Prenons la notice de Cavallaro à la section "Conneries. 2e série. I. Cocher ivre", page 416 du premier tome des Œuvres presque complètes de Rimbaud contenant un poème et demi de Verlaine (quatrains du Sonnet du Trou du Cul et dizain "L'Enfant qui ramassa les balles..." avec corruption du texte rimbaldien pour un vers de "L'Homme juste" et refus d'une coquille évidente à corriger "outils"), édition 2026 en Folio Classique.
La rubrique bibliographique cite un article de Chevrier de 2011 dans la revue Parade sauvage et puis mon article plus tardif ,paru en 2021, suite à un colloque de 2017 il me semble. Notez que mon article n'a pas été cité dans la bibliographie générale pour l'ensemble de l'Album zutique ! Mais on va se concentrer sur la présente anomalie.
L'article de Chevrier s'intitule "Les sonnets en vers monosyllabiques de l'Album zutique" et il figure donc dans le tome 22 de la revue Parade sauvage paru en 2011. Je possède ce volume, mais je ne l'ai pas sous la main. Et il n'y avait pas à l'époque l'exercice des résumés d'articles. Vous pouvez toutefois vous procurer l'article pour trois euros en mode numérique. Dans cet article, Chevrier fait un historique des sonnets en vers d'une syllabe en reprenant son livre La Syllabe et l'écho, et il en profite pour citer l'article de Verlaine contre Barbey d'Aurevilly où sont épinglés des vers monosyllabiques du poème "Blaise et Rose" d'Amédée Pommier.
Le problème, c'est que Chevrier n'a jamais cité cet article de 1865 de Verlaine dans son livre La Syllabe et l'écho.
En revanche, en 2009, j'ai publié un article intitulé "A propos de l'Album zutique" dans un numéro 966 de la revue Europe spécialement consacré à Rimbaud. Ce numéro contient entre autres des articles de Steve Murphy, Alain Vaillant, Alain Bardel, Yann Frémy. Frémy et Vaillant sont avec Cavallaro les codirecteurs du Dictionnaire Rimbauid sorti aux Editions Classiques Garnier en 2021. Bardel est un peu quelqu'un qui a un rôle éditorial avec son site internet, Murphy est le directeur officieux de tout ce qui concerne Parade sauvage, Frémy était le codirecteur avec Seth Whidden du tome 22 de la revue Parade sauvage où en 2011 Chevrier a publié son article !
J'ajoute que plusieurs collaborateurs réguliers de la revue Parade sauvage dominent dans les contributions à ce numéro de la revue Europe : Daniel Sangsue (moins dans Parade sauvage que coauteur pour un tome de l'édition critique des oeuvres de Rimbaud par Murphy chez Honoré Champion), puis Jean-Pierre Bobillot, Olivier Bivort, Yoshikazu Nakaji, Bruno Claisse, henri Scepi, Benoît de Cornulier, Marc Dominicy, Philippe Rocher, Christophe Bataillé et Pierre Brunel.
Notons que dans le numéro 23 la revu publie une réaction de Pakenham à l'article de Chevrier où Pakenham dit son admiration en relevant deux erreurs, et ce numéro 23 contient avec du retard une recension du numéro collectif de la revue Europe par Bertrand Degott. Vous pouvez lire librement sa recension sur le site des éditions Classiques Garnier et vous constaterez que Degott cite tous les contributeurs sauf un. J'ai volontairement été omis ! Je suis en revanche cité dans la recension suivante de Lhermelier, mais lacunairement, désinvoltement, pour le volume collectif La Poésie jubilatoire, volume collectif qui servait avec le livre de Teyssèdre à diluer mon importance primordiale dans les études sur l'Album zutique. En façade, on me cite, mais on a tout fait pour diluer ma présence.
Je reviens donc à mon article dans la revue Europ où, à partir de la page 126, je citais un extrait de l'article de Verlaine du 2 novembre 1865 dans la revue L'Art, article qui contenait une citation du poème "Blaise et Rose" de Pommier. Verlaine citait cela avec dédain "ces choses" et se moquait des goûts de Barbey d'Aurevilly qui haïssait les acrobaties de Banville et vénérait sottement celles de Pommier. Je développais le sujet en parlant des "médaillonnets" de Barbey d'Aurevilly, puis du Parnassiculet contemporain de 1867, en souligtnant que "Parnassiculet" reprenait "médaillonnets" au plan du suffixe. Et je citais bien évidemment "L Martyre de Saint-Labre" sonnet en vers d'une syllabe tourné contre Verlaine, et donc Daudet volait au soutien de Barbey d'Aurevilly. Je montrais que Verlaine était un personnage central pour expliquer les choix zutiques et je cite cette phrase interrogative qui précise ma pensée, l'article de Verlaine et le sonnet de Daudet sont l'origine de la pratique des sonnets en vers courts et notamment d'une syllabe dans l'Album zutique :
[...] Germain Nouveau a-t-il sur le rôle joué par Daudet dans la mode zutique du sonnet monosyllabique ?
Chevrier, Frémy et Cavallaro ignorent volontairement mon antériorité. Ce sont des agissements problématiques. Il s'agit d'une fraude intellectuelle. Et il va de soi qu'il y a ceux qui sont derrière, aux manettes. Derrière Frémy, il y a un comité de lecture de la revue par exemple.
Cavallaro aurait dû citer non l'article de Chevrier, mais son livre de 2002 La Syllabe et l'écho. La seule raison de citer l'article, c'est de mettre en avant la mise au point sur la polémique autour de Pommier entre Verlaine, Barbey et Daudet, le point crucial qui manquait précisément au livre de 2002. Si Cavallaro ne cite pas le livre de 2002, c'est bien parce que l'information inédite que j'apportais dans la revue Europe n'y était pas.
Dans le livre de Chevrier, les sonnets en vers d'une syllabe de l'Album zutique s'inspirent des précédents de Rességuier et de Daudet, mais simplement parce qu'ils les connaissent forcément et que ça s'inscrit dans l'évidence chronologique.
J'ajoute qu'à la page 336 Chevrier cite le poème "Le Pauvre diable" attribué à Baudelaire et paru en 1878 dans Le Figaro, mais sans s'apercevoir que le poème ne peut pas être de Baudelaire et surtout qu'il contient une réécriture de "Cocher ivre" réécrivant un passage de "Blaise et Rose" de Pommier : "- Clame, - Geint, -Brame... - Fin !"
Chevrier s'en tient à l'expectative : "On a attribué à Baudelaire, très tardivement", cela "résulterait d'un défi dans un salon" et il commente de manière : "poème effectivement filiforme, à l'image du pauvre diable qu'il a pris pour thème". Je rappelle que en 1878 nous sommes à l'époque où Champsaur et Mirbeau subtilisaient des manuscrits inédits de Rimbaud, où Rollinat parlait du Sonnet du Trou du Cul à des correspondants. C'est donc un point essentiel de l'histoire du rimbaldisme, qui intéresse en particulier la recherche éventuelle de gens ayant eu accès aux manuscrits de Rimbaud et les citant par malveillance.
Le poème "Blaise et Rose" est cité intégralement avec "Sparte" des pages 343-345, sans mise en relation avec les parodies zutiques. On passe directement ensuite à une sous-partie intitulée "Les sonnets monosyllabiques du XIXe siècle". Automatiquement, Chevrier change de sujet, il ne parle plus de Pommier. Rességuier et Daudet sont les modèles des sonnets zutiques avec quelques autres pièces à rapprocher. Chevrier ne fait pas remarquer que les mots des sonnets zutiques monosyllabiques sont volontiers repris à Pommier et la conclusion s'en tient à dire que les zutistes connaissaient le sonnet de Daudet et celui de Rességuier. Pire encore, il les fait fraterniser "dans le même esprit". Je cite :
On peut penser que les auteurs de l'Album zutique, à la fin de 1871, ont prolongé dans le même esprit satirique le sonnet monosyllabique d'Alphonse Daudet dans Le Parnassiculet contemporain, et qu'ils n'ignoraient pas celui de Paul de Rességuier, ni l'ouvrage de Louis de Veyrières. Ainsi dans l'Album zutique, Rimbaud a écrit à la fois un sonnet monosyllabique et un sonnet dissyllabique.
C'est un fait que Chevrier est passé à côté de l'argument important : Verlaine querellant Barbey pour son amour stupide des vers monosyllabiques de "Blaise et Rose", ce qui a entraîné Daudet à composer sur le modèle de Rességuier un sonnet monosyllabique contre Verlaine, dans une claire référence à la dispute de celui-ci avec Barbey d'Aurevilly. Et Chevrier a manqué l'identification systématique des citations de vers de Pommiers dans les sonnets de Rimbaud, Valade, Cros et d'autres.
L'édition de Cavallaro participe d'une fraude collective dont je suis la victime.
Et pour "de daines", j'attends toujours l'explication du français de l'expression "de chinois de daines", j'attends toujours qu'on m'explique qui a trouvé "de daines" après que Cervoni et Guyaux ait dit à tort que c'est ce que j'avais trouvé dans leur édition de 2009 des textes de Rimbaud. Et j'attends toujours l'étude graphologique discriminant un "d" et un "e", là où il y a un "o" et un "u", comme j'attends toujours l'explication pour laquelle dix-sept ans durant Murphy, Cornulier et Bardel ne lisaient en aucun cas "de daines" sur le manuscrit !
Il ne faut jamais attaquer la bonne foi, le gâtisme ou la bêtise. Ben, je suis désolé pour "outils" et "de daines", c'est bien un mélange de mauvaise foi et de bêtise. Qu'est-ce que vous voulez identifier d'autre ? On ne peut en parler sinon. Ah ! il faut se taire et admirer le coup bas.... Taisons-nous et laissons faire ! Ben non, c'est aussi une imposture intellectuelle, je l'écris ici noir sur blanc.
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