jeudi 10 septembre 2026

Un alexandrin de Rimbaud qu'on ne trouve nulle part dans l'édition des oeuvres complètes de Rimbaud par Cavallaro !!!!!

 Dans son édition des Oeuvres complètes de Rimbaud, Cavallaro a publié les proses dites "en marge de l'Evangile" juste avant Une saison en enfer, malgré leur caractère de brouillon. Il publie aussi dans les contributions zutiques les restes de deux poèmes déchirés, la déchirure étant telle que pour aucun des deux poèmes nous n'avons de vers complets !
Cela confirme qu'il s'imposait de publier les vers inédits cités par Delahaye, notamment le fragment "J'ai mon fémur !" avec quelques alexandrins inédits et clairement authentiques. Mais, à côté de "Poison perdu", le manque majeur de cette édition, c'est sans aucun doute l'alexandrin inédit cité par Octave Mirbeau et qu'on soupçonne d'être une citation des "Veilleurs" même :
 
L'éternel craquement des sabots dans les cours[.]
 ***
 Petites annonces en vrac :
 
D'ici novembre je publierai sur ce blog des photographies de l'exemplaire annoté du Reliquaire conservé à Bruxelles. J'ai deux manières d'y parvenir d'ici là.
Ensuite, je médite une édition de référence en ligne des oeuvres complètes de Rimbaud avec bien sûr des notices, et je commence par "Tête de faune", "Les Corbeaux", "Les Mains de Jeanne-Marie" tout mon travail de mise au point et j'en rendrai compte sur ce blog.
Enfin, et c'est lié avec la réflexion sur "Les Corbeaux", il me faut revenir sur la lecture de ce poème. Bien que Cavallaro en rende compte dans son édition, la lecture anticléricale des Corbeaux par Murphy, Bataillé et Vaillant est définitivement tombée. Mon article est cité en bibliographie, mais Cavallaro ne rend pas pour autant compte du contour exact de ma lecture. En revanche, il rend compte de celle d'Yves Reboul qui contredit aussi celle de Murphy, Bataillé et Vaillant.
Reboul part d'une lecture ironique d'ensemble. Le poème "Les Corbeaux" pose un discours d'époque qui n'est pas celui de Rimbaud et du coup dans le dernier sizain l'idée c'est que la prière est une imitation ironique de ces poètes qui se réfugient dans la poésie des bois. Comme "sois le crieur du devoir ô notre funèbre oiseau noir" sent le persiflage, le sizain final se moquerait de la pose du poète sollicitant la protection des fauvettes. Et une idée clef, c'est que le "soir" est dit "charmé" parce qu'il le serait par ce genre de poète précisément.
Je n'avais pas envisagé cette lecture et je n'ai rien contre a priori, mais il y a des éléments de ma propre lecture qui continuent de résister. Reboul ne rebondit pas sur le lien évident entre "Le Bateau ivre" et "Les Corbeaux" : "soir charmé" pour "crépuscule embaumé" et "fauvettes de mai" pour "papillon de mai" ce qu'accompagne "Mât perdu" pour "vaisseau perdu". Il ne rebondit pas non plus sur la présence diffuse du couple "étrange" et "ange" qui permet de rapprocher "Les Corbeaux" et "La Rivière de Cassis" de deux poèmes contemporains "Voyelles" et "Les Mains de Jeanne-Marie". "La Rivière de Cassis" date de mai, "Les Mains de Jeanne-Marie" de février, et "Voyelles" semble dater aussi de février, et le poème "Les Corbeaux" semble dater de février-mars lui aussi. Rimbaud aurait remis à peu près en même temps "Les Corbeaux" et "Voyelles" à des fins de publication dans la revue, et "Oraison du soir" remis à Valade aurait même été le troisième poème prévu pour la revue avec un certain optimisme de la provocation obscène.
Il y a un troisième fait. La rime "chêne"/"enchaîne" est commune au dernier sizain des "Corbeaux" et au dernier sizain de "Plus de sang" de Coppée, sachant que "Plus de sang" contient au début "le massacre aux cent voix furieuses" qui a de quoi mériter par contraste une comparaison "la voix de cent corbeaux".
Et je suis parti dans une relecture de tous les vers de Coppée, je vais bâtir un dossier des citations de Coppée dans les vers de Rimbaud. Je suis agacé de voir que personne ne cite la nouvelle "Ce qu'on prend pour une vocation" au sujet des "Remembrances du vieillard idiot". A noter que j'ai des idées fragiles mais peut-être pas nulles au sujet de ce poème zutique, je note que "tirons-nous la queue" peut faire songer au poème du chien abandonné dans "Ecrits pendant le siège", que le début de la "Lettre d'un mobile breton" réunit père, mère et "mignonne soeur", que "Plus de sang" parle à la fin d'être "pardonné". Et j'ai quelques idées de rapprochement sur le tir.
 Pour les deux premiers dizains de Rimbaud, je suis agacé que les rimbaldiens ne me suivent pas dans le rapprochement que je fais avec les deux dizains enchaînés que Verlaine venait d'envoyer par lettre à Valade, car en faisant cela il y a plein de considérations sur le sens à dérouler. Et je pense que je vais ajouter des sources jamais formulées avant. Par exemple, "Maigre comme une prose à des vitraux d'église" est une démarcation de "Morne comme une armée après une défaite[.]" Je ne pense pas que cela ait jamais été dit. Et ce vers de Coppée est pris dans la zone des sources au dizain zutique : "Je préfère sans doute..."
Il y a plein de mises au point qui découlent d'un travail sur les sources conduit avec rigueur.
Je vais chercher les poésies de refuge dans le bois, et les équivalents de "soir charmé". J'ai déjà commencé. Je vais faire du balayage.
C'est le travail fondamental pour préciser au public le sens et les intentions des vers de Rimbaud. Ce n'est pas à traiter par-dessus la jambe en disant que c'est un travail de titan dans l'inter, l'hyper et l'hypotextuel, pour aller encenser plus longuement du blabla intellectuel d'articles voisins. D'ailleurs, les rimbaldiens n'ont rien de plus pressé à faire que de me piquer mes découvertes intertextuels et ils les exhibent comme du concret. Sauf pour "Le Bateau ivre" où Cavallaro s'est interdit de citer mon article et donc mes sources hugoliennes factuelles publiées en 2006 dans la revue Parade sauvage...
Au fait, vous allez bientôt vous les attribuer mes découvertes sur Rolla et Credo in unam, sur Desaugiers et Bonne pensée du matin, sur Desbordes-Valmore, la première des ariettes oubliées et Larme, sur Ophélie et Murger, sur Ma Bohême et Murger, sur Sensation et Murger. Oui, un article de Chevrier est pas passé loin du jackpot sur Murger, mais il n'a pas tout vu. Eh oui ! Ah une non-rimbaldienne a dit qu'il existait un poème du titre "Ophélie" dans les poésies de Murger, oh les rimbaldiens tout sauvés qui ne seront pas ainsi obligés de me citer, pour le cheval dans Rolla et la chanson de Desuagiers le pillage sera plus délicat à opérer. Il va falloir être inventif ou patient.

mercredi 9 septembre 2026

On retouche l'édition en Folio Classique des oeuvres complètes de Rimbaud en vue d'un meilleur classement (Partie finale 3) / Ajout Mise à jour 15h30

On pourrait penser que les principaux problèmes de classement des poèmes de Rimbaud pour Cavallaro concerne essentiellement le tome I, mais les problèmes sont aussi pesants pour le tome II.
Le tome II est principalement sabordé par l'inclusion de poèmes en vers "première manière". Absurdement, Cavallaro a isolé le poème "Les Mains de Jeanne-Marie" du reste du dossier paginé remis à Forain, faute d'autant plus gênante que "Tête de faune", le poème de transition, est placé en fin de la grande production en vers "première manière" juste devant les contributions zutiques. Il faut ajouter le manque de rigueur qui fait que Cavallaro préfère conserver la leçon "ployeuses" à la leçon "casseuses", ce qui relève d'une mauvaise analyse des reports effectués par Verlaine. Il est évident que la variante "casseuses" est celle du manuscrit utilisé par Verlaine pour ses ajouts comme il est évident que le report scrupuleux de cette variante part du constat que Rimbaud a préféré "casseuses" à "ployeuses" et qu'il demeure question de remplacer "ployeuses" par "casseuses". Notons aussi que cette mention "variante" prouve, entre autres arguments, que nous avons affaire à un porte-feuille de poèmes et non à un recueil.
Cavallaro aurait dû renoncer à son ambition d'une édition chronologique où il aurait en tous cas dû conserver les dossiers de poèmes d'une même allure. L'édition de Cavallaro porte la tare de mélanger sur un même plan les proses, les vers "première manière", les vers "seconde manière", les productions disons "zutiques". à quoi un devoir scolaire s'est même ajouté. Le tome II commence par "Les Mains de Jeanne-Marie", se poursuit par "Les Déserts de l'amour" sur lequel dans ses notes Cavallaro commet deux erreurs : aucun rapprochement avec le fait que ce soit un autre titre pour "La Chasse spirituelle" alors que le mot de Verlaine des Poètes maudits est citée !!!! et un refus d'accepter "Les Déserts de l'amour" pour de la poésie en prose !??? Mais ne digressons pas. Ensuite, Cavallaro donne les vers "seconde manière" du printemps et de l'été 1872 à peu près dans l'ordre chronologique des dossiers qu'on peut établir, mais avant les poèmes non datés Cavallaro insère donc le poème première manière "Les Corbeaux" parce qu'il a été publié dans une revue en septembre 1872, le dernier poème en vers "seconde manière" daté étant "Fêtes de la faim" avec la mention du mois d'août, puis il fournit les quelques poèmes en vers "seconde manière" pour lesquels nous n'avons pas de date spécifiée, puis il termine par deux poèmes d'une nature "zutique", dont l'un a une copie dont le mois de transcription est connu et identique aux "Corbeaux" : le dizain "L'Enfant qui ramassa les balles...", poème qui en réalité est de Verlaine et qui, aussi, forme un diptyque avec un autre dizain !!!! Merci aux rimbaldiens et aux verlainiens de ne jamais publier le diptyque. Et ensuite nous avons un couple de deux quatrains réunis sous le titre "Vers pour les lieux" qui selon les témoignages certes indirects sont datés de mai 1872. Où est la rigueur dans le classement effectué par Cavallaro. On comprend qu'il a reporté tout à la fin les deux poèmes plutôt "zutiques". Notons que Cavallaro a mis les "Immondes" ou "Stupra" dans le premier volume, sans doute à cause du "Sonnet du Trou du Cul", mais jusqu'à plus ample informé les dates de composition des deux autres sonnets "Immondes" sont inconnues, ça peut très bien être des compositions de 1872, sinon des quatrains "Vers pour les lieux". Il y a eu quelques contributions sur l'Album zutique en mai 1872 à cause du Salon et de la tête de Mérat, d'ailleurs.
Mais le vrai sujet, c'est donc que "Les Mains de Jeanne-Marie" est daté de février 1872 et le poème "Les Corbeaux" a été publié en septembre 1872.
Il s'agit ici d'une hypocrisie et plus précisément d'une méthode vicieuse en ce qui concerne le poème "Les Corbeaux". Il ne faut pas prendre les gens pour nés de la dernière pluie. La date de publication de "Trois baisers" livre une précision sur la composition de ce poème composé à cette époque et remis dans deux autres versions à Izambard et Demeny, le poème "Trois baisers" est forcément antérieur au 13 août, et il a dû être composé donc très peu de temps auparavant. Pour "Ce qu'on dit au poète à propos de fleurs" on peut peut se défier de la date affichée du 14 juillet, mais l'envoi de la lettre le 15 août permet de relativiser le problème de datation. En revanche, la publication en 1878 d'une version "Petits pauvres" des "Effarés" n'a aucun intérêt pour dater la composition initiale du poème et nous nous en remettons à d'autres preuves pour le dater de septembre et même du 22 septembre 1870. Les poèmes envoyés par lettres à Banville en 1870 ou à Izambard et Demeny en 1871 peuvent profiter ainsi d'une date-butoir quant à l'estimation de leurs périodes de composition respectives, encore que Cavallaro en use un peu n'importe comment quant au morceau "Les Pauvres à l'Eglise". Puis, selon Izambard, "Mes Petites amoureuses" est plus ancien que "Le Coeur supplicié", tandis qu'Yves Reboul a montré que "Chant de guerre Parisien" parlait des événements les plus récents, ouvrant la voie à l'idée que des trois poèmes envoyés le 15 mai à Demeny, il était sans doute le plus récent, les deux autres pièces étant "Accroupissement" et justement "Mes petites amoureuses".
En clair, se fier aux lettres et à l'ordre des poèmes dans les lettres, ce n'est pas un gage de réussite dans le classement chronologique.
Dans le cas du poème "Les Mains de Jeanne-Marie", je l'ai déjà dit. Cavallaro a isolé le poème dont il était établi qu'il datait de 1872, mais cet isolement ne tient pas face au raisonnement opposé qui veut que plusieurs poèmes non datés ne sont pas forcément de 1871. L'isolement opéré par Cavallaro n'aurait de légitimité que si nous étions sûrs que tous les autres poèmes datent de 1871.
Pour "Les Corbeaux", dans son édition philologique, Steve Murphy a classé ce poème en septembre 1872 parce qu'il y avait une date-butoir de la publication le 14 septembre 1872, mais par la suite Murphy a publié des études tendancieuses où il prétendait, avec de gros sabots, que le poème avait été composé dans l'urgence pour être publié le 14 septembre dans la revue ! Argumentation qui est tout bonnement lunaire. Et dans l'édition de Cavallaro, le placement du poème "Les Corbeaux" est clairement tendancieux, puisque derrière l'hypocrisie de l'indice chronologique de la publication Cavallaro fait mine de croire que le poème a été composé dans l'urgence et invite les lecteurs à croire trois faits : un que le poème a été composé fin-août ou début-septembre 1872,  deux que Rimbaud ne chiait plus sur la Renaissance comme il l'avait dit en juin à Delahaye, trois que Rimbaud pouvait revenir sans crier gare à sa pratique des vers "première manière" alors qu'on voit bien que la pratique des vers "nouvelle manière" est exclusive au printemps et à l'été 1872, l'exception étant les poésies en prose des "Déserts de l'amour".
Il ne faut pas nous raconter que le poème "Les Corbeaux" est classé là par défaut à cause d'un indice chronologique dans l'édition de Cavallaro, c'est une allégeance vicieuse, je dis bien "vicieuse", à une théorie de mauvaise foi, je dis bien "de mauvaise foi", de Steve Murphy. On ne va pas y aller par quatre chemins.
Un bon éditeur rapprochera "Les Corbeaux" des poèmes de la suite paginée remise à Forain.
En opérant de la sorte, Cavallaro allègerait aussi la pression chronologique qui s'exerce du coup sur son classement final des poèmes "seconde manière" non daté, pression chronologique qu'aggrave "L'Enfant qui ramassa les balles..." et dans une moindre mesure les "Vers pour les lieux" connus pour devoir dater de mai 1872.
Mais quand je disais que Cavallaro mettait sur un même plan des proses, des vers, de la poésie "première manière" et de la poésie "seconde manière", un devoir scolaire, etc., j'avais encore en tête ce dernier cas où Cavallaro met sur un même plan des brouillons et des oeuvres achevées, puisque non vous ne rêvez pas, mais vous avec une section "Proses dites 'évangéliques' " qui ouvre l'année 1873 et précède Une saison en enfer et Les Illuminations !?? Le texte est clairement édité comme un brouillon par Cavallaro. Comme il s'agit d'un texte inédit, il l'a placé dans les oeuvres de référence, mais ça n'a aucun sens. Cette partie devait d'office se retrouver dans les compléments en fin d'ouvrage !
Contrairement à Steinmetz en GF ou à Brunel au Livre de poche, Cavallaro ne fournit pas une édition qui égrène les dossiers dans les états qu'on leur connaît, donc il ne devait pas reprendre leur principe de publication au sujet de ces brouillons !
 
Passons maintenant à la question des "versions de référence". Dans les cas où il existe plusieurs versions d'un même texte, la logique est de privilégier en général la dernière version connue comme la plus aboutie. Avec Rimbaud, c'est tout de même plus compliqué.
Jusqu'en 1872, on peut appliquer la sélection de la version la plus tardive, et cela amène à privilégier le dossier de la suite paginée remise à Forain, même s'il y a une concurrence possible des versions des "Poètes maudits", voire d'autres manuscrits pour "Les Premières communions". D'ailleurs, "Le Bateau ivre" ou "Paris se repeuple" ne sont pas dans la suite remise à Forain, il a bien fallu procéder autrement.
Disons qu'il y a un prestige du manuscrit par rapport aux versions des "Poètes maudits" ou de La Vogue, prestige du manuscrit qui vaut aussi pour la copie par Verlaine du "Bateau ivre".
La suite paginée a le mérite de former un portefeuille que Rimbaud n'a plus eu à portée de main pour des raisons empiriques par la suite, les versions des Poètes maudits étant forcément contemporaines et pas plus tardives que la suite paginée remise à Forain, c'est un peu ça l'idée.
Cavallaro n'a pas appliqué rigoureusement ce principe. Il a inventé un système de péremption par année pour "Les Effarés" sinon "Le Coeur du pitre".
Passons maintenant aux poèmes en vers "nouvelle manière" en 1872. Pour moi, il est clair que les manuscrits qui sont parvenus en 1886 à la revue La Vogue, puis qui ont été publiés par La Vogue, dans le Reliquaire ou par Vanier, formaient un porte-feuille de poèmes en un seul exemplaire, une seule version, mais il s'agissait aussi d'un porte-feuille au petit bonheur la chance avec des copies non homogénéisées, certaines à minuscules à l'initiale des vers, et parmi celles-ci certains manuscrits déponctués.
Le rétablissement des majuscules à l'impression est facile à faire, évident. Le problème est plus délicat pour les manuscrits déponctués, mais heureusement nous pouvons les confronter à des manuscrits plus anciens où on voit qu'initialement les poèmes avaient une ponctuation bien établie.
On pourrait me reprocher de ne pas être un grand admirateur des impressions de poèmes déponctués, je n'attribuerais pas à Rimbaud un des actes clairement établis des poésies d'Apollinaire par exemple. Mais, réfléchissez un peu. Vous croyez vraiment qu'il faut publier par exception trois poèmes déponctués ? C'est difficile pour vous de comprendre que le dossier n'est pas homogénéisé et qu'à ce titre il n'y a aucune valeur éditoriale à prêter aux minuscules en tête de vers et à la déponctuation ?
Oui, le défaut de ponctuation est plus problématique pour un éditeur, mais les manuscrits étaient dans un porte-feuille personnel, ils n'étaient pas destinés à la publication.
Il y a un autre problème. Les versions de certains poèmes dans "Alchimie du verbe" sont les plus tardives, mais elles sont violemment déformées afin de servir le propos en prose. Par conséquent, il ne peut s'agir des versions de référence des poèmes.
Pour les poèmes en vers "seconde manière" (au-delà de "Tête de faune"), je suis plutôt d'accord de privilégier des versions de référence au plus près du moment de composition, en incluant "Mémoire" de préférence à "Famille maudite". Il y a les manuscrits remis à Forain et gardés par Millanvoye, puis la suite des "Fêtes de la patience" parvenue via Richepin, puis pour le dossier de 1886 Cavallaro suit les dates mentionnées et on peut entendre qu'ils finissent par les poèmes non-datés, mais il aurait dû écarter "Les Corbeaux", "L'Enfant qui ramassa les balles..." et "Vers pour les lieux".
Maintenant, il y a le problème d'établissement des textes. Le poème "Entends comme brame..." est publié avec des minuscules en tête de vers, pareil pour "Mémoire" malgré la preuve apportée par "Famille maudite".
Vous arrivez à vous en apercevoir que vous faites un statut à part pour ces deux seuls poèmes ? C'est difficile de comprendre que ce vous faites est complètement idiot ?
Je vous réexplique.
Si "Entends comme brame..." avait été déponctué, nous serions dans un problème insoluble concernant son homogénéisation au plan de l'édition, mais là il n'y avait aucun problème. Ou vous voulez faire les malins et publier à la manière des Dixains réalistes de 1876 et alors vous publiez tous les poèmes "nouvelle manière" avec des minuscules en tête de vers, même ceux qui ont des majuscules sur les manuscrits, ou vous publiez systématiquement avec des débuts de vers en majuscules. Cela ne change rien aux vers, ni à la lecture. C'est un procédé normatif de simple présentation des textes.
Il faut arrêter d'être débile ! Vous faites peur !
Passons aux Illuminations !
 Je n'ai évidemment rien à dire sur Une saison en enfer.
Il va de soi que l'approche la plus neutre consiste à publier le dossier tel qu'il nous est parvenu. Cela ne veut pas dire que nous considérons que c'est l'ordre voulu par Rimbaud, mais si on commence à faire des retouches on va faire apparaître nos intentions et dans ces cas il vaut mieux ne pas se louper.
On ne va pas polémiquer sur le rétablissement de l'article, le discours s'entend et se défend, OK.
Donc, en gros, je n'ai rien à dire sur l'ordre des poèmes de prime abord, en constatant que avec les éditions de la Pléiade ou cette édition en Folio Classique on tend à revenir à l'ordre final "Fairy", "Guerre", "Génie"', "Jeunesse" et "Solde", quand certains terminaient l'ensemble sur "Génie".
Je prends acte aussi que Cavallaro ne considère pas que la pagination soit autographe.
Maintenant, j'ai quand même quelques remarques à faire.
Premièrement, pour le passage des textes des feuillets paginés 11 et 12, il y a tout le problème de l'unité du titre "Phrases", puisque l'édition va être obligée de choisir entre une suite sous le même titre et une disjonction. Et je précise que ce choix doit être lisible indépendamment des notes.
Or, Cavallaro a exploité le fait de devoir tourner la page pour se dérober à l'alternative posée. Il a mis les textes placés directement sous le titre "Phrases" au bas du feuillet paginé 11 sur la page 109 de son édition, puis il a laissé un blanc en fin de page au lieu de poursuivre la transcription, puis quand on tourne la page on a la transcription des textes du feuillet paginé 12, sur le haut donc de la page 110, mais sans l'introduction nécessaire d'un signe en guise de titre pour "Une matinée couverte..." Cavallaro reproduit à peu près passivement les manuscrits, sauf que le blanc au bas de la page 109 introduit une rupture et un choix inconscient en faveur de la disjonction.
Il s'agit d'une indécision matérialisée, indécision qui va tout de même dans le sens d'une séparation de "Phrases" des cinq poèmes courts du feuillet 12.
La solution éditoriale de Cavallaro est de l'ordre du tour de passe-passe, il n'assume pas de devoir choisir, encore qu'il le fait sans bien s'en rendre compte.
Personnellement, je pense que le feuillet 12 pouvait très bien être à la suite de "Ô la face cendrée...", mais si je veux éviter d'afficher mes intentions, je publie bien ce feuillet 12 à la suite du feuillet 11, mais je fais une présentation éditoriale où clairement je sépare les cinq poèmes courts et pour cela je mets d'autorité trois astérisques ou trois croix en guise de titre au-dessus de "Une matinée couverte". Ce n'est pas plus compliqué que ça. Notez qu'avec des astérisques des petits malins me soutiendraient que je n'ai pas réellement tranché. Il faudrait que la présentation des astérisques ne laisse aucun doute.
Le deuxième problème évident de l'édition de Cavallaro, c'est qu'ils reconduisent des lignes aberrantes, alors même qu'il n'adhère pas à la thèse du recueil organisé !
Les filets de séparation mis par Rimbaud sur ses manuscrits, c'était à peu près des tics de recopiage. De plus, le feuillet qui contient "Marine", "Fête d'hiver" et "Nocturne vulgaire", il s'agit d'un manuscrit peu soigné, plus difficile à lire avec du texte au recto et au verso. Pourquoi aller annexer les lignes comiques à l'établissement du dossier et mettre ça en perspective dans l'ensemble ? C'est quoi ce cirque ?
Pourquoi éditer un trait horizontal à la suite du texte "Après le Déluge" ?
Il faut que ce qui soit fait ait du sens ? Quel est le sens ici ?
On sait qu'il y a des fous furieux qui imaginent que ces traits créent des regroupements de poèmes. Si si je vous assure, il y a des gens qui pensent que le trait en-dessous de "Vies III" et le trait en-dessous de "Royauté" permet de créer le sous-groupe des deux poèmes "Départ" et "Royauté". Non, mais ne rigolez pas, s'il vous plaît ! Soyons sérieux, allez, ou j'arrête mon article ! Si si des gens tout ce qu'il y a de plus sérieux soutiennent ça ! Allez, respirez un bon coup !
Et donc ce que je veux dire, c'est que dans son édition, Cavallaro reproduit ces traits sans même adhérer à cette thèse, puisque la manière de les éditer n'a pas été de créer des sous-groupes, mais de simplement les placer. On le voit nettement avec le trait horizontal en-dessous de "Vies III" à la fin de la page 106, le trait éditorialement n'est pas en relation avec le trait qui suit "Départ" et "Royauté" sur la page suivante !
Cavallaro ne fait rien d'autre que virer à la reproduction obsessionnelle des détails du manuscrit. Et évidemment il n'y a aucune homogénéisation, ce qui nous vaut une édition chaotique des Illuminations.
Ne me dites pas que ça va échapper à la vigilance des comptes rendus un problème pareil !
Enfin, il y a le dernier point, les alinéas imaginaires de "Marine" et de "Nocturne vulgaire". Pour "Nocturne vulgaire", Cavallaro imagine un compromis farfelu. Il se sert des tirets pour inventer un décalage alinéaire second dans le texte. Pour "Marine" et "Nocturne vulgaire", il s'agit d'une édition fondée sur des conceptions anachroniques.
Il y aurait à dire sur l'établissement du texte de "Jeunesse II Sonnet", mais ça reste un point important de débat.
Enfin, il fallait insérer en toute fin le sonnet "Poison perdu" quitte à ne pas affirmer pleinement qu'il soit de Rimbaud, mais il fallait l'intégrer au débat, tout comme dans les compléments il fallait des morceaux tels que "J'ai mon fémur !..." 
Enfin, la prétention étant d'être complet, il manque de toute façon les écrits de Rimbaud au-delà de 1875, en sachant qu'il y a des sujets de débat. Jacques Bienvenu a alerté sur la possibilité que des textes parus sous d'autres noms dans la presse soient en réalité des écrits de Rimbaud dans sa vie africaine. On ne peut pas faire une édition qui s'en tient à la vie littéraire et qui prétende à une exhaustivité jamais atteinte en même temps, il y a une contradiction dans les termes.
 
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15h30
Pour le dizain "L'Enfant qui ramassa les balles...", voici comment après plusieurs autres Cavallaro contourne les faits, il écrit ceci dans sa notice au poème à cheval sur les pages 233-234 du tome II :
 
 [...] Régamey attribue "L'Enfant qui ramassa les balles..." à Verlaine, et les initiales "PV" figurent en bas à droite du manuscrit. Toutefois, l'écriture est celle de Rimbaud, et c'est Verlaine qui a transcrit le dizain dévolu à Napoléon III.
Plus bas, Cavallaro entame un paragraphe en attribuant la paternité du poème sans autre forme de procès à Rimbaud : "Rimbaud tourne en dérision [...]".
Le procédé est clairement tendancieux. La construction de l'argumentation est de l'ordre du "oui, mais". On donne les preuves que le poème est de Verlaine : l'attribution par le seul témoin possible (Régamey) et la signature "PV", puis on avance un argument de rang inférieur comme si son opposition suffisait et on reste sur ce dernier argument avancé, le poème a été recopié par Rimbaud. Il s'y glisse un second argument subreptice non explicité : c'est Verlaine qui a recopié le premier dizain. Cavallaro ne formule pas lui-même ce qu'il veut dire, il laisse le lecteur le faire à sa place ce qui est tendancieux dans la mesure où un lecteur lit la note et ne va pas s'arrêter pour prendre la mesure de ce qu'il interprète, donc Cavallaro force le lecteur au raisonnement implicite suivant : "si Verlaine a recopié le premier dizain, il aurait pu recopier le suivant s'il était de lui", sauf que si le poème n'est qu'à recopier dans l'absolu tout le monde peut le recopier. Même Régamey aurait pu le faire, sauf que le but était de le lui offrir. La signature PV vaut clairement pour les deux poèmes et recoupe le témoignage de Régamey. Cavallaro parle de la signature "PV" comme un accident : les initiales figurent là, c'est comme ça, ça arrive, ce n'est pas très grave.
Faut arrêter le sketch, il y a une mauvaise foi généralisée de Murphy, Cavallaro et d'autres, Murphy ayant essayé de minimiser sa crispation en concédant dans son article pour ce poème au Dictionnaire Rimbaud que personne ne m'opposait de véritable argument à la réattribution à Verlaine, mais ce genre d'aveu n'est pas entier parce que dans le même temps on a tout de même un article attribuant le poème à Rimbaud, on fait une concession de complaisance et on passe à travers. Non, la signature "PV" est une preuve philologique, on ne peut pas louvoyer. Et j'ajoute que Cavallaro, Murphy devraient préciser que le poème a été initialement attribué à Verlaine à cause du témoignage de Régamey, que l'identification de l'écriture de Rimbaud a fait qu'on a attribué ensuite le poème à Rimbaud malgré des réticences de Bouillabne de Lacoste habitué à l'attribuer à Verlaine, et puis quand on a découvert une photographie du manuscrit qui incluait la signature "PV" les rimbaldiens ont refusé cette fois de renoncer à leur habitude. C'est ça la vérité, c'est ça faire un travail d'éditeur et d'annotateur consciencieux.
Le poème, il est de Verlaine, point barre. En l'attribuant à Rimbaud, vous étalez vos problèmes d'incompétence.
 
Passons aux "Corbeaux". La technique d'écriture de Cavallaro est la même. Il commence par un tour ironique "On s'est étonné..." pour souligner que le 14 septembre semble tardif pour une composition de vers "première manière". Cavallaro ajoute que Rimbaud a vertement jugé la revue en juin. Cavallaro ne va pas défaire ses arguments, il va les laisser en suspens comme s'ils n'étaient rien, comme si Rimbaud avait retourné sa veste et avait préféré retourner aux vers "première manière". Rappelons au passage que Rimbaud n'avait pas besoin de composer un poème en vers "première manière" en septembre 1872, il avait déjà "Voyelles" en réserve, sinon "Le Bateau ivre"... Deux poèmes qui n'étaient pas franchement obscènes ou sulfureux comme "Oraison du soir". Il avait aussi "Les Chercheuses de poux" et "Les Douaniers".
Cavallaro donne donc les arguments contre la datation en premier en restant dans le flou et sans les contre-argumenter, puis il donne l'argument qui est censé aller en sens inverse : le poème doit être contemporain de "La Rivière de Cassis" avec lequel il a une expression en commun. Mais il s'agit d'une tromperie dans l'argumentation. Il y a eu une position ancienne qui consistait à considérer le poème comme écrit en 1870 même, mais vu que Cavallaro recense aussi l'idée que le poème parle des morts de la Commune, il joue clairement dans l'esprit du lecteur entre l'opposition d'un poème de facture classique disons après la Commune et d'un poème en vers "nouvelle manière" quand la Commune diminuerait en actualité pour dire vite. Or, Cavallaro escamote un autre problème : l'envoi d'un poème créé selon la thèse septembrienne deux mois après que Paris ait été quitté. Le rapprochement avec "La Rivière de Cassis" est également présenté de manière tendancieuse, puisque cas à part de "Tête de faune", les premiers vers "nouvelle manière" connus de Rimbaud sont datés de mai. On ne parle de "Fêtes de la faim" qui témoigne du quatrième mois de vers "nouvelle manière".
Cavallaro joue très clairement d'impressions floues sur ses lecteurs pour cacher les vrais enjeux de la datation réelle de la composition. C'est inacceptable.

lundi 7 septembre 2026

On retouche l'édition 2026 en Folio Clasique des oeuvres complètes de Rimbaud par Cavallaro pour établir un meilleur ordre (Partie 2)

 
Une digression nécessaire :
 
Lefrère, Murphy, Wagneur et Bardel sont obsédés par l'idée que la collection de La Pléiade aurait une valeur de référence critique. C'est quoi ce raisonnement de petits-bourgeois ? Les annotations critiques des volumes de La Pléiade n'ont aucun caractère de référence officielle. C'est un discours promotionnel que peut mettre en avant l'éditeur, mais ce n'est aucun cas une vérité universitaire. Qui plus est, l'édition est confiée à une seule personne et sans tenir compte des querelles de chapelles. De toute façon, une édition de référence, c'est uniquement celle qui s'impose à la reconnaissance... C'est du pur bon sens jusqu'à plus ample informé.
Cela étant dit, attaquons le sujet en revenant rapidement sur des mises au point concernant l'année 1870.
 
*** 
 
Dans la partie 1, j'ai un peu improvisé ma réflexion au sujet des interventions au crayon. Ces interventions concernent "Soleil et Chair" ainsi que "Le Forgeron". Les titres des poèmes sont au crayon, la mention de date en épigraphe qui accompagne "Le Forgeron" ainsi que le mot à la verticale à l'intention de Demeny sur le dernier feuillet de transcription de "Soleil et Chair". Les vers semblent tous transcrits à l'encre et il me faudrait une vérification pour les chiffres romains.
Pour l'instant, je préfère suspendre mon jugement sur ces interventions au crayon. Il semble qu'elles aient reportées à la fin au moment du départ de Rimbaud en octobre 1870. Rimbaud aurait recopié les vers de "Soleil et Chair" et du "Forgeron", puis il aurait laissé de côté le choix des titres et de l'épigraphe. Ce que je laisse de côté, c'est la réflexion sur la singularité du premier feuillet de transcription de "Soleil et Chair" qui a un verso demeuré vierge. Le point frappant, c'est que Rimbaud a recopié les sonnets uniquement sur les rectos, laissant les versos vierges. L'exception est le report de "Le Mal" au verso de "Rages de Césars". A cause des sujets, on peut penser que "Rages de Césars" est l'une des toutes dernières compositions de Rimbaud en octobre 1870, le sonnet ne peut être antérieur au 15 sinon au 16 octobre du fait de l'allusion à l'incendie du château de Saint-Cloud. Il est impossible de croire que les sept sonnets en grande partie datés d'octobre 1870 (cas à part de "Ma Bohême") soient tous postérieurs au 16 octobre eux aussi. Le sonnet "Le Mal" semble plus ancien puisqu'il évoque des rois à la tête des deux armées, ce qui n'est plus d'actualité depuis Sedan.
Cavallaro explique dans une sous-partie ses "Principes de classement" (pages 25 à 27 du tome I), mais en parcourant ce texte en diagonale (j'en ai trop marre de lire toutes ces bricoles), je ne vois pas de justification pour les poèmes non datés remis à Demeny en septembre ou octobre 1870, ni pour le cas particulier du poème "Les Corbeaux" publié dans une revue et sur lequel nous reviendrons plus loin, ni pour les poèmes recopiés par Verlaine dans un suite paginée remise à Forain.
Je le dis et répète. Cavallaro n'a pas mis longtemps à organiser sa section de 1870, il a repris tel quel l'ordre donné par Bardel sur son site Arthur Rimbaud pour "Les Etrennes des orphelins", le devoir "Charles d'Orléans à Louis XI" et Un coeur sous une soutane. Cavallaro revendique une seule exception, la série des "poèmes latins" laquelle section inclut d'ailleurs la traduction en vers de Lucrèce. Le devoir scolaire aurait dû rejoindre les poèmes latins et la traduction en alexandrins de Lucrèce, et tout cela aurait mieux sa place dans les compléments en fin de volume. Le placement chronologique de Un coeur sous une soutane était déjà suspect pour Bruno Claisse et Christophe Bataillé. Claisse précise que Rimbaud peut très bien avoir écrit la forme du "Châtiment de Tartufe" "sous / Sa chaste robe noire" avec le titre Un coeur sous une soutane contrairement à la certitude inverse que prône Murphy entre autres. Toutefois, "Le Châtiment de Tartufe" est peut-être une composition tardive elle-même d'octobre 1870, l'argument de Claisse est plus une fin de non-recevoir qu'autre chose. Dans un article très intéressant qui a pour titre "Cinq notules", Bataillé envisage des jeux de mots sur Césarin Labinette qui pourrait faire allusion aux reins et au Rhin à la fois et il s'agirait du coup pour le cas d'un calembour sur "Rhin" d'une allusion à la défaite d'un second Empire défait à Sedan sans avoir jamais combattu au-delà du Rhin, à peine en Allemagne à Sarrebruck. L'argument n'est pas décisif, puisqu'hypothétique. En revanche, Izambard était professeur de Rimbaud jusqu'en juillet 1870, avec le problème connu des Misérables donné à lire à l'élève en précipitant la colère de la mère. Il est plus probable que Rimbaud ait remis la nouvelle à Izambard entre le premier et le second séjour. L'argument massue est celui des "effluves mystérieuses", un accord au féminin erroné, fréquent au dix-neuvième siècle, y compris chez Musset et d'autres, mais qu'un chroniqueur a épinglé dans Les Glaneuses de Demeny dans un article du neuf août 1870 signalé à l'attention par Jacques Bienvenu sur son blog Rimbaud ivre. Rimbaud reprend exactement l'expression de Demeny "effluves mystérieuses", il s'agit d'une citation volontaire implicitement ironique. La nouvelle n'a pas été composé avant le 9 août par conséquent et elle semble bien avoir été remise à Izambard en septembre 1870, à moins que Rimbaud qui avait accès à la bibliothèque de son professeur ait laissé ce manuscrit en guise de cadeau de remerciement.
Cavallaro part du principe qu'il veut une seule version de référence pour chaque poème, ce qui pose un problème dans le cas des "Effarés" dont nous allons reparler. Pour l'année 1870, en ce qui concerne les vers, il suffit de citer d'un côté "Les Etrennes des orphelins" et de l'autre les vingt-deux poèmes remis à Demeny en septembre-octobre 1870, puisque les poèmes envoyés à Banville et remis à Izambard jouissent tous d'une version plus récente et donc supposée plus aboutie dans l'ensemble remis à Demeny. Toutefois, Cavallaro fait prédominer un principe de classement chronologique. De ce fait, au lieu de publier le dossier remis à Demeny dans l'ordre habituel, Cavallaro a reclassé les poèmes en fonction des indices chronologiques, ce qui était partiellement facilité par la lettre à Banville et les mentions  de dates sur plusieurs manuscrits : "Sensation" (mars sinon avril 1870), "Soleil et Chair" et "Ophélie" (deux poèmes du mois de mai), "Vénus anadyomène" daté du 27 juillet 1870 sur un manuscrit. En revanche, Cavallaro place "A la Musique" après "Vénus anadyomène", alors que nous avons un indice référentiel que le poème date du mois de juin 1870 puisque l'orchestre militaire jouait une valse du côté du kiosque place de la gare les "jeudis soirs" en juin, mais plus ce jour-là en juillet. Cavallaro place aussi le poème "Le Forgeron" avant le poème "Première soirée" dont une version a été publié dans la revue La Charge le 13 août. Dans l'absolu, on ne sait pas quand "Le Forgeron" a été composé et si on croit que le poème a été remis incomplet à Izambard avant son départ, rappelons qu'Izambard est supposé être déjà parti avant le 27 juillet, date qui figure sur le sonnet "Vénus anadyomène". Pour "Morts de Quatre-vingt-douze...", Izambard prétend avoir reçu une version de ce sonnet avant son départ qui s'intitulait "Aux Morts de Valmy". Certes, il est comme évident de placer le sonnet en fonction de sa datation symbolique "Fait à Mazas, le 3 septembre 1870", mais le classement de Cavallaro est du coup en tension avec le fait qu'ils datent de mars et mai 1870 des versions retravaillées et remises à Demeny des mois plus tard de "Sensation", "Ophélie"' et "Soleil et Chair". Le classement chronologique de "Bal des pendus" est tendancieux dans la mesure où c'est se rendre tributaire d'une thèse de lecture de Murphy peu étayée et qui ne fait pas consensus. Le poème peut être plus ancien. Je remarque que Cavallaro rassemble après les poèmes datés de septembre 1870 "Les Effarés" et "Roman" les trois sonnets "Rages de Césars", "Le Mal" et "Le Châtiment de Tartufe", mais sans que cela ne soit guidé par une intuition chronologique.
Passons à la suite !
 
Pour le poème "Les Effarés", Cavallaro a retenu comme version de référence la version "Demeny". Moi, je ne suis pas d'accord. S'il y a une version de référence et une seule, c'est celle du dossier Forain-Millanvoye ! Mais, évidemment, il était difficile de placer cette version dans une scansion par année : une version de 1871 voir une copie de 1872, se glisserait parmi des textes authentiques de 1870.
Moi, je considère que ce poème ayant été repêché par Rimbaud, il n'est pas absurde de le citer deux fois, une fois comme poème de 1870 remis à Demeny, une fois comme poème conservé dans l'élite des poèmes en vers première manière de Rimbaud dans les premiers mois de 1872.
Le principe empiriquement suivi par Cavallaro aurait dû l'amener à carrément citer la version du dossier Forain-Millanvoye au milieu des versions remises à Demeny en 1870. Si Cavallaro avait été rigoureux dans son principe, c'est ce qu'il aurait dû faire.
L'autre erreur de Cavallaro, c'est de passer à une scansion année par année en suivant passivement le postulat traditionnel que Rimbaud n'écrit pas de vers "première manière" en 1872, à l'exception de pièces datées.
Cavallaro dénonce l'ancien principe de classer les poèmes par saisons, mais il tombe dans ce même travers avec un classement par année. Il y a plusieurs poèmes qu'on peut envisager comme ayant été probablement composés en 1872 : "Le Bateau ivre", "Voyelles", "L'Etoile a pleuré rose...", "Tête de faune", en plus des "Mains de Jeanne-Marie", des "Vers pour les lieux" et des "Corbeaux", tandis que le dizain "L'Enfant qui ramassa les balles..." est une copie par Rimbaud d'un poème de Verlaine. Il faut ajouter que ce doute peut concerner encore "Les Chercheuses de poux", "Oraison du soir", "Les Douaniers" et deux "Immondes", des poèmes qu'on ne sait dire s'ils ont été composés fin 1871 ou début 1872.
Cavallaro aggrave son erreur en plaçant tous ces poèmes devant les "Pièces de l'Album zutique" qui j'ai datées (et non pas Teyssèdre qui est un imposteur et un voleur de découvertes) de la mi-octobre à la mi-novembre 1871. Je rappelle qu'il reste plus d'un mois et demi de l'année 1871 après l'invention du dizain "Ressouvenir"/ Cavallaro place le poème en vers "nouvelle manière" "Tête de faune" en lui flanquant l'analyse erronée et dépassée de Cornulier et des métriciens devant les contributions zutiques, ce qui crée l'idée d'un poème antérieur au 15 septembre 1871, antérieur même à la découverte du manuscrit de la comédie Les Uns et les autres de Verlaine qui a joué un rôle dans l'émergence des vers "nouvelle manière" et précisément dans la création des césures de "Tête de faune". Comme Cavallaro isole beaucoup plus loin, dans le second tome, le poème "Les Mains de Jeanne-Marie" daté de février 72 et aussi "Les Corbeaux" publié en septembre 1872, Cavallaro crée donc une aura de précocité injustifiée autour de "Tête de faune", "Voyelles" et "Le Bateau ivre". Il reconduit exactement ce qu'il dénonce dans les éditions traditionnelles qui rassemblaient les poèmes en fonction de saisons supposées plus créatrices. Placer "Le Bateau ivre" et "Voyelles" avant les contributions zutiques, c'est justement le problème des éditions traditionnelles qui considéraient que les poèmes avaient tous été inventés avant la montée à Paris ou peu s'en faut.
A cela s'ajoute la date-butoir erronée de 1871 que fixe Cavallaro.
Un mot aussi sur "Les Corbeaux" ! Cavallaro fait allégeance à Murphy qui invente du grand n'importe quoi au sujet de cette pièce. Alors qu'il est évident que le poème traînait depuis des mois entre les mains de Blémont, Valade et compagnie, Murphy invente une histoire à dormir debout selon laquelle Rimbaud prend le bateau pour l'Angleterre avec Verlaine, mais comme celui-ci désire ses livraisons à une revue à laquelle il verse un abonnement, Rimbaud aurait vite fait bien fait composé un petit poème qu'il aurait envoyé par la poste à la revue qu'il aurait publié fissa fissa. Puis, après, plus rien !
Il faut faire quoi pour que vous arrêtiez ! On vous avertit poliment, vous persévérez ! On dénonce l'absurdité plus sèchement, vous persévérez aussi !
Cette allégeance concerne aussi le dizain "L'Enfant qui ramassa les balles..." Rimbaud l'a attribué à Verlaine, mais Murphy n'en fait aucun cas, ni Lefrère, ni Bivort, ni Guyaux. Il a été décidé que le dizain était de Rimbaud, parce qu'on a... l'Habitude !
J'ai déjà dénoncé le manque de rigueur de Cavallaro qui renonce à réintroduire la leçon "casseuses" dans sa version de référence qui prend en compte les quatrains ajoutés par Verlaine.
Bref, l'édition de Cavallaro est catastrophique dans les trois cas suivants : "Les Mains de Jeanne-Marie", "Les Corbeaux" et "L'Enfant qui ramassa les balles...", précisément les trois poèmes en vers "première manière" qui avec les quatrains "Vers pour les lieux" figurent absurdement dans le tome II de l'édition des Oeuvres complètes de Rimbaud en Folio Classique, catastrophe qu'aggrave une lacune, l'absence d'une version de référence pour "Poison perdu" et d'une mention des autres versions dans un dossier de fin de volume !
Vous ne me ferez jamais croire que Cavallaro a longuement médité le cas de ces quatre poèmes. Il reconduit passivement ce que font Murphy et Bardel et on peut même parler d'allégeance dans le cas des "Corbeaux" et du dizain "L'Enfant qui ramassa les balles..." Pour "Poison perdu", le poème est absent de l'édition philologique de 1999 de Steve Murphy, alors qu'il n'a jamais été hostile à l'attribution de ce sonnet à Rimbaud. Le serait-il devenu depuis que Jacques Bienvenu lui a coupé l'herbe sous le pied ? J'ignore pourquoi Bardel ne fait pas un sort à "Poison perdu" dans sa rubrique "Tous les textes", et je ne sais si Cavallaro a délibérément écarté "Poison perdu" ou s'il ne s'est juste pas rendu compte de son existence, ce qui en dirait long sur la minceur du temps de travail réellement consacré à préparer son édition.
J'ajoute qu'il manque les fragments attribués à Rimbaud par Delahaye avec le cas troublant de celui que j'intitule "J'ai mon fémur", lequel n'est certainement pas un faux inventé par Delahaye.
Cavallaro met bien les extraits de deux contributions zutiques déchirées dans son édition !
 
Pour sa périodisation "1871", dans le tome I, Cavallaro commence par citer "Le Coeur du pitre" devant "Chant de guerre Parisien", "Mes petites amoureuses" et "Accroupissements", ce qui veut dire qu'il remplace le poème envoyé à Izambard "Le Coeur supplicié" par la version remise à Demeny. Là encore, Cavallaro manque de rigueur, la version de référence qui s'imposait était la copie en trois triolets du Coeur volé dans le dossier paginé remis à Forain ! On peut avoir des doutes sur l'ordre chronologique, mais Cavallaro commence donc par classer les quatre poèmes envoyés à Izambard et Demeny dans les lettres du voyant du 13 et du 15 mai 1871. Admettons ! En revanche, il mélange ensuite les deux autres poèmes envoyés à Demeny en juin avec "Le Coeur du pitre" à "Paris se repeuple". Il prend acte de la date des Poètes de sept ans daté du 26 mai et suppose "Paris se repeuple" écrit le 29 ou le 30 mai puisque daté de mai par Verlaine et les premiers éditeurs, alors que cette date est bien sûr symbolique, le poème pouvant être assez postérieur. Le pire, c'est que le poème "Les Pauvres à l'Eglise" évasivement daté de "1871" sur le manuscrit est du coup imposé comme une composition de juin 1871 toute fraîche, ce qui est naturellement suspect ! Il est placé juste avant "Les Soeurs de charité" daté de juin sur le manuscrit, puis nous avons l'ensemble des poèmes datés de juillet sur les manuscrits, et le poème "Les Assis" non daté vient encore après avant un ensemble de compositions non datées mais fortement soupçonnées d'avoir été composées à Paris après le 15 septembre. La position du poème "Les Assis" est donc très contestable dans l'édition de Cavallaro, et j'ai déjà assez dit la pression chrononologique indue sur les poèmes composés à Paris fort probablement, mais placés devant les contributions zutiques d'octobre et novembre.
Moi, j'aurais tout de même laissé en fin de volume les contributions zutiques qui je le rappelle ne figurent pas dans la suite paginée remise à Forain ! Cela aurait allégé la pression chronologique. J'aurais évité le barrage d'un passage de 1871 à 1872, et bien sûr réuni "Les Mains de Jeanne-Marie" à cet ensemble parisien. J'aurais mis les Immondes et les Vers pour les lieux dans une sous-partie qui aurait suivi les contributions zutiques en appendice.
J'en ai fini avec le premier tome. Je traiterai du second tome dans une troisième partie. J'ai déjà traité des "Mains de Jeanne-Marie", des "Corbeaux", des "Vers pour les lieux" et du dizain de Verlaine "L'Enfant qui ramassa les balles..." Dans la troisième partie, on va se pencher sur les vers "seconde manière" autres que "Tête de faune". Pour les proses dites évangéliques, Une saison en enfer, il n'y a rien de spécial à dire. Pour "Les Illuminations", là on va avoir tout de même quelques remarques à faire.
Enfin, on parlera de la correspondance et peut-être une dernière fois de "Poison perdu".
Et on verra pour une ouverture au-delà de 1875.
 
A suivre... 

dimanche 6 septembre 2026

On retouche l'édition 2026 de Cavallaro en Folio Classique pour un meilleur ordre des poèmes ! Partie 1 : critique générale et traitement de l'année 1870 !

Sur les quatrièmes de couverture des deux tomes de l'édition 2026 des Œuvres complètes d'Arthur Rimbaud en Folio Classique par Adrien Cavallaro, un premier chapitre d'accroche reconduit à l'identique commence par affirmer que "pour la première fois dans une édition de poche" "l'ensemble de la production de Rimbaud a été réunie." C'est inexact à plus d'un titre. Il manque "Poison perdu", des fragments, la question des poèmes attribués. Ensuite, l'ouvrage s'en tient à la période littéraire qui va de 1868 à 1875. Enfin, il manque une majeure partie de la correspondance. Cavallaro aurait mieux fait de souligner son approche restrictive. J'aurais pu comprendre l'approche restrictive, mais il se vante de l'ambition inverse.
Ce même paragraphe d'accroche affirme ensuite que "toutes les versions connues de ses textes y sont reproduites". Cette prétention est problématique, même au-delà des lacunes mentionnées plus haut, puisque la tradition est déjà d'éditer toutes les versions connues des poèmes de Rimbaud.

Pour les poèmes latins, Cavallaro ne peut prétendre être le premier à publier "Tempus erat", mais il est éventuellement le premier à pouvoir tirer pleinement parti de l'article de 2013 de Romain Jalabert qui a révélé que la prestation de Rimbaud avait connu les honneurs d'une deuxième impression dans une revue qui nous renvoyait loin de Charleville.

Pour l'année 1870, Cavallaro ne cite aucun texte inédit, mais peut-être peut-il faire état d'une version méconnue des "Effarés". Je vérifie cela à l'instant. Non, même pas. Il fournit les mêmes versions que Steve Murphy dans son édition philologique des Poésies en 1999. Or, avec la revue Histoires littéraires, un numéro avait été accompagné d'un annexe de documents inédits, dans un carton repliable si je me souviens bien, et il y avait un fac-similé photographique d'une copie des "Effarés" d'une main inconnue conservée dans une bibliothèque américaine, Murphy à l'origine de cette publication en fac-similé postérieure à son édition philologique de 1999 envisageait que cela pouvait être une copie de Berrichon si ma mémoire est bonne. Cavallaro ne rapporte pas ce document. Il mentionne aussi la version transcrite par Armand Silvestre dans ses Souvenirs de Rimbaud parus en quelques articles, mais cette version n'a jamais été retrouvée. Armand Silvestre est mort en 1901 et à cause de ses écrits licencieux il a été pris en mauvaise part dans sa famille, à tel point qu'il est enterré dans un coin discret du caveau de proches parents Houssaye à Toulouse. J'ignore s'ils sont parents avec Arsène Houssaye, ce qui serait étonnant et intéressant à la fois puisque l'orthographe "Houssaye" pour Arsène est corrompue et n'est pas tout à fait celle de ses ancêtres. Je n'ai bien sûr pas remonter la trace de ces Houssaye auprès desquels Armand Silvestre est enterré. Je pense que Silvestre est sincère quand il dit que Rimbaud lui a transmis une copie des "Effarés", cela coïncide avec les données biographiques, le dîner des Vilains Bonshommes de septembre 1871 et la parodie "Lys" le mois suivant dans les contributions zutiques. Toutefois, il ne faut pas écarter l'hypothèse vraisemblable que Silvestre se soit complu à simplement reproduire la version officielle du Reliquaire, ce qui expliquerait l'absence de variantes. Je me méfie beaucoup de l'authenticité de la transcription fournie par Silvestre. Cavallaro donne cinq versions des "Effarés" en tout : celle remise à Demeny, celle d'une lettre de juin 1871 à Jean Aicard, celle du dossier Forain-Millanvoye, la version intitulée "Petits pauvres" publiée en 1878 dans un journal anglais et sinon la version des Poètes maudits. Si j'ai bien compris, parce que j'avoue que je n'ai pas la patience de tout lire. En tout cas, Cavallaro annonce sept versions distinctes et il n'en publie que cinq, et il manque celle énigmatique conservée dans une bibliothèque américaine.

Pour les trois années de 1868 à 1870, Cavallaro n'apporte aucune version inédite.

Pour les autres poèmes en vers première manière de 1871 et de 1872, Cavallaro abuse de l'autorité du millésime "1871", nous en parlerons plus loin. Cavallaro cite avec raison comme des versions autonomes les poèmes publiés par Verlaine dans les sections "Arthur Rimbaud" puis "Pauvre Lélian" des Poètes maudits. Et il cite avec raison la leçon originelle "bombinent" de la première publication des "Poètes maudits" en 1883 en plaquette, puisque j'ai vérifié ce point. Je rappelle que rien ne permet d'affirmer que les versions de "Voyelles" et de "Oraison du soir" dans Les Poètes maudits viennent des manuscrits de respectivement Blémont et Valade. Il y a une disparition de quasi tous les manuscrits utilisés par Verlaine pour "Les Poètes maudits", disparition qui concerne aussi des manuscrits de "Paris se repeuple" et "Poison perdu". Le manuscrit en deux triolets du "Coeur volé" a été retrouvé, mais pas celui de "Tête de faune". Olivier Bivort a retrouvé l'édition pré-originale du poème dans la Revue critique en 1884, ce qui a consolidé notre connaissance de cette version autonome, mais le manuscrit a pour sa part disparu, nous n'avons même pas une copie seconde par Verlaine ou Morice...

Maintenant, pour "Paris se repeuple", il reste à déterminer si les sept vers cités dans Les Poètes maudits sont une troisième version de "Paris se repeuple". Je pense plus logiquement que ces sept vers viennent de l'une ou l'autre des deux versions actuellement connues, une des deux versions connues pouvant être une hybridation plutôt qu'une pièce authentique. 

Je ne vais pas trop m'appesantir sur les "Vers pour les lieux" et "Les stupra", je ne suis pas à jour sur l'étude des versions connues.

Mais, finalement, Cavallaro ne fournit là encore aucune version nouvelle inédite. Il n'indique d'ailleurs même pas quels textes il est le premier à publier dans des oeuvres complètes de Rimbaud. Il est certes l'un des premiers à profiter d'un meilleur établissement de "Tête de faune" depuis la découverte d'Olivier Bivort.

 Pour le poème "Les Mains de Jeanne-Marie", les deux versions connues sont superposées sur le même manuscrit. Il peut y avoir une hybridation des versions à cause de la ponctuation, cas qui intéresse "L'Orgie parisienne ou Paris se repeuple" si on consulte le volume annoté du Reliquaire conservé à Bruxelles, mais Verlaine avait le scrupule d'indiquer une variante pour un mot. Or, Cavallaro a retenu la version longue mais il a commis une hybridation des versions en conservant "ployeuses" de la version courte autographe. En bonne rigueur, il y a une version autographe dont nous possédons le manuscrit, puis une version qui est l'altération par Verlaine de l'autographe et cette altération part d'un manuscrit indépendant qui avait plus de quatrains et la leçon "casseuses". Cavallaro prétend que "ployeuses" n'étant pas biffé il peut le maintenir, mais je ne suis pas d'accord à partir du moment où Cavallaro prétend faire les choses avec une rigueur systématique. Il devait passer à la variante "casseuses". Ce n'est pas Rimbaud lui-même qui a inventé le texte retouché par Verlaine !!!!!!!!!!!!!!!!!!!! Les remaniements de Verlaine nous apprennent qu'il y a une version avec des quatrains inédits et le mot "casseuses". On ne sait même pas si certaines autres strophes étaient supprimées, probablement pas, mais on ne le sait pas clairement. On ne sait pas non plus si quelques signes orthographiques variaient ou non. Ce qui est certain, c'est que Rimbaud avait opté pour "casseuses" sur cette autre version. La version fournie par Cavallaro est imaginaire, malgré sa réalité manuscrite verlainienne !

Pour les poèmes en vers "nouvelle manière", les "Déserts de l'amour", Une saison en enfer, les Illuminations, les proses dites évangéliques, Cavallaro ne fournit aucune version inédite non plus.

Passons maintenant à un établissement de l'ordre des textes.

Personnellement, je ferais commencer les oeuvres complètes par "Les Etrennes des orphelins", ce poème ayant été publié dans une revue en tant que création poétique à part entière. Je considère qu'il faut publier les poèmes latins, le cahier des dix ans, le texte de Charles d'Orléans à Louis XI, en toute fin, en appendice.

Je commencerais donc par "Les Etrennes des orphelins".

Ensuite, je publierais l'ensemble des versions de poèmes de 1870 remises à Demeny à Douai lors du second séjour dans cette ville en octobre 1870. J'ai écrit l'article "La Légende du Recueil Demeny" quand commençait l'aventure du blog de Jacques Bievenu Rimbaud ivre. J'ai rassemblé comme jamais les arguments qui suffisent clairement à prouver qu'il ne s'agit pas d'un recueil, mais à la différence de bien des rimbaldiens je sais mettre ma fierté de côté. Je pense depuis qu'il y a deux erreurs dans cet article. Je pense que je peux me tromper sur l'emplacement réel du "Dormeur du Val" avant qu'il ne soit prêté à Darzens. Ma démonstration ne tient pas. Plus important, à cause de l'allusion à l'incendie du château de Saint-Cloud le 14 octobre dans le sonnet "Rages de Césars", je pense désormais que l'ensemble des poèmes remis à Demeny ont été recopiés lors du seul second séjour à Douai, ce qui était l'idée initiale du seul André Guyaux. J'avais donc une argumentation poussée que n'avait pas Guyaux, mais intuitivement sur ce point-là je pense désormais qu'il avait raison. Cela a des conséquences considérables sur la perception du dossier remis à Demeny, puisque "Credo in unam" et "Le Forgeron" ont des transcriptions au crayon faute d'un accès à l'encre. Rimbaud se demande si Demeny lui écrira ou pas, parce qu'il sent que tout le monde est en train de se fâcher contre lui lors de cette seconde fugue douaisienne. On comprend aussi que cette transcription est celle ciblée par Izambard dans son témoignage quand il reproche à Rimbaud de ne pas recopier les poèmes au recto et au verso des feuillets. Il faut complètement rejuger la question de la datation des poèmes du cycle belge au plan des manuscrits. Il y a au moins deux sonnets sur les quinze autres poèmes qui ont des versos vierges si je ne m'abuse. Et les écritures au crayon semblent indiquer que l'ensemble de quinze poèmes a été copié en dernier.

Pour l'instant, ce problème est une inconnue totale dans le champ des études rimbaldiennes.

Qu'a fait Cavallaro pour l'année 1870, il est allé consulter le site Arthur Rimbaud d'Alain Bardel qui offrait une section "Tous les textes" en fonction à peu près de la chronologie et qui mélangeait les proses et les poésies, ce qui n'était pas le cas de l'édition philologique de Steve Murphy. Comme Cavallaro a écarté les poèmes latins, c'est la reconduction de l'ordre de Bardel qui explique l'hérésie d'un début d'année 1870 par "Les Etrennes des orphelins", un devoir scolaire et Un coeur sous une soutante. Cavallaro aurait dû coller le devoir scolaire aux poèmes latins ! C'est un devoir scolaire !

La datation d'Un coeur sous une soutane est bien sûr erronée, je l'ai montré avec la mention "effluves mystérieuses" qui rebondit sur une recension du recueil Les Glaneuses de Demeny dans la presse en août 1870. Toutefois, plusieurs rimbaldiens, sinon Murphy, au moins Bruno Claisse et Christophe Bataillé soupçonnaient la nouvelle d'avoir été mise au point plutôt vers septembre 1870, et avec des arguments (autres que celui des "effluves mystérieuses").

Il me semble peu judicieux de publier selon un sentiment chronologique le texte conséquent d'une nouvelle entre deux poèmes en vers. D'évidence, si je suis éditeur de Rimbaud et que je m'accorde une relative périodisation chronologique, je publie pour l'année 1870 les pièces suivantes dans cet ordre : "Les Etrennes des orphelins", les poèmes de 1870 dans les versions remises à Demeny, Un coeur sous une soutane et enfin Le Rêve de Bismarck.

Et je mets les autres versions en appendice, éventuellement directement dans les lettres. je mets aussi en appendice la version "Trois baisers" et les versions de poèmes remises à Izambard.

Notons que ce qu'a fait Cavallaro se rapproche de cette idée, si ce n'est qu'il a mis le devoir scolaire et Un coeur sous une soutane entre "Les Etrennes des orphelins" et les poèmes remis à Demeny, isolant "Le Rêve de Bismarck".

Mais il y a un autre problème. Cavallaro a réarrangé l'ordre des versions des poèmes remis à Demeny en fonction de ses intuitions chronologiques.  Cela pourrait ne pas me choquer, mais si tout est maîtrisé. Or, Cavallaro part de la prétendue évidence selon laquelle les sept sonnets dits du cycle belge (qui ne sont pas tous belges d'ailleurs ou pas tous du même cycle de fugue belge : "Le Buffet" et "Le Dormeur du Val") ont été recopiés après les quinze autres. On a vu plus haut que cela n'allait pas de soi, que c'était à réinterroger, et nous avons le cas de sonnets comme "Rages de Césars" et "Le Châtiment de Tartufe" qui pourraient être contemporains en tant que créations du mois d'octobre des sept sonnets du prétendu cycle belge. "Rages de Césars" et "Le Châtiment de Tartufe" pourraient être postérieurs à nos sept sonnets. Je note que pour les quinze poèmes en-dehors de la série du "cycle belge", il y a cinq sonnets. Pour trois d'entre eux, Rimbaud n'a rien reporté au verso : "Vénus anadyomène", "Morts de Quatre-vingt-deouze..." et "Le Châtiment de Tartufe". C'est précisément dans le cas des sonnets que Rimbaud évite d'utiliser le verso : cela concerne les sept sonnets du cycle belge et trois des cinq autres sonnets. Il n'y a pas deux exceptions à ce principe, mais une seule, puisque "Rages de Césars" et "Le Mal" sont deux sonnets, mais il n'y a qu'une exception en soi, le sonnet "Le Mal" est au verso du sonnet "Rages de Césars". Rimbaud aurait été forcé, bon gré mal gré, à reporter le sonnet "Le Mal" au verso de "Rages de Césars", ce qui converge avec l'idée que "Le Mal" est une composition plus ancienne et "Rages de Césars" un poème de quelques jours postérieur au 14 octobre, très peu de temps avant le départ avec un sauf-conduit.

Je pense que Rimbaud s'est fait remarquer au moment où il recopiait des poèmes beaucoup plus longs que des sonnets. Il a recopié le début de "Soleil et Chair" sur un feuillet dont le verso est demeuré vierge. J'imagine que pendant qu'il écrivait sur un deuxième feuillet au recto les demoiselles Gindre ou Izambard se sont aperçus du problème d'économie du papier, ce qui est logique vu le nombre de feuillets qu'il faut pour recopier "Soleil et "Chair". A partir de là, Rimbaud n'a plus eu le choix que d'utiliser tout le temps les rectos et les versos. Peut-être a-t-il pu contourner la pression en recopiant d'autres sonnets, mais pour "Première soirée", "Ce qui retient Nina", "Le Forgeron", "Bal des pendus", "A la Musique", "Ophélie", "Les Effarés" et "Roman" il a dû faire contre mauvaise fortune bon coeur, et il a même mis "Sensation" à la suite de "Première soirée". Les rimbaldiens ont probablement du mal à percevoir que ces manuscrits portent la trace d'une sévérité d'adultes réprimant les caprices de ce qu'ils estiment un enfant. Ils sont dans la conviction que tout d'un coup Rimbaud a arrêté de lui-même de copier au verso en songeant à l'édition, puis ils aurait fait un cycle belge mieux recopié. Je pense exactement l'inverse. Le cycle belge a été recopié assez tôt, ce sont de nouvelles compositions qui plus est, et c'est le cas encore de "Rages de Césars" et du "Châtiment de Tartufe" probablement. Rimbaud a alors voulu recopier aussi tous ses poèmes plus anciens à l'intention de Demeny. Il a peut-être commencé par les sonnets, mais pour les poèmes longs il a commencé par "Soleil et Chair" et a immédiatement attiré l'attention des censeurs qui ont l'oeil sur le cordon de la bourse.

Sur le moment, je ne me rappelle plus si c'est sur la copie du "Forgeron" ou celle de "Soleil et chair" qu'il y a des vers écrits au crayon. Il y a les titres reportés au crayon et le mot final à Demeny à la fin de la transcription de "Soleil et Chair"'. Si le crayon concerne "Le Forgeron", cela peut vouloir dire que ce poème a été recopié en dernier, mais je crois que ça concerne plutôt "Soleil et Chair", mon idée est alors la suivante. Rimbaud a rencontré deux problèmes lors de la transcription de "Soleil et Chair". On a pu lui reprocher de ne pas utiliser le verso dans un premier temps, puis lui faire comprendre que l'encre était chère, quitte à lui remettre l'encre à disposition ultérieurement. Je peux éventuellement me tromper dans mon analyse du verso demeuré vierge pour le premier feuillet de "Soleil et Chair". Peut-être que Rimbaud a oublié le verso par inadvertance, habitué qu'il était auparavant à ne pas l'exploiter. En tout cas, il reste le cas des sonnets où seule la transcription du sonnet "Le Mal" est sur un verso ! Problème qui n'a pas assez retenu l'attention des rimbaldiens.

Mais, de cette analyse, il découle qu'il est imprudent de dater les poèmes au petit bonheur la chance. En réorganisant l'ensemble des poèmes remis à Demeny en octobre 1871, en plusieurs fois au vu des pliures et des types de feuillet utilisés, Cavallaro crée une pression chronologique qui n'a pas lieu d'être si on publie le dossier tel qu'il nous est parvenu. Il affirme un emplacement chronologique pour "Morts de Quatre-vingt-douze...", certes flatté par la datation symbolique. Il en affirme aussi pour le poème "Bal des pendus" dont la date réelle de composition est parfaitement inconnue. Il place "Rages de Césars" comme antérieur aux sept sonnets dits du cycle belge et même à deux autres sonnets "Le Mal" et "Le Châtiment de Tartufe", méconnaissant la lecture d'Ascione d'une référence à l'incendie du 14 octobre du château de Saint-Cloud, ce qui n'a été rapporté dans la presse que les 15 et 16 octobre. Cavallaro crée aussi une pression chronologique pour "Le Buffet" et "Le Dormeur du Val". Bardel publie une table des matières en acceptant l'ordre du dossier tel qu'il est. Ici, Cavallaro crée un ordre instable puisque plusieurs datations sont fondées sur des hypothèses fragiles. Et même si Cavallaro veut suspendre son jugement sur la datation, il n'en place pas moins "Bal des pendus", "Le Mal" et d'autres poèmes au milieu d'un ensemble qui porte la marque d'un classement qui se veut chronologique.

C'est ce que j'appelle une méthode bâtarde de classement ! 

 A suivre...

Une idée des articles a venir

 Je remarque que mon avant-dernier article est plus lu que le dernier pourtant très drôle et c'est tant mieux puisqu'il s'agit d'un article majeur sur la place du désir de mort dans la poésie de Rimbaud avec des mises en lumière du sens de Voyelles et d'une saison en enfer que je faisais déjà mais qui sont ici mis en perspective. Notez l'association de l'ivresse. Un article suivra sur les vies espérées du poète qui sera complémentaire.

Je prévois aussi un article sur les zolismes de Rimbaud mais ça va me prendre du temps.

Il y a des sujets à relancer bien sur dont Vénus anadyomène.  


Enfin, je pense faire un article d'édition des Poésies de Rimbaud ou je vais parler de l'erreur méthodologique de Cavallaro.


Je prévois aussi d'alerter les médias et les universités sur les agissements des rimbaldiens en me concentrant sur un objectif : empêcher la falsification avec de daines, mais aussi sur l'imposture du discours non phil9logique qui récuse la coquille outils désormais.

Je serais curieux que quelqu'un me fasse un compte rendu de la conférence toulousaine du 9 septembre, vidéo, etc. N'y allez pas si ça va vous ennuyer, mais je veux voir les suites publiques de "de daines" sinon d'autres éléments.

mardi 1 septembre 2026

Esprit boutiquier en rimbaldie : l'édition Folio Classique, site de Bardel, rencontres et radio... (Partie 2 ajoutée le 02/09 avant 13h30)

 Prenons la page d'accueil du site Arthur Rimbaud d'Alain Bardel. A l'origine, le site signalait les mises à jour concernant le site. Il était question de signaler que le site s'était enrichi de telle étude, de tel dossier, il était question aussi d'une actualité plus diversifiée.
Ici, le premier septembre 2026, la page d'accueil nous impose une photo d'Adrien Cavallaro pour un lien vers une vidéo déjà ancienne liée à l'inscription au programme du baccalauréat de français au lycée des poésies de 1870 d'Arthur Rimbaud. On a ensuite quatre colonnes sur des publications rimbaldiennes récentes : deux colonnes à gauche d'autopromotion de Bardel pour ses propres livres, puis deux colonnes à droite autour de l'édition des oeuvres complètes en Folio Classique par Cavallaro. La colonne tout à droite fournit les photographies des premières de couverture des deux tomes avec des liens qui renvoient à revue de presse et table des matières. La troisième colonne annonce une rencontre entre précisément Bardel et Cavallaro eux-mêmes le 9 septembre 2026 à 18 heures dans un bâtiment annexe de la librairie Ombres blanches à Toulouse.
En-dessous, une colonne de gauche montre que d'autres publications récentes ont été refoulées dans un répertoire moins en vue (livres de Saint-Amand, de Pierre Brunel et livres universitaires). La colonne de droite Autres infos contient une nouvelle photographie de Cavallaro et fournit le lien d'un entretien du tout début juillet sur Radio France que Bardel signale à l'attention en toute fin du mois d'août. Les liens au sujet d'Adrien Cavallaro sont abondants dans la suite de cette colonne si on la fait défiler. Pour la colonne centrale qui recense les dernières publications du site lui-même, nous avons une recension de l'édition de Cavallaro avec appel du pied puisque la recension de Wagneur pour le journal Libération est mentionnée, puis divers articles où Bardel ne fait pratiquement que voler à la défense des thèses murphyennes sur les manuscrits des Illuminations interprétés comme une mise au point de recueil.
De cet ensemble, il se dégage l'impression d'une toile, c'est le mot !, publicitaire  en faveur d'une littérature rimbaldienne plutôt sectaire. On est dans une immense mercerie ou charcuterie. Il ne manque plus que d'y faire la publicité de produits estampillés Rimbaud : le saucisson ardennais Rimbaud, la terrine Murphy à la truffe de détective, le pastisomètre marseillais qui sert officiellement la maison du prince de (biffé : Cornouailles) Cornulier, le chocolat Bardel avec le slogan pas de contrefaçon, etc.
J'ai cliqué sur le lien "recension de Libération", je tombe seulement sur la page du site Revue de presse où un maigre article de Wagneur est en illustration photographique, avec bien sûr le slogan "Une Pléiade au format de poche" que reprend Bardel.
J'ai déjà critiqué la recension de Bardel dans un article antérieur sur ce blog. Je rappelle un fait majeur ! Bardel polémique en comparant une liste de transcriptions erronées de l'édition de Guyaux et la liste corrigée fournie par Cavallaro. Mais, en réalité, sur les dix-sept exemples fournis, pour les quatorze exemples portant sur des vers, Cavallaro n'a fait que reprendre les transcriptions de Murphy dans ses éditions chez Honoré Champion des oeuvres complètes de Rimbaud, tome I Poésies.  Pour Un coeur sous une soutane, il n'a fait que reprendre la transcription de Murphy du tome II. L'exception concerne "ou daines", mais là Bardel a tort de féliciter Cavallaro de supprimer la virgule et le crochet en conservant la leçon erronée "de daines" dont il est redevable justement au texte épinglé au culot par Bardel !!! Pour "bombillent" dans la revue Lutèce, je n'ai pas vérifié sur la première édition, mais Bardel félicite à tort Cavallaro de corriger la coquille "bombillent" puisque c'est contraire à son principe de reproduire telle quelle l'orthographe et la ponctuation des manuscrits par exemple. Quant aux deux cas des Illuminations, un est connu et il y a plein d'éditions que Cavallaro n'a eu qu'à reprendre, l'autre est une correction de dernière minute qui est de mon fait, puisque Bardel l'année passée encore éditait erronément la ponctuation du passage qu'il cite, et c'est moi qui ai prévenu Bardel et Cavallaro de l'erreur commise. J'ajoute que la bonne lecture était ancienne.
Guyaux aurait pu corriger toutes ces lignes qu'on lui reproche, mais notons que Bardel charge un homme isolé, alors qu'il participe d'un vaste réseau qui inclut Cavallaro, Bardel, Murphy et beaucoup de gens encore.
Et ce que je veux souligner, c'est ce phénomène curieux où on nous annonce l'édition de Cavallaro comme un événement, comme la première édition des oeuvres complètes de Rimbaud. Et Bardel fournit donc le lien pour écouter un podcast d'un entretien radiophonique de 59 minutes du 2 juillet où l'animatrice avec une voix un peu vulgaire, un vocabulaire riche en mots comme "hit", "punk" et j'en passe, applaudit Cavallaro de lui avoir appris que l'édition des poésies de Rimbaud ne tenait qu'à une laborieuse récolte de manuscrits épars qu'il fallait méditer au plan éditorial, et dans la foulée Cavallaro nous vend une édition intégralement complète comme il dit car contenant tous les textes et toutes les versions, et pour illustrer son propos on a droit aux poèmes latins en début d'édition, le public semblant ignorer que Rimbaud a d'abord composé des vers en latin.
Plaît-il ?
Les vers latins sont recensés dans l'édition du centenaire d'Alain Borer en 1991, et auparavant encore dans l'édition en trois tomes chez Garnier-Flammarion par Jean-Luc Steinmetz, et on les retrouve également dans les différentes versions au Livre de poche de Pierre Brunel en 1998 et 1999, et bien sûr ces poèmes sont présents dans les éditions de La Pléiade. L'approche où on cite toutes les versions connues des textes vient de l'édition en trois volumes chez Garnier-Flammarion par Steinmetz, ce qui remonte à 1989, et ce principe est suivi par Brunel en 1998-1999. L'édition de la Pléiade ne réserve plus non plus les autres versions à une mention en fin d'ouvrage.
Cavallaro peut être plus complet dans la seule mesure où en 2026 il peut citer ce qui n'était pas connu, ou trop peu connu, et encore une fois il se sert opportunément de l'édition de Murphy des Poésies en 1999.
L'animatrice découvre peut-être cela avec l'édition de Cavallaro, mais c'est son histoire personnelle. Cavallaro n'est pour rien là-dedans, sauf que les revues de presse attribuent à Cavallaro ce mérite, et Bardel dans la foulée.
Or, il manque "Poison perdu", précisément le poème que certains ont reproché à Murphy de ne pas avoir inclus dans son édition de 1999, poème également absent de la section "Tous les textes" du site d'Alain Bardel.
A la fin de l'entretien radiophonique de 59 minutes, l'animatrice demande à Cavallaro comment il se sent après avoir fini ce travail d'édition, et Cavallaro se dit fatigué en poussant un soupir.
Mais il a fait quoi comme travail ?
Il suit des ordres établis avant lui la plupart du temps. Il reprend notamment l'ordre du site de Bardel lui-même pour le début de son tome I, avec les anomalies de positionnement qui en découlent pour le devoir scolaire (il devait être à la suite des poèmes latins en tant que travail scolaire) et surtout Un coeur sous une soutane. Notons qu'on ne met pas en tête des oeuvres complètes de Victor Hugo et Charles Baudelaire leurs poèmes latins.
Au plan éditorial, Cavallaro n'a fait que recopier les textes à partir d'une discrimination des éditions en lesquelles il avait le plus confiance, essentiellement les livres de Murphy chez Honoré Champion. Il a pris une initiative personnelle sur un vers de "L'Homme juste" et il doit désormais le regretter amèrement, ainsi que Murphy et Cornulier qui ont trouvé malin de se laisser associer dans la "solution" apporté au déchiffrement du vers manuscrit. Maintenant, on va se trimballer cette ânerie parce qu'ils n'auront pas le courage de se dédire. Ils engagé leur autorité... Super !
Cavallaro a aussi daubé par esprit de clan l'évidence de la coquille "autels" pour "outils" dans Une saison en enfer.
Pour les commentaires des poèmes, Cavallaro fait essentiellement la synthèse de travaux antérieurs, en endormant des découvertes qui ne sont ni de lui, ni de ses copains. Les larcins qui me concernent, il y en a un bon paquet. Je peux faire un article avec une liste.
Je rappelle aussi que cette édition grand public est la première à nous vendre des lignes qui n'ont aucune signification éditoriale dans Les Illuminations. Ah ! c'est ça les étoiles dans les yeux au format de poche! Les lignes autour de "Après le Déluge", "Marine", "Nocturne vulgaire" et "Angoisse" et j'ajoute la solution de continuité très problématique pour les feuillets paginés 11 et 12, pûisque Cavallaroi laisse un blanc sous les textes du manuscrit paginé 11 et fait commencer les textes du feuillet paginé 12 à la page suivante, ce qui est une preuve manifeste qu'il n'a pas su penser comment éditer le recueil des Illuminations. C'est un moment d'indécision matérialisée.
Remarquons que Bardel n'a pas confiance dans le déchiffrement "ou daines", puisque dans sa recension il se dérobe à l'affirmation que la solution prétendue pour interroger son lecteur sur l'alternative :" de daines" face à "ou daines". La réponse est de transcrite ce qu'il y a sur le manuscrit, à savoir "ou daines". Point barre !
Mais j'observe que Cavallaro de son côté se dérobe significativement à la thèse de la pagination autographe de 24 pages manuscrites des Illuminations. Il fait comme Michel Murat qui se rétractant progressivement en plusieurs épisodes dit que le problème est insoluble. Non, il n'est pas insoluble, la pagination est allographe et c'est prouvé, mais Murat a eu du mal à se rétracter et Cavallaro ne doit pas s'aliéner Bardel et Murphy en gros. Notons tout de même qu'il refuse de prendre la pagination autographe pour acquise, c'est le maximum de courage qu'on peut attendre de lui se dira-t-on, sauf que par ailleurs il louvoie et prône le recueil presque achevé à d'autres égards. On ne rappellera jamais assez qu'il édite des filets de séparation farfelus. Il faut imaginer le lecteur face à la ligne en-dessous de "Après le Déluge" ou face aux pages sur Marine et Nocturne vulgaire et Angoisse. On est dans l'édition d'éléments qui n'ont aucun sens, ça fait même moche. Ajoutons le cas des minuscules en tête de vers et des alinéas de "Marine". J'observe que dans sa recension, Bardel qui sait que j'ai réagi se garde de vanter la date historique des filets de séparation édités dans l'ensemble des poèmes en prose...
Enfin, passons !
J'ai trouvé très légères les interventions dans l'émission radiophonique. Je vais les épingler et revenir avec mes propres commentaires prochainement. On verra la différence de profondeur dans l'analyse.
Moi, hier, j'ai mis en ligne un article sur le "désir de mort" dans les poésies de Rimbaud où j'ai fixé de manière plus contraignante mes lectures d'Une saison en enfer et de "Voyelles". Il se trouve que je médite un article sur le désir de "vies" au pluriel et il y avait des passages au centre de l'entretien radiophonique qui croisaient quelque peu ma réflexion. Donc, déjà, je vais rebondir en effet sur le contenu de cet entretien.
Je dois aller travailler, mais en gros moi qui sais ce que c'est que de passer du temps à se confronter aux textes et manuscrits de Rimbaud, je peux vous garantir que le travail éditorial de Cavallaro, pour l'organisation des textes les uns par rapport aux autres, ça ne lui a pas pris deux heures de temps. Au passage, l'idée d'un texte de référence, plutôt que de mettre toutes les versions sur le même plan, c'est une critique que j'ai maintes fois faite sur le net et sur ce blog. Mais il y a un autre aspect qui ne va pas et dont il faudrait parler. En plaçant de force dans une simili chronologie les contributions zutiques et en séparant "Les Mains de Jeanne-Marie" parce que daté de 1872, en le renvoyant au début du second tome, Cavallaro a commis une énorme erreur de méthode. Il a fait ce qu'il ne fallait surtout pas faire. J'en reparlerai sans doute.
 
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Partie 2 :
Remarques sur l'émision radiophonique, entretien de Cavallaro d'une heure sur RadioFrance, émission "Relire Rimbaud pour 'embrassr l'aube d'été' "
 
 
 
L'accroche : le poème "Le Dormeur du Val" a marqué, il était conservé dans un papier plusieurs fois plié sur lui-même au fond d'une trousse. Ok, d'accord !
Pour l'introduction, on nous annonce que dans une édition de poche économique "l'universitaire" Adrien Cavallaro "se propose de le lire" !? Ah bon ! fournir une édition économique permet à son auteur de lire Rimbaud pour lui-même. Ah bon ! Sent-on véritablement une lecture fouillée de Rimbaud dans les notes, notices et préfaces de cette édition ? Je n'ai pas eu cette impression.
On parle d'écarter un mythe du poète aux cheveux ébouriffés, mais que faut-il comprendre ? Et l'entretien va-t-il porter là-dessus ? Je n'ai pas eu l'impression.
On parle d'une volonté d'une oeuvre aussi complète que possible avec un large commentaire. Le commentaire pointu, ça prend du temps à être critiqué, mais c'est quoi cette histoire de complétude pour une édition qui ne met pas toute la correspondance, qui oublie certains fragments et bien sûr "Poison perdu" ?
Surtout, quels sont les textes nouveaux apportés par Cavallaro si les éditions n'étaient pas complètes avant ? Quel texte décisif jamais publié avant donne un tel statut inédit à l'édition de Cavllaro ? On aimerait comprendre.
J'ajoute avec cruauté que tout au long de cet entretien il ne sera pas une fois question du déchiffrement d'un vers de "L'Homme juste"...
On apprend que l'animatrice avait donné rendez-vous à Cavallaro auparavant parce que cette publication de Cavallaro allait être un événement éditorial... Bref, on est invités à sentir tout ce qu'il va y avoir d'appelé dans les échanges. Mais sinon c'est quoi l'événement, c'est quoi précisément l'événement éditorial vu la quantité infinie d'éditions des textes de Rimbaud qui existent déjà ?
Totaliré des oeuvre, nous dit-on ! Faux ! Il manque Poison perdu, "J'ai mon fémur", les publications de la vie africaine, et dans ce qui est publié quels sont les textes qui font la différence avec les éditions de Steinmetz, Brunel, Guyaux ou Forestier. "Le Rêve de Bismarck" et "Famille maudite" sont déjà édités. Il ne reste qu'à la marge la question de versions inédites de certains poèmes. C'est dérisoire !
Annonce d'un projet simple et révolutionnaire : lire vraiment Rimbaud, c'est gratuit, ça ne mange pas de pain. Comme dire que tous les poèmes sont annotés, commentés. C'est quoi ces annonces ?
Cavallaro répond donc à la question en se défaussant, il bégaie, botte immédiatement en touche : "heu ! c'est une vaste question...c'est heu une invitation vous avez dit à se débarrasser des représentations et blablabla et blablablo". Le portrait blablabli blablablo" Heu ? Où est la réponse, où est le contenu de pensée là-dedans ? Offrir aux lecteurs le complet intégral ! C'est la réponse à la question posée, ah bon !
Donner toutes les versions, ce principe a été initié par Steinmetz en 1989 et il est largement suivi.
Rimbaud commence par écrire des poèmes en latin, on le sait, mais ne nous emballons pas, il le fait par contrainte scolaire et parce que c'est normal pour beaucoup d'élèves à son époque, même s'ils ne se destinaient pas à devenir écrivain... Rimbaud écrit des poèmes en latin à même pas quinze ans s'émerveilel-t-on, mais on en parle du reste de la classe ?
Cavallaro se vante de donner les poèmes latins en premier, mais il ne fait que suivre la tradition éditoriale actuelle au sujet de Rimbaud !
Certes, on voit que certaines préoccupations connues du poète sont dans les vers latins. OK ! d'accord !
Moi, quand j'en parle, je dis quelque chose de précis qui d'aileurs ne se retrouve guère chez les autres rimbaldiens. Je montre comment la maturation de "Soleil et Chair" et des "Etrennes des orphelins" vient d'une passion prise à traiter les sujets dans le cadre des contraintes scolaires, sujets qui choisis par l'école sont aussi des sujets marqués d'une sorte d'importance culturelle ce qui amène Rimbaud à relever le gant. Je prévois aussi de faire un immense parallèle un jour sur le côté Soleil et chair de Rimbaud et celui du romancier Zola plus proche de Verlaine au plan générationnel. Enfin, je fais évidemment le lien entre l'élection du poète chez Ovide et l'idée de l'élection selon Rimbaud en mai 1871. Il faut montrer dans un entretien qu'on va plus loin, surtout si le nom de l'entretien est "lire vraiment Rimbaud". 
Cavallaro revendique donner toutes les versions, il ne fait que suivre la tradition actuelle, et Guyaux donnait une version de référence en Pléiade avec des caractères plus grands. Cavallaro adopte une approche plus inédite, approche que j'avais d'ailleurs formulée sur ce blog seul face à tous, puisque je disais sur ce blog sans aucun écho de qui que ce soit qu'il me semblait plus logique de donner au grand public une version par poème, réservant les autres versions aux appendices. Mais il est délicat de choisir une version de référence, et Cavallaro ne commente pas ici ses choix, ce qui nous aurait fait enfin entrer dans la singularité de son édition. Pour l'année 1870, pour l'essentiel, les versions de référence sont les manuscrits remis à Demeny quand il y a plusieurs versions, ça casse pas trois pattes à un canard, mais il y a déjà un problème avec "Les Effarés", et ça il aurait fallu en parler dans l'entretien ! Moi, pour "Les Effarés", la version de référence aurait été celle du dossier paginé recopié par Verlaine par exemple, pas la dernière connue, mais la dernière dans un axe d'ambition littéraire mûre, puisque "Petits pauvres" publiée en Angleterre pose la question des compromis, mais c'était alors renoncer à la chronologie des compositions !
Pour "Le Coeur volé", Cavallaro choisit en version de référence la version remise à Demeny alors que si elle est postérieure à celle remise à Izambard est précisément remise en cause par la version du dossier recopié par Verlaine !
Il y a déjà deux versions de référence discutables !
 Puis on part sur le fait que Rimbaud n'a pas publié ses textes lui-même et l'animatrice donne du "grâce à vous, j'ai appris", mais Cavallaro n'a joué aucun rôle de chercheur là-dedans, c'est du archi rebattu, et au plan des éditions courantes même.
Sur la Saison ou le silence de Rimbaud, Cavallaro ne dit rien de neuf, c'est du rebattu chez rebattu.
Je passe sur les lectures de l'animatrice que s'empresse d'applaudir Cavallaro à chaque fois. Je suis d'un niveau tellement supérieur à tout ça.
Sur la lecture des "Poètes de sept ans", rien de neuf, rien de senti.
Alors, on a droit à la question "choisie" qui vient à gros sabots sur la place de Baudelaire dans l'oeuvre de Rimbaud. Notons que Cavallaro dit quelque chose de faux sur l'influence de Baudelaire sur les sonnets de 1870. Même si Rimbaud a pu confronter les deux éditions des Cariatides de 1842 et de 1864, il n'a aucune raison de prêter les audaces métriques à la césure qu'il pratique à l'influence initiale de Baudelaire. Il fait cela sur un fonds d'influences parnassiennes avec Banville, Glatigny, Verlaine, Coppée et d'autres. Ensuite, c'est une imposture intellectuelle qu'on doit à Murphy, Cornulier et Gouvard d'attribuer à Baudelaire des audaces qui viennent de marceline Desbordes-Valmore et Victor Hugo. Ces trois universitaires ignorent l'antériorité de la poétesse douaisienne, mais ils manipulent leur lectorat en dissociant vers de théâtre et poésie lyrique au point de faire comme si l'invention pour le théâtre ne valait pas comme modèle pour la poésie lyrique. Faut arrêter le sketch. Verlaine a cru que ces tours venaient de Baudelaire comme il l'écrit dans un article de 1865 parce qu'il n'avait pas fait attention au théâtre d'Hugo, à quelques cas rares de Musset, Barbier, et en plus il méprisait Desbordes-Valmore. Et si Rimbaud trouve la forme tant vantée de Baudelaire mesquine, c'est que clairement il ne pense même pas à associer à Baudelaire l'invention des césures acrobatiques.
Quant à savoir ce que Rimbaud a lu, il y a bien sûr la confrontation aux poèmes pour en découvrir les sources, mais sur les lettres du voyant contrairement à ce que dit Cavallaro Rimbaud ne cite pas tout le monde, loin de là : ni Vigny, ni Mallarmé, ni Desbordes-Valmore, ni Nerval, ni Sainteè-Beuve ! Il y a un autre support, les fausses signatures de l'Album zutique. Puis, il faut parler de ce qu'ont mis à jour les études des sources potentielles aux poèmes. Il faut parler de la méthode pour les débusquer : mots rares, rimes, etc.
Il n'y a aucun contenu dans la réponse générale de Cavallaro.
On a droit qu'à des anecdotes mille fois rebattues, avec des convictions problématiques. Si Rimbaud dit lire tout ce qui lui passe sous la main, est-ce si vrai ? A-t-il lu toute la bibliothèque d'Izambard ? Il résume les volumes intéressants à La Robe de Nessus et à Costal l'Indien ???? Il s'aperçoit tardivement qu'Izambard possède une édition du Don Quichotte, mais pour ne s'intéresser qu'aux gravures de Doré qui l'illustrent... Mouais, pas de quoi prendre trop vite le témoignage pour argent comptant.
Il n'y a même pas la problématisation des lectures au-delà de la poésie avec une réflexion sur l'évolution éventuelle dans le passage du vers à la prose. Il n'y a aucun contenu de pensée original dans la réponse fournie. Ce n'est que de la langue de bois.
Même sur l'influence de Baudelaire ! On sait que, paradoxalement, il est plus facile d'identifier des réécritures d'Hugo que de Baudelaire dans les vers de Rimbaud. Sur "Oraison du soir" et "Accroupissements", j'ai des preuves de réécritures de Baudelaire que ne prennent pas en compte les rimbaldiens, c'est dire qu'ils partent sur des bases peu étayées quant à l'influence de Baudelaire sur Rimbaud.
J'en suis à trente minutes. Je parlerai de la suite plus tard dans la journée en complétant cet article. Il y a quelques formules sur "L'Eternité" et "Génie" de la part de Cavallaro, mais c'est creux par en-dessous, je vais expliquer pourquoi. Je parlerai de la citation de Bonnefoy qui fait une opposition pour une fois subtile de l'amour à la justice, mais Cavallaro passe à côté sans la rendre, puis sur l'idée de la vie dans "Vierge folle", là je vais devoir me lâcher.
Mais j'en reviens au problème de promotion de l'édition de Cavallaro. Son édition fournit les mêmes textes que les autres éditions, à pedu près toutes les versions des poèmes sont dans les autres éditions, et Cavallaro ne se distingue pas de manière significative par les quelques exceptions, exceptions qu'il ne cite d'ailleurs pas clairement pour bien pouvoir s'en prévaloir.
Son oragnistation de la table des matières est catastrophique. Cavallaro veut donner une perspective chronologique et exhiber des versions de référence. Il renonce à donner le dossier paginé de Verlaine tel quel, il recrée l'ordre des poèmes remis à Demeny en 1870 sur des intuitions chronologiques, mais c'est problématique. Donner les dossiers permet d'être neutre sur la chronologie interne aux dossiers. En revanche, quand il commence à intervneir poème par poème Cavallaro commet des imprudences dans les thèses chronologiques. Puisque Cavallaro a réuni les devoirs scolaires en vers latins ou traduits du latin, il devait leur adjoindre "Charles d'Orléans à Louis XI". Il y a un problème de logique éditoriale évident à ce sujet. La place de la nouvelle Un coeur sous une soutane pose problème avec l'inférence chronologique que suppose son placement précoce. Il y a un problème de bâtardise méthodologique de l'édition de Cavallaro à jongler entre des classements qui ne sont pas du même ordre : chronologie des compositions, classement des travaux scolaires, refus de mélanger la nouvelle au milieu des poèmes de 1870, etc. Cavalalro a plaicement repris le modèle du site de Bardel, mais sans bien réfléchir aux conséquences ensuite des remaniements chronologiques poème par poème. La séparation des "Mains de Jeanne-Marie" au début du tome II pose un vrai problème, puisque cela éloigne pour le lecteur l'idée d'une composition contemporaine de "Voyelles", du "Bateau ivre" et de "Tête de faune". L'ensemble des pièces zutiques pose problème et cela s'aggrave du traitement à part des "Mains de Jeanne-Marie" justement, puisque "Tête de faune" devient un poème qui peut avoir été composé avant octobre 1871, et c'est pareil pour "Voyelles", "Le Bateau ivre", "Les Chercheuses de poux" et d'autres pièces encore.
Au plan méthodologique, c'est un véritable désastre. Il y a un impact trompeur sur le lecteur dans la mesure où on ne sait pas clairement dissocier le classement chronologique du classement par dossier. Rappelons aussi que l'isolement des "Mains de Jeanne-Marie" se fonde sur le fait que c'est le seul poème dont nous avons la preuve qu'il date de 1872 parmi ceux du dossier remis à Verlaine, mais Cavallaro trompe son lecteur en classant d'office "Voyelles", "Le Bateau ivre", "Tête de faune" dans l'année 1871. Ce n'est pas parce qu'on n'a pas la preuve formelle qu'ils sont de 1872 qu'ils sont de 1871. Les choix de Cavallaro sont non pas à Beyrouth ou Abbey Road, mais aberrants.
Je reviens à "L'Eternité", sur lequel dans l'échange on a un goulot d'étranglement des remarques critiques du genre "c'est un hit", "il est punk"" de la part de l'animatrice. Moi, je veux bien qu'on utilise le langage relâché, mais il faut que l'ensemble ait du corps, on ne peut pas dire : "Ah ! c'est gore !" ou je ne sais quoi d'autre de manière approximative dans une émission littéraire.
Je remarue un moment de flottement : un quatrain est cité pour illustrer l'exprès trop simple, celui des "communs élans" et "humains suffrages" qui, du coup, ne me paraît bien choisi, et puis on a droit à l'affirmation que ce même quatrain est "dense". Je veux bien que ce soit "très simple" et "dense" à la fois, mais on sent que rien de précis ne se dégage dans les commentaires qui sont faits de ce quatrain. On sent que la mesure n'est pas cernée.
Cavallaro rappelle que le poème est célèbre et qu'effectivement il est récité à la fin du film Pierrot le fou de Godard, avec l'acteur Belmondo. Il y a des ponts brisés artificiels dans le décor si je me rappelle bien les images qui vont avec la lecture du poème. Cavallaro dit plusieurs phrases qui coïncident avec ce que j'ai pu écrire moi-même sur ce blog, on va mettre ça sur le compte de ce qu'inévitablement fait penser ce poème, mais du coup c'est une lecture qu'il a choisie et on peut se demander comment il se démarque de ce qui a déjà été dit. Avouons une belle formule de Cavallaro : "l'éternité devient un refrain !" L'animatrice me fait halluciner pour parler comme les djeûn's quand elle dit que c'est en lisant spécifiquement Cavallaro qu'elle découvre l'importance de la référence conflictuelle à la religion dans les poèmes de Rimbaud. Notons que quand "Génie" sera lu, il n'y aura pas de lien fait entre la mention de l'éternité retrouvée et le "Il est [...] l'éternité" de "Génie", preuve que les deux poèmes sont à lire en miroir, "Génie" étant une reprise de la réflexion du poème "L'Eternité". Il va de soi que le poème "L'Eternité" comme je l'ai déjà dit sur ce blog renvoie à l'immédiateté, il me faudra enquêter pour déterminer à quel point Cavallaro a lu mon blog, pareil pour la phrase où Cavallaro dit que Rimbaud n'est pas un philosophe, mais il fait quelque chose de cet ordre en poésie, vu que ça ressemble encore une fois de très près à des phrases de mon blog que je n'ai pas remarquées chez les autres rimbaldiens. Il y aurait eu à creuser aussi le lien avec "Soleil et Chair" et l'idée de la mer "allée / avec le soleil" car il y a un discours de l'attirance pour le soleil.
On passe ensuite à un extrait enregistré d'Yves Bonnefoy. Il ne comprend bien sûr pas grand-chose à Rimbaud malgré sa grandiloquence, il raconte des riens sur "changer la vie". Ceci dit, sans doute sans le faire exprès, par le fait qu'inévitablement à force de remuer la réflexion on a des intuitions justes, Bonnefoy m'a plus en disant que le mot de Rimbaud ce n'est pas justice, c'est amour. Mais ce seul point fort, l'opposition entre justice et amour où la justice est à côté de l'amour, ne sera pas repris par Cavallaro. C'est l'occasion pour l'animatrice de parler des "formules" qu'on retient souvent de Rimbaud. Je signale tout de même que "changer la vie" est plutôt une expression populaire courante qui ne vient pas de Rimbaud, puisque "changer la vie" se rencontre dans les vers de Desbordes-Valmore.
Cavallaro se dérobe à la sollicitation de faire un historique de la réception de Rimbaud, puis parle de "Vierge folle". Cavallaro a un bon commentaire de "L'amour est à réinventer, on le sait", en mettant l'accès sur la formule cocasse : "on le sait !" Il s'enferme un peu étroitement dans l'identification de la Vierge folle à Verlaine délaissant l'analyse de ce qu'il a pourtant exposé l'enchâssement de la voix de l'Epoux infernal dans les propos rapportés de la Vierge folle qui fait sa confession dans un texte en réalité écrit par Rimbaud. Certes, jusqu'à un certain point, la Vierge folle est Verlaine, mais en stratégie d'écriture, il y a le fait que la Vierge folle est une personne extérieure qui évalue la performance de l'Epoux infernal à réaliser ses projets, à accomplir les prouesses auxquels il prétend. Et il faut mettre ça en relation avec la théorie des vies multiples dans "Alchimie du verbe" où le poète parle des vies qu'il prête à ceux qu'il côtoie, il y a un boulevard pour l'analyse qui n'est pas pris ici.
Finalement, Cavallaro ne dit sur Vierge folle que des choses mille fois dites et des choses qui sont dites spontanément par tous la lecture faite.
On ne va pas loin : il veut changer la vie comme par magie, Verlaine persifle cette absurdité, et voili voilou. OK ! D'accord ! Et c'est l'occasion pour l'animatrice de dire qu'il faut lire Rimbaud vraiment, mais quel est le surplus apporté ici à la lecture spontanée ?
Et c'st là que ça part en cacahuètes : l'animatrice dit que "changer la vie" et "réinventer l'amour" ça peut avoir des résonances aujourd'hui, et tenez-vous bien Cavallaro explique que c'est parce que les formules sont étendues à une très grande généralité. Ah ! ça c'est sûr, hein ! Les pleurs d'Andromaque aussi, ça nous parlera toujours... Je dis ça, je dis rien !
Ce qui fait la force de ces formules c'est leur grande généralité, mais bien sûr !
Le lecteur peut assigner aux formules un contenu qui correspond à ses propres préoccupations ! OK ! Super ! Vive la littérature ! Oh putain !
Je passe sur "Lire Rimbaud, c'est de la dynamite", c'est du André Breton, ça ne mange pas de pain !
Je passe sur les chuintements qui accompagnent la lecture de "Génie" aussi.
Sur "Génie", la lecture reste dans les généralités attendues, avec tout de même une bonne analyse de "renvoyer" opposé à la révélation chrétienne axiale.
Puis, on part dans l'idée de recueil. Cavallaro botte en touche en parlant de projets de recueil qui font débat, qui sont discutés. Heu ? Comment dire ? Il y a deux personnes qui flinguent la légende de ce que Cavallaro rappelle au début de l'entretien : un ensemble qu'on appelle tantôt Cahier de Douai, tantôt Recueil Demeny. Il s'agit de moi, mon article étant par exception cité dans l'édition de Cavallaro d'ailleurs, et de Guyaux. Lefrère aussi exprimait des doutes dans sa biographie, alors que le doigt sur la couture les rimbaldiens n'osent pas critiquer la thèse d'un recueil remis à Demeny qui est article de foi pour Brunel et puis Murphy. L'essentiel de l'invalidation vient de mon article référencé par Cavallaro. Il n'y a déjà plus de recueil pour 1870. Ensuite, il y a le dossier paginé par Verlaine avec essentiellement des copies par Verlaine, cela dans les premiers mois de 1872. Verlaine voulait recopier des poèmes qu'il n'avait pas sous la main dont "Paris se repeuple", "Le Bateau ivre" alors "Bateau extravagant", etc. Donc cette suite paginée ne peut pas être un recueil, c'est un portefeuille de poèmes. C'est moi qui ai fait tomber cette idée d'un deuxième recueil, alors que le doigt sur la couture du pantalon là encore les rimbaldiens n'osent pas contredire Murphy et ceux qui veulent valoriser les dossiers tels qu'ils nous sont parvenus. Enfin, il y a Les Illuminations. Cavallaro parle de copie continue d'une manuscrit à l'autre, ce qui est un constat partiel et lié au fait que Rimbaud n'avait pas de papier, c'est même un constat fragile par moments, puisque Rimbaud a découpé le manuscrit qui réunissait "Génie" et "Dimanche", il a découpé le feuillet qui réunissait "Promontoire" et "Guerre" si je ne m'abuse. Cette histoire de copie continue, c'est la pétition de principe que si les poèmes s'enchaînent c'est que c'est un recueil. Et on fait quoi de l'opportunisme possible de la place restante comme cela semble le cas avec "Départ", "Royauté" ?
Cavallaro louvoie : la copie continue prouve que ces poèmes sont destinés à former un recueil, mais ça c'est le principe intermédiaire du portefeuille de poèmes, alors qu'on joue sur le mot "recueil" qui veut dire que non seulement les poèmes à mettre ensemble sont rassemblés, mais qu'ils sont mis en ordre !
Et c'est là que tombe la formule de Cavallaro : un recueil qui est presque achevé ! Qu'est-ce qu'il en sait ?
Pourquoi Rimbaud n'aurait-il pas achevé d'établir l'ordre du recueil si c'était presque fini et puisqu'il s'en dépossédait ?
Qu'est-ce que c'est que ce cirque ? Cavallaro ne dit rien de la pagination en laquelle visiblement il ne croit pas, et tant mieux. Mais il y a un couac marrant. Il dit qu'on n'est pas sûr que "Génie" soit vers la fin, mais qu'en revanche "Après le Déluge" serait bien le début avant de se rétracter en disant que le poème est sur un papier différent distinct de la suite commençant par "Enfance" et il se contredit en considérant qu'on n'est pas sûr que "Après le Déluge" soit le début du recueil.
Merci, capitaine !
Cette contradiction montre que Cavallaro a voulu soutenir le discours officiel de son clan, mais il y renonce en moins d'une minute.
Je vais arrêter là. C'est la fin de l'entretien. J'ai assez montré les failles du raisonnement rendues évidentes par l'improvisation orale d'un échange radiophonique. J'ai assez montré qu'il y a une publicité du caractère nouveau de l'édition de Cavallaro qui ne repose sur rien de concret. On pourrait dire que l'entretien est pour le grand public, mais c'est un fait que Cavallaro n'amène à aucun moment l'indice d'une singularité de sa propre réflexion. Il ne défend même pas les points réellement inédits de son édition : les lacunes de ponctuation, les lignes débiles dans Les Illuminations ou son déchiffrement farfelu d'un vers. Il n'y a aucun renvoi à un grand livre critique qui poserait Cavallaro et justifierait qu'il édite Rimbaud. Il n'y a pas d'arrière-plan.
 
Dernier ajout conclusif :
 
Je ne voulais pas écrire au-delà de midi, et j'ai brutalement interrompu mon exercice, considérant avoir dit l'essentiel, mais une réflexion a continué de mûrir.
L'entretien radiophonique est, principalement du fait de l'animatrice, très en-dessous de la haute volée de réflexion littéraire d'émissions plus anciennes quand bien même dans le cas de Rimbaud avant les années quatre-vingt-dix, on avait surtout droit à des réflexions personnelles face à une poésie qui n'était pas du tout comprise pour elle-même. Ici, la discussion est trop souvent superficielle, et Cavallaro s'adapte à cette superficialité malgré une poignée de phrases plus senties. Mais, j'en arrive à ma réflexion finale. Comme on vend au grand public une édition en Folio classique qui serait inédite, exceptionnelle, complète comme jamais, savante, alors qu'en réalité les éditions antérieures avaient déjà posé tout ce qui fait l'édition de 2026, on a dans cet entretien l'illustration du problème. De manière appelée, l'animatrice dit plusieurs fois que grâce à l'édition de Cavallaro elle a appris des choses, ce qui suppose qu'elle n'a pas lu les éditions de Steinmetz, Brunel, Guyaux, Murphy, Forestier, Borer, mais dans l'échange il y a donc une personne lambda l'animatrice face à quelqu'un du sérail des études rimbaldiennes, et celui-ci brille de sa capacité à donner un accès quoique timide aux études du sérail, et le paradoxe c'est qu'on met en scène que tout vient de lui et que l'animatrice ne peut être reconnaissante qu'à la seule personne en face d'elle. Cavallaro n'est ici qu'un passeur, mais on fait comme si tout venait de lui.
Je précise aussi que, même si Steinmetz, Brunel, Bonnefoy, Guyaux et d'autres ont des discours sur Rimbaud qui ne me conviennent pas, que je peux contester, quand je les lis, je sens la richesse de leur monde intérieur, je sens leur personnalité, je sens que ce qu'ils disent sur Rimbaud vient d'eux-mêmes, je n'ai pas cette impression-là avec les discours et écrits de Cavallaro qui m'imposent une nette idée de propos rapportés, de synthèse de ce qui s'est dit avant.