jeudi 9 juin 2022

Rimbaud et Namouna, l'improbable relation...

Il y a peu, j'ai relancé l'idée qu'il fallait approfondir les efforts d'identification de la figure du corsaire évoqué dans le poème rimbaldien daté de juillet 1872 "Est-elle almée ?..." Je soutiens que l'hypothèse d'une référence au poème de Byron "Le Corsaire" est à prendre au sérieux. Et j'ajoutais que le texte original anglais du poème comportait une mention du nom rare "almée", ainsi qu'une tournure interrogative proche de l'amorce du poème de Rimbaud. Je soulignais d'autres idées plus ténues sur la mer et les fleurs.
Je profitais alors de ma récente acquisition d'une édition en Poésie Gallimard d'une anthologie de poèmes de Lord Byron intitulée Le Corsaire et autres poèmes orientaux. Il s'agit d'une édition bilingue. La traduction en français est récente, et il est vrai que pour la recherche littéraire il est comme d'habitude à souhaiter que nous ayons un meilleur accès aux traductions qui étaient faites au dix-neuvième siècle. J'aurais des demandes assez étendues en la matière : Mélodies irlandaises de Thomas Moore, Don Juan de Byron, etc., etc. Le recueil de cette édition bilingue s'ouvre par un poème qui n'est pas tout-à-fait oriental, une "Oraison vénitienne" (Ode on Venice). Nous avons ensuite trois poèmes dont les titres vous sont certainement connus : "Le Giaour" (The Giaour), "Mazeppa" et "Le Corsaire" (The Corsair).
Le titre "Mazeppa" est aussi celui d'un poème des Orientales de Victor Hugo, lequel s'est directement inspiré du poème de Lord Byron qu'il cite en épigraphe : "Away ! - Away ! -" ("En avant ! En avant !").
Le recueil de Victor Hugo évoque à plusieurs reprises la situation d'une Grèce sous occupation musulmane et il joue à plusieurs reprises sur le motif de jalousies mortelles dont les femmes de harems font les frais. En clair, ce célèbre recueil des Orientales qui a eu un très fort retentissement dans la littérature française à l'époque est en réalité inscrit dans une stricte filiation byronienne. Victor Hugo n'a pas inventé son sujet, il est parti de l'intérêt que lui avait procuré les poèmes orientaux de Lord Byron. On imagine à quel point au vingtième siècle le manque d'accès aux traductions de poèmes de Lord Byron est préjudiciable à la qualité de la recherche en histoire littéraire. Théophile Gautier sera un héritier de cette pratique du poème oriental à la suite des antécédents de Lord Byron et Victor Hugo.
On pourrait être tenté de minimiser l'idée d'une influence prépondérante de Lord Byron en citant un roman tel que Les Aventures du dernier Abencérage de Chateaubriand. Mais, si ce roman aurait déjà été composé en 1807, ce que je dois encore vérifier par moi-même, il n'a été publié qu'en 1826. Les poèmes "Le Giaour" et "Le Corsair" datent respectivement de 1813 et 1814. Le roman de Chateaubriand privilégie un cadre espagnol, alors que les poèmes de Lord Byron, qui incluent parfois des éléments vénitiens ("Le Giaour") correspondent plus volontiers à l'occupation ottomane de la Grèce et ils développent des éléments romanesques nettement repris par les romantiques français Hugo, Gautier et Musset. Peu importe que Lord Byron ne soit probablement pas le premier à privilégier un cadre oriental, l'important, c'est que les trois poèmes "Le Giaour", "Mazeppa" et "Le Corsaire" ont eu une influence décisive sur Victor Hugo. Cela ne s'arrête pas là. Lord Byron offre par ses choix un exemple de superposition assez frappant. La Grèce est le pays de la mythologie avec ses héros païens et ses dieux de l'Olympe, et l'exotisme grec est transformé en orient par au moins deux des trois poèmes en question. Intellectuellement, ce n'est pas un glissement inintéressant à observer. Il y a un jeu d'étrangeté très significatif qui s'inscrit en creux et qui en même temps éclaire le passage de poésies entretenant la veine classique de mythes grecs avec André Chénier au recueil des Orientales de Victor Hugo. L'influence de Lord Byron s'est exercée également sur Vigny qui créera le poème "Eloa" et sur Lamartine qui a publié une traduction en alexandrins du "Pélerinage de Childe Harold". Surtout, le second poème des Méditations poétiques, "L'Homme", est dédié à Lord Byron. Et Lamartine s'inspire de nombreux passages du poème "Le Giaour" notamment, et Musset, dans sa "Nuit de mai", s'inspire à la fois de ce poème de Lamartine et du poème "Le Giaour" de Lord Byron, tout particulièrement au plan de l'image de l'oiseau se sacrifiant pour ses petits. Baudelaire a conçu plusieurs poèmes des Fleurs du Mal à partir d'une reprise de vers variés des Méditations poétiques, et le poème "L'Homme" a encore une fois une part importante d'influence. Connaître les poésies de Lord Byron n'est décidément pas vain pour mieux apprécier Lamartine, Hugo, Vigny, Musset, Gautier et Baudelaire.
J'aurai plein de passages à citer pour montrer les liens entre ces divers poètes. Le poème "Le Giaour" est une véritable mine. Il a en plus une esthétique lacunaire de composition négligée en fragments, ce qui correspond à une esthétique désinvolte bien connue de la part de Musset. Le poème "Le Corsaire" est pour sa part subdivisé en parties numérotées en chiffres romains. Mais laissons cela de côté.
Le sujet du jour, c'est le poème "Namouna" de Musset. Ce que j'ai dit précédemment sur Lord Byron m'a servi d'introduction, mais pourrait tourner à la digression. Entrons maintenant dans le vif du sujet.
En fait d'exotisme, Musset nous offre plus volontiers des poèmes sur l'Italie et l'Espagne. "Namouna" est la grande exception. C'est le poème qui s'inspire précisément d'un cadre oriental à la Byron. Le héros masculin est un français et il y a tout un problème de discours au second degré qui fait qu'il est carrément délicat de séparer ce qui se veut le vrai de ce qui est annoncé comme faux, mais ce serait un français ayant choisi de se faire renommer Hassan. Il s'agit précisément du nom du rival musulman du récit "Le Giaour", ce dernier étant un vénitien qui veut venger la défunte femme qu'il a aimée. En clair, le héros de "Namouna" s'inscrit dans une ambivalence où il est à la fois le "giaour" et Hassan, et cette ambivalence devient ambiguïté, puisque loin d'être absolument amoureux d'une femme unique comme le giaour le héros créé par Musset est un coureur de jupons qui ne reste pas plus de huit jours avec une conquête et lorsqu'il s'exile dans le monde musulman c'est pour continuer de profiter de manière sordide de jeunes femmes qui lui sont vendues. Le système d'ambivalence s'applique à l'énonciation du poème. Le poète ne cesse de dire que les idées sulfureuses de Hassan ne sont pas les siennes, ce qui jette inévitablement un doute. On comprend qu'il est bien un porte-parole non assumé ou non clairement avoué. Tout le persiflage du poème est éminemment retors, et Musset cite clairement Lord Byron à plusieurs reprises. Il indique qu'il vient de s'inspirer de Lord Byron, ce qui est exact puisque la stance antérieure contenait une allusion à un passage du Don Juan de Byron, mais dans l'ensemble du poème la référence à des passages de l'opéra de Mozart Don Giovanni prédomine, ce qui peut égarer le lecteur qui ne songera plus guère à la référence byronienne. Et Musset se sert de Don Juan pour en faire le marchepied d'un personnage plus sulfureux, puisque si Don Juan aimait quelque peu rien n'est aussi sûr dans le cas de Hassan, et si Don Juan cherchait par le défi la religion, Hassan était un tranquille incroyant. Lord Byron permettait à Lamartine de s'interroger avec une certaine force dramatique sur le Mal dans l'Homme et le caractère pardonnable de ce Mal sublime. Dans "Namouna", on a un Mal absolu qui fait tourner la réflexion à la pure cocasserie inutile, mais un Mal absolu non de méchanceté pénible mais de vacuité de l'âme.
Le poème "Namouna" se fonde sur une assertion selon laquelle tout est nu sauf l'hypocrisie. Le poème est composé de trois chants, et les chants sont eux-mêmes subdivisés en parties numérotés. Le motif de la nudité revient à différents endroits dans le poème, mais il correspond à son ouverture sur les sizains numérotés I à VII du chant premier. Et je prétends que la nudité du "jeune homme" au début du poème "Les Sœurs de charité" fait allusion à ce début du poème "Namouna", tout en y superposant des renvois à certains passages des Fleurs du Mal.

                        I

Le sofa sur lequel Hassan était couché
Etait dans son espèce une admirable chose.
Il était de peau d'ours, - mais d'un ours bien léché :
Moelleux comme une chatte, et frais comme une rose.
Hassan avait d'ailleurs une très noble pose,
Il était nu comme Eve à son premier péché.

                               II

Quoi ! tout nu ! dira-t-on - n'avait-il pas de honte ?
Nu, dès le second mot ! - Que sera-ce à la fin ? -
Monsieur, excusez-moi - je commence ce conte
Juste quand mon héros vient de sortir du bain.
Je demande pour lui l'indulgence, et j'y compte.
Hassan était donc nu, - mais nu comme la main -

                             III

Nu comme un plat d'argent, - nu comme un mur d'église,
Nu comme le discours d'un académicien.
Ma lectrice rougit, et je la scandalise.
Mais comment se fait-il, madame, que l'on dise
Que vous avez la jambe et la poitrine bien ?
Comment le dirait-on, si l'on n'en savait rien ?

                            IV

Madame allèguera qu'elle monte en berline ;
Qu'elle a passé les ponts quand il faisait du vent ;
Que, lorsqu'on voit le pied, la jambe se devine ;
Et tout le monde sait qu'elle a le pied charmant.
Mais moi qui ne suis pas du monde, j'imagine
Qu'elle aura trop aimé quelque indiscret amant.

                               V

Et quel crime est-ce donc de se mettre à son aise,
Quand on est tendrement aimée, - et qu'il fait chaud ?
On est si bien tout nu dans une large chaise !
Croyez-m'en, belle dame, et, ne vous en déplaise,
Si vous m'apparteniez, vous y seriez bientôt.
Vous en crieriez sans doute un peu, - mais pas bien haut.

                              VI

Dans un objet aimé qu'est-ce donc que l'on aime ?
Est-ce du taffetas ou du papier gommé ?
Est-ce un bracelet d'or, un peigne parfumé ?
Non - ce qu'on aime en vous, madame, c'est vous-même.
La parure est une arme, et le bonheur suprême,
Après qu'on a vaincu, c'est d'avoir désarmé.

                            VII

Tout est nu sur la terre, hormis l'hypocrisie ;
Tout est nu dans les cieux, tout est nu dans la vie,
Les tombeaux, les enfants et les divinités.
Tous les cœurs vraiment beaux laissent voir leurs beautés.
Ainsi donc le héros de cette comédie
Restera nu, madame, - et vous y consentez.

                              VIII

Un silence parfait règne dans cette histoire.
Sur les bras du jeune homme et sur ses pieds d'ivoire
La naïade aux yeux verts pleurait en le quittant.
On entendait à peine au fond de la baignoire
Glisser l'eau fugitive, et d'instant en instant
Les robinets d'airain chanter en s'égouttant.
Hassan est alors décrit comme quelqu'un qui aime le sommeil et entre dans sa chambre. Plus loin dans le poème, il aura plus de mal à s'endormir. Il est aussi envisagé hypothétiquement comme "un homme à caractère", mais n'ayant pas besoin de le montrer.
Il va de soi que sur cette revendication de la nudité première Rimbaud, l'auteur de "Credo in unam", a d'autres modèles, par exemple : "J'aime le souvenir de ces époques nues..." de Baudelaire. Malgré tout, il est difficile de ne pas rapprocher la revendication de Musset dans un cadre orientalisant de celle de Rimbaud avec génie persan à la clef :

Le jeune homme dont l'œil est brillant, la peau brune,
Le beau corps de vingt ans qui devrait aller nu,
Et qu'eût, le front cerclé de cuivre, sous la lune
Adoré, dans la Perse, un Génie inconnu,

Impétueux avec des douceurs virginales
Et noires, fier de ses premiers entêtements,
Pareil aux jeunes mers, pleurs de nuits estivales
Qui se retournent sur des lits de diamants ;

Le jeune homme, devant les laideurs de ce monde,
Tressaille dans son cœur largement irrité,
Et plein de la blessure éternelle et profonde,
Se prend à désirer sa sœur de charité.

[...]
Au second vers du second sizain de "Namouna", le poète mimait l'indignation avec cet hémistiche : "Nu, dès le second mot !" En réalité, la première occurrence du mot "nu" se faisait au troisième mot du sixième vers. Cependant, le mot est ensuite abondamment repris, jusqu'à l'anaphore en attaque de certains vers. Dans le cas du poème rimbaldien, le mot "nu" est à la rime du deuxième vers, tandis que le vers 3 fait entendre de lourdes équivoques qu'un public rétif n'appellera pas de la très haute poésie : "Qu'eût" faisant entendre "cul" en attaque de vers 3 immédiatement après la mention "nu" et puis autre équivoque d'un être adoré sous la lune, la lune pouvant désigner une partie charnue du corps humain.
Qu'on apprécie ou pas ces équivoques potentiels, le discours est clairement tenu du devoir d'aller nu.
La première caractéristique du personnage décrit par Rimbaud est d'avoir "l'œil brillant". Musset répète à plusieurs reprises que les "yeux" sont la principale beauté de son personnage nu.
On peut citer le sizain IX du Chant Premier en écho aux deux premiers quatrains des "Sœurs de charité" : "peau brune" contre "visage olivâtre" et "corps d'albâtre", "douceurs... noires" contre "sourcils très noirs", et puis "indolent", "très opiniâtre", "Bien cambré", "l'aspect fier et nerveux" contre "Impétueux", "fier de ses premiers entêtements".
                        IX

Il était indolent, et très opiniâtre ;
Bien cambré, bien lavé, le visage olivâtre,
Des mains de patricien, - l'aspect fier et nerveux.
La barbe et les sourcils très noirs, - un corps d'albâtre.
Ce qu'il avait de beau surtout, c'étaient les yeux.
[...]

En revanche, il y a une opposition entre la frivolité dédaigneuse de Hassan et le retour à un modèle romantique de Giaour du personnage rimbaldien songeant à chercher la "sœur de charité". Cette opposition est précisément au cœur du poème "Namouna" dans la confrontation avec le modèle de Don Juan. Je cite la fin déjà évoquée plus haut du deuxième chant, mais avant je précise le déroulement antérieur du poème. Musset évoque les conquêtes de Don Juan, ce qui peut être mis en parallèle avec les images de la femme dans le poème "Les Sœurs de charité". Selon Musset, tout le monde cite Don Juan sans vraiment le comprendre. Par alliance de mots, Don Juan est défini comme un "candide corrupteur" et l'étalage de ses trois mille conquêtes est considéré comme une "liste d'amour si remplie et si vide". Chacun de ces nombreux noms a arraché des pleurs au séducteur. L'infidèle les aimait à sa façon, car il était un foyer brûlant d'amour, toujours selon la thèse peu orthodoxe de Musset en ce poème, et il cherchait l'idéal. Derrière cette "hécatombe humaine" de femmes abandonnées, il y aurait un homme "Prenant pour fiancée un rêve", un "Prêtre désespéré" cherchant son Dieu. Et les gens se demandant non pas quel "Génie inconnu" pourrait l'apaiser, mais quelle "femme inconnue". La femme est rejetée comme jamais d'une parfaite beauté dans "Les Sœurs de charité", et les gens font mine de poser la question suivante en pensée à Don Juan s'il n'est pas une femme assez noble, assez belle pour lui parmi tant de beautés, une femme répondant enfin à son "vague idéal". Et nous pourrions songer à "Conte" en citant tel vers : "Toutes lui ressemblaient ; ce n'était jamais elle[.]" Don Juan ne maudissant pas l'humanité stupide poursuivait sa quête et suçait "Les mamelles d'airain de la Réalité". Don Juan ne méprisait aucune possession, "vierge", "paysanne", "courtisane", et nous retrouvons l'image du diamant avec cette image : "Mineur, qui dans un puits cherchait un diamant." Malheureusement, le séducteur retrouvait partout la "vérité hideuse" et quoi qu'encore plein d'espoir il finit par mourir au milieu de sa "route infinie". Et cette marche à la mort se fait selon une amplification visuelle qui n'est pas sans comparaison possible avec la fin du poème de Rimbaud :

[...]
Plus vaste que le ciel et plus grand que la vie,
Tu perdis ta beauté, ta gloire et ton génie,
Pour un être impossible, et qui n'existait pas.

Et suivent alors ces deux dernières stances que je vais citer ensemble, puisque même si c'est principalement la stance LV que je veux mentionner j'ai besoin de lui adjoindre la stance LIV pour faciliter votre lecture.

                         LIV

Et le jour que parut le convive de pierre,
Tu vins à sa rencontre, et lui tendis la main ;
Tu tombas foudroyé sur ton dernier festin :
Symbole merveilleux de l'homme sur la terre,
Cherchant de ta main gauche à soulever ton verre,
Abandonnant ta droite à celle du Destin !

                        LV

Maintenant, c'est à toi, lecteur, de reconnaître
Dans quel gouffre sans fond peut descendre ici-bas
Le rêveur insensé qui voudrait d'un tel maître.
Je ne dirai qu'un mot, et tu le comprendras :
Ce que don Juan aimait, Hassan l'aimait peut-être ;
Ce que don Juan cherchait, Hassan n'y croyait pas.
Le poème se poursuit avec un troisième chant, mais je viens de citer la partie nettement conclusive de la fin du second chant, et vous pouvez apprécier la présence insistante du verbe "chercher" sous différentes formes.
Vous remarquerez également que certains passages peuvent entrer en résonance également avec les poèmes rimbaldiens de l'année 1870. Je ne voudrais pas me contenter du mot "chaise" en prétexte à un rapprochement avec "Comédie en trois baisers", mais le passage sur le pied qui fait deviner le reste de la jambe entre magnifiquement en résonance avec un passage du poème "A la Musique" :
Je ne dis pas un mot : je regarde toujours
La chair de leurs cous blancs brodés de mèches folles :
Je suis, sous le corsage et les frêles atours,
Le dos divin après la courbe des épaules.

J'ai bientôt déniché la bottine, le bas...
- Je reconstruis les corps, brûlé de belles fièvres.
Elles me trouvent drôle et se parlent tout bas...
[...]
Le fait de se mettre à l'aise, nous le retrouvons sur un autre plan dans les sonnets "Au Cabaret-Vert" et surtout "La Maline" ("à mon aise", "pour m'aiser"), deux créations contemporaines du sonnet "Ma Bohême" qui revendique lui aussi la fierté d'aller nu. Rappelons que le poème "Credo in unam" s'inspire de "Rolla", avec une réécriture patente du premier vers du poème de Musset : "Regrettez-vous le temps..." qui reçoit sa réponse : "Je regrette les temps..." L'influence de Musset sur "Credo in unam" serait inévitablement à approfondir, mais "Namouna" est un poème dont la conception est très proche de celle de "Rolla" et si les poèmes n'appartiennent pas aux mêmes sections des recueils de Musset, ils tendent à être rapprochés l'un de l'autre. Comme on peut le vérifier dans l'édition de référence de Frank Lestringant au Livre de poche des Poésies complètes de Musset, "Namouna" est le poème conclusif de la deuxième partie "Un spectacle dans un fauteuil" et "Rolla" le poème qui ouvre la troisième partie "Poésies nouvelles". Il existe d'autres distributions en recueils des poèmes de Musset, mais ces deux pièces ne sont jamais éloignées l'une de l'autre me semble-t-il. Or, puisque "Rolla" est une des sources les plus évidentes à la composition de "Credo in unam", il n'est pas anodin de rapprocher les vers suivants de Rimbaud d'autres de "Namouna" :
Je crois en Toi ! je crois en Toi ! Divine mère !
Aphroditè marine ! - Oh ! la vie est amère,
Depuis qu'un autre dieu nous attelle à sa croix !
[...]

Dans le poème de l'incroyant Hassan, nous lisons tes vers au chant troisième :
[...]
Avant de lire un livre, et de dire : "J'y crois !"
Analysez la plaie, et fourrez-y les doigts ;
Il faudra de tout temps que l'incrédule y fouille,
Pour savoir si son Christ est monté sur la croix.
Pour l'instant, le lecteur peut avoir le sentiment qu'en-dehors du cas de "Rolla", les rapprochements entre des passages de Musset et des vers rimbaldiens de 1870 sont plus suggestifs qu'assurés. Rimbaud étant à l'évidence imprégné de la lecture de Musset à l'époque, les rapprochements ne sauraient cessés d'être pertinents, ils suffisent qu'ils illustrent un unisson érotique rebelle au christianisme, sachant que dans "Credo in unam" Rimbaud déclare une foi à Vénus ce qui l'oppose déjà à Hassan qui lui ne croit à rien. Mais, dans le cas des "Sœurs de charité", vu que les réécritures ne sont pas ostentatoires, pour les discréditer, notre lecteur pourrait vouloir recourir à l'argument suivant : le poème "Les Sœurs de charité" est daté de juin 1871, il vient après la répudiation du "quatorze fois exécrable" romantique fustigé dans la lettre du 15 mai 1871 envoyée à Demeny. Et c'est peut-être une belle erreur de se servir de ce prétexte pour s'interdire tout rapprochement ultérieur avec Musset. Rappelons que dans la célèbre lettre du voyant Rimbaud cite précisément le poème "Namouna" ce qui signifie qu'il l'a suffisamment à l'esprit pour oser ainsi l'évaluer :
[...] Ô ! les contes et les proverbes fadasses ! Ô les nuits ! Ô Rolla, ô Namouna, ô la Coupe ! Tout est français, c'est-à-dire haïssable au suprême degré ; français, pas parisien ! [...] Printanier, l'esprit de Musset ! Charmant, son amour ! [...]
Je ne vais pas m'arrêter ici sur l'injustice du jugement rimbaldien, ni même sur son côté paradoxal puisque dans "Namouna" Musset prétend indigner par un propos sulfureux qui dénoncerait l'hypocrisie. Mais si Rimbaud réagit aussi vivement à la lecture de Musset, cela peut déjà inviter à méditer sur une influence subie. Pourquoi ne pas lire la production ultérieure de Rimbaud en cherchant à cerner ses réactions fussent-elles d'hostilité à la poésie de Musset ? Ce rejet complet est-il par ailleurs complètement sincère ? Et puis, le poème "Les Sœurs de charité" n'aurait-il pas été l'occasion pour Rimbaud pour dire autrement que par de la prose de colère ce qu'il pensait devoir faire en poésie en partant de l'exemple de Musset considéré comme un échec ?
Il y a plusieurs indices qui montrent que la production de Rimbaud de mai à au moins juillet 1871 a continué de se préoccuper du modèle littéraire qu'était l'auteur de Lorenzaccio. En développant l'idée d'un poète en quête d'un idéal s'incarnant dans une femme, le poème "Les Sœurs de charité" s'attaque à un thème dont plusieurs prédécesseurs poètes sont des représentants, et notamment Musset. Et la Femme devenue Passion est métaphorisée en "Nuit" au sixième des dix quatrains du poème, ce qui peut inviter à songer à l'ensemble des "Nuits" de Musset, ensemble lui aussi énuméré par Rimbaud dans sa répudiation du 15 mai 1871. Il faut déjà l'affirmer, il n'y a rien de vain à lire "Les Sœurs de charité" comme le développement d'une pensée rimbaldienne nourrie de la lecture de Baudelaire et de Musset, l'un étant adulé à l'époque, l'autre étant méprisé. Mais "Namouna" a une résonance qui va plus loin encore. Il s'agit d'un poème en sizains sur deux rimes, mais sans distribution symétrique permettant de parler de strophes au sens strict. Banville sera influencé par cette manière de composition de la part de Musset. Mais, à cette époque, de mai à juillet 1871, Rimbaud pratique un quintil sur deux rimes d'origine baudelairienne avec "Accroupissements", "L'Homme juste" et le fragment "Vous avez / Menti sur mon fémur..." Pour ce qui est de ce fragment, l'enjambement d'un vers sur l'autre de la construction verbale est étonnante. Musset n'a pas accompli une telle audace métrique dans le chant premier "Namouna", mais je trouve étonnant que la structure de Rimbaud "Vous avez / Menti" résonne aussi bien avec tel passage à la rime chez Musset :
                                 XXIV

Si d'un coup de pinceau je vous avais bâti
Quelque ville aux toits bleus, quelque blanche mosquée,
Quelque tirade en vers, d'or et d'argent plaquée,
Quelque description de minarets flanquée,
Avec l'horizon rouge et le ciel assorti,
M'auriez-vous répondu : "Vous en avez menti ?"
Musset épingle ici l'artifice de la couleur locale par les mots les plus directs dans les Orientales. Mais ce qui retient mon attention, c'est l'oralité qui passe de ce vers de Musset au fragment rimbaldien. Le poème "Namouna" est connu également pour un remarquable hiatus.
Le hiatus surgit à l'avant-dernier vers de la stance LX du chant deuxième et il est placé précisément avant la rime. Mais il convient de citer dans la foulée la stance LXI, puisque le poète fait retour sur sa création et la commente. La personne tutoyée est la Manon de l'abbé Prévost :
LX

Tu m'amuses autant que Tiberge m'ennuie.
Comme je crois en toi ! que je t'aime et te hais !
Quelle perversité ! quelle ardeur inouïe
Pour l'or et le plaisir ! Comme toute la vie
Est dans tes moindres mots ! Ah ! folle que tu es,
Comme je t'aimerais demain, si tu vivais !

LXI

En vérité, lecteur, je crois que je radote.
Si tout ce que je dis vient à propos de botte,
Comment goûteras-tu ce que je dis de bon ?
J'ai fait un hiatus indigne de pardon ;
Je compte là-dessus rédiger une note.
J'en suis donc à te dire... Où diable en suis-je donc ?
Le hiatus en question se love évidemment dans la formule qui sent son oralité : "folle que tu es", le "u" de "tu" et le "e" de la forme conjuguée du verbe être ne sont séparés par aucune consonne, ni par un "h", ni par un "e". Ce hiatus est en plus familier vu qu'il se fait sur des mots d'un usage plus que courant "tu" et "es". Il va de soi que cela fait quelques siècles qu'il ne se rencontre plus de hiatus en poésie. Les derniers datent de la fin du XVIe siècle, à moins d'en rencontrer au prix de bien des recherches pénibles au début du XVIIe siècle. Et des configurations de hiatus, il peut y en avoir un nombre élevé, cela ne saurait se limiter à la succession de "tu" et "es" bien évidemment.
Le hiatus de Musset relève d'une stratégie d'écriture, il est commenté et devient une provocation volontaire. Le poème "Namouna" pratique une mise en abîme à la manière des contes de Diderot et à la manière de son roman Jacques le fataliste et son maître. On peut penser aussi au poème liminaire des Amours jaunes composé par Tristan Corbière quelques décennies plus tard. Mais ce jeu de mise en abîme de la part de Musset s'accompagne de fautes dans la composition. Ici, il épingle un hiatus. Plus loin, il va se reprocher un "barbarisme", à savoir l'emploi d'un mot non reconnu par les dictionnaires : "mahométanisme" au lieu de "mahométisme", mais j'y reviendrai dans la suite de cette étude. Et Musset, tout comme Diderot, digresse, se demande s'il va arriver à la fin de son histoire, envisage de l'abandonner et finit dans le chant troisième par donner un récit expéditif de ce qu'il a trop tardé à raconter, de ce qu'il nous a trop longtemps fait attendre. Et tout cela s'accompagne de considérations persifleuses sur l'art littéraire avec cette idée notamment que quelqu'un qui écrit répète toujours ce qui a été écrit avant lui. Musset assimile l'écrivain explicitement à un planteur de choux qui imite la façon de faire de ses prédécesseurs. Encore une fois, "Namouna" est l'exemple parfait de ce que dénonce Rimbaud dans sa lettre à Demeny. Musset a une absence de visions, du moins si on prend au premier degré le discours qu'il tient dans "Namouna". Si on lit les raisonnements au premier degré de "Namouna", ils s'opposent terme à terme à l'ambition du poète qui veut être voyant et créer de l'inconnu. Et pourtant, c'est ce hiatus provocateur contenu dans "Namouna" que Rimbaud va très précisément reprendre dans le poème "L'Homme juste" qui, daté de juillet 1871 sur manuscrit, est donc une invention d'un mois et demi à deux mois et demi postérieure à l'envoi de la lettre à Demeny du 15 mai 1871. Un  mois et demi si c'est une composition du début de juillet, deux mois et demi d'écart si c'est une composition de la fin de ce même mois. Je cite le quintil rimbaldien dont je rappelle que sous influence baudelairienne il est sur deux rimes :
"[...]

"Et c'est toi l'œil de Dieu ! le lâche ! Quand les plantes
Froides des pieds divins passeraient sur mon cou,
Tu es lâche ! Ô ton front qui fourmille de lentes !
Socrates et Jésus, Saints et Justes, dégoût !
Respectez le Maudit suprême aux nuits sanglantes."
Hugo est visé dans ce poème et il est normal d'identifier des sources dans les recueils du grand romantique revenu d'exil, mais entre "folle que tu es" et "Tu es lâche", il n'y a pas l'ombre d'un doute, Rimbaud cite précisément le hiatus qu'il a lu dans "Namouna". Ce titre est cité avec désinvolture au pluriel dans la lettre à Demeny du 15 mai 1871, ce poème "Namouna" j'ai souligné qu'il était une source probable au poème "Les Sœurs de charité" du suivant mois de juin, et pas seulement à cause de la fière nudité à afficher. La nudité à afficher fièrement était un thème du poème "Credo in unam" où j'ai souligné un autre rapprochement troublant avec "Namouna", sachant que les reprises à "Rolla" sont réputées relever de l'évidence dans le cas de ce poème rimbaldien de 1870. Voilà qu'en juillet 1871 Rimbaud reprend le hiatus précis de Musset à partir de la succession du pronom personnel sujet "tu" et de la forme conjuguée "es" du verbe "être". Après le poème étendard de mai 1870, Rimbaud montre sur trois mois consécutifs de l'année 1871 qu'il continue de s'intéresser à la lecture de Musset, et en particulier aux vers de "Namouna". Et ceci étant désormais difficile à contester, il se trouve que dans une autre composition datée de juillet 1871, "Les Premières communions", nous pouvons soupçonner à nouveau l'influence de "Namouna". Le poème "Les Premières communions" a certaines irrégularités strophiques. Il passe notamment de la succession de sizains à la succession de quatrains. Il va de soi qu'une analyse permet de justifier ces variations de formes qui ont été assumées par le poète, et on peut renvoyer aux articles de Benoît de Cornulier sur le sujet. Mais intéressons-nous aux sizains sur deux rimes. "Namouna" est précisément un poème en sizains sur deux rimes, sauf que Musset ne suit pas un schéma préétabli. Dans le cas des "Premières communions", Rimbaud suit un modèle d'alternance élémentaire ABABAB. Ce modèle est appliqué aux six premiers sizains. En revanche, le septième sizain est irrégulier et j'ai envie de dire "à la Musset", puisqu'il subit une petite corruption en ABAABB. Il faudrait intervertir les rimes pour l'antépénultième et le pénultième vers. La corruption permet de prendre en faute un Curé en train de céder à la tentation de danser le french cancan, il a le "mollet marquant" dans une rime finale de sizain en "-quant". Le mot "danses" anticipe en étant lui-même à la rime au sein du même sizain. Ces sept sizains forment la partie numérotée I du poème. Un sizain isolé forme la partie numérotée II avant que nous ne passions à une succession exclusive de quatrains ABAB des parties III à IX de ce poème un peu particulier dans sa composition. Cependant, le sizain isolé en partie II, le huitième du poème donc, reprend le principe de l'alternance ABABAB. En revanche, il est connu pour sa reprise du mot "catéchistes" à la rime. Cela n'est guère innocent, puisque la corruption pour la rime en "quant" se fondait sur la mention "marquant" dans "mollet marquant" et cette fois la reprise du nom "Catéchistes" est poussée par la forme participiale "marquant" : "le marquant parmi les Catéchistes". J'observe que dans "Namouna" nous avons au chant premier stance XLIV une rime "catéchisme", "sophisme", "paroxysme" avec le mot "catéchisme" en fin du premier vers de la stance. Puis, toujours au chant premier, à la stance LXXIII, nous avons une rime "mahométanisme", "christianisme" et "barbarisme", en sachant que le barbarisme dénoncé est le mot "mahométanisme". Cette forme semble avoir eu quelques occurrences au dix-huitième siècle, notamment sous la plume de Voltaire, mais elle n'est pas reconnue par les dictionnaires. La forme correcte est mahométisme. On peut évidemment apprécier la mise en tension entre "mahométanisme" et "christianisme" qui aggrave l'impression de "barbarisme" en quelque sorte. Notons également qu'à proximité de la mention "catéchisme" à la rime dans la stance XLIV nous rencontrons une mention "communié" au dernier vers de la stance XLVI liée à une ivresse, le mot "danse" étant lui-même à la rime dans la stance suivante XLVII :
XLVI
Mais à cette bizarre et ridicule ivresse
Succédait d'ordinaire un tel enchantement
[...]
Il eût communié dans un pareil moment.

[...]
Tous les épanchements du monde entraient en danse,
[...]

Il va falloir se faire à l'idée d'un nouveau sujet d'enquête. Le poème "Les premières communions" ne s'inspire-t-il pas du récit d'incroyant de "Namouna", mais en passant du personnage insouciant, sans remords, à la fille torturée par le conflit entre ses attentes et son éducation ? La réponse me semble devoir être "oui", imparablement.
Enfin, je me permets de livrer en bonus cette considération spéciale. Il est clair que les quintils sur deux rimes de "Accroupissements", "L'Homme juste" et du fragment "Vous avez / Menti..." s'inspire des poèmes en quintils baudelairiens qui sont les seuls à pouvoir avoir servi de modèle, à ceci près que la quasi-totalité des quintils baudelairiens sont en fait de faux-quintils et plus précisément des quatrains avec répétition du premier vers.
Pour précision, un quintil ne peut pas être sur trois rimes, il est nécessairement sur deux rimes, mais la forme canonique des quintils est d'associer un distique à un tercet, soit AABAB soit ABAAB. Baudelaire corrompt le modèle du quintil à partir de quatrains de rimes embrassées ou croisées allongées d'une reprise du premier vers : ABABA, modèle nettement repris par Rimbaud, ou modèle ABBAA. Notons tout de même que Baudelaire ne s'est pas tout le temps tenu à un faux-quintil, il existe des quintils baudelairiens où le cinquième vers n'est pas une répétition du premier, même s'il en reconduit la rime. Mais, peu importe, le modèle baudelairien est indéniable. Dans le cas de "Accroupissements", il faut y ajouter les allusions appuyées à la manière de Baudelaire de faire se suivre quantité de comparaisons et ces allusions sont doublées d'une allusion à certaines audaces à la césure avec la distribution de la forme "comme un". Il faut songer en particulier au poème "Un voytage à Cythère", source majeur au poème "Oraison du soir" composé à Paris à la fin de l'année 1871 sinon au début de l'année 1872. Or, dans le cas de "L'Homme juste", il est question d'une charge à l'encontre de Victor Hugo où finalement Rimbaud reprend de manière ostentatoire un hiatus de Musset et une forme strophique initiée par Baudelaire. A quoi peut bien jouer notre poète ? me direz-vous. J'aurai l'amabilité de vous laisser chercher un petit peu, mais en vous fournissant un indice.
Dans le poème "L'Homme juste", nous avons droit à un bestiaire qui me fait irrésistiblement songer à Baudelaire, les "lices" et les "lentes". Les deux noms d'animaux sont à la rime, mais c'est le mot "lices" qui retient plus particulièrement mon attention. Je cite les deux vers en question :
[...]
Juste ! plus bête et plus dégoûtant que les lices !
[...]

[...]
Tu es lâche ! Ô ton front qui fourmille de lentes !
[...]
Difficile pour moi de ne pas songer au poème liminaire "Au lecteur" des Fleurs du Mal, poème de Baudelaire qui au passage tient compte des recueils de Lamartine dont il réécrit certains vers, car "- Hypocrite lecteur, - mon semblable, - mon frère !" est une réécriture méconnue d'un vers de Lamartine. Notons qu'on retrouve le thème de l'hypocrisie que Musset ne semble pas avoir traité de manière convaincante à s'en fier à la réaction de colère de Rimbaud.
Or, dans les quatrains de "Au lecteur", nous retrouvons une mention du mot rare "lices" à la rime ! Mais dans le vers de Rimbaud, je relève aussi les comparatifs de supériorité "plus bête et plus dégoûtant", d'autant que la seconde occurrence de "plus" est précisément placée acrobatiquement à la fin du premier hémistiche, devant la césure.
Or, dans le poème de Baudelaire, dans le quatrain qui suit celui comportant "lices" à la rime, Baudelaire nous offre une suite de trois comparatifs dans un vers et au vers suivant il fait une césure acrobatique rare sur la conjonction de coordination "ni". J'ai du mal à ne pas ranger cela dans les coïncidences troublantes.

Mais parmi les chacals, les panthères, les lices,
Les singes, les scorpions, les vautours, les serpents,
Les monstres glapissants, hurlants, grognants, rampants,
Dans la ménagerie infâme de nos vices, 

Il en est un plus laid, plus méchant, plus immonde !
Quoiqu'il ne pousse ni grands gestes, ni grands cris,
[...]

A suivre toujours !....

jeudi 2 juin 2022

Bonbonnel et Tartarin, une piste...

Dans l'Album zutique, nous rencontrons un certain nombre de sonnets en vers d'une syllabe. Alain Chevrier avait publié un livre sur les poèmes contenant des vers d'une syllabe qui, du coup, permettait de situer des antériorités, des sources, des modèles dans une histoire. Mais cela ne suffisait pas. En 2009, dans un article de la revue Europe, j'ai cité un article décisif de Paul Verlaine en 1865 qui épinglait le goût de Barbey d'Aurevilly pour les poèmes en vers d'une syllabe d'Amédée Pommier. J'identifiais ainsi le début de réactions en cascades qui nous valurent plusieurs compositions satiriques. Barbey d'Aurevilly a très mal pris l'article de Verlaine, ce qui explique que dans ses railleries contre le Parnasse l'auteur des Poèmes saturniens ait une bonne place. Mais cela allait plus loin. Sans ce renvoi à l'article de Verlaine de 1865, nous étions dans un simple constat qu'un sonnet célèbre en vers d'une syllabe de l'époque romantique "Fort / Belle, / Elle / Dort /..." avait servi de modèle à Alphonse Daudet pour son "Martyre de saint Labre" du Parnassiculet contemporain, et, séduit par l'expérience, les membres du Cercle du Zutisme de 1871 avaient décidé de reprendre ce moule et de faire de ce type de composition une mode. Chevrier ou les rimbaldiens auraient dû être alertés sur le fait que le sonnet de Daudet était une satire agressive de la poésie de Verlaine, mais il n'en fut rien. Ainsi, l'article où Verlaine raille Barbey d'Aurevilly très précisément sur son intérêt pour les acrobatiques et futiles vers d'une syllabe de Pommier confirmait l'idée de bon sens que les sonnets en vers d'une syllabe de l'Album zutique étaient une réplique de Verlaine et de proches des tenants de la poésie du Parnasse contemporain au mépris de Daudet et de Barbey d'Aurevilly. La forme du sonnet en vers d'une syllabe entrait désormais dans une histoire documentée de conflit par satires interposées. Et nous constations une superposition des cibles, puisque les sonnets en vers d'une syllabe épinglaient à la fois Amédée Pommier et Alphonse Daudet, voire englobaient Barbey d'Aurevilly.
Dans l'ensemble de l'Album zutique, nous relevons la présence d'autres poèmes en vers courts de deux ou trois syllabes, incluons même le cas des vers de quatre syllabes, et il se trouve qu'Amédée Pommier s'était adonné lui-même à ces acrobaties. Nous passions d'un constat théorique premier qui veut que les vers de une à trois syllabes soient considérés comme des acrobaties et même pas de la poésie à un conflit polémique où certains écrivains frustrés, rancuniers, hostiles au Parnasse, traitent d'acrobaties des aspects intéressants de la poésie parnassienne, des rimes riches de Banville, etc., à une polémique où ces mêmes poètes qui déconsidéraient les acrobaties des parnassiens affectionnaient de rehausser ce qui, de tout temps, a passé pour ridicule et antipoétique en poésie, puisque réellement Amédée Pommier et Barbey d'Aurevilly trouvaient réussies les performances en vers d'une syllabe. Le cas du sonnet du Parnassiculet contemporain est différent, puisque Daudet n'ignore pas la réponse de Verlaine à Barbey d'Aurevilly. Mais, il est intéressant de voir les nouvelles implications qui en résultent. Dans sa réponse à Barbey d'Aurevilly, Verlaine prenait la défense des audaces de Banville et expliquait très clairement qu'avec une mauvaise foi insigne le "Connétable des Lettres" traitait de sottises des tours rhétoriques amusants mais habiles pour célébrer une écriture indigente dans un format moins acrobatique que bancal. En attribuant à Verlaine un sonnet en vers d'une syllabe, Daudet réplique en sous-entendant que les acrobaties de Banville ou de Pommier sont du même ordre, sont interchangeables. Et la réponse de Daudet ne va pas sans maladresse, puisqu'elle donne raison finalement à Verlaine d'avoir dénoncé le mauvais goût de Barbey d'Aurevilly et surtout parce qu'elle dénonce l'hypocrisie générale de Daudet lui-même, l'auteur des "Prunes", poème en triolets enchaînés. Daudet dénonçait le Parnasse ou la mièvrerie, mais les poèmes de son recueil Les Amoureuses témoignaient de la volonté de Daudet de faire comme tous ceux dont il prétendait se moquer. Daudet s'est alors enfermé dans une conception de la poésie comme persiflage. Daudet publie des poèmes dans ses écrits en prose pour illustrer la bêtise des poètes, ainsi dans Le Petit Chose. Daudet écrit des vers de mauvaise qualité, mais la mauvaise qualité est un fait exprès. Reste que Daudet peut difficilement faire oublier que cette stratégie de persiflage n'était pas celle de son premier recueil tombé dans l'oubli à un poème près, Les Amoureuses.
Je le fais entendre dans mes divers articles sur l'Album zutique : il ne faut pas se contenter d'étudier les seules contributions de Rimbaud, ou les seules contributions de Rimbaud et de Verlaine. Il convient de faire une grande revue critique de toutes les allusions à Daudet sur l'ensemble de l'Album zutique. Et, bien évidemment, avec une patience obligée, je continue d'affirmer que les triolets enchaînés du "Cœur supplicié" sont une preuve accablante de l'importance de Daudet dans les parodies zutiques, la preuve d'une pratique de poésie zutique de Rimbaud à Paris avant la Commune quand il a rencontré à tout le moins André Gill, etc. Et je rappelle que "Mes Petites amoureuses", avec son mot de titre, son "mouron" et ses "caoutchoucs" renvoient aussi à Daudet et à deux au moins de ses œuvres : Les Amoureuses et Le Petit Chose (roman paru en 1868 avec un chapitre intitulé "Les Caoutchoucs"). Il y a toute une conception zutique des poèmes inclus dans les lettres "du voyant" à la clef.
Mais, revenons-en au cas des poèmes en vers courts de Rimbaud. celui-ci n'a composé qu'un seul poème en vers d'une syllabe : "Cocher ivre", et ce poème n'est que le troisième d'un ensemble. Rimbaud a composé un sonnet en vers de deux syllabes "Jeune goinfre" et un poème en vers de six syllabes "Paris" et enfin le sonnet en vers d'une syllabe "Cocher ivre".
Je ne vais pas m'attarder sur le fait que nous ayons une 1ère série de deux sonnets et une 2ème série d'un seul sonnet. L'explication la plus probable qui est généralement avancée, c'est que Rimbaud n'a pas pu terminer son ensemble de trois poèmes suite à des interventions d'autres membres du cercle sur le feuillet de transcription de la première série. Il est sensible que Rimbaud voulait imiter la série de trois sonnets en vers d'une syllabe initiée par Léon Valade. Mais peu importe ! Les trois sonnets ont le même titre "Conneries" et dans mon article de 2009 où j'avançais cette source : l'article de Verlaine fustigeant l'intérêt de Barbey d'Aurevilly pour les niaiseries d'Amédée Pommier, j'avais souligné que "conneries" était une réécriture subtile, reprenant le mot d'esprit bien zutique "con" exploité par Valade quelques feuillets auparavant dans ses propres sonnets, tout en offrant la réécriture injurieuse de plusieurs titres de recueils de vers d'Amédée Pommier : "colifichets", "crâneries", etc. Le jeu portait sur la reprise des syllabes initiale et finale "co-" et "ries", et bien sûr le mot "niaiseries" apparaissait en filigrane dans un renvoi à l'affrontement entre Verlaine et l'auteur du roman L'Ensorcelée.
Et il faut bien suivre ce qu'il se passe. Non seulement nous avons atteint la conclusion que les vers d'une syllabe de l'Album zutique ciblent la production d'Amédée Pommier, mais il y a deux extensions : une aux vers courts de deux, trois, sinon quatre syllabes, et une autre qui inclut Alphonse Daudet. Mais ce n'est pas tout. En général, les poèmes de l'Album zutique sont suivis de deux signatures, une fausse et une vraie. Une première signature indique une cible parodique et une seconde signature indique l'auteur réel de la parodie ou satire. Dans certains cas, notamment au début du cercle, un recueil est également mentionné comme référence parodique, c'est le cas des surtitres "L'Idole" ou "Les Lèvres closes". Or, les trois "Conneries" de Rimbaud n'ont pas la fausse signature prêtée à la cible parodique. En établissant que le mot "Conneries" est une réécriture de titres de recueils d'Amédée Pommier, j'ai donc établi pour la première fois que les trois poèmes "Jeune goinfre", "Paris" et "Cocher ivre" étaient des faux poèmes d'Amédée Pommier. Je précisais au passage que Pommier avait publié une plaquette intitulée "Paris" et qu'il exprimait souvent ses idées politiques dans ses poèmes, pensée proche de celle de Barbey d'Aurevilly précisément. J'essayais aussi de rappeler que seuls les vers d'une syllabe étaient liés à Pommier, ce qui veut dire que la forme du sonnet en vers d'une syllabe impliquait un autre modèle parodique de référence, non pas Paul de Rességuier ("Fort / Belle, / Elle / Dort/..."), mais bien Daudet avec son "Martyre de saint Labre". Puis, Steve Murphy avait déjà montré que le poème en vers de deux syllabes "Jeune goinfre" avait déjà un modèle parodique dans La Comédie enfantine de Louis Ratisbonne, avec en prime des allusions comiques à Paul Verlaine.
En clair, les "Conneries" sont une référence complexe à tout un lot d'ennemis politiques et poétiques du Parnasse, avec pour base principale les noms d'Amédée Pommier et d'Alphonse Daudet, avec extension immédiate à un prosateur Barbey d'Aurevilly, et on voit que la superposition de cibles parodiques avec Louis Ratisbonne dans le cas de "Jeune goinfre" crée un système de référence à une poésie immature réactionnaire. Tout cela a été bien pensé, mais malheureusement j'ai l'impression que les gens ne retiennent de ma démonstration que la mise en avant des références aux vers d'Amédée Pommier. J'ai évidemment renforcé ce constat en soulignant à quel point l'ensemble des poèmes en vers d'une syllabe contenus dans l'Album zutique citait des vers d'une syllabe des deux poèmes modèles d'Amédée Pommier, mais j'ai montré que d'autres poèmes en vers courts d'Amédée Pommier étaient cités, et parfois aussi des alexandrins. Mais cela ne doit pas chasser le cas Daudet notamment. On le voit très bien avec le modèle que fournit son "Martyre de saint Labre". Dans le cas du sonnet en vers d'une syllabe, "Cocher ivre", j'ai souligné que le mot "cocher" venait de poèmes en alexandrins de Pommier ou que certains vers s'inspiraient d'un poème en vers de deux syllabes du même Pommier. D'ailleurs, je précise que je n'ai jamais publié le dossier complet de toutes les réécritures de Pommier que j'ai pu observer sur l'ensemble de l'Album zutique... Mais, nous en arrivons au cas du sonnet en vers de six syllabes "Paris".
Peut-être que tout au long de la lecture du présent article, vous avez déjà eu envie de me répliquer que les poèmes en vers courts ne vont pas que jusqu'à quatre syllabes, mais jusqu'à six syllabes à cause de ce sonnet "Paris". Il va de soi que je m'en suis tenu à mentionner la réalité historique. Dans l'histoire de la poésie en vers, les poèmes en vers de une à trois syllabes sont rejetés comme en-dehors de la poésie, et une tolérance commence avec les vers de quatre syllabes. Et, du coup, c'est l'exploitation de ces quatre mesures qui est sensible dans les divers recueils d'Amédée Pommier, lequel se faisait appeler le métromane et insistait sur ses choix acrobatiques de mesures, mais lequel n'a publié que deux poèmes en vers d'une syllabe, ce qui veut bien dire que les autres poèmes en vers courts sont également à identifier comme acrobatiques et remarquables à ce titre dans ses recueils.
Il va pourtant de soi qu'en 1871 les vers de cinq syllabes n'ont rien d'acrobatique en poésie, ils sont assez courts pour imposer une certaine idée d'envoûtement musical par le rythme et par la rime, pensons à "Soleils couchants" de Verlaine, mais ils ne sont pas acrobatiques au même titre que les vers de une à trois syllabes. Et si j'ai inclus les vers de quatre syllabes dans un cas-limite, rappelons un autre poème célèbre de Verlaine : "Chanson d'automne" où les acrobaties métriques à la rime sont soulignées en tout cas par l'audace de l'avant-dernier vers : "Pareil à la [...]", puisque le but de Daudet avec son "Martyre de saint Labre" est de railler les prétentions rythmiques de Verlaine dans l'emploi des vers courts notamment.
Or, le sonnet en vers de six syllabes "Paris" est d'un autre ordre. Il y a bien l'idée d'un vers court, mais cette fois l'idée est de souligner que le sonnet a des vers de la longueur d'un hémistiche. Le discours de Rimbaud, c'est de dire que, la forme du sonnet étant mondaine, l'emploi du vers chansonnier de six syllabes ne permet toujours pas à un sonnet de prétendre à un quelconque sérieux. J'ose croire que les lecteurs ne vont pas me dire que j'extrapole, que j'interprète sans preuve. Il faut un peu de sentiment de l'histoire des codes poétiques pour lire de la poésie, il est assez évident que le sonnet en vers de six syllabes joue sur les codes, sur les bienséances si on peut citer un terme qui vient d'un autre cadre théorique littéraire. Je ne trouve pas vain de souligner que le vers de six syllabes fait une référence par défaut à l'alexandrin en hémistiches de six syllabes non plus.
Le poème "Paris" est composé plutôt de groupes nominaux juxtaposés, il contient peu de phrases. Mais je voudrais insister sur ce qui me désespère dans l'évolution de la recherche rimbaldienne. Bien avant 2009, la lecture du sonnet "Paris" a progressé. Il y a un florilège de noms propres qui ont appelé d'intéressants commentaires de la part de l'éditeur initial de l'Album zutique, puis de la part de différents rimbaldiens, notamment Steve Murphy, Bernard Teyssèdre et Yves Reboul. L'article de ce dernier intervenant a contribué également à recadrer la réflexion sur la composition d'ensemble du sonnet, tant on pouvait assister à un émiettement de références onomastiques.
Mais ce qui me frappe, c'est que depuis que j'ai souligné que le titre "Conneries" qui chapeaute les trois sonnets "Jeune goinfre", "Paris" et "Cocher ivre" est une réécriture de titres de Pommier, l'idée de l'importance de renvois parodiques à Pommier ne concerne véritablement que "Jeune goinfre" et "Cocher ivre", tandis que la référence à Daudet ne retient guère l'attention. Il est vrai qu'avant 2009 Chevrier avait déjà envisagé une allusion à Pommier dans "Paris", et cela tout à fait indépendamment de la question des vers d'une syllabe. Pourtant, la lecture du sonnet "Paris" demeure dans un lot de mises au point historiennes indifférente à tout conflit littéraire d'époque. Plusieurs noms sont cités dans le poème. Très bien, à l'époque, Veuillot était ceci, Mendès était ceci, Leperdriel c'était ceci, Bonbonnel, c'était cela, et ainsi de suite. On constate bien que le nom "Leperdriel" figure dans un dizain de Coppée qui a en prime dû inspirer quelque peu le sonnet "Vénus Anadyomène" de Rimbaud, mais tout se passe dans une approche où les convergences littéraires sont secondes par rapport à l'élucidation historique des noms propres.
Pour moi, il faut lire "Paris" en fonction du groupe parodique ciblé. Amédée Pommier est ciblé à cause du titre "Conneries" et des sonnets avoisinants, Barbey d'Aurevilly et Daudet le sont. Le poème "Jeune goinfre" permet d'envisager que Louis Ratisbonne est aussi une cible parodique de "Paris", et la mention "Leperdriel" implique désormais également le poète anticommunard d'actualité en octobre 1871 François Coppée, lequel est la cible parodique privilégiée des zutistes qui plus est, au-delà même de Daudet.
J'ai l'impression que les rimbaldiens se contentent de lire très bien la satire politique qu'est "Paris", sans se préoccuper de la cible littéraire des auteurs parodiés (je n'ai pas de meilleur mot que "parodiés" qui me vient à l'esprit pour l'instant). Et dans ce sonnet "Paris", le poète Manuel est cité, lequel est lui aussi parodié dans l'Album zutique, et pensons au titre de son recueil de "poèmes populaires" qui a une résonance politique sarcastique sous la plume de Valade. Dans ce sonnet, Catulle Mendès est cité également, cette cible parodique de Rimbaud dans des poèmes contemporains qui ne font pas partie de l'Album zutique mais qui en partagent un certain esprit "Les Chercheuses de poux" et "Oraison du soir", sans oublier le cas plus complexe de deux sonnets dits "Immondes" joints au "Sonnet du Trou du Cul" ultérieurement.
Il se passe quelque chose que les rimbaldiens ne mettent pas en exergue.
Et j'en arrive à l'idée d'une allusion à Daudet lui-même dans le sonnet "Paris". Nous savons qu'il est une pièce essentielle du dossier des sonnets en vers d'une syllabe. Il est quand même remarquable que bien que le sonnet "Paris" ne soit pas en vers d'une syllabe, ni de deux, il ait permis de supputer une influence d'un poème d'Amédée Pommier d'une part, et d'autre part il contiendrait une allusion directe à une publication de Daudet, sachant que les allusions à Daudet dans l'Album zutique vont bien au-delà du "Martyre de saint Labre". On voit bien qu'il y a un système de références qui est continuellement mobilisé. C'est important de ne pas le lâcher.
En clair, c'est la mention "Bonbonnel" qui a retenu l'attention. Il s'agit d'un personnage de notoriété publique à l'époque, il est toujours en vie, il a participé à la guerre franco-prussienne. Pia, Murphy, Teyssèdre, etc., nous livrent des notices biographiques pour que nous appréciions le sel humoristique de sa mention toute ramassée dans le poème. Mais il y a un aspect troublant. Bonbonnel a servi de modèle au personnage du roman de Daudet Tartarin de Tarascon. Bonbonnel était un chasseur de panthères connu et Tartarin est un "chasseur de lions". On peut également apprécier les échos entre les noms. Tartarin fait écho au nom de ville Tarascon, mais le positionnement de la consonne "T" crée un effet de redoublement similaire à celui du "b" dans "Bonbonnel". Les deux noms sont des trisyllabes par ailleurs.
Le problème, c'est que Tartarin de Tarascon n'a été publié qu'en 1872, il ne peut être une source à la parodie zutique si on s'en tient à ce fait.
Tout de même, le rapprochement des dates est troublant. Le poème "Paris" avec la mention "Bonbonnel" doit dater de la fin du mois d'octobre 1871, il semble évident que la publication en livre de Tartarin de Tarascon en 1872 pouvait être anticipée par des échos dans la presse, et rappelons à quel point le dépouillement de la presse au quotidien intéresse à la fois la compréhension de l'Album zutique et de plus en plus l'ensemble du corpus rimbaldien.
Or, le roman Tartarin de Tarascon a connu une prépublication. Daudet s'est inspiré une première fois du chasseur Bonbonnel dans une nouvelle publiée en 1863 qui s'intitulait "Chapatin, tueur de lions". Ensuite, le roman Tartarin de Tarascon a connu deux prépublications dans la presse, mais sous une forme différente de celle qui a été publiée en 1872. Le héros ne s'appelait pas encore "Tartarin", mais "Barbarin", et on appréciera que dans cette première version nous nous éloignions du calembour avec le nom de ville Tarascon pour nous rapprocher du jeu de redoublement du "b" dans le nom du modèle "Bonbonnel" avec en prime la signification portée de personnage barbare.
La première partie du roman Tartarin de Tarascon fut publiée en décembre 1869 dans le journal Le Petit moniteur du soir, ce qui, au passage, nous rappelle l'importance de la publication des Promenades et intérieurs dans des titres de presse similaires : Monde illustré et Moniteur universel. Puis, l'intégralité du récit fut publiée en février et mars 1870 dans le journal Le Figaro et le titre à rallonge était alors le suivant : "Le Don Quichotte provençal ou les aventures prodigieuses de l'illustre Barbarin de Tarascon en France et en Algérie". Le nom de "Don Quichotte" me fait songer à certains sonnets de Valade, mais laissons cela. Je n'ai pas encore lu les anciennes versions du roman quand le héros s'appelait encore "Barbarin". En revanche, je possède la version publiée habituellement et je constate que Tartarin est aussi un chasseur de casquettes. Les premiers chapitres décrivent le milieu social de Tarascon de manière sarcastique en ramenant tout à la supériorité farcesque du héros Tartarin, quintessence de la ville. Je trouve déjà que ça alimente une lecture du sonnet "Paris" qui serait un peu le déplacement de la satire qui déplut beaucoup aux tarasconnais à l'époque sur la capitale de la France. Puis, la prépublication dans le Figaro retient également mon attention. Il s'agit d'un journal compatible avec les cibles zutiques que sont Barbey d'Aurevilly, Daudet, Pommier, Ratisbonne, Coppée, le Monde illustré, le Moniteur universel, etc. Pensons à d'autres contributions zutiques, de Charles Cros notamment. Mais un autre rapprochement me vient en tête. En 1878, le journal Le Figaro a publié un long poème en vers d'une syllabe attribué à Baudelaire, poème qui est parfois mentionné et inclus dans les œuvres complètes de Baudelaire. Or, j'ai souligné que ce poème réécrivait des vers de Rimbaud, notamment la fin de "Cocher ivre", fin qui supposait une réécriture de Pommier qui plus est. Or, en octobre 1871, Baudelaire n'était déjà plus de ce monde. Avec un bon sens implacable, je prétends que le poème publié en 1871 n'est pas de Baudelaire, mais de personnes qui ont eu accès à l'Album zutique. Il s'agit d'une parodie en retour. Il s'agit de gens hostiles à Rimbaud et Verlaine, mais qui récupèrent la pratique dans un jeu de brouillage entre les sarcasmes de Daudet et des zutistes, sarcasme du tout vaut-tout qui rabaisse tout le monde. C'est du Parnassiculet contemporain répondant à l'Album zutique. La satire se mélange avec une sorte de fascination, peu importe ici. Ce que je constate, c'est qu'on tourne en boucle. Après la prépublication du roman de Daudet dans Le Figaro en 1870, un an après la bombe voulue anonyme du Parnassiculet contemporain, nous avons une réécriture d'un sonnet zutique alors inédit de Rimbaud "Cocher ivre" qui paraît dans le journal Le Figaro en 1878, peu avant l'amnistie des communards si je ne m'abuse, peu avant les parodies de Champsaur, peu avant l'émergence de nouveaux cercles se réclamant du zutisme mais selon un esprit de mépris politique et poétique à l'égard de Rimbaud et Verlaine, car Goudeau, Champsaur et Rollinat étaient plus proches d'un Daudet en réalité. Certes, il y a eu le retour de Charles Cros, la reprise du nom "zutique", puis "Le Chat noir" et des participations de Verlaine, mais il ne faut pas perdre de vue le problème de la galaxie Goudeau, Rollinat, Champsaur, les hydropathes n'étaient pas intéressés par les poésies de Rimbaud et de Verlaine, ils étaient intéressés par un zutisme compris à la façon du Parnassiculet contemporain. Et si je pense ne pas avoir à insister sur l'idée d'hostilité de la publication du Figaro en 1878, il faut peut-être peser dans la balance que "Paris" qui cite le nom du chasseur "Bonbonnel" (Bombonnel selon l'orthographe correcte non fantaisiste) cible le journal Le Figaro avec sa prépublication d'une première version de Tartarin de Tarascon.
Pour moi, c'est clairement ce qui manque dans les mises au point rimbaldienne sur les contributions zutiques qui ont un statut parodique phare qui concerne tout autant "Paris" que les "Vieux Coppées" et réécritures de Mérat, Silvestre et quelques autres.
Enfin, dans le poème, il est question d'un mystérieux "chat des Monts-Rocheux" dans le poème "Honte" dont se demander s'il ne s'inspire pas en partie de publications de Glatigny dans le journal hugolien Le Rappel à la fin de l'année 1871, et au début de l'édition définitive de Tartarin de Tarascon, je découvre que Rimbaud a bien pratiqué une variation sur un poncif dont Daudet offre une illustration très proche du poème de Rimbaud :

C'était l'ours gris des montagnes Rocheuses qui se dandine, et qui se lèche avec une langue pleine de sang. [...] (Tartarin de Tarascon, "premier épisode", "4 Ils!...")

C'est vers le tout début du roman. Le chat des Monts-Rocheux est soit un puma (félin donc, noter un des noms en anglais du puma "catamount"), soit un carcajou, le fameux putois d'Amérique ou moufette envisagé par Suzanne Briet. Il existe d'autres assimilations du puma à un chat, et la structure lexicale "chat des Monts-Rocheux" appelle plusieurs commentaires. Le puma est aussi appelé "lion des montagnes". Face à la progression humaine en Amérique du Nord, il s'agit de l'habitat naturel final qui lui est concédé en gros, et l'idée de lion des montagnes a une autre contrepartie, celle de "lion de l'Atlas", et dans le roman de Daudet Tartarin finit par s'affronter dans une sorte de réalité de cirque à un "lion de l'Atlas" baladé en cage. Je remarque dans la citation de Daudet ci-dessus que si le grizzly est plutôt une variété d'ours brun, il semble parfois être envisagé comme grisâtre et il y a inévitablement un jeu d'équivoque de "grizzly" à "ours gris", puisque l'ours des montagnes Rocheuses est le grizzly. L'appellation "chat des Monts-Rocheux" a-t-elle une intention persifleuse ? Chat et non lion des montagnes. Dans Tartarin de Tarascon, au moment de l'affrontement avec le lion de l'Atlas, on a une confirmation que le prétendu baobab dérisoirement petit de Tarascon pourrait n'être qu'un navet fantasmé en plante exotique.
Certains rimbaldiens veulent penser, suite à un indice de la correspondance de Delahaye, que "Monts-Rocheux" est un jeu de mots pour Roche, ce qui pour moi est absurde au plan du poème "Honte" qui n'a aucun statut de private joke connu, et l'être monstrueux désignerait un être ou une personne de cette localité ardennaise. Il me semble cent mille fois plus naturel d'en demeurer à la lecture qui va de soi et que favorisaient les rimbaldiens jusqu'à Suzanne Briet (ou Bernard). Les Monts-Rocheux sont une corruption par trop évidente de Montagnes Rocheuses, le chat est une désignation féline. Le couguar ou puma est l'idéal, éventuellement le carcajou, puisque Briet exploitait l'idée du verbe "empuantir". Toutefois, le puma urine aussi sur son territoire et l'attaque par ruse définit directement sa façon de chasser. 
A suivre !

mardi 31 mai 2022

Mon soutien rimbaldien aux habitants du Donbass

[EDIT : j'inclurai plus tard quelques liens vidéos ou internet]

Opéré la semaine passée, je préfère attendre un peu avant de reprendre les publications rimbaldiennes.
Parlons de la guerre en Ukraine.
On le sait, on en a déjà parlé, il y a un problème de nazisme en Ukraine, et plus précisément les américains et l'Otan en général apprécient la motivation de la minorité nazie en Ukraine et ils les ont mis à des postes de commandement importants dans l'armée, tandis que le bataillon Azov devenu régiment a été intégré dans l'armée régulière, régiment ouvertement nazi et qui n'est pas le seul bataillon nazi en Ukraine, il y en a d'autres, mais celui-ci est le plus célèbre. J'ai déjà précisé aussi qu'en ce mois de mai 2022 il n'est pas impossible de voir des drapeaux spécifiquement nazis sur la place de l'Hôtel de Ville à Paris.
Pendant que les ânes qui regardent la télé traitent Poutine de nazi, l'Otan soutient et arme, en connaissance de cause, un bataillon qui arbore fièrement des insignes nazis et qui en étale d'autres symboles encore par l'abandon aux propos débridés, par l'exhibition de tatouages ou par des gestes de la main.
Sur certains médias, il est vrai très à droite, mais c'est le paradoxe de notre époque, Adrien Bocquet a pas mal témoigné de son travail d'infirmier militaire sur le front ukrainien pendant ce conflit. Il a révélé qu'à Butcha même il y a eu de la mise en scène des ukrainiens et il a ramené des tas de vidéos d'ukrainiens qui persécutent et tuent des prisonniers russes en violation des accords de Genève. J'ai déjà vu de telles vidéos sur le net. Vous en trouvez ne fût-ce qu'en épluchant les articles du site Donbass Insider. Il semble que le journal Libération ait voulu traiter cet Adrien Bocquet d'affabulateur. Il y a un parti nazi en Ukraine, très influent en 2014, qui s'appelle Svoboda, Liberté si on traduit, et en France c'est un journal qui s'appelle Libération, mais censé partir d'opinions politiques de gauche cette fois, qui s'occupe de combattre la vérité sur l'Ukraine et le Donbass pour ne pas dire plus... Drôle de monde ! Il faut dire qu'en France on a réélu pour un second mandat un individu louche qui a fait campagne en 2017 avec le titre osé Révolution. La novlangue est dépassée et de loin. C'est l'oxymore, le nouveau langage. On dit un mot pour décrire si pas son inverse du moins une réalité opposée.
Je trouve assez scandaleux que vous, les gens qui regardez la télé, vous ne soyez pas alertés par le fait que des ukrainiens se battent avec des insignes nazis et qu'on leur fournisse des armes. C'est quand même impressionnant ! Des gens vous disent : "Au nom de la gauche ou au nom de la démocratie occidentale, ne vous occupez pas de cet aspect-là des choses, et au contraire soutenez-les ! " Et vous vous exécutez ! Vous êtes sérieux ? vous n'avez pas dans un coin de vos têtes un turboréacteur pour vous dire que quelque chose n'est pas normal, qu'on vous cache une belle embrouille, qu'on vous manipule ? Puis, quelle facilité à ranger au placard vos saintes et saines indignations !
Bon, on va continuer un petit peu, j'en aurais des choses à vous montrer.
Je savais que des comiques russes piégeaient parfois des politiques avec des appels téléphoniques. Aussi incroyable que cela puisse paraître, ils ont piégé le second président Bush américain, qui a 75 ans, en se faisant passer pour Zelensky. Bush a tout de même senti que les questions étaient gênantes, mais il répondait quand même, incapable visiblement de mettre un terme soudain à l'entretien téléphonique et de prendre une initiative ferme. On remarquera qu'il explique à Zelesnky que sa mission est de tuer le plus de russes possible. Bush s'est déjà fait remarquer par un laspus à la Joe Biden ces derniers jours en citant l'invasion par l'initiative d'un seul homme de l'Irak au lieu de citer l'Ukraine, lapsus qui a été relayé mais peu commenté d'ailleurs, mais ici cette phrase sur la nécessité de tuer le plus possible de russes il faut tout particulièrement y prêter attention.
En fait, nous n'appartenons pas tous exactement aux mêmes générations, aux mêmes profils de générations, mais nous avons à peu près tous subi le lavage de cerveau de la guerre froide. Moi, je l'ai subi étant gosse. En plus, j'habitais la ville belge de Florennes, là où une base militaire accueillait les missiles américains tournés contre l'URSS. J'ai vécu à Florennes de 1974, mon année de naissance (ouais je suis tigre de bois comme Rimbaud, et en plus de 18 à 20 octobre même pour le zodiacal je suis proche de Rimbaud, dommage que l'astrologie ce soient des conneries), mais bref, j'ai vécu à Florennes de 1974 à 1986... Mais, malgré ce lavage de cerveau, dans le temps présent, de 2014 à 2022, j'arrive à voir qu'on veut me manipuler sur ce qu'il se passe en Ukraine et me donner une image négative des russes. Puis, j'ai subi d'autres manipulations. Vous pensez bien que je n'avais aucun recul à propos de la première guerre en Irak, lors de l'invasion du Koweit. Je n'avais pas non plus de recul sur la guerre en Yougoslavie et le faux charnier de Timisoara n'a pas eu d'impact sur mon avis sur Ceaucescu. Mon premier problème a été la guerre du Kosovo en 1999 où là j'ai clairement vu que l'Otan mentait complètement au sujet des serbes. Même si les serbes avaient eu des choses à se reprocher en 1995, mais les croates et les bosniaques aussi, la guerre du Kosovo j'ai bien compris qu'ils étaient les victimes et que c'était une complète imposture de l'occident. D'ailleurs, je me suis du coup intéressé au cas de la Yougoslavie, et j'ai bien compris aussi que ce n'était pas du tout ce qu'on nous avait racontés. La seconde guerre en Irak en 2003, j'ai bien compris que le lien avec le World Trade Center était mensonger, que la fiole sur les armes massives c'était du pipeau complet et il y avait la France qui s'était retirée. Malgré ces mensonges, on pouvait se dire à la limite que tout dépendra de ce que feront les américains finalement avec ces programmes de guerre. Mais, à la fin des fins, Irak 2003, Afghanistan, Libye, Syrie, on découvre que les américains mentent même sur leurs objectifs et qu'ils s'inscrivent dans une continuité d'échecs géopolitiques patents. Les guerres des américains et donc de l'Otan sont tout le temps des mensonges, les raisons invoquées pour faire les guerres cachent toujours autre chose qui devient évident après des échecs dramatiques, parce qu'en plus il faut voir les situations qui en résultent de toutes ces guerres, ce à quoi ajouter de lourds tributs d'humains, humains civils. Les américains et l'Otan ont tué en pagaille. On ne peut pas regarder aujourd'hui la guerre en Ukraine et accorder à nouveau aux américains un blanc-seing avec les seuils de tolérance différents que nous avons chacun selon nos sensibilités. Sur ces trente dernières années, il est clair comme de l'eau de roche que les guerres américaines et guerres donc de l'Otan ne sont fondées que sur des mensonges avec une manipulation éhontée et efficace des médias. Chaque fois, dès que la guerre est passée avec ses dégâts irréversibles, les vérités qu'il étaient interdites au départ sont admises. Les américains se servent uniquement de ces guerres pour asseoir d'ailleurs maladroitement leur hégémonie mondiale et essayer de faire de la domination politique et économique mondiale. Leur maladresse vient de ce qu'ils ne jouent pas une partition où il serait un pays parmi d'autres dans le monde, mais de ce que toutes leurs actions sont pensées pour qu'ils soient les seuls maîtres du monde.
Il est clair comme de l'eau de roche et leurs livres le prouvent (Brzezinski auquel s'oppose Kissinger du coup, Huntington), que les américains veulent transformer la Russie (multiethnique qui plus est) en une Yougoslavie qu'ils dépèceront avant de passer au prochain gros morceau, la Chine, puisqu'une fois la Russie envahie, investie, ils encercleront automatiquement la Chine. Il est clair comme de l'eau de roche qu'avec l'Union européenne et l'Otan les américains assujettissent les pays d'Europe de l'ouest selon des intérêts politiques qui leur sont exclusifs. Les européens pourraient se procurer en hydrocarbures, matières premières auprès des russes, des chinois et par-delà auprès de quelques pays africains. Les européens ne seraient en aucun cas perdants dans une construction Europe et Asie réunissant l'Europe de l'ouest, la Russie et la Chine. Il est clair comme de l'eau de roche que c'est une pensée anglo-saxonne, avec le Royaume-Uni s'alignant sur son enfant américain, qui pense que l'Europe de l'ouest a vocation à être le croupion ou le paillasson des Etats-Unis.
Vous continuez de prendre les russes pour des sauvages du VIe siècle qui déferleraient sur l'Europe à la façon des Huns. Vous continuez de confondre la Russie avec l'URSS au point d'oublier que l'Ukraine n'était pas rien dans l'URSS, au point d'oublier que Staline était géorgien, Kroutchev ou Brejnev ukrainiens, et ainsi de suite.
En tout cas, soyez bien conscient que vous avez un problème de racisme dans votre russophobie. Les américains ont un très haut niveau de racisme antirusse, très très haut niveau, les médias européens ont relayé un discours spécifiquement raciste contre les russes, avec des actions à rougir de honte. On a dépossédé des gens de leurs biens simplement parce qu'ils étaient russes, je m'en fous que ce soit des oligarques malhonnêtes, on leur a pris leurs biens dans une logique mafieuse raciste, point barre. On a interdit d'exercer leurs professions ou leurs innocentes passions des sportifs, des artistes interprètes et des joueurs d'échecs, et ainsi de suite. Ce qui se passe actuellement en occident, c'est l'abandon à un racisme antirusse défouloir de haute volée avec la bénédiction des politiques et des médias. Racisme décomplexé qui va jusqu'à envisager qu'il soit normal de tuer des russes sur le sol historique des luttes de la Seconde Guerre Mondiale avec des insignes nazis et des allemands qui fournissent du matériel et qui iraient jusqu'à fournir des chars pour lesquels ils n'ont pas renoncé aux noms de félins, puisque nous sommes passés des "panzers" et tigres de la II GM aux Léopards. Et vous ne trouvez pas ça choquant. Vous pouvez admettre passivement de regarder une vidéo de Bush jr qui dit à ce qu'il croit le président ukrainien que le but est de tuer un maximum de russes. S'il dit ça à Zelensky, cela en dit long sur l'âme damnée qu'est Zelensky, d'ailleurs.
Mais vous voulez le fond de cette ignominie. C'est que ce racisme antirusse est si exacerbé qu'il s'agit non seulement d'une guerre où l'Otan fidèle à son principe du zéro mort fait une guerre avec son matériel et ses moyens techniques mais en faisant des ukrainiens les substituts humains, donc de la chair à canon, mais le cynisme va plus loin encore. Ecoutez bien ceci. La pensée des élites américains, ces gens qui veulent que le monde soit là pour partager leurs valeurs démocratiques, ces gens qui veulent que pour entrer dans l'Union européenne on partage leur idéal de la démocratie, bref la pensée de ces gens, c'est de faire que beaucoup de russes soient tués par un peuple lui-même slave et quelque peu russe. C'est tout bénef pour eux. Car soyez certains d'une chose : les américains et l'Otan se réjouissent et se régalent du fait que meurent aussi énormément d'ukrainiens. Et c'est effectivement ce qui est en train de se passer d'ailleurs. La Russie ne communique pas trop sur ses pertes, mais il y en a de conséquentes évidemment. Il faut aussi parler des armées des républiques autoproclamées de Donetsk et Lougansk, elles n'ont pas la qualité militaire de l'armée russe, et ces deux armées ont essuyé de très nombreuses pertes. Moi, ces gens de ces deux républiques, je les aime à fond depuis 2014. Il n'y pas que leurs 10000 morts de 2014 à 2022 qui me font mal et qui vous vous laissent indifférents (mais vous vous ne méritez aucune estime de qui que ce soit). Et donc il y a l'armée ukrainienne. Et là, il est peu temps d'expliquer certains faits militaires.
L'Ukraine est un pays un peu plus grand que la France. Il existe d'ailleurs plusieurs communautés avec à l'ouest des hongrois, ruthéniens, moldaves peu désireux d'être recrutés de force dans une guerre qui n'est pas la leur. Il y a plusieurs profils d'ukrainiens. La partie politiquement problématique avec un taux de nazisme, c'est la partie tout à l'ouest entre Lvov et Kiev, avec les régions de Volhynie et de Galicie. Sur le reste du territoire, il y a d'autres profils d'ukrainiens qui sont visiblement dépassés par ce qui se passe, et puis donc à l'est, en particulier dans le Donbass il y a des ukrainiens qui n'auraient jamais dû être ukrainiens, car ils ont des origines russes et ont été mis là dans un pays inventé.
Mais, parlons des faits militaires.
La guerre n'a pas commencé le 24 février 2022, la guerre dure depuis 2014 à cause d'ingérences américaines. Je ne vais pas revenir sur les premières phases du conflit, mais donc depuis huit ans l'Otan forme l'armée ukrainienne, lui envoie du matériel, et depuis 2014 ce sont les ukrainiens appuyés par l'Otan qui ne respectent ni les accords de Minsk ni le gel des combats sur les lignes de front. Sans parler du fait que les américains et ukrainiens prévoyaient eux-mêmes d'attaquer les républiques autoproclamées pour les faire rentrer de force dans l'Ukraine, il y a eu une installation importante de fortifications, genre ligne Maginot dans les terres du Donbass que les insurgés n'avaient pu récupérer en 2014. Il faut parler de fortifications, et bien sûr aussi de tranchées complémentaires qui elles sont du coup très peu protectrices. Une part considérable de l'armée ukrainienne est massée dans cette partie du Donbass que la Russie et les gens du Donbass entendent bien récupérer.
Vous vous rendez compte qu'on vous cache quelque chose d'énorme dans les médias. Depuis le 24 février, les soldats de l'armée ukrainienne ont l'interdiction formelle de quitter ces positions. Ils sont exposés à des tirs d'artillerie qui sont distribués de façon à ne pas permettre le sommeil ou le repos. Ils sont quasi encerclés depuis le début du conflit, et bientôt l'encerclement sera complet. S'ils ne sont pas encore définitivement encerclés, ils sont donc à subir des bombardements constants depuis plus de trois mois maintenant et les ravitaillements et informations ne remontent guère jusqu'à eux. Il y a quelques jours, après la reddition des soldats dans l'usine d'Azovstal à Marioupol il y a eu des vidéos nombreuses de soldats ukrainiens à ces endroits qui se plaignaient de leurs conditions intenables, qui se disaient abandonnés. A noter que s'ils se plaignent ou se rendent, il est facile de les qualifier de déserteurs et de ne pas payer de pensions à leurs familles. A noter qu'il y a l'armée régulière, mais aussi la levée en masse avec déjà les minorités qui se demandent ce qu'elles font là (ruthéniens, hongrois, etc.), mais encore plein d'ukrainiens qui sont là à subir un bombardement alors qu'ils ne savent même pas se servir d'une arme.
On ne vous en parle pas de ça dans les médias ? Vous croyez qu'à la guerre le militaire il est tout le temps de carrière.
Pour le plaisir des américains, de vous européens de l'ouest et de l'Otan, on envoie ces gens à la mort, et ça peut durer longtemps avec son lot d'atrocités, plus de trois mois déjà.
Ces ukrainiens n'ont aucune change de gagner dans le Donbass contre les russes.
Passons maintenant à d'autres faits militaires, puisque la guerre ne se déroule pas que dans le Donbass. C'est simplement que la guerre dans le Donbass, c'est ce qu'il y a de plus important et qu'on ne vous explique guère. On préfère vous parler des initiatives ukrainiennes sur le reste du territoire en vous cachant ce qu'est en importance leur massacre dans le Donbass.
Alors, parlons-en des autres faits.
Au début du conflit, fin février, il y a eu une armée russe dirigée sur Kiev. Depuis le début, on nous raconte que l'opération russe a échoué, que les ukrainiens ont repoussé les russes, etc., et certains expliquent même que c'est l'Otan avec son information qui a piégé les russes.
Remettons certaines pendules à l'heure. Un chef des services secrets allemand s'est retrouvé piégé à Kiev lors de la soudaine irruption russe, à tel point qu'il a fallu une opération spéciale pour le récupérer. Si cette histoire est exacte, elle prouverait que l'Otan et l'Ukraine n'avaient pas prévu l'attaque sur Kiev, c'est un premier point. Mais, avec intelligence, on peut aller plus loin. Donc, l'Otan prétend avoir tendu un piège en faisant croire aux russes que la ville n'était pas défendue. Mais, où est dans ce cas le traquenard ? Les russes n'ont pas été massacrés à Kiev. Où est le piège prétendu ? Les ukrainiens ne les ont pas repoussés, les russes se sont repliés eux-mêmes. Par ailleurs, il est clair que les russes n'ont pas apporté tous les moyens et le matériel pour envahir Kiev. Il y a eu une opération de diversion sur Kiev et une opération tendant à désorganiser l'état-major du commandement militaire ukrainien. Il ne faut pas chercher plus dans l'opération sur Kiev. La seule réussite ukrainienne possible pour l'instant, c'est la reprise un temps de la ville de Kharkov et de sa région, mais ça pourrait ne pas durer. Quant aux russes, leur erreur initiale, ce fut d'aller trop loin dans le sud avec des chars tombant en panne d'essence, mais ça c'est dans les zones entre Odessa et Mikolaiev. Sur ce front avancé dans le sud, les ukrainiens font savoir qu'ils osent pas mal de contre-attaques, mais ces contre-attaques s'éteignent toutes en un ou deux jours, et sont en réalité une catastrophique boucherie pour les ukrainiens qui s'y essaient.
Maintenant, nos occidentaux qui font la guerre à l'abri derrière la chair des ukrainiens se moquent du manque de progression des russes sur le terrain. On précisera que toute l'armée russe n'est pas envoyée en Ukraine, les militaires russes sont moins nombreux que l'armée ukrainienne. Cela devrait un peu éveiller votre suspicion sur les discours occidentaux qui accusent les russes d'invasion sur un coup de sang. Depuis trois mois, vous ne vous dites pas que c'est bizarre que les russes ne mettent pas le paquet vu qu'on vous les a vendus comme les gros méchants ? Mais peu importe ce que vous trouveriez à répondre. Intéressons-nous au fait que le front n'évolue guère.
Premièrement, on l'a déjà dit, il y a les fortifications et une bataille essentielle dans le Donbass, je ne m'y attarde pas.
Deuxièmement, vu que cette guerre est conduite côté ukrainien par l'Otan, il y a une redoutable surveillance par les satellites américains, et cela a une conséquence très gênante pour les russes : la difficulté de passer les rivières sans être repérés. Dans les années 80, on plaçait un ponton on passait vite fait. Ici, ce n'est pas possible. La surveillance des satellites américains permet des interventions rapides. Il faudra patienter, contourner, utiliser des barges... Nous verrons à l'avenir. Il faut noter que parfois la configuration des cours d'eau se retourne aussi contre les ukrainiens qui doivent eux-mêmes pouvoir se replier en cas de défaites, sauf qu'ils ont parfois la rivière Donets dans le dos.
Troisièmement, l'Otan a fourni comme jamais de l'armement antichar à un pays en guerre. Les armes antichars ne sont pas offensives, résolument défensives. Ce point aussi contribue à ralentir la progression russe. Toutefois, la Russie n'a pas d'urgence à gagner cette guerre, ce n'est pas elle qui craint nos pénuries de pétrole, gaz et huile de tournesol. En plus, ce qu'il y a d'un peu bête, c'est qu'au fur et à mesure des défaites ukrainiennes les russes qui ont déjà un matériel antichar d'exception reconnu récupère les armes antichars de l'Otan. En fait, l'Otan fait des dons gratuits d'armes à la Russie, et bref dans cette guerre d'usure où irrémédiablement les ukrainiens lâchent du terrain en abandonnant les cadeaux américains au sol, je vous laisse imaginer la difficulté qu'auront les ukrainiens à venir récupérer des territoires défendus par la surabondance vertigineuse d'armes antichars passés de l'Otan à la Russie via ces mêmes ukrainiens. Ils sont vraiment les dindons de la farce occidentale, ces ukrainiens.
Quatrièmement, il faut comprendre que les ukrainiens étaient obsédés par le symbole du Donbass et par l'emploi des fortifications qu'ils y avaient installés. Puis, comme les ukrainiens les plus motivés viennent de l'ouest et ne considèrent pas les gens du Donbass comme des êtres humains ils se réjouissaient de s'en servir comme boucliers humains. Bref, les ukrainiens sont dans l'idée qu'ils peuvent faire une guerre efficace dans le Donbass en empêchant les russes d'investir un peu de leur territoire. Mais il y a une énorme contrepartie à cela. Pour faire la guerre à l'est de l'Ukraine, il faut être éloigné des frontières polonaise, roumaine et moldave, l'aide logistique américaine est irrémédiablement moins efficace à l'est de l'Ukraine. Il faut faire la guerre au milieu d'une population hostile, même si on s'en sert comme boucliers en s'en moquant, tandis qu'à l'ouest le soutien de la population leur serait acquis. Puis les fortifications, elles ne se déplacent pas, on ne peut pas réorganiser les lignes de front en fonction de certains aléas. Et, bien sûr, l'Ukraine étant un pays un peu plus grand que la France et en plus étalé en longueur, il y a le problème d'approvisionnement, de fourniture en munitions, de communications même. On l'a vu avec l'usine d'Azovstal à Marioupol. La ville a été libérée assez rapidement, l'usine a tenu quelques semaines, mais la reddition était programmée. Beaucoup de soldats à Marioupol étaient très motivés, notamment le régiment Azov, mais, comme utilisation militaire, on a vu mieux... On a surveillé leur terrier quelques semaines avec un minimum d'effectifs en attendant qu'ils se rendent.
Là, dans le Donbass, la ville de Lyman a été libérée, aujourd'hui c'est la ville de Severodonetsk qui est en train de passer sous contrôle russe, sachant que désormais la république de Lougansk a été quasi intégralement délivrée...
Bref, malgré le grand argument que l'armée ukrainienne s'abrite derrière des civils proches des russes, scandale jamais dénoncé dans nos médias d'ailleurs, il ne vient pas à un moment l'idée à l'occident que dans une guerre avant de penser à investir un territoire il faut détruire la force militaire ennemie ? Il ne vient pas à un moment à nos militaires otaniens l'idée que la Russie est dans des conditions idéales pour gagner cette guerre tant que les troupes ukrainiennes s'amassent aux frontières est de l'Ukraine, frontières avec la Russie ? Pourquoi voulez-vous que les russes aillent directement à Kiev ou à Lvov ? Ils vont détruire un maximum de gens de l'armée ukrainienne et après ils envahiront le territoire en se préoccupant plus sereinement de cet autre problème de l'hostilité des civils plus ou moins prononcée selon les régions. Oui, des militaires ukrainiens formés en-dehors de l'Ukraine actuellement prendront le relais. Ils viendront mourir dans la deuxième partie quand l'armée historique et les recrutés de force seront déjà à peu près tous finis.
Et au passage vous commencez à vous dire que la guerre en Ukraine peut durer un an et demi, voire trois ans ? Parce que là vous êtes tout surpris, vous vous dites : "vivement que ça s'arrête !" avec une hypocrisie crasse puisque vous vous en fichez d'armer les ukrainiens pour leur propre mort. Il y a une situation économique qui craint, alors vous ne voulez pas que ça dure trop longtemps. Mais vous trouvez évident que cette guerre doive finir rapidement ? Moi, pas ! D'ailleurs, vous envoyez des armes. Imaginez que la Russie dise : "on a récupéré le Donbass, donc on arrête l'opération !" Qu'est-ce qui se passerait à votre avis ? Ben oui, ils seraient sans arrêt harceler par des attaques aux nouvelles frontières. Par la force des choses, les russes risquent d'être obligés d'envahir toute l'Ukraine, Galicie et Volhynie comprises. On est dans une dynamique sans fin. Les occidentaux sont des espèces d'animaux qui n'écoutent jamais quand on leur dit : "Non !" Ils essaient toujours de passer un doigt, puis un bras, un pied, etc. Ils ne comprennent que la force ! Et les ukrainiens de l'ouest sont complètement tabanards. Vous la voyez s'arrêter comme ça sur un cessez-le-feu, cette guerre ? Vous y croyez ? Les accords non respectés de Minsk I et II, ils ne sont pas venus après des cessez-le-feu ? Où en sommes-nous maintenant ?
En plus, quand vous aurez lâché les ukrainiens, vous croyez que ça va être gérable de se récupérer des réfugiés galiciens ou volhyniens qui traiteront les européens de lâches... Les américains croient que l'Ukraine va être un Afghanistan pour la Russie. Moi, je ne crois pas, le Donbass va devenir russe, on va avoir une zone-tampon avec une assimilation progressive au moyen des passeports russes, puis la zone spécifiquement ukrainienne, au moins de Lvov à Kiev, mais un peu au-delà, ça va être une confrontation où vous croyez que de belles paroles de conciliation pourront enfin marcher ? Vous percutez les conneries que vous encouragez ? Ah ! vous allez nous faire à nouveau de beaux Bossuets ! Mais votre déni de réalité, il va jusqu'où ? C'est sûr que vous ne vous arrêterez pas non plus à penser la Transnistrie, ou le fait que 25% des populations lettones et estoniennes sont russes.
Allez, croyez-y à vos âneries, et sermonnez bien la Chine. Taiwan, on va voir ça, ouais !
Les Etats-Unis ne gagnent pas tellement les guerres et quand la Russie aura gagné en Ukraine et que la Chine aura récupéré Taiwan, tandis que l'économie mondiale se redessinera, vos enfants ils vous diront : "Merci ! Vous avez tout compris !" Et on verra la solidarité des américains envers les européens à ce moment-là ! Parce que jusqu'à plus ample informé, pour tenir sa place dans le monde, il faut peut-être avoir un accès aux matières premières, aux hydrocarbures, à l'électricité nucléaire (n'en déplaise aux écolos qui prônent le gaz de schiste américain et le racisme antirusse...), etc.
Cette guerre et cette situation économique mondiale actuelle, je crois que c'est la facture qui arrive du déni de réalité des européens, ça risque de faire mal.

mercredi 11 mai 2022

Et ça s'enfonce !

Dans l'article précédent, je parlais de la présence du drapeau à bandes rouge et noir qui accompagne les drapeaux ukrainiens à bande jaune et bleu dans les manifestations ukrainiennes à Paris de ces dernières semaines, de ces derniers jours. Or, ce même 11/05/2022, il y avait carrément le drapeau de Pravy Sektor sur la place de l'Hôtel de Ville à Paris. Je ne vous mets pas la photo que je possède, mais donc au-delà des deux bandes rouge et noir il y a un motif sur le drapeau. Ce motif a des variantes stylistiques dans la réalisation. Il s'agissait ici d'un motif doré et non argenté par exemple...
Les nazis ukrainiens défilent librement avec leurs symboles nazis en France, dans le pays basque espagnol, en Italie... Après, on dirait qu'il y a des tensions qui naissent. Les basques ou d'autres sont prêts à en découdre avec les nazis ukrainiens, car il y a encore des européens en occident que le nazisme authentique exaspère.

mardi 10 mai 2022

Marioupol libérée

 Pour les rigolos parmi mes lecteurs, je précise que je suis de très près tout ce qui se passe au Donbass. En 2014, j'intervenais dans des commentaires d'articles du site Les Crises, mais aussi dans des commentaires d'articles de grands titres de journaux mis en ligne où, par exemple, je soulignais la présence de drapeaux nazis dans les vidéos, genre quand un politique était jeté par la foule dans une poubelle qui essayait en plus d'y mettre le feu. Je précise qu'à Paris en 2022 on voit des manifestations d'ukrainiens où le drapeau national jaune et bleu est accompagné de drapeaux avec une présentation similaire de deux bandes, l'une rouge et l'autre noire. Il vous est facile de trouver sur le net des journaux bien en vue qui vous dédramatisent cela et vous le minimisent en tant que symbole de lutte contre les russes. Eh bien, si vous vous demandiez naïvement si ce n'était pas le drapeau d'un autre pays que l'Ukraine dont vous auriez ignoré les liens avec le conflit, il se trouve que ce drapeau est celui de "L'armée insurrectionnelle ukrainienne". Et sous ce drapeau, cette armée a d'abord collaboré avec l'Allemagne avant de s'y opposer, parce que nécessité faisait loi. Il s'agit d'un drapeau nationaliste d'extrême-droite d'une partie de l'Ukraine seulement, de l'ouest de l'Ukraine (Galicie et Volhynie pour l'essentiel). Et ne nous faites pas rire avec le malentendu selon lequel les ukrainiens ont accueilli Hitler en libérateur. Outre que l'Histoire doit s'étudier dans sa complexité et un pays dans la diversité de ses composantes, il n'y a rien de comparable entre le devenir des finlandais dont on connaît l'alliance en 40-45 et les motifs sur leurs équipements militaires, car oui la Finlande se battait pour son indépendance, et les délires nazis des ukrainiens de l'ouest actuellement. Vous avez tout de même un problème de schizophrénie si, d'un côté, vous considérez que le parti d'extrême-droite qui était au second tour de l'élection présidentielle est nazi en tant que telle, tandis que vous minimisez le caractère extrêmement répandu dans la société ukrainienne de symboles nazis, tatouages, sigles militaires, gestes du bras et de la main. Cette société d'ukrainiens de l'ouest radicalisés a beaucoup massacré en 40-45 et quand nous sommes en 2022 ce n'est pas un malentendu de l'époque de l'invasion allemande. C'est une persistance... diabolique pour faire allusion au célèbre dicton en latin. 
Et en 2014, je les ai vues les vidéos où les ukrainiens du pouvoir en place empêchaient les célébrations du 9 mai...
Certes, vous n'avez pas à vous dire que la population ukrainienne fortement imprégnée de nazisme va débouler dans vos pays pour vous envahir, mais c'est en volant au secours de leurs visées politiques infâmes que vous êtes en train de courir le risque réel d'une troisième guerre mondiale.
On joue à dire que Poutine menace le monde de guerre nucléaire. Il faut arrêter d'être sot ! D'abord, vous oubliez que les dirigeants européens de l'Otan ont lancé le sujet, avec Le Drian en France, avec un ministre luxembourgeois qui a parlé de tuer Poutine en même temps que Bruno Le Maire parlait de faire une guerre économique à la Russie (c'était peut-être une idée tactique géniale qui consistait à ce que Poutine ne sache plus où donner de la tête nucléaire). Dès que Zelensky, au tout début du conflit, acceptait des négociations, les européens avec les américains en tête annonçaient des envois d'armes qui, forcément, étaient un moyen de communication pour refuser l'arrêt de cette guerre. C'est de la duplicité otanienne ce à quoi on assiste. Mais, que la Russie réponde par la menace nucléaire en réaction aux propos de dirigeants européens ou qu'elle en prenne la première l'initiative, le message consiste à décourager tout le monde de s'attaquer à la Russie. Les véritables fous qui songent à une guerre nucléaire, ce sont les américains, eux jettent de l'huile sur le feu, et dans la foulée les dirigeants européens inféodés à Washington.
Après, on dirait que vous avez d'étranges limites dans le raisonnement, vous vous posez des problèmes à deux branches, des questions qui ne reçoivent la réponse que par oui ou par non.
Si vous pensez comme moi que les principaux torts dans cette guerre viennent de l'Otan, si vous pensez comme moi que les pays de l'Union européenne seront les principales victimes des sanctions économiques, plus que la Russie, que les Etats-Unis ou que la Chine, vous êtes évidemment contre le fait d'envoyer des armes à l'Ukraine. Mais ce qui m'espante, c'est que vous ayez l'esprit assez simpliste pour une fois que vous avez décidé de comprendre que Poutine est le méchant et de vous y tenir vous refusiez d'admettre qu'il est dangereux d'armer l'Ukraine. Vous voulez mourir pour l'Ukraine ? Ce n'est pas le danger de la guerre pour vous le problème. Vous croyez qu'armer l'Ukraine ça va de soi, c'est faire un petit sermon à la Russie. Vous êtes non plus français, belges ou que sais-je ? J'apprends avec stupeur que vous êtes des américains, pas même des américains, mais des américains impliqués dans le business militaro-industriel et les ressources premières. Vous gagnez des fortunes là-dedans et vous avez à cœur que les Etats-Unis soient la première puissance mondiale et placent des bases de l'Otan en Ukraine. Je ne savais pas !? Vous donnez raison aux militaires de l'Otan, au complexe militaro-industriel américain. Vous pensez faire partie des riches américains qui vont exploiter à leur profit les ressources de la Russie. Il y a un court-circuit logique qui me dépasse. Je n'en reviens pas que vous soyez aussi fous.
Ah oui, vous vous dites qu'il serait très bien et pas très gênant à vos entournures démocratiques d'avoir des européens et américains qui obtiennent des chinois leurs produits à bas prix pour avoir tout le bénéfice à la vente pour vous, qui obtiennent des russes les matières premières à bas prix pour que le bénéfice aille à vos oncles milliardaires. OK, je ne voyais pas ça ainsi ! Vous me surprenez !
Et moi, je vous le dis, les gentils, c'est les gens du Donbass qui veulent être rattachés à la Russie. Ne vous faites aucune illusion là-dessus. Il y a des corrompus bien sûr dans les dirigeants de ces deux républiques. Des gens de Marioupol ont une trompeuse et aberrante nostalgie de l'Union soviétique, et alors ? Cela doit justifier vos cris d'orfraie, cris déshumanisés ? Bien sûr qu'il y a un certain dirigisme de la société en Russie, pays qui intervient dans le conflit par solidarité qui plus est. Même si Poutine a des scores électoraux non truqués, c'est une réalité aussi qu'il y a de l'intimidation en faveur de Poutine qui vient assurer un surplus à une majorité déjà acquise, comme si on n'avait pas confiance dans le peuple, mais là les méchants c'est les américains, les imbéciles c'est les européens, les séparatistes, c'est non pas les ukrainiens du Donbass mais les ukrainiens de l'ouest et de Kiev qui veulent nier le droit des gens au Donbass qui plus est, et les  victimes depuis des années c'est le Donbass et bientôt les pays de l'Union européenne économiquement. Il vous manque combien de cases pour avoir du bon sens ?

Vous voulez être intelligents avant de réfléchir, avant d'être bien renseignés, vous voulez vous prévaloir d'une intelligence dispensée de penser. On vous tait la dimension géopolitique du conflit, donc vous consentez. On a bouché les cases de votre réflexion sur le sujet. Défense de soulever ce couvercle, de toute façon vous êtes intelligents avec la meute !
Réveillez-vous !


Remarques pour aborder les questions de versification dans la poésie rimbaldienne : 1) la prosodie.

Avant-propos :

Après une dizaine de jours de vacances, je reprends le blog. Je vais sans aucun doute faire une série sur la diabolisation anormale de la Russie et de Poutine dans nos médias, et je mettrai cela en résonance avec le traitement de la Commune après sa répression dans la presse et parmi les grands écrivains. Parce que là, on atteint des sommets de manipulation par les médias. Et puis vous êtes en train de devenir des "collabos" au sens fort du terme, et vous ne vous rendez compte de rien !
Mais je compte d'abord publier quelques articles sur la poésie même de Rimbaud.
Nota Bene : Plutôt que de tenter une mise à jour, je vais, en ce qui concerne l'article ci-dessous, créer un article complémentaire avec un relevé des hiatus ou faits parents dans les poèmes de Musset, Rimbaud, Verlaine, voire quelques autres. Une mise à jour par à-coups successifs prendrait du temps. Par exemple, j'ai sous le coude un exemple d'emploi de l'expression "va et vient" sans aucun trait d'union dans un sonnet des Poëmes saturniens, l'expression vaut pour un seul mot comme la locution "peu à peu", ce qui élimine le reproche de hiatus : "Chaque alouette qui va et vient m'est connue." La césure est placée après le nom "qui", ce qui est déjà quelque peu une césure acrobatique, une légère audace, mais Verlaine aurait été particulièrement audacieux s'il avait placé la césure au milieu de l'expression "va et vient" en en soulignant le hiatus... Cette citation vient du poème "Après trois ans". Il va de soi que dans ce vers le lecteur sensible aux césures est à la fois sensible au suspens du pronom "qui" et au suspens qui le suit immédiatement de la forme "va et vient" qui comporte donc un hiatus toléré en poésie. Rien de tout cela n'est innocent.

***

Il existe évidemment un débat pour dire que la poésie n'est pas le vers et que la poésie peut aussi bien être en vers qu'en prose. Nous enfonçons alors des portes ouvertes. Mais ce débat suppose que l'opposition entre le vers et la prose soit en revanche objectivable, autrement dit soit appréciable à partir de critères nets et précis.
Il faut recenser selon moi trois grands critères métriques et deux critères prosodiques complémentaires.
Je commence par les critères prosodiques. Il s'agit de la proscription du hiatus et de la proscription du "e" languissant à l'intérieur du vers.
Le hiatus en poésie, c'est quand deux voyelles ne sont pas séparées par une consonne ou un "e". Il existe des mots à l'intérieur desquels deux voyelles forment un "hiatus", par exemple : "créer", "créatif", "béant", etc. On ne s'interdit pas d'employer de tels mots. La règle du hiatus ne vaut qu'entre deux mots distincts. Elle vaut aussi pour la conjonction "et" très courante, puisque le "t" n'est jamais prononcé. Mais, certaines locutions considérées comme un seul mot font exception : "va-et-vient" ou "peu à peu". Notez en passant que dans "va et vient" je parle d'un hiatus avant le "et" et non d'un hiatus après le "et", du genre" : "Je vais à Paris et à toi." Bref, la règle de proscription est simple, mais si on écrit de la poésie il faut bien connaître les cas particuliers.
Cette règle ne concerne pas toute l'histoire de la poésie française, mais elle concerne les poésies qui vont du milieu du XVIe siècle à la fin du XIXe siècle. Déroger à cette règle est un phénomène remarquable. Nous pouvons constater des écarts volontaires dans Musset ou bien évidemment dans les poésies de Rimbaud.
Pour un expert en versification, je n'ai jusque-là rien dit de vraiment intéressant, encore que peu de spécialistes doivent être au courant des écarts volontaires d'un Musset. Cependant, pour en finir avec la question du hiatus, je précise ici une idée qui m'est chère, que j'ai depuis des années, une dizaine d'années au moins, et que je n'ai jamais développée comme je le souhaitais sous la forme d'un article détaillé. A la lecture de textes en prose, je me suis rendu compte que si les hiatus ne sont pas proscrits ils n'ont tout de même pas tendance à proliférer. En lisant de la prose, personne ne se dit : "Tiens, il y a beaucoup de hiatus, donc c'est de la prose." Ce n'est pas le critère le plus pertinent pour opposer le vers et la prose, et surtout vu que les hiatus ne sont pas envahissants en moyenne dans la prose la différence à l'oreille ne risque pas vraiment d'être sensible. J'imagine que la relative rareté (relative, car cette rareté n'est pas non plus ahurissante) des hiatus dans la prose a contribué à leur proscription et j'imagine encore que dans le cas de la poésie latine avec une versification où prédomine l'opposition de seulement cinq voyelles entre leurs formes dites "brèves" et leurs formes dites "longues" les hiatus étaient plus sensibles à l'oreille qu'en français. Je n'émets là que des hypothèses de travail. En revanche, dans le débat sur les comédies en prose de Molière, il est parfois soutenu qu'il y a des vers blancs au milieu de la prose et que cela préparerait le terrain à une adaptation en vers. Je ne crois pas du tout à la pertinence de cet argument. Les comédies en prose de Molière n'ont pas été mises en vers (cas à part du Dom Juan à titre posthume par le frère du grand Corneille), cela suffit à considérer comme peu probable que le texte en prose était écrit de manière à être facilement adapté en vers. Mais il y a plus. Il me semble que les comédies en prose ont la proportion habituelle de hiatus de tout texte en prose un peu travaillé. Finalement, l'argument du hiatus permettrait réellement d'évaluer si l'écrivain crée de la prose en tant que telle ou s'il le fait en songeant au modèle de la poésie en vers classique. Je pense qu'il y a un article sérieux à publier sur le hiatus dans les comédies en prose de Molière. Certes, ce n'est pas un sujet vital, mais c'est quand même une mise au point sur un sujet stylistique qui a son importance, et puis il y a le cas des poètes qui ont pratiqué la prose. Rimbaud est passé du vers à la prose en gros, et on peut étudier la question des hiatus dans Une saison en enfer, les poèmes considérés comme étant écrits en vers libres "Mouvement" et "Marine", puis les poèmes en prose, "Les Déserts de l'amour", voire quelques autres textes. On peut faire des statistiques sur la part des hiatus dans ces écrits en prose. Puis, il y a une conclusion toute simple à la clef, que je crois pouvoir faire intuitivement à la lecture, mais c'est que Rimbaud écrivant en prose ne se pose même pas la question du hiatus. On peut toujours s'attaquer à un texte de Rimbaud et ne pas constater au démarrage la présence de hiatus, mais plus la lecture progresse, plus on en rencontre, et on voit bien qu'ils surgissent aléatoirement. En passant à la prose, il me semble que Rimbaud a purement et simplement cessé de songer à l'importance de la proscription du hiatus.
Je sais que j'ai affaire à un public qui se moque éperdument des hiatus, des césures, de la longueur des vers. Je vous connais ! Vous ne voyez pas l'intérêt d'écrire en vers, moins il y a de règles, mieux ça vous convient, et l'évolution de Rimbaud et de l'histoire de la poésie justifie votre mépris... Je vous connais malgré vos silences sur la question. Il n'en reste pas moins que, puisque nous sommes là à chercher à lire des choses sur le mystère de la prose de Rimbaud, autant faire un sort à ce sujet du hiatus. Pendant plusieurs siècles, les poètes ont pris soin de les éviter dans leurs vers, et ça demande du soin, de l'attention, des efforts soutenus pour n'en laisser passer aucun, et donc dans la prose Rimbaud ne s'est pas amusé à reconduire cette règle, à moins de relevés ponctuels, mais relevés ponctuels qui seront bien délicats à légitimer, puisque la règle n'est sensible que si l'évitement est systématique. Un exemple de ce qu'on peut mettre en lumière. On sait que dans les poèmes en prose des Illuminations Rimbaud joue à terminer ses compositions par des allusions bancales à l'alexandrin : "La musique savante manque à notre désir" ("Conte"), "J'ai seul la clef de cette parade sauvage" ("Parade"), "Arrivée de toujours, qui t'en iras partout" ("A une Raison"), "C'est aussi simple qu'une phrase musicale" ("Guerre"),... Aucune de ces quatre phrases ne peut faire un alexandrin classique. Le "e" de "savante" imposerait une césure épique bannie depuis le Moyen Âge. Les formes "cette" et "une" enjamberaient entre les hémistiches, le "e" surnuméraire de "Arrivée" pose problème. Contrairement à Cornulier et aux métriciens, j'identifie des faits exprès dans ces entorses. Cornulier échoue complètement à identifier deux alexandrins dans le verset ou alinéa central de "A une Raison" : "Ta tête se détourne : le nouvel amour ! - Ta tête se retourne, le nouvel amour !" (ponctuation de mémoire), ce qui m'a toujours sidéré. Pour moi, il est évident que Rimbaud fait des allusions exprès trahies par des entorses tout aussi volontaires.
Dans le cas de "Aube", le premier alinéa et le dernier ont la réputation de former deux octosyllabes. En réalité, ils sont à une telle distance l'un de l'autre qu'on n'a pas à parler de deux octosyllabes, puisque l'écho est inenvisageable à la lecture. Toutefois, quand on regarde la composition dans son ensemble, le regard est attiré par les alinéas brefs de début et de fin et le constat s'impose qu'ils ont une même longueur syllabique : "J'ai embrassé l'aube d'été." / "Au réveil il était midi." Le parallèle est d'autant plus saisissant que les deux phrases n'ont pas la même allure rythmique, le même patron syntaxique, tandis que pourtant on peut comparer "été" et "midi" au plan du sens comme au plan de la reprise d'une voyelle aiguë "é"/[e] dans un cas, "i"/[i] dans l'autre. Nous pouvons également comparer "Au réveil" et "aube" avec l'amorce du phonème "au"/[o] et la même idée d'éveil, "réveil" d'un côté, et lever métaphorique du jour de l'autre. Ces parallélismes entrent dans les arguments qui me font dire depuis longtemps que la lecture traditionnelle du poème "Aube" est erronée. Non, le réveil à midi ne rabaisse pas le récit qui a été fait en le reléguant dans le domaine du rêve, le réveil à midi est la suite logique du fait d'avoir embrassé l'aube d'été, une consécration. Mais, pour dire que Rimbaud n'a pas composé deux octosyllabes, même sans rime, il y a un autre argument, le hiatus entre auxiliaire et participe passé : "J'ai embrassé".
J'estime bien sûr que Rimbaud a fait exprès de produire deux alinéas de huit syllabes et que l'allusion à l'octosyllabe est recherchée dans la composition, même si elle n'est pas déterminée, pas perceptible à la simple récitation du poème en prose, mais le hiatus permet d'indiquer aussi que dans tous les cas Rimbaud ne retourne jamais complètement dans l'écriture en vers au milieu de ses proses. Je considère que c'est un flou artistique recherché et que très probablement Rimbaud qui pendant plusieurs années avait évité les hiatus dans ses vers et notamment au plan des passés composés (je pourrais me lancer à la recherche d'exemples à citer) avait remarqué le hiatus à "J'ai embrassé" et qu'il l'a laissé tel pour dire que l'allusion à l'octosyllabe devait demeurer une certitude instable à la lecture.
Passons au deuxième cas prosodique. Il s'agit de la proscription du "e" languissant. Les métriciens parlent de proscription du "chva". J'ignore ce que veut dire "chva", je l'ai déjà su, mais je l'ai oublié. Je préfère privilégier une expression que les poètes du Moyen Âge et surtout du XVIe siècle employaient : le "e" languissant. Il s'agit du cas du "e" qui placé directement après une voyelle est placé devant une consonne, ce qui nous oblige à prononcer le seul "e" comme une syllabe à part entière dans un poème.
Je ne parle pas de n'importe quel emploi de "e". Je ne parle pas du "e" féminin en général de fin de mot. Je peux employer "île", "captive" dans un poème ou bien leurs variantes au pluriel "îles", captives". Nous avons plein de syllabes dans les vers dont la voyelle est un "e" féminin. Ce qui est proscrit, c'est le "e" instable qui forme une voyelle à lui seul, comme dans "vie", "dragée", et surtout comme à la fin de tous les participes passés féminins du type "-ie", "-ée", etc. Nous pouvons employer "vie" ou "infinie" au milieu d'un vers à condition que le mot suivant commence par une voyelle. En revanche, jamais nous ne pouvons employer au milieu d'un vers, le pluriel "vies", le pluriel "entrées", ni les participes passés féminins que nous avons à foison des types : "nourries", "finies", "repérées", etc., etc. Ces mots au pluriel ne peuvent être employés qu'à la rime. Je n'ai jamais relevé dans un quelconque ouvrage une mention d'un tel état de fait, ou alors ça a échappé à mon attention. C'est pourtant un fait étonnant, et j'ajouterais d'autres configurations : "joue(s)", "moue(s)", "roue(s)", etc.
Ce critère n'est pas permanent. Il concerne à peu près comme la proscription du hiatus la poésie littéraire qui va du milieu du XVIe siècle à la fin du XIXe siècle.
Nous pourrions l'étudier là encore dans le cas des comédies en prose de Molière ou dans le cas des proses de Rimbaud (Une saison en enfer, Illuminations, "Les Déserts de l'amour",...).
Dans le cas de la poésie en vers, il convient d'étudier plusieurs configurations intéressantes.
Sa mise en place a été progressive. Il faut considérer ses dernières occurrences dans les premières poésies de Ronsard et du Bellay (deux dans Les Antiquités de Rome si je ne m'abuse). Au début du XVIe siècle, l'orthographe était assez débattue, et il existait des impressions de poèmes en vers où le "e" était remplacé par un signe apostrophe, ce qui ne va pas sans poser la question de la légitimité d'éditions modernisées qui ne tiennent pas compte de ce genre de subtilités.
Il est intéressant également d'apprécier à quel point au vingtième siècle nous éditions des vers au mépris des règles les plus élémentaires de la versification. Le cas le plus courant est le traitement de l'adverbe "encore". Nombre d'éditeurs ne prêtent aucune attention à la forme "encor" importante à la syllabation du poème en vers. J'ai un autre cas troublant à relever, celui d'une modernisation de l'orthographe du mot "châle". Dans ses poésies, Sainte-Beuve l'écrivait "schall". On édite actuellement Vie, poésies et pensées de Joseph Delorme avec un ou deux vers faux.
Mais, avant la proscription, le "e" languissant comptait pour une syllabe. Or, dans deux de ses derniers poèmes en vers, dont "Fêtes de la faim", Rimbaud n'a pas respecté la règle de proscription, mais il a créé un état de vers moderne inconnu de du Bellay et Ronsard, puisque le "e" languissant manifeste ne compte pas pour la mesure : "Pains couchés aux vallées grises". Rimbaud en fait un vers de sept syllabes dans "Fêtes de la faim", alors que le "e" languissant selon le décompte d'un du Bellay ferait huit syllabes.
Il est à remarquer que les critères prosodiques permettent de différencier les vers du XVIe siècle et ceux de la seconde moitié du XIXe siècle. En effet, même si les poètes ont assoupli les règles à la césure au XIXe siècle, et au-delà même de ce qu'autorisaient les poètes du XVIe, en revanche, ils ont plus longuement respecté les proscriptions du hiatus et du "e" languissant, les atteintes à ces règles étant au demeurant plutôt rares.
J'en ai fini avec les règles prosodiques strictes.
En revanche, il faut parler rapidement d'une autre règle prosodique, la proscription de la cacophonie. Cette proscription consiste à éviter la répétition immédiate d'une même syllabe. Par exemple, il me souvient que dans un de ses commentaires Fongaro épingle la cacophonie "parmi mille féeries profanes" dans la prose d'Une saison en enfer. Cette proscription n'a de toute façon pas lieu d'être dans la poésie en prose, mais elle n'a pas du tout ce caractère d'évidence que certains puristes lui prêtent dans la poésie en vers. Malherbe et Pierre Deimier, au début du XVIIe siècle, l'ont mise en avant, non sans intention maligne dans le cas de Malherbe, mais cette règle prosodique est relative et n'a pas du tout le caractère systématique qu'ont eu les deux règles précédentes. Cette idée de cacophonie est par ailleurs quelque peu discutable. On comprend aisément la raison de la proscription du "e" languissant pour la mesure du vers, un "e" s'entend au milieu d'un vers ! On peut à la limite concevoir la proscription du hiatus, sa proscription sera l'indice d'une haute attention à l'harmonie vocale du vers, même si un hiatus ne jure pas réellement aux oreilles, du moins la plupart du temps. Je suis très sceptique quant au caractère recevable de la proscription du redoublement de syllabes identiques. Il faudrait faire un sondage dans les tragédies de Racine, mais il suffit de citer un de ses vers les plus célèbres : "Pour qui sont ces serpents qui sifflent sur vos têtes ?" Ce vers est constitué de sept monosyllabes purs "Pour / qui / sont / ces / qui / sur / vos", d'un monosyllabe relatif en fin de vers "têtes", sachant que le "e" compte pour l'alternance des rimes masculines et féminines, et pourtant le poète fait se succéder "ces" et "ser". On peut dire que le [r] suffit à opposer la deuxième syllabe à la première, il n'en reste pas moins qu'il n'est pas évident d'opposer la cacophonie "parmi mille" que suppose Fongaro à un passage en prose de Rimbaud à la cacophonie du célèbre vers racinien : "ces serpents". Je ne veux pas soutenir que le redoublement immédiat d'une syllabe ne soit pas sensible à l'oreille, mais ce qui est certain c'est que parler automatiquement de cacophonie n'a aucun sens, sauf si on s'en est préalablement autopersuadé (sauf si on se l'est autosuggéré si vous préférez).
Ce sera tout pour cette fois. Je traiterai la prochaine fois les arguments métriques. Je dirai un mot de la rime et en profiterai pour glisser des remarques sur l'assonance et l'allitération. Je parlerai de la strophe, et bien sûr je parlerai de la mesure (vers, hémistiches), mais si je finirai par les configurations à la césure je parlerai aussi du simple constat d'égalité qui est le critère clef pour opposer le vers à la prose.