Mise à jour :
Cet article commente notices et notes de l'ensemble du livre, de la prose liminaire, de "Mauvais sang" et de "Nuit de l'enfer". J'ai mis le début de l'article en ligne dans la matinée, je mets la suite dans la soirée, un peu au-delà de 20 heures, suite qui porte sur "Mauvais sang" et "Nuit de l'enfer", un deuxième partie est à venir.
Maître de conférence passé par l'IEP Paris, Adrien Cavallaro ira sans doute très loin dans le pays désolé de la Macronie. Il s'impose dans le paysage rimbaldien moins par ce qu'il a à dire que par son parcours étudiant et universitaire. Ses écrits ne prennent (en principe) aucun risque. Ils digèrent la doxa ambiante et la reconduisent. Il y a plus d'idées personnelles dans une page d'Alain Bardel que dans tout un livre d'Adrien Cavallaro, alors que Bardel a déjà tendance à rendre compte du travail d'autrui (ce qui n'est pas toujours un mal en soi, rappelons-le).
Prenons le cas du livre Une saison en enfer.
Cavallaro a publié les Œuvres complètes de Rimbaud en deux tomes, ce qui se défend pour le plaisir de la prise en main, mais seul le premier tome fournit une préface générale. Il n'y a aucune préface pour le volume qui contient à la fois les vers "nouvelle manière", Une saison en enfer et les Illuminations (je suis comme Obélix : le titre sans article, je suis tombé dedans quand j'étais petit). La préface aux deux volumes tient en 17 pages et demie, ce qui malgré une sous-section intitulée "Cela s'est passé" laisse peu de place pour une présentation des grands titres en prose.
Dans le second tome, la notice et les notes qui accompagnent le texte d'Une saison en enfer vont de la page 239 à la page 273.
Une bibliographie générale est donnée à la page 239. Le livre de Margaret Davies est de nouveau référencé, ce qui au passage vient de mon influence, vu que j'ai dénoncé l'effet désastreux de l'article de Molino sur la lecture de la prose liminaire et sur la compréhension d'ensemble d'Une saison en enfer. J'ai fait entendre que du coup le livre de Margaret Davies de 1975 donnait une lecture d'ensemble moins erronée que tout ce qui a suivi. La thèse de Nakaji publiée sous forme de livre en 1987 était également meilleure que ce que Nakaji avait écrit ensuite sous l'influence de l'étude de Molino. Avant que je ne dise cela, le livre de Margaret Davies tendait à ne plus être cité du tout au profit de l'édition critique de Pierre Brunel, du livre de Danielle Bandelier, du livre de Yoshikazu Nakaji, trois références de la décennie 1980. Notons qu'avant le livre de 1975 Margaret Davies a publié un premier état sous forme d'articles longs dans la même collection dirigée si je ne m'abuse par Forestier : Revue des lettres modernes / Archives des lettres modernes, collection connue également pour l'article en deux parties d'Yves Reboul sur le témoignage d'Isabelle Rimbaud. Je possède les deux tomes où Margaret Davies écrit sur Une saison en enfer. Cavallaro ne recense passivement que le livre où Margaret Davies intervient seule. On me dira qu'il va à l'essentiel, mais ce que je veux montrer c'est que, derrière cette facilité apparemment justifiée, il y a un travail minimal et consensuel dans l'établissement de cette bibliographie. Cavallaro ne recense pas non plus la plaquette plus ancienne du colonel Godchot dont j'ai parlé sur ce blog, ni le livre de Clauzel dont j'ai également parlé sur ce blog. Il s'en tient au terrain balisé par les prédécesseurs des cinquante dernières années. Pour concevoir sa bibliographie, Cavallaro ne fait que reprendre les titres qui ressortent à la lecture des travaux qui ont immédiatement précédé le sien. La bibliographie s'enrichit pour l'essentiel de la mention des "copains" de la revue Parade sauvage. Dans la "Note sur l'édition" du Tome I, Cavallaro fournit un paragraphe intitulé "Remerciements" où il évoque les "généreux et patients conseils de Steve Murphy et de Benoît de Cornulier", puis énumère les membres de la revue Parade sauvage et ceux de son jury de thèse, sans y mêler le nom d'André Guyaux : Alain Bardel, Christophe Bataillé, Olivier Bivort, Michel Murat, Yoshikazu Nakaji, Philippe Rocher, Henri Scepi et Alain Vaillant. Yann Frémy est décédé, mais il était codirecteur avec Alain Vaillant et Adrien Cavallaro du Dictionnaire Rimbaud paru aux Editions Classiques Garnier en 2021. Or, la bibliographie sur Une saison en enfer est une vitrine de ce partenariat : L'Art de Rimbaud de Michel Murat dans sa version augmentée, la thèse de Nakaji parue chez José Corti en 1987, mais aussi un article de détail de Christophe Bataillé, le livre de Yann Frémy, ainsi qu'un de ses articles du Dictionnaire Rimbaud, les livres récents d'Alain Bardel et d'Alain Vaillant, un volume collectif dirigé pa Yann Frémy dans lequel j'ai d'ailleurs moi-même publié un article à quoi se joignent l'édition critique de Brunel en 1987 et le collectif "Dix études sur Une saison en enfer".
Tout cela vous paraît-il normal ? Et certes nous n'avons pas ici le volume collectif dirigé par Frémy et publié par la Revue des sciences humaines.
Il manque donc comme je l'ai dit plus haut la profondeur historique de livres plus anciens : la plaquette du colonel Godchot et le livre de Raymond Clauzel. Il va de soi que les thèses de lecture des deux auteurs ne tiennent pas la route, mais on est en droit de s'attendre à une sélection historique sur la perception de Rimbaud au vingtième siècle. Je rappelle que le doctorat soutenu en 2017 en Sorbonne par Cavallaro s'intitule "Rimbaud et le rimbaldisme, XIXe -XXe siècles", c'est donc censé être quelque peu son domaine de compétences. Il manque surtout l'édition critique de Bouillane de Lacoste qui est capitale sur l'établissement du texte d'Une saison en enfer, étant donné les débats sur les coquilles.
Cavallaro a été applaudi en 2017 pour son doctorat. Moi, je juge sur pièces. J'ai son édition Folio Classique entre les mains et j'identifie les lacunes. Je ne vois que quelqu'un qui prend la suite toute tracée des prédécesseurs et qui ne fait que du psittacisme. Il manque aussi des articles épars : pas un seul article d'Hiroo Yuasa, lequel avait le mérite d'appliquer de la réflexion philosophique. Pas de mention des articles de Bruno Claisse, ni des articles du volume dirigé par Steve Murphy en 2009-2010 en fonction du programme annuel du concours de l'Agrégation, lequel volume contenait pourtant une flopée d'articles autrement intéressants qu'une partie de la bibliographie consensuelle reconduite par Cavallaro, et c'était pourtant dans le giron, vu que Murphy dirigeait la publication.
Passons à la sous-partie "Genèse d'Une saison en enfer [...]". Je lis le début de la première phrase : "Nous disposons, pour cerner l'entreprise d'Une saison en enfer, d'un faisceau d'éléments qui, pour tout autre que Rimbaud seraient bien modestes [...]". J'ai bien lu : "pour cerner l'entreprise". Or, Cavallaro, au lieu de s'en remettre à la confrontation au texte lui-même, pense que pour cerner l'entreprise il convient d'étudier la genèse. Pour cerner l'entreprise, il s'intéresse à la date en fin d'ouvrage, aux brouillons, aux indications d'une lettre à Delahaye. Je trouve ça un peu farfelu, mais à la limite on peut mettre ça sur le compte de la formulation maladroite : "pour cerner l'entreprise". Ceci dit, la notice va essentiellement s'intéresser à la genèse au plan des données matérielles et à des considérations non contrôlables sur le statut poétique ou non de la prose. Nous n'aurons qu'une seule page de commentaire du sens éventuel du livre sous le titre qui est une citation de Verlaine : "Une 'espèce de prodigieuse autobiographie psychologique' ".
La sous-partie "Genèse"" va du bas de la page 239 au haut de la page 242. Et elle consiste à refaire après tant d'autres, dont moi-même, une analyse des données qui attestent de l'élaboration de ce livre de mars à août 1873, avec une tendance au consensus et à peine quelques lignes de démarcation pour un argument ou l'autre.
Vu que je ne suis pas référencé dans la bibliographie, je trouve piquant qu'une partie des objections de Cavallaro soit reprise précisément à mon travail : "La prudence, toutefois, s'impose. Rien ne permet d'établir avec assurance qu'une partie importante de l’œuvre n'ait pas été composée en amont de l'incident de Bruxelles." Cavallaro reprend la base de ma contre-argumentation contre l'interprétation biographique du "dernier couac" comme référence au coup de pistolet de Verlaine à Bruxelles. C'est moi qui ai insisté sur le fait que la lettre à Delahaye et les brouillons détenus par Verlaine, plus le laps de temps entre la lettre à Delahaye de mai et l'incident bruxellois, amenaient à considérer que avant le coup de feu, avec "Mauvais sang", "Nuit de l'enfer" et "Alchimie du verbe", une part essentielle de la Saison était déjà rédigée dans un récit proche du texte définitif. Il s'y ajoutait les liens étroits entre "Mauvais sang" et "L'Impossible". Je formulais un autre argument : la compréhension du récit lui-même, puisque le "dernier couac" est explicitement présenté comme la suite logique de la révolte contre la Beauté, la justice, la suite logique d'actes qui consistent à appeler les fléaux et à mordre la crosse de fusils !
Cavallaro gauchit bien sûr ma contre-argumentation en ne gardant que l'idée qu'une bonne partie du livre devait déjà être composée, car Cavallaro continue à plusieurs reprises de flatter l'identification biographique consensuelle du "dernier couac" au coup de pistolet bruxellois et surtout dans son étude sur la genèse du livre Cavallaro adhère à l'idée que le projet a changé de nature après la lettre à Delahaye. Et ça on va en parler plus bas.
Je reprends.
Dans la sous-partie "Genèse", Cavallaro fournit un premier paragraphe qui énumère les documents en jeu, puis à partir du deuxième paragraphe il traite de la lettre de mai 1873 à Delahaye, celle de "Laitou". La citation d'un extrait occupe un certain espace de cette décidément brève notice, puis nous avons quelques lignes sans grand intérêt sur la phrase : "Mon sort dépend de ce livre". Et tout à coup, Cavallaro écrit ceci : "il s'en va donc d'une épreuve décisive, qui trouvera plus tard à se formuler dans le 'combat spirituel' d' 'Adieu'." Et il ajoute que ce sera "un livre qui témoigne d'une crise personnelle d'une extrême gravité, de nature à engager l'être entier dans une réflexion sur la conduite de son existence, parmi les leurres du 'monde moderne' ". Les mots sont ronflants, mais ne disent pas précisément ce qu'est cette crise ! Et Cavallaro ajoute en citant Pierre Brunel qu'à ce "stade" de la composition, il n'y a pas encore l'idée du "corps-à-corps avec le christianisme" ni "l'idée même d'un livre de la charité et de la mort" avec la "traversée d'un 'enfer dans la vie' ". Tout cela n'aurait pas encore germé dans l'esprit de Rimbaud.
Mais qu'en sait-il ? Qu'en savent tous ces rimbaldiens ? Rimbaud parle d'un "Livre païen" ou "Livre nègre" pour son titre, mais Brunel, Nakaji et Cavallaro trouvent que cela n'implique pas un "corps-à-corps avec le christianisme", ni un séjour en enfer. Je pense exactement l'inverse. Le titre "Livre païen", c'est clairement l'idée d'Une saison en enfer qui a déjà "germé" !
L'expression de "livre de la charité et de la mort" vient de Brunel qui est cité, et cela rejoint cette axe de lectures où on s'imagine que Rimbaud voudrait redéfinir la charité. Je ne suis évidemment pas d'accord avec cette lecture. Rimbaud a rejeté la charité sans appel dans la prose liminaire : "Cette inspiration prouve que j'ai rêvé !" et il s'agit d'un double rejet spontané, un rejet de la charité vertu théologale et un rejet de l'idée d'un festin ancien originel qui était l'exercice de la charité dans une concorde des êtres.
Ce que ne comprennent pas les rimbaldiens et qui fait qu'ils achoppent dans les détails d'un texte auquel ils tentent tout de même de s'affronter, c'est que pour Rimbaud il y a un refus de la mort. Il faut lire Une saison en enfer en envisageant que le poète raconte aussi son angoisse de la mort ! C'est précisément ce que ne font pas les rimbaldiens ! Et on peut parier qu'ils trouvent le sujet trop facile, trop limité. Mais, malgré tout, cet aspect de la lecture est clairement posé par Rimbaud dans sa prose liminaire, sauf que les rimbaldiens ont décidé de ne pas admettre qu'ils faisaient des contresens à la lecture des alinéas centraux de la prose liminaire. Ces contresens concernaient initialement Pierre Brunel et Jean-Luc Steinmetz qui posaient que Rimbaud cherchait une certaine idée plus exacte de la charité, refusant l'évidence du texte où Rimbaud la rejette. Or, Molino en repérant une anomalie de la lecture de Brunel qui supposait que Satan s'indignait de la révolte du poète contre la charité, a aggravé la dérive des lectures du côté d'une quête de la charité en modifiant le contresens. Satan ne se révoltait pas contre le rejet par Rimbaud de la charité, mais contre le fait que Rimbaud appelle sa révolte un rêve. Molino réinterprétait la phrase : "Cette inspiration prouve que j'ai rêvé !" Inspiré par la charité, le poète avouait sa révolte comme un mauvais rêve. Or, ce n'est pas du tout ça qui est écrit de manière limpide par Rimbaud. Rimbaud a songé à se rebeller contre la mort. La religion lui fournit sa solution. Le poète la refuse. Satan ne se préoccupe pas de cette discussion avec Dieu, d'autant que la conclusion lui est favorable. Satan "se récrie" parce que le poète songe à échapper au "dernier couac" et il le dit en toutes lettres avec l'expression "Gagne la mort" dont je ne cesserai d'expliquer aux rimbaldiens têtus qu'elle est une parole de dupe inversant l'expression "perdre la vie". L'angoisse de la mort est un thème essentiel du livre Une saison en enfer. Et cela n'est pas clairement compris par les lectures de référence de Nakaji, et à plus forte raison de Brunel, Steinmetz, Murat, Molino, Cavallaro, ni par les lectures de Bandelier, Frémy, Vaillant, Bardel et d'autres. Sinon, il n'y aurait pas le poids d'un contresens persistant sur le sens des alinéas centraux de la prose liminaire. C'est du b.a.-ba à la lecture ! Ensuite, certes, le débat ne se réduit pas à une angoisse de la mort. Il y a avant l'angoisse de la mort, une révolte du poète qui justement mène à une conclusion mortelle. Et cette révolte n'est pas celle d'une quête de la charité bien évidemment, puisque c'est une révolte en-dehors du pseudo-souvenir du festin qui était la mise en pratique de la charité, puisque c'est une révolte contre la beauté, la justice, les vertus théologales, etc. Et cette révolte contre la Beauté, ce n'est pas non plus un désir de renouveler l'idée esthétique à se faire d'un texte poétique. Ce que dit Rimbaud, c'est qu'en pratiquant la poésie il espérait quelque chose de plus exceptionnel. Il espérait un accomplissement surnaturel. Il considérait qu'il valait mieux qu'un simple écrivaillon. Et le récit d'Une saison en enfer, c'est une mise à pied de ses prétentions fantasmatiques parce qu'il se rend compte qu'il confond la réalité et ses rêves. C'est ça le récit du livre Une saison en enfer ! Il y a deux rimbaldiens uniquement qui se rapprochent de cette lecture : Bruno Claisse qui a publié deux articles, et surtout David Ducoffre qui a publié quelques articles, qui a fait la mise au point du sens des alinéas centraux de la prose liminaire et qui a abondamment développé sa lecture de la Saison sur ses articles mis en ligne.
Je n'identifie pas cet horizon de lecture chez d'autres rimbaldiens. Oui, bien sûr, ils vont donner l'impression d'y venir de temps en temps parce que fatalement ils vont dire quelque chose sur "j'ai cru inventer de nouvelles fleurs", ou "je me révolte contre la mort", mais fondamentalement les lignes directrices de leurs études n'ont rien à voir avec ce propos central à la Saison en enfer !
La preuve, ils refusent d'admettre que la clausule dans "Alchimie du verbe" donne son renvoi à la beauté : "Cela s'est passé ! je sais aujourd'hui saluer la beauté."
M'enfin ! Vous venez de lire une section intitulée "Alchimie du verbe" où le poète vous explique qu'il a fait le deuil de sa foi en ses pouvoirs surnaturels ce qui sera repris dans la section "Adieu" ! Partant de là, comment on peut avoir une lecture consensuelle qui consiste à dire que désormais le poète peut rendre hommage à la beauté ?
Mais bien sûr que ce n'est pas là le sens ambitieux du texte de Rimbaud ! Rimbaud, il dit qu'il ne croit plus à la prétention de devenir "voyant" ! Il n'a plus d'emportement en considérant la beauté, parce que la prétention supérieure il en a fait son deuil !
Et tout au long d'Une saison en enfer Rimbaud explique qu'il n'arrive pas à jouer le rôle espéré, et, pire encore, que la société ne lui reconnaît même pas cette autorité magique d'un élu d'un genre particulier.
La charité est d'autant moins au centre de ses préoccupations qu'à la fin Rimbaud dit qu'il se moque bien de rencontrer une "main amie" vu l'hypocrisie des relations entre les gens. Une saison en enfer, c'est le récit du deuil fait par Rimbaud de sa foi en la poésie comme exercice du voyant. Avec la peur de la mort, cela se double de considérations complexes sur le rapport au monde avec dans "Mauvais sang" une critique des institutions nées des suites de la Révolution française. Rimbaud tient un discours de spiritualiste sans Dieu, et c'est visiblement l'incapacité des rimbaldiens à envisager un questionnement spiritualiste et non pas matérialiste d'un poète athée qui fait que les lectures achoppent sur les détails du texte sans arriver à déterminer une compréhension globale du livre.
Cavallaro s'en tient comme tous les autres à des formules creuses : "le livre de la charité et de la mort" qui est une citation, le "corps-à-corps avec le christianisme" autre citation, la formule longue sans vrai contenu : "une crise personnelle d'une extrême gravité, de nature à engager l'être entier dans une réflexion..." Je trouve déjà curieuse l'expression : "engager l'être entier dans une réflexion", soit dit en passant. Le renvoi au biographique concret tue tout le travail de compréhension du propos rimbaldien : le dernier couac sera le coup de pistolet, élément de lecture trivial qui ne saurait rejoindre la lecture au plan métaphysique des métaphores du récit.
Faute de percevoir ce plan de lecture, Cavallaro, comme l'essentiel des rimbaldiens, va considérer que les "histoires atroces" d'un "Livre nègre" ou "païen" n'ont rien à voir avec une traversée infernale pensée en fonction de l'événement postérieur qu'est le drame bruxellois entre Verlaine et Rimbaud. Mais, non, le "Livre nègre" ou "païen" suppose déjà tout le projet d'un refus de la mort, d'un dépassement du christianisme et l'idée du "Je est un autre" où le poète finit par croire que son essence est surnaturelle et séparée du reste du genre humain. Pourquoi aller supposer un clivage entre le thème du non-civilisé et le thème de l'enfer, deux thèmes voués par essence à se rencontrer qui plus est ?
Si Rimbaud écrit déjà "Mon sort dépend de ce livre" en mai 1873, alors que l'incident de Bruxelles n'a pas encore eu lieu, c'est que l'idée métaphysique du projet est déjà assez forte. Certes, on peut lire plus trivialement que Rimbaud se dit simplement que si ce livre ne marche pas il arrêtera la littérature, mais ça va précisément de pair avec l'idée que en mai 1871 Rimbaud se faisait une haute idée de la prise de parole du poète, il ne le limitait pas à quelqu'un qui ne vaut que par la notoriété qu'on va lui accorder.
Je reviens à la notice de Cavallaro. Il revient à son tour sur l'identification des histoires atroces en se débrouillant pour formuler sa propre version dans la place qui peut encore être laissée. Il s'inspire de tout ce qui a été fait avant lui. Je vais m'amuser à jeter un nouvel élément auquel il ne songe pas.
Donc, les trois histoires atroces correspondent soit à "Mauvais sang", soit à "Mauvais sang" et "Nuit de l'enfer". J'ai été assez loin dans cette identification en faisant remarquer que le récit des sections 4 et 8de "Mauvais sang" ne formait qu'un seul récit à l'origine, ce qui laissait la place pour penser qu'il y avait à l'origine trois récits distincts qui ont été fondus en "Mauvais sang", le récit du gaulois païen des sections 1 à 3, le récit du nègre des sections 5 à 7 en gros, le récit du refus de la vie française des sections 4 et 8. Le récit du refus de la vie française a intégré le récit du nègre et crée une armature précise et conclusive dans le cas du texte définitif "Mauvais sang". Ces considérations vont plus loin que le consensus rimbaldien, mais Cavallaro ne les reprend pas. Il préfère rester à un faible investissement de sens des textes étudiés, ce que je trouve d'une timidité curieuse, inappropriée à l'ambition d'une étude critique.
Je précisais que le mot "innocence" dans la lettre à Delahaye était également clef dans les sections de "Mauvais sang". Mais, rappelons que dans "Nuit de l'enfer" il y a encore une mention de l'idée du païen et encore une idée de l'innocence perdue car le baptême a privé le poète de son état de païen, ce qui prouve au passage que Rimbaud n'avait aucune raison de réélaborer son projet pour passer du titre "Livre païen" au titre "Une saison en enfer". Or, dans la lettre à Delahaye, il est aussi question de l'horreur qu'inspire au poète la campagne française, ce qui fait écho au passage hélas vérolé par une coquille de "Nuit de l'enfer" : "Que de malices dans l'attention dans la campagne... Satan, Ferdinand, court avec les graines sauvages..."
Plutôt que de se confronter à ce qu'a écrit Rimbaud, Cavallaro préfère rédiger une notice qui ne tient compte que des considérations triviales sur les conditions de l'échec de la mise en vente du livre Une saison en enfer. Il préfère énumérer les hypothèses biographiques de ses prédécesseurs et énumérer des formules imprécises toujours des prédécesseurs : "crise existentielle d'une extrême gravité qui fait réfléchir", "crise métaphysique d'un débat sur la mort et la charité", et autres formules pétantes qui ont juste le défaut de manquer de densité et précision du sens.
Cavallaro dans la partie sur la prose va jusqu'à dire que quand Rimbaud parle des "moyens de la poésie" c'est seulement dans le sens de l'accès à un "pouvoir magique". On passe bien à côté de l'identification de l'enjeu réel qui est que Rimbaud a cru à un pouvoir surnaturel de la parole du poète. Cavallaro oppose le récit à la poésie en prose. Je ne vois pas en quoi la prose de la Saison s'oppose aux poèmes "Vagabonds", "Angoisse" ou "Génie". Et les critères pour refuser à la Saison le titre de la poésie ne s'appliquent-ils pas plus clairement aux poèmes en prose de Baudelaire ou de Maurice de Guérin qui ne sont formellement que des nouvelles, simplement souvent très concises dans le cas de Baudelaire ? Si "Les Déserts de l'amour" et Une saison en enfer ne sont pas de la poésie, arrêtez tout de suite de parler de poésie en prose dans le cas des récits qui sont de simples nouvelles courtes du Spleen de Paris. Soyez cohérents avec vos principes.
Pour la prose liminaire, je voulais parler d'un aspect problématique de la méthode Cavallaro. Pour la beauté, Cavallaro énumère des citations, il prend pour base un passage du livre de Murat et il énumère des mentions anciennes de la métaphore du festin, et il finit par concéder que la référence d'origine antique a aussi un substrat biblique parallèle. En fait, il donne une liste à son lecteur en lui laissant faire son choix, en le laissant procéder aux discriminations nécessaires à la lecture.
On a bien un travail qui ne prend aucun risque en principe, puisqu'il s'agit d'une recension de travaux anciens avec un peu de synthèse, avec un peu de jugement en surplomb pour donner l'illusion d'un caractère personnel du travail accompli. Les lectures restent dans les clous de la tradition critique, choisissant de n'offrir qu'une très relative variation d'opinion sur des détails secondaires dans le secondaire. Il y a aussi une confiance aveugle dans les paroles d'autorité qui bien sûr ne sont pas remises en cause, sauf s'il faut choisir dans leurs querelles internes.
Je n'ai pas traité de tout ce que disait Cavallaro sur la Saison, il y a la notice des autres parties ensuite, mais ce galop d'essai est déjà riche d'enseignements. Je ferai une deuxième partie sur le reste de la Saison. L'intérêt du présent article est tout de même de bien fixer le problème qu'ont les rimbaldiens à dépasser la lecture titubante à partir de détails sur lesquels ils achoppent sans arrêt.
Je le dis et répète, les rimbaldiens ont un problème fondamental de compréhension des alinéas centraux de la prose liminaire et ils ont un problème d'évaluation de ce qui importe à Rimbaud dans son discours : angoisse de la mort et remise en cause de la conviction d'être un élu avec des pouvoirs surnaturels, ce qui implique une grille de lecture un tant soit peu spiritualiste pour suivre l'argumentation du poète. Si les rimbaldiens ne font pas prédominer ce cadre à la lecture, il ne faut pas s'étonner que leurs lectures du livre Une saison en enfer soient aussi pauvres.
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On peut se dire que je joue pour l'instant sur du velours en critiquant des parties du travail de Cavallaro qui sont effectivement plus faibles ou qui me permettent de revenir sur mes propres contributions, comme c'est le cas avec les brouillons de la Saison et la prose liminaire.
Je maintiens que la plupart du temps, et cela vaut pour la préface générale en tête du premier tome, le discours tenu sur les poèmes est assez creux et se réfugie derrière une étude formelle ou un relevé de sources dont la découverte vient de toute façon de chercheurs antérieurs. Sur la prose liminaire d'Une saison en enfer et les brouillons, ainsi que sur la notice générale, de fait, le discours de Cavallaro est assez pauvre. Il y a toutefois des notices qui semblent plus denses, où un contenu plus conséquent s'affirme : "Vierge folle", "Alchimie du verbe", "Nuit de l'enfer". On va venir sur ces terrains-là aussi.
Dans sa notice sur "Mauvais sang", Cavallaro commence par interroger la relation au témoignage de la lettre de Laitou, lettre de Rimbaud à Delahaye de mai 1873. Rimbaud dit qu'il a inventé trois petites histoires en prose qui sont qualifiées aussi d'atroces. Par un travers que nous relevons souvent chez lui, Cavallaro affirme péremptoirement que le texte final "Mauvais sang" est très différent. Il y a presque le sous-entendu que "Mauvais sang" ce n'est pas des petites histoires et comme je le disais au lieu de souligner que le brouillon qui nous est parvenu en devenant les sections 4 (le centre) et 8 (la conclusion) de "Mauvais sang" a été promu armature narrative de la section "Mauvais sang", Cavallaro préfère souligner que le brouillon a vu son texte être séparé en deux, ce qui signifierait que nous passons à quelque chose de profondément différent, remanié. C'est l'exact contraire de mon raisonnement, et il va de soi qu'entre les deux raisonnements il y a l'opposition entre celui lacunaire de Cavallaro et le mien qui pousse la réflexion jusqu'à trouver une mise en perspective.
Toujours selon ce même travers des affirmations péremptoires, travers qui nous vaut la lecture "de daines" on ne le rappellera jamais assez, Cavallaro affirme ensuite que "le seuil véritable de l'enfer" vient avec "Nuit de l'enfer". Derrière un certain air de vraisemblance, ce propos est tributaire d'une idée fixe héritée de Brunel et d'autres rimbaldiens, Rimbaud aurait remanié son projet de "Livre païen" en "saison en enfer". Je ne suis évidemment pas d'accord avec cette lecture puisque le motif du païen supposait déjà par définition la condamnation infernale au sein de la société chrétienne. "Mauvais sang" est il est vrai quelque peu à part dans le cheminement infernal du récit, mais jusqu'à plus ample informé les feuillets de "Mauvais sang" font partie du "carnet de damné" au plan de la fiction, et ils font partie du livre Une saison en enfer. "Nuit de l'enfer" est plus une intériorisation consciente de la chute, mais "Mauvais sang" c'est déjà la plongée infernale en réalité.
Ensuite, Cavallaro identifie "l'écran d'une fiction historique" dans le récit de "Mauvais sang", ce qui est logique vu le contenu du récit, les thèmes déployés, les références à l'Histoire. Et Cavallaro parle aussi d'une "reconstitution critique d'une mémoire collective". Ici, il faut prêter attention à l'écart avec ma propre lecture. Cavallaro s'en tient à une lecture où il constate qu'il est parlé de faits historiques et il va récupérer les informations des rimbaldiens antérieurs qui permettent de fixer des sources à plusieurs passages du discours rimbaldien. Et, insidieusement, les rimbaldiens soutiendront que je ne dis rien de neuf quand pour la phrase : "Je ne me souviens pas plus loin que cette terre-ci et le christianisme". Or, c'est un problème de même déni de réalité que pour la prose liminaire. Et justement il y a ici un lien littéraire étroit entre le rapport à l'Histoire et le faux souvenir du festin dans la prose liminaire. Comme je l'ai expliqué, Rimbaud comprend que le "festin" dont il n'était pas sûr de se souvenir n'était qu'un rêve, puisqu'il s'agit du spectacle de la charité auquel il ne croit pas. Dans "Mauvais sang", Rimbaud ne raconte pas des éléments historiques qu'il soumettra à sa propre contestation d'historien amateur à ses heures. Ce que j'ai souligné, c'est la construction littéraire du récit "Mauvais sang" où l'enseignement de l'Histoire crée un faux souvenir dans la pensée de ceux qui reçoivent cette instruction, c'est ce qui explique la subtilité de la phrase : "Je ne me souviens pas plus loin que cette terre-ci et le christianisme." Et j'avertis déjà mes lecteurs que les rimbaldiens n'hésiteront pas une seconde le jour où ils auront compris la différence de mon argumentation à passer de la leur à la mienne sans solution de continuité, comme si cela découlait naturellement de tout ce qu'ils avaient déjà écrit.
Et il faut bien mesurer que ce verbe "se souvenir" est commun à la première phrase de la prose liminaire sur l'irréalité bientôt confirmée du "festin" et à la phrase que je cite et qui montre que le rapport à l'Histoire dans "Mauvais sang" est de l'ordre d'une intériorisation trompeuse, comme si le poète avait vécu avant de naître, et non simplement de l'ordre d'une connaissance de ses origines par la vie de ses ancêtres. Il s'agit de nuances capitale à la lecture. L'interrogation : "Qu'étais-je au siècle dernier ?" relève du même humour fictionnel. Rimbaud intériorise donc des données qui viennent de livres et qui deviennent sa mémoire du passé, et cette mémoire le définit comme un gaulois. Il n'était pas un romain ou un franc qui fait l'Histoire, il n'était pas noble, il n'était pas un élu. Pensons qu'en mai 1871, en voulant se faire "voyant" Rimbaud veut être un élu qui fait l'Histoire. Et si on comprend le poids de la mémorisation livresque, on s'aperçoit que la recherche des ancêtres, des antécédents, des origines, est plus rédhibitoire pour l'artiste qu'on ne veut bien le dire. La première section parle des ancêtres, la seconde des antécédents, pour dire vite, puis après les flottements et considérations autres des troisième et quatrième sections, le poète parle ensuite de son état enfant, de son vécu dans la société. Il admire alors le "forçat intraitable" dont les livres lui ont fourni le modèle. Cavallaro cite principalement Jean Valjean des Misérables, mais il s'agit d'une figure littéraire des romans du dix-neuvième siècle qui implique aussi notamment Vidocq source du personnage Vautrin de Balzac, et il y a eu d'autres figures de forçat, mais d'évidence la figure christique de Valjean est celle qui a le plus de portée, sauf que tout de même Rimbaud ne s'identifie peut-être pas à un forçat compatible avec le christianisme. Mais, au moins, le personnage de Victor Hugo est un forçat qui s'impose comme un élu au moins auprès des lecteurs, comme un modèle pour la société. Il va fasciner et on va entendre son discours. Et Rimbaud qui veut endosser ce rôle a l'air d'un mort que personne n'aperçoit pas. On peut même faire le jeu de mots : le voyant n'était vu par personne, alors que c'est indispensable à sa vocation qu'il enseigne ses visions. Rimbaud joue lui sur le jeu de mots de "forçat" à "force", mais Rimbaud confond la force et la faiblesse. Et très vite Rimbaud en arrive à sa condamnation au bûcher par la société. Il se compare à Jeanne d'Arc, parce que c'est le moyen de plaider la dimension d'élu dont la compréhension par la société a un temps de retard. Mais, loin d'une révélation à apporter, le poète n'amène qu'un refus : "Oui, j'ai les yeux fermés à votre lumière." Il n'apporte pas sa lumière, il dénonce celle qu'il ne reconnaît pas et qui est pourtant partagé par tous. Va suivre alors la conversion forcée qui ne va faire effet qu'un temps, puis la révolte contre la société qui dit ce qu'est le "Sentier de l'honneur", la "vie française" !
Je suis très loin de la lecture de Cavallaro : "L'Histoire est d'abord un spectacle", "l'enchantement naïf d'une succession de vignettes". Rimbaud dénonce bien sûr les "duperies du salut", mais faisons remarquer qu'il y aspire aussi : "Je veux le salut dans la liberté." Il y a une aspiration à un salut et à une grâce, et faisons remarquer au passage un jeu de mots latents entre le désir de salut et le fait de "saluer la beauté", expression ironique si mal comprise par les rimbaldiens.
Cavallaro cite après d'autres les frères Thierry, les histoires douées de providence d'un Michelet ou d'un Quinet, mais j'insiste sur l'intériorisation de cette Histoire comme souvenir de dupe. Et, bien sûr, il y a le jeu de miroir avec le moment présent, puisque Rimbaud constate la perfidie du système où il est toujours un exclu, ce qu'il étend à la figure du "fils de famille".
Cavallaro relève assez bien la dimension de chiasme dans un octosyllabe pour l'exclamation d'inspiration liturgique : "Dieu fait ma force, et je loue Dieu", mais pour l'essentiel son discours sur "Mauvais sang" est une synthèse de travaux d'autres rimbaldiens. Sur les six à sept pages de notes consacrées à "Mauvais sang", je n'identifie pas d'apport personnel, à la limite dans certaines précisions apportées aux références, donc un apport personnel possible dans la continuité des travaux antérieurs qui ont posé les jalons essentiels. Je ne vois pas non plus de commentaire sur le "vice", je rappelle que les rimbaldiens s'amusaient à identifier ce vice, alors que dans mon article sur les brouillons j'explique que le vice renvoie au titre "Mauvais sang" et que tout décrit ce vice dans "Mauvais sang" ce qui rendaient absurdes les lectures proposées par les rimbaldiens qui s'extrayaient de ce cadre. Cavallaro évite d'en parler, et ce faisant de me donner raison.
Pour "Nuit de l'enfer", Cavallaro ne traite pas de la coquille "dans l'attention dans la campagne", il considère que "Le clair de lune quand le clocher sonnait douze" est repris par Verlaine sous forme d'alexandrin, alors que les italiques du texte rimbaldien imposent au contraire d'y voir une citation d'un alexandrin de Verlaine. Certes, Rimbaud a l'antériorité de publication, mais là il est indispensable de réfléchir au-delà de cette facilité. Dans mes articles parus dans des publications universitaires, je me contredisais d'un article à l'autre, le deuxième dénonçant un point du premier à peu de temps d'écart, puisque dans le premier je suivais l'interprétation selon laquelle le "poison" était le baptême et dans la deuxième je remettais en cause cette explication à cause d'anomalies criantes que cela provoquait, et j'envisageais alors que le poison pouvait se comprendre au sens littéral. Le poète avait cherché à fuir et donc à se suicider. Or, on retrouve ici un nouvel exemple particulier de la méthode du compromis chez Cavallaro. Il énumère parfois des thèses de lecture contradictoires en laissant le lecteur faire son choix, mais ici Cavallaro parle de "poison du catéchisme", ce qui est une dérobade, puisque la question est de savoir si le catéchisme est lui-même ou non le poison. Cavallaro déplace le problème en évoquant un "poison" qui est une conséquence du catéchisme, mais cette lecture entrera de toute façon en conflit avec les mêmes éléments qui remettent en cause l'assimilation de la gorgée de poison à la conversion.
Il y a aussi une autre anomalie de lecture qui m'a frappé dans le discours de Cavallaro. Celui-ci suppose que la conversion a eu lieu au seuil de "Nuit de l'enfer", ce qui est contradictoire à deux niveaux. Premièrement, dans "Mauvais sang", il y a une première "fausse conversion", celle du poète réfugié en Afrique et repris par l'entreprise coloniale, ce qui explique que le titre "Fausse conversion" ne pouvait plus concerner "Nuit de l'enfer", puisque cela faisait double emploi, et ensuite dans "Nuit de l'enfer" le poète dénonce ses parents qui ont fait son malheur en le baptisant, sachant que dans "Mauvais sang", il y a le rappel d'un passé : "Encore tout enfant", où comprendre que le poète était déjà baptisé, mais jouait à ne pas l'admettre ! Cavallaro fait comme si le baptême avait eu lieu au début de "Nuit de l'enfer".
Sur les phrases "Il n'y a personne ici et il y a quelqu'un" ou "je suis caché et je ne le suis pas", je pense que Cavallaro sous-estime la référence au discours chrétien. Je suis caché, mais Dieu est partout, sait tout, voit tout. Il y a une note plus intéressante sur l'Evangile de Jean et le fait de ne pas être au monde, la note 8 et deux notes 11 et 12 elles aussi intéressantes sur la perception péjorative du "spectacle de lanterne" à l'époque. Je n'ai pas pris le temps d'évaluer la note 13 sur la référence culturelle à un anneau, mais en gros d'un coup il y a une poussée où les annotations de Cavallaro sont plus intéressantes et plus investies, ce qui va se poursuivre un peu au-delà.
Mais je vais m'arrêter là pour aujourd'hui. Vous aurez la suite prochainement.
Petit bonus pour ceux qui ont eu la patience de lire jusqu'au bout :
De "Voyelles" à "Barbare", avez-vous remarqué la continuité de "mouches" dans les "puanteurs cruelles" et du "pavillon en viande saignante", l'odeur du jus de viande étant particulièrement attractive pour les mouches ?