mardi 21 avril 2026

La vraie série de Rimbaud cachée par la série Vanier !

 Il n'existe pas de pagination des folios des Illuminations par Rimbaud. Les feuillets sont paginés par les éditeurs. La série de 24 pages, c'est essentiellement moi qui ai prouvé avec Guyaux et Bienvenu pour quelques autres arguments qu'elle n'était pas de Rimbaud, mais Bardel l'a tu dans son livre comme sur internet, escamotant une partie de l'argumentation dont il se garde de rendre compte à ses lecteurs. Ensuite, il y a une pagination pour les vers et les proses que tout le monde, Murphy et Bardel y compris, avouent ne pas être de Rimbaud. Bienvenu à souligné l'anomalie de la position de Murphy. Le manuscrit autographe de Promontoire n'est pas paginé,  c'est une preuve que Rimbaud n'organise pas ses feuillets par une pagination. Tendancieusement, Bardel ne cite pas la critique de Bienvenu, ne citant que des travaux antérieurs où Murphy dit qu'effectivement les pagination ne sont pas de Rimbaud. Ce faisant, Bardel évite de citer la conclusion logique qui est que si les vers sont pagines en commun et si tous ces manuscrits n'étaient pas pagines, la thèse de la pagination des 24 pages par Rimbaud n'a pas de sens et il est plus probable qu'elle fut le fait de la revue La Vogue. Bardel joue sue la manipulation des paroles d'autorité. 
Enfin, il y a la série de proses publiées par Vanier. Ce sont les poèmes qui sont numérotés en chiffres romains, pas les feuillets, ainsi le feuillet des poèmes II a IV de la série Jeunesse n'est pas paginé. 
La numérotation romaine coïncide avec la publication d3 1895 par Vanier.
Mais Bardel ne fait que préciser vaguement que les chiffres romains sont au niveau des titres. Il précise ensuite que le IV et le V pour les titres Jeunesse et Solde sont au crayon, mais sans préciser que Jeunesse est un titre à l'encre et qu'à l'intérieur de sa série il y a une mention au crayon Veillée à côté du IV de numérotation interne à la série.
Ce "Veillées " est allographe et n'a pas été pris en compte par Vanier, signé qu'il le comprenait ainsi malgré l'intérêt de donner un titre à tout poème de la série Jeunesse.
Bardel relaie et approuvé la thèse de Murphy que Rimbaud a créé la série qui va de Fairy à Solde et que c'est pour ça que d'Orfer est parti à ec l'ensemble.
Les iv et v au crayon seraient de Vanier en principe concede Bardel par opposition aux trois chiffres acl'encre qui seraient de Rimbaud, encore une preuve que les gens comprennent que le crayon est un.outil des éditeurs. Mais Bardel suit Murphy, ce serait une intervention au crayon de Rimbaud. Sauf que Bardel non seulement ne contraste pas son propos par la mention du titre allographe Veillées non pris en charge par Vanier, mais deux des trois chiffres romains sont calés entre le titre du poème et le texte. C'est cela pour Fairy et Génie et donc fatalement ils sont du moment de transcription des poèmes et cela concerne le II de Guerre. Rimbaud a donc découvert le manuscrit reunissnt Génie et Dimanche. Il a créé une série sans survivre Fairy  Guerre et Génie, puis une série à survivre si Jeunesse est bien à l'encre de quatre autres poèmes à numérotation romaine. Solde est un manuscrit isolé du type de Mouvement, Scènes ou Soir historique.
D'Orfer à refilé à Vanier les séries de Iii et Iv poèmes, le manuscrit de Solde, le désormais doublon de Promontoire ou Illumination au crayon est à rapprocher de la mention au crayon Veillées et quelques manuscrits de vers faux.
La preuve que le Iv au crayon de Jeunesse bien que positionne comme pour Guerre et que le V de Solde sont de Vanier, c'est que sur Fairy alors que le I a l'encre est indiscutablement de Rimbaud vu son emplacement un I au crayon à été ajouté au-dessus du titre pour clarifier la distribution des manuscritsvou poèmes. Il était embêtant que le I soit sous le titre du poème.
Tout cela Bardel ne le precise pas dans son livre vu qu'il est incapable de se détacher de Murphy tel un siamois. 
Encore une fois, alors que les rimbaldiens font tout pour ne pas me citer sur vingt-cinq ans je résous une question majeure d'etablissement des textes.
J'ai gagné  vous 1vez perdu.

lundi 20 avril 2026

Compte rendu du livre Rimbaud l'Obscur de Bardel : le mélange des vers et les paginations !

Je reprends le compte rendu et j'attaque dans le dur, puisque Bardel sur la pagination ne me cite pas sur une démonstration qu'il préfère attribuer à Bienvenu qui pourtant me citait. N'ayant pas consulté d'avocat, je vous laisse deviner ce que je pense de cette manière de faire, mais bon je m'en moque, je ne prévois pas de sitôt d'être un de vos pairs et d'avoir des soirées mondaines avec vous où on mange des petits gâteaux en parlant de Rimbaud. Vous imaginez si le prix de ma reconnaissance pour mon travail, c'était de devenir votre ami et d'avoir à subir une conversation où priment vos perceptions et vos centres d'intérêt ? Quelle horreur !
Commençons par le problème du mélange des vers. Sur ce point, en soupesant bien les éléments, je donne raison à Bardel, Murphy et d'autres de résister à un retour au mélange des vers et des proses, mais je vais montrer qu'il y a quand même un aspect du problème qui est traité par-dessus la jambe. Et je pense que c'est important et intéressant d'essayer de s'intéresser à la question des vers.
Donc, en 1875, Verlaine fraîchement sorti de prison se précipite à Stuttgart où ses retrouvailles avec Rimbaud ne se passent pas du tout comme il l'avait prévu, mais visiblement c'est un moment où tout n'est pas joué dans la relation entre les deux poètes. Il y a un début de dispute qui couve, mais en même temps Rimbaud remet un ensemble de manuscrits de poèmes en prose à Verlaine afin que ce dernier en prépare la publication. Naïvement, Murphy, Reboul et Bardel prennent tout au premier degré dans les échanges d'époque. Il y a un recueil, il ne s'agit que de trouver un éditeur pour le publier, et si c'est pas Verlaine, ce sera Nouveau, et Nouveau ne va rien faire, et Rimbaud va être fâché et ce sera la rupture avec Nouveau et le renoncement à la Littérature, et Nouveau gardera les manuscrits, mais en 1878 sans trop d'explications les manuscrits passeraient rapidement de Nouveau à Verlaine. Tout ça, c'est des billevesées. Les manuscrits qui nous sont parvenus ne sont pas prêts à l'impression. C'est justement pour ça qu'il y a un débat sur la réalité exacte du recueil, sur l'ordre des poèmes en tout cas. Bardel, soutenu par Reboul, nous pond un récit invraisemblable où il affirme péremptoirement ce qu'il conviendrait de prouver. Rimbaud a paginé et mis au propres les deux tiers du recueil, selon Bardel et Reboul, mais il part en Allemagne en prévision de s'occuper du reste. Verlaine est arrivé à l'improviste et Rimbaud lui a tout refilé comme ça en un instant. Notons que Reboul et Bardel, contrairement à Verlaine qui lui en parle dans ses courriers de 1878, n'ont pas l'air de penser qu'il est dangereux de confier des manuscrits et surtout de les envoyer par la poste. Ils n'ont pas l'air de pouvoir supposer que Rimbaud a un double de la copie de tous ces poèmes qu'il conserve par-devers lui, double qui a pu être détruit et perdu lors de ses voyage, sinon à sa mort par sa mère, etc. Murphy, Bardel et Reboul ne jurent que par une mystique de l'unique copie manuscrite. Il y avait la copie unique qui nous est parvenue et la mémoire de Rimbaud, l'auteur des poèmes. Déjà, il y a une façon de penser le sujet qui n'est pas logique de la part des universitaires. Ensuite, Rimbaud a remis un lot de copies manuscrites à Verlaine, en se disant que Verlaine allait tellement tomber sous le charme des inventions de son ancien compagnon qu'il allait tout de suite lancer un projet de publication. En février 1875, les années passent, Rimbaud n'a toujours publié aucun livre, puisqu'Une saison en enfer est restée en plan et que notre jeune ardennais n'a plus aucun soutien à Paris. Et Nouveau n'est certainement, malgré la thèse du dernier article de Reboul et malgré ce qu'a écrit Rimbaud à Verlaine, celui qui pourra favoriser une publication du recueil. Il est clair comme de l'eau de roche que le retour de Verlaine a quelque chose d'inespéré, mais comme il se joue aussi de l'humain dans ce retour il y a une rancune de Verlaine et une rancune de Rimbaud de l'autre qui se croisent. Verlaine est à mon avis plus mature. Il en veut à Rimbaud, fait primer sa colère avant la publication des poèmes en prose, tandis que Rimbaud est clairement dans l'égoïsme impatient. De fait, Rimbaud fait un caprice et demande à Verlaine d'expédier les manuscrits à Nouveau pour qu'il les présente à un éditeur en lieu et place de Verlaine, ce qui est un moyen de blesser Verlaine dans son amour-propre. Il faudrait peut-être arrêter de prendre cet argument de Rimbaud au premier degré. C'est sans intérêt. Verlaine s'est exécuté, et c'est bien dommage pour la finition du recueil de poèmes en prose, recueil qui n'était clairement pas fini. Mais comme les universitaires prennent au premier degré ce que Verlaine dit des intentions de Rimbaud, on a leur délire absolu qui consiste à dire que le recueil est fini même quand il n'est pas paginé entièrement, etc.
Notons qu'au début de l'activité de son blog Rimbaud ivre, Jacques Bienvenu a publié un article sur le poids des "poèmes en prose" à partir des frais de port dont Verlaine s'est plaint pour montrer que cela semblait bien correspondre aux manuscrits qui nous sont parvenus. Et Verlaine ne parle alors que des poèmes en prose. Il est très convaincant que quel que soit le jeu de copies qui nous soit parvenu cela correspond au nombre de textes que nous connaissons. Bardel fait avec raison un recoupement de témoignages de Verlaine séparés de plusieurs années où il dit bien qu'à Stuttgart c'est le recueil des Illuminations qui a été récupéré, et il s'agit uniquement de poèmes en prose quant à la lettre à Delahaye où il est question de renvoyer les manuscrits par la poste à Germain Nouveau, alors inconnu de Rimbaud. Il est aussi fort probable que ce soit le même dossier manuscrit, le même jeu de copies qui nous soit parvenu, c'est d'ailleurs ce que dit Verlaine au sujet de ce dossier finalement.
En août 1878, Verlaine dit avoir relu cet ensemble de poèmes en prose, donc la relecture confirme qu'il a eu le loisir de lire ces manuscrits en 1875 et sous la forme d'un ensemble, puisque le titre "Illuminations" sert à désigner un ensemble.
Contrairement à Murphy, Cavallaro et Bardel, je pense que réellement en août 1878 Verlaine dit "Illuminations" sans article parce qu'on lui a dit que le titre était tel sans article, mais comme le dossier n'était pas terminé, que les manuscrits n'étaient pas paginés, il y a eu un glissement vers le titre "Les Illuminations" que Verlaine a laissé naître, même si lui-même avait eu un premier intitulé sans article "Poëmes saturniens". Je pense que la phrase : "Avoir relu "Illuminations (painted plates)" est la seule autorité pour fixer le titre et le sous-titre du recueil. Je m'en moque des errements de Guyaux et Bouillane de Lacoste pour démontrer cela en commettant quelques erreurs. Verlaine a corrompu rapidement "painted plates" en "coloured plates" et on voit bien que Verlaine ne respecte pas ce qu'il fixe limpidement dans sa lettre d'août 1878 qui est d'un titre sans article.
Maintenant, il y a deux problèmes : le mélange des vers et le rôle de Charles de Sivry.
Bardel dit qu'on croit que Verlaine a prêté les poèmes en prose à Charles de Sivry pour qu'il les mette en musique, mais comme il était le demi-frère de Mathilde Mauté, femme de Verlaine mais avec un procès en séparation acté, le divorce étant contemporain très précisément de la publication des Poètes maudits en revue et en plaquette (argument que je précise et non envisagé par les rimbaldiens eux-mêmes), Charles de Sivry a comme confisqué le dossier pour empêcher Verlaine de le publier rapidement. Il y avait peut-être moins une peur du contenu des manuscrits que du qu'en dira-t-on après une publication à succès de textes de celui qui avait détruit le ménage des Verlaine. Le sentiment de confiscation est évident. Bardel répète à plusieurs reprises l'argument de Gustave Khan selon lequel les poèmes en prose circulaient, mais c'est en contradiction flagrante avec le fait que Verlaine ne parvenait pas à récupérer ce manuscrit auprès de Charles de Sivry. Je voudrais des recoupements pour vérifier le témoignage de Kahn selon lequel Fénéon qui, surtout selon Bardel lui-même, ne s'est occupé des Illuminations que fort tardivement, aurait mieux sur que Kahn et Verlaine où se trouvaient les manuscrits et les aurait récupérés le premier pour permettre à Kahn de les publier, alors qu'il ne faisait pas partie de l'équipe de la revue La Vogue. Bardel à la suite de Murat dit avec raison que Fénéon n'a dû préparer que les deniers manuscrits des livraisons des numéros 8 et 9, éventuellement des vers dans le numéro 7, et que pour la plaquette il n'a fait que réévaluer les textes déjà imprimés sans retour aux manuscrits. Murat et Bardel doutent même que Fénéon ait jamais vu les manuscrits, ce qui est exagéré pour les livraisons 7 à 9 de la revue, comme il est exagéré de ne pas concéder que les manuscrits sont des chiffons volants y compris quelque peu pour la série homogène. Mais voilà que Bardel concède en prenant le témoignage de Kahn pour argent comptant que Fénéon a vu le manuscrit avant Kahn et les gens de sa revue chez les frères Fière. Et à part Kahn, qui affirme que les manuscrits étaient entre les mains d'un frère Fière ? Tout ça est cousu de fil blanc. Ce qui est clair, c'est que Verlaine a peiné à récupéré les manuscrits auprès de Charles de Sivry, puis on ne sait trop pourquoi auprès du poète chrétien Louis Le Cardonnel, puis il y a eu un rôle de dépositaire de Léo d'Orfer, lequel s'est fait spolier par Gustave Kahn, tandis que Verlaine a été tenu à l'écart.
Il faut en rester à un travail d'intellection structuré, cohérent, simple. Non, les manuscrits n'ont pas circulé. Il y a un blocage de Sivry pour des raisons familiales avec une implication minimale de Léon ou Louis Le Cardonnel et de Léo d'Orfer. Pas la peine de faire des plans sur la comète.
Qui plus est, le recueil est déjà entier en 1878, et selon le témoignage de Verlaine qui dit le relire il est entier depuis 1875, et il s'agit exclusivement sous le titre "Illuminations" de poèmes en prose, avec un cas particulier de vers libres "Mouvement", "Marine" n'étant pas un poème en vers libres au sens strict !
Le recueil est complet depuis 1875, complet au sens où il ne s'est pas enrichi, etc.
Il n'y a pas à chercher dans les poèmes des inspirations au-delà de février 1875.
Bardel essaie de légitimer le propos de Verlaine sur le fait que Rimbaud ait aussi composé des poèmes du recueil lors de voyages en Allemagne, ce qui est là grotesque. Rimbaud n'a que deux semaines de présence, même pas, en Allemagne, quand Verlaine lui rend visite. La lettre de Rimbaud à Delahaye daté de "mars 1875" contient un remords de plume pour un 2 des vingtaines du mois de février comme je l'ai montré clairement sur un article du blog Rimbaud ivre de Bienvenu, la lettre étant souvent datée abusivement par mauvaise compréhension de ce remords de plume du 3 ou du 5 mars. Mais cette lettre parle d'un séjour passé de quelques jours et on reste de toute façon dans un intervalle de moins de deux semaines.
Maintenant, le problème, c'est le cheminement des manuscrits de mai 1875 à août 1878. Les manuscrits ont été remis à Nouveau, mais est-ce qu'ils sont restés si longtemps entre ces mains ? Reboul, de manière gratuite, affirme que Rimbaud a rongé son frein en attendant que Nouveau prenne des initiatives pour favoriser leur publication, ce que je trouve complètement lunaire. On sait qu'en 1875 Rimbaud est monté à Paris et qu'il y a eu une dispute finale avec le milieu parisien. Je n'ai pas la biographie de Lefrère sous la main, ni rien, mais il en parle, et il n'est évidemment pas le seul. Nous sommes donc dans le courant de l'année 1875 et après l'envoi à Germain Nouveau à Bruxelles. Il faut bien comprendre qu'on ne sait pas quand Nouveau s'est dépossédé des manuscrits, si ce sont bien ceux-là qui nous sont parvenus, mais Verlaine a l'air de dire que oui, et pour qui. Il peut les avoir remis à Rimbaud, après tout, comme il peut les avoir laissés en dépôt à Paris chez une connaissance, éventuellement une connaissance commune. C'est pour ça que j'ai toujours été frappé que Verlaine ait écrit "Amitiés à Ernest Cabaner" avec une énumération bizarre parlant d'eaux-fortes, de chinoiseries ou japonismes et des "illuminécheunes". Je n'ai jamais compris la logique d'écriture de ce paragraphe qui me donne l'impression que Cabaner est à l'origine de la récupération par Verlaine en août 1878 des manuscrits des proses.
Et ici je m'oppose à l'argument que relaie Bardel sur les raisons pour lesquelles Verlaine va prêter les manuscrits à Charles de Sivry. Dans sa correspondance à Sivry, Verlaine dit en toutes lettres qu'il va apporter de beaux "fragments" à lire à Sivry. Donc il lui a prêté pour qu'il les lise parce que Verlaine veut faire partager son plaisir. Là, Verlaine a été imprudent et a naïvement sous-évalué les liens qui unissaient son ami musicien à sa demi-soeur. Verlaine envoie des amitiés à Cabaner un peu après par l'intermédiaire de Charles de Sivry, j'ai vraiment l'impression que la confiance initiale envers Charles de Sivry vient d'un rôle joué par Cabaner.
Et quand Verlaine dit publiquement en 1883 que le recueil des poèmes en prose est probablement perdu, là encore je ne suis pas tout à fait d'accord avec Bardel qui dit que Verlaine joue à faire mousser le désir des lecteurs. Il sait que les manuscrits sont chez Sivry, mais il pense réellement que Sivry ne les lui remettra jamais. L'inquiétude est bien réelle. Et réellement la famille Mauté a détruit des manuscrits de Rimbaud que Verlaine avait laissés chez lui lors de la fugue belge commencé en juillet 1872.
Maintenant, il y a le problème du dossier de poèmes en vers "nouvelle manière". Effectivement, Bardel a raison de faire remarquer que Verlaine parle d'un recueil des Illuminations qui a été retrouvé avec des vers dans plusieurs témoignages dont l'un précise "vers délicieusement faux exprès". On peut à la rigueur penser que pour certains témoignages les vers sont les quelques pièces supplémentaires apportées aux Poètes maudits, ainsi que "Les Premières communions" et "Paris se repeuple", sans oublier "Poison perdu", mais on sent que Verlaine parle d'un ensemble de vers réunis aux poèmes en prose qui méritent seul le titre "Illuminations". Kahn est très méprisant au sujet des "Premières communions", bien à tort ! C'est la publication des poèmes en prose qui l'intéressent, et on le voit avec les numéros 5 et 6 où ils sont exclusifs. Visiblement, c'est la brouille avec d'Orfer qui précipite un numéro spécial de vers dans la livraison du numéro 7, opération-tampon, le temps de remettre la mains sur les proses entres les mains de Léo d'Orfer ce qui n'arrivera pas, cependant que à son arrivée Fénéon poursuit le mélange des proses et des vers. Mais si les vers et les proses ont été mélangés c'est que les deux dossiers ont été superposés par Charles de Sivry. De deux choses l'une, ou Verlaine ne parle pas volontiers des vers en 1878, préférant ne parler que des proses, ou Cabaner ou le passeur des manuscrits avait en plus un dossier de vers que finalement il a remis à Charles de Sivry avec les poèmes en prose. 
Je pense que l'hybridation de deux dossiers distincts est une réalité en bonne voie d'être tranchée, mais avec une sous-estimation tout de même de l'existence de ce dossier de vers et de son cheminement.
Il y a peu, je précisais que dans "Alchimie du verbe" il y avait un fait étrange : pourquoi les poèmes parlaient eux-mêmes négativement de l'expérience alchimique alors que cela ne devrait être apparent que dans le compte rendu a posteriori. On ne peut pas écrire un poème qui se veut de l'alchimie en racontant que ça ne marche pas l'alchimie puis se dire surpris que ça ne marche pas. Et c'est important pour réévaluer le reniement des vers de 1872 qui ne l'ont peut-être pas été du tout. Il y a un autre dossier publiable de vers "nouvelle manière" que Rimbaud avait conservé, qui a été mis en dépôt de telle sorte qu'il a été réuni au dossier des Illuminations. Tout le débat sur la séparation à faire des deux dossiers n'est pas complètement tranché, parce que l'existence du dossier de manuscrits en vers demeure un point aveugle des études rimbaldiennes.
Passons maintenant aux paginations !
A la page 71 de son livre Rimbaud l'Obscur, Bardel attribue une démonstration à Bienvenu sur le repassage à l'encre des neuf premières pages de la suite en 24 folios, et il cite des extraits d'un article de son blog mis en ligne le 6 mars 2012, sauf que Bardel cite en faisant des découpages un développement qui est le mien, celui de la convergence de quatre faits majeurs. C'est moi qui ai vu que le repassage des chiffres au crayon à l'encre jusqu'à la page 9 coïncidait avec la mention "Arthur Rimbaud" au bas de la page 9, laquelle au verso était salie selon le témoignage de Guyaux qui le spécifiait dans son livre Poétique du fragment. Bardel évite de me citer, ce qui pose un problème de probité intellectuelle qui est tout de même gênant par rapport au sérieux scientifique, au sérieux de son rapport quelque peu universitaire sur les manuscrits. On ne peut donc pas lui faire totalement confiance. Et cela s'accompagne d'une troncation de l'argumentation, puisque la démonstration complète suppose de préciser que la mention "Arthur Rimbaud" apparaît à la fin des transcriptions de poèmes dans les livraisons de la revue et précisément au bas de la fin de transcription des quatorze premières pages pour ce qui est du numéro 5.
Le coup de génie de mon argumentation ne s'arrête pas à ce que cite Bardel. La puissance de mon raisonnement, c'est de faire remarquer que de la page 1 à 9 les titres sont soulignés par des crochets, crochet solitaire < ou doubles crochets de part et d'autre du titre >, avec l'anomalie de traitement de "Ô la face cendrée..." pù les trois croix ne sont pas indentifiées comme substitut de titre alors que Rimbaud a clairement manifesté ce fait par un point qui suit les trois croix, point qu'il applique à pas mal de titres de ses poèmes en prose selon un principe à l'époque qui est employé par Lemerre et d'autres. Et le coup de génie ne s'arrête pas là, je montre qu'il n'y a aucun titre souligné de la page 10 à 14, ce qui prouve que dans l'urgence on a élargie la série à publier, et ce faisant il y a eu une erreur au sujet du titre "Les Ponts" qui n'a pas été identifié à l'intention des ouvrières-typographes qui ont composé les textes des poèmes "Ouvriers" et "Les Ponts", mais le seul titre "Ouvriers" et qui ont mécaniquement réuni tout ça sur les plaques à imprimer. En l'absence de titre "Les Ponts", elles ont mécaniquement fondu les textes "Ouvriers" et "Les Ponts" l'un à la suite de l'autre comme un seul poème !
Bardel, il a un récit magnifique à raconter avec ce que j'explique, il ne s'en empare pas ! Il passe à côté ! Et il passe bien évidemment à côté, mais ça c'est parce qu'il n'a pas envie d'avouer qu'il s'est trompé sur la pagination de la preuve que le séquençage de la pagination vient de la revue La Vogue. Reboul a affirmé dans une étude erronée qui plus est sur "Barbare" que la pagination était autographe, développant une lecture du poème comme conclusion du recueil, ce qui n'a même pas convaincu Bardel soit dit en passant. Murphy, il ne veut pas dédire son étude de 2001. Mais la preuve que la pagination n'est pas autographe, je l'ai donnée avec Bienvenu puisque nous avons des arguments complémentaires et décisifs.
Il y a  pas de mal à avouer s'être trompé. Moi, j'y ai passivement cru à la démonstration de Murphy et je ne m'en suis pas soucié des années durant. Mais, Bienvenu m'a alerté que ce n'était pas clair. J'ai réagi et j'ai participé à l'élaboration de la preuve que ce n'était pas une pagination autographe. Il y a d'autres sujets sur lesquels j'ai changé. Murat a lui-même fini par renoncer à affirmer que la pagination autographe, même si sa rétractation est plus laborieuse. Murphy, Reboul et Bardel, ils sont enferrés dans l'orgueil. Ils ne prennent même pas la peine de bien observer en quoi mes arguments et ceux de Bienvenu démontent les assises de leurs convictions. Il faut le faire quand même.
Puis, Bardel qui n'est pas graphologue nous sort que les 2 des paginations sont typiquement rimbaldiens. Oui, c'est ça, il est expert-graphologue, et je comprends seulement maintenant que les génériques d'Antenne 2 avec des 2 animés c'est une invention rimbaldienne, la preuve par sa graphie molle spécifique.
Il faut arrêter le cirque. Le travail sur les manuscrits doit être dominé par de l'intellection. Il ne faut pas s'accrocher à prendre un détail, à le monter en épingle selon des convictions subjectives qu'on présente facticement comme des évidences. Il faut arrêter le délire d'être le chercheur qui cherche et qui va montrer que qu'il a cherché lui a fait découvrir l'accent circonflexe qui comme un effet papillon change tout à la compréhension.
Vous avez les preuves que la pagination est de la revue La Vogue par les soulignements des titres et les délimitations de la page 9, par les délimitations de la page 24 en phase avec l'état de la publication après la livraison 6 de la revue, vous avez une pagination clairement établie pour la revue pour les livraisons 7 à 9 avec le cas intéressant de "Promontoire" bien établi par Bienvenu, sujet d'importance qu'escamote Bardel en rappelant des mises au point plus anciennes de Murphy sur le manuscrit allographe de deux pages. Mais on s'en moque que Murphy écrivait avant nous des études sur Rimbaud, il a quelle mérite d'être le premier à écrire si on n'est pas encore en jeu ? L'enjeu en 2026 c'est les conclusions sur la pagination de Bienvenu qui étudie les copies de "Promontoire". Bardel préfère célébrer les antériorités de son dieu et passer sous le tapis des remises en cause qui le dérangent. C'est ça, la rigueur scientifique ?
A partir de la page 15, les titres sont encerclés, mais malgré ce soin plus marqué que pour les titres de feuillets 10 à 14 un autre titre va passer à la trappe celui de "Fête d'hiver", et là on peut voir sur les manuscrits l'oubli de ce titre précis qui contraste avec le soulignement attentif de tous les autres titres, et on a le même résultat que pour "Ouvriers" et "Les Ponts" qui concerne "Marine" et "Fête d'hiver".
Ce séquençage, Bardel le tait pour une bonne raison, il sait pertinemment que ça dément la thèse de la pagination autographe, et Murphy l'a appuyé à mort en ce sens. Vous me direz que c'est Bardel qui rédige ses textes, pas Murphy, sauf que Murphy préface l'édition fac-similaire de Bardel et Oriol fin 2025, puis ici il est remercié pour ses "remarques et suggestions" à la fin du livre Rimbaud l'Obscur. On n'a pas mis une revolver sur la tempe de Murphy pour l'obliger à privilégier Bardel dans des communications dans un numéro spécial Rimbaud du Magazine littéraire, pour des articles clefs du Dictionnaire Rimbaud (il est vrai plutôt dirigé par d'autres que Murphy). On n'a pas mis un flingue sur la tempe de Murphy pour l'obliger à citer souvent Bardel dans ses propres écrits. Or, comme Bardel passe son temps à écrire que Murphy a raison sur tout, à reprendre et amplifier tout ce que défend et publie Murphy, les écrits de Bardel ne sont plus qu'un doublon de la pensée de Murphy. Bardel, c'est un prête-nom à force. Bardel a-t-il jamais rencontré Guyaux ? Pourquoi Bardel fait de l'ironie à tire-larigot sur les écrits de Guyaux, sur ses erreurs, à l'instar de Murphy ? Guyaux et Bardel étaient allés à l'école maternelle ensemble et il y a une dispute dans le bac à sable qui s'est mal passée ? Pourquoi Bardel casse du sucre sans arrêt sur quelqu'un avec lequel il n'a jamais eu de contact, d'échanges, etc. ?
Au-delà des 24 pages, la revue La Vogue pagine ensuite et les manuscrits des poèmes en vers et les autres manuscrits connus des Illuminations, cas à part de "Promontoire". Cela, tous le reconnaissent. Puis, on a le cas des chiffres romains des poèmes publiés par Vanier. Je précise que ce n'est pas une pagination des feuillets, mais des poèmes directement !
Or, les chiffres I à III pour "Fairy", "Guerre" et "Génie" sont à l'encre, mais les chiffres IV et V pour la série "Jeunesse" et le poème "Solde" sont au crayon, sachant qu'il y a aussi un "I" au crayon qui fait doublon sur "Fairy".
Bardel relaie la thèse de Murphy selon laquelle les chiffres romains sont tous de Rimbaud et ce serait parce que cela formait une série que la publication dans La Vogue était retardée, reportée à leur sujet. On se demande bien pourquoi une pagination retarderait une publication.
Mais vous voulez un scoop ?
Les chiffres romains à l'encre ne concernent que "Fairy", "Guerre" et "Génie", le "II" est sur le côté gauche du titre pour "Guerre", feuillet réduit à une banderole, mais le "I" est entre le titre et le poème pour "Fairy" et le III est de même entre le titre et le poème pour "Génie", donc l'idée d'une série "Fairy", "Guerre" et "Génie" pensée par Rimbaud a tout l'air d'être juste. Ensuite, il y a les chiffres I à IV à l'intérieur de la série intitulée "Jeunesse". Or, le chiffre I au crayon qui fait double emploi pour "Fairy" est au-dessus du titre. Le chiffre IV au crayon est à gauche de "Jeunesse" et le chiffre "V" au crayon pour "Solde" est tout au-dessus du poème, rongé par l'usure du bord supérieur du feuillet.
En clair, il y a une vraie question qui se pose. On passe d'une série incontestablement de trois poèmes numérotés par Rimbaud à une rallonge artificielle au crayon par les éditeurs !
Enfin, quant à "Dévotion" et "Démocratie", il s'agit de deux manuscrits liés aux publications des livraisons 7 à 9. Le manuscrit autographe de "Promontoire" étant fatalement écarté et emporté par Léo d'Orfer, précisément le premier des poèmes en prose publiés dans les trois livraisons en question, Kahn a conservé la copie allographe de "Promontoire" sur deux pages et tous les manuscrits connus des autres poèmes publiés dans cette livraison. Au-delà de Bérès et du docteur Lucien-Graux, il y a une vente intermédiaire clef de pas mal de manuscrits à un certain Gustave Cahen, spectaculaire quasi homonyme de Gustave Kahn. Il est clair qu'il faudrait chercher du côté des ventes précoces de Kahn les manuscrits de "Dévotion" et "Démocratie", plutôt que de supposer que c'est d'Orfer qui est aussi parti avec. Dans l'absolu, ça reste envisageable, mais ce n'est pas l'hypothèse la plus plausible au vu des données.
Sur le folio 12, Bardel affirme le lien au titre "Phrases", il affirme à chaque ce qu'il conviendrait de démontrer.
Moi, j'oppose la thèse plus vraisemblable d'un manuscrit qui devait suivre "Ô la face cendrée..." Je constate qu'une fois qu'on n'impose pas la pagination autographe, on doit s'étonner que "Nocturne vulgaire" copié au verso de "Marine" et "Fête d'hiver" soit devenu le recto par la pagination. On a déjà deux lourds indices de modification de l'ordre des manuscrits par la revue La Vogue au sein de l'ensemble en vingt-quatre pages.
Enfin, Bardel dit que les transcriptions continues prouvent le recueil. Je suis désolé, mais "Conte" à la suitre de "Enfance" avec un prince mort à un âge ordinaire ça fait pas une suite organisée évidente à l'esprit. L'écriture de "Conte" est tassée, et on peut légitimement se demander si le poème n'occupe pas cette place-là parce que la place était disponible.
Il y a plein d'hypothèses que Murphy, Bardel et Reboul interdisent d'interroger en affirmant la pagination autographe comme une évidence dispensée d'être prouvée.

Compte rendu du livre Rimbaud l'Obscur de Bardel, partie 3 : avant-propos, interventions au crayon et nombre de poèmes !

Commençons par un point sur la situation. Sur son site Arthur Rimbaud, Alain Bardel a référencé le premier article où je rends compte de son livre:  "Avant-goût..." Peu importe la manière dont il a pensé son geste : bravade pour dire que je m'agite pour rien ou prise en considération de ce que j'exprime de sérieux dans ma contre-argumentation, ça ce n'est pas mon problème. Ce qui est intéressant, c'est qu'il est acté que plusieurs articles de ce blog vont rendre compte de sa publication et que plusieurs rimbaldiens lisent mon blog attentivement même s'ils  appliquent la politique sinon consigne de ne jamais me citer. J'ai traité en parallèle aussi de l'article de Cavallaro sur le titre avec ou sans article, ce qui se recoupait avec quelques pages du livre de Bardel. J'observe l'actualité d'un article de Franck Delaunoy relayé sur le blog Rimbaud ivre de Jacques Bienvenu. L'article s'intitule "Illuminations ou Les Illuminations... et la loi de Murphy" (cliquer ici pour le consulter !). Je vais le prendre en considération, mais aussi marquer mes distances avec son raisonnement. Le titre contient un élément d'ironie avec l'expression-calembour "la loi de Murphy", mais normalement c'est une loi qui prédit que le pire arrivera et moi je suis plus sensible au fait que Murphy fait véritablement la loi dans les études rimbaldiennes par un système de vassalisation et d'actes de reconnaissances très élaboré dont Alain Bardel est une pièce centrale. Le cas d'Yves Reboul est un peu différent, puisqu'il n'est pas aligné sur les positions de Murphy, mais il a pris parti pour la "pagination autographe" et en parle subrepticement comme d'un fait acquis, ce qui n'est défendable et rejoint du coup l'influence écrasante de la toile établie par Murphy pour imposer son discours exclusif. Et je vais continuer de parler de ce problème d'influence à travers le livre de Bardel. Pour le titre Illuminations ou Les Illuminations, je précise ne pas trancher. Ce qui n'est pas normal, c'est la minimisation critique de la première mention : "Avoir relu 'Illuminations' " , titre transcrit en italiques par Pakenham dans sa Correspondance telle que citée par Bardel (page 14, pas vérifié si Bardel cite correctement), titre mis qui plus est entre guillemets et en italique par Cavallaro et aussi par Bardel à d'autres moments. La mention sans article est ostentatoire et c'est ça la preuve que la concurrence du titre sans article est réelle. Je suis plus réservé sur le fait que l'article soit minuscule sur les pages de titre exhibées par Delaunoy dans son article. En tout cas, j'ai besoin de plus d'explications sur ce procédé de mise en page et sa signification à l'époque sur la présence de l'article. Je suis également réservé sur la phrase de Verlaine qui disant que le mot est anglais invite à la suppression de l'article. L'important, c'est la mention initiale : "Avoir relu "Illuminations" ", il n'est pas vrai que l'absence d'article soit liée à une écriture télégraphique. Et l'argument des titres des poèmes eux-mêmes va en ce sens, n'en déplaise à Bardel et Cavallaro. Telle est la base. Maintenant, je cite l'article de Delaunoy pour un fait qui m'inquiète, c'est que sur les trois mentions du titre "Illuminations" du manuscrit autographe de "Promontoire", il en attribue deux, celles à l'encre, à l'équipe éditoriale de Vanier on va dire et une, celle au crayon, à Rimbaud. Au nom de quoi, on identifie l'écriture de Rimbaud dans ce mot transcrit au crayon ? On voit que les critiques sont flottants et ont dérivé par à-coups. Pourquoi en est-on là ? Tout part de l'idée absurde de Steve Murphy que seul l'auteur signe un texte par ses initiales et que la mention "AR" est précisément à la limite du tracé du découpage du papier au ciseau, ce qui voudrait dire que Rimbaud a découpé son papier en évitant de découper sa signature. C'est faux ! La mention "AR" n'est pas de Rimbaud, elle est solidaire de la mention entre parenthèses "(Illuminations)" qui la suit et complète, et solidaire de la mention en oblique en haut à gauche, et peu importe le double emploi des deux mentions à l'encre brune "Illuminations". Toutes ces mentions sont  à l'encre brune. Le "AR" est donc clairement une transcription postérieure à la réédition des Illuminations par Vanier en 1892. Et postérieure aussi au découpage du manuscrit. Mais, comme il y a une troisième mention au crayon et que chronologiquement c'est la première des trois, voilà qu'on part sur un renoncement à attribuer les mentions à l'encre brune à Rimbaud qui incluent le "AR" faute de tout pour attribuer la mention au crayon à Rimbaud. Non, mille fois non ! Cette mention au crayon, sans "s", peut-être pour dire que ce poème est une "illumination", peut-être parce que de manière désinvolte le scripteur a mal terminé l'écriture du nom au pluriel, vient soit de l'équipe éditoriale de Vanier, soit de la revue La Vogue en 1886 quand ils recopient le poème et écartent le manuscrit autographe qui repasse dans les mains de Léo d'Orfer, troisième candidat d'ailleurs pour une mention au crayon de ce titre. Pourquoi aller inventer des tisses de conneries, il n'y a pas d'autre mot, sur les mentions "AR" et "Illuminations" sur le manuscrit autographe de "Promontoire" ? On l'a compris que "Promontoire" est devenu un doublon du manuscrit à cause de la copie allographe, on l'a compris que c'est précisément à cause de tout cela que le manuscrit autographe est bardé de mentions "Illuminations" et "AR" qu'on ne retrouve pas ailleurs sur les autres manuscrits ? Mais qu'est-ce qui bloque dans vos façons de raisonner ? J'en ai marre. J'ai envie de mourir. Mais, que je sorte dans la rue et que je me fasse écraser par une voiture. J'en ai marre de devoir me débattre avec tous ces débats ridicules qui durent deux fois dix plombes. J'en ai marre, mais marre. Je veux crever au plus vite, j'en ai marre, mais marre ! Je deviens fou quand je vois l'article "de daines point" de Cavallaro, quand je vois qu'on refoule la coquille "outils" pour "autels", qu'on fait la sourde oreille sur "mène" imposé par Berricxhon. J'en ai marre, vous comprenez ça ! J'en ai marre ! Si on peut pas vivre dans le monde et qu'on doit se détester assez pour que l'un disparaisse, mais tuez-moi, maius vite ! Tout le monde sera content et moi apaisé. J'en ai marre ! Marre ! On ne peut pas aimer passer son temps à s'occuper de haïr, donc moi je préfère mourir que de vivre avec vous ! J'en ai marre ! marre ! Je serai mort, vous n'aurez pas à vous dire que vos raisonnements me font chier, ou quoi ? Vous n'aurez que vos raisonnements à faire entre vous, il n'y aura plus à prendre en considération que je  tiens un discours que vous voulez contester ou contrarier. J'en ai marre, mais marre, mais marre !
Reprenons !
Le crayon, je vais faire une mise au point prochainement sur les manuscrits des Illuminations. Mais, en gros, le raisonnement est le suivant. Il y a plusieurs retouches au crayon sur les textes eux-mêmes. Pas beaucoup, mais quelques-unes. Ici, Bardel en mentionne de nouvelles pour moi, car je ne sais pas faire la différence entre crayon et encre sur les fac-similés. Bardel mentionne le cas de "Scènes" où on a "couronné par les taillis" et "couronné de taillis", le "de" serait au crayon par-dessus "par les". Guyaux est favorable à la correction par "de" et Bardel pense que la correction "de" n'est pas finalisée puisqu'au crayon, il doute même que cette mention soit de Rimbaud.
En fait, il est temps de faire un grand tableau de toutes les mentions au crayon et de faire un dossier sur les choix des rimbaldiens, parce que ce qui ressort, c'est qu'à peu près systématiquement toutes les mentions au crayon sont considérées comme allographes par les rimbaldiens, sauf la pagination pour les tenants de la pagination autographe, sauf le mot "Illuminations" par lubie sur l'absence d'article sur le manuscrit autographe de "Promontoire". A un moment donné, on voit bien l'anomalie. C'est toujours pour faire coïncider à une thèse qu'on accorde par exception qu'une mention au crayon puisse être de Rimbaud. La vraisemblance, c'est qu'aucune mention au crayon n'est de Rimbaud.
Et donc c'est un point majeur de mon compte rendu et on va travailler là-dessus et j'ai besoin de temps pour les recensions.
Parlons rapidement maintenant des deux autres sujets précisés dans le titre de ce "billet" comme on dit.
Pour le nombre de poèmes, Bardel parle parfois de vingt-neuf poèmes pour les 24 pages, et je tombe aussi sur un détail où il prétend que les cinq poèmes en vers courts comptent pour un poème. Plus précisément, Bardel compte deux poèmes sous le titre "Phrases", celui du folio 11 et celui du folio 12, ce qui est complètement absurde.
Reprenons le décompte !
1 Après le Déluge
2 à 6 Enfance, cinq poèmes distincts
7 Conte
8 Parade
9 Antique
10 Being Beauteous
11 "Ô la face cendrée..."
12-16 les cinq poèmes courts du folio 12 avec les trois croix en substitut de titre (peu importe que vous les placiez ici ou après "Phrases", ils comptent automatiquement pour cinq poèmes)
17 Vies (ici, Bardel et la plupart des rimbaldiens doivent les compter pour trois, moi qui ai fait l'analyse formelle de la composition d'ensemble, j'ai identifié que "Vies" est un seul poème en trois volets, ce qui le différencie des séries "Enfance", "Jeunesse" et "Veillées". Ma démonstration a été publiée dans la revue Parade sauvage
 18 Départ
19 Royauté
20 A une Raison
21 Matinée d'ivresse
22 Phrases (trois alinéas considérés comme un seul poème, je peux me tromper, on passerait alors à trois poèmes)
23 Ouvriers
24 Les Ponts
25 Ville
26 Ornières
27 Villes "Ce sont des villes..."
28 Vagabonds (au passage, penser au poème "Mendiants" de Nouveau en janvier 1875 !!!!!)
29 Villes "L'Acropole officielle..."
30-32 Veillées I-II-III
33 Mystique
34 Aube
35 Fleurs
36 Marine (recto réel du feuillet, mais en réalité je ne crois pas que Rimbaud ait mis là le manuscrit pour l'ordonner)
37 Fête d'hiver (recto réel du poème)
38 Nocturne vulgaire (verso réel du poème)
39 Angoisse
40 Métropolitain
41 Barbare
42 Promontoire
43 Scènes
44 Soir historique
45 Mouvement
46 Bottom
47 H
48 Dévotion
49 Démocratie
50 Fairy
51 Guerre
52 Génie
53-56 Jeunesse
57 Solde
 
J'arrive à un total de 57 poèmes. Si on compte "Vies" comme vous le faites pour trois poèmes, on passe à 59 et si on compte "Phrases" pour trois poèmes on passe à 61.
Les manuscrits prouvent que "Veillées" doit bien être considéré comme une série de trois poèmes. C'est le cas fatalement de "Jeunesse", et c'est le cas qui ressort des disparités entre poèmes dans la série "Enfance". Après, si vous voulez compter les séries pour un seul poème, libre à vous, mais je ne m'y retrouve jamais avec les nombres de poèmes affichés et non expliqués par Bardel, à plusieurs reprises dans son ouvrage, et quand il s'explique je suis interloqué, deux poèmes autonomes sous le titre "Phrases", c'est incompréhensible.
A propos du poème "Ô la face cendrée...", j'en profite pour montrer un problème psychologique. A la suite de Murphy, Bardel se moque fort régulièrement des détails de l'analyse des écrits d'André Guyaux. A propos de "Ô la face cendrée..." Guyaux a pourtant le mérite contre Murphy, Reboul, l'édition originale et d'autres d'avoir compris que le poème est autonome, et Bardel se range justement à l'avis de Guyaux. Mais, comme il faut se moquer du punching ball de Murphy (et Lefrère, pensons au compte rendu signé Lefrère, mais composé en grande partie par Murphy, de la Pléiade "sans étoile" de Guyaux), on a droit à des considérations sur le fait que dans sa table des matières Guyaux ne cite pas les trois croix comme s'il hésitait à identifier le poème comme distinct de "Being Beauteous", etc. Et, en même temps, Bardel répète à plusieurs reprises que tout de même si le poème est en-dessous de "Being Beauteous" c'est qu'il résonne avec lui, même si la chute du premier est parfaitement autonome et n'a pas besoin d'être redoublée. Pourquoi passer son temps à répéter que "Ô la face cendrée..." va bien à la suite de "Being Beauteous" ? Cela me fait penser à une réaction marrante de Christophe Bataillé après la révélation que "Vieux de la vieille" était un montage de citations de passages de Belmontet. Bataillé écrivait que Murphy n'avait pas tort pour autant d'identifier une allusion au poème de ce titre dans Emaux et camées, puisque dans son livre Rimbaud et la ménagerie impériale Murphy avait commenté le morceau zutique comme satirique à l'égard du poème en vers de Gautier du même titre.
Ici, Bardel passe son temps à dédouaner implicitement Murphy d'avoir cru "Ô la face cendrée.." le second paragraphe de "Being Beauteous", tout en se moquant de tout signe de mollesse de Guyaux dans l'affirmation que les deux poèmes sont bien distincts, alors que Guyaux a clairement contribué à séparer les deux poèmes, c'est un de ces quelques rares mérites rimbaldiens que je sache. Même sur ça, il faut que Bardel crache son venin.
Je vais d'ailleurs dans une partie de mon compte rendu faire une mise au point sur le fait que très souvent Bardel s'aligne sur une position parce que c'est celle défendue par Murphy. C'est notamment le cas de la transcription en quatorze lignes de "jeunesse II Sonnet". Bardel, cette fois, suit l'idée de Guyaux, parce que Murphy l'a défendue, mais en critiquant tout de même la position théorique de Guyaux pour amener sa propre nuance interprétative. Je ne suis pas d'accord avec Guyaux, Murphy et Bardel sur ce point, mais je vais l'exposer dans une prochaine partie de compte rendu pour bien montrer qu'on peut lire dans la manière d'écrire de Bardel que tout est explicitement, très explicitement orienté en fonction d'une allégeance aux opinions critiques de Murphy. Je vais étaler ça en long et en large, parce que c'est vraiment édifiant.
Je reviens sur l'avant-propos qui tient en trois pages et demi.
Ce n'est pas bien écrit au plan du phrasé, mais c'est assez bien écrit en termes de composition rhétorique, et cela vaut pour le début de l'Introduction aussi où Bardel joue habilement de son idée d'évanescence d'un conte : "A l'origine de cette histoire, il y a une rumeur et une revue symboliste..." "Commençons par la rumeur", "j'entends par ce on", etc.
Dans son "Avant-propos", Bardel commence par mentionner sous forme de périphrase le critique Tzvetan Todorov en l'appelant un "charitable confrère". L'adjectif "charitable" fait un lien avec la publication précédente sur la Saison, j'ignore si Bardel a médité son effet à ce point, mais en tout cas il est clair que cela rebondit sur la thématique de la "charité" dans la Saison. C'est donc une mention doublement ironique que cette attaque : "Un charitable confrère..." Après la citation, l'imitation du style de Murphy est évidente : "C'est ce conseil que je me suis empressé, ici, de ne pas suivre." Tout le développement sur "le charme de l'obscur" est dans la lignée du discours de Murphy sur l'expérience gratifiante pour le lecteur de confrontation à des textes hermétiques et plus maladroitement Bardel essaie à l'instar de Murphy de mêler à son propos des jeux de mots sur les poèmes de Rimbaud : "violer les textes atroces d'Hortense", calembour un peu mal amené sur "gestes...".
J'ai déjà épinglé dans cet avant-propos le problème d'assurance de Bardel quand il invite ses lecteurs à lire son livre les fac-similés des manuscrits sous les yeux, puisque je n'arrête pas de montrer tout ce que Bardel n'a jamais relevé, épluché, comme tout ce qu'il a minimisé. je l'épingle notamment sur le cas de "Amour ! force !" où Bardel reprend passivement la leçon erronée de Guyaux : "Amour, force !" Mais je précise que dans son livre Rimbaud l'Obscur Bardel dénonce justement une mauvaise analyse d'un signe de ponctuation faite par André Guyaux dans "Angoisse", ça porte sur un débat entre virgule et point-virgule, je n'ai pas encore vérifié le sujet et il faudra que je voie si ça parle de ce passage-là et si Bardel se fonde sur une critique de Guyaux faite par Murphy.
Mais, ici, je reviens sur l'avant-propos pour montrer que j'ai bien repéré les passages que Bardel doit penser d'ironie fine : "J'essaie de résumer les débats, pour certains fort loin d'être clos", et "le principe constant de cet ouvrage, dans chacune de ses parties, a été d'assumer le risque de l'interprétation et, penseront peut-être certains,  du subjectif."
Bardel est en train de dire que lui considère que le débat est clos et que tout ce qu'il fait est objectif, et là encore j'ignore si Bardel a fait exprès d'employer l'opposition de Rimbaud dans sa lettre à Izambard de l'objectif et du subjectif. J'ai la forte impression qu'il le fait exprès tout de même, mais qu'il songe ou non aux propos de Rimbaud la prétention à l'objectivité de Bardel est bien orgueilleuse et les parties successives de mon compte rendu en incluant l'article préliminaire "Avant-goût..." prouvent que très clairement Bardel est non pas objectif, mais bel et bien subjectif. Et ne pas être objectif en commentant Rimbaud, c'est s'exposer à tenir un discours fadasse.
C'est épuisant, mais le relevé des anomalies de l'analyse de Bardel est un véritable contre-poison contre l'occupation prédominante de l'espace public par la thèse murphyenne d'un recueil organisé en tout point par Rimbaud. Cette thèse manque de bon sens et, en conservant des nuances, on va arriver à y mettre un terme. Pas tout de suite au plan des éditions et de ce que publient les universitaires rimbaldiens, bien sûr ! Mais le glas a déjà sonné. Je répète que le livre Rimbaud l'Obscur est un chant du cygne et que contrairement à la légende un cygne ça chante faux. Ce n'est pas harmonieux le chant du cygne !

dimanche 19 avril 2026

Visualisons l'anomalie de raisonnement de Murphy sur les folios 12 et 18 du dossier manuscrit des Illuminations !

Il nous faut partir de l'article de 2001 de la revue Histoires littéraires dont une version est disponible en ligne. Je parle de "version" dans la mesure où je ne relève aucune note de bas de page sur l'article mis en ligne sur internet, dans la mesure également où les italiques disparaissent systématiquement dans les mentions des titres, ce qui laisse penser qu'il manque encore d'autres soulignements dans le corps de l'article.
 
 
Assez tard dans cet article, Murphy commente le cas particuliers des feuillets paginés 12 et 18, mais juste avant il parle aussi du caractère chaotique de la pagination qui est tantôt à l'encre, tantôt au crayon.
Murphy s'amuse à épingler le fait que Guyaux laisse la porte ouverte à l'idée que la pagination puisse être autographe, même s'il la combat. Murphy cite une phrase de Guyaux : "Les chiffres arabes sont tantôt à l'encre, tantôt au crayon et à l'encre, est-ce l'indice d'une intervention hésitante ?" Murphy précise ensuite que Guyaux a mentionné également des chiffres uniquement reportés à l'encre avec en prime "des fluctuations dans la manière de présenter les paginations". Et c'est là que d'un coup d'un seul Murphy exulte en affirmant ceci que je cite largement par nécessité pour la suite :
 
[...] Il s'agit là d'un indice décisif : pourquoi un éditeur de 1886 aurait-il recouru à des pratiques aussi hétérogènes ? Un éditeur aurait vraisemblablement arrangé les manuscrits, puis numéroté consécutivement, d'une seule façon, l'intégralité des feuillets du dossier. Les 24 paginations dans les Illuminations présentent chaque fois un trait servant à isoler un chiffre sur la page. Dans 22 cas, la pagination est isolée par un petit coin, alors que dans les deux autres cas, on trouve un trait diagonal. Cette différence est éloquente : comment ne pas être frappé par le fait que ces pages ont été toutes les deux coupées en haut ? On le savait depuis longtemps pour le f. 12 et c'est A. Guyaux qui l'a montré pour le f. 18, de même qu'il a relevé les disparités affectant l'isolement des chiffres. Pour le f. 12, Rimbaud a coupé le feuillet en haut et en bas ; pour le f. 18, il a sectionné le feuillet pour inscrire les deux premières parties de Veillées perpendiculairement sur la partie inférieure du feuillet contenant originellement Fairy. Puisque le fragment de feuillet contenant Faiy n'est pas paginé, la numérotation a forcément été effectuée ultérieurement. A. Guyaux tient pour une certitude, à juste raison, que ces feuillets ont été coupés par Rimbaud. Toutefois, il n'a pas tiré de ce fait l'inférence qui s'impose, à savoir que les exceptions dans les procédés de pagination ne s'expliquent que si on les attribue à Rimbaud : 1° à la p. 12, Rimbaud a enlevé sa pagination originelle avec le haut de la page, avant de remettre une pagination, de manière différente. Ne l'inscrivant pas au même moment que les autres paginations, il n'a pas repris par automatisme la présentation de la série initiale. 2° A la p. 18, Rimbaud semble avoir substitué le feuillet incomplet à une p. 18 antérieure, geste probablement lié à la confection du groupement Veillées I, II, III. Le feuillet remplacé pouvait contenir des versions différentes et autonomes des textes qui forment les deux premières parties de Veillées dans le recueil définitif ou bien des poèmes différents. [...]
 
J'exclus de ma citation le fait que Murphy rebondisse sur une remarque gratuite de Guyaux selon laquelle l'encre serait la même pour le texte et pour la pagination dans le cas du feuillet 12, propos malheureux sans fondement scientifique. Je l'exclus provisoirement, car j'en reparle à la toute fin et j'explique pourquoi il doit être exclu.
Reprenons maintenant l'analyse.
Murphy affirme plusieurs présupposés comme des évidences, et il nous faut reprendre un par un ceux qui pour nous ne sont pas si simples (je laisse de côté le "comment ne pas être frappé" qui joue sur une mise au point toute récente de Guyaux sur laquelle il serait forcément le seul qui n'aurait pas rebondi instantanément (16 ans entre 1885 et 2001 et seul Murphy a réagi en réalité) : a) un éditeur prend la liasse manuscrite et pagine cela d'une traite, b) les exceptions ne s'expliquent que si on attribue la pagination à Rimbaud, c) "Rimbaud a enlevé sa pagination originelle avec le haut de la page", d) les paginations des folios 12 et 18 sont postérieures aux autres paginations, e) il serait normal qu'avec le temps écoulé Rimbaud n'ait pas repris par automatisme la manière initiale de paginer, f) Rimbaud aurait remplacé un feuillet antérieur paginé 18 qui contenait soit les mêmes Veillées I et II présentés différemment, soit d'autres poèmes inédits.
 
Commençons par le point a). Dans son livre Les Illuminations ou Rimbaud l'Obscur, bien que partisan de la thèse murphyenne, Bardel fait des concessions toujours très intéressantes. Par exemple, quand Bardel persifle le mensonge de Fénéon qui dit avoir trié et paginé les manuscrits dès le départ, il cite plus favorablement Gustave Kahn qui parle lui aussi de classer les manuscrits. Bardel essaie de minimiser l'idée de classement, mais il est obligé de concéder quelque chose pour que le propos de Kahn ait un sens, et ça devient un classement des poèmes en fonction des livraisons de la revue. Il va de soi que Kahn n'a pas employé l'idée de classement en ce sens, mais donc Bardel concède qu'il y a un séquençage de la publication lors des livraisons initiales. Bardel concède aussi que Bienvenu a démontré que le repassage à l'encre des chiffres 1 à 9 vient des éditeurs de la revue La Vogue, à cause bien sûr du "7" barré qui n'est pas dans les habitudes de Rimbaud pour transcrire ses sept. La concession est tout de même déjà intéressante : neuf chiffres à l'encre sur onze sont des éditeurs de la revue. Si, en plus, on prend en compte qu'un feuillet sur les neuf ne serait même pas paginé au crayon, cela veut dire aussi qu'un feuillet uniquement paginé à l'encre l'est déjà par La Vogue ! Mais je ne retiendrai pas ce dernier argument. C'est juste pour être exhaustif. Un feuillet sur les trois paginés uniquement à l'encre serait acquis comme acte de la revue La Vogue.
Je reviendrai sur ce problème de séquençage quand je ferai visualiser clairement les choses à mes lecteurs.
Les contre-arguments sur le point a) valent pour la remise en cause du point b), mais je passe aussi directement aux points c) à f) qui sont le détail sur lequel se fonde le point b), détail dont on va montrer les lacunes avant notre visualisation finale du problème.
Passons au point c). Pour le folio 12, Rimbaud aurait enlevé la pagination initiale en découpant le papier. Comment peut-on vérifier ce fait dans la mesure où il n'y a pas le témoignage du bout de papier en question. Murphy présuppose l'existence de ce qu'il faudrait démontrer. J'ajoute aussi un point important. Il y a un présupposé selon lequel le folio 12 n'est différent du reste de la série sur papier homogène que parce qu'il a été découpé dans un deuxième temps en haut et en bas. Le papier du folio 12 serait donc le même papier que celui de la série homogène.
Là, il faut faire attention. Si j'ai bien compris, la série homogène est faite sur un papier de qualité qui a été systématiquement coupé en deux. En gros, un feuillet homogène a une largeur de 13 centimètres et une longueur de 20 centimètre après le découpage d'un papier soit de 26 centimètres de longueur et 20 de largeur,  soit de 13 centimètres de largeur et 40 centimètres de longueur. Dans tous les cas, dans son livre Les Illuminations ou Rimbaud l'Obscur Bardel précise que le format homogène est du type 13 x 20 systématiquement, mais pour le folio, page 40 de son livre, il nuance le cas du folio 12 qui est plus ou moins de 13 centimètres de du coup longueur et de 12 centimètres de largeur. Pourquoi écrire plus ou moins 13 centimètres si c'est la même mesure que pour la série homogène ?
On verra que même en considérant qu'il s'agit du même type de papier il y a d'autres problèmes qui font barrage à la thèse de Murphy. 
Passons au point d). Les paginations 12 et 18 seraient forcément postérieures. Non ! Prenons le cas de l'Album zutique, certaines pages n'ont pas été paginés. Si quelqu'un avait eu l'envie de reprendre la pagination et n'avait eu qu'un crayon pour le faire, les chiffres au crayon seraient postérieurs. On peut très bien concevoir que les folios 12 et 18 aient été paginés avant certains folios au crayon. Mais, certes, il faut éviter une théorie systématique où la pagination au crayon a été faite d'une seule traite, présupposé implicite qu'il faut savoir remettre en cause avant de se prononcer.
Passons au point e). Murphy fait comme s'il était "normal" qu'avec le temps écoulé Rimbaud ne pagine pas de la même manière. Murphy semble trouve ça naturel, mais est-ce que ça l'est vraiment ? Rimbaud change deux pages, il n'a aucun problème de place sur les coins prévus pour la pagination, et même s'il en a, il peut passer d'une marge à l'autre et il n'y a aucune contrainte physique qui va peser sur le fait de souligner ses chiffres sur le mode uniforme adopté jusque-là. C'est plutôt le contraire de ce que dit Murphy qui serait normal. Rimbaud remplace deux pages, il doit refaire les paginations, il reprend le modèle établi sous ses yeux. Murphy ferait beaucoup mieux de dire que la variation dans la manière est un fait aléatoire avec lequel composer. Pourquoi dire que avec le temps il y a une rupture avec l'automatisme initial ?
Passons au point f) qui se subdivise en deux considérations concurrentes. Rimbaud aurait remplacé le folio 18 initial qui contenait des versions autonomes de "Veillées" I et II. Mais, pourquoi si le folio 18 était tel, ne pas tout simplement remanier les titres ? Cela lui évitait d'utiliser le manuscrit de "Fairy" dont je rappelle qu'il a été coupé en bas pour transcrire à la verticale, par rapport à la transcription de "Fairy", les textes de "Veillées I" et "II". Je suis bien précis. On n'est pas dans le cas où Rimbaud reprend finalement une copie plus ancienne. Murphy nouys explique que Rimbaud a découpé le manuscrit de "Fairy" expressément pour recopier "Veillées I" et "II" en vue d'en faire le folio devant "Veillée" devenu "III". Il suffisait de remanier les titres des deux premières "Veillées". Les manuscrits sont raturés. Nous avons des lignes entièrement biffées aussi bien sur le feuillet autre de "Promontoire" que sur le feuillet contenant "Antique" qui fait partie de la série homogène. Rimbaud a hésité sur les titres "Villes" au pluriel et sur le titre "Bottom" substitué à "Métamorphoses". Ce que dit Murphy n'a pas de sens ! Il suffisait de remanier les textes antérieurs.
Le seul remaniement attesté est sur le folio suivant 19 où le titre "Veillée" est remplacé par un "III". Si les copies initiales de "Veillées I et II" étaient assez propres pour avoir été initialement paginées 18 il n'y avait, je le répète, qu'à modifier les titres par quelques biffures et ajouts. J'ajoute qu'il serait curieux que Rimbaud ait d'abord rapproché les trois poèmes "Veillée", "Veillée" et "Veillée" avant de songer à simplifier la série par le report de chiffres romains.
Enfin, s'il est question de textes inédits sur le folio 18, où sont-ils passés ? Le folio 18, dans ce cadre hypothétique, devait passer autre part. On ne peut pas prendre "Parade" déjà paginé de son côté. Il faut forcément chercher un feuillet isolé dans les pages qui suivent. Si on écarte le cas de la copie recto et verso pour "Nocturne vulgaire", "Marine" et "Fête d'hiver", il y a une série sur deux feuillets paginés 19 et 20 : "Veillée" devenu III avec Mystique, Fleurs et Aube, puis la série "Angoisse", "Métropolitain" et "Barbare" sur deux feuillets paginés 23 et 24.
Rimbaud aurait jeté le feuillet avec les poèmes inédits. Ce n'est pas très crédible. Je le dis et répète : si les textes du folio 18 étaient inédits et qu'il n'était question que de placer "Veillées I" et "II" devant "Veillée" devenu "III", le bon sens était de conserver le folio 18, paginer 19 Veillées I et II, puis de modifier les paginations 19 à 24 faites au crayon !!! par des paginations 20 à 25.
 
Murphy, Bardel et les tenants de la pagination autographe ont des problèmes de logique. Rimbaud aurait paginé ces vingt-quatre pages, mais pas les manuscrits sur des types de feuillet plus variés. Il n'aurait pas eu le temps ou les moyens matériels de le faire.
Alors, je ne sais pas si ce que je dis ci-dessous va me faire entrer dans l'histoire, je ne crois pas, mais il y a une contre-argumentation imparable que je vous livre comme inédite, jamais un rimbaldien n'a écrit ça, je suis le premier, je n'ai aucune raison d'être fier, mais voilà de l'inédit : Rimbaud pour paginer les manuscrits qui nous sont parvenus n'a aucun problème de papier, de temps ou de moyen d'écrire à l'encre ou au crayon. Il faut une minute pour paginer le reste des manuscrits, deux ou trois minutes tout au plus. Il n'a pas besoin de papier supplémentaire, puisqu'il s'agit de paginer les manuscrits déjà remplis de transcriptions poétiques. Il n'y a aucune usure inquiétante de l'encre ou d'un crayon à opérer ce genre de travail. Il faut quand même imaginer le délire des rimbaldiens. Rimbaud écrit des lettres à Nouveau, à Verlaine, il parle d'envoyer les manuscrits par la poste, Verlaine s'exécute en ce sens, ce qui fait de l'argent et ce qui suppose d'écrire une enveloppe, un déplacement, etc. Mais qu'est-ce que c'est que cette invention des rimbaldiens que Rimbaud n'a pas eu le temps de paginer un tiers de son recueil ? Qu'est-ce que c'est que cette idée farfelue selon laquelle Rimbaud n'a pas pu paginer, faute d'encre ou de crayon, faute de temps, un tiers de son recueil ? C'est quoi cette théorie ? Reboul félicite Bardel de pondre un "roman" pareil. Mais vous êtes sur une autre planète, là ?
En tout cas, reprenons l'idée.
Rimbaud a vingt-quatre folios, il trouve qu'un autre folio irait bien avant le folio 19. Au lieu de corriger sa foliotation à partir du 19, il supprime le folio 18 qui précédait le 19, le jette à la poubelle sans regret et reporte la pagination 18 sur le nouveau folio inséré.
C'est ça la thèse de Murphy ! C'est complètement absurde et ça ne repose que sur de la perception subjective.
Et dans le cas où le folio 12 ne serait pas ce que raconte Murphy, découpage du haut de la page avec une pagination initiale, soit ce folio 12 est lui aussi une pièce rapportée qui remplace un folio 12 originel, soit ce folio est bizarrement composé. Traitons de ces deux cas de figure.
Si le folio 12 originel contenait des textes distincts, cela redouble l'anomalie de la disparition du feuillet 18 originel conçu comme contenant des textes inédits.
Rimbaud aurait donc 24 folios qu'on peut représenter par 24 lettres de l'alphabet et il va intercaler 2 folios dans cette série que nous symboliserons par M et T, mais en retirer deux L et U.
 
Nous avons initialement :
1 A 2 B 3 C 4 D 5 E 6 F 7 G 8 H 9 I 10 J 11 K 12 L 13 N 14 O 15 P 16 Q 17 R 18 S 19 U 20 V 21 W 22 X 23 Y 24 Z.
Et sur le côté, nous avons M et T non paginés.
Rimbaud veut que M suive la lettre L en page 12 et que T précède la lettre U en page 19.
Il suffit de mettre le M après la page 12, de le paginer 13, de modifier la pagination avec un décalage d'une seule unité jusqu'à la page initialement 18 qui devient la page 19, puis d'insérer le T en le paginant 20, puis de modifier de deux unités les six dernières pages 19-24 qui deviennent 21-26.
Au lieu de ça, selon Murphy, Rimbaud a mis à la poubelle le L et le U.
Ce qui nous fait la série ordonnée suivante :
 1 A 2 B 3 C 4 D 5 E 6 F 7 G 8 H 9 I 10 J 11 K 12 M 13 N 14 O 15 P 16 Q 17 R 18 S 19 T 20 V 21 W 22 X 23 Y 24 Z.
Vous trouvez ça cohérent ? Moi, pas.
Ce n'est pas tout. Murphy propose une alternative. Le folio 12 serait le folio originellement paginé 12, sauf qu'il a été découpé sur le haut et c'est pour cela qu'il a fallu reporter ultérieurement la pagination.
Je veux bien beaucoup de choses, mais si le manuscrit a été découpé sur le haut, c'est déjà acté qu'il y a une discontinuité textuelle entre le bas de "Phrases" au folio 11 et le début actuel du folio 12. Or, c'est au nom de la continuité qu'on prétend relier le folio 11 au 12 en appliquant le titre "Phrases" aux poèmes courts du folio 12. L'anomalie ne s'arrête pas là. Tout le monde a remarqué que les séparations des alinéas bien espacés entre eux n'étaient pas les mêmes : il y a les traits ondulés spécifiques au folio 11 et les trois croix spécifiques au folio 12. Si Rimbaud n'a fait que découper le haut du folio 12, cela implique dans la thèse de Murphy que Rimbaud avait bien décidé dès le début de sa transcription continue de faire suivre les trois alinéas du folio 11 sous le titre "Phrases" des cinq poèmes courts du folio 12. Et Rimbaud aurait donc écrit sur un feuillet en séparant les textes avec des traits ondulés et tout de suite après il aurait enchaîné avec des poèmes, d'une esthétique déjà très différente, séparés par trois croix. Il est con à ce point-là, Rimbaud ? Vous me direz que le haut de la page contenait peut-être un titre, mais ça vous n'en savez rien, et ça ne change rien à la discontinuité du folio 11 au folio 12. La thèse selon laquelle le folio 12 serait sur le même type de papier ne suffit pas à harmoniser la disjonction sensible entre la fin de l'actuel folio 11 et donc du folio 12. En revanche, l'argument d'un écrit sur du papier de même type raccourci ultérieurement, permet d'entrevoir un tout autre placement des poèmes. Les poèmes du folio 12 ont en commun avec le poème à la suite de "Being Beauteous" d'être séparés par trois croix, signe qui en plus signifie substitut de titre, ce qui tend à confirmer aussi que les cinq poèmes du folio 12 sont cinq poèmes autonomes et non pas la suite d'une série intitulée "Phrases". Et, cerise sur le gâteau, les parties supprimées en haut et en bas du folio 12 pourraient être l'une ou l'autre, la transcription d'une autre copie de "O la face cendrée..." Au plan de l'espace manquant, cette thèse a de la vraisemblance et elle est renforcée par la réalité de l'emploi des trois croix. En clair, Rimbaud aurait placé ce feuillet à la suite de celui contenant "Antique", "Being Beauteous" et xxx O la face cendrée..." Et, par erreur, les protes de la revue La Vogue en auraient fait au contraire la suite de "Phrases" en vertu d'un présupposé rapide sur la signification du titre "Phrases". N'oublions pas que dans leur édition originale, non seulement ils ont fondu "Marine" et "Fête d'hiver" ensemble, ainsi que "Ouvriers" et "Les Ponts", mais ils ont aussi fondu ensemble "Being Beauteous" et "O la face cendrée..."
Là, il faut reconnaître qu'il y a un sacré pavé jeté dans la mare.
Enfin, j'ai un autre argument inédit dont je n'ai aucune raison d'être fier, mais que personne n'a pensé à opposer à la thèse du remplacement de folios 12 et 18 originels. Et cela vaut aussi bien pour des folios qui contenaient les textes que nous connaissons sous une autre forme que pour des poèmes inédits !
Nous avons au verso de l'actuel folio 24 une copie raturée du premier paragraphe de "Enfance I". Par conséquent, rien n'empêchait Rimbaud de biffer les folios 12 et 18 originels pour les retourner et faire sur les parties vierges d'autres transcriptions ? Rimbaud manquait de papier, nous dit-on. Or, on a la preuve avec "Enfance I" qu'il avait une solution toute trouvée, à condition bien sûr que Murphy dise juste quand il prétend que les folios 12 et 18 ont été purement et simplement supprimés !
Quant à ceux qui voudront penser que je pourrais être surpris en découvrant que le ou les manuscrits de "Démocratie" et de "Dévotion" sont sur le papier de format homogène, outre que ce n'est qu'une hypothèse, on se retrouve dans le cas du traitement de la revue La Vogue qui les exploite en dernier et comme des poèmes non paginés ! Et qui, de surcroît, n'aura pas pris la peine de les rapprocher de la série homogène initiale. 
 Enfin, bref !

Maintenant, que s'est-il réellement passé quant à la pagination ?
La revue La Vogue a reçu une liasse de manuscrits non paginés. Ils ont identifié des copies continues entre certains feuillets et ils ont repéré un abondant recours au même type de papier. Il est évident que l'ordre dans lequel les manuscrits leur sont parvenus à jouer. Il y a une série sur du même papier qui va de "Enfance I" à "Barbare" avec pour ce dernier au verso une copie raturée partielle de "Enfance I". Et il y a peu de modifications possibles de l'ordre de la série homogène à cause des transcriptions continues. Il y en a quand même quelques-unes. Or, si Rimbaud a bien créé lui-même la série "Veillées", le papier d'un format différent avec "Veillées I et II" était bien intercalé dans l'ensemble de la série homogène, et cela pouvait valoir donc pour les cinq poèmes de l'actuel folio 12. Mais nous avons vu plus haut que si le dossier n'était pas paginé il est possible que le papier ait été malheureusement déplacé de la suite de "Ô la face cendrée..." à la suite de "Phrases". Et on ne peut rien affirmer sur la position initiale éventuelle de "Après le Déluge", ni sur l'emplacement de la copie au recto et au verso d'un même feuillet de "Nocturne vulgaire", "Marine" et "Fête d'hiver". Le manuscrit de "Après le Déluge" est un feuillet découpé de forme carrée, ce qui n'est pas pratique à faire tenir dans une liasse, tandis que pour le feuillet transcrit au recto et au verso Bardel cite Murat qui précise que "Nocturne vulgaire" a été écrit au verso de "Marine" et "Fête d'hiver". Or, la pagination nous impose l'ordre inverse où "Nocturne vulgaire" est au recto.
Sans la pagination, on peut aussi plaider un ordre "Marine", "Fête d'hiver" et "Nocturne vulgaire", puisque "Nocturne vulgaire" est écrit au verso et non au recto selon l'analyse des manuscrits.
Je ne vais pas vous fournir la visualisation cette fois, car il me faut du temps pour mettre en forme les soulignements des titres des poèmes, mais en gros la pagination au crayon est initiale pour les feuillets 1 à 9 repassés à l'encre, l'arrêt à la page 9 est d'ailleurs une preuve que Murphy se trompe quand il dit qu'un éditeur paginerait tout d'une traite. Ensuite, en effet, la pagination de 10 à 24 a bien dû être faite d'une traite et au même moment (Murphy prétend que ça n'a pas eu lieu au même moment). La subtilité, c'est que celui qui a repassé à l'encre les pages 1 à 9 a paginé lui-même les pages 12 et 18, et il l'a fait avec sa façon de faire, ce qui est normal ou du moins se conçoit aisément, en même temps que celui qui tenait le crayon a poursuivi la pagination au crayon des autres manuscrits, la série homogène plus le recto et verso du feuillet paginé 21 et 22. Il fallait fixer l'emplacement de feuillets supposés formés des séries. L'emplacement pour "Veillées I et II" devant "III" était assez facile à déterminer, il y avait peu de chances de se tromper. Quant au folio paginé 12, il a été perçu comme la suite de "Phrases", à un moment où "Ô la face cendrée" était déjà intégré dans un ensemble où il était suivi par un tout autre manuscrit.
Je précise que je ne fais pas de l'enchaînement de "Ô la face cendrée..." et du folio 12 une vérité scientifique. En revanche, je trouve cela fort plausible, fort cohérent et à méditer face à une "vérité" qui ne repose sur aucune preuve.
Je reviens sur l'argument d'une pagination à l'encre 12 de la même encre que le texte. Guyaux a dit sans doute naïvement cela et on peut voir que Murphy s'en sert contre lui, sauf qu'il y a une anomalie tout de même dont Murphy ne prend pas conscience. La thèse de Murphy, c'est que de toute façon la pagination  à l'encre 12 est postérieure à la création des vingt-quatre pages. Il suppose même que le remaniement a eu lieu pour les folios 12 et 18 en même temps donc le folio 18 étant lié à une transcription continue pour feuillets paginés 19 et 20, dans le meilleur des cas, le 12 à l'encre aurait été reporté après la transcription des vingt premières pages. Dans la thèse murphyenne, le chiffre 12 ne date pas du même moment que la transcription des cinq poèmes courts puisqu'entre-temps outre les autres transcriptions il y a eu le découpage du haut et du bas du feuillet. Donc cet argument de la même encre est nul et non avenu. CQFD. 
Ultérieurement, je visualiserai le séquençage de la pagination par la revue La Vogue.

samedi 18 avril 2026

Compte rendu du livre Rimbaud l'Obscur d'A. Bardel, partie 2 : anomalies que je relève et l'idée d'une synthèse méthodologique à faire !

 Dans la première partie de cet article, je suis revenu sur le cas du titre du recueil de Rimbaud : Illuminations ou Les Illuminations. Je pense qu'en effet au plan philologique le retour du titre avec article a du sens. Toutefois, j'ai fait remarquer qu'alors même que Cavallaro fait tout une élaboration de ce que doit être une démarche philologique bien entendue avec des arguments tels que "c'est à ceux qui veulent enlever l'article de prouver qu'ils ont raison, puisque tout a commencé avec l'article", etc. Sur tout ça, je suis d'accord, mais je remarque que derrière la façade de grand apôtre de la méthodologie, Cavallaro n'en a eu aucune dans le cas du déchiffrement du vers de "L'Homme juste" où il a escamoté la confrontation nécessaire aux "o" manuscrits, alors que j'y invitais en toutes lettres, où il a escamoté le problème de l'absence de virgule, où il a prétendu de manière complètement lunaire qu'un point transperçant le manuscrit du recto au verso donnait l'illusion à certains de lire un "u", quand il est manifeste qu'il y a un "u" et certainement pas un "e". En clair, on peut dresser des principes méthodologiques comme de beaux paravents et cela se retrouve dans son analyse du titre Les Illuminations, ,puisqu'à plusieurs reprises il dit qu'il est absurde de comparer comme le font Bouillane de Lacoste et Guyaux avec les titres sans article des poèmes. Certes, Guyaux s'est trompé quand il s'est fondé sur une édition récente des Poètes maudits où l'article "les" était en caractères romains alors que dans les éditions du vivant de Verlaine il est en italique et donc intégré au titre. Certes, Cavallaro épingle une erreur de Bouillane de Lacoste qui croit que Verlaine a écrit "Illuminécheunes", alors qu'il a écrit "les illuminécheunes". Et, certes, puisqu'on n'a pas le manuscrit de la main de Verlaine des Poètes maudits, on ne peut pas dire que même si Guyaux s'est trompé c'est forcément le prote de la revue Lutèce qui a mis en italique ce qui n'est peut-être pas souligné sur le manuscrit de Verlaine, ce serait retourner l'erreur en prétendant envisager une autre erreur éventuelle.
Mais là où je ne suis pas d'accord, c'est que, d'un côté, Bardel dit que quand Verlaine met l'article en caractères romains c'est qu'il ne fait pas attention : dans sa correspondance et dans une note ajouté aux Poètes maudits. C'est un moyen bien commode pour effacer la réalité des flottements de la part de Verlaine. La philologie ne doit pas s'accompagner d'une surimpression de petites déformations subjectives. La philologie est objective ou n'est pas ! Ensuite, Cavallaro comme Bardel minimisent la première mention connue de la main de Verlaine en faisant comme si le style télégraphique expliquait l'absence d'article, ce qui est faux ! Il n'y a aucune ellipse des autres déterminants dans la phrase "du sieur" (présence de l'article sous forme contractée), "sa Saison en enfer" (passage de l'article indéfini à un déterminant possessif). Et surtout, l'absence d'article est ostentatoire et concerne bien la désignation du titre "Avoir relu 'Illuminations' du sieur que tu sais [...]". Rien qu'à lire cet extrait, j'ai l'intime conviction que Verlaine a fait un peu vite fait d'une intention rimbaldienne réelle. Je ne vais pas me battre sur le sujet. Oui, Verlaine a mis en place un mouvement où l'article a été intégré au titre, avec sa mention "les Illuminations" dans Les Poètes maudits et il n'a rien fait contre ce titre en 1886, ni au-delà, et il l'a avalisée. Mais ce qui est insupportable, c'est cette morgue avec laquelle on prétend que le raisonnement en faveur de l'absence d'article ne s'appuie sur rien, ou s'appuie sur des arguments considérés comme dérisoires : les titres sans article des poèmes eux-mêmes (en général, puisque nous avons "Les Ponts", "A une Raison" et "Après le Déluge") et la toute première mention par Verlaine en août 1878 qui témoigne d'une information toute fraîche, probablement orale. Merci de ne pas refermer le débat et de ne pas tout verrouiller. Même si Guyaux ou Bouillane de Lacoste ont fait des erreurs en cherchant à démontrer la thèse d'une absence d'article, les deux arguments ont une valeur philologique en soi, et c'est sans doute ces deux arguments qui ont expliqué l'engouement pour le titre sans article des décennies durant.
Bardel et Cavallaro se réclament de la philologie, mais leurs écrits sont émaillés de considérations subjectives et intimidantes. A cause de Cavallaro, on a un avenir sombre sur l'édition d'un vers que j'ai déchiffré du poème "L'Homme juste". Bravo ! Il fallait le faire ! Parce que moi je vous le dis bien en face qu'il est écrit "ou daines" et pas ", de daines". Ce n'est pas de l'amour-propre pour sauver la démonstration de mon article, c'est les faits qui sont là.
Repassons au cas des manuscrits des Illuminations
Le grand discours de Bardel est non pas de donner à lire une édition fac-similaire, mais de donner à voir les fac-similés des manuscrits. Or, jamais Bardel ne fait une synthèse de tout ce qu'il y a à voir dans les manuscrits. Il fait des tableaux sur les types de papier utilisés, les découpures, les paginations ou numérotation de poèmes (je pense à la série publiée par Vanier), etc., mais il laisse pas mal d'éléments en route.
Normalement, un bon travail méthodologique, c'est de faire la synthèse. Il y a autant de mentions des ouvrières typographes sinon ouvriers et autant de mentions du nombre de lignes effectuées, il y a une mention "Elzévir", il y a des paginations, il y a des soulignements de titres, il y a des signes à la marge, etc. Il y a des points après pas mal de titres ou après trois croix. Ce travail de synthèse n'a été fait ni par Murphy, ni par Murat, ni par Bardel, ni par Guyaux.
Je suis le seul sur ce blog à m'y attarder et je prévois de faire du coup la synthèse en un seul article.
Il y a évidemment aussi la prise en considération des objets utilisés pour écrire, encre de plume ou crayon, voire crayon de couleur, variation de l'encre brune.
Dans le livre Rimbaud l'Obscur, Bardel fournit une édition des poèmes, ce qui veut dire que nous devons avoir les poèmes et les titres. Or, Bardel ne reproduit pas les corrections, les variantes, les biffures. Il s'agit d'un texte toiletté. J'ai montré avec le cas de "Angoisse" que Bardel n'a pas effectué des transcriptions à partir des manuscrits. Il a pris une édition de référence, celle de Guyaux dans La Pléiade et il a recopié les poèmes de cette édition de 2009, ce qui lui permettait de ne pas faire plein d'erreurs de déchiffrement et de moins se fatiguer. Cela a entraîné une erreur de transcription au moins pour "Amour ! force !" que Bardel a rendu selon la lecture erronée de Guyaux et Brunel : "Amour, force !" S'il ne voulait pas déchiffrer patiemment lui-même les manuscrits, Bardel aurait dû au moins utiliser les éditions philologiques et critiques que visiblement il connait. L'édition critique de 2004 de Pierre Brunel fait des remarques sur l'établissement du texte, ainsi que son édition au Livre de poche. Il y a bien sûr le cas des éditions critiques de Bouillane de Lacoste. Bardel cite à plusieurs reprises l'édition chez Hazan de 1945, mais il cite aussi l'édition des Poésies de 1939. Donc, à côté de l'édition des oeuvres de Rimbaud chez Hazan, Bardel est censé connaître les éditions critiques PoésiesUne saison en enfer et Illuminations, à quoi adjoindre la thèse sur "le problème des Illuminations" et donc l'édition de 1945 chez Hazan. Il y en a d'autres des outils philologiques pour un meilleur établissement des textes de Rimbaud et Bardel les collectionne. Pourquoi ne pas les avoir utilisés en faisant ces deux éditions ? Mettons que Bardel ne veuille pas trancher dans le débat, il a tout intérêt à signaler à l'attention que le débat existe, notamment sur "Amour, force !" Je veux bien qu'on ne parle pas de problèmes clairement résolus, mais là il y a un point où Brunel admet qu'il y a encore débat.
A la fin de 2025, Bardel fait avec Oriol une édition fac-similaire, donc de consultation des manuscrits. Mais, moi, quand j'ai acquis l'ouvrage, je croyais que j'allais avoir en vis-à-vis des notes sur toutes les singularités. Pensez-vous ! Il n'y avait rien ! Cette édition de 2026 on a droit qu'à des essais et à des redites mille fois ressassées depuis l'article de Murphy de 2001. Puisqu'on n'avait pas les singularités dans l'édition de 2025, j'ai cru que ce serait dans le gros livre de 2026. Et non, il y a des points soulevés au petit bonheur la chance, aucune exhaustivité, aucune synthèse où on met tout en tableaux en le moins de pages possible avec une visée de clarté pour le lecteur.
L'édition des textes des poèmes est psychologiquement désastreuse. Comme ils doivent tous tenir sur une seule page pour faire face aux notes et être embrassés d'un seul regard, nous avons des textes qui n'ont pas tous la même taille de caractères. Cela donne une impression très négative. Les poèmes de Rimbaud ne sont pas respectés avec cette façon de faire. En subissant ces variations de taille, ils ne sont pas convoqués comme des poèmes, ils deviennent des souffre-douleurs. Je pense que c'est maladroit d'avoir procédé de la sorte pour un recueil de poésies dont on veut communiquer l'amour, la passion.
Il faut leur donner une aura.
Fatalement, Bardel publie donc le titre et le texte des poèmes à chaque fois. Mais je l'ai dit, pour le poème court qui suit "Being Beauteous", il fait suivre les trois croix en guise de substitut au titre d'un point : ce point figure aussi sur le manuscrit, mais le point figure à la suite de nombreux titres. Si Bardel met ce point, cela doit avoir une valeur informative. Or, elle est perdue dès lors que Bardel n'a pas reporté systématiquement tous les points que Rimbaud a mis à la suite d'un grand nombre de ses titres de poèmes ! Qui plus est, sa valeur informative est lié au soulignement par des cercles et des crochets des titres des manuscrits.
C'est le premier "point" absurde dans l'établissement du texte rimbaldien des Illuminations par Bardel.
Le deuxième point absurde, c'est la mention des initiales "A. R." de l'auteur au bas de la transcription du poème "Promontoire", d'autant que Bardel tronque la citation exacte : "A.R. (Illuminations)". Il ne cite pas non plus le haut du manuscrit. Il impose ce "A.R." comme autographe SANS LA MOINDRE RAISON VALABLE et sans permettre à son lecteur de juger sur pièce, sauf à se reporter à son édition fac-similaire parue en 2025, sauf que même dans celle-ci le point n'est pas commenté et le fac-similé a un manque de haute définition dans la qualité comme l'a signalé Jacques Bienvenu qui a fourni un fac-similé plus intéressant.
Ce "A. R." mais qu'est-ce qu'il vient faire là ?
Bardel n'a même pas intégré à ses transcriptions les diverses paginations ou les chiffres romains de la série Vanier ! Pourquoi ce "A. R." perdu au milieu de nulle part ?
Il faut s'attendre à une édition de Cavallaro où on aura "de daines" pour "L'Homme juste", "A. R" pour "Promontoire, un point après trois croix pour "Ô la face cendrée...", et bien sûr "outils" et "mène" dans Une saison en enfer, et sans doute le dizain "L'Enfant qui ramassa les balles..." considéré comme un poème de Rimbaud !?
Et j'allais oublier : "Amour, force !" dans "Angoisse".
C'est catastrophique. J'oublie quoi d'autre ?
Passons !
Pour "Jeunesse II Sonnet", Bardel n'a pas osé trancher sur l'apparence de "+" dans la transcription, il l'a conservé. Et surtout, il maintient le "et" pour "fraternelle et discrète" alors qu'il est manifeste qu'un "s" a été ajouté et qu'il est finalement écrit : "fraternelle est discrète". Mais, à la limite, Bardel revendique les difficultés que nous avons à établir le texte de ce poème précis. Je peux comprendre.
Et enfin il y a le dernier cas qui pose vraiment problème cette fois, celui de "Nocturne vulgaire". La difficulté de transcription du poème vient des incertitudes sur les retours à la ligne. Bardel opte pour une non-solution. Il retourne à la ligne, mais sans la marge d'alinéa. Et c'est d'autant plus gênant que sur le manuscrit à tout le moins on peut remarquer que si on ne prend pas en considération les tirets il y a un alignement des premiers mots dans ces retours à la ligne.
Je reviendrai ultérieurement sur les problèmes d'établissement des textes "Nocturne vulgaire" et "Jeunesse II Sonnet", je me contente de faire remarquer que je ne suis pas d'accord avec l'analyse de Bardel et les transcriptions qui en résultent, et surtout je fais remarquer que "Jeunesse II Sonnet" et "Nocturne vulgaire" rejoignent les anomalies de transcription du "point" après trois croix" et de la signature "A. R.". Il n'y a pas une harmonisation philologique générale des transcriptions dans l'essai 2026 d'Alain Bardel.
Pour le reste, je suis en train de lire le livre progressivement, je relis certains passages parfois. Mais je présente ci-dessous un lot de remarques sur des passages qui m'ont fait tiquer comme on dit familièrement.
Je commence par Gustave Kahn. Bardel se réjouit que Murat ait porté l'attention sur le fait que Fénéon n'a visiblement été inclus dans la préparation des Illuminations qu'à partir des numéros 7, sinon 8 des livraisons de la revue. Cela lui importe pour discréditer le témoignage de Fénéon, et je suis d'accord. Fénéon n'est pas intervenu sur la publication des numéros 5 et 6, et effectivement il n'a pas créé d'abord un ordre pour le renier ensuite dans la plaquette. Il est assez clair que Fénéon quand il intervient d'après les témoignages est celui qui a paginé uniquement la partie finale des publications par la revue La Vogue, celui qui a mélangé les proses et les vers, d'abord par des juxtapositions, livraison 7 contre livraisons 5 et 6, puis au sein d'une même livraison pour les numéros 8 et 9. Fénéon est le créateur de la plaquette et le discours qu'il fait qui est une lecture des poèmes à l'époque c'est le signe qu'il apportait une vision, erronée bien sûr et problématique, mais on comprend que cette ligne directrice ait ébloui les éditeurs.
Toutefois, en affirmant à raison que Fénéon est intervenu sur le tard, Bardel subit ici le contre-coup d'un nouvel argument contre la pagination autographe, puisque les numéros 5 et 6 ont une numérotation continue, tandis que la numérotation n'est que livraison par livraison ensuite. Et l'intervention tardive de Fénéon n'empêche pas de penser que les précédents meneurs de la revue fixaient un ordre aux poèmes. Que du contraire ! On n'a plus cette anomalie où Fénéon a créé deux ordres différents.
Je suis aussi tout à fait convaincu que la plaquette a été composée sans retour sur les manuscrits eux-mêmes, puisque effectivement il n'y a eu aucune correction.
En revanche, il y a deux points où j'ai du mal à comprendre l'assurance de Bardel. Le premier, c'est sur le cheminement éventuel des manuscrits de "Démocratie" et "Dévotion". La dispute a eu lieu entre d'Orfer et Kahn pendant la préparation de la sixième livraison nous précise-t-on. On sait que d'Orfer est parti avec les poèmes en prose que du coup Vanier va publier pour la première fois en 1895 à quoi ajouter quelques poèmes en vers. On comprend aussi un fait très intéressant ! C'est que d'Orfer est parti avec le manuscrit autographe de "Promontoire" et donc après qu'une copie de mise au propre ait été effectuée par la revue La Vogue, puisque Vanier a récupéré le manuscrit autographe de "Promontoire", s'interrogeant sur la question des variantes..., tandis que "Promontoire" a bien été publié par Kahn et consorts à partir d'une copie allographe en deux pages. Cela intéresse donc de très près la réflexion sur le rôle de Vanier éditeur, sur le cheminement des manuscrits et aussi sur le travail déjà avancé quant à la livraison numéro 8 au moment du départ de d'Orfer. Et je rappelle qu'il y a des corrections au crayon sur les manuscrits parvenus à Vanier qui sont comparables à des corrections au crayon qui se trouvent sur les manuscrits publiés par la revue La Vogue. On n'est pas dans l'anecdote futile sur les manuscrits, je ne pense pas !
Or, Bardel prétend que pour le ou les manuscrits de "Dévotion" et "Démocratie" ils sont probablement restés entre les mains de d'Orfer. Qu'est-ce qui peut étayer cet avis, alors que ce sont les deux derniers poèmes publiés par la revue La Vogue ? Gustave Kahn s'est accaparé les manuscrits de Verlaine qui lui étaient restés entre les mains et les a revendus à un petit groupe de collectionneurs. Mais, surtout, Kahn a conservé tous les manuscrits des livraisons 7 à 9, y compris la copie allographe de "Promontoire". Seule la copie autographe est restée entre les mains de d'Orfer. Pour dire que "Dévotion" et "Démocratie" sont partis avec d'Orfer, il faudrait que Kahn ait eu aussi des copies allographes de ces deux poèmes, non ? On a la copie allographe de "Promontoire", mais rien sur "Dévotion" et "Démocratie", donc le plus simple ce ne serait pas que la disparition des manuscrits de "Dévotion" et "Démocratie" viennent de Gustave Kahn ?
Ensuite, il y a une autre anomalie dans le raisonnement de Bardel. Fénéon est intervenu sur le tard, et pourtant Bardel lui oppose la qualité de Kahn en tant que "témoin irréfutable". Or, plus loin, on apprend sous la plume de Kahn lui-même que le manuscrit des Illuminations détenu par Le Cardonnel est passé entre les mains de deux frères nommés Fière, et que c'est Fénéon qui a expliqué le cheminement des manuscrits à Kahn, lequel a fait une démarche pour les récupérer dans l'espoir de les publier.
Heu ? Moi, je n'y crois pas un instant à ce témoignage, au rôle d'intermédiaire de Fénéon, et au fait que le manuscrit ait circulé comme l'écrit Kahn et au fait que les deux frères Fière l'aient eu entre les mains. Moi, j'en reste à une transmission minimale avec Charles de Sivry et Le Cardonnel. Là, le témoignage de Kahn, il sent l'imposture et la volonté de se mettre en avant à plein nez ! A plein nez ! Il vend les manuscrits de Rimbaud, il s'attribue une initiative pour récupérer les manuscrits par-dessus Verlaine et il s'attribue l'invention du vers-libre en faisant comme s'il n'avait pas publié "Mouvement" de Rimbaud. Il est frais, le Gustave Kahn ! Il est frais, ouais !
Il y a deux autres points dont je voulais parler qui ne me reviennent pas en tête pour l'instant. J'ai tout de même tiqué aussi sur une considération étrange de Bardel. Il dit que le recopiage sur une série homogène de papier à lettres est appliquée par opposition à d'un côté la version biffée de "Enfance I" et d'un autre côté les autres manuscrits. Je ne suis pas d'accord. Le recopiage raté de "Enfance" est directement fait sur le papier de la série homogène. Il y a eu un cafouillage, mais au nom de quelle logique dire que Rimbaud ne s'appliquait pas à ce moment-là à bien écrire ? Mais, surtout, Bardel dit que la série sur papier homogène a été recopiée en janvier 1875 en compagnie de Germain Nouveau qui a participé, tandis que les autres manuscrits sont bien plus anciens et doivent dater de la période londonienne passée avec Nouveau. Cette thèse aventureuse est en contradiction avec la démonstration de Bienvenu que Bardel approuve à raison : il n'y a pas de "f" doublement bouclés ou si peu dans la lettre à Andrieu d'avril 1874. Or, moi, j'ai jamais étudié les "f" sur les manuscrits, mais les "f" bouclés sont sur tous les manuscrits, la série homogène comme "Promontoire", "Génie", etc. Sinon la thèse de Bouillane de Lacoste ne vaudrait que pour une partie des manuscrits. Et cette contradiction patente du discours de Bardel doit nous rappeler ceci : un manuscrit moins soigné peut donner une impression d'ancienneté qu'il n'a pas forcément. Pensons que justement à cette époque-là, les explorateurs au Cambofge découvraient les temps khmers hindous et bouddhistes, et comme les temples bouddhistes étaient moins bien conservés ils pensaient qu'ils étaient plus anciens, alors que c'était l'inverse. Ils ont moins résisté au temps parce que construits plus hâtivement et moins rigoureusement qu'Angkor vat, etc.
Il faut se méfier d'une datation subjective des manuscrits en fonction de leur état actuel. 
Voilà, c'est déjà pas mal pour une deuxième partie, et on avance vite, croyez-le bien. Je ne vais pas faire dix ou quinze parties de compte rendu.