lundi 10 août 2026

Une autre manipulation : noyer le poisson autour des avancées sur le sonnet "Voyelles"

Les manipulations et arrière-pensées étant claires comme jamais, on ne va pas se priver de décrire d'autres faits. J'ai déjà expliqué sur ce blog les arrière-pensées, manipulations, malveillances liées à l'Album zutique, avec pour imposture intellectuelle le livre de Bernard Teyssèddre qui était planifié pour éviter que je n'occupe une place critique trop importante, trop conséquente sur cet objet littéraire, et n'oublions pas que c'est aussi lié à la rage provoquée par le fait que l'édition de la Pléiade en 2009 des poésies de Rimbaud ait eu la primeur des citations de Belmontet et de quelques autres éléments. Je précise aussi très lourdement que le livre de Bernard Teysèdre est lié également au fait que j'ai attaqué avec Jacques Bienvenu la prétendue identification de Rimbaud sur la photographie dite du "Coin de table à Aden". Dans le livre de Teyssèdre, j'étais cité à peu près exclusivement dans les notes de fin d'ouvrage et dans la bibliographie pour que le lecteur qui ne lit jamais les notes attribue à Teyssèdre mes découvertes et surtout Teyssèdre s'attribuait mon argumentation pour préciser la datation des contributions de Rimbaud à l'Album zutique. Il faut bien comprendre que dans le Dictionnaire Rimbaud en Classiques Garnier, dans la revue Parade sauvage, dans les publications de Bardel sur internet ou sous forme de livres, et désormais avec l'édition des Oeuvres complètes de Rimbaud en Folio Classique, il y a une opération de minimisation de mes mises au point quant à l'Album zutique, ce qui suppose de me reconnaître le moins de résultats possible avec quelques petites réattributions de mes découvertes à d'autres (je mets le pluriel parce qu'il n'y a pas que Teyssèdre).
On m'a explicitement écarté de toute reconnaissance au sujet du "Bateau ivre", pour mettre en avant un article de Steve Murphy où il est écrit noir sur blanc qu'il me remercie de lui avoir fait lire mon article, car bien sûr sans mon article antérieur le sien n'aurait pas vu le jour, et je précise que mes articles sont meilleurs avec plusieurs apports objectifs : "Trajectoire du Bateau ivre" et "Ecarts métriques d'un Bateau ivre", deux articles qu'on ne cite ni dans le Dictionnaire Rimbaud, ni dans le tome I de l'édition de Cavallaro !!! Les remerciements d'époque de Murphy dans son article vous font comprendre clairement le caractère tendancieux de ces omissions.
Il en va de même pour "Voyelles". Certes, cette fois, Cavallaro me cite, il a même le mérite de citer l'article de la revue Rimbaud vivant qui est essentiel, mais il écarte l'article "Consonne" paru dans la revue Parade sauvage qui, même s'il est à reprendre, posait les bases. Il y a toute une opération pour noyer le poisson et bien sûr les articles de ce blog ne sont pas cités, par principe.
Dans l'article "Consonne", je parlais d'une imitation du verbe johannique, du modèle des Contemplations, et j'y donnais des éléments que depuis Cornulier a repris sans me citer : l'alphabet vu dans le ciel, le vers de "Ce siècle avait deux ans" que je rapproche du vers 2 de "Voyelles". En revanche, dans l'article de la revue Rimbaud vivant, je parle de la trichromie rouge-vert-bleu violet sans citer Helmholtz, et j'en explique l'intérêt. Cette idée m'avait été soumise par des non-rimbaldiens intéressée par ma thèse de lecture sur la lumière-parole. En 2010 donc, au même moment que je publiais un article qui faisait suite à une conférence déjà tenue au café Le Procope, la revue Parade sauvage publiait un article court d'un normalien Victor Gysembergh. Celui-ci est devenu connu par ailleurs depuis en tant que découvreur, paraît-il, de manuscrits de l'Antiquité, etc. Cavallaro recense évidemment l'article de Gysembergh qui parle de Helmholtz. Par la suite, sur ce blog, j'ai fait remarquer qu'Etiemble avait été le premier à parler de la trichromie de Helmholtz avec son hésitation spécifique sur le bleu et le violet, et je mentionnais les antériorités de Young. J'ai très peu lu les livres d'Etiemble, mais la source figurait dans le livre de Marie-Paule Berranger que j'avais déjà lu par le passé et lors d'une relecture je me suis rendu compte de cette antériorité, et je l'ai signalée en ironisant sur le fait que les rimbaldiens ne seraient pas ainsi obligés de me citer pour mettre en avant la trichromie rouge-vert- bleu/violet. Cavallaro fournit une note où il cite à la fois Young et Helmholtz et où il mentionne une autre référence dans les livres d'Etiemble, il cite le Rimbaud écrit avec Yassu Gauclère. C'est marrant, parce que ce retour sur un élément du passé de la critique rimbaldienne, c'est à moi qu'on le doit. Et ce qui montre qu'il s'agit de m'en reconnaître le moins possible, c'est que pas un mot n'est dit sur le caractère de complétude du système rimbaldien que je suis le seul à avoir dégagé et exploité : cinq voyelles face à cinq couleurs réparties en deux groupes noir/blanc et trichromie.
Les rimbaldiens, solidaires des maîtres (ce qui n'est pas très rimbaldien en fait ?), soutiendront cent mille fois qu'il y a des coïncidences entre chercheurs, et patati patata.
Alors, passons à la suite. Cavallaro ne fait pas aucun commentaire du sens global du sonnet. Il essaie de faire remarquer à plusieurs reprises que le poème pourrait bien être ironique, mais sans aucune fermeté. Puis, il parle du vocabulaire rare de ce poème, ce qui coïncide là encore avec des articles plutôt récents de mon blog où j'en parle en énumérant les faits : "bombinent", "strideurs", "vibrements", "virides", en soulignant le modèle qu'est Théophile Gautier pour le vocabulaire, pour "vibrements" qui est de son invention (avec le parallèle d'un vers 9 de sonnet), pour l'emploi même de "strideurs" dans un ouvrage contemporain sachant que "strideurs" renvoie aussi à son proche collègue des débuts Philothée O'Neddy.
Enfin, Cavallaro ne parle pas des allusions à la Commune que je fais remarquer dans mes divers articles.
Je vais laisser la question de la Commune pour une autre occasion, les rapprochements avec "Paris se repeuple" et "Les Mains de Jeanne-Marie" impose cette référence comme du pur bon sens et je vais parler d'Armand Silvestre et de l'idéologie du voyant.
Dans l'Antiquité grecque, les poètes de l'époque archaïque étaient assimilés à des voyants, ils étaient inspirés par les dieux. Homère invoque les Muses au début de l'Iliade et de l'Odyssée, il les invoque aussi pour faire le très long catalogue détaillé de la flotte grecque devant Troie, puisqu'Homère fait mine que tous les détails sont vrais, mais que seules les Muses ont pu tout lui rapporter. J'ai déjà souligné sur ce blog des ressemblances frappantes entre "Voyelles" et le début d'un texte d'Hésiode, La Théogonie même je crois.
Homère et Hésiode appartiennent en littérature à la Grèce archaïque. Aux Ve et IVe siècles avant notre ère on passe à la Grèce classique avec les auteurs de théâtre : Eschyle, Sophocle, Euripide et Aristophane, avec aussi les débuts de la philosophie avec les textes de Platon et d'Aristote. Platon a pas mal écrit sur la poésie, mais souvent en exprimant sa défiance et celle de Socrate. Il y a un dialogue célèbre qui s'intitule Ion où Socrate explique que le poète est inspiré par un Dieu, ce qui est dans la continuité de la pensée archaïque, mais l'infléchissement intellectuel, c'est que Platon s'en sert pour l'opposer à la rationalité et à la maîtrise technique des arts. L'idée de ce dialogue, c'est que comme les sophistes, rhéteurs, etc., les poètes et les rhapsodes ne savent pas expliquer les recettes de leurs composition ou de leur récitation, donc ce ne serait pas des arts. Le propos est excessif sur l'absence de techniques, mais en gros un artisan sait apprendre à quelqu'un à faire une table Homère ne saura pas expliquer comment écrire une nouvelle Iliade. Ion étant un rhapsode, quelqu'un qui récite les vers de quelqu'un d'autre et qui se livre à des interprétations minimales de certains passages, Platon et Socrate ironisent aussi sur la confusion du sentiment d'avoir des connaissances. Homère donne l'illusion en surface du grand stratège, mais ni lui ni le rhapsode ne sauraient parler de stratégie en connaissance de cause. Par la suite, Platon approfondira certains points et il mettra aussi au point la notion de "mimesis" (imitation). Je ne vais pas trop m'étendre.
Le dialogue a une structure, il commence par une série de répliques brèves où Socrate pose des questions et Ion y répond. Socrate démontre que Ion est incapable de parler des techniques de son métier et démontre qu'il est contradictoire de prétendre savoir parler de stratégie en commentant Homère, mais d'en être incapable quand il s'agit d'un autre auteur qui ne nous intéresse pas ou qu'on récite mal. Mais Ion utilise un argument de dérobade : il dit que le fait est qu'il parle mieux que quiconque du contenu d'Homère, mais qu'il échoue à parler du contenu d'Hésiode, d'Archiloque, etc.
Pourtant, arrivé à faire admettre à Ion que son métier n'est pas un art, ni celui du poète, Socrate interrompt les questions et fait un exposé d'une certaine durée sur ce qu'il pense, puis les répliques courtes vont reprendre et le dialogue va s'arrêter sur une fin ironique où Ion est sourd à ce qu'il faut entendre.
L'exposé de Socrate est célèbre. Il contient deux éléments importants, d'un côté l'image de l'aimant ou pierre de Magnésie, de l'autre la définition de la poésie comme "chose ailée".
Puisque le poète ne sait pas expliquer son art (pas plus que le rhapsode), c'est que la tradition dit vrai qu'il est inspiré par un dieu. Ne pas savoir s'expliquer est irrationnel. Dans la Grèce archaïque, il s'agit d'une parole divine qui reste tout de même à interpréter. Platon et Socrate déplacent les lignes de compréhension : l'inspiration est divine, mais il ne s'agit tout de même que d'une illusion. L'idée, c'est que l'art de la parole permet de créer des fictions plus libres que ce que les contraintes de la réalité permettent, etc. Mais passons ! Sur la pierre de Magnésie, l'idée est que la pierre de Magnésie est le dieu, la première pierre aimantée est le créateur d'un poème, l'aède Homère, la deuxième pierre aimantée est le rhapsode, et ainsi de suite jusqu'au spectateur charmé en gros, puisque l'aiment attire la première pierre et lui communique son pouvoir, la première pierre attirant la seconde qui récupère à son tour le pouvoir et ainsi de suite.
Cette explication par l'inspiration divine choque évidemment nos savoirs contemporains et nos savoirs actuelles en fait d'analyse littéraire. Platon appartient à un monde des débuts de la science et il touchait encore à la Grèce archaïque avec ses croyances. La Nature était encore un immense mystère. Puis, je rappelle que pour Socrate qui est dans la continuité de la Grèce archaïque lui aussi la vérité appartient aux dieux, l'homme n'a de connaissance que celles du bon sens et du combat des préjugés venus des faux savants. On passe de la prétention à être sage, à celle de celui qui aimerait l'être, sens du mot philosophe.
Or, je tiens tout de même à faire remarquer que la première composition latine de Rimbaud est inspirée de vers d'une Ode d'Horace où il est question de l'élection du poète et Rimbaud cite précisément la pierre de Magnésie dans son poème.
Je pense que demain par une coïncidence extraordinaire un rimbaldien va commencer à nous en parler dans un article de la revue  Parade sauvage ou alors il va nous rappeler que cela a été dit dans un article assez ancien qui a pris la poussière...
J'ai déjà dit sur ce blog que le texte "Ver erat" sur l'élection du poète était important pour méditer la représentation du poète chez Rimbaud, du moins la représentation exaltée, puisqu'il y a une rupture nette dans Une saison en enfer
Le deuxième élément fort de l'exposé de Socrate, c'est le passage "La poésie est chose ailée", passage qui a inspiré un essai de Montaigne, essai dont Izambard a témoigné que Rimbaud l'avait lu en riant aux éclats. Je pense qu'il y a aussi une allusion à ce passage dans la nouvelle Le Chef-d'oeuvre inconnu de Balzac. Dans ses notes au poème "Ver erat", Cavallaro identifie dans les vers latins de Rimbaud des éléments précurseurs des futurs développements du poète, ce qui induit que ce sont des pensées personnelles à Rimbaud, alors qu'en réalité il faut identifier un réseau qui montre que les idées de "Voyelles" naissent de toute une culture littéraire irriguée sur plusieurs siècles et même millénaires !
Le voyant à la manière grecque et le verbe johannique se rencontrent dans "Voyelles" ce qui redit finalement ce qu'il s'est passé à la Renaissance quand coexistaient pour les intellectuels la culture religieuse et la culture grecque.
Quelle est la part de l'héritage scolaire dans les lettres "du voyant" avec des formules telles que "le poète devient voyant par un long, immense et raisonné dérèglement de tous les sens" ?
On n'arrête pas de regarder vers le futur en lisant Rimbaud sans voir qu'on ne peut le comprendre qu'en évaluant comment il se nourrit du passé.
Dans "Adieu" d'Une saison en enfer, Rimbaud écrit un passage où il dit s'être leurré en se croyant un démiurge inventant de nouvelles fleurs, etc. Cela entre en résonance avec des passages critiques du Livre X de La République de Platon.
Evidemment, il y a aussi l'influence des recueils hugoliens, de la théorie des correspondances qui a une origine allemande, etc.
Et, dans tout ce développement, il faut encore placer la Nature.
Dans "Ver erat", le culte de Vénus est déjà exclusif, Apollon est écarté, et ce culte est confirmé dans "Credo in unam". Quoi qu'on pense du recul critique de Rimbaud en écrivant "Voyelles", au plan du contenu, "Voyelles" fait partie des professions de foi à la "Credo in unam", ce qui ne sera plus le cas dans les autocritiques de la Saison.
Et j'en arrive au lien à Armand Silvestre.
J'ai déjà fait remarquer une coïncidence formelle. La parodie explicite de Silvestre est dans le quatrain "Lys" qui forme une suite sonnet et quatrain avec le "Sonnet du Trou du Cul" sur une page de l'Album zutique, suite sonnet et quatrain qui a été imité sur la marge gauche par Charles Cros et Léon Valade. Or, sur un feuillet recopié par Verlaine, nous avons la suite sonnet et quatrain pour "Voyelles" et "L'Etoile a pleuré rose..." J'ai déjà fait remarquer que "L'Etoile a pleuré rose...", rien que cet hémistiche déjà ! fait écho à plein de vers à l'image similaire dans les poésies de Silvestre déjà publiées à l'époque. Et il y a une idée de mélange de la vie et de la mort avec le sang au flanc noir final. J'ai fait remarquer qu'employer "latent" à la rime est d'une rareté absolue et que, comme par hasard, Rimbaud le fait dans "Voyelles" à peu de distance dans le temps de sa parodie "Lys", et donc de sa lecture sinon relecture du recueil Les Renaissances de 1869 de Silvestre où figure l'adjectif "latents". Silvestre a un poème intitulé "La Vie dans la mort", il développe une section "Paysages métaphysiques" et au début de son recueil il mentionne à la rime des "verdures marines". Il emploie le nom "rides" à la rime également.
Je vais vous faire un article avec une ribambelle de citations de vers de Silvestre. Ce serait dommage d'attendre un article d'Alain Chevrier, de Marc Dominicy ou de je ne sais qui d'autre sur le sujet, non ?

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