vendredi 21 août 2026

Et encore du nouveau sur "Vu à Rome", les rimbaldiens en PLS !

Je sais très bien que les gens n'aiment pas qu'on parle de soi de manière favorable, mais c'est ce qu'on m'a laissé en m'amenant dans cette zone de retrait qu'est mon blog et en évitant de me citer publiquement alors qu'on s'inspire en douce de tout ce qu'il y a de généreusement prodigué sur la toile, non seulement sur ce blog, mais sur des forums de discussion de sites rimbaldiens, parce qu'il y aurait des surprises si on s'amusait à citer les archives de ces forums.
Mais, bref ! Prenons l'angle d'attaque de l'Album zutique. J'ai déjà dit que j'étais très actif sur cette partie de l'oeuvre de Rimbaud. J'ai découvert en gros à moi seul les sources de quatre des vingt contributions zutiques de Rimbaud intégralement conservées, et on va ajouter à ce palmarès "Vu à Rome". Sur les quinze autres contributions de Rimbaud, dont une bonne partie renvoie au seul Coppée, j'ai également apporté pas mal de mises au point décisives. J'ai travaillé sur la datation resserrée des contributions, ce que Benrard Teyssèdre n'a fait que voler avec le soutien de Murphy, Lefrère, Pakenham, plusieurs rimbaldiens de la revue Parade sauvage, Alain Bardel, Adrien Cavallaro et quelques autres. Je ne parle pas du vol d'une idée inédite, je parle du vol d'une argumentation qui a été publiée avant le livre de Teyssèdre. Il s'agit bien d'un cas de malhonnêteté caractérisée.
Il va de soi que vers 2009 les choses s'emballaient je travaillais sur les poèmes de l'Album zutique et je faisais plein de découvertes. La plus spectaculaire, c'était que les "Hypotyposes saturniennes ex Belmontet" et "Vieux de la vieille" étaient des centons de citations authentiques de Belmontet. Ces deux pièces étaient annotées dans les éditions courantes et des articles leur avaient même été consacrés. Murphy en particulier avait publié des études de ces deux pièces où il prêtait des intentions satiriques et comiques à des vers qu'il pensait inventer par Rimbaud. "Vieux de la vieille" n'était pas signé et n'était pas mis en lien du coup avec Belmontet. Cette pièce passait pour le premier poème en vers libres de Rimbaud par contraste avec les octosyllabes du poème de ce titre du recueil Emaux et camées. Pour les "Hypotyposes saturniennes", Belmontet était désigné comme cible, mais visiblement pour composer son article Murphy n'avait pas daigné lire tout ou partie des poésies de Belmontet, puisqu'il n'a repéré aucune citation authentique.
Et ça ne s'arrête pas là. Murphy a publié ses deux analyses en 1990 et en 19914. En 2009, personne n'avait pris la peine depuis les études de Murphy de le contredire, de venir lui signifier que les deux contributions zutiques en question contenaient des citations authentiques de Belmontet. Personne, depuis que cette mention Belmontet a été révélé, depuis donc les débuts des publications des contributions zutiques, n'avaient pris la peine de lire les recueils de Belmontet. Ni Pascal Pia, ni René Etiemble, ni personne ! Un peu avant 2009, j'ai cherché à comprendre les "Hypotyposes saturniennes". Je pensais que c'était une parodie, mais je considérais que si c'était une parodie il fallait bien que des vers authentiques soient visés. Je les ai recherchés, c'est la méthode évidente. Et j'ai découvert que Rimbaud avait recopié, parfois approximativement, des vers authentiques, et cela s'est étendu au cas de "Vieux de la vieille".
Les rimbaldiens n'avaient rien lu de la cible parodique de Rimbaud.
Le poème "Lys" est l'autre cas spectaculaire. J'avais déjà ce résultat avant que l'édition de Rimbaud dans la collection de La Pléiade ne soit publiée, mais le résultat était tellement frais que je ne l'avais pas communiqué. J'ai développé ce point dans un article, je pense dans l'article "A propos de l'Album zutique" paru dans un numéro spécial de la revue Europe.
Ici, j'introduis un élément pour votre édification. A partir de 2010, la querelle de la photographie du Coin de table à Aden bat son plein, je demande bientôt des explications à Murphy sur le livre de Teyssèdre qui vient marcher sur mes plates-bandes et endort mes apports personnels de diverses manière, etc. Or, le volume de la revue Europe, la revue Parade sauvage en a rendu compte dans un numéro de 2010 ou 2011. La recension a été faite par Bertrand Degott, lequel a cité tous les intervenants, sauf moi ! J'ai demandé des explications, je n'ai eu aucune réponse. Chevrier a alors publié dans la revue Parade sauvage un article où il s'attribuait un de mes apports de l'article de la revue Europe, le rôle joué par l'article de Verlaine contre Barbey d'Aurevilly dans la pratique zutique des sonnets en vers d'une syllabe. Là encore, j'ai demandé des explications et n'ai pas reçu de réponse.
Et bien sûr, dans son livre, Bernard Teyssèdre, puisqu'il commentait tous les poèmes, reprenait les sources que j'avais identifiées au quatrain "Lys". Il me citait, mais exclusivement dans les notes que très peu de gens consultent.
J'en ai fini sur ce point édifiant.
Reprenons. Donc, en 1990 ou 1991, Murphy a publié une étude du quatrain "Lys" où il n'a pas identifié le poème que Rimbaud a parodié. Personne avant 1990, personne jusqu'en 2009 n'a lu les recueils déjà publiés en octobre 1871 par Silvestre, malgré le prestige du parrainage par George Sand. Ni Pia, ni Etiemble, ni un quelconque rimbaldien, majeur ou mineur, lecteur des livres de Murphy de 1990 et 1991.
Il y avait quatre vers signés "Armand Silvestre", ce qui supposait de lire deux recueils et quelques poèmes en revue en une matinée, et cela n'avait été fait par personne. En 2009, j'ai révélé que Rimbaud avait réécrit des passages d'un unique "sonnet païen" précis où notamment figurait la mention rare "étamine" à la rime. J'ajoute que j'ai aussi insisté sur la référence à Molière du trait d'esprit "spiritualiste malgré lui".
Je remarque qu'en 2026 Cavallaro ne cite que le poème de Silvestre, mais ne s'intéresse pas le moins du monde à la préface de George Sand et à ce trait d'esprit "spiritualiste malgré lui", ni au renvoi au dramaturge qui parle des clystères de foireux médecins. Je remarque aussi que Cavallaro parle de "médiocre poésie d'Armand Silvestre", "fertile en poncifs exclamatoires, sentimentaux ou floraux". Ce mépris bien entendu, c'est celui des gens qui sans avoir lu Silvestre n'ont jamais considéré avant 2009 qu'ils devaient lire de près Belmontet et Silvestre pour apprécier les parodies de Rimbaud. Le mépris de Cavallaro, ce n'est rien d'autre que le préjugé moyen des rimbaldiens. Les rimbaldiens ne lisent guère de poésie, c'est plutôt ça la vérité. Oui, Silvestre n'est pas Rimbaud, et alors ?
j'avais aussi mentionné les deux livres parus sous le pseudonyme de Ludovic Hans et hostiles à la Commune. Cavallaro n'en cite qu'un seul.
Personnellement, je me rapproche de n'avoir toujours pas lu de près les romans de Sand avec son personnage Sylvestre pour vérifier si Rimbaud s'en inspire aussi ou non... Moi, je suis pour le travail fait sérieusement, même si j'ai des difficultés matérielles et des problèmes d'emploi du temps qui me font perdre le fil. 
Mais j'en arrive à un point très troublant des études rimbaldiennes.
On pourrait se dire qu'après mes révélations sur deux centons de Belmontet et la source parodique indéniable au quatrain "Lys", les rimbaldiens ont pris une leçon et comprennent comment chercher.
Ils n'ont pas trop de difficulté en ce qui concerne la pièce "Fête galante" à cause du prestige de Verlaine. Ils daignent, quoique c'est assez relatif, chercher des sources dans la poésie de Coppée qu'il trouve médiocre depuis que son importance a été cernée pour "Les Etrennes des orphelins", vu la place qu'il prend dans les parodies zutiques. Mais pour le reste, néant. Murphy a quand même fait l'effort d'une recherche du côté de Ratisbonne, recherche qui a porté ses fruits.
Il reste alors un poème intitulé "Vu à Rome" qui est signé "Léon Dierx". Dierx est l'un des poètes les plus importants parmi ceux qui ne sont pas réédités de nos jours. Le problème, c'est qu'il est visiblement plus difficile de rapprocher "Vu à Rome" d'un quelconque poème de Dierx que d'identifier la source du quatrain "Lys" chez Silvestre. Autrement dit, les allusions de Rimbaud ne sont pas saillantes.
Signe entre mille autres que Teyssèdre a écrit à toute vitesse son livre pour me couper l'herbe sous les pieds, il a fourni une analyse de "Vu à Rome" où, considérant que le lien à Dierx, n'était pas apparent, le poème pouvait tout aussi bien être une autre parodie d'Armand Silvestre, et Teyssèdre s'est lancé dans cette invraisemblable aventure, ce qui évidemment n'a convaincu personne. La lecture de "Vu à Rome" par Teyssèdre est en réalité un véritable fourre-tout d'hypothèses de lecture variée, mais son idée de parodie de Silvestre est lunaire. J'ai montré pour le quatrain "Lys" qu'il y avait une parodie de Silvestre, parce que j'ai pris au sérieux l'intention de la fausse signature. Dans le cas de "Vu à Rome", celui qui voulait profiter de mon enseignement devait prendre au sérieux la fausse signature Léon Dierx. C'était du pur bon sens. Teyssèdre a agi comme si mon enseignement c'était que Silvestre était intéressant pour explorer toutes les contributions zutiques, ce qui n'est pas une mauvaise idée (à preuve mes liens avec "Voyelles" et "L'Etoile a pleuré rose..."), mais il l'a fait en laissant de côté la signature "Léon Dierx". C'est comme si vous lisiez "L'Enfant qui ramassa les balles..." en daubant la signature "PV", non ? A l'époque, je sentais cette difficulté de rendre évidente la parodie de Dierx dans "Vu à Rome", j'ai signalé les octosyllabes et l'actualité de la plaquette  Paroles du vaincu, mais il est vrai que le lien ne s'imposait pas pour les sujets traités. J'ai surtout signalé des mots clefs repris par Rimbaud. Tout cela était épars et ne s'imposait pas nettement, mais je faisais confiance à la prise d'ampleur de la méditation sur ces éléments. Tel ne fut pas le cas d'Yves Reboul qui a publié à deux reprises sur ce poème en méprisant assez nettement les liens parodiques proposés avec les vers de Dierx et il a suivi l'idée d'une interprétation sociopolitique du poème issue de remarques que j'avais faites, ainsi que de développements présents dans le fourre-tout de Teyssèdre.
Je l'ai fait en réalité depuis quelque temps sur ce blog, mais dans l'article qui précède celui-ci j'expose très clairement comment déterminer la parodie de Dierx. Je privilégie le recueil cité par Rimbaud. Le recueil a une préface en prose de 1867. Je note que Cavallaro en a mentionné un extrait dans son édition en Folio Classique. Cette préface n'est pas reprise sur le site Wikisource qui mentionne un état ultérieur du recueil qui plus est. Notons que Dierx reproche aux critiques de ne pas lire de poètes et de toujours les trouver médiocres, c'est assez piquant vu ce que Cavallaro écrit sur Silvestre... Cavallaro aurait pu citer d'autres extraits de cette préface en prose. Elle est composée de sous-parties numérotées en chiffres romains et à la fin de l'une d'elle nous avons une mention du progrès qui n'a pas arrangé la réputation de la poésie parmi les hommes, il y a une autre mention du progrès pour une phrase qu'on peut comparer au monostiche de Ricard qui je le rappelle figure sur exactement la même page de l'Album zutique que "Vu à Rome". Vers la fin de cette préface, il y a aussi des passages sur la mort de la poésie avec des vers qui dorment en paix. J'aurais cité d'autres passages, je le ferai.
Ma méthode est la méthode universellement admise. Puisque Rimbauid cite le recueil Lèvres closes, on peut se reporter au poème en vers "Prologue" qui est une autre préface au recueil, mais une préface intégrée au recueil dont le propos ne saurait être annexe. J'identifie trois réécritures, et j'identifie des thèmes convergents. Cela se confirme avec le poème suivant : mêmes thèmes convergents, d'autres réécritures s'imposent. Le rapprochement pour le verbe "figer" ne s'imposait pas de prime abord, je prends la peine d'expliquer à quoi s'articule la représentation de Dierx et du coup le lien devient évident. Pour "couvert de silence et de nuit", cela n'a l'air de ne pas pouvoir se confondre avec "couvert d'emblèmes chrétiens", qu'à cela ne tienne je vous explique la "nuit livide" dans "Vu à Rome" en connexion avec d'autres réécritures du même poème "Prologue" où figure "couvert de silence et de nuit".
Maintenant, on passe à la suite.
Le recueil Lèvres closes a été réédité quelques années après avec deux poèmes ajoutés : "L'Odeur sacrée" et "La Ruine". Il y a aussi une petite interversion de position pour deux poèmes, je crois, mais l'important c'est ces deux poèmes ajoutés.
Le premier réflexe, c'est peut-être de se dire qu'il faut écarter ces deux poèmes que Rimbaud ne peut avoir lu en octobre 1871, puisqu'il a consulté l'édition originale, sauf que Rimbaud semble bien fréquenter les "Vilains Bonshommes", Léon Dierx lui-même, etc. Il y a tout le problème des lectures publiques de poèmes inédits qui se pose.
Or, le poème "L'Odeur sacrée" offre par son titre un lien évident avec "Vu à Rome", et ce poème "L'Odeur sacrée" est précisément dédicacé "A Armand Sylvestre" dont le nom a été transcrit avec un "y" !
Finalement, Teyssèdre n'avait pas tort de penser à un lien de Silvestre à Dierx, de "Lys" à "Vu à Rome", sauf que sa démarche remise au hasard n'allait pas du tout dans la bonne direction.
Le poème "L'Odeur sacrée" va occuper une place plutôt conclusive dans la réédition du recueil de Dierx, ce sera l'antépénultième poème du recueil.
Le poème joue quelque peu avec les répétitions décalées rythmiquement, procédé caractéristique de Dierx, mais il joue d'énormément d'équivoques phonétiques entre les mots, d'assonances et d'allitérations, recourant aux mots rares qui accentue du coup l'espèce de préciosité musicale du morceau. Au plan du sujet, l'odeur est assimilée à un rayon, à un éclair, à un rappel du passé, on dirait une madeleine quasi,  et on a l'idée du souvenir de "clairs matins" qui passe dans la "douceur du soir" au dernier vers. La parodie semble tourner ces idées en quelque chose de plus sec : "Tous les matins on introduit..."
Mais je voudrais aussi mentionner l'autre poème qui allait être ajouté au recueil. Il est dédicacé à Villiers de l'Isle-Adam et il s'intitule "La Ruine", et on peut comparer cette ruine qui fait le sujet du poème à la cassette écarlatine. Et j'ai deux indices en ce sens. Rimbaud pour écrire "couverts d'emblèmes chrétiens" s'est inspiré de formules similaires dans les vers de Dierx. Il s'est inspiré de "Couvert de silence et de nuit" du "Prologue". Il va de soi que du vers 6 du "Prologue" au vers 2 de "Vu à Rome" une solennité comparable passe. Et Rimbaud n'a pas perdu les idées de nuit et de silence du modèle. Notons aussi que si les poèmes mystiques de Dierx ne sont pas chrétiens, raison pour laquelle on peine à reconnaître "Vu à Rome" pour un poème parodiant le poète réunionnais, "Lazare" est sur un sujet chrétien et mentionne Jésus. Le glissement du côté des "emblèmes chrétiens" ne met pas en doute l'idée d'une parodie de Dierx. Mais le poème "La Ruine" offre justement un autre exemple d'emploi de l'expression "couvert" et cela en début de poème encore une fois : "Un continent couvert d'arbres pétrifiés", vers 5 du poème à rapprocher donc du vers 6 de "Prologue", poème où il est question aussi de "bois solennels", et donc du vers 2 de "Vu à Rome". Ce rapprochement ne serait pas grand-chose s'il n'y avait pas le deuxième indice. Le titre du poème de Rimbaud est "Vu à Rome". Qu'est-ce qui a pu inspirer ce titre à Rimbaud chez Dierx ?
J'ai l'impression que les trois premiers vers de "La Ruine" ouvre une perspective intéressante :
 
L'esprit mystérieux au vague ou bref chemin
Qui par moments nous prête un regard surhumain,
Le rêve, m'a montré ce que n'a vu personne :
[...]
Le poème décrit ensuite un temple plus immense que Karnak ou Angkor Vat. On peut aisément comparer la description avec celle plus mesquine de "Vu à Rome", comme on peut souligner qu'à la fin du poème il est question de silence et d'oubli.
Je rappelle que la mention "Graal" à la rime figure dans un poème de Dierx qu'il ne publiera en recueil qu'en 1879, mais qu'il publiera en revue dès 1873. En gros, on sent qu'en octobre 1873, Rimbaud a profité parmi d'autres de la lecture de plusieurs poèmes encore inédits de Dierx : les deux poèmes ajoutés aux Lèvres closes et le poème contenant la mention "Graal" à la rime à tout le moins.
Il ,est maintenant logique après avoir souligné que Rimbaud pour se faire une idée des "Lèvres closes" comme sujet à privilégier le début du recueil, son "Prologue" et son premier poème "Lazare", de se reporter à la conclusion qui s'intitule "Marche funèbre". Elle contient ce vers dont Rimbaud a repris l'adjectif à la rime : "Le sol frappé résonne en clameur sépulcrale," et je précise que je ne m'amuse pas à dire par opportunisme qu'à chaque fois que Dierx emploie "sépulcre" et "sépulcrale" Rimbaud démarque cette occurrence précise dans sa mention "sépulcrale" à la rime de "Vu à Rome". Rimbaud a vu l'ensemble des occurrences, il a vu leur emplacement dans les pièces clefs "Prologue", "Lazare" et "Marche funèbre" et il a fait une allusion globale à ces mentions dierxiennes.
Je relève aussi dans "Mar che funèbre" un quatrain avec cette double mention des "aïeux incrédules" qui ont chanté et cette dénégation avec la mention précise "vu", dénégation de la vision de l'amour que Rimbaud transpose à l'Eglise : "Nul de nous ne t'a vu dans nos froids crépuscules."
Et pour ceux qui voudraient se rattacher vénalement à la vie, Dierx va employer le mot "prurit" :
 
Quelqu'un sent-il vers l'or frémir ses doigts inertes,
Et le honteux prurit crisper encor sa chair ?
 Vous vous plaindrez sans doute que pour l'instant je n'aille pas assez loin dans les explications, mais, de toute façon, vous taxez tout ce que je dis d'élucubrations, même quand j'étaie un tant soit peu. En tout cas, ceci est d'évidence à comparer à l'action de l'immondice schismatique. Et plus loin, Dierx écrit : "Il gît sous nos fumiers", ce qui là encore est une image à mécaniquement rapprocher de l'immondice schismatique. Je ne fais pas ces rapprochements avec un poème du milieu du recueil, je cite le poème conclusif du recueil! Et dans le dernier quatrain il est question de revomir nos os sans nombre, ce que l'immondice schismatique pourrait bien comiquement provoquer en étant introduit dans les narines anciennes du Vatican.
J'ajoute que dans ce poème conclusif Dierx dit que rien ne sort de "cercueils fermés" et qu'il regrette le parfum d'une ère que nous n'avons jamais connue.
J'ai mis en place un solide dispositif de relations "latentes" entre "Vu à Rome" et le recueil Lèvres closes de Dierx en y incluant trois poèmes inédits de Dierx, dont deux destinés à enrichir ce recueil et j'y ai ajouté un sonnet de Mendès à cause de la mention "écarlatine".
En clair, la prochaine édition annotée des oeuvres de Rimbaud vous étalera toutes ces données. On va arrêter de se détourner de la référence à Dierx. Et on va vous laisser à vos compétences de lecteur pour chercher à préciser le fin de mot de la parodie rimbaldienne...
Moi, j'ai des idées, mais ça ne vous plaît pas, donc j'en reparlerai quand j'aurai amené cela à un niveau indéboulonnable. Mais, pour ce qui est du chemin parcouru, si on regarde dans le rétroviseur, qui allait dans la bonne direction ? Qui fait avancer objectivement la recherche zutique sur ce poème ?

mercredi 19 août 2026

Rimbaud s'inspire-t-il oui ou non des Lèvres closes dans "Vu à Rome" ?

Au sein de l'Album zutique, "Vu à Rome" est une pièce assez courte : trois quatrains d'octosyllabes. Rimbaud déclare nettement que le poème pourrait faire partie du recueil Lèvres closes avec deux moyens précis. Le premier élément pris en considération, c'est la signature Léon Dierx. Rimbaud révèle donc le nom de celui qu'il parodie et en même temps nous sommes invités à penser que s'il est parodié c'est qu'il est une cible. A cela s'ajoute l'éventualité d'un calembour du type Léon X. L'allusion à Léon X a du sens face à "immondice schismatique", puisqu'il est le pape qui a excommunié Luther. Au moment où Rimbaud compose et transcrit "Vu à Rome" dans l'Album zutique, une nouvelle crise schismatique préoccupe le Vatican, tandis que Léon Dierx publie une plaquette Paroles d'un vaincu dont les vers sont en octosyllabes, fait rare de la part de ce poète, et cette plaquette dénonce les compatriotes de Luther si on peut dire. Mais les sujets de Paroles du vaincu et de "Vu à Rome" ne se recoupent pas vraiment et on peut seulement soupçonner une application perfide possible du titre de Dierx à la situation schismatique de l'Eglise au même moment. Mais cette lecture tend à nous éloigner de l'intérêt de Léon Dierx en tant que cible parodique même. Yves Reboul a pris cette direction en balayant l'intérêt d'un rapprochement avec la plaquette parue en octobre 1871 même Paroles du vaincu. Bernard Teyssèdre s'était lui aussi résolument détourné de la référence à Léon Dierx pour privilégier de manière absurde l'idée que comme "Lys" "Vu à Rome" parodiait Armand Silvestre, ce qui n'a aucun sens au vu des jalons explicites de la contribution zutique. Rimbaud a bien signé en guise d'attribution factice "Léon Dierx" et il y a ce deuxième élément, qui est moins le surtitre au poème que le recueil ciblé par Rimbaud parmi ceux déjà publiés par le poète d'origine réunionnaise : Lèvres closes. Ce titre a du sens, puisqu'il suppose un silence qui fait rire le sceptique ou l'athée en matière de spiritualité et puisqu'il développé l'idée de sens fermée, voire d'une expérience sensuelle impossible, ce qui correspond clairement au contenu du poème avec une faillite de nez phalliques et l'idée d'une odeur insoutenable introduite de force dans des narines. J'ai senti dès le départ que les rapprochements entre les mots du poème de Rimbaud et ceux des poésies de Dierx ne parvenaient pas à une récolte miraculeuse, mais j'ai très tôt réaffirmé que les rapprochements si peu nombreux soient-ils n'étaient pas vains.
Dans sa notice au poème zutique pour son édition de 2026 des poésies de Rimbaud en Folio Classique, Adrien Cavallaro a référencé pas moins de trois études : une de Seth Whidden qui ne m'a pas marqué, celle farfelue de Bernard Teyssèdre et celle d'Yves Reboul qui pour moi a l'inconvénient majeur de brader la référence parodique explicite du poème. Cette notice figure aux pages 497 et 498 du tome I des Œuvres complètes de Rimbaud en Folio Classique.
Cavallaro évoque la profession de foi parnassienne de Dierx dans la préface donné à son recueil de 1867 et mentionne la pièce "Les Yeux de Nyssia", blason des yeux quand "Vu à Rome" peut correspondre à peu près à un blason du nez. Je pense plutôt que les deux poèmes sont à rapprocher pour les répétitions, l'un du nom "yeux", l'autre du nom "Nez".
Avant de nous attaquer au recueil Lèvres closes lui-même, précisons deux faits importants. La mention "écarlatine" à la rime vient d'un poème du recueil Philoméla de Catulle Mendès, recueil sous l'influence de Baudelaire avec des pièces que nous pouvons mentionner ici en écho à "Vu à Rome", par exemple "Le Bénitier". Ce mot est à la rime d'un octosyllabe et il y désigne le contraire de "lèvres closes", une "bouche écarlatine" qui jure. Le poème s'intitule "Sonnet dans le goût ancien" et parle d'une hypocrite qui voulait faire pénitence, ce qui est à rapprocher de cette "cassette écarlatine / Où sèchent des nez fort anciens". Associer une citation de Mendès à une parodie de Dierx a du sens. Léon Dierx et Catulle Mendès sont deux amitiés littéraires étroites qui perdureront. Et lorsque Lepelletier révèlera dans la presse Verlaine au bras d'une "Melle Rimbault", il le fera en montrant symétriquement les blonds Mendès et Mérat dans la même position, avec Dierx à proximité.
Je cite le premier quatrain du sonnet de Mendès :
 
Quoi Phillis, sommes-nous fâchés ?
Vous jurez, bouche écarlatine,
De vous rendre bénédictine
Pour vous laver de vos péchés !
 Il y a donc plusieurs rapprochements avec le début du poème de Mendès : "fâchés", "goût ancien", "laver" et "écarlatine". Il est bien question de fâcherie ("schismatique"), de goût ou odeur ("immondice" dans les narines), de se laver ou d'être sale ("immondice schismatique") et d'ancien dans "Vu à Rome".
Par ailleurs, dans son dernier recueil Les Amants en 1879, Léon Dierx a publié un poème en octosyllabes où le nom "Saint Graal" est à la rime comme dans le poème de Rimbaud. Mais ce poème a été publié en pré-originale dans une revue peu d'années après l'invention "Vu à Rome" par Rimbaud, ce qui peut inviter à penser que Rimbaud a eu la primeur de la lecture de cette pièce en septembre ou octobre 1871 ! Nous avons la preuve qu'il en va de même pour certaines pièces alors inédites de Coppée avec la reprise de la rime "redingote"/"gargote" en preuve la plus flagrante.
Mais, la mention du titre Lèvres closes doit être traitée avec l'importance qu'elle mérite. Léon Dierx, à la fin de l'année 1871, a déjà publié trois recueils. Il veut faire oublier le premier qui date de 1858 Aspirations. Il a donc deux recueils parnassiens qui retiennent l'attention : Poèmes et Poésies de 1861 qui ne saurait être parnassien au sens strict vu sa date de publication, mais après tout il est contemporain de Philoméla de Mendès. Ensuite, il y a le recueil de 1867 Lèvres closes avec un titre cette fois plus précis et une publication en phase avec l'émergence du mouvement parnassien stricto sensu.
Puisque "Vu à Rome" est présenté par Rimbaud comme un poème qui pourrait faire partie du recueil parnassien de 1867 de Léon Dierx, il n'est pas vain de vouloir comparer la contribution zutiques aux propos du "Prologue" en vers du recueil dierxien. Le premier vers donne le ton des "lèvres closes" : "J'ai détourné mes yeux de l'homme et de la vie". Le poète revendique avoir dispersé son coeur en lambeaux, ce qui là encore ressemble à l'idée de la poudre finement réduite de la parodie zutique, sachant que "immondice schismatique" c'est finalement l'antonyme du nom "coeur".
Le poète dit qu'il a voulu demeurer sourd "Comme un aïeul couvert de silence et de nuit", ce qui est exactement le cas de la "cassette" conservée au "Vatican" et je ne vois pas comment il peut échapper à la sagacité des rimbaldiens que ce vers que je viens de citer du début du recueil dierxien est le modèle du vers 2 de "Vu à Rome" : "Couverte d'emblèmes chrétiens". C'est pour moi une évidence absolue que "Couverte d'emblèmes chrétiens démarque le vers : "Comme un aïeul couvert de silence et de nuit". Pour preuve, le mot "silence" employé par Dierx fait écho au titre de son recueil repris précisément par Rimbaud en tête de sa parodie zutique : "lèvres closes". Pour autre preuve, "nez fort anciens" rappelle "aïeul". Pour autre preuve, l'idée de nuit est accentuée en "nuit livide" dans la parodie de Rimbaud.
Je récapitule : le sixième vers de tout le recueil de 1867 est démarqué au vers 2 de la pièce de douze octosyllabes de Rimbaud !
Ensuite, le vers 9 du même "Prologue" contient le mot "sépulcre" que Rimbaud reprend sous la forme adjectivale :
 
  Mais le sépulcre en moi laissa filtrer ses rêves,
   [...]
 
    Nez [...]
    Où se figea la nuit livide,
     Et l'ancien plain-chant sépulcral.
 
 Il est clair comme de l'eau de roche que les Nez où se figèrent (accord à corriger au pluriel en prose) la nuit et le plain-chant sépulcral, c'est la démarcation du sépulcre qui "laissa filtrer ses rêves". Dierx avait déjà lui-même mentionné la nuit dans le vers précédemment rapproché de "Vu à Rome". Les "rêves" renvoient à l'idée de "nuit". Je ne sais pas ce qu'il vous faut de plus pour apprécier l'évidence de la réécriture du "Prologue" de Dierx opérée par Rimbaud au vers 2 et aux vers 7 et 8 de "Vu à Rome".
Il est ensuite question d'un "soupir qui s'amasse au bord des lèvres closes" qui est assimilé à une obsession, ce qui est clairement démarqué et parodié par l'expression "Tous les matins" et l'immondice schismatique qu'on amasse dans les narines.
Je n'irai pas jusqu'à comparer vaguement "bois solennels" et "plain-chant sépulcral" ou "cassette" et "recélé". Je m'en tiens à constater trois réécritures du "Prologue" des Lèvres closes dans les douze vers de "Vu à Rome". J'en dénombre trois !
Un poème célèbre du recueil Les Lèvres closes n'est autre que son "Lazare", c'est précisément le poème qui suit immédiatement le "Prologue".
Le poème "Lazare" décrit une résurrection. Là encore, nous sommes dans le sujet de "vu à Rome" où on fait respirer à des nez momifiés un "immondice schismatique" supposé donc les faire réagir !
Le premier quatrain décrit sans prévenir la résurrection de Lazare par la voix de Jésus et le premier mot du deuxième vers est précisément l'adjectif "livide" que Rimbaud a récupéré pour qualifier la nuit et occuper la rime :
 
Et Lazare à la voix de Jésus s'éveilla.
Livide, il se dressa d'un bond dans les ténèbres ;
Il sortit, tressaillant dans ses langes funèbres,
Puis, tout droit devant lui, grave et seul, s'en alla.
 L'adverbe hémistiche à la rime "silencieusement" renvoie bien sûr au titre du recueil dans le vers suivant :
 
Il venait et partait silencieusement.
 Et cette fois-ci, c'est les gens qui se figent quand leurs regards croisent celui de Lazare :
 
Et le sang se figeait aux veines du plus brave,
Devant la vague horreur qui nageait dans ses yeux.
 Il est encore une fois évident que Rimbaud s'inspire de ces vers du "Lazare" de Dierx quand il compose "Où se figea la nuit livide / Et l'ancien plain-chant sépulcral." J'explique un peu. Vous avez le même verbe, mais les gens se figent face à l'horreur du regard d'un être livide qui revient de la nuit de la mort. Ajoutons que dans le poème de Rimbaud il y a une reprise de l'adjectif "ancien" de "Nez fort anciens" à "ancien plain-chant sépulcral". Les nez momifiés sont figés dans la mort et ici les gens ont le sang qui se fige, autrement dit ont une expérience de la mort en voyant la "nuit livide" et son air sépulcral dans le regard d'outre-tombe de Lazare.
Quelques vers plus loin, vous avez de nouveau une mention du nom "sépulcre" par Dierx : "Revenant du sépulcre où tous étaient restés," ce qui montre bien que chez Rimbaud l'adjectif "sépulcral" est un double écho aux poèmes "Prologue" et "Lazare" les deux premières pièces du recueil des Lèvres closes. Et les vers 7 et 8 de "Vu à Rome" sont une double démarcation eux aussi de passages du "Prologue" et de "Lazare".
Et les deux derniers quatrains décrivent une "nuit livide" qui envahit le décor ("l'heure où l'ombre emplit l'espace" pour nous rendre l'idée saisissante d'un ressuscité qui envie les cimetières de ceux qui ne se réveilleront jamais.
J'ai posé les bases. On parlera du poème conclusif "Marche funèbre" avec "fumier", "prurit", etc., la prochaine fois, puis de la fin du poème "L'Odeur sacrée" avec des "matins" qui passent dans "la douceur du soir". On va passer à une lecture plus suggestive. Là, je vous ai mis le socle en marbre.

Le problème de l'alinéa dans la transcription de "Marine"

J'ignore si je peux ou non fournir ici un extrait photographique d'un document disponible sur le site Gallica de la BNF. Ce serait tout de même pratique.
 
Alors que les éditeurs actuels ne tiennent pas compte des marges différenciées pour les longueurs de vers dans le domaine de la poésie, nous avons droit à un traitement particulier pour le poème en vers libres "Marine".
Pour la poésie en vers, le principe est d'aligner ceux-ci selon leur longueur syllabique métrique. Les alexandrins, les vers de huit syllabes, les vers de six syllabes n'ont pas la même marge. Même quand deux types de décasyllabes distincts sont employés, la marge est toutefois la même (Musset "Promenade des Alpes", Armand Renaud). Il exiszte aussi une autre exception, parfois des vers courts sont alignés ensemble alors qu'ils n'ont pas la même mesure, cela concerne d'ailleurs Rimbaud "La Rivière de Cassis" et "Rêvé pour l'hiver". "Bonne pensée du matin" aligne bien des octosyllabes difficiles à dénombrer, puisque l'alexandrin et les vers courts n'ont pas le même émargement.
"Mouvement" est un cas particulier. Les vingt-six lignes sont alignées comme pour un poème en vers, sauf que très peu de lignes ont le même nombre de syllabes. Il s'agit d'un traitement par exception.
L'alignement permet aussi de plaider dans le cas de "Qu'est-ce pour nous, mon Coeur,..." que la dernière ligne est un début d'alexandrin avorté et non une ligne en prose, mais il faudrait comparer dans ce cas avec les textes qui mélangent de la prose et des vers pour bien apprécier les modes d'émargement.
Enfin, il y a "Marine". Au départ, le poème a été publié un peu différemment de "Mouvement". "Mouvement" est en italique comme des vers, mais pas "Marine". Cela s'explique par le retour à la ligne sans rochet pour la fin de transcription manuscrite de "Marine", retour à la ligne qui suppose l'idée d'une écriture en prose. Mais "Mouvement" et "Marine" ont tous deux été publiés avec une marge unique alignant toutes les lignes ou tous les vers. Vers la fin du vingtième siècle, certaines analyses du manuscrit ont prétendu que les vers de "Marine" n'étaient pas alignés et on a commencé  à publier ce poème avec des émargements plus accentués pour certains vers.
Cela ne repose sur aucune tradition éditoriale, ni sur aucune logique éditoriale. Il s'agit d'une appréciation au doigt mouillé des émargements des lignes sur le manuscrit. Pour preuve, certains n'accentuent les marges que des seuls vers 1 et 5, d'autres accentuent la marge du vers 3.
Certains affirment que les marges sont justifiées pour les débuts de phrase, Bardel récemment. Mais c'est complètement débile. Le poème est composé de deux phrases bien ponctuées. Il n'y a aucun besoin pour le lecteur de placer une marge accentuée aux vers 1 et 5. Le début du texte est le fébut du texte et le vers 5 (ou la ligne 5 si vous préférez) suit un point. C'est la même idiotie que pour les manuscrits où les vers ont des minuscules au début. Que vous mettiez des majuscules ou des minuscules, les vers sont représentés par la disposition manuscrite. Les marges et les retours à la ligne sont présents. C'est pour ça que Murphy, Cavalalro, Bardel, Chevrier et d'autres rimbaldiens sont un peu ridicules de leur accorder une importance sacrée. Le formatage ne change rien à la délimitation des vers. Rien du tout !
Revenons à "Marine". On le voit avec "Fête d'hiver" qui suit sur le même feuillet : Rimbaud est quelqu'un de maladroit et peu soigneux. Ligne après ligne dans "Fête d'hiver" notre poète tend à se rapprocher du bord gauche du feuillet, réduisant la marge. C'est la preuve que l'écriture subit des aléas quelque peu inconscients.
Dans le cas de "Marine", on aurait pu plaider des émargements accentués volontaires pour les vers 1 et 5 si la discrimination était limpide en ce sens, mais c'est faux. Le vers 3 a lui aussi une marge accentuée et en réalité on a un mode d'alternance une ligne plus émargée pour les vers impairs et une ligne moins émargée pour les vers pairs.
Le seul retour à la ligne qui ne devrait pas supposer d'émargement c'est l'extrait final "tourbillons de lumière" et le "t" est pourtant aligné sur toutes les majuscules qui précèdent avec à peine un décalage sur la gauche.
Même si cela est moins accentué à partir du vers 5, et donc pour l'ensemble de la deuxième phrase, l'alternance demeure sensible ligne après ligne, à cette exception près, il y a un bloc de trois lignes (vers 5 à 7) qui se déportent sur la gauche comme pour "Fête d'hiver". Le vers 4 est fortement déporté à gauche, mais il correspond à un membre plus long par rapport à un vers 3 particulièrement court.
A cause de "Battent l'écume", nous avons la preuve que ces émargements ne sont pas volontairement différenciés. Les rimbaldiens ont pris à coeur des aléas de la transcription de Rimbaud. Si des alinéas étaient prévus pour les vers 1 et 5, nous aurions une perception de cette différence par la vue d'ensemble du manuscrit. Or, ce n'est pas ce qui s'impose.
Et je le répète, ces alinéas accentués ne correspondent à rien de connu : Rimbaud aurait dû penser qu'à son époque personne ne penserait à émarger les vers 1 et 5, s'il avait réellement voulu les souligner (ce qui de toute façon ne sert à rien). Et justement, la revue La Vogue n'a pas identifié de marges accentuées. Tout cela est né de considérations anachroniques d'analystes de la seconde moitié du vingtième siècle !

lundi 17 août 2026

A propos de l'annotation de l'édition de Cavallaro pour l'Album zutique !

Aucun rimbaldien ne rivalise avec moi pour le nombre de découvertes factuelles sur les contributions rimbaldiennes à l'Album zutique. Sur les vingt-deux contributions connues de Rimbaud, deux sont déchirées et peu exploitables. Il reste donc à commenter vingt contributions, et bien sûr il y a aussi l'analyse à tenir sur la datation des contributions et les interactions du groupe.
J'ai découvert que "Vieux de la vieille" et "Hypotyposes saturniennes ex Belmontet" étaient des centons de textes en prose ou en vers de Belmontet, et j'ai mentionné la référence au titre de Sextus Empiricus. A part une lacune sur le sens du mot "hypotyposes", cela fait déjà deux contributions sur lesquelles je suis la seule référence. Steve Murphy avait publié des études de ces deux pièces zutiques dans ses livres Le Premier Rimbaud ou l'apprentissage de la subversion et Rimbaud et la ménagerie impériale en 1990 et 1991, sans identifier les citations authentiques de Belmontet, ni pour l'un ni pour l'autre texte. Cavallaro s'est gardé de référencer le chapitre de Murphy sur les "Hypotyposes", mais il a osé référencer l'étude pourtant infirmée de Murphy sur "Vieux de la vieille". Notez également que mon article sur Belmontet publié dans la revue Histoires littéraires en 2010, même s'il est parfaitement justifié de le référencer de préférence, permet à un tenant du clan Murphy et donc du clan anti-Guyaux de ne pas citer la première mise au point publique qui a été faite dans la "Pléiade sans étoile" de 2009.
Sur le quatrain "Lys", la résolution vient là encore de moi seul, puisque Murphy avait publié un article sur ce poème, mais n'avait pas identifié la source parodique, même si les premières poésies publiées alors par Silvestre peuvent se lire en une demi-journée (et encore je suis large, même pas trois heures de temps en lisant lentement). Je remarque tout de même que Cavallaro a évité de référencer le chapitre de Murphy, même si pour des notes de détail il est clair que Cavallaro en reprend des éléments sans spécifier sa source.
J'ai également identifié la source du monostiche de Ricard : "L'Humanité chaussait le vaste enfant Progrès[,]" même si le sens du monostiche et les intentions parodiques doivent continuer d'être débattus.
Quatre contributions sur vingt, cela me fait déjà une base solide d'un cinquième des explications nécessaires à moi seul.
Or, je vais plus bas préciser plusieurs de mes apports pour ce qui concerne les seize autres contributions rimbaldiennes exploitables.
J'ajoute que pour la datation des contributions rimbaldiennes, j'ai effectué cette mise au point, d'abord dans des échanges privés que connaissaient, avant le public, notamment Murphy et Lefrère, voire Pakenham, puisque je rappelle que Bernard Teyssèdre remercie précisément trois personnes qui sont Murphy, Lefrère et Pakenham pour la rédaction du livre Arthur Rimbaud et le foutoir zutique, ouvrage écrit à toute vitesse contre ma personne, parce que Lefrère fulminait que je dénonce avec Jacques Bienvenu qu'il n'était pas possible d'identifier Rimbaud sur la photographie du Coin de table à Aden, ce qui a été prouvé avec l'identification de Lucereau et de Dutrieux. Le livre de Teyssèdre était un ouvrage de représailles contre ma personne et il contient des copiés/collés de fichiers personnels de Lefrère, comme le prouve l'identique coquille dans la citation d'un vers de "La Fête chez Thérèse" qui va de la biographie d'Arthur Rimbaud par Lefrère chez Fayard au Rimbaud et le foutoir zutique de Teyssèdre chez Léo Scheer. Le livre de Teyssèdre exhibait plusieurs de mes découvertes déjà actées par mes articles, mais je n'étais quasi cité que dans les notes de fin d'ouvrage ou dans la bibliographie, et surtout je n'étais pas cité pour la datation des contributions de Rimbaud resserrées dans les deux mois d'octobre et de novembre 1871, car cela Teyssèdre prétendait en faire son apport personnel et le fil rouge brillant de son livre. Par chance, j'ai publié avant Teyssèdre un article qu'il a bien été obligé de mentionner dans sa bibliographie de fin d'ouvrage, article qui contenait le paragraphe clef où j'expliquais comment établir avec précision et évidence la période courte des transcriptions de Rimbaud. Par la suite, les rimbaldiens ont toujours attribué à Teyssèdre cette méthode de datation, malgré la preuve de mon antériorité par un article publié dans la revue Rimbaud vivant, article référencé dans la bibliographie du livre de Teyssèdre justement. J'ai protesté en vain contre ce cas flagrant de malhonnêteté intellectuelle qui concerne Bernard Teyssèdre, mais aussi ceux qui dirigent la revue Parade sauvage et les auteurs du Dictionnaire Rimbaud aux éditions Classiques Garnier. Il s'agit très clairement d'une imposture intellectuelle. En 2026, Cavallaro poursuit dans cette voie et attribue les progrès de la datation à Bernard Teyssèdre à la pages 403 de sa notice en Folio Classique : "Les tentatives de datation convergent autour des mois d'octobre et de novembre 1871, et peut-être plus précisément entre la mi-octobre et la mi-novembre (Bernard Teyssèdre, p. 495-506)." Pourtant, Cavallaro mentionne bien dans les principaux ouvrages auxquels se reporter mon article de la revue Rimbaud vivant. Et j'ai déjà dénoncé publiquement cette imposture intellectuelle. J'ajoute que dans un article ultérieur, j'ai aussi remis en cause les aspects de la datation de Teyssèdre qui voulant systématiser le procédé est allé trop loin et a ignoré les interactions collectives et en particulier le fait de compléter a posteriori les marges de gauche de poèmes initialement transcrits plus à droite sur les feuillets. Ce faisant, j'ai montré, ce que Michel Murat a spécifié comme particulièrement intéressant lors d'un colloque, l'influence des poètes entre eux dans les contributions zutiques.
Au-delà des vingt contributions, j'ai donc apporté une élucidation majeure pour ce qui est de la datation des contribution rimbaldiennes, ce que sans gêne les rimbaldiens ont confisqué mensongèrement au profit du menteur Bernard Teyssèdre. J'ai aussi soulevé le sujet des interactions du groupe. J'ajoute que grâce à Danierl Courtial j'ai apporté également une contribution importante sur la localisation de la pièce réservée par nos poètes à l'Hôtel des étrangers où avait lieu ces réunions. J'en profite aussi pour préciser que grâce à Daniel Courtial j'ai pu rendre compte sur ce blog de la localisation exacte de l'hôtel où Rimbaud a logé en face du lycée Louis-le-Grand. Il ne s'agit pas de l'Hôtel Stella rue Monsieur-le-Prince qui est à côté de l'ancienne crèmerie Polidor, toujours en activité, mais d'un hôtel qui a été détruit et sur l'emplacement duquel se trouve actuellement un hôtel de luxe dans une rue adjacente à la rue Monsieur-le-Prince ! Et seul cette fois, j'ai montré que la chambre à l'Hôtel de Cluny se trouvait au rez-de-chaussée au niveau de la pièce du petit-déjeuner et des pièces voisines, puisque la pièce a été détruite dans la décennie 1970 sinon dans la décennie 1980.
Bref, un cinquième des contributions à moi seul, un discours unique sur les interactions du groupe, une datation resserrée de la mi-octobre à la mi-novembre 1871, et il faut ajouter encore une argumentation serrée pour montrer que Charles Cros ne fut pas le détenteur initial de cet Album : une série convergente et contraignante d'indices amène à considérer que Léon Valade conservait cet ouvrage, ce que soutiennent notamment les deux dédicaces qui lui sont faites personnellement dans le corps de ce livre manuscrit !
Tout cela, les rimbaldiens veulent le minimiser et garder leur droit à l'absence de reconnaissance. 
Les procédés tendancieux ne s'arrêtent bien sûr pas là. Dans les notes de l'édition de Cavallaro, il y a toute une sous-partie intitulée "Pièces de l'Album zutique". Cela s'ouvre par une section bibliographique avec d'abord des éditions de référence, puis un mélange d'articles ou d'ouvrages collectifs. Cela semble normal ou judicieux, voire économique, mais l'idée est de minimiser l'importance de mes contributions sur l'Album zutique. Je suis nommément cité, et cela est piquant à relever, pour précisément l'article de la revue Rimbaud vivant où mon antériorité pour la datation face à Teyssèdre est clairement établie. Mais mon article dans la revue Europe dans un numéro spécial Rimbaud paru en 2009 a été clairement passé sous silence et nous en reparlerons plus bas. Mon article ultérieur au colloque Les Saisons de Rimbaud est lui aussi passé sous silence, tandis que mes deux articles dans un ouvrage collectif La Poésie jubilatoire sont inévitablement tus au profit de la mention de l'ouvrage collectif pris dans son ensemble. Il faut bien comprendre la fraude : si, à la limite, on peut justifier de mentionner à l'économie le seul ouvrage collectif, un seul de mes trois autres articles est cité dans cette bibliographie générale, cependant que Bernard Teyssèdre est mentionné bien sûr pour un livre à son nom et dans le texte des notices et notes on attribue à Teyssèdre la datation resserrée des contributions de Rimbaud. Même en laissant en débat les non-dits des notes et notices, la volonté de me minimiser est plus que patente.
J'observe que le livre de Denis Saint-Amand Sociologie du Zutisme est référencé dans la bibliographie générale, mais je n'ai constaté aucune allusion à cet ouvrage par la suite dans les notes et notices aux contributions rimbaldiennes zutiques.
Passons aux notices et notes poème par poème.
Pour le "Sonnet du Trou du Cul", les articles de Steve Murphy et Philippe Rocher ont une importance première, mais dans mon article de la revue Europe j'ai donné des éléments contextuels pour affiner la compréhension de l'attaque en règle contre Mérat et j'ai étoffé aussi un lien entre le feu "Album des Vilains Bonshommes" et l'Album zutique. Ensuite, j'ai apporté il me semble des éléments complémentaires quant à la parodie du recueil d'Henri Cantel et de mémoire c'est moi et non Murphy ou Rocher qui ait souligné la présence de la mention "Aline" dans la rime "câline"/"praline", ce que mentionne Cavallaro sans donner de référence. J'expliquais aussi de manière plus poussée les liens entre le recueil de Cantel et celui de Mérat.
Pour "Lys", je n'y reviens pas. A ceci près qu'ajourd'hui, je plaide un lien entre la colonne zutique "Sonnet du Trou du Cul" et "Lys" avec la colonne "Voyelles" et "L'Etoile a pleuré rose..." d'une copie faite par Verlaine pour déceler que Silvestre a influencé l'écriture du quatrain "L'Etoile a pleuré rose", mais aussi de "Voyelles" : "verdeurs marines" pour "mers virides" et "latents" et le titre Les Renaissances pour "naissances latentes". Il manque aussi le lien à la préface clef de George Sand et son mot du "spiritualiste malgré lui". J'ajoute que dans le roman L'Oeuvre de Zola il y a une mention intéressante d'une orgie à base de clysopompes, soit que Zola ait fait partie de lecteurs insoupçonnés de l'Album zutique, soit qu'il s'agit d'un témoignage d'époque sur les blagues qui circulaient et favorisaient la création rimbaldienne.
Pour "Vu à Rome", Cavallaro ne cite pas mes articles où j'évoque sommairement le sujet, mais où surtout je cite au moins dans l'un d'eux des mots clefs du recueil Lèvres closes clairement repris par Rimbaud dans son poème, le mot "écarlatine" à la rime venant lui de Philoméla de Mendès. Cavallaro préfère citer Teyssèdre et Reboul, l'article de Reboul mettant à tort en doute l'idée d'une parodie voulue du recueil de Dierx. J'ai soumis d'autres éléments à la réflexion sur ce blog et j'ai bien sûr mentionné que "Les Yeux de Nyssia" mentionnaient les "yeux" à plusieurs reprises, ce qui était à mettre en parallèle avec la répétition de "Nez".
Pour "Fête galante", je passe. J'ai développé des idées, mais je n'ai pas le temps de développer maintenant.
Pour les dizains à la manière de Coppée, je vais aller plus vite. J'ai commenté en particulier que le premier couple de dizains "J'occupais un wagon..." et "Je préfère sans doute..." reprenaient directement le couple de dizains à la Coppée envoyé par Verlaine par courrier en juillet 1871, et cela allait jusqu'à des reprises textuelles des dizains parodiques de Verlaine. C'est moi également qui ai précisé que pour le poème "Le Balai", le vers imité de Coppée signalé à l'attention par Murphy n'avait pas été lu dans le recueil des Humbles publié postérieurement, mais directement dans la pré-originale dans Le Monde illustré, ce que Cavallaro mentionne sans me citer. J'ai rapporté diverses petites sources en ce qui concerne Coppée, mais j'ajoute que j'ai mis en relation le long poème "Les Remembrances du vieillard idiot" avec la nouvelle "Ce qu'on prend pour une vocation" parue en deux parties dans Le Moniteur universel, la clausule du poème de Rimbaud étant une démarcation de celle de la nouvelle en prose. Cavallaro ne relève rien de cela. Il se contente de lire le poème à la lumière des seuls articles de Murphy et Chevrier qu'il référence. Je m'étonne aussi au passage que Cavallaro ne daigne même pas référencer la très juste observation de Jacques Roubaud qui avait identifié que le titre "Les Remembrances du vieillard idiot" est une citation corrompue pour Les Contemplations de Victor Hugo. Je suis impressionné par le refoulement de cette mise au point qui va de soi. Cavallaro ne lit-il que ses potes ? Mais pourquoi les mêmes potes ne citent-ils pas le père de Cornulier ?
Pour "Ressouvenir", j'observe que Cavallaro omet de mentionner un problème crucial que j'ai déjà soulevé plusieurs fois. La rime "gargote"/"redingote" est la reprise de la même rime au pluriel d'un dizain de Coppée, sauf que le dizain de Coppée a été publié ultérieurement.
Un universitaire m'avait répondu en privé que c'était une coïncidence, qu'il ne fallait pas chercher un intertexte. Je l'ai rembarré, il n'est jamais revenu. S'il me lit, il se reconnaîtra. Rimbaud aurait pu éventuellement avoir accès à un manuscrit en circulation à l'époque. Ou alors il y a une pré-originale qui reste à débusquer.
Je ne reviens pas sur les centons de Belmontet.
Pour "L'Angelot maudit", j'ai découvert les sources du côté de "L'Heure du berger" de Verlaine, ce que Cavallaro rapporte sans me citer. J'ai aussi découvert et précisé sur ce blog que Rimbaud parodiait une pièce satirique du dix-huitième siècle rapportée encore dans des anthologies de poésies du dix-huitième dans un volume de l'éditeur Garnier-Flammarion, il y a même une imitation de ce poème, ce qui amène à deux modèles possibles pour Rimbaud. Puis, Benoît de Cornulier a brillamment montré que la rime "vaque"/"cloaque" venait d'une rime authentique de Dante, mais en italien : "cloaca"/"vaqua", si je ne me trompe pas sur l'orthographe italienne, mais j'ai montré qu'il existait des éditions bilingues que Rimbaud avait pu consulter où la traduction en vers français fournissait la rime "vaque"/."cloaque", je l'ai fait sur ce blog, ce que semble ignorer Cavallaro. Mais il est vrai qu'il est de règle de ne pas citer ce blog... C'est bien commode comme prétexte pour minimiser quelqu'un. Pourtant, l'ensemble de l'édition de Cavallaro comporte plusieurs passages qui montrent qu'il a parcouru ce blog...
Pour "L'humanité chaussait...", le monostiche attribué à Ricard, je suis évidemment cité comme le découvreur et c'est l'édition de la "Pléiade sans étoile" qui, par exception, est référencée. J'observe que Cavallaro s'est interdit une mention de toute étude de référence sur ce monostiche, alors que plusieurs s'y sont essayé : Bruno Claisse, Robert Saint-Clair (rimbaldien que je ne connais que pour cette intervention et celle sur le sonnet "Paris") et bien sûr Bernard Teyssèdre. Cavallaro mentionne pourtant des idées anciennes de Jean-Pierre Chambon sur ce monostiche. Je voulais tout de même apporter des précisions. La phrase "L'humanité marche dans le progrès" est un poncif, de mémoire elle est cité dans la préface de Balzac à sa nouvelle "L'Elixir de longue vie" : "la société humaine, selon certains scientifiques, marche dans le progrès" (citation approximative). Je précise aussi que le poème de Ricard entre en débat avec précisément un poème d'Amédée Pommier. J'ajoute enfin qu'une question est ouverte quant à la relation éventuelle de ce monostiche avec les deux dizains à la manière de Coppée qui forment avec lui une colonne de transcription sur le corps de l'Album zutique.
Passons aux "Conneries".  Cavallaro ne me cite pas dans la bibliographie générale. C'est ballot dans la mesure où j'ai montré que le titre "Conneries" était une réécriture de titres ou de mots des recueils de poésies d'Amédée Pommier : colifichets, crâneries et d'autres encore. Cavallaro préfère citer des études de Steve Murphy, Yves Reboul, Roibert St. Clair (promu du coup grand rimbaldien, ce qui m'étonne quelque peu) et l'inénarrable Bernard Teyssèdre.
Il y manque Alain Chevrier.
Sur Alain Chevrier, je précise ceci. J'apprécie en général ses travaux. Je pense qu'il est plus intéressant à lire que Denis Saint-Amand, Robert St. Clair et plusieurs autres. Il fait des recherches qui ne se limitent pas à Rimbaud et qui demandent de l'érudition. Ceci dit, Alain Chevrier a publié après moi, sans me citer, un article où il développait que l'étude de Verlaine contre Barbey d'Aurevilly était la source des parodies zutiques contre Pommier, sauf que cela n'apparaissait nulle part dans son livre sur la contrainte des vers courts, livre que je possède, et c'est un fait que j'ai publié cette démonstration serrée dans un article de la revue Europe en 2009. Récemment, Chevrier a essayé de s'emparer de ma découverte de la comédie Le Bois de Glatigny comme source à "Tête de faune", ce que j'ai réussi à parer dans les détails grâce à la vitesse de mise en ligne de mon blog et grâce à une maladresse d'écriture ensuite de son article. J'avais clairement annoncé posséder ce résultat dans un article de la revue Rimbaud vivant. Ma démonstration serrée pour les sonnets en vers d'une syllabe impliquait aussi le "Martyre de saint Labre" du Parnassiculet contemporain. Que mécaniquement les sonnets de Rességuier et Daudet soient cités dans le livre de Chevrier, ainsi que les poèmes acrobatiques de Pommier en vers courts, ne change rien au fait que le document, l'article de Verlaine citant les vers d'une syllabe de Pommier, est ma découverte exclusive dans la genèse des sonnets monosyllabiques zutiques, et que mon document permet de relier cela encore au sonnet de Daudet. Là encore, il y a un problème de captation de ma découverte dans le milieu rimbaldien.
J'ajoute une découverte essentielle que, pourtant, tout le monde aurait dû faire depuis longtemps. Il existe un long poème en vers d'une syllabe attribué à Baudelaire qui a parfois été publié en annexe dans les éditions d'oeuvres de Baudelaire. Ce poème "Le Pauvre diable" a été publié en 1878 dans Le Figaro et sa fin imite explicitement la fin de "Cocher ivre" de Rimbaud qui lui-même réécrit des vers d'une syllabe du passage de Pommier cité par Verlaine pour se moquer des goûts de Barbey d'Aurevilly. Et cela nous rapproche des mentions de Rimbaud par Champsaur, puis Mirbeau. Evidemment, cela est passé en-dessous des radars de Cavallaro et de la revue Parade sauvage. Il faut le faire !
Notez que dans le présent article de blog je me prévaux encore de pas mal de cartouches d'avance. 
Pour le sonnet "Paris", la découverte d'un lien à un poème de Pommier vient clairement de Chevrier.
Pour les trois "Conneries" et pour les sonnets en vers courts et notamment d'une syllabe de l'Album zutique, j'ai un dossier de réécriture de vers de Pommier que j'ai en grande partie publié dans des articles de ce blog. Cornulier en avait référencé plusieurs dans le Dictionnaire Rimbaud en 2021 juste avant de me devenir radicalement hostile et de prendre le parti de ne plus me citer, même quand une idée vient des lectures de mon blog ou de mes articles en revue.
Je n'ai pas parlé de la pièce intitulé "Exil", ce sera l'exception, ni détaillé tout sur les parodies de Coppée.
J'ajoute aussi que sur ce blog, sinon dans mon article au coloque Les Saisons de Rimbaud, j'ai développé une thèse de rencontres zutiques à Paris lors du séjour de mars-avril avec Gill, peut-être Vermersch et des connaissances de Verlaine, peut-être Valade, et que j'ai développé une thèse de lecture selon laquelle les poèmes envoyés à Izambard et Demeny se ressentaient de cette expérience zutique probable, vu que "Mes petites amoureuses" et "Le Coeur volé" ciblent Alphonse Daudet en particulier, vu l'obscénité du poème "Accroupissements".
J'en profite pour préciser que j'ai montré de manière serrée que "Accroupissements" et "Oraison du soir"  s'inspirent tous les deux de "Un voyage à Cythère" des Fleurs du Mal, les réécritures étant particulièrement appuyées dans le cas du "Oraison du soir", notamment pour ce qui est du premier quatrain.
Je ne m'attends évidemment pas à ce que les rimbaldiens corrigent le tir dans les annotations ultérieures de leurs éditions rimbaldiennes... par des rimbaldiens... pour des rimbaldiens !

dimanche 16 août 2026

Voyelles et Armand Silvestre, ne restons pas les Lèvres closes

A propos du sonnet "Voyelles", la première démarche, c'est d'inspecter la tradition poétique à laquelle le sonnet pourrait se rattacher. Le sujet du poème ne semble correspondre à rien de connu. Cette désespérante rareté peut devenir une force si on trouve les pépites qui s'en rapprochent le plus.
On ramène un peu vite le sonnet à une variante radicalisée des "Correspondances" de Baudelaire, sachant que le sonnet de Baudelaire lui-même s'inspire d'Hugo, de Lamartine, de Chateaubriand et bien sûr de la littérature allemande à l'origine de cette mode littéraire, E. T. A Hoffmann notamment.
Mais le sujet du poème, c'est les voyelles, et donc on pourrait dire la langue, le langage, l'alphabet, mais une langue, un langage et un alphabet symboliques puisque cela ne relève pas d'une confrontation au potentiel humain, mais d'une explication de l'univers même. Il y a un modèle biblique connu, le verbe divin johannique et bien sûr j'ai nettement insisté en 2003 sur l'importance des métaphores hugoliennes du livre, de l'alphabet, des lettres d'or, etc., dans le recueil Les Contemplations. Le poète perce les secrets de l'univers parce qu'il sait lire le livre de la Nature. Il ne s'agit pas de penser que Rimbaud ni Hugo y croient, il s'agit simplement d'identifier le jeu littéraire. J'ajoute que le recueil Les Contemplations parle d'une vie confrontée à l'expérience du deuil. Justement, dans le dernier tercet de "Voyelles", Rimbaud a repris l'image du poème final de la première série de La Légende des siècles, celle du "clairon suprême" retourné en "Suprême Clairon", comme l'a montré jadis Barrère dans un ensemble article et livres que les rimbaldiens rechignent à mentionner dans leurs notes bibliographiques au poème. Ce "clairon suprême" dans le poème "La Trompette du Jugement" suppose là encore une relation à la mort. Il se trouve que dans "Paris se repeuple", Rimbaud a associé les mêmes mots : "strideurs", "clairon" et "suprême". Au-delà du cheminement du mot rare "strideurs" via Buffon et O'Neddy, lequel écrivait l'hémistiche "La strideur des clairons" dans une scène de mort au combat, il est clair que Rimbaud pense les "strideurs" du "clairon" comme l'expression de la suprême poésie du martyre de Paris en tant qu'entité communarde collective. Il l'a écrit explicitement dans "Paris se repeuple", poème où il parle de "cité belle" comme il parle de "lèvres belles" dans "Voyelles", poème où il parle de la danse de Paris dans les colères comme il est question du rire dans la colère des entités féminines de "Voyelles". Dans la mesure où d'autres rapprochements contraignants peuvent être établis entre "Voyelles" et "Les Mains de Jeanne-Marie", il est difficile de ne pas voir que le sens donné à ces mots dans "Paris se repeuple" ne peut pas avoir été absent à l'esprit de Rimbaud quand il composait "Voyelles". Et le martyre de "Paris se repeuple" parle de morts et d'une renaissance avec un souffle de renouveau.
On pourrait se dire que le danger est de passer du coq à l'âne en considérant maintenant la présence du mot "latents" dans le recueil Les Renaissances de Silvestre, lequel a écrit plutôt contre la Commune sous le pseudonyme de Ludovic Hans.
On ferait une marqueterie de rapprochements autour de "Voyelles".
Toutefois, j'ai insisté sur une vie confrontée au deuil pour Les Contemplations et sur l'idée que les morts de la semaine sanglante n'empêchent pas de considérer que le souffle de progrès de la capitale va continuer d'alimenter le monde. Or, le recueil de Silvestre est précisément sur ce même motif d'une vie qui passe par l'épreuve de la mort, le titre en est l'explicitation : les renaissances. Notez que dans l'Album zutique Rimbaud a reporté en colonne le sonnet du "Trou du Cul" et son quatrain "Lys" parodiant le premier recueil de Silvestre, puis sur la page suivante il a transcrit une autre colonne qui commence par le poème "Vu à Rome" surtitré "Lèvres closes" en référence à un recueil de Léon Dierx. J'affirme clairement que des mots clefs de poèmes des Lèvres closes sont repris par Rimbaud dans "Vu à Rome", n'en déplaise à Yves Reboul ou à d'autres qui, frustrés de ne savoir les exploiter, préfèrent aller chercher l'interprétation sur un autre terrain. On remarque aussi le lien évident à la spiritualité dans le conflit entre le nom de capitale du catholicisme si on peut dire, Rome, et la mention métaphysique "Lèvres closes" et finalement on se rend compte sur le manuscrit de l'Album zutique d'un vis-à-vis de deux parodies de recueils parnassiens récents de poètes particulièrement en vue, Léon Dierx et Armand Silvestre, et les deux recueils s'intéressent à une métaphysique de la vie confrontée au néant chez Léon Dierx et à la mort chez les deux. Léon Dierx est né comme Leconte de Lisle à l'île de la Réunion (Lacaussade et Parny étaient dans le même cas), et il en était un disciple plus prononcé si on peut dire. Or, le poème des Renaissances où Silvestre emploie l'adjectif "latentes" à la rime est précisément dédié à Leconte de Lisle, et j'ajoute que peu de poèmes plus loin une pièce conséquente est dédiée à Philothée O'Neddy, le poète qui a associé avant Rimbaud "strideur" et "clairon", mais en employant le premier mot au singulier et le second au pluriel, ce que Rimbaud a inversé dans "Voyelles" et "Paris se repeuple".
J'ajoute à propos du titre de Dierx Lèvres closes, titre que Rimbaud a donc directement mentionné dans le corps de l'Album zutique, qu'il entre métaphoriquement en résonance avec le titre "Voyelles", puisque dans les deux titres il y a l'idée que la langue se déchiffre essentiellement dans la résonance mentale spirituelle des artistes.
 Le recueil Les Renaissances est composé de quatre parties : "La Vie des morts", "Les Vestales", "Paysages métaphysiques" et "A travers l'âme".
La longue pièce "La Gloire du souvenir" datée de 1872 n'en fait pas partie.
La section "La Vie des morts" commence par une longue pièce composée de plusieurs poèmes détachables intitulée "La Nature". Nous avons une "Introduction", puis des poèmes numérotés : "I Les Arbres", "II Les Broussailles", "III Les Sources", "IV Les Nuages" lui-même composé de plusieurs poèmes, "V Les Astres", "VI La Mer", "VII La Neige", "VIII Les Voix", "IX Les Parfums" et enfin un "Epilogue". Je vous laisse méditer sur l'effet de cette énumération. Notez les deux derniers titres de la série numérotée. Le titre "Les Voix" est celui qui, fatalement comme on dit en Belgique, se rapproche le plus du titre "Voyelles" ou "Les Voyelles", tandis que le titre "Les Parfums" devrait avoir de bonnes chances de vous faire penser aux "Correspondances", surtout si je cite son dernier vers ostentatoirement baudelairien : "Des parfums infinis, tièdes et pénétrants." Il y a d'autres emprunts à Baudelaire dans ce poème de Silvestre.
C'est ce poème "Les Parfums" qui contient le vers : "Les charnelles senteurs des verdures marines" que je rapproche spontanément du vers : "U, cycles, vibrements divins des mers virides," de "Voyelles".
 Après cette série intitulée "La Nature" où les poèmes je le précise ne sont pas des sonnets, nous avons donc une série de cinq poèmes dédicacés "A Leconte de Lisle" réunis sous le titre "Le Doute", et l'adjectif "latents" figure au pluriel dans le premier quatrain du deuxième de ces cinq sonnets :
 
La Mort revêt d'éclat la Nature éternelle
Et c'est elle qui fait la gloire du Printemps !
Aux germes sous la pierre endormis et latents
Elle garde l'honneur d'une forme nouvelle.
 
Notez déjà "La Mort revêt d'éclat" en écho aux "mouches éclatantes".
Je pourrais vous citer la suite du sonnet où il est question de "temple de Cybèle", de "grande Nourrice", de "derniers enfants" qui "boiront notre âme au bout de sa mamelle", de "nouvelle vie" et de "grand renouveau", du "monde des fleurs qui jaillit du tombeau". Au long des sonnets, on passe par l'épreuve du doute : que reste-t-il des morts si on s'en tient à leurs dépouilles, sinon "l'effroi de les suivre", puis l'idée s'impose qu'ils sont une "source sacrée", que ces "frères que pleurait la pâle humanité" sont la "Vie inconnue" qui "fécond[e]". Et "après les adieux suprêmes", ils sont "l'âme errante" qui "emplit l'immensité !" Une "force d'aimer qui survit à la vie" devient une "plainte de l'Esprit" dont la "Matière" trahit l'Echo.
Le quatrain que j'ai cité et qui contient notre adjectif reprend très précisément les derniers vers du premier sonnet :
 
A l'horreur du tombeau l'espérance pardonne,
Et le désir nous prend de la Mort qui nous donne
La gloire de fleurir la robe du Printemps !
Ainsi l'emplacement de cet adjectif à la rime n'a rien d'anodin dans la composition d'ensemble des cinq sonnets !
Vous remarquez au passage que Silvestre affectionne aussi l'emploi de l'adjectif "suprême" qu'il emploie à de nombreuses reprises dans ce mince recueil. En voici neuf autres occurrences :
 
Chantez l'hymne suprême où leur oreille épie
 
- Mon suprême désir me fera tout entier ;
 
Mon suprême désir et mon amour suprême
 
   Raison suprême de la vie,
 
Ce n'est pas toi qui fais ma suprême torture,
 
Et tout ce qui me fut le suprême abandon
     Des Cieux, du Rêve et de la Vie,
 
     Fuir, et pour suprêmes asiles,
 
Jusqu'aux embrassements suprêmes de la Terre.
 On peut pousser le jeu plus loin. Je ne vais pas chercher chez Silvestre tous les mots de "Voyelles", il serait vain de relever toutes les mentions des cinq couleurs clefs du premier vers. Le nom "voyelles" lui-même ne figure pas dans le recueil de Silvestre. En revanche, la mention à la rime du vers 2 de "Voyelles" : "naissances latentes" fait écho au titre du recueil de Silvestre qui est Les Renaissances, mais surtout c'est dans le même et unique sonnet de Silvestre que nous avons à la rime l'adjectif "latents" et la forme participiale "naissant" de la famille lexicale de "naissances" : "- C'est l'odeur des jasmins naissant sous les gazons ;" coïncidence que renforce l'écho mentionné plus haut entre "verdeurs marines" et "mers virides". Le mot"candeur" revient aussi à deux reprises dans le recueil de Silvestre, mais avec un emploi au pluriel comme Rimbaud, ce qui dans mon intuition de la langue relève nécessairement d'un emploi plutôt rare.
 
     Comme un rêve de candeur,
 
 De ses jeunes candeurs s'est-elle souvenue ?
Toutefois, le mot "candeur" a déjà une histoire dans les vers de Rimbaud avant sa montée à Paris de septembre 1871.
Silvestre emploie aussi souvent "frisson", et au moins une fois une conjugaison de "frissonner", mais il s'agit d'un poncif qui vient pour dire vite des romantiques.
L'emploi du même nom "rides" que Rimbaud et à la rime est nettement plus rare. Il y a des présences de la rime "étranges"/"anges", puis à défaut du néologisme de Gautier "vibrement(s)" Silvestre emploie fort significativement des mots de la même famille : "vibrante", "vibrante", "vibrations", "vibrer", "vibre" "vibrent".
Le nom "vibrations", l'équivalent exact de "vibrement" est à la rime du vers 3 du premier poème du recueil : "La Nature - Introduction", et il vaut le coup de citer le quatrain pour le rapprocher de celui contenant l'adjectif "latents" et pour apprécier comment Silvestre parle de Matière et Forme de manière spiritualisée comme le fait Rimbaud directement avec ses cinq voyelles-couleurs.
 
L'esprit n'habite pas sous les confusions
D'atomes entraînés dans les métamorphoses ;
- C'est la Forme, oscillant sous des vibrations,
Qui nous montre la Vie au plus secret des choses.
Les voyelles sont précisément illustrées par des formes : "A, noir corset" ou "Gofles d'ombre", etc., à moins que ce ne soit directement par des vibrations : "frissons", "candeurs" ou... "vibrements".
Appréciez d'ailleurs le tercet suivant digne d'un rapprochement avec les "mouches" de Rimbaud :
 
Et la brise, frôlant la cime des bruyères,
En soulevait l'essaim vibrant des moucherons
Dont la lune argentait les vivantes poussières.
 
Le rapprochement peut même s'étendre à "Fêtes de la faim" avec sa leçon biffée : "Puis, l'humble et vibrant venin / Des liserons", sachant que la version "Faim" dans "Alchimie du verbe" suit la mention du moucheron que dissout un rayon...
J'aurais quelques autres rapprochements plus diffus à proposer avec "Voyelles" même, mais puisque je viens de dériver du côté de la poésie de 1872, j'en profite pour préciser que j'ai relevé des vers à rapprocher de "soir charmé" des "Corbeaux" et de "crépuscule embaumé" du "Bateau ivre", ainsi que des vers qui me font penser à l'importance de boire à une source dans "Larme", ainsi qu'à rapprocher des "Mains de Jeanne-Marie".
Je citerai tout cela plus tard, je vais prendre le temps de composer un écrit sur la symbolique poétique du recueil Les Renaissances, je vais étendre ça à d'autres recueils pour préciser la prégnance du sujet à l'époque.
Je trouve ma démarche plus pertinente que celle des rimbaldiens qui en restent à une exploration gratuite de formes analogiques sans conséquence.


*** mise à jour 17 août 8h30

En commentaire sous son article "Ne rallumons pas d'anciennes polémiques" , Bienvenu cite une liste de rimbaldiens vivants consideres comme importants. Je ne peux m'empêcher de commenter cette liste.  Je ne citerais pas Alain Bardel parmi les grands rimbaldiensvni Adrien Cavallaro malgré leur investissement.
Je ne citerais pas non plus Robert Saint-Clair, Denis Saint-Amand, Jean-Baptiste Baronian, Seth Whidden, Frédéric Thomas, Alain.Borer, Gilles Lapointe,  Louis Forestier, Aurelia Cervoni, Yann Mortelette (qui étudié les parnassiens, pas tellement Rimbaud), Georges Kliebenstein (malgré sa découverte en deux temps sur Khengavar). Il ne s'agit pas au sens strictement de rimbaldienscavec des apports décisifs. Dominique Combe a de l'intérêt, mais il n'est pas tout à fait unnrimbaldien chevronné.  Je suis très réservé quant à l'intérêt des études d'autres rimbaldiens. Sans ses éditions en GF, parlerait-on de Steinmetz ?
Sinon, sur " Voyelles", voici qui illustre l'inexistence de réflexion sur le sens du poète des rimbaldiens, Cavallaro fait comme tous les autres (Reboul, Bardel, etc.) et écrit ceci : "le sonnet (....) expérimente, sur le mode de la prétérition, les "naissances" de l'image en motivant l'arbitraire du signe (....)". Depuis 2003, j'explique en vain que ce n'est pas de ça qu'il s'agit, mais qu'il s'agit d'une lecture métaphorique et symbolique sur le mystère de l'univers que fait mine de déchiffrer un poète inscrit dans une tradition littéraire de voyant.
C'edt tellement évident, c'est du pur bon sens.

samedi 15 août 2026

Petite mise au point sur la lutte en cours qu'on "dédai(g)ne"

J'explique ici quelques détails.
Donc il y a quelque temps, avant la publication de l'édition de l'année en Folio Classique, j'ai envoyé un courriel où j'ai pris à témoin quantité d'éditeurs du milieu universitaire ou de grands éditeurs courants ainsi que quelques universitaires pour avertir d'un caviardage à venir des textes de Rimbaud. J'ai refait cela une deuxième fois. Puis, il y a quelques jours, j'ai enlevé les nombreux éditeurs, je n'ai envoyé que deux courriels groupés aux mêmes rimbaldiens et à quelques-uns de plus. Cornulier, Bardel et Guyaux notamment sont inclus dans cette liste. Il y en a d'autres. Dans ces mails, j'ai mis les liens de trois des articles récents mis en ligne sur ce blog. Ils ont donc pu lire la même chose que les gens qui consultent ce blog.
Pour les éditeurs, le silence est absolu. Pour les rimbaldiens, il en va un peu différemment, j'ai eu des réponses privées. Aucune protestation contre ce que j'écrivais, strictement aucune. Mais des avis défavorables sur la lecture "de daines" et l'admission qu'il y a un problème d'arrière-pensées que je mets bien en lumière.
Je précise aussi que je n'hésite pas à parler de manipulation, d'imposture, de caviardage, de falsification. Les faits sont là. On ne peut pas soutenir la bouche en coeur que la leçon "de daines" a été découverte depuis 2009, que la leçon définitive est une phrase incorrecte et asémantique "de chinois de daines", et on ne peut pas faire croire face à une telle assimilation de données que la déformation du texte de Rimbaud est faite avec conviction et sincérité, et c'est une réalité de fait qu'il y a une volonté de détourner l'attention des contestations ce qui implique je le rappelle la pagination des manuscrits. Je reviens aussi très clairement sur le cas du livre de Bernard Teysèdre.
Je fais clairement remarquer le silence de la plupart des rimbaldiens. On est bien face à de la lâcheté intellectuelle que Rimbaud doit beaucoup apprécier de la part de ceux qui se prétendent ses lecteurs chevronnés. On voit bien qu'il y a un problème de comportement collectif, d'autant plus drôle que les publications rimbaldiennes s'accompagnent de belles protestations d'amitiés littéraires, etc., alors que tout est instrumentalisé finalement.
je vais poursuivre le combat. Je ne laisserai même pas passer la possibilité de dire qu'on suspend son jugement. Je rappelle que de 2009 à 2026 ça fait déjà dix-sept ans que certaines cécités volontaires durent. On est face à un problème d'ampleur et ce n'est pas les gens qui disent la vérité qui doivent être intimidés par la menace juridique. Je me battrai, seul, mais je me battrai, parce que je ne supporte pas ce qui se passe.
Je dresse un dossier de points qui me concernent, c'est normal. Je pars dans ce combat solitaire de ce que je subis, je fais remarquer qu'en taisant systématiquement l'existence de ce blog, les rimbaldiens font bien comme si je n'avais été qu'un épisode de personne publiant parmi eux, ils le prennent en compte en le minimisant et évidemment ils taisent le reste ou s'en approprient une part.
Ici, je reviens sans arrêt sur la falsification volontaire des textes de Rimbaud, falisification qui va durer dans le temps, déjà dix-sept ans que ça dure d'ailleurs. En effet, les éditions courantes ne sortent pas tous les jours, l'intimidation des pontes officiels pèse, et il y a des allégeances universitaires à long terme.
"L'Enfant qui ramasse les balles...", "outils" et "de daines", rien que ça ça fait trois altérations du texte de Rimbaud auxquels on pourrait remédier sans peine du jour au lendemain. Ajoutons les lubies d'édition concernant les Illumination.
Normalement, certains devraient se dédire, mais il y a de grande chances qu'ils ne le fassent pas, un peu comme Trump, Biden et les américains dans les guerres qu'ils mènent, c'est le syndrome de celui qui se sent trop puissant et se croit tout permis.

vendredi 14 août 2026

De nouveaux ayants droit des textes de Rimbaud ?

 Lecteurs de Rimbaud, vous êtes priés pour les cent années à venir de lire "outils" et non "autels", "de daines" et non "ou daines" et d'attribuer "L'enfant qui ramassa les balles..." a Rimbaud et non à Verlaine, de lire des alinéas fantaisistes dans "Marine", de considérer les poèmes enbprose comme un recueil ordonné pour ne pas blesser l'amo7r-propre de plusieurs rimbaldiens qui ne voudraient pas avoir à se dédire, d'où leur passage en force sur tous ces sujets.

Ils sont encore en vie et Cavalkaro est même très jeune. Il faut aussi prendre en compte le regard de leurs familles, de leurs enfants : cent ans c'est pas une demande excessive, vous le voyez. Il est vrai que 'de daines" n'est pas une invention de Cavallaro, mais de Guyaux, mais il peut plaider un statut créateur à faire passer à des ayants droit pour "de chinois de daines", une vraie invention.

Pour l'amour-propre des rimbaldiens, embrassons-nous.


-Et si quelqu'un editevautrement le texte ?

- Ah ben non, il n'aura pas le droit. Ou au moins il faudra toujours éditer en parallèle notre version concurrente et suspendre son jugement.


***


Voilà exactement ce qui est en train de se passer.