vendredi 2 octobre 2026

Petite réaction rapide en lien avec l'article sur Rimbaud ivre sur "Rimbaud, l'Odyssée silencieuse"

 Sur son blog, Jacques Bienvenu a mis en ligne un article sur une publication d'actualité.
 
 
Déjà que je n'ai pas fait l'effort d'aller voir le film de Nolan au cinéma, je parie qu'il n'est pas terrible, je ne sais pas si je vais prendre la peine de me procurer le livre annoncé ici.
Sur son site Arthur Rimbaud le poète, Alain Bardel a mis également des liens en ce qui concerne cette actualité. Il annonce même l'avoir invité à la librairie Ombres blanches le 13 octobre pour une rencontre littéraire. Mais Bardel fournit en même temps un podcast où Mazurel parle de son livre, et un podcast sur un autre livre d'une certaine Alix Stéphan qui publie un livre intitulé Découvrir Rimbaud aux Editions sociales. Le podcast d'Alix Stéphan est en terrain marxiste, on y parle de Lénine. Je ne suis pas d'accord avec l'analyse marxiste de Rimbaud, je le pense plutôt libertaire et quarante-huitard. Mais j'ai trouvé qu'Alix Stéphan disait des choses précises. L'étrangeté pour moi, c'est qu'elle ne m'apprenait rien. J'ai bien aimé quand elle a comparé la fin de "Ophélie" avec le passage de la lettre du voyant où Rimbaud dit que si le voyant s'écroule il viendra d'autres horribles travailleurs prendre le flambeau là où le prédécesseur s'est affaissé, et elle dit que justement dans le dernier quatrain de "Ophélie" le poète prend le relais d'Ophélie. J'ai écouté l'ensemble du podcast d'Alix Stéphan, j'ai senti un discours mûri, ferme, précis, avec une vraie réflexion et des conclusions mûries, même si je n'apprenais rien et même si c'était un peu bizarre de l'écouter comme si les rimbaldiens n'existaient pas. Elles ne citent pas Murphy, Ascione, Claisse, etc., qui font déjà des lectures marxistes, ni Reboul qui fait des lectures non marxistes mais communardes de plusieurs poèmes, et ainsi de suite. Elle ne cite personne et ce qu'elle livre de ses lectures je n'iudentifie rien de neuf. Pourtant, elle m'a laissé une bonne impression. J'écouté le podcast de Mazurel, je n'ai pas eu cette même impression. Je veux bien que ce qui est neuf sur Java soit réservé pour le livre, mais je devrais au moins sentir une perspective dans un entretien qui vient après le livre.
Le slogan en bordereau du livre, c'est "L'année où le poète a disparu", mais après l'écoute du podcast, j'ai envie de dire "et alors ?"
Je ne sens pas qu'il y a une raison sérieuse de me reporter à ce livre.
Maintenant, il y a l'article du blog de Jacques Bienvenu. Il souligne pas mal de coquilles, une erreur sur un lieu, etc. Il cite aussi deux articles du blog Rimbaud ivre qu'on doit à Franck Delaunoy et qui ont été pris en compte dans le livre de Mazurel.
Si on laisse de côté le militantisme franc-maçon, j'ai deux avis distincts sur ces deux articles.
L'article "Rimbaud et la Commune" me semble problématique. On ne sait pas qui est ce Rimbaud remplaçant un chef de bataillon le 16 mai, le lendemain de la lettre du 15 mai à Demeny. Moi, je ne peux rien en faire de ce document.
L'article sur Félix l'Africain est en revanche d'un intérêt réel. Je ne dirais pas qu'il bouleverse la compréhension d'Une saison en enfer, mais il s'agit tout de même d'un cas exceptionnel où une donnée biographique intime éclaire le sens personnel de la confession de "Mauvais sang". En effet, quand on sait qui est Félix, le passage de "Mauvais sang" a un sens personnel intime : tout enfant, il admirait le forçat sur lequel se referme toujours le bagne. Cela n'exclut pas l'extension aux sources littéraires et cela ne se lire pas par baguette magique au thème du nègre qui suit bien évidemment.
Enfin, il est question dans le livre de Mazurel d'une méthode mélangeant la fiction et l'Histoire. Et là je tique ! On peut nourrir un roman d'une documentation historique serrée ou on peut raconter l'Histoire sous forme de roman, on peut aussi écrire une biographie de Rimbaud qui soit une fiction littéraire, mais je ne prends pas au sérieux l'idée que la fiction soit une méthode profitable au travail de l'historien.Poser des récits alternatifs, tout ça, c'est de l'Histoire à vol d'oiseau où on ne peut rien éprouver des détails loin au sol. La fiction permet de donner un emballage à l'Histoire, pas de faire de l'Histoire.

jeudi 1 octobre 2026

Vu chez Mérat, détails troublants

Y a-t-il du vu chez Mérat ? En tout cas, j'y ai vu des détails troublants.
Albert Mérat est un peu une énigme avec ce qu'en dit Rimbaud dans sa lettre du 15 mai 1871 à Demeny, il en faisait l'un des deux "voyants" de la nouvelle école parnassienne avec Verlaine. De fait, lorsqu'il remanie son poème en deux quatrains "Par les beaux soirs d'été..." pour en faire "Sensation", Rimbaud emprunte à un poème des Chimères de Mérat : "Par les soirs bleus d'été..." vient même directement d'un premier vers cité en incipit dans la Table des matières : "Par un soir bleu d'avril elle s'en revenait [...]". Le poème en question de Mérat n'a rien à voir pourtant avec "Sensation", mais au-delà de la mise en vedette du tour stylé au premier vers et en mention dans la table des matières, il avait deux intérêts pour Rimbaud en 1870. Il s'agit d'un poème exacerbant le désir de conquête féminine. La fille a peur d'être surprise, mais le poète n'est pas qu'entreprenant, on voit que c'est un libertin expérimenté qui poursuit sans faillir un objectif érotique. L'autre intérêt, c'est que c'est un poème qui joue sur de nombreux rejets à la césure et à l'entrevers, ceux-ci étant mis au service en particulier de l'expression des émois craints : "une frayeur horrible / Qu'on ne la vît", "c'était / son quartier", "on pouvait / La rencontrer", "Oh si ! la chose se savait". Le poème qui précède dans le recueil de Mérat est en octosyllabes, mais il s'intitule "L'Hôtellerie de la belle étoile", et contient le mot "auberge" dans l'un des derniers quatrains, ce qui justifie un rapprochement avec "Ma Bohême". En clair, Rimbaud a lu le recueil Les Chimères en 1870 et il s'en est ponctuellement inspiré.
J'aurais quelques autres éléments à mentionner quant au recueil Les Chimères, mais je prévois de le relire attentivement. Ce recueil a été publié en 1865-1866, mais pas par Lemerre qui n'en récupérera l'édition qu'ultérieurement.  Il est composé de cinq sections dont la plus intéressante est "Fleurs de bohême" au titre significatif et dont sont issus les deux poèmes que nous venons de citer.
Mérat donne très souvent un avant-goût des poésies de Coppée, parfois même de motifs coppéens.
Avant Les Chimères, il a publié un recueil à deux mains fait avec Léon Valade, recueil mis en vente sans nom d'auteur Avril, mai, juin. On doit aussi aux deux poètes des traductions du poète allemand Heinri Heine qui n'était pas un inconnu à l'époque comme il l'est devenu aujourd'hui.
En 1869, Mérat publie le recueil L'Idole qui s'inspire du recueil obscène d'Henri Cantel Amours et priapées et le "Sonnet du Trou du Cul" s'inspire précisément de maints détails des deux recueils de Mérat et Cantel. Malgré les avancées faites sur le sujet par Steve Murphy et Philippe Rocher, j'ai moi-même débusqué des sources au "Sonnet du Trou du Cul" et j'ai accentué l'importance de la référence au recueil de Cantel.
Les publications de Mérat semblent s'arrêter là pour ce qui est des recueils qui ont pu avoir une potentielle influence sur Rimbaud du temps qu'il écrivait des vers. Et, à tout le moins, ce sont les références à privilégier pour apprécier l'éloge fait le 15 mai dans la lettre à Demeny. Toutefois, sur ce dernier point, je prétends que Rimbaud a brièvement logé à Paris lors d'un séjour en février-mars 1871 chez André Gill, célèbre caricaturiste qui fera lui aussi partie du Cercle du Zutisme incluant Valade, Rimbaud et d'autres ! J'ajoute que dans une lettre du début du mois d'octobre 1871 Valade revendique un rôle de saint Jean-Baptiste sur la rive gauche dans la révélation du poète Rimbaud. Or, c'est Verlaine et Cros qui sont allés chercher Rimbaud sur le quai de gare à son arrivée en septembre 1871 et cela s'expliquait par des courriers entre Rimbaud et Verlaine. En clair, il est sensible que Rimbaud n'a pas que rencontré André Gill et cherché à rencontrer Verrmersch en février-mars 1871 lors de son passage prolongé à Paris. Il logeait où à votre avis Rimbaud tout ce temps ? Il aurait rencontré Valade à ce moment-là, ce qui expliquerait que Mérat soit réuni à Verlaine dans l'éloge de la lettre à Demeny...
Mais, passons à la montée à Paris. On sent bien dans les contributions zutiques que Verlaine et Rimbaud ont eu accès non seulement à des pré-originales de Coppée dans des revues, mais aussi à des manuscrits inédits. Verlaine connaissait déjà le poème "La Nourrice" avant le 14 juillet 1871 et Rimbaud exploite l'inédit "Croquis de banlieue" pour composer "Ressouvenir" en novembre. Il exploite même l'idée de mettre des titres à plusieurs dizains zutiques : "Le Balai" ou "Etat de siège ?" Pour "Vu à Rome", Rimbaud peut connaître les deux poèmes ajoutés à la réédition des Lèvres closes de Dierx en 1872, comme il peut connaître quelques poèmes inédits que Dierx ne publiera dans des revues que peu après et en recueil que bien plus tard. Le problème, c'est qu'on se retrouve à spéculer sur les lectures ou non de manuscrits inédits, le cas bien étayé étant celui tout de même du dizain "Croquis de banlieue" clairement repris dans "Ressouvenir".
Et puis, j'en reviens à Mérat. Il fait directement partie des membres du Zutisme comme en témoigne le sonnet "Propos du Cercle" ou certaines allusions dans l'Album. C'est le grand ami de Léon Valade, celui qui conservait sur lui l'Album zutique. Mérat est certes rapidement en relation tendue avec Rimbaud. Verlaine témoignera de la distance de Mérat à l'égard de ce jeune ardennais à son arrivée à Paris. Le "Sonnet du Trou du Cul" et une lettre de Verlaine demandant à Mérat de cesser les rumeurs à son sujet font sentir que le froid a été immédiat entre Mérat et Rimbaud. Je ne vais pas citer ici tous les éléments. Je fais remarquer toutefois ceci, la première section des Chimères est dédicacé à un ami Paul Arène, autrement dit un complice avec Alphonse Daudet de la confection du Parnassiculet contemporain. Les rimbaldiens ne se demandent jamais si l'Album zutique n'a pas été connu par plus de monde qu'il n'y paraît et notamment par les gens ciblés. Rollinat recopiait le "Sonnet du trou du Cul" avec dégoût affecté pour le communiquer à un ariégeois. Quelqu'un a publié en 1878 dans Le Figaro un poème en vers d'une syllabe "Le Pauvre diable" qui s'inspire notamment de "Cocher ivre". Coppée savait d'évidence des choses sur l'Album zutique, lequel a fini dans les mains de Coquelin Cadet visiblement, ce qui laisse à penser que les ennemis de Rimbaud ont sans doute pu s'en repaître. Mais, avec Mérat, on entre dans l'idée que au moins la rumeur sur l'existence de cet Album a pu atteindre très tôt certaines oreilles.
Mais j'en reviens à mon sujet qui est un peu lié à ce que je viens de dire. Ce que je viens d'exprimer, c'est qu'il faut se méfier du préjugé d'un cloisonnement entre les groupes d'écrivains et poètes en 1871. Dierx, Coppée, Silvestre et d'autres peuvent faire lire à Rimbaud et Verlaine des manuscrits inédits et ces deux derniers en profiter pour créer des blagues. Le contact est direct avec Verlaine dans le cas de Coppée, indirect avec Rimbaud qui profite de ce que peut lui rapporter Verlaine. Et j'en reviens donc à Mérat. Celui-ci n'a sans doute pas rien écrit depuis 1869 ! Il va publier en 1872 un recueil précisément intitulé Les Souvenirs et ici j'aimerais attirer votre attention sur un premier fait troublant. Le mot "souvenir" est clef dans les vers de Coppée, notamment dans les séries de "Promenades et Intérieurs" et dans le début du recueil Intimités, et ça va bien sûr au-delà. Verlaine s'en empare et passe au calembour sur le quasi synonyme "Remembrances" et Rimbaud va à son tour jouer sur les deux tableaux : "Remembrances du vieillard idiot" et "Ressouvenir", mais Rimbaud et Verlaine devaient être au courant que Mérat préparait un recueil de ce titre et Mérat était précisément la première grande victime parodique de tout l'Album zutique'. En clair, les parodies de Coppée ont des retombées sur Mérat. Mérat va aussi publier un recueil en 1873 intitulé Les Villes de marbres qui renvoient à un ancien séjour en Italie, donc les poèmes ne sont pas si récents. Ils le sont d'autant moins que plusieurs ont été publiés en revue auparavant avec même des inédits. Je ne sais plus en quelle année.
Evidemment, je dois avouer que quand les poèmes de Mérat décrivent des voyages en Bretagne ou en Italie, je ne m'attends pas à des sources pour les poèmes de Rimbaud qui fatalement ne s'intéressent pas tellement à ce type d'ancrage référentiel.
Mais Rimbaud connaissait sans doute le contenu de ces recueils ultérieurs et en tout cas il faut prendre le temps d'investiguer cela.
Enfin, en 1873 toujours, Mérat a publié un autre mince recueil L'Adieu où il emploie des vers courts différents : octosyllabes, hexasllabes,... mais ce qui est frappant c'est que ce recueil est une suite de trente-quatre poèmes en trois quatrains, sachant que trois quatrains ça fait douze vers ce qui nous rapproche de l'esprit des séries de dizains de Coppée. Et ce n'est pas tout, vous le voyez au titre de mon article, je suis frappé que ce procédé rappelle le cas de "Vu à Rome" qui sur l'Album zutique est voisin du "Sonnet du Trou du Cul", et je rappelle que "Vu à Rome" est suivi d'un poème en tercets "Fête galante", ce qui prouve que "Vu à Rome" n'est pas qu'aléatoirement un poème isolé en trois quatrains, puisque la mise en page souligne le caractère formel des trois quatrains, et à côté de "Vu à Rome" nous avons précisément, enchaînés, les deux premiers dizains à la Coppée de Rimbaud.
Ceci donne encore plus de perspective à l'ironie formelle des premières pages de l'Album zutique. Maintenant, les poèmes du recueil L'Adieu ne s'imposent pas comme des sources pour "Vu à Rome", malgré les mentions "lèvre cruelle" et "sanctuaire" dans deux poèmes consécutifs.
En revanche, il en va différemment du recueil Les Souvenirs. J'aimerais vous forcer à croire que son dernier poème "Les Violettes" est à rapprocher du "rayon violet de Ses Yeux", mais ça risque d'être compliqué. Ceci dit, si on peut avoir du mal à penser à des rapprochements entre la série "La Mer de Bretagne" et le corpus rimbaldien, le sonnet "Chemin de halage" dans la section "Hors des murs" est troublant. Nous avons une description du travail des "haleurs" plus longue que celle du "Bateau ivre" et avec la mention précisément du "bateau lourd" qui "descend". Et c'est d'autant plus impressionnant que dans la suite immédiate du vers du premier tercet que je viens de citer il est question d'un ciel marin qui boit l'azur, ce qui n'est pas sans faire penser au refrain de "L'Eternité" :
 
           Chemin de halage
 
Aux deux rives de l'eau, paysage tremblant,
Sur la berge encaissée où leur largeur tient juste,
Des arbres, dont le tronc au sol rude s'incruste,
Agitent leurs rameaux sans feuilles, d'un bruit lent.
 
Des percherons trapus tirent du col, soufflant
Le brouillard enflammé d'une haleine robuste.
Large, bien que petit, d'épaules et de buste,
Le charretier conduit ses bêtes en sifflant.
 
Le bateau lourd, ainsi mené, descend le fleuve,
Vers la mer où le ciel à l'aurore s'abreuve
Et boit, comme en un vase étincelant, l'azur.
 
Parfois, il faut aussi l'effort à la pensée,
Mais le courant du rêve est invisible et sûr :
L'âme vers l'infini va, lentement bercée.
 
 Et après deux autres sonnets "L'Arche" et "La Berge", arrive cet autre sonnet "Le Grande arbre" dont le dernier vers "La fermentation violente des rêves" entre en résonance évidente avec "Le Bateau ivre", mais il y a encore le denier vers du premier tercet qui fait tant songer à un vers du milieu du premier tercet du "Sonnet du trou du cul" : "Et les baisers, concert matériel des rêves" contre "Mon âme, du coït matériel jalouse, [...]".
Enfin, le premier sonnet de la série "Hors des murs" et qui précède "Chemin de halage" entre en résonance avec celui-ci :
 
Il faudrait pour quitter la ville, un vieux bateau
Suivant l'eau lentement, sans voiles et sans rames.
[...]
Où donc est la rumeur de foule où je passais ?
Je ne sais pas combien j'ai pu faire de lieues.
 Accessoirement, je fais remarquer l'attaque du sonnet "La Bénédiction de la baie" : "Pendant qu'au loin..." qui ressemble grammaticalement à l'amorce du "Bateau ivre" : "Comme je descendais..."
Entre septembre 1871 et février 1872, Rimbaud a-t-il eu connaissance de ces poèmes alors inédits de Mérat ?
 

lundi 28 septembre 2026

En attendant le bain dans la mer a midi...

 Bonne pensée du matin est l'un des poèmes en vers irréguliers de Rimbaud les plus commentés et il a la réputation malgré deux difficultés très débattues d'être peu hermétique.

Dans le passé,  les lectures dominantes étaient celles de Mario Richter et de Bernard Meyer. Comme précisé ce dernier, Richard fait une synthèse indulgente des prédécesseurs pour une mise au point tout de même de qualité,  quand lui est plus restrictif. Il va dénoncer en particulier la lecture 9bscene obsessionnel de l'âme est en couronne, une des 2 difficultés majeures., lecture caduque de Fongaro.. il y a aussi une lecture de Brunel en 1991 et des lectures plus sommaires mais révélatrices des compensations imaginztrices des critiques anciens comme Antoine Adam.

En 2006  deux articles de Reboul et de Murphy ont rebattu les cartes.

Murphy pense qu'il est question de la reconstruction après la guerre. Reboul penche pour la reprise des travaux hausmaniens à l'ouest de la ville, ce que je trouve nettement plus convaincant et en phase avec le discours du poème qui ne parle pas de réparer.

Le point commun des deux articles, c'est qu'ils lisent comme unnoxymorevironique Ouvriers charmants, ce qui peut être contre-intu8tif dans un effort de lecture communarde qui suppose une sympathie pour les exploités,  sachant que la prière est d'un bain dans la mer a midi ce qui fait penser au Déluge, mais aussi à la symbolique chère à Rimbaud de la mer allée avec le soleil, du Bateau ivre ou de Aube qui justement décrit le passage de quatre heures du matin et l'attente de midi. Cette ironie a l'égard des ouvriers ne va pas de soi, je ne suis pas convaincu par les connotations supposées péjorative de l'adjectif charmants. Je trouve qu'on me force la main à considérer que charmants serait un mot mièvre valant avertisseur contre une lecture qui serait trop mièvre pour un Rimbaud. L'ironie si elle doit être soutenue à la lecture vient du texte, soit de ses implications pour le sens, soit de sa prosodie. On ne peut pas dire que le poème est ironique parce que c'est Rimbaud qui l'a écrit : ça n'est pas cohérent.

Or, ce que j'ai découvert, c'est que Bonne pensée du matin imité dans ses premiers vers la chanson célèbre de Desaugiers Paris à quatre heures du matin. Rimbaud imité les premiers dans son titre et son premier quatrain.

Il reprend quatre heures du matin et les mots à la rime surtout évaporé. Desaugiers a écrit en parallèle un Tableau de Paris à cinq heures du soirquo peut donner une idée du soir fête.

La revue est celle d'ouvriers charmants au plan de leur conditionnement littéraire ou artiste. Pris en bonne part, l'adjectif charmant est emplit dans un poème adressé à Desbordes-Valmore.

Dans la chanson pour cinq heures du soir, Desaugiers parle du désert quand les rues se vident et cela s'oppose aux heures de cohue. Le poème commence par l'idée de la foule qui s'écoule.

Du coup, le bain dans la mer pourrait désigner la cohue de midi que les travailleurs de quatre heures du matin ne peuvent qu'attendre.


Quant ai soleil des Hesperid4s, j'estime qu'avec les faux Cieux et le souvenir du soir fête, il y a la une ironie réelle sur le faux soleil de la Parade sociale. Je rappelle avoir signalé en source printemps des Hesperides dans les mélodies de Joseph Mary..

dimanche 27 septembre 2026

Ces autres sources coppéennes dont vous n'allez pas pouvoir manquer d'écoper !

Ci-dessous, des rapprochements qui concernent exclusivement les dizains des deux séries "Promenades et Intérieurs" !
Je n'ai pas rappelé tout ce que j'ai déjà développé dans d'autres articles. Le but est de vous apporter encore de l'inédit.
 
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Commençons par un rapprochement connu, mais finalement négligé à cause de Steve Murphy. En 1990, Murphy a publié un livre Le Premier Rimbaud ou l'apprentissage de la subversion dont les chapitres étaient autant d'analyses de poèmes. Plusieurs analyses peuvent être refaites de nos jours, certaines sont plutôt erronées, mais l'étude du sonnet "Vénus Anadyomène" dominait nettement cet ensemble. Murphy exploitait en particulier la source que Jacques Gengoux avait révélée, le poème "Les Antres malsains" d'Albert Glatigny. Toutefois, à propos de l'ulcère, Murphy met en doute une autre source proposée également depuis longtemps, un dizain que Coppée a publié dans la première série de "Promenades et Intérieurs" du second Parnasse contemporain, dans une livraison qui, du coup, se doit d'être antérieure au mois de juillet 1870 pour être validée. Murphy cite le dizain en entier dans son article, puis il écrit ceci :
 
Rimbaud a sans doute connu ce dizain et rien n'empêche de croire qu'il s'en est localement inspiré. En revanche, rien ne démontre qu'il s'agit d'une "source". Mais qui "pose un vésicatoire à Vénus accroupie" dans ce poème ? On peut évidemment répondre : François Coppée. [...]
 Méprisant, Murphy passe rapidement à une autre source hypothétique qu'il déclare "plus intéressante" révélée par un certain Gerhard Butters et c'est vrai que cette autre source est clairement pertinente, une source proudhonienne où il est question de "chancre à l'anus", j'en reparlerai une prochaine fois. Toutefois, le dizain de Coppée est intéressant à plus d'un titre, et si je vous le donne à lire vous verrez que ce n'est évidemment pas Coppée qui met le vésicatoire à la déesse :
 
Les dieux sont morts. Pourquoi faut-il qu'on les insulte ?
Pourquoi faut-il qu'Hellas et que son noble culte
Ne puisse pas dormir de ce sommeil serein
Que prêta le pinceau classique de Guérin
Au Roi des rois vers qui rampe le sombre Egiste ?
Pourquoi faut-il enfin qu'un impur bandagiste
Donne à Hercule antique un infâme soutien,
Des bas Leperdriel à Phoebus Pythien,
Et, contre la beauté tournant sa rage impie,
Pose un vésicatoire à Vénus accroupie ?
La transcription de Murphy contient une coquille "un sombre Egiste" et elle maintient l'esperluette de l'édition originale au vers 2. Coppée dénonce clairement des images commerciales et le nom "Leperdriel" attira automatiquement votre attention puisque Rimbaud le nomme dans ses parodies de l'Album zutique. Rimbaud cite Leperdriel à la rime au dernier vers du premier quatrain du sonnet "Paris". D'ailleurs, malgré le changement de référent culturel, le vers de Rimbaud est marrant à rapprocher du dizain de Coppée que vous venez de lire ou relire :
 
- Ô Christs ! - Leperdriel !
 
 Je vous cite la "note" de Pascal Pia dans son édition fac-similaire de l'Album zutique de 1962 :
 
Le Perdriel, établi également rue Sainte-Croix-de-la-Bretonnerie, n°54, fabriquait des produits spéciaux pour vésicatoires et cautères, et surtout des bas contre les varices. Il avait un magasin de vente au détail, 70, Faubourg Montmartre. Dès 1869, Coppée faisant allusion aux mannequins qui garnissaient la vitrine des bandagistes, nommait Le Perdriel dans le dizain [...]
Menier est l'autre notoriété du sonnet "Paris" de Rimbaud qui avait le siège de sa société rue Sainte-Croix de la Bonneterie, d'où le "également" de notre citation. Cette identification est débattue, mais peu importe ici.
Pas mal de pages plus loin dans l'Album zutique, nous avons un dizain de Léon Valade intitulé "Intérieur", réduction évidente du titre coppéen, qui décrit un "médecin / Des pieds" qui lui enlève des "pellicules" sur son orteil, sa "jambe nue" étant exposée "sur le velours d'un coussin". Ce dizain ne cite pas Leperdriel, mais il est suivi d'un dessin qui illustre la scène du poème avec un titre en-dessous : "- Galopeau. -" Ce Galopeau est aussi mentionné par Rimbaud et cela dans le quatrain qui se  termine par la mention "LePerdriel" et notons que le premier quatrain de "Paris" réunit ainsi trois spécialistes des pieds et des jambes : Godillot, Galopeau et Le Perdriel. Notez aussi que Rimbaud adopte la même orthographe que Coppée, et non celle fournie par Pascal Pia.
En clair, le dizain de Coppée avait un pouvoir comique pour les zutistes. "Vénus anadyomène" a été composé en juillet 1870, mais il faut faire attention à plusieurs éléments. Rimbaud s'intéresse de très près aux recueils de Coppée, il y puise des éléments pour ses propres poèmes, des "Etrennes des orphelins" à "Romand" : "Les tilleuls sentent bon", "Romant" étant postérieur à "Vénus anadyomène".
Ensuite, il faudrait préciser le moment de la rencontre de Rimbaud avec Bretagne qui est un ami de Verlaine qui pouvait renseigner Rimbaud sur les blagues potaches du milieu des poètes parisiens. Verlaine écrit à Coppée en 1869 pour lui annoncer et décrire ce qu'est l'Album des Vilains Bonshommes. Enfin, c'est précisément la chute du dizain de Coppée qui est à rapprocher de la chute de "Vénus anadyomène". Le vésicatoire n'est pas n'importe quel médicament, puisque c'est un emplâtre à base de cantharides qui provoque des ampoules exprès sur la peau des patients. J'ai pu voir dans un article en ligne de la revue Persée que dans son Jérôme Paturot de 1884 Louis Reybaud a composé en vers un "Hymne au vésicatoire" où il nomme Leperdriel et donc montre qu'il a lu le dizain de Coppée. C'est l'un des deux seuls dizains que Coppée a supprimés pour son édition en recueil des Promenades et Intérieurs, signe que le poème était quelque peu sulfureux.
Enfin, le dizain de Coppée parle aussi de peinture en citant le tableau de Guérin et le sommeil du juste dans lequel est plongé Agamemnon. Coppée cite Egiste, alors qu'en réalité c'est Clytemnestre qui s'apprête à tuer son mari, mais pour empêcher toute hésitation Egiste la pousse. Il s'agit d'un tableau de 1817 conservé au Louvre.
L'idée de préserver le sommeil serein peut éventuellement entrer en écho avec la prétention à l'art serein dans le dizain de Rimbaud : "Aux livres de chevet, livres de l'art serein,..."
Murphy veut être sceptique, mais cette source n'est en rien incompatible avec celles qu'il développe. Cela montre au contraire la richesse des références que peut accumuler Rimbaud en un seul poème.
 
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Le premier dizain de la série du second Parnasse contemporain offre une hypothèse de source que je tiens à indiquer en passant. Le poème s'adresse au lecteur qu'il qualifie de "spectateur indulgent" puis qu'il précise en tant que "Lecteur mélancolique et doux" et il lui dédie ces vers parce que "deux paisibles amis" ont bien le droit de "causer entre eux".
Dans le dizain "J'occupais un wagon...", il me semble y avoir une correspondance. Le vieux prêtre et le poète sympathisent face à une foule plus hostile ("brocarts impolis") et le vieux prêtre fait une "demande énergique / Et triste en même temps d'une petite chique / De caporal". Le mot "énergique" n'est pas très présent contrairement à "triste" dans les vers de Coppée. Au contraire, dans "Un Fils", le malheureux qui fait précisément un travail de "bureau" ! se couche "sans énergie" pour lire vu le labeur qu'il a au quotidien et le manque d'épanouissement. Or, je me demande si Rimbaud ne s'est pas inspiré de la coordination à cheval sur la césure : "Lecteur mélancolique et doux..." pour créer sa coordination à cheval sur deux vers : "la demande énergique / Et triste..."
Vous trouvez ça gratuit ?
Prenez le vers de Coppée dans son intégralité :
 
Lecteur mélancolique et doux, à vous ces vers !
 Ces vers, surtout s'ils sont récités, sont un équivalent de la chique de caporal. Ensuite, dans le dizain de Coppée, on apprend que ces vers sont des "souvenirs", des "boutades", mais que parfois ils ont été "trouvés au coin de l'âtre", ce qui crée une légère équivoque, puisqu'on peut penser à quelque chose qui fume au coin de l'âtre et fil en aiguille à un cigare ou une cigarette, à du tabac. Certes, ce n'est pas directement ce que Rimbaud invente, mais il faut quand même comprendre que Rimbaud est à même de sous-entendre que les dizains de Coppée c'est un peu de la chique de caporal...
 
 
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Le second dizain a inspiré les dizains de Verlaine envoyés à Valade le 14 juillet, et je me demande si la mention "friture" n'a pas hanté Rimbaud au point qu'il ait pas mal fait de rimes en "ur" dans ses parodies comme la séquence "dur"/"peinture"/"mur" dans "Le Balai", comme l'emploi de "triturer" dans "Je préfère sans doute...", etc.
 
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Le troisième dizain contient un vers 3 avec deux hémistiches symétriques : "Devant la vaste mer, devant les pics neigeux," ce qui me fait penser à la symétrie équivalente dans "Ressouvenir" : ""Aux grilles du palais, aux gradins du manège," d'autant que "manège" rime avec "neige" nom à la source de l'adjectif "neigeux". Je prévois une recension de tous les vers de Coppée qui ont ce mode de balancement symétrique de groupes prépositionnels.
Je fais aussi un rapprochement plus aléatoire avec le poème "Le Balai". Coppée avoue une "amitié malsaine" pour Paris et il parle de "corde" qu'on pend à des arbres pour faire "sécher" la toile et la flanelle. C'est peut-être gratuit de rapprocher cela de "Son crin inerte sèche" et de la "cordelette" qui semble "une tresse gelée" dans "Le Balai". Mais, il se trouve que le dizain IV qui suit est précisément le dizain qui a précipité la création du "Balai" avec son intérêt pour les pissenlits dans les coins, son "plaise" à la rime, son tour clairement repris par Rimbaud : "quelque ancienne affiche" devenant "quelque ancienne prairie".
 
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Le dizain "Le Grand-Montrouge est loin..." retient mon attention pour deux éléments.
Les trois vers suivants pourraient avoir contribué à la création par Rimbaud de la scène d'admiration de l'enfant aux champs de foire devant les ânes en érection :
 
Et voici que, marchant à côté de la roue,
Il revient, écoutant, de fatigue abreuvé,
Le pas de son cheval qui frappe le pavé.
 Ensuite, son vers conclusif : "Et l'automne qui vient ne lui fait pas de mal" est quelque peu inversé dans cette chute d'un dizain de Rimbaud : "Et que l'âpre aquilon n'épargne aucune veine !" Et, justement, dans plusieurs dizains qui suivent immédiatement celui, je relève plusieurs autres sources pour la même parodie rimbaldienne : "Les soirs d'été..."
Dans la série parnassienne de Coppée, après "Le Grand-Montrouge...", nous avons "J'écris près de la lampe..." qui décrit une scène d'une nuit froide d'octobre, mais dans un intérieur tranquille auprès du feu, sauf que la mère veille sur son poète de fils et remet une bûche dans l'âtre en prévision de la nuit, et le poète s'écrie au dernier vers : "Ma mère, sois bénie entre toutes les femmes !" Encore une fois, on a une idée inversée du vers final du dizain "Les soirs d'été..." : "- Et que l'âpre aquilon n'épargne aucune veine." Et je suis d'autant plus enclin à penser que c'est une source réelle pour Rimbaud que le "Je songe que l'hiver figera..." du vers 8 du dizain rimbaldien est un décalque de cet extrait des vers 4 et 5 du dizain coppéen : "Elle songe sans doute au mal qui m'exila / Loin d'elle, l'autre hiver".
Le dizain suivant : "Volupté des parfums !" offre lui aussi une sorte de ressemblance et contrepoint avec "Les soirs d'été...", mais le rapprochement est plus superficiel. Le poète traverse un brouillard et est en train de songer, plus au sens de rêver. Mais le dizain suivant confirme clairement que nous avons bien affaire à une zone de poèmes de Coppée qui ont inspiré Rimbaud pour son dizain "Les soirs d'été...", puisque le dizain "Noces du samedi..." contient la rime "cigare"/"s'égare" aux vers 5 et 6 que Rimbaud a reprise en l'altérant à peine aux vers 5 et 6 de "Les soirs d'été...", et Rimbaud a aussi repris d'autres éléments :
 
Noces du samedi ! noces où l'on s'amuse,
 
correspond à :
 
Les soirs d'été, sous l'oeil ardent des devantures,
[...]
 
Les cris facétieux ont une résonance aussi dans le dizain de Rimbaud, ainsi que les descriptifs de personnes.
L'évidence s'impose avec les vers 5 et 6 des deux dizains :
 
Qui leur donnent le bras en fumant un cigare,
Tandis qu'en un bosquet le marié s'égare,
 
Suceurs du brûle-gueule ou baiseurs du cigare,
Dans le kiosque mi-pierre étroit où je m'égare,
[...]
 
**
 
Pour le vers stylisé du poème "Le Balai" :
 
Tel un bois d'île à la canicule rougi.
 
Il me semble évident que les nombreux exemples du dizain suivant ont servi de modèle, de référence si vous préférez, sans compter le lien étymologique entre "chien" et "canicule", le "ce qu'autrefois il fut" et l'écho comique du "baiser éperdu" à "rougi" par la canicule :
 
Tel un chasseur perclus, devant son feu qui flambe,
Echange avec son chien serré contre sa jambe
Un regard de tristesse à l'heure de l'affût,
Triste et se rappelant  ce qu'autrefois il fut,
Tel un oiseau muet dans le brouillard d'octobre,
Tel un buveur malade et forcé d'être sobre,
Tel un prêtre du bruit d'un baiser éperdu,
Telle une épée au clou, tel un luth détendu,
Tel un foyer désert, et telle ma pensée
Alors qu'elle se croit du rhythme délaissée.
 
**
 
Pour les mentions d'auteurs dans "Auc livres de chevet..." un rapprochement me paraît aller de soi avc la chute du dizain : "Je rêve, tant Paris m'est parfois un enfer..."
 
[...]
Et j'y rétablirais, disciple consolé,
Nos maîtres, Esménard, Lebrun, Chênedollé.
 
**
 
Encore à rapprocher du dernier vers de "Les soirs d'été...", cette chute :
 
Et le soleil couchant ne vous attriste pas.
 
**
 
Le dizain "Comme le champ de foire..." est à ajouter d'évidence aux sources du début des "Remembrances du vieillard idiot".

"Verte ouate" diérèse ou synérèse : la preuve par Coppée (rectificatif 19h)

*** J'ai écrit l'article suivant trop précipitamment. Le syntagme "comme ouatés" peut aussi bien se lire "comm'ouhatés" que "comme watés". Et on aura le bon nombre de syllabes. L'important, c'est qu'il s'agit de la source à la "verte ouate" de Rimbaud et j'apporterai des précisions sur le ciel, etc. En revanche, cela ne prouve ni la synérèse, ni la diérèse. Mon titre était joli pourtant, mais tant pis.*** 
 
 
Dans son livre L'art de Rimbaud, Michel Murat soutient que Rimbaud pratique la diurèse à "ou-ate", lecture métrique qui ferait consensus à l'époque, sauf qu'on peut lire aussi bien verte wate que verte ou-ate, ça ne change rien à la syllabation. Murat cité un contre-exemple que lui opposait Marc Dominicy qui est tiré de de Rodenbach et ou la lecture wate est indiscutable.
Or, je me rappelle avoir envoyé en privé à Cornulier un exemple favorable à wate la synerese et qu'il était d'accord, et je crois qu'il avait un exemple chez Verlaine. Mais, je me demande si ma preuve de la synerese ce n'était pas déjà celle que je vous soumets ci-dessous. Dans ses dizains, Coppée à écrit "comme ouatés" ce qui ne peut se lire qu'avec synerese dans le dizain qui parle de regarder le coucher du soleil.
Il s'agit du dizain XXI d'y recueil définitif qui décrit le lendemain d'un jour de neige et un décor gelé ce qui convient au cas de État de siège. Coppée pratique une césure acrobatique sur la préposition dans "Sont comme ouais et dans" la lecture avec synerese étant obligatoire.
On a la preuve de la synerese et une source directe au dizain rimbaldien.

Prochainement, des sources précises au dizain "Les soirs d'été...", le seul que jecn'ai pas encore traité. J'aurai alors apporté des contributions décisives à absolument toutes les parodies de Coppee par Rimbaud dans l'Album zutique !
Vous comprenez ce que ça signifie dans la compétition de moi seul contre tous les autres rimbaldiens.
Qu'on m'explique pourquoi je suis noyé parmi les publications de Murphy, Teyssedre, Pakenham, Saint-Amand et quelques autres. Plus de la moitié de ce qu'on sait sur les contributions zutiques de Rimbaud vient de moi seul, j'ai quasiment expliqué toutes les parodies à moi seul, à part Exil et le Sonnet du Trou du cul. Et encore, je suis actif sur ce sonnet, sauf Paris et Jeune goinfre, et encore.
Le reste, c'est moi qui ai fait systématiquement les analyses décisives.

samedi 26 septembre 2026

"Voyelles, c'est la vie" : compte rendu de la rencontre entre les éditeurs de Rimbaud Bardel et Cavallaro à Ombres blanches !

Sur son site Arthur Rimbaud, le poète, Bardel vient de fournir le lien vers un podcast sur le domaine internet Youtube où on peut suivre un enregistrement audio de la rencontre entre Bardel et Cavallaro à la librairie Ombres blanches. Il s'agit d'une, entre gros guillemets, vidéo d'une heure dix-huit minutes. Il y a un début un peu chaotique et répétitif : une voix féminine annonce ce qu'on va voir et présente lacunairement les deux intervenants, puis nous passons à l'enregistrement de la rencontre même avec une voix masculine qui refait les mêmes présentations lacunaires, puis nous arrivons enfin à la rencontre elle-même où l'animatrice Marine Le Bail refait les présentations mais en moins lacunaires.
La voix masculine introduit les intervenants comme des "spécialistes" de Rimbaud, mais on verra que lors des questions du public dans la salle Cavallaro ne pourra rien dire au sujet du sens du sonnet "Voyelles", ce' sur quoi nous reviendrons plus bas dans ce compte rendu. On apprend aussi par cette voix masculine, sinon par celle de l'animatrice, je ne sais plus, que cette rencontre est à l'initiative d'Alain Bardel, même si les deux "conférenciers" sont mis sur un pied d'égalité, l'un étant invité pour son édition en deux tomes des OEuvres complètes en Folio Classique, et l'autre pour son essai critique Les Illuminations ou Rimbaud l'Obscur il y a déjà plus d'un an. L'intérêt de cette rencontre, c'est pour moi de voir ce qui va se dire sur la prétendue originalité de l'édition de Cavallaro qui est si fortement mise en avant dans l'appareil promotionnel qui se fait autour. J'attendais aussi les intervenants au tournant. Je voulais savoir si Cavallaro et Bardel parleraient de la coquille "outils" pour "autels", du déchiffrement "ou daines" que Cavallaro  corrompt en "de daines", s'il allait être question de la pagination des manuscrits des Illuminations comme allographe ou autographe, s'il allait être question des lignes farfelues qui sont éditées avec les poèmes en prose, s'il allait être question aussi d'une justification par Cavallaro de ses choix éditoriaux dans l'ordre des poèmes. En une heure de temps, il ne sera jamais question directement de ces points, même quand à certains moments il serait naturel d'en parler.
Ce n'est donc pas le contenu audio que j'attendais pour pouvoir faire une mise au point. Ceci dit, la rencontre n'en est pas moins révélatrice de certains travers. Et il y a notamment un point qui me chagrine et qui devait chagriner les toulousains présents dans la salle qui ont rarement l'occasion comme à Paris d'une telle rencontre d'éditeurs de Rimbaud, c'est le manque de générosité à leur égard. On va en reparler.
La première question est intime, comment en être venu à vouloir éditer Rimbaud, et c'est Alain Bardel qui y répond le mieux. Avec sa voix chevrotante, il commence certes assez mal : "ce que je vais dire est absolument non-romantique", il parle de son expérience dans le milieu enseignant qui est à l'origine de son site internet, mais j'ai évidemment bien aimé la partie originale sur sa rencontre, puis ses échanges avec Antoine Fongaro, même si j'ai un peu tiqué sur la chronologie. Bardel a commencé son site sur Rimbaud au début du troisième millénaire, vers 2003 je dirais, tandis que Fongaro n'était plus enseignant à l'Université de Toulouse le Mirail depuis au moins juin 1994. Et il ne vivait plus à Toulouse, mais en Italie. Mais, peu importe. Bardel a appris de Fongaro à étudier tous les détails du texte et il rapporte le propos excessif de celui-ci qui disait que ce n'était pas la peine de parler du sens d'ensemble d'un poème si on n'en maîtrisait pas tous les détails. Cette idée va être importante pour l'ensemble de l'échange Bardel-Cavallaro qui plus est.
Mais, d'emblée, Bardel revient à ce qu'il veut dire en trois mots : il vante le fait d'être au plus près du texte et de consulter les fac-similés et il ne peut s'empêcher de saluer l'édition de Cavallaro en la vantant d'être plus riche en commentaires que celle de la Pléiade et il va la vanter aussi plus tard pour l'établissement du texte, mais sans dire en quoi Cavallaro a apporté quoi que ce soit de personnel. Plus précisément, Bardel va saluer Cavallaro pour l'établissement du texte des Illuminations à partir des manuscrits, ce qui n'a aucun sens ! Cavallaro a introduit des lignes farfelues, il établit le texte comme l'ont fait ses prédécesseurs. L'article "Les" revenu dans le titre l'est déjà avec Bardel ou l'édition de Frémy, Scepi, et c'est venu d'un article de Steve Murphy en 2004. Bardel parle des difficultés d'établissement du texte des manuscrits, mais le grand sujet c'est "Jeunesse II Sonnet". C'est le poème par excellence de Rimbaud que personne n'arrive à éditer, non ? Cavallaro y a-t-il réussi ? N'oublions pas que Cavallaro fait n'importe quoi avec les alinéas de "Nocturne vulgaire" et de "Marine" ? Mais tous ces détails nous ne les aurons pas pendant l'entretien. On est simplement priés de croire sur la foi de Bardel que l'édition de Cavallaro est utile même aux rimbaldiens chevronnés (vous voulez que je témoigne ?) et que l'établissement du texte vient de lui (mais en quoi ?). A d'autres reprises, l'animatrice redit que c'est la première fois que nous avons les oeuvres complètes de Rimbaud au format de poche. Mais c'est faux ! Outre que personne ne mentionne l'oubli d'au moins "Poison perdu", les éditions complètes existent en GF avec Steinmetz, au Livre de poche avec Brunel, et l'ancienne édition de Forestier n'était pas tout à fait incomplète. L'édition initiale de Steinmetz était en trois volumes, mais elle a été refondue en un seul, celle de Brunel existe en un seul volume dans la collection La Pochothèque, et de toute façon celle de Cavallaro est en deux tomes. Pourquoi on nous rebat les oreilles avec l'idée que Cavallaro publie la première édition des oeuvres complètes au format de poche ? Et pourquoi on lui attribue des mises au point décisives sur l'établissement des textes ? Je veux des faits, ce n'est pas trop demander. D'ailleurs, au cours de l'entretien, Cavallaro lui-même a un moment d'arrêt quand il dit que son principe de publier tous les textes, toutes les versions est déjà pratiqué avant lui, il précise que c'est déjà ce qu'ont fait des éditions savantes, sauf que les éditions de Steinmetz et Brunel à tout le moins sont des éditions courantes au format de poche. Maintenant, la réponse de Cavallaro à la première question nous apprend ce qu'il s'est passé. Cavallaro voulait proposer une édition des seuls textes en prose, mais l'éditeur a fini par consentir à une édition reprenant tout. Et là, Cavallaro aurait surpris la maisonnée Folio en parlant d'éditeur toutes les versions et de faire des oeuvres complètes. Bref, il n'y a que l'équipe de l'édition Folio qui a cru qu'il y avait un bouleversement majeur... Ils ne sont pas au courant de ce qui se fait au Livre de poche ou en Garniert-Flammarion. Cavallaro les fait passer pour des gens peu sérieux.
On remarque que du coup Cavallaro n'a pas pu s'en tenir à son projet, mais la publication de l'oeuvre en vers est devenue étrangement le prétexte pour prétendre à une première édition des oeuvres complètes au format de poche, ce qui est faux, le prétexte aussi à une pensée éditoriale neuve où on publie toutes les versions (ce qui est faux) et à cause de cela on a droit à une édition où les textes sont rangés n'importe comment : "lettre de Charles d'Orléans" au milieu des poésies en vers, "Tête de faune" devant les contributions zutiques, "Les Corbeaux", "Les Mains de Jeanne-Marie" traités comme des queues de comète dans le deuxième tome. Notons que lors de cette rencontre, Cavallaro assimile clairement "Voyelles" à une composition de l'année 1871 ! Drôle de spécialiste, drôle d'expert du classement chronologique des textes, drôle de champion de l'édition !
On arrive alors au débat sur le problème de transmission et d'établissement des textes, débat déjà ancien dont quelque part l'édition en Garnier-Flammarion de Steinmetz était déjà une manifestation auprès du grand public en 1989. Cavallaro est beaucoup plus clair et structuré que Bardel sur ce sujet. On relève un fait frappant : même s'il est assez âgé, Bardel n'arrête pas de se tromper sur les dates. Il y a plusieurs exemples, soit autour des vingt ans de Rimbaud, soit autour de la publication des poèmes de 1886 à 1895. Bardel perd de vue l'année 1886 pour la revue La Vogue ou date de 1891 la publication des cinq derniers poèmes des Illuminations, ne parvenant même pas à décrire ce livre précis. Il a passé un quart de siècle à lire tout sur ce sujet et surtout à écrire et réécrire des commentaires sur ces questions, défendant une position polémique sur l'ordre des Illuminations. Je pense que ses hésitations sur les dates n'ont pas fait bonne impression.
Bardel se réfugie également derrière des arguments secondaires. Fénéon n'a pas pu créer l'ordre de la première publication en livraisons dans la revue pour ce qui est des Illuminations. C'est Muirat qui l'a prouvé, dit-il. Bardel ne précise même pas au public qu'il y a un autre ordre dans la plaquette, ce qui fait que pour l'auditoire la conversation était plus dur à suivre. Bardel parle non aux gens en présence, mais entre rimbaldiens, ou clan à clan. Mais Bardel évite tout comme Cavallaro de dire le moindre mot sur la pagination ! On évite de dire que Murat a renoncé à croire en la pagination comme autographe. Bardel et Cavallaro essaient de faire croire au public qu'on peut prouver l'ordre du recueil par les autres éléments du manuscrit.
Ben, non ! La pagination autographe jusqu'au bout, ce n'est même pas suffisant, car on peut avoir affaire à un portefeuille de poèmes, mais c'est le minimum.
C'est la pagination qui fait que plusieurs rimbaldiens ont cru à un ordre établi par Rimbaud. Les gens dans la salle ont dû trouver l'échange lunaire. Il y a un argument qui reste, c'est celui de la copie continue de feuillet à feuillet, mais cet argument peut être remis en cause par la réalité matérielle pour Rimbaud qui n'avait pas assez de papier à disposition. Quant aux découpages, on peut leur faire dire tout et son contraire. Rimbaud a recopié "Dimanche" à la suite de "Génie", mais il a ensuite découpé le feuillet en séparant les deux poèmes, et si on en croit Bardel dans le recueil définitif "Jeunesse I Dimanche" est quand même à la suite de "Génie".
Face à Bardel, Cavallaro est sceptique, mais il botte volontiers en touche. Souvent, il va dire qu'il va laisser répondre Bardel à une question qui lui est chère. Cavallaro ménage aussi la chèvre et le chou. Sans dire qu'il met en doute la pagination manuscrite, ce qui est pourtant une conséquence de ses propos, Cavallaro déclare qu'on ne sait pas si "Après le Déluge" est le premier poème du recueil puisque le feuillet manuscrit n'est pas du même format, sous-entendu du même format que la série homogène qui commence par "Enfance", car que ce soit Cavallaro ou Bardel il y a énormément de présupposés à connaître pour comprendre leurs réponses. Les gens dans la salle, ils devaient être perdus. Mais Cavallaro va saluer le fait qu'il y a des copies continues de plusieurs poèmes à la suite sur un feuillet ou sur plusieurs feuillets. Mais, et alors ? Quelle est la base pour penser ses copies continues ? On n'a pas ce copie continue qui va jusqu'au bout, donc parler d'une organisation partielle de recueil ça ne s'impose pas comme ça. Cavallaro est convaincu qu'il a existé une page de titre et de sous-titre puisque Verlaine en parle. Moi, pas ! Je constate que dans sa lettre de 1878 Verlaine parle du titre et du sous-titre "coloured plates", puis plus tard il passe au sous-titre "painted plates". Le plus vraisemblable, c'est qu'on lui a dit à l'oral que le sous-titre était "coloured plates", d'ailleurs si Verlaine parle de la signification anglaise du titre c'est qu'il a reçu des confidences, pas qu'il a pu inférer cela d'un manuscrit...
Bref, la rencontre n'a à aucun moment d'assises logiques.
Bardel joue alors au chantage affectif : "tu l'as dit toi-même que Après le Déluge ouvre en beauté le recueil alors on ne va pas chercher midi à quatorze heures" ou bien : "les gens maintenant éditent le recueil dans l'ordre originel et ça finit par "Solde" qui est comme l'Adieu d'Une saison en enfer ou comme Le Bateau ivre un récit icarien..." (c'est ses affirmations, pas les miennes), puis il minaude : "personne ne me croit, je suis le seul à penser ça sur l'ordre des Illuminations, etc." Heu ? C'est au moins un aveu de faiblesse, mais il y a au contraire beaucoup de rimbaldiens qui suivent la thèse de Murphy, et celui-ci au moins y croyait initialement avec Bardel. Bardel joue au critique rimbaldien maudit qui se désespère face à l'incompréhension du monde. Enfin, Bardel me pique une idée sans me citer, je lui avais écrit cela dans un échange personnel auquel il avait répondu, échange de courriels donc : il y a une lecture enchaînée à faire de "A une Raison" et "Matinée d'ivresse" à cause du glissement de "nouvelle harmonie" à "ancienne inharmonie", sachant qu'on passe du début du nouveau dans un poème à sa fin dans l'autre. Les deux poèmes décriraient deux étapes successives d'une même expérience. Bardel n'a pas trop piqué publiquement mon idée dans ses livres ou sur son site internet, mais ici à l'oral il se lâche. Il parle de "A une Raison", "Matinée d'ivresse" et "Phrases" comme de trois poèmes sur le "nouvel amour", ce qui est inexact dans le cas de "Phrases" soit dit en passant.
Puis il passe en revue en faisant des approximations délirantes sur le contenu des poèmes fixant des ensembles thématiques qu'il est le seul à percevoir ainsi. Bardel soutient que les poèmes de la fin du recueil sont plus politiques que les premiers !? Il soutient que "Being Beauteous" parle du corps masculin, tout comme "Antique" et "O la face cendrée..." !? Et sa lecture de "Parade", c'est une évocation de l'arrivée de Rimbaud à Paris en septembre 1871 avec un peu de permissivité pour l'homosexualité, mais aussi avec de l'acrimonie qui s'est accumulée avec le recul. Vous n'avez rien compris à ce que je viens d'écrire, pas grave moi je n'ai pas compris où était la lecture de "Parade" là-dedans.
A cause des non-dits et du peu de mention de grands noms rimbaldiens des dernières décennies, la rencontre produit un discours assez superficiel, souvent peu convaincant. Bienvenu n'est même pas citer pour le fait qu'on sait que les transcriptions des manuscrits des Illuminations datent du début de 1875. le public apprend juste que c'est un point que par de subtiles expertises graphologiques on a pu déterminer.
Et justement, le public, il n'en profite pas de la rencontre. Elle n'est pas généreuse à son égard. Le public est pris en tiers dans un débat qui ne le concerne pas. Il n'a pas les clefs pour y entrer. Les développements sont souvent ternes, manquent de la pépite de passion qui fait vibrer le public. Il y a certes le moment bardélien autour de "Enfance III" avec un début d'enquête. Face à la lecture d'un poème en prose, Cavallaro est alors invité à lire un poème en vers, il choisit "Bonne pensée du matin", mais il ne le commente pas, il ne fait pas remarquer que le début du poème réécrit le début d'une chanson célèbre du chansonnier Desaugiers très connu malgré l'ombre que lui fait Béranger. Cavallaro ne le peut pas, car ce serait cité mon blog. On peut comprendre qu'on se contente de lire un poème sans le commenter, mais tout l'entretien est une dérobade à l'explication des poésies de Rimbaud, alors même que toute la rencontre consiste à nous dire qu'il faut s'émerveiller de l'établissement parfait du texte par Bardel et Cavallaro car ça va permettre de tout mieux comprendre, qu'il faut s'émerveiller des annotations riches de l'édition de Cavallaro, alors qu'on nous vend deux spécialistes.
Arrivent les questions du public ! Je ne m'y attendais pas, quelqu'un demande quoi savoir sur la signification du sonnet "Voyelles". Cavallaro ne répond pas. Il avoue être pris de court et s'en sort par une pirouette, c'était le premier poème publié dans la plaquette des Poètes maudits, il formule à peine que le sonnet en allant de l'alpha à l'oméga décrit ou crée un monde. Cette réponse est catastrophique après qu'on nous ait vendu deux spécialistes, des champions de l'annotation, un quart de siècle de rimbaldisme acharné du côté de Bardel. N'avoir rien à dire sur "Voyelles" pour un rimbaldien, c'est quand même problématique, d'autant qu'un autre intervenant souligne qu'il prend conscience que depuis les années 80 les universitaires ont fait des progrès fulgurants sur Rimbaud et qu'on comprend beaucoup mieux les textes.
Cavallaro n'a pas renvoyé à ce que j'écris, mais il n'a pas non plus renvoyé la personne de la salle aux références bibliographiques de sa notice au poème, il n'a pas rappelé des éléments de sa notice. Il ne parle même pas de Helmholtz qu'il a daigné mentionner dans sa notice et qu'il met en avant avec l'article de Gysembergh pour éviter que je n'occupe l'espace de découvreur sur le sujet.
Or, moi, ici, je peux vous en parler spontanément de "Voyelles", c'est une évidence, mais je vais aussi vous montrer qu'on peut en parler avec un peu de méthode.
Le sonnet "Voyelles" ne semble ressembler à aucun poème antérieur, quelque peu aux "Correspondances" de Baudelaire. Mais il reste singulier. le poème est-il ironique ? Ne l'est-il pas ? Je remarque que Cavallaro ne cite ni les articles récents de Cornulier, ni l'article caduc d'Yves Reboul. Mais il ne cite même pas la source hugolienne dans "La Trompette du Jugement". Cela donne une signification claire au "Suprême Clairon". Cavallaro dit que le sonnet crée un monde, mais c'est ne voir que les images, et donc que le côté des couleurs des voyelles, mais les voyelles c'est un instrument pour parler. Le sonnet ne crée pas un monde à voir, il donne à voir un monde qui a un message, qui parle. Et surtout si ce monde parle, c'est qu'il est en vie, ce que tout le monde doit entendre dans "vibrements divins des mers virides"' par exemple. On a le jugement dernier qui évoque la mort ainsi que les mouches dans les puanteurs et les golfes d'ombre, ainsi que le sang craché. En clair, le sonnet "Voyelles" expose le cri de vie du monde que le poète semble organiser à sa guise.
Et là, ton public, tu le récupères. Mais ça, les rimbaldiens, ils ne savent pas faire, et ils se sont condamnés en daubant dès le départ mes études sur ce sonnet, et plus j'en rajoute, plus ils s'acharnent à dauber.
Puis, là, en 2026, je dis que "A noir", c'est la couleur donc un monde créé mais aussi une parole et donc une vie qui s'exprime, et ils découvrent soudainement que c'est ce qui irrigue ma lecture de "Voyelles" depuis le début.
Et je pense que le public il aurait aimé entendre cette espèce de mise en perspective que je viens de faire sur l'un des poèmes emblématiques de Rimbaud. Ils ressortent de là en se disant que Cavallaro n'a rien à dire sur "Voyelles" et que le sens sera un jour démontré par une démonstration scientifique aride, ce qui est à dégoûter de lire de la poésie.
Certes, on comprend mieux Rimbaud de nos jours, du moins quelques personnes, certes on peut enseigner aux gens des discours plus fiables que ceux qui étaient enlevés, littéraires, agréables avant le troisième millénaire mais d'une subjectivité qui passait très loin à côté des visées de sens des productions rimbaldiennes. On fait moins d'erreurs, mais on est aussi bien plus secs, bien moins vivants.

vendredi 25 septembre 2026

"Aux livres de chevet...", aux sources de ce dizain !

Le dizain sans titre "Aux livres de chevet..." est visiblement l'une des contributions zutiques rimbaldiennes les plus négligées par la critique rimbaldienne. Dans le Dictionnaire Rimbaud des éditions Classiques Garnier, Alain Chevrier lui consacre une notice assez brève, mais c'est ce qu'il fait pour à peu près tous les poèmes zutiques dont il rédige la notice et en bibliographie il fournit trois références. Il cite d'abord l'article de Denis Saint-Amand "François Coppée ou les inimitiés électives" qui est en ligne depuis 2009. Mais je viens de survoler cet article, je constate que plusieurs parodies sont citées dont deux de Rimbaud, mais pas le dizain en question. Il s'agit d'un article général sur Coppée cible zutique. Chevrier cite ensuite le volume de Bernard Teyssèdre que je n'ai pas sous la main, puis un article plus ancien de Lawrence Watson, paru dans la revue Parade sauvage, qui identifiait plus précisément ce qu'était ce traité du docteur Venetti.
Dans son commentaire, Chevrier assimile sans autre forme de procès le locuteur du dizain rimbaldien à l'auteur parodié qu'est Coppée, ce qui semble logique, mais qui pose un petit problème. Il s'agit ici d'un Coppée imaginé et déformé par Rimbaud, le dizain ne se nourrit pas d'un substrat biographique authentique.
Senancour, Madame de Genlis, Gresset et Boileau appelleraient des précisions. L'histoire de Ver-Vert jure tout de même quelque peu dans cet ensemble, il s'agit d'un récit en vers plus licencieux, mais qui entre de ce que Coppée semble pouvoir modérément paraître accepté, vu que dans ses poésies et donc dans ce qu'il publie Coppée se crée une image d'homme perverti, mais repentant, d'un homme qui aime les plaisirs malicieux mais vit dans le regret de la perte de la quête d'un amour pur. Une fois qu'on a fauté, il n'est plus d'amour pur possible, l'âme est souillée. Les poésies de Coppée racontent très souvent l'histoire de personnages qui ne connaissent pas l'amour et qui vivent seul toute leur vie, et malgré les débauches qu'il revendique Coppée témoigne vivre socialement en éternel garçon célibataire. Mais donc ce que je décris est un mélange de données biographiques et de considérations clefs qu'on peut tirer de la lecture des publications de François Coppée, et celui-ci peut parler de lui-même, mais aussi de personnages sur lesquels il s'attendrit, des "humbles" pour lâcher le grand mot du recueil en cours de parution quand Rimbaud invente et transcrit ses parodies zutiques.
Or, le dizain "Aux livres de chevet..." qu'on cite par son premier hémistiche étant donné son absence de titre débute par une citation de l'expression "livres de chevet" qui figure à la rime du poème intitulé "Un fils" qui a eu une pré-originale dans Le Monde illustré ou dans Le Moniteur universel avant octobre 1871 (j'ai moi-même découvert et précisé ces pré-originales, mais à l'instant j'ai oublié la référence exacte), ce qui fait qu'on ne peut en aucun cas douter que Rimbaud n'y fasse directement allusion.
Je rappelle que le poème "Un fils" contient le vers : "Le calembourg stupide et dont il faut qu'on rie ;" que Murphy mentionnait comme source au vers du "Balai" : "L'usage en est navrant et ne vaut pas qu'on rie". J'ai découvert la pré-originale qui permettait d'affirmer que Rimbaud avait lu ce poème, puisque le recueil des Humbles est postérieur aux contributions zutiques de Rimbaud, de peu il est vrai. Certes, Verlaine et Rimbaud ont eu accès à des manuscrits visiblement, mais ceci est un autre sujet. Le poème "Un fils" raconte l'histoire d'un enfant naturel. Sa mère apprenait le chant à un jeune bourgeois qui a entretenu une relation avec elle. Ce jeune bourgeois est mort rapidement ensuite sans que l'enfant ne soit reconnu comme sien à l'état civil. A partir de là, la mère vit une situation dramatique faite d'endettements, et l'enfant qui ignore tout cela vit simplement en remportant les premiers prix à l'école, mais à un certain âge la mère lui apprend sa situation réelle, il est un enfant sans père, sa mère a des dettes, il va falloir tout sacrifier et travailler. C'est la fin de toute ascension sociale, de toute réussite. Le garçon va alors perdre pied. Il travaille modestement ayant renoncé aux études, il joue du violon pour gagner de l'argent mais sans profiter de l'ambiance des soirées musicales, puis Coppée mêle à cela une timidité irrépressible qui fait que le garçon va refuser de connaître l'amour de femmes s'intéressant à lui. La force du poème tient dans la manifestation récurrente du point de vue du portier qui voit arriver des gens modestes, et même des petites gens, puis qui constate que le foyer est honnête et l'enfant studieux et prometteur. Mais quand la mère révèle au garçon sa situation et qu'il va falloir renoncer à tout, le portier recommence à porter des jugements dépréciateurs. Il rêvait un instant de marier ce garçon à sa fille, et puis ça tourne en mépris complet.
Ce fils va alors vieillir, mais il ne s'agit pas d'une vieillesse désirée comme pour le locuteur du dizain "Aux livres de chevet...", puisque la vie lui échappe et l'horloge tourne contre lui.
Quand sa mère lui apprend qu'il va devoir renoncer aux livres du savoir le poète crée un contrepoint :
 
[...]
A ce naïf, à cet heureux, à ce vainqueur,
Elle livra le mot de la science amère.
Que l'équivoque soit voulue entre "livre" et "livra", la "science amère" va s'opposer à la culture des livres adulés par les corps enseignants.
Le soir de cette révélation qui voue le garçon à travailler dans un bureau, celui-ci fait un éternel adieu à ses lectures :
 
Le soir, quand il fut seul, l'enfant de dix-sept ans,
En rangeant, à côté des autres sur leurs planches,
Ses livres gaufrés d'or et tout dorés sur tranches,
A ses rêves d'hier pour toujours dit adieu.
 Quelle est la suite du récit ? Le portier apprenant la décision du garçon d'un emploi modeste renonce à son projet de le marier à sa fille. Il se défausse en considérant que c'était le souhait de sa femme et non le sien. Ce projet n'est pas connu de notre garçon, mais le poème nous le raconte, et nous apprend à faire une équation entre misère sociale et misère sexuelle, parce que Coppée veut nous faire croire qu'un employé de bureau ne peut pas se marier, on ne sait même rien de précis sur les dettes de la mère. Une fois qu'il ne peut plus avoir d'ambition, le garçon ne peut plus se marier. Rimbaud n'est évidemment pas convaincu par cette équation. Le garçon était tout simplement trop fier pour épouser une femme de condition modeste. Mais le récit de Coppée va s'attarder comme souvent sur la frustration sexuelle. Le seul amour connu par ce garçon fut celui pour sa mère, il voit qu'il n'en aura pas d'autre. Une fille s'intéresse à lui avec pitié, mais il ne supporte pas sa familiarité avec d'autres hommes et quand elle meurt il s'imagine l'avoir pourtant presque aimée. Et à la fin, les années passant, Ce garçon qui prend de l'âge regarde avec regret pour ne pas dire plus les filles modestes en robes blanches qui jouent avec les garçons.
Et sa vie tournant à l'ennui, il n'a même plus l'énergie de lire après minuit quand il rentre de son concert où il est violoniste un de ses livres de chevet :
 
[...]
Vers minuit seulement, enfin il se levait,
Rentrait, ouvrait parfois ses livres de chevet,
Mais de lire n'ayant même plus l'énergie,
Il se couchait, afin d'épargner la bougie.
 Il est assez évident que le dizain de Rimbaud s'inspire de tout ce que je viens de décrire dans le poème "Un fils", même si certaines données sont différentes. J'ajoute que même l'expression "revenu du public abêti" a son équivalent dans ce morceau de Coppée, puisque nous avons la description aussi de l'ennui du garçon face à ses collègues quand il joue du violon au café-concert, cela précède même immédiatement le passage sur les livres de chevet.
Mais, il y a un autre élément clef dans "Aux livres de chevet", l'appel de la vieillesse : "la vieillesse étant enfin venue". Ceci fait contrepoint aux souffrances du héros du poème "Un fils", mais Rimbaud rebondit sur une confidence du poète dans une autre pièce du recueil à venir des Humbles que là encore Rimbaud connaissait par une pré-originale. Dans le poème "Petits bourgeois", le premier vers prend le contrepied du portier dans "Un fils" : "Je n'ai jamais compris l'ambition [...]" et le vers 4 formule explicitement le voeu de la vieillesse : "et si je deviens vieux". Il faut citer le sort que se souhaite le poète :
 
[...]
Et le modeste sort dont je suis envieux,
Si je travaille bien et si je deviens vieux
Sans que mon coeur de gloire ou de luxe s'affame,
C'est celui d'un vieil homme avec sa vieille femme,
[...]
 Coppée ne dit pas nettement qu'il rêve d'être vieux pour connaître le bonheur de vivre avec une vieille, mais l'équivoque ne s'en impose pas moins à l'esprit vu la façon dont ces vers sont tournés. Et notez que ce poème parle aussi d'une vision d'omnibus... puisque vous l'aurez compris "Le Balai" ou "Etat de siège ?" font tourner à vide le ruminement des misères sexuelles du vieux poète célibataire que Coppée met volens nolens en scène dans ses poésies.
En fait d'art serein, il est également question de célébrer les gens calmes qui "ont choisi / Les douces voluptés que l'habitude engendre." Il est précisément question d'ajouter à l'art serain la consultation régulière des gravures obscènes du traité du docteur Venetti (je passe sur les déformations que relève l'article de Watson).