vendredi 12 juin 2026

ces------deux autres------problèmes de visions_______dans l'édition d'adrien cavallar.o

Commençons par un problème de cette édition dont je n'ai encore jamais parlé.
Pour les poèmes en vers "nouvelle manière", au sein du dossier qui a été associé par la revue La Vogue aux poèmes en prose en 1886, il y a six manuscrits où Rimbaud a composé avec des lettres minuscules les initiales de vers, ce à quoi s'ajoute pour une partie seulement de ces six manuscrits une transcription sans signe de ponctuation.
Mais attention, ces six manuscrits sont mélangés à d'autres où la ponctuation ne manque pas !
En clair, vous comprenez qu'il s'agit d'un ensemble de poèmes recopiés à des époques différentes, mais formant un jeu de poèmes unique, et si vous devez les éditer vous rétablirez les majuscules et tant que bien que mal la ponctuation.
Je n'ai pas vérifié, mais si la ponctuation pose problème en tous cas la revue  La Vogue a mécaniquement rétabli les majuscules en attaque de vers.
Dans un travail philologique sur les différentes versions manuscrites des poèmes, on peut comprendre que les poèmes soient édités avec les minuscules de l'auteur, c'est le cas de l'édition de Steve Murphy en 1999 qui a une assise qui justifie ce choix.
Vous me soutiendrez peut-être qu'il s'agit de l'évolution de Rimbaud et d'un choix qu'il faut respecter. Non ! Le manuscrit de "Demain, dès l'aube,..." de Victor Hugo adopte le principe des minuscules en tête de vers. Cavallaro fait remarquer que Nouveau quand il recopie "Villes" et "Métropolitain" écrit non avec des majuscules mais avec des minuscules, tout cela est automatiquement corrigé par les éditeurs des Illuminations.
Mais ce n'est pas tout.
Les minuscules ne changent rien aux vers. On identifie les vers par les retours à la ligne, les alinéas. Les majuscules sont une marque graphique supplémentaire. Et Rimbaud savait pertinemment que les majuscules seraient automatiquement rétablies à l'impression sauf directive expresse en ce sens, comme pour les Dixains réalistes ou bien pour la plaquette Le Fleuve de Charles Cros.
Il s'agit d'un fait graphique indépendant de la création en vers.
C'est tellement vrai que sur les six poèmes, nous avions avant 2004 quatre versions concurrentes où sur des manuscrits plus vieux, plus proches du moment de composition les majuscules sont bien présentes en tête de vers. Comédie de la soif et Enfer de la soif ont des majuscules en tête de vers contrairement à la version sans titre. C'est pareil pour les versions qui ont leurs titres de "Larme", "Bonne pensée du matin" et "La Rivière de Cassis". Les manuscrits passés par les mains de Forain et Millanvoye sont les plus proches du moment de composition et ils ont des majuscules. Ce n'est que plus tard en recopiant ces poèmes, et sans les remanier profondément, que Rimbaud a choisi d'écrire des minuscules en tête de vers.
Il restait deux cas à part : "Mémoire" et "Entends comme brame..." Mais, en 2004, une version antérieure de "Mémoire" avec un autre titre "Famille maudite" a été révélée, et les initiales de vers sont toutes en majuscules.
Désormais, seul "Entends comme brame..." fait encore exception.
Un bon éditeur rétablira systématiquement les majuscules en tête de vers, d'autant que "Mémoire" et "Entends comme brame..." ne sont même pas déponctués.
Les poèmes "nouvelle manière" vont se côtoyer, on ne va pas de manière incongrue éditer un poème d'une façon et tel autre selon un principe contradictoire, ça n'a aucun sens.
C'est pourtant ce qu'a fait Cavallaro dans son édition, mais comme il a choisi de sélectionner une version de référence, si on laisse de côté, l'appendice "Autres versions", nous avons du coup deux poèmes uniquement qui sont édités avec des minuscules en tête de vers : "Mémoire" et "Entends comme brame..."
C'est ridicule ! Je ne sais pas comment l'éditeur a pu laisser faire une chose pareille dans une édition adressée au grand public. C'est du n'importe quoi ! Cavallaro n'a même pas pour justifier sa décision le moyen de prétexter qu'il livre le témoignage tel quel des dossiers manuscrits, puisque son édition a fait une sélection dans les différents dossiers.
Vous pouvez admirer l'édition plus minable que minuscule de "Entends comme brame..." à la page 46 du tome II et la sans doute très mémorable édition de "Mémoire" aux pages 48 et 49, "Famille maudite" étant refoulé dans le dossier "Autres versions".
Mais, pour apprécier le sel de la plaisanterie, pensez que ces deux poèmes s'inscrivent dans un ensemble avec "Comédie de la soif", "Bonne pensée du matin", "La Rivière de Cassis", "Larme", les quatre "Fêtes de la patience", "Jeune ménage", "Est-elle almée ?...", "Juillet", "Fêtes de la faim", "Les Corbeaux", "Honte", "Michel et Christine", "Ô saisons...", "Qu'est-ce pour nous..." et "L'Enfant qui ramassa les balles...", le dizain de Verlaine !
Vous avez deux poèmes avec des têtes minuscules de vers perdus dans le reste, et vous lisez bien, les poèmes "Les Corbeaux" et "L'Enfant qui ramassa les balles..." sont fondus à cet ensemble, et le point qui rend ça encore plus comique, c'est que la transcription des "Corbeaux" à la page 45 précède immédiatement la transcription de "Entends comme brame..."
J'ajoute que pour sa sélection Cavallaro choisit les versions les plus anciennes pour "Comédie de  la soif", "Bonne pensée du matin", "Larme" et "La Rivière de Cassis", mais la version la plus récente "Mémoire" refoulant "Famille maudite" qui aurait dû s'imposer à la suite des versions remises à Forain et Millanvoye. Car il faut bien comprendre à quel point les choix de Cavallaro partent dans tous les sens à la fois, sans cohérence. 
Qu'est-ce que vous voulez que je dise ? Par absence de réflexion, les gens trouvent ça normal.
 
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L'autre problème que j'ai déjà soulevé, c'est celui des soulignements dans l'édition des Illuminations. Je voulais intégrer dans mon article une photographie au moins de la double page 118-119.
Vous avez un trait court centré en-dessous du titre "Nocturne vulgaire", deux traits composés chacun de quatre tildes à droite et à gauche du titre "Marine", puis vous avez un trait mi-long en-dessous du texte de "Nocturne vulgaire" et un autre en-dessous du texte "Fête d'hiver", mais rien en-dessous du texte de "Marine", rien à la suite du texte de "Fleurs" au haut de la page 118.
Mais comment on peut pousser le scrupule de reproduire les aléas des manuscrits à ce point ? On le sait que ça n'a pas sa place. Il faut éditer les titres des poèmes, uniformiser leur présentation, il faut éditer les textes des poèmes bien sûr, mais ces lignes n'ont rien à faire là.
Cavallaro a cru intelligent de ne pas combler la lacune de ponctuation à la fin de "Marine", il a laissé le mot "lumière" sans point, alors que c'est du pur bon sens que si le poète est assez désinvolte pour ne pas bien ponctuer la fin d'une phrase, c'est que le point est le signe de ponctuation qui va de soi. Rimbaud nj'aurait pas négligé un point d'interrogation, un point d'exclamation ou des points de suspension, mais il est négligent dans la transcription d'un point en fin de phrase, parfois d'une virgule en fin de vers. On ne va pas écrire des thèses là-dessus. On rétablit le point et on passe à autre chose.
Mais cette double page a encore un autre élément anormal. Les alinéas différenciés pour les lignes 1 et 5 de "Marine". Des illuminés vous diront que ça permet de souligner les deux attaques de phrase du poème. On verse dans la folie. Sur le manuscrit, la ligne 3 brève "Battent l'écume, - " est elle aussi décalée ! Rimbaud est quelqu'un de maladroit, il se déportait en retournant à la ligne, mais une analyse plus posée du manuscrit invite à ne pas croire un instant à une pratique d'alinéas différenciés. Les éditeurs de La Vogue ont aligné l'ensemble, sans différence pour les lignes 1 et 5, ni pour la ligne 3. Un retour à la ligne, c'est un retour à la ligne dans un texte en prose, il n'y a pas de théorie littéraire de la mise en page à l'époque où on décale en fonction de ce qu'on voit sur le manuscrit. Il y a vers 1886 la naissante exception du "Coup de dés" de Mallarmé, mais justement lui il prenait le temps d'exposer cette nouveauté de la mise en page. N'appliquez pas ça à Rimbaud ! Pitié !
Je n'aurais pas signalé qu'il fallait corriger "Amour ; force !" ou "Amour, force !" en "Amour ! force !" on aurait eu un carton plein des hérésies d'édition sur cette double page 118-119.
Je voudrais vous fournir une photographie de la page 100 où après "que nous ignorons" on a la longue  ligne ignorantine dont je vous donne l'exemple ci-dessous.
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Mais pourquoi faire ça ?
Cela nuit au plaisir de lecture des poèmes de Rimbaud. Vous lisez le poème, puis vous avez cette ligne que rien ne justifie qui salit toute la page.
Comment l'éditeur a-t-il pu laisser faire ça ? Je ne comprends pas.
Et pour citer Rimbaud c'est de l'enfoncement jusqu'aux yeux dans la source de soie. On reproduit un détail du manuscrit sans qu'il y ait du sens à lui donner.
La poésie, c'est fait avec des mots, avec des phrases, avec du langage, c'est un domaine du sens. Ces lignes, elles n'ont aucun sens dans l'édition des poésies de Rimbaud.
A quoi ça rime de mettre des lignes de part et d'autres du titre "Marine" par opposition à tous les autres titres de poème du recueil ?
C'est complètement dingue !
Je rappelle que le manuscrit de "Nocturne vulgaire", "Marine" et "Fête d'hiver" est le seul de son profil. Il a ses spécificités, mais on ne va pas se mettre à délirer et à supposer que les lignes ont une signification qui vaut malgré la différence des manuscrits ! Il faut arrêter de fumer la moquette.
Les titres "Nocturne vulgaire", "Fairy" et "Sonnet" ont leur propre soulignement. Il y a trois titres, on va les souligner en-dessous, comme ça !
Dans la série "Jeunesse", le "I" est encadré de traits comme le titre "Marine", tandis que II, III et IV restent nus. Je vous épargne le recensement complet des traits reproduits entre certains poèmes. Les illuminés vont diront que ça crée des sous-groupes. Oui, quelle grâce graphique, on dirait de mauvais fichiers Powerpoint.
N'importe quoi !
 
Allez, pour se détendre, un petit bonus.
Cavallaro conteste, mais après tant d'autres du groupe murphyen dont il se réclame désormais, qu'Une saison en enfer soit de la poésie en prose.
Alors, Cavallaro étant un spécialiste du rimbaldisme du XXe siècle d'après la thèse qu'il a soutenue, que pense-t-il de l'édition dans la collection Poésie Gallimard du livre d'Henri Michaux Connaissance par les gouffres ?
J'aime beaucoup les premières pages, mais comme souvent avec Michaux l'ambition poétique se délite par la suite. Toutefois, dès la deuxième page, on a droit deux notes de bas de page de l'auteur. Puis plus loin on aura droit à pas mal d'autres notes de bas de page, toujours de l'auteur, et avec des références bibliographiques. C'est quoi finalement Connaissance par les gouffres ? un texte poétique ou bien un essai. Selon les critères de Cavallaro et de la revue Parade sauvageConnaissance par les gouffres n'est pas de la poésie, Le Spleen de Paris de Baudelaire non plus d'ailleurs. Pour Cavallaro, Murphy, etc., c'est un recueil de nouvelles, ce n'est pas de la poésie en prose. Baudelaire n'a jamais écrit de poème en prose selon le consensus critique de la revue Parade sauvage sur ce que doit être l'écriture d'un poème en prose.
Notons que Connaissance par les gouffres s'inspire de Rimbaud et de ce qu'on croyait savoir sur "Matinée d'ivresse", etc. Jugez-en par cette citation : "Visions de minarets dan l'ivresse haschichine". "je voyais très-franchement..." "Voici le temps..." Au plan scientifique, ce que raconte Michaux n'a aucune pertinence, autant considérer que son texte appartient à la littérature poétique plutôt qu'au genre de l'essai.
 
** de daines de daines de daines, je vous aime de daines de daines de daines je vous aime de daines de daines de daines je vous kiffe, je vous kiffe et vous kiss avec vos yeux de bitch."

jeudi 11 juin 2026

La mesure de l'hendécasyllabe dans "Est-elle almée ?"

 J'ai choisi d'encoder les 8 vers du poème "Est-elle almée ?" (abstraction faite de l'éventualité d'un poème dont le début ne nous serait pas parvenu) selon les critères de la métricométrie : M pour l'enjambement de mot, s pour la césure à l'italienne (enjambement de mot relatif car détachement du seul "e" final du mot), F (présence d'un "e" féminin), C (proclitique ou forme contractée préposition et proclitique), P (préposition). J'ai ajouté le signe M- pour les enjambements de mots ou de séquences sur trait d'union, entrave acceptable chez un Hugo dès Cromwell, le signe ! pour des cas variés non encodés par la métricométrie, et le signe (!) pour une configuration admise chez les classiques mais qui reste particulière, suspens du verbe "est".
J'ai souligné systématiquement la voyelle finale surnuméraire puisque le poème est tout en rimes féminines. J'ai triché pour la configuration "puisque" où j'ai noté le "e" comme un "e féminin" F alors qu'il s'agit plutôt d'un "e" stable, mais ça m'aurait obligé à ajouter un critère.
 
 

M-

 

M

 

C

M

s

F

s

F

 

(F)

C

M

M

M-

s

F

s

F

C

 

 

(F)

M

 

C

M

 

M

M

 

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C

 

(F)

M

 

C

 

M

M

M

 

M

M

 

(F)

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(!)

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M

M

 

(F)

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C

M

 

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C

M

 

C

M

 

(F)

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M

 

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F

C

M

 

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F

 

(F)

M

 

C

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F

C

 

P

C

 

 

(F)

 
 La onzième syllabe n'est jamais entravée. A deux reprises, la dixième syllabe ne l'est pas non plus, mais un critère affiné sur les épithètes révélerait dans les deux cas une entrave : "fleurs feues" et "mer pure". La neuvième syllabe est pas mal entravée et cela de manière variée.
La huitième syllabe peut sembler assez peu entravée, Le fait est flagrant pour les vers 3, 4 et 6 grâce aux groupes de trois syllabes "où l'on sente", "florissante" et "du Corsaire". Un critère affiné au plan des épithètes révèle tout de même une entrave supplémentaire au vers 7 "derniers masques". Quant au vers 5, si le signe (!) laisse planer l'idée d'une faible entrave dans l'absolu, en réalité il s'agit de la troisième occurrence de "c'est" dans le même vers dont un rythme ternaire se dégage du fait précisément de la répétition : "C'est... c'est... mais c'est...."
Enfin, l'idée d'une césure après la huitième syllabe est tout de même particulièrement choquante pour les deux premiers vers. Le manque d'euphonie fait clairement barrage à ce sujet au premier vers : "premières / heures".
De toutes les positions syllabiques, la quatrième est la plus favorable à l'établissement d'une césure. Le premier vers la favorise nettement : "Est-elle almée ?", détachement net d'un premier groupe de quatre syllabes avec mise en relief du nom "almée" rare et précieux. Le second vers offre dans ce cas de figure une césure sur trait d'union avec le pronom "elle" en rejet qui renvoie précisément à la supposée "almée". La lecture à césure pour ce vers est particulièrement expressive : "Se détruira-t-elle", la séquence "t-elle" mime précisément la désintégration à la césure. Deux autres vers flattent clairement la lecture en hémistiches de quatre et sept syllabes : "Souffler la ville...", "- Pour la Pêcheuse..." Les deux derniers vers offrent des franchissements souples à la césure : "Et aussi puisque" ou "Encore aux fêt-..."
La grande difficulté viendrait de l'enjambement de mot au vers 3. Il n'y a pas d'enjambement de mot à la huitième syllabe et il n'y en a qu'un seul à la cinquième syllabe dans notre tableau de synthèse. L'idée d'une construction ternaire 443 est importante et joue certainement un rôle dans la composition du morceau ce qui est à rapprocher du premier vers de "Larme" qui fait une allusion trompeuse au trimètre : "Loin des oiseaux, des troupeaux, des villageoises", mais on passe donc du rythme 434 au rythme 443.
Mais l'enjambement de mot a lieu sur le mot "splendide" ce qui était déjà le cas dans le premier quatrain de "Tête de faune" : "De fleurs splendides où le baiser dort". Dans "Tête de faune",  la césure sur "splendides" est à l'italienne, l'audace est aggravée dans "Est-elle almée ?" avec un enjambement décalé d'une syllabe qui vaut enjambement de mot au sens fort. Ce principe de décalage est exactement celui suivi par Verlaine de "Colloque sentimental" des Fêtes galantes à un alexandrin de la comédie Les Uns et les autres : "Pourquoi voulez-vous donc qu'il m'en souvienne". Dans la comédie, Verlaine décale l'expression pour que la césure ne soit plus sur le trait d'union, mais devant la terminaion "ez" du verbe "voulez".
"Larme" et "Est-elle almée ?" ont en commun un travail volontaire de Rimbaud sur un rythme ternaire dont le premier membre est de quatre syllabes, parce qu'il fait figure de premier hémistiche en même temps qu'il est le premier des trois membres du rythme ternaire du vers. Une relative élasticité du traitement du rythme ternaire amène à douter que le vers ait trois "hémistiches". La césure est après quatre syllabes. Les outils de la métricométrie favorisent plutôt la huitième syllabe que la quatrième pour l'identification d'une césure, mais une approche en termes d'euphonie renverse rapidement cette impression : "aux premières / heures bleus", "comme / les fleurs feues", "mais c'est nécessaire", "les derniers masques crurent", "sur la mer pure".
Une lecture de "Est-elle almée" en hémistiches forcés de quatre et sept syllabes garantit de nombreux effets de sens intéressants : "se détruira-/-t-elle", mise en relief de l'adjectif "splendide" dans un cadre de floraison lumineuse hyperbolique. Jeu de la césure qui permet de nuancer la prononciation d'une répétition : "C'est trop beau ! c'est / trop beau ! Mais c'est nécessaire", la troisième occurrence de "c'est" étant précisément suivie d'une correction de l'expression. Nous avons un suspens affecté du raisonnement au vers "Et aussi puis/que". Le mot "fêtes" enjambé à la césure rejoint l'idée du mot "splendide". Enfin, le premier vers affirme clairement cette mesure qui du coup est facile à pressentir vers après vers, malgré le chahut métrique.
Objectivement, pour la quatrième syllabe, seul le vers 3 avec "splendide" fournit une entrave réelle. Sur les sept autres vers, il y a un trait d'union ou deux césures à l'italienne. Il n'y a aucun des huit vers qui ait le critère C ou P à la quatrième syllabe. Il n'y aussi aucun critère F sur la quatrième syllabe, alors que ce critère est pratiquement le seul qui entrave les huitièmes syllabes. Il faudrait approfondir la réflexion sur le caractère plus nettement entravant du critère F dans le cas de certains poèmes, "Qu'est-ce", "Juillet" et "Jeune ménage" étant de claires exceptions à ce sujet.