samedi 12 septembre 2026

"Ressouvenir" et "Croquis de banlieue", l'énigme coppéenne !

Le dizain "Ressouvenir" est la dernière contribution de Rimbaud à l'Album zutique à la mi-novembre , juste après une parodie de Coppée qui par exception prenait la forme d'un poème en rimes plates bien plus long : "Les Remembrances du vieillard idiot". Verlaine a pratiqué une parodie obscène de Coppée qui s'intitule "Remembrances" et figure aussi dans l'Album zutique. Comme l'a souligné Jacques Roubaud dans son livre La Vieillesse d'Alexandre, le titre "Les Remembrances du vieillard idiot" est une réécriture de l'expression "Les Contemplations de Victor Hugo", mais pour se moquer de François Coppée, et le mot "remembrances" continue d'avoir une signification obscène dans la parodie de Rimbaud. Mais, le titre "Ressouvenir" semble moins agressif, moins sexuellement connoté.
Dans son édition en Folio Classique, Cavallaro ne mentionne pas le dizain "Croquis de banlieue" de Coppée qui contient la rime "redingote"/"gargote" que Rimbaud reprend au pluriel dans "Ressouvenir". En revanche, sans me citer, Cavallaro évoque un poème Belmontet sur la naissance du Prince Impérial qui a pu servir de modèle, une idée que j'ai développé dans mes articles et que je dois rapporter dans l'article sur Belmontet que j'ai publié dans la revue Histoires littéraires.
Le problème qui se pose ici, c'est qu'à l'heure actuelle personne n'a mis la main sur une pré-originale du dizain "Croquis de banlieue". Ce dizain a été publié dans Le Cahier rouge en 1874. Il est possible que j'aie des données sur une publication antérieure du dizain dans une revue, mais je suis certain qu'il nous manque une pré-originale antérieure à la mi-novembre 1871, et donc à la composition de Rimbaud. Dans de telles conditions, il est clair que Rimbaud a eu accès à un manuscrit. Il va de soi que l'emploi de la même rime n'est pas une coïncidence. Nous avons la même avant-dernière rime ou quatrième rime dans deux dizains de rimes plates ! Le passage au pluriel est typique des reprises de Rimbaud, lequel aime se démarquer légèrement. Ce n'est pas tout : la rime finale de "Ressouvenir" "noir"/"le soir" est une reprise partielle de la rime initiale de "Croquis de banlieue" : "noir"/"mouchoir" et en même un écho à la rime finale du même "Croquis de banlieue" : "Clamart"/"billard". Deux rimes sur les cinq de "Ressouvenir" sont donc des références à deux sinon trois rimes de "Croquis de banlieue". Ajoutons que dans "Coquis de banlieue", une rime n'a pas été reprise par Rimbaud, mais elle avait du sens en octobre-novembre 1871 quand Rimbaud contribuait à l'Album zutique avec à l'esprit les vers de la pièce Fais ce que dois jouée au théâtre en octobre 1871 même, ce que d'autres contributeurs à l'Album zutique n'ont pas manqué d'épingler.
Les liens entre "Ressouvenir" et "Croquis de banlieue" ne s'arrêtent pas là. Rimbaud a repris uniquement l'adjectif "noir" au poème de Coppée pour sa rime en "-oir", mais dans "Croquis de banlieue" l'adjectif qualifiait le nom "chapeau". De l'expression "chapeau noir" à la rime du premier vers du dizain de Coppée, Rimbaud a repris l'adjectif "noir" pour son vers 9, mais aussi le nom "chapeaux" qui précède l'adjectif "fanés" à la rime du vers 6.
Rimbaud a repris également à "Croquis de banlieue" l'idée d'une énumération vestimentaire. Coppée égrène "en manches de veste", "sous son chapeau noir", "son mouchoir", "sous son bras portant la redingote", et Rimbaud produit à son tour : "grands chapeaux fanés", "chauds gilets à fleurs", "vieilles redingotes", Sur des châles jonchés", et vous noterez qu'on passe de deux emplois de la préposition "sous" à un emploi final de la préposition inverse "sur".
Par ailleurs, Coppée a exploité significativement l'étirement d'un adverbe en "-ment" : "Tire gaillardement la petite voiture" et Rimbaud y fait cortège par deux autres recours "largement cordial", puis celui qui enjambe la césure : "Eclatent, tricolorement enrubannés". En 1871, avec l'identification au drapeau rouge des communard, le drapeau bleu, blanc, rouge n'est pas le symbole républicain bienvenu qu'on pourrait croire.
Et si nous passons maintenant à la comparaison plus abstraite des sujets des deux poèmes, le dizain "Croquis de banlieue" décrit un père qui promène dans leur voiture ses deux bébés suivi de sa femme, et cette idée est aux extrémités du dizain "Ressouvenir" avec l'évocation de la naissance du "Prince impérial" au premier vers et deux derniers vers décrivant "l'Empereur" qui marche suivi d'Eugénie, "la Sainte espagnole".
Personne ne peut raisonnablement douter que "Croquis de banlieue" ne soit une source capitale pour apprécier la parodie du dizain "Ressouvenir" :
 
           Croquis de banlieue
 
L'homme, en manches de veste, et sous son chapeau noir,
A cause du soleil, ayant mis son mouchoir,
Tire gaillardement la petite voiture
Pour faire prendre l'air à sa progéniture :
Deux bébés, l'un qui dort, l'autre suçant son doigt.
La femme suit et pousse, ainsi qu'elle le doit,
Très lasse, et sous son bras portant la redingote ;
Et l'on s'en va dîner dans une humble gargote
Où sur le mur est peint - vous savez, à Clamart, -
Un lapin mort, avec trois billes de billard.
          Ressouvenir
 
Cette année où naquit le Prince impérial
Me laisse un souvenir largement cordial
D'un Paris limpide où des N d'or et de neige
Aux grilles du palais, aux gradins du manège,
Eclatent, tricolorement enrubannés.
Dans le remous public, des grands chapeaux fanés,
Des chauds gilets à fleurs, des vieilles redingotes,
Et des chants d'ouvriers anciens dans les gargotes,
Sur des châles jonchés l'Empereur marche, noir
Et propre, avec la Sainte Espagnole, le soir.
 Je viens de citer les deux poèmes, vous avez pu vérifier que tout s'y trouvait de ce que j'ai énuméré plus haut, mais après cette lecture autant pousser plus loin les investigations, non ?
Par exemple, seriez-vous contre un rapprochement entre un balancement au vers 5 du dizain de Coppée et un autre au vers 4 du dizain rimbaldien ? Coppée passe d'un bébé à l'autre : "Deux bébés, l'un qui dort, l'autre suçant son doigt". Rimbaud pratique un balancement plus net : "Aux grilles du palais, aux gradins du manège," en jouant sur la reprise de la préposition, sur bien sûr la symétrie globale des deux expressions "Aux N du N", sur les deux consonnes d'attaque identiques de "grilles" et "gradins", séquence "gr", sur la distribution des mêmes voyelles pour "palais" et "manège" (a/è). Les balancements ne traitent pas du tout du même sujet, pensez-vous peut-être, sauf que "manège" renvoie cruellement à l'infantilisation et donc aux deux bébés du poème de Coppée, et on peut même dire que "manège" rappelle la "petite voiture" qui contient les deux bébés et qu'on pousse. Et le vers : "Eclatent, tricolorement enrubannés" participe de l'idée d'un émerveillement pour de tout jeunes enfants. Passons à une deuxième observation subtile. Dans "Croquis de banlieue", Coppée recourt à l'adjectif placé en suspens pour caractériser la femme : "La femme suit et pousse, ainsi qu'elle le doit, / Très lasse". L'effet est renforcé par le report en fin de phrase et le rejet au vers suivant. Rimbaud choisit d'utiliser les adjectifs détachés pour qualifier non l'épouse, mais l'Empereur, et il décide de créer un rejet au milieu d'une coordination de deux adjectifs : "l'Empereur marche, noir / Et propre". Pour que ce soit bien clair, je précise que nous n'avons pas des adjectifs au sein du groupe nominal : "La femme très lasse suit et pousse" ou "L'empereur noir et propre marche". Dans les deux cas, les adjectifs sont détachés, déportés vers la fin de phrase. Chez Coppée, l'adjectif décrit une misère, tandis que les adjectifs décrivent une parade dans "Ressouvenir". La femme est chargée de porter la redingote "sous son bras" et elle est "très lasse". Cela a encore inspiré Rimbaud qui déplace l'idée d'usure dans son énumération vestimentaire qui fait partie du "remous public" : "grands chapeaux fanés", "vieilles redingotes", "châles jonchés" et on pourrait ajouter "ouvriers anciens". Tout cela contraste avec la propreté de l'Empereur en marche. Enfin, il faut comparer les deux femmes. Dans "Croquis de banlieue", "La femme suit et pousse, ainsi qu'elle le doit". Au dernier vers de "Ressouvenir", le groupe prépositionnel "avec la Sainte Espagnole" ne semble pas de prime abord connoté l'instrumentalisation, mais il y a tout de même un sentiment de réification de l'impératrice et la mention "Sainte" implique clairement l'idée d'un devoir, elle aussi "elle le doit" de suivre l'Empereur". Le dernier vers est d'ailleurs construit sur un chevauchement de la césure qui souligne l'association étrange de "Sainte" et "Espagnole", je veux dire que "Sainte" est tout de même censé se suffire à soi-même pour qualifier quelqu'un.
Un dernier parallèle retient encore l'attention : le couple décrit par Coppée fait élection d'un dîner dans une humble gargote, tandis que dans un mouvement qui peut faire songer à "Royauté" des Illuminations l'Empereur et son épouse prennent un bain de foule si on peut dire agrémenté de "chants d'ouvriers anciens" qui proviennent précisément des gargotes.
Toutes ces symétries d'une élaboration compliquée ont clairement été recherchées par Rimbaud en son dizain. S'il y a un âne qui en doute encore, qu'il lève la patte !
Et, du coup, "Ressouvenir" ouvre la voie à une réflexion sur les poèmes inédits que les membres du Zutisme ont pu connaître sous la forme d'échanges manuscrits, ce qui peut intéresser aussi "Vu à Rome" et Léon Dierx ! Qui en novembre 1871 a procuré à Rimbaud la lecture du manuscrit inédit de "Croquis de banlieue" ? C'est une vraie question de critique littéraire !

Pourquoi "Colombina que l'on pina" dans le zutique Fête galante (mise a jour 14h30)?

 Prenons l'édition rimbaldienne de référence pour Murphy, Bardel et autres paladins sauvages, à savoir l'édition en Folio Classique 2026 de Cavallaro.

Soit le poème zutique Fête galante. 

Cavallaro lui consacre une notice d'une demi-page (tome I, p. 408-409).

Il mentionné quelques sources dans le recueil Fêtes galantes, mais tout le monde fait aisément ces rapprochements.

Le second paragraphe de la notice est le seul ou une pensée critique originale peut apparaître.

Pourtant, Cavallaro se contente de dire que "Colombina italienne la Colombine" du recueil de Verlaine ce que la encore tout le monde constate spontanément. Et il se contente de faire remarquer la présence de la syllabe équivoque "pin" à la rime, ce que la encore tout le monde peut envisager spontanément. Cavallaro n'ajoute d'original qu'un rapprochement avec une contribution zutique de Nouveau qui mentionne"pines".

Ce constat ne peut être fait que par ceux qui ont lu tout l'Album zutique. Bref, on le voit, l'apport critique est dérisoire.

Le poème ne fait que neuf vers de quatre syllabesvmetriques, il faut dire. Mais reprenons.

La syllabe "pin" n'est pas équivoque en soi, elle ne signifie pas "pine". Ce qui la rend équivoque, c'est que la rime en "pin" est la rime masculine du premier et du deuxième et troisième tercet. Sapin/ lapin et lapin / tapin avec retour du nom "lapin" à la rime.

A cette alerte s'en ajoute une autre, la seule autre rime masculine du poème est une rime en "-na" mais avec le jeu de richesse de la rime nous avons une rime "-bina"/"-pina". C'est là que l'italianisation du nom Colombine prend tout sons sens. Si Rimbaud avait écrit "Colombine / Que l'on pine !" Nous aurionsxdeux vers faux de trois syllabes, une conjugaison non voulue au présent et un défaut dans l'alternance des cadences masculine et féminine des rimes du poème.

Mais ve nom italianisé n'est pas une cheville. Colombina nom féminin pour un personnage féminin est feminise par le suffixe italien gracieux mais masculinisé pour la rime.

Et la ça change tout car sur les trois rimes masculines deux avecblapin l'une avec pina on comprend qu'il n'y a pas que Scapin qui cache un lapin.sous sa capote et dans le premier tercet on peut même se demander s'il joue avec le sien ou celui de Colombina, d'autant que Rimbaud opte pour l'article indéfini : "Gratte un lapin / Sous sa capote". Colombina à déjà été pinée comme il est dit dans le second tercet et il ne serait pas étonnant que le couplé passe au second lapin, le sien.

L'unique rime féminine du poème est en "-ote", ce qui peut se lire "ôte". Vous pouvez douter d'une indécision de lecteur sur le lapin et en rester sur celle du lapin de Scapin, mais vous ne devriez pas ignorer que Rimbaud joue sur la rime masculine pour nous faire implicitement entendre que Colombina est un homme. Fête galante est un poème en trois tercets en-dessous de Vu à Rome qui est un poème en trois quatrains, à côté du quatrain Lys et dans la diagonale du fou Fête galante renvoie au Sonnet du Trou du Cul où précisément Verlaine et Rimbaudcreunis parlent d'un.anus équivoque !

J'ai déjà fait cette mise au point sur la rime masculine Colombina/pina sur ce blog. J'ai apporté ici quelques autres précisions.

J'en profite pour préciser le bilan. Sur les 22 contributions zutiques de Rimbaud, il faut écarter deux poèmes déchirés.  Sur les vingt autres, nous avons huit parodies attribuées à Coppee, une autre étant déchirée. 

Sur les douze poèmes aux cibles variées, j'ai à moi seul identifié les sources de deux cantons de belmontet, d'un monostiche de Ricard, d'un quatrain Lys parodiant Armand Silvestre, du poème en trois quatrains Vu à Rome parodiant Léon Dierx, de deux sonnets en vers d'une et deux syllabes en expliquant le titre Conneries qui implique aussi Paris et en expliquant les raisons polémiques de ce recours aux sonnets de vers courts. Il fauajouter mon.explication de la rime centrale de Fête galante qui est le point qui demandait véritablement une intervention critique. J'ai élucidé à mou seul huit des douze contributions zutiques qui ne sont ni déchirées ni des parodies de Coppee. Pourtant, les noms des cibles étaient fournis pour la plupart. Il ne manquait qu'Amedee Pommier qui doit d'ailleurs être doublé de Daudet. Ce 8 surc22 est aussi un 8 sur 20 si.on.y ajoute les parodies de Coppée. 

Ce n'est pas tout. Sur les quatre contributions zutiques qui ne renvoient pas à Coppée,  j'ai renforcé les sources du côté de Cantel en ce qui concerne le Sonnet du Trou du cul, soulignant que le sonnet est doublement parodique, ce quecreprend Cavallarovdans sa notice, mais il reprend aussi mon idée d'une allusion à Aline dans la rime praline/caline alors que Cavallaro ne citecen bibliographie que les articles de Murphy et Rocher qui n'ont pas fait celien précis.  Sur L'angélus maudits, j'ai identifié une réécriture de Verlaine, une réécriture d'un poème satirique du XVIiIe siècle et j'ai identifié une traduction française de la rime de Dante cloaque/vaque cloaca/vacqua.

Le seul poème sur lequel je n'ai pas d'apport conséquent c'est Exil, dans une moindre mesure Paris dont je commente surtout le lien au titre Conneries, tout en citant un livre intitulé Paris de Pommier.

Sur les huit parodies de Coppée,  je ne suis pas inexistant.

J'ai mis en lumière l'importance des pré-originales dans Le Minde illustre et Le Moniteur universel. Cavallaro s'en sert directement dans ses annotations. J'ai précisé des sources, mais en particulier j'ai montré les liens entre la nouvelle en prose Ce qu'on prend pour une vocation et Les Remembrances du vieillard idiot, ce que cavallzro ne cite pas, pas plus que ce qu'à écrit Roubaud sur le titre qui réécriture Les Contemplations de Victor Hugo.

Sur Ressouvenir, j'ai précisé que la rimecredingote/gargote reprend une rime alors inédite d'un dizain de Coppée,  ce qui rebat les cartes de l'accès à des manuscrits inédits des membres du cercle.

Pour les deux dizains enchaînés, j'ai précisé le lien avec les deux dizains de Verlaine recopies eux aussi dans l'Album mais 8nitialement enchaînés dans une lettre à valade de juillet. J'ai montré que Rimbaud s'inspirant des deux dizaines de Verlaine directement.

Si.on.ajoute la datation resserrée des contributions, le lieu exact de réunion dans l'hôtel des étrangers, la possession de l'Album par Valade, l'enjeu des effets collectifs des contributions, vous avez une idée précise des manipulations des rimbaldiens pour taire min nom et mettre avant Teyssedre, Saint-Amand, le collectif de whidden.et l'édition de cavallaro sur le sujet de l'Album zutique.

Et si vous avez de la jugeote, vous devez vous dire qu'il est fort de café que je ne sois pas cité pour des poèmes des Illuminations, notamment Génie et Aube. D'ailleurs, dans Aube, je faisvun lien avec un dizain de Coppée Rien ne bouge et il est midi, et Cavallaro recusant à raison l'allusion obscène dans il était midi aurait trouvé dans mon article des zolismes en harmonie avec la pièce qui remettaient en cause la lecture défaitiste qui fait tristement consensus.

Je ne suis pas cité sur Le Bateau ivre, ce qui est un la encore un scandale absolu.

Et si vous avez vraiment de la jugeote, vous devez vous demander encore comment se fait-il qu'au-delà des sources qui sont des repères objectifs les rimbaldiens me donnent systématiquement tort sue le sens ou systématiquement me considèrent comme sans importance., puisque même quand dans l'Album zutique Rimbaud fournit des noms de cibles, c'est moi qui trouve les solutions seul contre tous ou après tous dansvlavplupart des cas.

J'ajoute que même si je suis cité pour Les Assis ou la légende du recueil demeny dans les références bibliographiques de l'édition de Cavallaro, ainsi que sur Les Corbeaux, les rimbaldiens ne citent jamais mes travaux dans leurs articles sauf pour les contester ou minimiser.

Quelque part, je suis dans une situation comparable à Rimbaud. Hugo lisait un compte rendu des Mauté où il ignorait quel vrai poète était Rimbaud, c'était un trublion face à Verlaine. La revue de Blemontet consorts faisait barrage. Champagne à détruit un manuscrit avec Les Chercheuses de poux et le début de L'Homme juste, Moreau à détruit Les Veilleurs. Mendes détestait Rimbaud, d'autres parnassiens l'ignoraient, Coppée blessé personnellement il est vrai se félicitait du mot de fumiste réussi.

Appendice 14h30 :

Jouons au jeu des proportions.

Sur les poèmes de 1870, il y a 23 poèmes, d'un côté Les Etrennes des orphelins et de l'autrec22 poèmes remis à Demeny. Je laisse de côté Un.coeur sous une soutane et Le Rêve de Bismarck.

Fait particulier, Cavallaro à daigné citer mon article du blog Rimbaud ivre "La Légende du Recueil Demeny" pour la mise au point qui.conclut que nous n'avons pas affaire à un.recueil. Dans les remaniements des paragraphes de son site, je constate que Bardel laisse désormais une phrase ou il se range aux conclusions de mon article. Je n'ai jamais, même à l'époque, soutenu par Murphy ou qui que ce soit sur ce sujet, sauf Bienvenu et Reboul, lequel restait dans l'idée d'un.recueil pour le dossier Forain-Millanvoye, ce que je ne partage pas, la solution tirrce étant celle du portefeuille de poèmes.

Comme Cavallaro s'est interdit de citer mon blog, en revanche, il ne référence pas mon renvoi au conte d'âneries La Fille aux allumettes pour Les Etrennes des orphelins et ne référence pas non plus tout l'historique du côté du poème de Reboul L'ange et l'enfant avec plusieurs imitations de Desbordes-Valmore, Hugo, etc. Et il ne relève pas mon opposition à la lecture ironico-realiste prônée par Murphy. Il y a une spiritualité dans ce poème. J'y reviendrai. J'entends une spiritualité dans le traitement, pas une croyance première de Rimbaud.

Sur les 22 poèmes remis à Demeny, beaucoup avaient déjà été faits avant mon entrée en scène et il ne s'agit pas des poèmes les plus hermétiques. Ceci dit, j'aimerais bien comprendre pourquoi Alain.Vaillant et Adrien Cavallaro citent evasivement qu'il y a une forme de quatrain reprise à Musset dans Ce qui retient Nina. En toute rigueur, ils doivent citer mon.article du blog Rimbaud ivre sur le sujet, ils y trouveront des compléments. Il y en a bien sur d'autres sur mon blog avec la préface de Glatigny et la mention de l'opera-bo7ffe d'Ofenbach, mais Cavallaro consent à citer le blog de Bienvenu. Donc sur Ce qui retient Nina, il est clair qu'il s'agit encore une fois de me minimiser en évitant de trop me signaler à l'attention.

Comme ce blog n'est pas cité,  rien ne sera dit sur les liens que je fais avec Murger pour Sensation, Ma Bohème et Ophelie. Je précise que quand j'ai fait mes découvertes je me suis rendu compte qu'il existait déjà un article de Chevrier que j'ai acheté et lu. Or, pour je ne sais quelles raisons, Chevrier n'a pas mentionné Ophelie de Murger, ni les annexes au recueil posthume des Nuits d'hiver, il n'a pas vu mon idée sur la mise en page justifiant un rapprochement net dans le cas de Sensation.

Comme Cavallaro ne veut pas citer mon site, il n'a pas vu non plus les liens importants du côté d'auguste de Chatillon, rapprochement qui intéresse en particulier Les Effarés.

Il.n'a pas pu citer mon article récent sur Bal des pendus et Gautier.

Il nexrel3ve pas non plus la source chez Coppee de "Les tilleuls sentent bon", qu'on trouve dans Intimites et Roman.

Il.n'a pas pu citer non plus mon idée essentielle que les tercets de Ma Bohème reecriventbun sizain du dernier poème des Odes funambulesques Le Saut du tremplin, au-dela de la reprise d'une rime, tandisx que Rêve pour l'hiver reecrit le dernier poème en Siemens des Cariatides. Il ne relève pas non plus le lien formel entre Au désir de Sulky Prud'homme et Rêve pour l'hiver".

A noter que Les tilleuls sentent bon de Coppee et Au désir sont des sources quecj'ai pourtant citées dans les volumes universitaires rimbaldiens !

Il passe aussi à côté de mes remarques sue Au cabaret-vert ou je montre des sources nouvelles du côté de Banville en établissant que Rimbaud a lu les deux versions des Cariatides, celle de 1842 et celle de 1864, Rimbaud ayant donc lu la quantité élevée de rimes d'or/dort de 1842 que Banville à fait disparaître.

Cavallaro ne cite pas non plus ma très puissante démonstration.que l'étonnante mention de la cavale dans Soleil et Chair renvoie à la lecture déjà contestée de Rolla.


Pour les poèmes première manière ultérieure, je suis effacé par Brunel dans le Dictionnaire Rimbaud, puis par Cavallaro des références bibliographiques au Bateau ivre et je suis ultra minimise sur Voyelles. On daigné à la marge me citer pour Les Assis faute d'autres intervenants et sur Les Corbeaux en me minimisant. Ils pourront dire : vous voyez qu'in le cité. OK ! Alors, vous allez expliquer maintenant pourquoi Murphy en 2003 à publue un article si long sur Voyyelkes quand j'étais un débutant. Et aussi pourquoi Murphy me felicite pour ma lecture du Bateau ivre dans son article sur le poème, alors que je ne suis cité qu'à la marge sur Les Corbeaux par Murphy ou Reboul, les autres ne me citant carrément pas, alors que mon article sur Les Assis n'a jamais eu le moindre écho.

Vous manquez de logique dans vos coups bas.

Ah oui ! Vous n'aimez pas que je me vante ainsi, mais c'est votre punition, les gars !Fallait pas rêvasser comme dit Rimbaud !

Pour Accroup8ssements et Oraison du soir, Cavallaro ne citerais pas non plus mes sources baudelairiennes, notamment du Voyage à Cythere. Le premier quatrain de Oraison du soir démarque de très près le début de cette fleur du mal. Ne vous réfugiés pas derrière la césure du vers 1 de Oraison du soir pour dire que vous saviez. Murphy à écrit des dizaines de pages sur Accroupissements et plusieurs fois sur le comme un devant la césure, il n'a jamais identifié les sources précisément.

J'attends aussi que non seulement on n'attribue pas à Chevrier mes découvertes sur Tête de faune, mais qu'on parle de ma mise aubpoint sur les césures de ce poème après la quatrième syllabe de chaque vers, dément imparable à la lecture métrique initiée par Cornulier !

Et j'en ai d'autres des découvertes sur les poèmes de cet ensemble.


Pour les poèmes en vers nouvelle manière, au minimum, il faudrait citer outre ma démonstration dez césures forcées, mes mises au point sur Desaugiers pour Bonne pensée du matin, sur Desbordes-Valmore sur Larme en connexion 1vec la première des ariettes oubliées de Verlaine. Et ma lecture de Qu'est-ce...

Pour Michel et Christine, je rappelle que Circeto a pris par piratage informatique un début d'article que j'écrivais pas mus en ligne, brouillon que j'ai supprimé de mon blog et qu'il a récupéré je ne sais comment.

Sur Une saison en enfer, je me considère comme le rimbaldien de référence : lecture de la prose liminaire ou j'élimine les contresens de tous les rimbaldiens, coquille outils, plein de remarques sur Mauvais sang,venjeu des brouillons, mise au point sur la clausus de Alchimievdu verbe, influence de Dumas fils et quelques autres éléments.

Pour Les ou les Illuminations, je ne suis pasvle plus satisfait des articles que je publiais dans les revuesbjudqu'en 2006, mais au moins sur A une Raison, Aube et Génie il est naturel de me référencer. Il y a ma mise au point formelle sur les répétitions, de solides lectures éparses sur mon blog dont Barbare, Après le Déluge, Vies. 

Bardel attribue à Bruno Claisse ma découverte de la réécriture d'un vers des Oracles de Vigny pour "rouler survl'aboi des dogues", ce dont Marc Dominicy et Adrien Cavallaro s'emparent.

Claisse n'a jamais mentionné cette source. Non seulement il ne l'a pas découverte, mais il n'en a jamais parlé. Sur internet, j'ai l'antériorité. Mais ce résultat faisait partie de mon DEA de Lettres modernes dont j'ai un 3xemplaire dans mes cartons plus des fichiers informatiques avec en particulier des envois par courriers à Murphy, claisse et d'autres rimbaldiens.

Notez que dans le numéro 16 de la revue Parade sauvage en 2000, à côté de l'article de Claisse sur Nocturne vulgaire ou il n'y a aucune mention du vers des Oracles de Vigny source de rouler sur l'abri des dogues, il y avait mon tout premier article et j'avais osé par digression citer un.vers tout proche du modèle de rouler sur l'abri des dogues à cause de la mention au pluriel voyants. Bref, si vous n'avez pas accès à mon mémoire de DEA dec2001, vous avez accès à un signe évident de ma bonne foi sur le sujet.

Je précise que Claisse lui-meme qui me disait de me méfier de Murat au même moment et qui plus tard à publié un.article sur le monostiche de Ricard pour bien signifier que c'était ma découverte et non celle de Guyaux haï,  Claissecdis-je m'a piqué la source de ce nexseravpointbun effet d'élégance du côté de Leconte de Lisle, ce dont je lui avais fait part à l'oral en 2003 devant une amie de Rimbaud au nom composé genre Ramberg ou Rambett-Pierrot dont le nom exact est mentionné dans Rimbaud vivant à l'occasion. Je pourrais le retrouver. J'ajoute que mon antériorité était acquise avec une intervention de ma part sur le forum de discussion du site canadien poètes.com. tout pouvant être retrouvé sur le net m'assure-t-on, jevlancevici le moyen de vérifier ma bonne foi.

J'ai aussi ma contribution sur les manuscrits des Illuminations et notamment la pagination.all9graphe.

Et là je finis en beauté ! Juste 1vant la publication de l'édition des Illuminations par Bardel, je disais que c'était le chant du cygne. Ceux qui étaient dans le secret devl'edition à venir de Cavallaro ont peut-être ri sous cape.

Pourtant, Cavalkaro n'adhère pas à la pagination autographe des manuscrits des Illuminations. Il confirme bien que Bardel à publié un chant du cygne ! J'ai eu raison. Qui plus est, Cavallaro achevé de torpiller l'idée d'un recueil organisé des Illuminations en éditant des filets de séparation, ce qui ne manquera pas de désenchantée l'essentiel des rimbaldiens que ces questions intéressent sincèrement.

Oui, l'édition.de cavallaro, c'est dejavl'apres chant du cygne...

jeudi 10 septembre 2026

Un alexandrin de Rimbaud qu'on ne trouve nulle part dans l'édition des oeuvres complètes de Rimbaud par Cavallaro !!!!!

 Dans son édition des Oeuvres complètes de Rimbaud, Cavallaro a publié les proses dites "en marge de l'Evangile" juste avant Une saison en enfer, malgré leur caractère de brouillon. Il publie aussi dans les contributions zutiques les restes de deux poèmes déchirés, la déchirure étant telle que pour aucun des deux poèmes nous n'avons de vers complets !
Cela confirme qu'il s'imposait de publier les vers inédits cités par Delahaye, notamment le fragment "J'ai mon fémur !" avec quelques alexandrins inédits et clairement authentiques. Mais, à côté de "Poison perdu", le manque majeur de cette édition, c'est sans aucun doute l'alexandrin inédit cité par Octave Mirbeau et qu'on soupçonne d'être une citation des "Veilleurs" même :
 
L'éternel craquement des sabots dans les cours[.]
 ***
 Petites annonces en vrac :
 
D'ici novembre je publierai sur ce blog des photographies de l'exemplaire annoté du Reliquaire conservé à Bruxelles. J'ai deux manières d'y parvenir d'ici là.
Ensuite, je médite une édition de référence en ligne des oeuvres complètes de Rimbaud avec bien sûr des notices, et je commence par "Tête de faune", "Les Corbeaux", "Les Mains de Jeanne-Marie" tout mon travail de mise au point et j'en rendrai compte sur ce blog.
Enfin, et c'est lié avec la réflexion sur "Les Corbeaux", il me faut revenir sur la lecture de ce poème. Bien que Cavallaro en rende compte dans son édition, la lecture anticléricale des Corbeaux par Murphy, Bataillé et Vaillant est définitivement tombée. Mon article est cité en bibliographie, mais Cavallaro ne rend pas pour autant compte du contour exact de ma lecture. En revanche, il rend compte de celle d'Yves Reboul qui contredit aussi celle de Murphy, Bataillé et Vaillant.
Reboul part d'une lecture ironique d'ensemble. Le poème "Les Corbeaux" pose un discours d'époque qui n'est pas celui de Rimbaud et du coup dans le dernier sizain l'idée c'est que la prière est une imitation ironique de ces poètes qui se réfugient dans la poésie des bois. Comme "sois le crieur du devoir ô notre funèbre oiseau noir" sent le persiflage, le sizain final se moquerait de la pose du poète sollicitant la protection des fauvettes. Et une idée clef, c'est que le "soir" est dit "charmé" parce qu'il le serait par ce genre de poète précisément.
Je n'avais pas envisagé cette lecture et je n'ai rien contre a priori, mais il y a des éléments de ma propre lecture qui continuent de résister. Reboul ne rebondit pas sur le lien évident entre "Le Bateau ivre" et "Les Corbeaux" : "soir charmé" pour "crépuscule embaumé" et "fauvettes de mai" pour "papillon de mai" ce qu'accompagne "Mât perdu" pour "vaisseau perdu". Il ne rebondit pas non plus sur la présence diffuse du couple "étrange" et "ange" qui permet de rapprocher "Les Corbeaux" et "La Rivière de Cassis" de deux poèmes contemporains "Voyelles" et "Les Mains de Jeanne-Marie". "La Rivière de Cassis" date de mai, "Les Mains de Jeanne-Marie" de février, et "Voyelles" semble dater aussi de février, et le poème "Les Corbeaux" semble dater de février-mars lui aussi. Rimbaud aurait remis à peu près en même temps "Les Corbeaux" et "Voyelles" à des fins de publication dans la revue, et "Oraison du soir" remis à Valade aurait même été le troisième poème prévu pour la revue avec un certain optimisme de la provocation obscène.
Il y a un troisième fait. La rime "chêne"/"enchaîne" est commune au dernier sizain des "Corbeaux" et au dernier sizain de "Plus de sang" de Coppée, sachant que "Plus de sang" contient au début "le massacre aux cent voix furieuses" qui a de quoi mériter par contraste une comparaison "la voix de cent corbeaux".
Et je suis parti dans une relecture de tous les vers de Coppée, je vais bâtir un dossier des citations de Coppée dans les vers de Rimbaud. Je suis agacé de voir que personne ne cite la nouvelle "Ce qu'on prend pour une vocation" au sujet des "Remembrances du vieillard idiot". A noter que j'ai des idées fragiles mais peut-être pas nulles au sujet de ce poème zutique, je note que "tirons-nous la queue" peut faire songer au poème du chien abandonné dans "Ecrits pendant le siège", que le début de la "Lettre d'un mobile breton" réunit père, mère et "mignonne soeur", que "Plus de sang" parle à la fin d'être "pardonné". Et j'ai quelques idées de rapprochement sur le tir.
 Pour les deux premiers dizains de Rimbaud, je suis agacé que les rimbaldiens ne me suivent pas dans le rapprochement que je fais avec les deux dizains enchaînés que Verlaine venait d'envoyer par lettre à Valade, car en faisant cela il y a plein de considérations sur le sens à dérouler. Et je pense que je vais ajouter des sources jamais formulées avant. Par exemple, "Maigre comme une prose à des vitraux d'église" est une démarcation de "Morne comme une armée après une défaite[.]" Je ne pense pas que cela ait jamais été dit. Et ce vers de Coppée est pris dans la zone des sources au dizain zutique : "Je préfère sans doute..."
Il y a plein de mises au point qui découlent d'un travail sur les sources conduit avec rigueur.
Je vais chercher les poésies de refuge dans le bois, et les équivalents de "soir charmé". J'ai déjà commencé. Je vais faire du balayage.
C'est le travail fondamental pour préciser au public le sens et les intentions des vers de Rimbaud. Ce n'est pas à traiter par-dessus la jambe en disant que c'est un travail de titan dans l'inter, l'hyper et l'hypotextuel, pour aller encenser plus longuement du blabla intellectuel d'articles voisins. D'ailleurs, les rimbaldiens n'ont rien de plus pressé à faire que de me piquer mes découvertes intertextuels et ils les exhibent comme du concret. Sauf pour "Le Bateau ivre" où Cavallaro s'est interdit de citer mon article et donc mes sources hugoliennes factuelles publiées en 2006 dans la revue Parade sauvage...
Au fait, vous allez bientôt vous les attribuer mes découvertes sur Rolla et Credo in unam, sur Desaugiers et Bonne pensée du matin, sur Desbordes-Valmore, la première des ariettes oubliées et Larme, sur Ophélie et Murger, sur Ma Bohême et Murger, sur Sensation et Murger. Oui, un article de Chevrier est pas passé loin du jackpot sur Murger, mais il n'a pas tout vu. Eh oui ! Ah une non-rimbaldienne a dit qu'il existait un poème du titre "Ophélie" dans les poésies de Murger, oh les rimbaldiens tout sauvés qui ne seront pas ainsi obligés de me citer, pour le cheval dans Rolla et la chanson de Desuagiers le pillage sera plus délicat à opérer. Il va falloir être inventif ou patient.

mercredi 9 septembre 2026

On retouche l'édition en Folio Classique des oeuvres complètes de Rimbaud en vue d'un meilleur classement (Partie finale 3) / Ajout Mise à jour 15h30

On pourrait penser que les principaux problèmes de classement des poèmes de Rimbaud pour Cavallaro concerne essentiellement le tome I, mais les problèmes sont aussi pesants pour le tome II.
Le tome II est principalement sabordé par l'inclusion de poèmes en vers "première manière". Absurdement, Cavallaro a isolé le poème "Les Mains de Jeanne-Marie" du reste du dossier paginé remis à Forain, faute d'autant plus gênante que "Tête de faune", le poème de transition, est placé en fin de la grande production en vers "première manière" juste devant les contributions zutiques. Il faut ajouter le manque de rigueur qui fait que Cavallaro préfère conserver la leçon "ployeuses" à la leçon "casseuses", ce qui relève d'une mauvaise analyse des reports effectués par Verlaine. Il est évident que la variante "casseuses" est celle du manuscrit utilisé par Verlaine pour ses ajouts comme il est évident que le report scrupuleux de cette variante part du constat que Rimbaud a préféré "casseuses" à "ployeuses" et qu'il demeure question de remplacer "ployeuses" par "casseuses". Notons aussi que cette mention "variante" prouve, entre autres arguments, que nous avons affaire à un porte-feuille de poèmes et non à un recueil.
Cavallaro aurait dû renoncer à son ambition d'une édition chronologique où il aurait en tous cas dû conserver les dossiers de poèmes d'une même allure. L'édition de Cavallaro porte la tare de mélanger sur un même plan les proses, les vers "première manière", les vers "seconde manière", les productions disons "zutiques". à quoi un devoir scolaire s'est même ajouté. Le tome II commence par "Les Mains de Jeanne-Marie", se poursuit par "Les Déserts de l'amour" sur lequel dans ses notes Cavallaro commet deux erreurs : aucun rapprochement avec le fait que ce soit un autre titre pour "La Chasse spirituelle" alors que le mot de Verlaine des Poètes maudits est citée !!!! et un refus d'accepter "Les Déserts de l'amour" pour de la poésie en prose !??? Mais ne digressons pas. Ensuite, Cavallaro donne les vers "seconde manière" du printemps et de l'été 1872 à peu près dans l'ordre chronologique des dossiers qu'on peut établir, mais avant les poèmes non datés Cavallaro insère donc le poème première manière "Les Corbeaux" parce qu'il a été publié dans une revue en septembre 1872, le dernier poème en vers "seconde manière" daté étant "Fêtes de la faim" avec la mention du mois d'août, puis il fournit les quelques poèmes en vers "seconde manière" pour lesquels nous n'avons pas de date spécifiée, puis il termine par deux poèmes d'une nature "zutique", dont l'un a une copie dont le mois de transcription est connu et identique aux "Corbeaux" : le dizain "L'Enfant qui ramassa les balles...", poème qui en réalité est de Verlaine et qui, aussi, forme un diptyque avec un autre dizain !!!! Merci aux rimbaldiens et aux verlainiens de ne jamais publier le diptyque. Et ensuite nous avons un couple de deux quatrains réunis sous le titre "Vers pour les lieux" qui selon les témoignages certes indirects sont datés de mai 1872. Où est la rigueur dans le classement effectué par Cavallaro. On comprend qu'il a reporté tout à la fin les deux poèmes plutôt "zutiques". Notons que Cavallaro a mis les "Immondes" ou "Stupra" dans le premier volume, sans doute à cause du "Sonnet du Trou du Cul", mais jusqu'à plus ample informé les dates de composition des deux autres sonnets "Immondes" sont inconnues, ça peut très bien être des compositions de 1872, sinon des quatrains "Vers pour les lieux". Il y a eu quelques contributions sur l'Album zutique en mai 1872 à cause du Salon et de la tête de Mérat, d'ailleurs.
Mais le vrai sujet, c'est donc que "Les Mains de Jeanne-Marie" est daté de février 1872 et le poème "Les Corbeaux" a été publié en septembre 1872.
Il s'agit ici d'une hypocrisie et plus précisément d'une méthode vicieuse en ce qui concerne le poème "Les Corbeaux". Il ne faut pas prendre les gens pour nés de la dernière pluie. La date de publication de "Trois baisers" livre une précision sur la composition de ce poème composé à cette époque et remis dans deux autres versions à Izambard et Demeny, le poème "Trois baisers" est forcément antérieur au 13 août, et il a dû être composé donc très peu de temps auparavant. Pour "Ce qu'on dit au poète à propos de fleurs" on peut peut se défier de la date affichée du 14 juillet, mais l'envoi de la lettre le 15 août permet de relativiser le problème de datation. En revanche, la publication en 1878 d'une version "Petits pauvres" des "Effarés" n'a aucun intérêt pour dater la composition initiale du poème et nous nous en remettons à d'autres preuves pour le dater de septembre et même du 22 septembre 1870. Les poèmes envoyés par lettres à Banville en 1870 ou à Izambard et Demeny en 1871 peuvent profiter ainsi d'une date-butoir quant à l'estimation de leurs périodes de composition respectives, encore que Cavallaro en use un peu n'importe comment quant au morceau "Les Pauvres à l'Eglise". Puis, selon Izambard, "Mes Petites amoureuses" est plus ancien que "Le Coeur supplicié", tandis qu'Yves Reboul a montré que "Chant de guerre Parisien" parlait des événements les plus récents, ouvrant la voie à l'idée que des trois poèmes envoyés le 15 mai à Demeny, il était sans doute le plus récent, les deux autres pièces étant "Accroupissement" et justement "Mes petites amoureuses".
En clair, se fier aux lettres et à l'ordre des poèmes dans les lettres, ce n'est pas un gage de réussite dans le classement chronologique.
Dans le cas du poème "Les Mains de Jeanne-Marie", je l'ai déjà dit. Cavallaro a isolé le poème dont il était établi qu'il datait de 1872, mais cet isolement ne tient pas face au raisonnement opposé qui veut que plusieurs poèmes non datés ne sont pas forcément de 1871. L'isolement opéré par Cavallaro n'aurait de légitimité que si nous étions sûrs que tous les autres poèmes datent de 1871.
Pour "Les Corbeaux", dans son édition philologique, Steve Murphy a classé ce poème en septembre 1872 parce qu'il y avait une date-butoir de la publication le 14 septembre 1872, mais par la suite Murphy a publié des études tendancieuses où il prétendait, avec de gros sabots, que le poème avait été composé dans l'urgence pour être publié le 14 septembre dans la revue ! Argumentation qui est tout bonnement lunaire. Et dans l'édition de Cavallaro, le placement du poème "Les Corbeaux" est clairement tendancieux, puisque derrière l'hypocrisie de l'indice chronologique de la publication Cavallaro fait mine de croire que le poème a été composé dans l'urgence et invite les lecteurs à croire trois faits : un que le poème a été composé fin-août ou début-septembre 1872,  deux que Rimbaud ne chiait plus sur la Renaissance comme il l'avait dit en juin à Delahaye, trois que Rimbaud pouvait revenir sans crier gare à sa pratique des vers "première manière" alors qu'on voit bien que la pratique des vers "nouvelle manière" est exclusive au printemps et à l'été 1872, l'exception étant les poésies en prose des "Déserts de l'amour".
Il ne faut pas nous raconter que le poème "Les Corbeaux" est classé là par défaut à cause d'un indice chronologique dans l'édition de Cavallaro, c'est une allégeance vicieuse, je dis bien "vicieuse", à une théorie de mauvaise foi, je dis bien "de mauvaise foi", de Steve Murphy. On ne va pas y aller par quatre chemins.
Un bon éditeur rapprochera "Les Corbeaux" des poèmes de la suite paginée remise à Forain.
En opérant de la sorte, Cavallaro allègerait aussi la pression chronologique qui s'exerce du coup sur son classement final des poèmes "seconde manière" non daté, pression chronologique qu'aggrave "L'Enfant qui ramassa les balles..." et dans une moindre mesure les "Vers pour les lieux" connus pour devoir dater de mai 1872.
Mais quand je disais que Cavallaro mettait sur un même plan des proses, des vers, de la poésie "première manière" et de la poésie "seconde manière", un devoir scolaire, etc., j'avais encore en tête ce dernier cas où Cavallaro met sur un même plan des brouillons et des oeuvres achevées, puisque non vous ne rêvez pas, mais vous avec une section "Proses dites 'évangéliques' " qui ouvre l'année 1873 et précède Une saison en enfer et Les Illuminations !?? Le texte est clairement édité comme un brouillon par Cavallaro. Comme il s'agit d'un texte inédit, il l'a placé dans les oeuvres de référence, mais ça n'a aucun sens. Cette partie devait d'office se retrouver dans les compléments en fin d'ouvrage !
Contrairement à Steinmetz en GF ou à Brunel au Livre de poche, Cavallaro ne fournit pas une édition qui égrène les dossiers dans les états qu'on leur connaît, donc il ne devait pas reprendre leur principe de publication au sujet de ces brouillons !
 
Passons maintenant à la question des "versions de référence". Dans les cas où il existe plusieurs versions d'un même texte, la logique est de privilégier en général la dernière version connue comme la plus aboutie. Avec Rimbaud, c'est tout de même plus compliqué.
Jusqu'en 1872, on peut appliquer la sélection de la version la plus tardive, et cela amène à privilégier le dossier de la suite paginée remise à Forain, même s'il y a une concurrence possible des versions des "Poètes maudits", voire d'autres manuscrits pour "Les Premières communions". D'ailleurs, "Le Bateau ivre" ou "Paris se repeuple" ne sont pas dans la suite remise à Forain, il a bien fallu procéder autrement.
Disons qu'il y a un prestige du manuscrit par rapport aux versions des "Poètes maudits" ou de La Vogue, prestige du manuscrit qui vaut aussi pour la copie par Verlaine du "Bateau ivre".
La suite paginée a le mérite de former un portefeuille que Rimbaud n'a plus eu à portée de main pour des raisons empiriques par la suite, les versions des Poètes maudits étant forcément contemporaines et pas plus tardives que la suite paginée remise à Forain, c'est un peu ça l'idée.
Cavallaro n'a pas appliqué rigoureusement ce principe. Il a inventé un système de péremption par année pour "Les Effarés" sinon "Le Coeur du pitre".
Passons maintenant aux poèmes en vers "nouvelle manière" en 1872. Pour moi, il est clair que les manuscrits qui sont parvenus en 1886 à la revue La Vogue, puis qui ont été publiés par La Vogue, dans le Reliquaire ou par Vanier, formaient un porte-feuille de poèmes en un seul exemplaire, une seule version, mais il s'agissait aussi d'un porte-feuille au petit bonheur la chance avec des copies non homogénéisées, certaines à minuscules à l'initiale des vers, et parmi celles-ci certains manuscrits déponctués.
Le rétablissement des majuscules à l'impression est facile à faire, évident. Le problème est plus délicat pour les manuscrits déponctués, mais heureusement nous pouvons les confronter à des manuscrits plus anciens où on voit qu'initialement les poèmes avaient une ponctuation bien établie.
On pourrait me reprocher de ne pas être un grand admirateur des impressions de poèmes déponctués, je n'attribuerais pas à Rimbaud un des actes clairement établis des poésies d'Apollinaire par exemple. Mais, réfléchissez un peu. Vous croyez vraiment qu'il faut publier par exception trois poèmes déponctués ? C'est difficile pour vous de comprendre que le dossier n'est pas homogénéisé et qu'à ce titre il n'y a aucune valeur éditoriale à prêter aux minuscules en tête de vers et à la déponctuation ?
Oui, le défaut de ponctuation est plus problématique pour un éditeur, mais les manuscrits étaient dans un porte-feuille personnel, ils n'étaient pas destinés à la publication.
Il y a un autre problème. Les versions de certains poèmes dans "Alchimie du verbe" sont les plus tardives, mais elles sont violemment déformées afin de servir le propos en prose. Par conséquent, il ne peut s'agir des versions de référence des poèmes.
Pour les poèmes en vers "seconde manière" (au-delà de "Tête de faune"), je suis plutôt d'accord de privilégier des versions de référence au plus près du moment de composition, en incluant "Mémoire" de préférence à "Famille maudite". Il y a les manuscrits remis à Forain et gardés par Millanvoye, puis la suite des "Fêtes de la patience" parvenue via Richepin, puis pour le dossier de 1886 Cavallaro suit les dates mentionnées et on peut entendre qu'ils finissent par les poèmes non-datés, mais il aurait dû écarter "Les Corbeaux", "L'Enfant qui ramassa les balles..." et "Vers pour les lieux".
Maintenant, il y a le problème d'établissement des textes. Le poème "Entends comme brame..." est publié avec des minuscules en tête de vers, pareil pour "Mémoire" malgré la preuve apportée par "Famille maudite".
Vous arrivez à vous en apercevoir que vous faites un statut à part pour ces deux seuls poèmes ? C'est difficile de comprendre que ce vous faites est complètement idiot ?
Je vous réexplique.
Si "Entends comme brame..." avait été déponctué, nous serions dans un problème insoluble concernant son homogénéisation au plan de l'édition, mais là il n'y avait aucun problème. Ou vous voulez faire les malins et publier à la manière des Dixains réalistes de 1876 et alors vous publiez tous les poèmes "nouvelle manière" avec des minuscules en tête de vers, même ceux qui ont des majuscules sur les manuscrits, ou vous publiez systématiquement avec des débuts de vers en majuscules. Cela ne change rien aux vers, ni à la lecture. C'est un procédé normatif de simple présentation des textes.
Il faut arrêter d'être débile ! Vous faites peur !
Passons aux Illuminations !
 Je n'ai évidemment rien à dire sur Une saison en enfer.
Il va de soi que l'approche la plus neutre consiste à publier le dossier tel qu'il nous est parvenu. Cela ne veut pas dire que nous considérons que c'est l'ordre voulu par Rimbaud, mais si on commence à faire des retouches on va faire apparaître nos intentions et dans ces cas il vaut mieux ne pas se louper.
On ne va pas polémiquer sur le rétablissement de l'article, le discours s'entend et se défend, OK.
Donc, en gros, je n'ai rien à dire sur l'ordre des poèmes de prime abord, en constatant que avec les éditions de la Pléiade ou cette édition en Folio Classique on tend à revenir à l'ordre final "Fairy", "Guerre", "Génie"', "Jeunesse" et "Solde", quand certains terminaient l'ensemble sur "Génie".
Je prends acte aussi que Cavallaro ne considère pas que la pagination soit autographe.
Maintenant, j'ai quand même quelques remarques à faire.
Premièrement, pour le passage des textes des feuillets paginés 11 et 12, il y a tout le problème de l'unité du titre "Phrases", puisque l'édition va être obligée de choisir entre une suite sous le même titre et une disjonction. Et je précise que ce choix doit être lisible indépendamment des notes.
Or, Cavallaro a exploité le fait de devoir tourner la page pour se dérober à l'alternative posée. Il a mis les textes placés directement sous le titre "Phrases" au bas du feuillet paginé 11 sur la page 109 de son édition, puis il a laissé un blanc en fin de page au lieu de poursuivre la transcription, puis quand on tourne la page on a la transcription des textes du feuillet paginé 12, sur le haut donc de la page 110, mais sans l'introduction nécessaire d'un signe en guise de titre pour "Une matinée couverte..." Cavallaro reproduit à peu près passivement les manuscrits, sauf que le blanc au bas de la page 109 introduit une rupture et un choix inconscient en faveur de la disjonction.
Il s'agit d'une indécision matérialisée, indécision qui va tout de même dans le sens d'une séparation de "Phrases" des cinq poèmes courts du feuillet 12.
La solution éditoriale de Cavallaro est de l'ordre du tour de passe-passe, il n'assume pas de devoir choisir, encore qu'il le fait sans bien s'en rendre compte.
Personnellement, je pense que le feuillet 12 pouvait très bien être à la suite de "Ô la face cendrée...", mais si je veux éviter d'afficher mes intentions, je publie bien ce feuillet 12 à la suite du feuillet 11, mais je fais une présentation éditoriale où clairement je sépare les cinq poèmes courts et pour cela je mets d'autorité trois astérisques ou trois croix en guise de titre au-dessus de "Une matinée couverte". Ce n'est pas plus compliqué que ça. Notez qu'avec des astérisques des petits malins me soutiendraient que je n'ai pas réellement tranché. Il faudrait que la présentation des astérisques ne laisse aucun doute.
Le deuxième problème évident de l'édition de Cavallaro, c'est qu'ils reconduisent des lignes aberrantes, alors même qu'il n'adhère pas à la thèse du recueil organisé !
Les filets de séparation mis par Rimbaud sur ses manuscrits, c'était à peu près des tics de recopiage. De plus, le feuillet qui contient "Marine", "Fête d'hiver" et "Nocturne vulgaire", il s'agit d'un manuscrit peu soigné, plus difficile à lire avec du texte au recto et au verso. Pourquoi aller annexer les lignes comiques à l'établissement du dossier et mettre ça en perspective dans l'ensemble ? C'est quoi ce cirque ?
Pourquoi éditer un trait horizontal à la suite du texte "Après le Déluge" ?
Il faut que ce qui soit fait ait du sens ? Quel est le sens ici ?
On sait qu'il y a des fous furieux qui imaginent que ces traits créent des regroupements de poèmes. Si si je vous assure, il y a des gens qui pensent que le trait en-dessous de "Vies III" et le trait en-dessous de "Royauté" permet de créer le sous-groupe des deux poèmes "Départ" et "Royauté". Non, mais ne rigolez pas, s'il vous plaît ! Soyons sérieux, allez, ou j'arrête mon article ! Si si des gens tout ce qu'il y a de plus sérieux soutiennent ça ! Allez, respirez un bon coup !
Et donc ce que je veux dire, c'est que dans son édition, Cavallaro reproduit ces traits sans même adhérer à cette thèse, puisque la manière de les éditer n'a pas été de créer des sous-groupes, mais de simplement les placer. On le voit nettement avec le trait horizontal en-dessous de "Vies III" à la fin de la page 106, le trait éditorialement n'est pas en relation avec le trait qui suit "Départ" et "Royauté" sur la page suivante !
Cavallaro ne fait rien d'autre que virer à la reproduction obsessionnelle des détails du manuscrit. Et évidemment il n'y a aucune homogénéisation, ce qui nous vaut une édition chaotique des Illuminations.
Ne me dites pas que ça va échapper à la vigilance des comptes rendus un problème pareil !
Enfin, il y a le dernier point, les alinéas imaginaires de "Marine" et de "Nocturne vulgaire". Pour "Nocturne vulgaire", Cavallaro imagine un compromis farfelu. Il se sert des tirets pour inventer un décalage alinéaire second dans le texte. Pour "Marine" et "Nocturne vulgaire", il s'agit d'une édition fondée sur des conceptions anachroniques.
Il y aurait à dire sur l'établissement du texte de "Jeunesse II Sonnet", mais ça reste un point important de débat.
Enfin, il fallait insérer en toute fin le sonnet "Poison perdu" quitte à ne pas affirmer pleinement qu'il soit de Rimbaud, mais il fallait l'intégrer au débat, tout comme dans les compléments il fallait des morceaux tels que "J'ai mon fémur !..." 
Enfin, la prétention étant d'être complet, il manque de toute façon les écrits de Rimbaud au-delà de 1875, en sachant qu'il y a des sujets de débat. Jacques Bienvenu a alerté sur la possibilité que des textes parus sous d'autres noms dans la presse soient en réalité des écrits de Rimbaud dans sa vie africaine. On ne peut pas faire une édition qui s'en tient à la vie littéraire et qui prétende à une exhaustivité jamais atteinte en même temps, il y a une contradiction dans les termes.
 
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15h30
Pour le dizain "L'Enfant qui ramassa les balles...", voici comment après plusieurs autres Cavallaro contourne les faits, il écrit ceci dans sa notice au poème à cheval sur les pages 233-234 du tome II :
 
 [...] Régamey attribue "L'Enfant qui ramassa les balles..." à Verlaine, et les initiales "PV" figurent en bas à droite du manuscrit. Toutefois, l'écriture est celle de Rimbaud, et c'est Verlaine qui a transcrit le dizain dévolu à Napoléon III.
Plus bas, Cavallaro entame un paragraphe en attribuant la paternité du poème sans autre forme de procès à Rimbaud : "Rimbaud tourne en dérision [...]".
Le procédé est clairement tendancieux. La construction de l'argumentation est de l'ordre du "oui, mais". On donne les preuves que le poème est de Verlaine : l'attribution par le seul témoin possible (Régamey) et la signature "PV", puis on avance un argument de rang inférieur comme si son opposition suffisait et on reste sur ce dernier argument avancé, le poème a été recopié par Rimbaud. Il s'y glisse un second argument subreptice non explicité : c'est Verlaine qui a recopié le premier dizain. Cavallaro ne formule pas lui-même ce qu'il veut dire, il laisse le lecteur le faire à sa place ce qui est tendancieux dans la mesure où un lecteur lit la note et ne va pas s'arrêter pour prendre la mesure de ce qu'il interprète, donc Cavallaro force le lecteur au raisonnement implicite suivant : "si Verlaine a recopié le premier dizain, il aurait pu recopier le suivant s'il était de lui", sauf que si le poème n'est qu'à recopier dans l'absolu tout le monde peut le recopier. Même Régamey aurait pu le faire, sauf que le but était de le lui offrir. La signature PV vaut clairement pour les deux poèmes et recoupe le témoignage de Régamey. Cavallaro parle de la signature "PV" comme un accident : les initiales figurent là, c'est comme ça, ça arrive, ce n'est pas très grave.
Faut arrêter le sketch, il y a une mauvaise foi généralisée de Murphy, Cavallaro et d'autres, Murphy ayant essayé de minimiser sa crispation en concédant dans son article pour ce poème au Dictionnaire Rimbaud que personne ne m'opposait de véritable argument à la réattribution à Verlaine, mais ce genre d'aveu n'est pas entier parce que dans le même temps on a tout de même un article attribuant le poème à Rimbaud, on fait une concession de complaisance et on passe à travers. Non, la signature "PV" est une preuve philologique, on ne peut pas louvoyer. Et j'ajoute que Cavallaro, Murphy devraient préciser que le poème a été initialement attribué à Verlaine à cause du témoignage de Régamey, que l'identification de l'écriture de Rimbaud a fait qu'on a attribué ensuite le poème à Rimbaud malgré des réticences de Bouillabne de Lacoste habitué à l'attribuer à Verlaine, et puis quand on a découvert une photographie du manuscrit qui incluait la signature "PV" les rimbaldiens ont refusé cette fois de renoncer à leur habitude. C'est ça la vérité, c'est ça faire un travail d'éditeur et d'annotateur consciencieux.
Le poème, il est de Verlaine, point barre. En l'attribuant à Rimbaud, vous étalez vos problèmes d'incompétence.
 
Passons aux "Corbeaux". La technique d'écriture de Cavallaro est la même. Il commence par un tour ironique "On s'est étonné..." pour souligner que le 14 septembre semble tardif pour une composition de vers "première manière". Cavallaro ajoute que Rimbaud a vertement jugé la revue en juin. Cavallaro ne va pas défaire ses arguments, il va les laisser en suspens comme s'ils n'étaient rien, comme si Rimbaud avait retourné sa veste et avait préféré retourner aux vers "première manière". Rappelons au passage que Rimbaud n'avait pas besoin de composer un poème en vers "première manière" en septembre 1872, il avait déjà "Voyelles" en réserve, sinon "Le Bateau ivre"... Deux poèmes qui n'étaient pas franchement obscènes ou sulfureux comme "Oraison du soir". Il avait aussi "Les Chercheuses de poux" et "Les Douaniers".
Cavallaro donne donc les arguments contre la datation en premier en restant dans le flou et sans les contre-argumenter, puis il donne l'argument qui est censé aller en sens inverse : le poème doit être contemporain de "La Rivière de Cassis" avec lequel il a une expression en commun. Mais il s'agit d'une tromperie dans l'argumentation. Il y a eu une position ancienne qui consistait à considérer le poème comme écrit en 1870 même, mais vu que Cavallaro recense aussi l'idée que le poème parle des morts de la Commune, il joue clairement dans l'esprit du lecteur entre l'opposition d'un poème de facture classique disons après la Commune et d'un poème en vers "nouvelle manière" quand la Commune diminuerait en actualité pour dire vite. Or, Cavallaro escamote un autre problème : l'envoi d'un poème créé selon la thèse septembrienne deux mois après que Paris ait été quitté. Le rapprochement avec "La Rivière de Cassis" est également présenté de manière tendancieuse, puisque cas à part de "Tête de faune", les premiers vers "nouvelle manière" connus de Rimbaud sont datés de mai. On ne parle de "Fêtes de la faim" qui témoigne du quatrième mois de vers "nouvelle manière".
Cavallaro joue très clairement d'impressions floues sur ses lecteurs pour cacher les vrais enjeux de la datation réelle de la composition. C'est inacceptable.

lundi 7 septembre 2026

On retouche l'édition 2026 en Folio Clasique des oeuvres complètes de Rimbaud par Cavallaro pour établir un meilleur ordre (Partie 2)

 
Une digression nécessaire :
 
Lefrère, Murphy, Wagneur et Bardel sont obsédés par l'idée que la collection de La Pléiade aurait une valeur de référence critique. C'est quoi ce raisonnement de petits-bourgeois ? Les annotations critiques des volumes de La Pléiade n'ont aucun caractère de référence officielle. C'est un discours promotionnel que peut mettre en avant l'éditeur, mais ce n'est aucun cas une vérité universitaire. Qui plus est, l'édition est confiée à une seule personne et sans tenir compte des querelles de chapelles. De toute façon, une édition de référence, c'est uniquement celle qui s'impose à la reconnaissance... C'est du pur bon sens jusqu'à plus ample informé.
Cela étant dit, attaquons le sujet en revenant rapidement sur des mises au point concernant l'année 1870.
 
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Dans la partie 1, j'ai un peu improvisé ma réflexion au sujet des interventions au crayon. Ces interventions concernent "Soleil et Chair" ainsi que "Le Forgeron". Les titres des poèmes sont au crayon, la mention de date en épigraphe qui accompagne "Le Forgeron" ainsi que le mot à la verticale à l'intention de Demeny sur le dernier feuillet de transcription de "Soleil et Chair". Les vers semblent tous transcrits à l'encre et il me faudrait une vérification pour les chiffres romains.
Pour l'instant, je préfère suspendre mon jugement sur ces interventions au crayon. Il semble qu'elles aient reportées à la fin au moment du départ de Rimbaud en octobre 1870. Rimbaud aurait recopié les vers de "Soleil et Chair" et du "Forgeron", puis il aurait laissé de côté le choix des titres et de l'épigraphe. Ce que je laisse de côté, c'est la réflexion sur la singularité du premier feuillet de transcription de "Soleil et Chair" qui a un verso demeuré vierge. Le point frappant, c'est que Rimbaud a recopié les sonnets uniquement sur les rectos, laissant les versos vierges. L'exception est le report de "Le Mal" au verso de "Rages de Césars". A cause des sujets, on peut penser que "Rages de Césars" est l'une des toutes dernières compositions de Rimbaud en octobre 1870, le sonnet ne peut être antérieur au 15 sinon au 16 octobre du fait de l'allusion à l'incendie du château de Saint-Cloud. Il est impossible de croire que les sept sonnets en grande partie datés d'octobre 1870 (cas à part de "Ma Bohême") soient tous postérieurs au 16 octobre eux aussi. Le sonnet "Le Mal" semble plus ancien puisqu'il évoque des rois à la tête des deux armées, ce qui n'est plus d'actualité depuis Sedan.
Cavallaro explique dans une sous-partie ses "Principes de classement" (pages 25 à 27 du tome I), mais en parcourant ce texte en diagonale (j'en ai trop marre de lire toutes ces bricoles), je ne vois pas de justification pour les poèmes non datés remis à Demeny en septembre ou octobre 1870, ni pour le cas particulier du poème "Les Corbeaux" publié dans une revue et sur lequel nous reviendrons plus loin, ni pour les poèmes recopiés par Verlaine dans un suite paginée remise à Forain.
Je le dis et répète. Cavallaro n'a pas mis longtemps à organiser sa section de 1870, il a repris tel quel l'ordre donné par Bardel sur son site Arthur Rimbaud pour "Les Etrennes des orphelins", le devoir "Charles d'Orléans à Louis XI" et Un coeur sous une soutane. Cavallaro revendique une seule exception, la série des "poèmes latins" laquelle section inclut d'ailleurs la traduction en vers de Lucrèce. Le devoir scolaire aurait dû rejoindre les poèmes latins et la traduction en alexandrins de Lucrèce, et tout cela aurait mieux sa place dans les compléments en fin de volume. Le placement chronologique de Un coeur sous une soutane était déjà suspect pour Bruno Claisse et Christophe Bataillé. Claisse précise que Rimbaud peut très bien avoir écrit la forme du "Châtiment de Tartufe" "sous / Sa chaste robe noire" avec le titre Un coeur sous une soutane contrairement à la certitude inverse que prône Murphy entre autres. Toutefois, "Le Châtiment de Tartufe" est peut-être une composition tardive elle-même d'octobre 1870, l'argument de Claisse est plus une fin de non-recevoir qu'autre chose. Dans un article très intéressant qui a pour titre "Cinq notules", Bataillé envisage des jeux de mots sur Césarin Labinette qui pourrait faire allusion aux reins et au Rhin à la fois et il s'agirait du coup pour le cas d'un calembour sur "Rhin" d'une allusion à la défaite d'un second Empire défait à Sedan sans avoir jamais combattu au-delà du Rhin, à peine en Allemagne à Sarrebruck. L'argument n'est pas décisif, puisqu'hypothétique. En revanche, Izambard était professeur de Rimbaud jusqu'en juillet 1870, avec le problème connu des Misérables donné à lire à l'élève en précipitant la colère de la mère. Il est plus probable que Rimbaud ait remis la nouvelle à Izambard entre le premier et le second séjour. L'argument massue est celui des "effluves mystérieuses", un accord au féminin erroné, fréquent au dix-neuvième siècle, y compris chez Musset et d'autres, mais qu'un chroniqueur a épinglé dans Les Glaneuses de Demeny dans un article du neuf août 1870 signalé à l'attention par Jacques Bienvenu sur son blog Rimbaud ivre. Rimbaud reprend exactement l'expression de Demeny "effluves mystérieuses", il s'agit d'une citation volontaire implicitement ironique. La nouvelle n'a pas été composé avant le 9 août par conséquent et elle semble bien avoir été remise à Izambard en septembre 1870, à moins que Rimbaud qui avait accès à la bibliothèque de son professeur ait laissé ce manuscrit en guise de cadeau de remerciement.
Cavallaro part du principe qu'il veut une seule version de référence pour chaque poème, ce qui pose un problème dans le cas des "Effarés" dont nous allons reparler. Pour l'année 1870, en ce qui concerne les vers, il suffit de citer d'un côté "Les Etrennes des orphelins" et de l'autre les vingt-deux poèmes remis à Demeny en septembre-octobre 1870, puisque les poèmes envoyés à Banville et remis à Izambard jouissent tous d'une version plus récente et donc supposée plus aboutie dans l'ensemble remis à Demeny. Toutefois, Cavallaro fait prédominer un principe de classement chronologique. De ce fait, au lieu de publier le dossier remis à Demeny dans l'ordre habituel, Cavallaro a reclassé les poèmes en fonction des indices chronologiques, ce qui était partiellement facilité par la lettre à Banville et les mentions  de dates sur plusieurs manuscrits : "Sensation" (mars sinon avril 1870), "Soleil et Chair" et "Ophélie" (deux poèmes du mois de mai), "Vénus anadyomène" daté du 27 juillet 1870 sur un manuscrit. En revanche, Cavallaro place "A la Musique" après "Vénus anadyomène", alors que nous avons un indice référentiel que le poème date du mois de juin 1870 puisque l'orchestre militaire jouait une valse du côté du kiosque place de la gare les "jeudis soirs" en juin, mais plus ce jour-là en juillet. Cavallaro place aussi le poème "Le Forgeron" avant le poème "Première soirée" dont une version a été publié dans la revue La Charge le 13 août. Dans l'absolu, on ne sait pas quand "Le Forgeron" a été composé et si on croit que le poème a été remis incomplet à Izambard avant son départ, rappelons qu'Izambard est supposé être déjà parti avant le 27 juillet, date qui figure sur le sonnet "Vénus anadyomène". Pour "Morts de Quatre-vingt-douze...", Izambard prétend avoir reçu une version de ce sonnet avant son départ qui s'intitulait "Aux Morts de Valmy". Certes, il est comme évident de placer le sonnet en fonction de sa datation symbolique "Fait à Mazas, le 3 septembre 1870", mais le classement de Cavallaro est du coup en tension avec le fait qu'ils datent de mars et mai 1870 des versions retravaillées et remises à Demeny des mois plus tard de "Sensation", "Ophélie"' et "Soleil et Chair". Le classement chronologique de "Bal des pendus" est tendancieux dans la mesure où c'est se rendre tributaire d'une thèse de lecture de Murphy peu étayée et qui ne fait pas consensus. Le poème peut être plus ancien. Je remarque que Cavallaro rassemble après les poèmes datés de septembre 1870 "Les Effarés" et "Roman" les trois sonnets "Rages de Césars", "Le Mal" et "Le Châtiment de Tartufe", mais sans que cela ne soit guidé par une intuition chronologique.
Passons à la suite !
 
Pour le poème "Les Effarés", Cavallaro a retenu comme version de référence la version "Demeny". Moi, je ne suis pas d'accord. S'il y a une version de référence et une seule, c'est celle du dossier Forain-Millanvoye ! Mais, évidemment, il était difficile de placer cette version dans une scansion par année : une version de 1871 voir une copie de 1872, se glisserait parmi des textes authentiques de 1870.
Moi, je considère que ce poème ayant été repêché par Rimbaud, il n'est pas absurde de le citer deux fois, une fois comme poème de 1870 remis à Demeny, une fois comme poème conservé dans l'élite des poèmes en vers première manière de Rimbaud dans les premiers mois de 1872.
Le principe empiriquement suivi par Cavallaro aurait dû l'amener à carrément citer la version du dossier Forain-Millanvoye au milieu des versions remises à Demeny en 1870. Si Cavallaro avait été rigoureux dans son principe, c'est ce qu'il aurait dû faire.
L'autre erreur de Cavallaro, c'est de passer à une scansion année par année en suivant passivement le postulat traditionnel que Rimbaud n'écrit pas de vers "première manière" en 1872, à l'exception de pièces datées.
Cavallaro dénonce l'ancien principe de classer les poèmes par saisons, mais il tombe dans ce même travers avec un classement par année. Il y a plusieurs poèmes qu'on peut envisager comme ayant été probablement composés en 1872 : "Le Bateau ivre", "Voyelles", "L'Etoile a pleuré rose...", "Tête de faune", en plus des "Mains de Jeanne-Marie", des "Vers pour les lieux" et des "Corbeaux", tandis que le dizain "L'Enfant qui ramassa les balles..." est une copie par Rimbaud d'un poème de Verlaine. Il faut ajouter que ce doute peut concerner encore "Les Chercheuses de poux", "Oraison du soir", "Les Douaniers" et deux "Immondes", des poèmes qu'on ne sait dire s'ils ont été composés fin 1871 ou début 1872.
Cavallaro aggrave son erreur en plaçant tous ces poèmes devant les "Pièces de l'Album zutique" qui j'ai datées (et non pas Teyssèdre qui est un imposteur et un voleur de découvertes) de la mi-octobre à la mi-novembre 1871. Je rappelle qu'il reste plus d'un mois et demi de l'année 1871 après l'invention du dizain "Ressouvenir"/ Cavallaro place le poème en vers "nouvelle manière" "Tête de faune" en lui flanquant l'analyse erronée et dépassée de Cornulier et des métriciens devant les contributions zutiques, ce qui crée l'idée d'un poème antérieur au 15 septembre 1871, antérieur même à la découverte du manuscrit de la comédie Les Uns et les autres de Verlaine qui a joué un rôle dans l'émergence des vers "nouvelle manière" et précisément dans la création des césures de "Tête de faune". Comme Cavallaro isole beaucoup plus loin, dans le second tome, le poème "Les Mains de Jeanne-Marie" daté de février 72 et aussi "Les Corbeaux" publié en septembre 1872, Cavallaro crée donc une aura de précocité injustifiée autour de "Tête de faune", "Voyelles" et "Le Bateau ivre". Il reconduit exactement ce qu'il dénonce dans les éditions traditionnelles qui rassemblaient les poèmes en fonction de saisons supposées plus créatrices. Placer "Le Bateau ivre" et "Voyelles" avant les contributions zutiques, c'est justement le problème des éditions traditionnelles qui considéraient que les poèmes avaient tous été inventés avant la montée à Paris ou peu s'en faut.
A cela s'ajoute la date-butoir erronée de 1871 que fixe Cavallaro.
Un mot aussi sur "Les Corbeaux" ! Cavallaro fait allégeance à Murphy qui invente du grand n'importe quoi au sujet de cette pièce. Alors qu'il est évident que le poème traînait depuis des mois entre les mains de Blémont, Valade et compagnie, Murphy invente une histoire à dormir debout selon laquelle Rimbaud prend le bateau pour l'Angleterre avec Verlaine, mais comme celui-ci désire ses livraisons à une revue à laquelle il verse un abonnement, Rimbaud aurait vite fait bien fait composé un petit poème qu'il aurait envoyé par la poste à la revue qu'il aurait publié fissa fissa. Puis, après, plus rien !
Il faut faire quoi pour que vous arrêtiez ! On vous avertit poliment, vous persévérez ! On dénonce l'absurdité plus sèchement, vous persévérez aussi !
Cette allégeance concerne aussi le dizain "L'Enfant qui ramassa les balles..." Rimbaud l'a attribué à Verlaine, mais Murphy n'en fait aucun cas, ni Lefrère, ni Bivort, ni Guyaux. Il a été décidé que le dizain était de Rimbaud, parce qu'on a... l'Habitude !
J'ai déjà dénoncé le manque de rigueur de Cavallaro qui renonce à réintroduire la leçon "casseuses" dans sa version de référence qui prend en compte les quatrains ajoutés par Verlaine.
Bref, l'édition de Cavallaro est catastrophique dans les trois cas suivants : "Les Mains de Jeanne-Marie", "Les Corbeaux" et "L'Enfant qui ramassa les balles...", précisément les trois poèmes en vers "première manière" qui avec les quatrains "Vers pour les lieux" figurent absurdement dans le tome II de l'édition des Oeuvres complètes de Rimbaud en Folio Classique, catastrophe qu'aggrave une lacune, l'absence d'une version de référence pour "Poison perdu" et d'une mention des autres versions dans un dossier de fin de volume !
Vous ne me ferez jamais croire que Cavallaro a longuement médité le cas de ces quatre poèmes. Il reconduit passivement ce que font Murphy et Bardel et on peut même parler d'allégeance dans le cas des "Corbeaux" et du dizain "L'Enfant qui ramassa les balles..." Pour "Poison perdu", le poème est absent de l'édition philologique de 1999 de Steve Murphy, alors qu'il n'a jamais été hostile à l'attribution de ce sonnet à Rimbaud. Le serait-il devenu depuis que Jacques Bienvenu lui a coupé l'herbe sous le pied ? J'ignore pourquoi Bardel ne fait pas un sort à "Poison perdu" dans sa rubrique "Tous les textes", et je ne sais si Cavallaro a délibérément écarté "Poison perdu" ou s'il ne s'est juste pas rendu compte de son existence, ce qui en dirait long sur la minceur du temps de travail réellement consacré à préparer son édition.
J'ajoute qu'il manque les fragments attribués à Rimbaud par Delahaye avec le cas troublant de celui que j'intitule "J'ai mon fémur", lequel n'est certainement pas un faux inventé par Delahaye.
Cavallaro met bien les extraits de deux contributions zutiques déchirées dans son édition !
 
Pour sa périodisation "1871", dans le tome I, Cavallaro commence par citer "Le Coeur du pitre" devant "Chant de guerre Parisien", "Mes petites amoureuses" et "Accroupissements", ce qui veut dire qu'il remplace le poème envoyé à Izambard "Le Coeur supplicié" par la version remise à Demeny. Là encore, Cavallaro manque de rigueur, la version de référence qui s'imposait était la copie en trois triolets du Coeur volé dans le dossier paginé remis à Forain ! On peut avoir des doutes sur l'ordre chronologique, mais Cavallaro commence donc par classer les quatre poèmes envoyés à Izambard et Demeny dans les lettres du voyant du 13 et du 15 mai 1871. Admettons ! En revanche, il mélange ensuite les deux autres poèmes envoyés à Demeny en juin avec "Le Coeur du pitre" à "Paris se repeuple". Il prend acte de la date des Poètes de sept ans daté du 26 mai et suppose "Paris se repeuple" écrit le 29 ou le 30 mai puisque daté de mai par Verlaine et les premiers éditeurs, alors que cette date est bien sûr symbolique, le poème pouvant être assez postérieur. Le pire, c'est que le poème "Les Pauvres à l'Eglise" évasivement daté de "1871" sur le manuscrit est du coup imposé comme une composition de juin 1871 toute fraîche, ce qui est naturellement suspect ! Il est placé juste avant "Les Soeurs de charité" daté de juin sur le manuscrit, puis nous avons l'ensemble des poèmes datés de juillet sur les manuscrits, et le poème "Les Assis" non daté vient encore après avant un ensemble de compositions non datées mais fortement soupçonnées d'avoir été composées à Paris après le 15 septembre. La position du poème "Les Assis" est donc très contestable dans l'édition de Cavallaro, et j'ai déjà assez dit la pression chrononologique indue sur les poèmes composés à Paris fort probablement, mais placés devant les contributions zutiques d'octobre et novembre.
Moi, j'aurais tout de même laissé en fin de volume les contributions zutiques qui je le rappelle ne figurent pas dans la suite paginée remise à Forain ! Cela aurait allégé la pression chronologique. J'aurais évité le barrage d'un passage de 1871 à 1872, et bien sûr réuni "Les Mains de Jeanne-Marie" à cet ensemble parisien. J'aurais mis les Immondes et les Vers pour les lieux dans une sous-partie qui aurait suivi les contributions zutiques en appendice.
J'en ai fini avec le premier tome. Je traiterai du second tome dans une troisième partie. J'ai déjà traité des "Mains de Jeanne-Marie", des "Corbeaux", des "Vers pour les lieux" et du dizain de Verlaine "L'Enfant qui ramassa les balles..." Dans la troisième partie, on va se pencher sur les vers "seconde manière" autres que "Tête de faune". Pour les proses dites évangéliques, Une saison en enfer, il n'y a rien de spécial à dire. Pour "Les Illuminations", là on va avoir tout de même quelques remarques à faire.
Enfin, on parlera de la correspondance et peut-être une dernière fois de "Poison perdu".
Et on verra pour une ouverture au-delà de 1875.
 
A suivre... 

dimanche 6 septembre 2026

On retouche l'édition 2026 de Cavallaro en Folio Classique pour un meilleur ordre des poèmes ! Partie 1 : critique générale et traitement de l'année 1870 !

Sur les quatrièmes de couverture des deux tomes de l'édition 2026 des Œuvres complètes d'Arthur Rimbaud en Folio Classique par Adrien Cavallaro, un premier chapitre d'accroche reconduit à l'identique commence par affirmer que "pour la première fois dans une édition de poche" "l'ensemble de la production de Rimbaud a été réunie." C'est inexact à plus d'un titre. Il manque "Poison perdu", des fragments, la question des poèmes attribués. Ensuite, l'ouvrage s'en tient à la période littéraire qui va de 1868 à 1875. Enfin, il manque une majeure partie de la correspondance. Cavallaro aurait mieux fait de souligner son approche restrictive. J'aurais pu comprendre l'approche restrictive, mais il se vante de l'ambition inverse.
Ce même paragraphe d'accroche affirme ensuite que "toutes les versions connues de ses textes y sont reproduites". Cette prétention est problématique, même au-delà des lacunes mentionnées plus haut, puisque la tradition est déjà d'éditer toutes les versions connues des poèmes de Rimbaud.

Pour les poèmes latins, Cavallaro ne peut prétendre être le premier à publier "Tempus erat", mais il est éventuellement le premier à pouvoir tirer pleinement parti de l'article de 2013 de Romain Jalabert qui a révélé que la prestation de Rimbaud avait connu les honneurs d'une deuxième impression dans une revue qui nous renvoyait loin de Charleville.

Pour l'année 1870, Cavallaro ne cite aucun texte inédit, mais peut-être peut-il faire état d'une version méconnue des "Effarés". Je vérifie cela à l'instant. Non, même pas. Il fournit les mêmes versions que Steve Murphy dans son édition philologique des Poésies en 1999. Or, avec la revue Histoires littéraires, un numéro avait été accompagné d'un annexe de documents inédits, dans un carton repliable si je me souviens bien, et il y avait un fac-similé photographique d'une copie des "Effarés" d'une main inconnue conservée dans une bibliothèque américaine, Murphy à l'origine de cette publication en fac-similé postérieure à son édition philologique de 1999 envisageait que cela pouvait être une copie de Berrichon si ma mémoire est bonne. Cavallaro ne rapporte pas ce document. Il mentionne aussi la version transcrite par Armand Silvestre dans ses Souvenirs de Rimbaud parus en quelques articles, mais cette version n'a jamais été retrouvée. Armand Silvestre est mort en 1901 et à cause de ses écrits licencieux il a été pris en mauvaise part dans sa famille, à tel point qu'il est enterré dans un coin discret du caveau de proches parents Houssaye à Toulouse. J'ignore s'ils sont parents avec Arsène Houssaye, ce qui serait étonnant et intéressant à la fois puisque l'orthographe "Houssaye" pour Arsène est corrompue et n'est pas tout à fait celle de ses ancêtres. Je n'ai bien sûr pas remonter la trace de ces Houssaye auprès desquels Armand Silvestre est enterré. Je pense que Silvestre est sincère quand il dit que Rimbaud lui a transmis une copie des "Effarés", cela coïncide avec les données biographiques, le dîner des Vilains Bonshommes de septembre 1871 et la parodie "Lys" le mois suivant dans les contributions zutiques. Toutefois, il ne faut pas écarter l'hypothèse vraisemblable que Silvestre se soit complu à simplement reproduire la version officielle du Reliquaire, ce qui expliquerait l'absence de variantes. Je me méfie beaucoup de l'authenticité de la transcription fournie par Silvestre. Cavallaro donne cinq versions des "Effarés" en tout : celle remise à Demeny, celle d'une lettre de juin 1871 à Jean Aicard, celle du dossier Forain-Millanvoye, la version intitulée "Petits pauvres" publiée en 1878 dans un journal anglais et sinon la version des Poètes maudits. Si j'ai bien compris, parce que j'avoue que je n'ai pas la patience de tout lire. En tout cas, Cavallaro annonce sept versions distinctes et il n'en publie que cinq, et il manque celle énigmatique conservée dans une bibliothèque américaine.

Pour les trois années de 1868 à 1870, Cavallaro n'apporte aucune version inédite.

Pour les autres poèmes en vers première manière de 1871 et de 1872, Cavallaro abuse de l'autorité du millésime "1871", nous en parlerons plus loin. Cavallaro cite avec raison comme des versions autonomes les poèmes publiés par Verlaine dans les sections "Arthur Rimbaud" puis "Pauvre Lélian" des Poètes maudits. Et il cite avec raison la leçon originelle "bombinent" de la première publication des "Poètes maudits" en 1883 en plaquette, puisque j'ai vérifié ce point. Je rappelle que rien ne permet d'affirmer que les versions de "Voyelles" et de "Oraison du soir" dans Les Poètes maudits viennent des manuscrits de respectivement Blémont et Valade. Il y a une disparition de quasi tous les manuscrits utilisés par Verlaine pour "Les Poètes maudits", disparition qui concerne aussi des manuscrits de "Paris se repeuple" et "Poison perdu". Le manuscrit en deux triolets du "Coeur volé" a été retrouvé, mais pas celui de "Tête de faune". Olivier Bivort a retrouvé l'édition pré-originale du poème dans la Revue critique en 1884, ce qui a consolidé notre connaissance de cette version autonome, mais le manuscrit a pour sa part disparu, nous n'avons même pas une copie seconde par Verlaine ou Morice...

Maintenant, pour "Paris se repeuple", il reste à déterminer si les sept vers cités dans Les Poètes maudits sont une troisième version de "Paris se repeuple". Je pense plus logiquement que ces sept vers viennent de l'une ou l'autre des deux versions actuellement connues, une des deux versions connues pouvant être une hybridation plutôt qu'une pièce authentique. 

Je ne vais pas trop m'appesantir sur les "Vers pour les lieux" et "Les stupra", je ne suis pas à jour sur l'étude des versions connues.

Mais, finalement, Cavallaro ne fournit là encore aucune version nouvelle inédite. Il n'indique d'ailleurs même pas quels textes il est le premier à publier dans des oeuvres complètes de Rimbaud. Il est certes l'un des premiers à profiter d'un meilleur établissement de "Tête de faune" depuis la découverte d'Olivier Bivort.

 Pour le poème "Les Mains de Jeanne-Marie", les deux versions connues sont superposées sur le même manuscrit. Il peut y avoir une hybridation des versions à cause de la ponctuation, cas qui intéresse "L'Orgie parisienne ou Paris se repeuple" si on consulte le volume annoté du Reliquaire conservé à Bruxelles, mais Verlaine avait le scrupule d'indiquer une variante pour un mot. Or, Cavallaro a retenu la version longue mais il a commis une hybridation des versions en conservant "ployeuses" de la version courte autographe. En bonne rigueur, il y a une version autographe dont nous possédons le manuscrit, puis une version qui est l'altération par Verlaine de l'autographe et cette altération part d'un manuscrit indépendant qui avait plus de quatrains et la leçon "casseuses". Cavallaro prétend que "ployeuses" n'étant pas biffé il peut le maintenir, mais je ne suis pas d'accord à partir du moment où Cavallaro prétend faire les choses avec une rigueur systématique. Il devait passer à la variante "casseuses". Ce n'est pas Rimbaud lui-même qui a inventé le texte retouché par Verlaine !!!!!!!!!!!!!!!!!!!! Les remaniements de Verlaine nous apprennent qu'il y a une version avec des quatrains inédits et le mot "casseuses". On ne sait même pas si certaines autres strophes étaient supprimées, probablement pas, mais on ne le sait pas clairement. On ne sait pas non plus si quelques signes orthographiques variaient ou non. Ce qui est certain, c'est que Rimbaud avait opté pour "casseuses" sur cette autre version. La version fournie par Cavallaro est imaginaire, malgré sa réalité manuscrite verlainienne !

Pour les poèmes en vers "nouvelle manière", les "Déserts de l'amour", Une saison en enfer, les Illuminations, les proses dites évangéliques, Cavallaro ne fournit aucune version inédite non plus.

Passons maintenant à un établissement de l'ordre des textes.

Personnellement, je ferais commencer les oeuvres complètes par "Les Etrennes des orphelins", ce poème ayant été publié dans une revue en tant que création poétique à part entière. Je considère qu'il faut publier les poèmes latins, le cahier des dix ans, le texte de Charles d'Orléans à Louis XI, en toute fin, en appendice.

Je commencerais donc par "Les Etrennes des orphelins".

Ensuite, je publierais l'ensemble des versions de poèmes de 1870 remises à Demeny à Douai lors du second séjour dans cette ville en octobre 1870. J'ai écrit l'article "La Légende du Recueil Demeny" quand commençait l'aventure du blog de Jacques Bievenu Rimbaud ivre. J'ai rassemblé comme jamais les arguments qui suffisent clairement à prouver qu'il ne s'agit pas d'un recueil, mais à la différence de bien des rimbaldiens je sais mettre ma fierté de côté. Je pense depuis qu'il y a deux erreurs dans cet article. Je pense que je peux me tromper sur l'emplacement réel du "Dormeur du Val" avant qu'il ne soit prêté à Darzens. Ma démonstration ne tient pas. Plus important, à cause de l'allusion à l'incendie du château de Saint-Cloud le 14 octobre dans le sonnet "Rages de Césars", je pense désormais que l'ensemble des poèmes remis à Demeny ont été recopiés lors du seul second séjour à Douai, ce qui était l'idée initiale du seul André Guyaux. J'avais donc une argumentation poussée que n'avait pas Guyaux, mais intuitivement sur ce point-là je pense désormais qu'il avait raison. Cela a des conséquences considérables sur la perception du dossier remis à Demeny, puisque "Credo in unam" et "Le Forgeron" ont des transcriptions au crayon faute d'un accès à l'encre. Rimbaud se demande si Demeny lui écrira ou pas, parce qu'il sent que tout le monde est en train de se fâcher contre lui lors de cette seconde fugue douaisienne. On comprend aussi que cette transcription est celle ciblée par Izambard dans son témoignage quand il reproche à Rimbaud de ne pas recopier les poèmes au recto et au verso des feuillets. Il faut complètement rejuger la question de la datation des poèmes du cycle belge au plan des manuscrits. Il y a au moins deux sonnets sur les quinze autres poèmes qui ont des versos vierges si je ne m'abuse. Et les écritures au crayon semblent indiquer que l'ensemble de quinze poèmes a été copié en dernier.

Pour l'instant, ce problème est une inconnue totale dans le champ des études rimbaldiennes.

Qu'a fait Cavallaro pour l'année 1870, il est allé consulter le site Arthur Rimbaud d'Alain Bardel qui offrait une section "Tous les textes" en fonction à peu près de la chronologie et qui mélangeait les proses et les poésies, ce qui n'était pas le cas de l'édition philologique de Steve Murphy. Comme Cavallaro a écarté les poèmes latins, c'est la reconduction de l'ordre de Bardel qui explique l'hérésie d'un début d'année 1870 par "Les Etrennes des orphelins", un devoir scolaire et Un coeur sous une soutante. Cavallaro aurait dû coller le devoir scolaire aux poèmes latins ! C'est un devoir scolaire !

La datation d'Un coeur sous une soutane est bien sûr erronée, je l'ai montré avec la mention "effluves mystérieuses" qui rebondit sur une recension du recueil Les Glaneuses de Demeny dans la presse en août 1870. Toutefois, plusieurs rimbaldiens, sinon Murphy, au moins Bruno Claisse et Christophe Bataillé soupçonnaient la nouvelle d'avoir été mise au point plutôt vers septembre 1870, et avec des arguments (autres que celui des "effluves mystérieuses").

Il me semble peu judicieux de publier selon un sentiment chronologique le texte conséquent d'une nouvelle entre deux poèmes en vers. D'évidence, si je suis éditeur de Rimbaud et que je m'accorde une relative périodisation chronologique, je publie pour l'année 1870 les pièces suivantes dans cet ordre : "Les Etrennes des orphelins", les poèmes de 1870 dans les versions remises à Demeny, Un coeur sous une soutane et enfin Le Rêve de Bismarck.

Et je mets les autres versions en appendice, éventuellement directement dans les lettres. je mets aussi en appendice la version "Trois baisers" et les versions de poèmes remises à Izambard.

Notons que ce qu'a fait Cavallaro se rapproche de cette idée, si ce n'est qu'il a mis le devoir scolaire et Un coeur sous une soutane entre "Les Etrennes des orphelins" et les poèmes remis à Demeny, isolant "Le Rêve de Bismarck".

Mais il y a un autre problème. Cavallaro a réarrangé l'ordre des versions des poèmes remis à Demeny en fonction de ses intuitions chronologiques.  Cela pourrait ne pas me choquer, mais si tout est maîtrisé. Or, Cavallaro part de la prétendue évidence selon laquelle les sept sonnets dits du cycle belge (qui ne sont pas tous belges d'ailleurs ou pas tous du même cycle de fugue belge : "Le Buffet" et "Le Dormeur du Val") ont été recopiés après les quinze autres. On a vu plus haut que cela n'allait pas de soi, que c'était à réinterroger, et nous avons le cas de sonnets comme "Rages de Césars" et "Le Châtiment de Tartufe" qui pourraient être contemporains en tant que créations du mois d'octobre des sept sonnets du prétendu cycle belge. "Rages de Césars" et "Le Châtiment de Tartufe" pourraient être postérieurs à nos sept sonnets. Je note que pour les quinze poèmes en-dehors de la série du "cycle belge", il y a cinq sonnets. Pour trois d'entre eux, Rimbaud n'a rien reporté au verso : "Vénus anadyomène", "Morts de Quatre-vingt-deouze..." et "Le Châtiment de Tartufe". C'est précisément dans le cas des sonnets que Rimbaud évite d'utiliser le verso : cela concerne les sept sonnets du cycle belge et trois des cinq autres sonnets. Il n'y a pas deux exceptions à ce principe, mais une seule, puisque "Rages de Césars" et "Le Mal" sont deux sonnets, mais il n'y a qu'une exception en soi, le sonnet "Le Mal" est au verso du sonnet "Rages de Césars". Rimbaud aurait été forcé, bon gré mal gré, à reporter le sonnet "Le Mal" au verso de "Rages de Césars", ce qui converge avec l'idée que "Le Mal" est une composition plus ancienne et "Rages de Césars" un poème de quelques jours postérieur au 14 octobre, très peu de temps avant le départ avec un sauf-conduit.

Je pense que Rimbaud s'est fait remarquer au moment où il recopiait des poèmes beaucoup plus longs que des sonnets. Il a recopié le début de "Soleil et Chair" sur un feuillet dont le verso est demeuré vierge. J'imagine que pendant qu'il écrivait sur un deuxième feuillet au recto les demoiselles Gindre ou Izambard se sont aperçus du problème d'économie du papier, ce qui est logique vu le nombre de feuillets qu'il faut pour recopier "Soleil et "Chair". A partir de là, Rimbaud n'a plus eu le choix que d'utiliser tout le temps les rectos et les versos. Peut-être a-t-il pu contourner la pression en recopiant d'autres sonnets, mais pour "Première soirée", "Ce qui retient Nina", "Le Forgeron", "Bal des pendus", "A la Musique", "Ophélie", "Les Effarés" et "Roman" il a dû faire contre mauvaise fortune bon coeur, et il a même mis "Sensation" à la suite de "Première soirée". Les rimbaldiens ont probablement du mal à percevoir que ces manuscrits portent la trace d'une sévérité d'adultes réprimant les caprices de ce qu'ils estiment un enfant. Ils sont dans la conviction que tout d'un coup Rimbaud a arrêté de lui-même de copier au verso en songeant à l'édition, puis ils aurait fait un cycle belge mieux recopié. Je pense exactement l'inverse. Le cycle belge a été recopié assez tôt, ce sont de nouvelles compositions qui plus est, et c'est le cas encore de "Rages de Césars" et du "Châtiment de Tartufe" probablement. Rimbaud a alors voulu recopier aussi tous ses poèmes plus anciens à l'intention de Demeny. Il a peut-être commencé par les sonnets, mais pour les poèmes longs il a commencé par "Soleil et Chair" et a immédiatement attiré l'attention des censeurs qui ont l'oeil sur le cordon de la bourse.

Sur le moment, je ne me rappelle plus si c'est sur la copie du "Forgeron" ou celle de "Soleil et chair" qu'il y a des vers écrits au crayon. Il y a les titres reportés au crayon et le mot final à Demeny à la fin de la transcription de "Soleil et Chair"'. Si le crayon concerne "Le Forgeron", cela peut vouloir dire que ce poème a été recopié en dernier, mais je crois que ça concerne plutôt "Soleil et Chair", mon idée est alors la suivante. Rimbaud a rencontré deux problèmes lors de la transcription de "Soleil et Chair". On a pu lui reprocher de ne pas utiliser le verso dans un premier temps, puis lui faire comprendre que l'encre était chère, quitte à lui remettre l'encre à disposition ultérieurement. Je peux éventuellement me tromper dans mon analyse du verso demeuré vierge pour le premier feuillet de "Soleil et Chair". Peut-être que Rimbaud a oublié le verso par inadvertance, habitué qu'il était auparavant à ne pas l'exploiter. En tout cas, il reste le cas des sonnets où seule la transcription du sonnet "Le Mal" est sur un verso ! Problème qui n'a pas assez retenu l'attention des rimbaldiens.

Mais, de cette analyse, il découle qu'il est imprudent de dater les poèmes au petit bonheur la chance. En réorganisant l'ensemble des poèmes remis à Demeny en octobre 1871, en plusieurs fois au vu des pliures et des types de feuillet utilisés, Cavallaro crée une pression chronologique qui n'a pas lieu d'être si on publie le dossier tel qu'il nous est parvenu. Il affirme un emplacement chronologique pour "Morts de Quatre-vingt-douze...", certes flatté par la datation symbolique. Il en affirme aussi pour le poème "Bal des pendus" dont la date réelle de composition est parfaitement inconnue. Il place "Rages de Césars" comme antérieur aux sept sonnets dits du cycle belge et même à deux autres sonnets "Le Mal" et "Le Châtiment de Tartufe", méconnaissant la lecture d'Ascione d'une référence à l'incendie du 14 octobre du château de Saint-Cloud, ce qui n'a été rapporté dans la presse que les 15 et 16 octobre. Cavallaro crée aussi une pression chronologique pour "Le Buffet" et "Le Dormeur du Val". Bardel publie une table des matières en acceptant l'ordre du dossier tel qu'il est. Ici, Cavallaro crée un ordre instable puisque plusieurs datations sont fondées sur des hypothèses fragiles. Et même si Cavallaro veut suspendre son jugement sur la datation, il n'en place pas moins "Bal des pendus", "Le Mal" et d'autres poèmes au milieu d'un ensemble qui porte la marque d'un classement qui se veut chronologique.

C'est ce que j'appelle une méthode bâtarde de classement ! 

 A suivre...