Jacques Bienvenu vient de publier un article "Ne rallumons pas d'anciennes polémiques" (cliquer ici). Il souligne qu'un article de Bardel sur l'édition actuelle de Cavalaro des oeuvres complètes de Rimbaud rallume intentionnellement d'anciennes polémiques entre Guyaux et Murphy. Bienvenu veut inviter tout le monde à faire la paix au profit du débat d'idées et espère que tout le monde y mettra du sien. Bienvenu pense également que beaucoup de grands rimbaldiens sont encore en vie et il prétend qu'ils seraient des gens très érudits et très intelligents. Qu'est-ce que l'intelligence si plusieurs rimbaldiens sont très intelligents ? Je ne suis pas convaincu, mais peu importe cet aspect. En tout cas, je ne crois pas à une résolution par le haut où il suffit que les gens reconnaissent qu'ils ont polémiqué et qu'il faut tourner la page.
Moi, je constate des agissements qui ne sont pas simplement de l'ordre de la polémique. Il y a déjà un beau sujet avec la photographie du Coin de table à Aden. Il a fallu une bataille de folie pour qu'on reconnaisse que Rimbaud n'était pas sur la photographie et on le savait dès le départ que ce n'était pas du solide dans le milieu des rimbaldiens.
Il y a maintenant un problème effrayant d'établissement du texte rimbaldien. La personne intelligente, érudite qui réunit une société de chercheurs autour d'elle, c'est Rimbaud, ce n'est pas Murphy ni un autre rimbaldien.
Le dizain "L'Enfant qui ramassa les balles...", il est signé "PV", oui ou non ?
Sur le manuscrit de "L'Homme juste", il est écrit "ou daines" oui ou non ? Parce que ça ne plaît pas, on falsifie Rimbaud et on utilise une erreur "de daines" qu'on a laissé traîner, et comme ça au bout d'un certain temps on s'en remet à cette lecture erronée et on invente que la solution ne vient pas de ceux qui ont établi la leçon "erronée" "de daines", mais on invente des fariboles pour l'attribuer à une autre personne.
Sur Une saison en enfer, est-ce que c'est du bon sens de voir que "outils" est une coquille pour la leçon "autels" clairement attestée de la main de Rimbaud sur le brouillon manuscrit correspondant ?
Moi, je m'en moque des rimbaldiens qui sont en vie et de leur amour-propre. Si on est critique rimbaldien, payé en tant qu'universitaire et promis à une belle notoriété parce que la société fait confiance à vos titres officiels, on a un devoir de vérité. Si on ne veut pas de la vérité, on peut être poète, on peut être écrivain, mais on ne vient pas s'imposer comme critique universitaire déversant la bonne parole.
On peut se tromper, mais il faut que ce soit sincère.
La chronologie des compositions de l'Album zutique, mes publications ont l'antériorité oui ou non sur Bernard Teyssèdre que mécaniquement les rimbaldiens préfèrent citer. Le livre de Teyssèdre a été qui plus fait avec la collaboration étroite de Lefrère en même temps qu'il y avait la bataille de la photographie du Coin de table à Aden. Les manipulations s'interpénètrent.
La pagination en 24 pages d'une partie des Illuminations, elle n'est pas autographe, et je ne vois pas comment on peut être intelligent et présupposer que ça prouve l'ordre d'un recueil pour l'ensemble des feuillets, les non-paginés compris.
On en est à publier des lignes autour des titres "Marine", autour des poèmes "Après le Déluge" ou "Nocturne vulgaire". On présente avec des mises en page arrangées la succession de "Phrase" à cinq poèmes brefs (regardez les blancs de mise en page de l'édition Folio). Mais, bon sang, ça veut dire quoi éditorialement ces "files de séparations", ces lignes au niveau d'un titre ? Vous blablatez là-dessus et vous vous mettez en groupe avec quelques avis d'autorité pour imposer d'éditer des signes qui n'ont aucune signification connue.
Sans arrêt, un groupe de rimbaldiens installés décident de taire les contestations, de piquer les idées d'un rimbaldien qui ne leur convient pas pour réattribuer la découverte à quelqu'un de leur clan ou qui ne les dérange pas. Les contestations sont tues ou minimisées dans les débats.
Le compte rendu de Bardel cite celui de Wagneur et il sera suivi d'au moins un compte rendu dans la revue Parade sauvage . Tout ça c'est du réseautage. En flattant Cavallaro, Bardel ne fait pas que polémiquer avec Guyaux. L'idée, c'est que comme les éditions courantes de Rimbaud sont réservées à des enseignants à la Sorbonne la plupart du temps (Guyaux, Brunel, Forestier, etc.) les chances de Murphy de publier une telle édition étaient quasi nulles et là la date-limite semble passer, mais saluer l'édition confiée à Cavallaro en vantant dans le travail de Cavallaro tout ce qui n'est que la reprise des mises au point ou affirmations de Murphy ce sera compensatoire en terme d'amour-propre, et en même temps comme Cavallaro a des retombées ça permet à long terme d'irradier sur l'avenir du rimbaldisme.
Cavallaro était déjà maximalement cité dans le Dictionnaire Rimbaud de 2021 dont il était codirecteur, alors que, rimbaldien aguerri, je ne savais même pas d'où il sortait. Je découvrais du jour au lendemain un gars abondamment cité. Or, quand on y regarde de plus près, Cavallaro ne dit quasi rien de personnel sur Rimbaud, il fait des synthèses plutôt dociles de ce qui a déjà été dit dans le clan rimbaldien qu'il a choisi. Il sent que la pagination des Illuminations ça n'est pas autographe malgré la guerre désespérée de Bardel et compagnie alors il ne se prononce pas, fait mine que c'est insoluble, mais pour autant il met les deux pieds dans l'étape suivante : éditer les lignes manuscrites farfelues, les "filets de séparation". Au cirque aussi il y a des filets, mais c'est des filets de sécurité pour ne pas tomber.
L'argument de ne pas polémique, mais il ne faut pas rêver, ils vont le prendre dire "oui oui", mais continuer tous les objectifs essentiels à leur réseautage.
- Ouais ouais on ne va pas poléMickey, mais on va maintenir "de daines", "outils", et la pagination autographe quand même, et toutes nos prérogatives. Il y a d'autres sujets sensibles encore.
Non, la critique rimbaldienne est un univers malsain. Point barre pour faire allusion au fameux titre de l'article de Cavallaro.
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