité d'un recueil organisé et paginé par Rimbaud en reprenant les arguments de Steve Murphy de 2001. En clair, l'introduction n'apportera rien à ce qui est déjà dit sur le site internet Arthur Rimbaud de l'auteur et l'annonce de "brefs commentaires" fait craindre là encore un problème de minceur de l'apport par rapport à la pléthore d'informations du site internet. Pourquoi ce livre inutile en-dehors de la perspective militante sur les manuscrits ? Il reste alors l'essai lui-même intitulé "L'Ecriture de l'énigme"'. On peut espérer que cette partie-là au moins apporte un plus au site bardélien. Mais la quatrième de couverture douche froidement les espérances : "Il montre que la très réelle obscurité du recueil n'empêche ni l'approche du sens, ni le plaisir du texte, dont elle multiplie la productivité sémantique et esthétique. Elle ne défie le lecteur que pour aiguiser son besoin de comprendre et satisfaire, de la part de l'auteur, son désir d'être compris." Bref, on louvoie avec un sentiment d'impasse. Par ailleurs, j'éviterais de parler de "productivité sémantique", anachronisme et contresens quant à la visée des Illuminations.
Alors, je m'intéresse immédiatement à la page intitulée "Remerciements". Le livre a bénéficié des "remarques et suggestions" d' "Adrien Cavallaro, Franck Galtier, Steve Murphy, Alain Oriol, Philippe Ortel et Denis Saint-Amand". Philippe Ortel doit être un professeur de lettres dont j'ai entendu le nom à l'université de Toulouse le Mirail si pas entre 1994 et 2000, au moins entre 2000 et 2009. Je ne connais pas Galtier. Oriol est lié aux éditions fac-similaires, et donc les remerciements vont à Steve Murphy essentiellement, puis à Cavallaro. Notez que celui-ci dans son article pour imposer la leçon erronée "de daines" remercie de la même façon Murphy et Cornulier pour leurs contributions à son article. Vous voyez le circuit fermé, quoi ! Et comme Cavallaro a été propulsé sans antécédents remarquables codirecteur du Dictionnaire Rimbaud, Denis Saint-Amand est un très jeune rimbaldien qui ne dit quasi rien quant au sens des poèmes et qui a été comme Frémy précipité codirecteur de la revue Parade sauvage. En clair, les remerciements témoignent d'une inféodation unique à Steve Murphy avec un faux-semblant d'ouverture à l'avenir, puisque Cavallaro est un cheval de Troie à l'envers pour achever la ruine de l'opposition de Guyaux.
Je m'intéresse ensuite aux pages du dossier "Orientation bibliographique", j'adore le mot "orientation" dans ce titre. Je n'y suis pas cité, et je m'y attendais, et à la limite ça m'arrange. J'ai publié des articles sur les poèmes en prose de 2000 à 2006 en gros dans les numéros 16 à 20 de la revue Parade sauvage et dans les actes des colloques de Charleville-Mézières de 2002 et 2004, à quoi ajouter l'article sur "Aube" dansd la revue toulousaine Littératures, et c'est une période où mes articles sortent certes du lot, mais ont beaucoup de défauts, de lacunes. Normalement, un rimbaldien malveillant et rusé s'amuserait à les citer. Ce n'est qu'à partir de 2006 avec mon article "Trajectoire du Bateau ivre" que j'ai été définitivement sur les rails. Mais, plus intéressant encore, je remarque que dans cette section le seul article de Bienvenu qui soit cité c'est celui sur la lettre à Andrieu du 16 avril 1874 dans un numéro paru en 2019 de la revue Rimbaud vivant. C'est remarquable. En clair, la principale opposition à la pagination autographe vient de publications sur internet de moi et de Jacques Bienvenu, et les articles de Bienvenu sur son blog Rimbaud ivre sont cités, même si c'est incomplètement, dans le Dictionnaire Rimbaud. Au nom du livre dans "bibliographique", on exclut les références internet de cette section. Il s'agit clairement d'une manière tendancieuse pour, sous des apparences de légitimité, minorer l'opposition à la pagination autographe des Illuminations. C'est un peu facile de dire qu'il ne convenait pas de mettre une référence internet dans une bibliographie ! Bardel n'ayant rien d'autre pour donner le change comme articles, il devait d'une façon ou d'une autre mettre cette référence dans des pages de ressources à consulter pour ses lecteurs...
Evidemment, il y a d'autres mentions dans l'ouvrage et pour les trouver il suffit de passer en revue les notes de bas de pages où les références sont mentionnées. Or, Bienvenu n'est cité pour la première fois si je ne m'abuse qu'à la note 99 dans l'Introduction, à la page 62, et cela pour la lettre à Jules Andrieu. En clair, Bardel ne cite pas une seule fois l'opposition explicite à la pagination autographe et à l'idée d'un recueil complètement mis au point par Rimbaud. Ce n'est pas normal. Par respect pour son lecteur, on doit afficher cela en début d'étude, et ne pas attendre de l'avoir endormi. Le traitement est volontairement minorant. Or, nous n'en sommes pas encore à la mention de l'article internet contre la pagination autographe ! C'est de la manipulation. Ce n'est pas normal d'organiser ainsi les références en créant des délais. Notez aussi que le lecteur inattentif va apprécier l'article de Bienvenu sur le recopiage des poèmes comme un argument supplémentaire parfaitement homogène à la thèse directrice de Murphy-Bardel du recueil organisé par Rimbaud, sans voir immédiatement que Bienvenu s'oppose à cette thèse. Les mentions de Bienvenu sont espacés l'une de l'autre sur ces deux sujets. Je me permets de ne pas trouver cela normal vis-à-vis des lecteurs. Jacques Bienvenu est enfin cité à la page 71 pour son article contre la pagination autographe. Bardel accompagne cela de la mention "(consulté le 10/01/2025") qui sous une apparence de rigueur sert aussi à fragiliser la valeur de la référence, puisque cela signifie que le texte peut être altéré et qu'il n'est pas tout à fait scientifique. Admettons que ce soit peut-être involontairement tendancieux pour cette fois. Mais Bienvenu n'est cité et salué que pour avoir montré que le repassage à l'encre de la pagination au crayon des neuf premières pages. Il est question d'un simple "billet", là encore une fois Bardel adopte bien une stratégie de minoration scientifique. Bardel ne cite pas le titre de l'article et aussi il se garde bien de parler d'un article en deux parties, ne renvoyant qu'à un article daté du 6 mars 2012, procédé de troncation déjà pratiqué par Murat qui avait été dénoncé ensuite par Bienvenu, puisque les deux parties forment un tout intellectuel et vu que c'est le sujet principal Bardel devrait clairement poser l'acte critique de l'article en deux parties de Bienvenu. Plus loin, à la page 75, Bardel cite enfin les deux articles, mais en réalité il ne cite pas les titres, il cite des pages en fonction de leur date de mise en ligne : "pages du 12 février 2012, du 6 mars 2012, du 18 décembre 2019" pour Bienvenu et deux pages miennes du présent blog sont également cités. Toutefois, Bardel y renvoie lacunairement et n'expose pas nos idées dans le corps de son "Introduction", énième procédé de minoration. Cette note fait partie d'un paragraphe dont la première phrase véhicule une ironie tendancieuse : "D'autres hypothèses que celle de Steve Murphy étaient imaginables et elles n'ont pas manqué d'être lancées."' Les italiques sont miennes pour bien signaler à l'attention la perfidie de la composition. Bardel déforme ensuite nos propos derrière un homme de paille : "Conscients que la numérotation des folios 12 et 18 n'a pu intervenir qu'après la pagination au crayon, ces critiques en viennent à l'hypohèse selon laquelle Félix Fénéon, responsable autoproclamé de la "pré-originale", aurait pu lui-même trafiquer les titres de Rimbaud pour constituer la série 'Veillées'. "
S'il est vrai que j'ai comme Bienvenu envisagé l'hypothèse que Fénéon ait pu lui-même créer la suite des trois "Veillées", outre que personnellement je n'ai en général jamais attaché d'importance à Fénéon lui-même, parlant plus vaguement des protes ou éditeurs de la revue, il est faux que nous soyons "conscients que la numérotation des folios 12 et 18 n'a pu intervenir qu'après la pagination au crayon", puisqu'au contraire et cela est formulé dans nos articles respectifs par moi et Bienvenu l'idée est que la pagination à l'encre s'explique par un débat entre deux protes qui tiennent l'un la plume l'autre un crayon. Les folios 12 et 18 ont été paginés à l'encre parce qu'au vu du papier différent il fallait certifier qu'il s'agissait de leur emplacement. Il y a une numérotation au crayon de la suite homogène à ce moment-là et à l'encre des deux papiers d'un format différent, mais dont les éditeurs pensaient qu'ils devaient former des suites intitulées "Phrases" et "Veillées". Il est vrai qu'une pointe extrême du raisonnement signifiait que les éditeurs eux-mêmes ont modifié le titre "Veillée" en III et qu'un argument de manipulation en ce sens apparaît sur "Jeunesse IV" avec la mention allographe au crayon non prise en considération à la fin "Veillées".
Plus honnête, prudent et nuancé que Bardel, je précise être revenu de cette pointe extrême que, de toute façon, il a bien fallu envisager au départ comme hypothèse de réflexion, et cela l'avait déjà été avant moi et Bienvenu, soit dit en passant. Par mes capacités de remise en cause, étrangères à un Murphy ou à un Bardel, j'en arrive à un résultat nuancé où la pagination n'est pas le fait de Rimbaud, mais la création de la série des trois "Veillées" avec l'idée de continuité entre les folios désormais paginés 18 et 19 si ! Obtus, Bardel en reste à l'idée que tout est de Rimbaud et qu'il n'y à réfléchir sur aucune difficulté. Son raisonnement, qui est en réalité celui de Murphy, a pourtant lui une incohérence flagrante : si c'est parce qu'il voulait créer les suites "Phrases" et surtout "Veillées", cela veut dire que les copies antérieures, forcément propres puisque paginées au crayon dans cette thèse, comportaient des textes distincts et comme le remplacement porte sur des manuscrits isolés, il faut trouver le manuscrit isolé original paginé 12 et le manuscrit originel paginé 18. Ce sont des copies au propre selon cette thèse. Il n'y a aucun manuscrit autonome du format de papier homogène dominant dans la série des vingt-quatre pages qui peut être identifié à une page 12 originelle ou à une page 18 originelle. Bardel veut nous faire croire que Rimbaud voulait créer des séries et en même temps supprimer les transcriptions originelles. Avec des "si" on met Paris en bouteille, comme on dit... C'est- justement la thèse de Murphy relayée par Bardel, Reboul et jadis Murat qui n'est pas cohérente ! Je rappelle aussi que si on pagine au crayon c'est en principe parce qu'il est loisible d'effacer ce chiffre ou de le cacher sous l'encre. Pour effacer du crayon, on utilise une gomme de nos jours, mais ça se faisait aussi avec de la mie de pain roulée en boule. Et si Rimbaud passe à l'encre pour les pages 12 et 18, il suffit alors de repasser tous les chiffres antérieurs au crayon à l'encre et de modifier à partir de la page 12 par-dessus le crayon. Rimbaud aurait pu décaler toute la pagination, les pages 12 à 17 numérotées au crayon étaient décalées d'un rang, puis les pages 18 à 24 de deux rangs, et on aurait un dossier de vingt-six pages.
Pourquoi Rimbaud n'a-t-il pas suivi une logique aussi élémentaire ? Où sont les pages 12 et 18 originelles ? Pourquoi auraient-elles été détruites ? La page 18 naît d'un remaniement des titres et de la création d'une série de trois poèmes, pas d'un accident où on remplace une page abîmée, puisque la modification est précisément sur le titre "Veillée" modifié en "III" du feuillet 19 qui n'est certainement pas remplacé puisque faisant partie de la suite sur papier homogène (numéroté qui plus est au crayon dans la thèse murphyenne).
Sur les cent pages d'introduction et sur tout le débat sur les manuscrits, voilà à quoi se résument les mentions des opposants récents que nous sommes, moi et Bienvenu. Evidemment, des arguments clefs ne sont pas précisés aux lecteurs. Seuls quelques-uns daigneront lire des "billets", des "contributions" sur internet, et seuls quelques-uns le feront sans prévention.
Passons à la suite.
Pour l'établissement du texte, Bardel laisse à désirer. Pour le poème "Angoisse", comme dans son édition fac-similaire, il écrit "Amour, force !" à la page 217, c'est une leçon qu'on retrouve chez plusieurs éditeurs et qui est préconisée par André Guyaux, lequel n'est pas un éditeur fiable comme on sait (", de daines") et il n'a déjà pourtant pas les faveurs de Murphy et Bardel. Cette leçon est aussi préconisée par Pierre Brunel dans son édition critique Eclats de la violence de 2004, page 469, mais sur cette même page la note 2 de bas de page livre une information préciser : "2. Albert Henry rétablit après "Amour" le point d'exclamation mis en doute par André Guyaux au profit d'une virgule. Cela reste très incertain."
Puisque Bardel vante l'intérêt de son édition fac-similaire en collaboration avec Alain Oriol à la fin de l'année 2025, il serait bon de profiter justement de cette consultation. Dans le court "Avant-propos" du présent livre Rimbaud l'Obscur, Bardel écrit ceci page 8 : "Ce livre doit être parcouru fac-similés grands ouverts, le lecteur étant prêt à se laisser porter d'un manuscrit à l'autre. Il apprendra ici où les consulter, sur papier ou sur écran ordinateur." Et cette phrase s'accompagne d'une note 3 de bas de page qui renvoie à une page de son site internet à partir de laquelle consulter tous les facs-similés disponibles en ligne. Notons toutefois que certains liens sont corrompus, ne fonctionnent pas ou ne renvoient pas au bon manuscrit, d'après mes consultations en 2025 et 2026.
Mais, puisque Bardel lui-même le demande au seuil de son livre, et que moi-même je vous y invite, allons consulter le fac-similé de "Angoisse" sur ce point précis.
 
 
Je précise que le lien pour le manuscrit de "Soir historique" est erroné, il ne figure pas dans le document en question du catalogue de la vente Bérès, Bardel ayant donné la référence du fac-similé de "Scènes" pour "Scènes" puis pour "Soir historique", et le catalogue de la vente Bérès ne donne qu'une page sur les deux de la transcription allographe de "Promontoire".
Des liens corrompus il y a peu semblent avoir été corrigés pour les liens de substitution concernant "Scènes" et "Soir historique".
Mais ce qui nous intéresse, c'est "Angoisse".
Vous pouvez y accéder de deux manières à partir de la page mise en lien ci-dessus, mais je vais vous fournir un lien ci-dessous à partir donc de mon propre article. Vous serez invités ensuite à utiliser la fonction "Zoom" disponible sur la page à laquelle renvoie notre lien, il s'agit d'une page fac-similaire du site Gallica de la BNF : Cliquer ici pour consulter le fac-similé du poème "Angoisse" et le passage "Amour ! force !" sur le site Gallica de la BNF ! 
 
J'identifie un "A" majuscule, car le "a" est de grande taille par rapport aux autres "a" de la transcription, et j'identifie un "r" à la fin du mot "Amour" sur le modèle précisément du "r" de la police de caractère employée sur ce blog. On n'a pas un "r" avec une retombée à la verticale pourtant commune à l'écriture cursive. Et, justement, après ce "r", il y a une barre verticale avec un petit tremblé d'écriture qui forme un point, un début de courbe à son sommet, mais une barre verticale qu'en aucun cas ! on ne peut confondre avec la fin de formation d'un "r" en écriture cursive, et en-dessous de de cette barre verticale on a un trait droit descendant oblique assimilable à une virgule. Or, il faut bien faire quelque chose de cette barre verticale. Et là, c'est cruel pour Guyaux et Brunel, mais c'est Albert Henry qui a raison. Je ris de lire l'avis de Brunel : "Cela reste très incertain", parce que de deux choses l'une : ou Rimbaud a rajouté la barre verticale pour transformer la virgule en point d'exclamation, mais sans retoucher la virgule pour en faire un point net, ou la prétendue virgule n'est qu'un accident de transcription pour un point d'exclamation. J'ai tendance à penser que c'est la première hypothèse la bonne, car la virgule est très marquée et le glissement de la barre verticale est fait dans un trou de souris.
Cette barre verticale est un fait discriminant suffisant pour dire que la leçon finale voulue par Rimbaud est le point d'exclamation, ce qui s'harmonise avec la partie symétrique directement antérieure : "(O palmes ! diamant ! - Amour ! force !" Le cafouillage est étonnant, on peut penser à des hésitations sur le modèle de "Génie", une volonté de prédication latente : "Amour, tu es une force" qui peut se rendre par "Amour, force !" ou bien "Amour : force !", mais conscient que cette prédication s'harmonise mal avec ce qui précède, Rimbaud a clairement opté pour un point d'exclamation.
Je vous laisse vous ranger dans l'un ou l'autre camp :
 
Amour ! force ! la solution des plus anciens éditeurs et rimbaldiens, Albert Henry, David Ducoffre
Ou bien
Amour, force !  la solution qui me fait bien rire : Guyaux, Brunel, Bardel, Murphy, Cavallaro, Saint-Amand (ils sont catalogués comme coauteurs dans les remerciements avec toutes leurs remarques et suggestions...)
 
Bardel invite à bien se confronter aux manuscrits. Ici, il est manifeste qu'il n'en a jamais rien fait ! Il ne choisit pas une réponse, puisqu'il n'expose même pas le problème. En clair, Bardel a fondé sa transcription sur l'édition de Guyaux sans la confronter aux manuscrits, alors qu'en préparant ses deux livres Bardel aurait dû faire sa propre transcription à partir des manuscrits, puis confronter son résultat aux versions imprimées de référence...
Bardel aurait pu aussi consulter les notes sur les manuscrits de l'édition critique de Brunel. Même ce travail plus simple n'a pas été effectué. Je suis en train de clairement vous montrer que derrière les apparences d'un travail titanesque Bardel a pris à peu près tous les raccourcis du travail désinvolte et négligent. Il parle de consulter les manuscrits poème après poème, je vous prouve qu'il n'en fait rien, mais lui daube superbement les études où moi sinon Bienvenu scrutons attentivement ces manuscrits. Vous m'excuserez de penser que c'est une vérité qui fait mal. Et ça fait d'autant plus mal que dans les remeciements Bardel mentionne Cavallaro qui se vante de bientôt produire sa propre édition, l'édition "de daines" bien sûr ! Et il mentionne Murphy, le réputé tâcheron de l'analyse minutieuse du moindre détail manuscrit. Cerise sur le gâteau, Bardel et Murphy ratent une occasion de se moquer des problèmes de compétence d'André Guyaux.
Voilà les vérités.
Je remarque que pour la mise en page des poèmes Bardel change de taille de police de caractères selon l'ampleur des textes, ce qui est assez déconcertant. "Après le Déluge" et "Conte" font partie des transcriptions en petits caractères, tandis que les cinq "Enfance", "Parade" et "Antique" sont en grands caractères, par exemple. Ce n'est pas très heureux.
Mais je voudrais citer un autre cas amusant, celui du poème court qui suit "Being Beauteous". Bardel le cite avec ses croix en guise de titre, mais en les flanquant du point de fin de transcription : "xxx."  Je vous cite deux extraits du commentaire en vis-à-vis (page 164) : "On a souvent considéré ce bref poème comme le paragraphe final de "Being Beauteous" et les trois petites croix comme une séparation entre deux parties. Mais, les deux textes sont à l'évidence des poèmes indépendants. [...] Certains éditeurs considèrent les trois croix qui séparent ces lignes des précédentes sur le folio 7 du manuscrit, du fait qu'elles sont suivies d'un point, comme une sorte de titre." Cet argument du point, c'est surtout moi qui l'ai avancé, mais je m'en suis servi aussi dans le débat sur les interventions allographes sur les manuscrits des Illuminations. Et c'est là que vient l'anomalie criante. Dans ses transcriptions, Bardel ne met jamais de point après les titres des poèmes, alors qu'il le fait ici pour les trois croix. Or, il y a plein de titres de poèmes qui sont suivis d'un point. En clair, Bardel n'aurait jamais dû mettre un point après ces trois croix, et il n'a surtout rien compris à mon raisonnement auquel il fait implicitement allusion. Le point signifie clairement que les trois croix sont un substitut de titre, puisque Rimbaud ponctue ainsi d'autres de ses poèmes ou bien il allonge d'un trait horizontal la dernière lettre, le principe de ponctuation des titres est employé par Lemerre au sujet des titres de recueil de poètes sur ses pages publicitaires et par Rimbaud dans les surtitres de l'Album zutique : "Les lèvres closes." par exemple. Or, les éditeurs ont entourés les titres sur les manuscrits, au crayon qui plus est, et ils n'ont pas entouré les trois croix, et à cause de cela le poème a été publié initialement et pour longtemps comme la fin de "Being Beauteous", et Murphy était avec Reboul et d'autres partisan de lire ce paragraphe comme la fin de "Being Beuateous" contre Guyaux. Et le point prouve que c'est bien un poème à part avec un substitut de titre des trois croix, parce que justement il y a une divergence entre le soulignement des titres par les éditeurs et le fait que Rimbaud en personne mette si souvent un point après son titre. Reportez-vous aux fac-similés comme vous y invite Bardel lui-même.
Plus haut, vous avez le lien pour les titres "Angoisse" et "Métropolitain" qui justement sont tous les deux suivis d'un point !
Encore une lacune d'analyse des manuscrits dans l'essai de Bardel ayant pourtant profité des "remarques" de Cavallaro et Murphy !
Il y a un moment où vous devez sentir que ça fait beaucoup de lacunes pour des maîtres exclusifs de l'étude des manuscrits rimbaldiens !
Je n'arrête pas de montrer des lacunes dans leurs observations.
Alors, je n'en ai pas fini avec ma recension de ce livre, une grande étude va suivre, mais je voulais aussi donner un avant-goût au sujet des interprétations.
L'avant-propos commence par une citation de Tzvetan Todorov où il est question de cesser de s'interroger sur "Le pavillon en viande saignante" et Bardel y revient au tout début de son essai "L'écriture de l'énigme" où il consacre de premières pages au cas du poème "Barbare" (pages 261-262), et il y revient encore ultérieurement. Bardel se range à l'idée de Bivort qu'il s'agit d'une métaphore usuelle pour le ciel, ce qui est assez vrai, mais comme vous l'avez vu sur mon blog il y a une nuance subtile. Ici, le "pavillon" est déclaré en "viande saignante", il ne s'agit pas de n'importe quel ciel, d'un simple couchant non plus. Bardel dit que Rimbaud crée la métaphore "pavillon en viande saignante" pour un couchant et qu'il y superpose ensuite des images d'activités volcaniques. Or, mon raisonnement est tout autre, "Le pavillon en viande saignante" n'est pas la métaphore non explicite d'un ciel au couchant, mais elle est une métaphore formulée avant l'élément concret qu'elle représente et qui est cette activité éruptive : "Les brasiers pleuvant aux rafales de givre... les feux à la pluie... Les brasiers et les écumes..." Le signifiant et le signifié pour parler à la manière de Saussure et consorts sont tous les deux énoncés en toutes lettres dans le poème. Il n'y a pas une métaphore où la référence est à aller chercher dans sa culture, la référence est en toutes lettres dans le poème.
Ensuite, à la page 220, en vis-à-vis à une transcription du poème, Bardel commence un commentaire où il affirme que le poème "projette d'abord le lecteur à la fin des temps, dans un au-delà du monde", lequel correspond on ne sait pourquoi à un "décor arctique". C'est faux ! Rien de tel n'est dit dans le poème. Le décor polaire est suffisant pour dire que nous sommes dans un cadre situé "Bien après les jours et les saisons, et les êtres et les pays". Il n'y a rien qui justifie de parler d'un "au-delà du monde", surtout si le décor est localisé comme "arctique", ni d'une "fin des temps". C'est de la surinterprétation en roue libre.
A propos de "A une Raison", sur la question du temps justement, Bardel croit pertinent d'opposer le discours des enfants entre guillemets à celui du poète. Mais que comprend Bardel à la dénonciation du temps comme fléau et est-ce qu'il a raison de penser les choses ainsi ?
Tout cela on va y revenir. Je ne perds pas de vue que les transcriptions de "Jeunesse II Sonnet" et "Nocturne vulgaire" de la part de Bardel sont elles aussi très déconcertantes.
Cet avant-goût du compte rendu à venir n'est pas amer, puisque clairement nous arrivons enfin au chant du cygne. Oui, il va y avoir le "dernier couac" de Cavallaro, et en effet il ne faut jamais négliger l'adversaire qui a toujours une capacité de rebondir, mais Cavallaro comme son nom l'indique il va chevaucher tout seul à un moment donné. Ce qui est important, c'est que c'est la fin de l'ère Murphy-Reboul-Brunel-Guyaux-Bardel etc. Et moi, je m'en réjouis. J'en ai marre, je veux le retour du rimbaldisme de haute intensité. J'ai confiance en l'avenir. Les autres seront considérés comme des clowns par la postérité avec "de daines" et avec toutes les démonstrations que je fais présentement de leur insuffisante attention à des manuscrits qu'ils se prétendent les seuls à dominer.
Vive le renouveau, à bas les vieilles énormités crevées.