Adrien Cavallaro vient de publier une nouvelle édition des Œuvres complètes d'Arthur Rimbaud en deux tomes dans la collection Folio Classique où elle remplacera l'ancienne édition de Louis Forestier, déjà ancienne de pas mal de décennies et qui faisait double emploi avec l'édition dans la collection Poésie Gallimard quasi identique.
Une réaction est nécessaire tant cette nouvelle publication témoigne de dérives inquiétantes. Je vais passer en revue les problèmes.
Les quatrièmes de couverture des deux tomes commencent par une phrase identique, Cavallaro prétendant "réuni[r], pour la première fois dans une édition de poche, l'ensemble de la production de Rimbaud". Il clame que : "Toutes les versions connues de ses textes y sont reproduites, dans le respect des manuscrits [...]".
Le premier tome réunirait les textes qui vont de 1868 à 1871 et le second ceux qui vont de 1872 à 1875, alors que nous ignorons pour certains textes parmi les plus importants s'ils datent de 1871 ou bien de 1872. Les publications de la vie africaine, supputées ou avérées, sont écartées, mais Cavallaro ne référence nulle part le sonnet "Poison perdu", pour lequel nous avons une collection considérable de versions différentes qui plus est. Jacques Bienvenu a écrit une étude pour montrer que le poème était bien de Rimbaud. Sur quel argument d'autorité, Cavallaro a-t-il écarté ce poème ? Et si c'est un oubli, comment l'expliquer ? Si Cavallaro n'est pas convaincu de son authenticité, il faudrait au moins qu'il expose ses raisons.
Des nuits du blond et de la brunePas un souvenir n'est resté ;Pas une dentelle d'été,Pas une cravate commune.Et sur le balcon, où le théSe prend aux heures de la lune.Il n'est resté de trace aucune,Aucun souvenir n'est resté.Au bord d'un rideau bleu piquée,Luit une épingle à tête d'orComme un gros insecte qui dort.Pointe d'un fin poison trempée,Je te prends, sois-moi préparéeAux heures des désirs de mort.
La rime "d'or"/"dort" typiquement rimbaldienne, complétée par "mort" est à côté de la rime volontairement mauvaise, le "é", voyelle trop courante, ne doit jamais être traité sans consonne d'appui : "piquée", "trempée", "préparée". La distribution des rimes dans les tercets est une rareté en-dehors des règles dont on a une occurrence chez Musset et quelques-unes dans le recueil anonyme de Mérat et Valade Avril, mai, juin. Et surtout, les mots que j'ai soulignés forment une reprise qui structure tout le poème, procédé que Rimbaud emploie constamment dans ses vers et ses poèmes en prose, procédé qui lui est propre et qu'on ne retrouve pas chez les autres poètes. "Vies" et "Le Bateau ivre" illustrent dans sa complexité ce principe rimbaldien. Pour le reste, je renvoie aux arguments de Bienvenu.
Si Cavallaro écarte "Poison perdu" des poésies de Rimbaud, on est à tout le moins en droit d'attendre une explication.
Cavallaro revendique aussi le fait de nous fournir toutes les versions connues des textes de Rimbaud. Toutefois, il fournit une édition où prédomine une seule version par poème dans le corps de l'ouvrage, les "Autres versions" étant reportées pour partie dans une section à part en fin d'ouvrage qui porte précisément ce nom et pour partie dans une section "Lettres choisies" pour les cas où les poèmes sont inclus dans la correspondance.
Dans les faits, c'est assez chaotique. Je renonce à en parler ici pour que vous vous concentriez sur l'essentiel.
On remarquera que sur "Paris se repeuple" Cavallaro ignore l'importance de mon article "Mais que sont devenus les manuscrits de 'Paris se repeuple' ?" Cet article a été publié dans le volume collectif Rimbaud "littéralement et dans tous les sens", Hommage à Gérard Martin et Alain Tourneux aux éditions Classiques Garnier en 2012, au milieu des contributeurs suivants : Christophe Bataillé (équipe Parade sauvage), Jacques Bienvenu, Pierre Brunel, Aurélia Cervoni et André Guyaux (article écrit à deux), Bruno Claisse (équipe Parade sauvage), Yann Frémy (équipe Parade sauvage), Claude Jeancolas, Steve Murphy (équipe Parade sauvage), Yves Reboul (à peu près de l'équipe Parade sauvage), Philippe Rocher (équipe Parade sauvage), Jean-Luc Steinmetz. Cet article exposait notamment que l'exemplaire du Reliquaire conservé à la bibliothèque royale de Bruxelles, l'Albertine, est le support de la confection du texte de "L'Orgie parisienne ou Paris se repeuple" par Vanier. J'y expliquais que Vanier ou un de ses protes a annoté le texte du Reliquaire, modifiant le texte à l'aide d'un code de typographe, et que deux quatrains avaient été reportés à la main à l'encre brune au bas d'une page. Ces deux quatrains manuscrits auraient dû figurer dans le tome IV des Oeuvres complètes d'Arthur Rimbaud chez Honoré Champion où Steve Murphy a rassemblé toutes les photographies d'époque de manuscrits d'origine de textes rimbaldiens. Je soulignais aussi que cette manière de préparer le texte de "L'Orgie parisienne ou Paris se repeuple" n'allait pas sans anomalies dans le résultat final, car il y a des contradictions pour certains usages, notamment les propos rapportés, entre le texte imprimé par Genonceaux et les quatrains à l'encre brune du côté de l'éditeur Vanier. Il y avait aussi un problème de discrimination des majuscules en tête de mot qui se posait.
Cavallaro qui prétend à une édition dans le respect des manuscrits écrit ceci sur "L'Orgie parisienne ou Paris se repeuple" :
"Ms autographe inconnu."
Puis il énumère des publications, un extrait dans Les Poètes maudits, puis il évoque la publication de la version courte "Paris se repeuple", et enfin mentionne la version longue de Vanier. Donc, en lisant le texte de Cavallaro, vous ignorez tout de l'importance du volume bruxellois. J'en possède des photographies sur un appareil numérique. Avec une batterie adaptée à cet appareil photographique numérique, je pourrais mettre en ligne sur ce blog ce fac-similé inconnu de toute la communauté rimbaldienne !
Au moins avant 2012, Steve Murphy n'a jamais lui-même consulté cet exemplaire annoté du Reliquaire !!!!!!!!!!!!!! Le bibliothécaire me l'a dit, à savoir Bernard Bousmanne qui est l'auteur du livre Reviens, reviens cher ami : Rimbaud-Verlaine, L'Affaire de Bruxelles.
Comment expliquer cette lacune dans le travail d'éditeur d'Adrien Cavallaro ?
Nous allons voir d'autres points sensibles qui remettent en cause la prétention de Cavallaro à un "respect des manuscrits", mais avant il faut revenir sur la séparation en deux tomes.
Le premier tome réunit les textes de 1868 à 1871 et le second les textes de 1872 à 1875, moins "Poison perdu" on ne le rappellera jamais assez.
Le premier tome s'ouvre par une préface qui est suivie par une "Note sur l'édition" qui va de la page 25 à la page 35. Le deuxième tome n'a pas de préface qui lui est propre, il débute directement par une "Note sur l'édition" (pages 7 à 12). On va revenir plus loin sur ces notes.
Pour le reste, nous avons pour le tome I une première section "Compositions latines" (1868-1870), une seconde section "1870" qui inclut "Les Etrennes des orphelins" paru dans un numéro daté du 2 janvier, mais qui place aussi les deux écrits en prose "Charles d'Orléans à Louis XI" et "Un coeur sous une soutane" avant les poésies remises à Demeny. Or, pourquoi procéder ainsi ? Le premier texte en prose est un devoir scolaire, le deuxième est carrément une nouvelle. Pourquoi mettre ces deux écrits en prose entre "Les Etrennes des orphelins" et l'ensemble des poésies remises à Demeny en septembre-octobre 1870 ? Je peine à y trouver un semblant de logique. A partir du moment où cette distribution ne suit pas la chronologie, je ne vois pas pourquoi les deux textes en prose isolent "Les Etrennes des orphelins" des autres vers. J'ajoute que le devoir scolaire aurait plus été à sa place à la suite des "Compositions latines", tandis que la nouvelle Un coeur sous une soutane aurait eu toute les raisons de figurer après les poèmes en vers remis à Demeny. Il s'agit d'une composition tardive, puisque la mention "effluves mystérieuses" reprise à Demeny à partir du compte rendu dans Le Constitutionnel qui en épinglait le 16 août la faute d'accord en genre, impose de considérer ce texte comme postérieur au 16 août 1870 à tout le moins. Cette mention "effluves mystérieuses" a deux occurrences au début de la nouvelle. Léonard y est l'équivalent de Demeny, et on comprend que cette nouvelle n'ait pas été remise à Demeny lui-même qui se serait inévitablement senti visé. Rimbaud a donc remis cette nouvelle à Izambard du temps de ses deux séjours douaisiens. Mais, même sans savoir tout cela, Cavallaro aurait dû tout simplement réunir les deux proses littéraires Un coeur sous une soutante et "Le Rêve de Bismarck" pour l'année 1870, à la suite de toutes les poésies en vers.
Mais ce qui est plus gênant, c'est le traitement de l'année 1871. Pour l'année 1870, Cavallaro avait l'opportunité de s'appuyer sur le fait que Demeny avait reçu une copie de tous les poèmes en vers connus de Rimbaud de cette année-là, à l'exception des "Etrennes des orphelins". Et il s'agissait des versions les plus tardives, partant les plus abouties, à l'exception du cas particulier du poème "Les Effarés", mais je n'en traiterai pas ici. Il était facile de repousser les vers remis à Izambard et Banville dans les sections "Autres versions" et "Lettres choisies", encore qu'il y a des choses à dire. Mais, pour l'année 1871, Cavallaro retient tantôt que le poème est inclus dans une lettre, tantôt non (voyez "Ce qu'on dit au poète à propos de fleurs" et les poèmes de la lettre du 10 juin 1871). Mais surtout, Cavallaro doit faire face à d'autres difficultés. Il doit intégrer les contributions de l'Album zutique à des ensembles de poèmes de diverse provenance, et surtout à un ensemble de poèmes recopiés par Verlaine en 1872 dont nous ne connaissons pas les dates de composition exactes.
On peut comprendre que la section "1871" commence par les poèmes envoyés par lettre à Demeny avec un petit déplacement curieux du "Coeur du pitre" à cause de la primauté du "Coeur supplicié" remis le 13 mai à Izambard. Oui, parce que à partir du moment où Cavallaro ne retient pas la version du 13 mai envoyée à Izambard, on ne voit pas très bien sur quelle base il peut considérer qu'il est naturel de déplacer en tête des poèmes remis à Demeny la version intitulée "Le Coeur du pitre" que Demeny n'a reçue par courrier que le 10 juin. En effet, il n'y a que deux jours d'écart entre la lettre du 13 mai à Izambard avec "Le Coeur supplicié" et celle du 15 mai avec "Chant de guerre Parisien", "Mes petites amoureuses" et "Accroupissements". Qui plus est, Izambard prétend avoir reçu avant Demeny une version sans titre de "Mes petites amoureuses".
Les anomalies ne s'arrêtent pas là.
Donc Cavallaro fait commencer sa section par les poèmes envoyés le 15 mai et le 10 juin à Demeny, en déplaçant "Le Coeur du pitre" à cause de la version non retenue envoyée à Izambard le 13 mai : Le Coeuyr du pitre, Chant de guerre Parisien, Mes Petites amoureuses, Accroupissements, Les Poètes de sept ans, et normalement "Les Pauvres à l'Eglise" doit compléter cette série de six, sauf que sans aucune logique Cavallaro décide de placer "L'Orgie parisienne ou Paris se repeuple" entre "Les Poètes de sept ans" et "Les Pauvres à l'Eglise", alors que "Les Pauvres à l'Eglise" est daté évasivement sur le manuscrit "1871", alors que Cavallaro sait par "Le Coeur du pitre" que la lettre ne suit pas nécessairement un ordre chronologique des compositions. Enfin, le poème "Paris se repeuple" est antidaté "Mais 1871", puisqu'il parle du repeuplement de Paris après la Semaine sanglante, ce qui veut dire que dans le meilleur des cas le poème a été composé au plus tôt en juin.
Les poèmes suivants semblent s'aligner sur les références chronologiques des manuscrits : "Les Soeurs de charité" en juin, "L'Homme juste" et "Les Premières communions" en juillet, "Ce qu'on dit au poète à propos de fleurs" en août à s'en fier à la lettre plutôt qu'au poème clairement antidaté. Notons qu'il manque les vers retrouvés par Delahaye : "J'ai mon fémur !..." L'édition n'est décidément pas si complète que ça. Puis on a "Les Assis", puis brutalement on a la suite "Les Chercheuses de poux", "Les Douaniers", "Oraison du soir", "Le Bateau ivre", "Voyelles", "L'Etoile a pleuré rose..." et "Tête de faune" avant une série intitulée "Pièces de l'Album zutique" qui contient les poèmes déchirés problématiques, signe qu'on aurait dû avoir les vers "J'ai mon fémur" cités par Delahaye) et cela s'augmente des sonnets appelés "Stupra" par les surréalites. Le poème "Les Mains de Jeanne-Marie" est reporté au second volume car le manuscrit le date de février 1872.
Or, le problème, c'est qu'il existe de sérieux arguments pour considérer que "Le Bateau ivre", "Voyelles", "L'Etoile a pleuré rose..." et bien sûr "Tête de faune" sont des compositions de 1872 et non pas de 1871, comme il existe de sérieux arguments pour penser que "Les Chercheuses de poux" est postérieur aux contributions zutiques, au mieux contemporain. Quant aux "Stupra", les deux sonnets qui accompagnent "Le Sonnet du Trou du Cul" ont été composés à des dates qui nous sont inconnues.
On retrouve dans l'édition de Cavallaro les problèmes que les rimbaldiens, Murphy en tête, dénoncent déjà dans les anciennes éditions qui placent "Les Corbeaux" à tel endroit, le poème "Les Mains de Jeanne-Marie" à tel autre, et qui se finissent sur le texte du "Bateau ivre" pensé comme un poème antérieur au départ pour Paris à la mi-septembre 1871. Cavallaro place chronologiquement "Le Bateau ivre" et "Voyelles" avant les contributions zutiques ! Il écarte "Les Mains de Jeanne-Marie" en 1872 et il fait passer "Tête de faune" pour une composition précoce, alors qu'il s'agit du premier poème "nouvelle manière" de l'année 1872.
Remarquons que dans le second tome, Cavallaro place de manière tendancieuse le poème "Les Corbeaux" à proximité de sa date de publication le 14 septembre 1872 dans La Renaissance littéraire et artistique. Murphy et d'autres poussaient les hauts cris quand ce poème était considéré comme datant de la fin de l'année 1870, nous nous permettrons de nous étonner à tout le moins du naturel avec lequel un éditeur date cette composition de septembre 1872, malgré les difficultés matérielles d'un Rimbaud qui réside alors à Londres et qui s'est disputé avec les membres de cette revue, malgré l'évidente anomalie en septembre 1872 que constitue ces vers réguliers quand Rimbaud ne s'adonne plus qu'aux vers irréguliers.
Ce problème se double du cas de "L'Enfant qui ramassa les balles..." Cavallaro prétend "respecter les manuscrits" sur ses quatrièmes de couverture et dans les pages de "Notes sur cette édition". Or, le manuscrit de la main de Rimbaud contient le paraphe "PV". Le respect du manuscrit et de Rimbaud impose d'attribuer ce dizain à Verlaine !
Pourquoi Cavallaro n'en fait-il rien ?
Il reconnaît que Régamey, qui a reçu ces transcriptions en don, attribuait les deux dizains à Verlaine, il reconnaît qu'il y a une signature "PV", mais il choisit d'attribuer le poème à celui qui le recopie.
Au plan philologique, c'est indéfendable. On peut avoir un collectif qui réunit Lefrère, Murphy, Guyaux, Cavallaro, ça ne change rien au fait que le dizain signé "PV", qui plus est par Rimbaud en personne, soit de Verlaine. Personne n'a le droit de choisir au mépris des intéressés Rimbaud et Verlaine qui savaient mieux que quiconque de quoi il retournait.
Là, on entre dans les problèmes de mauvaise foi. Il ne faut pas avoir peur de dire le mot. Les aléas de la divulgation en fac-similé du manuscrit ont fait qu'on a longtemps cru que le poème était de Rimbaud. On avait découvert que Rimbaud l'avait recopié, donc Régamey se trompait, puis un nouveau fac-similé plus large a révélé la signature "PV". Murphy, Lefrère, Guyaux et Cavallaro n'essaient même pas de dire d'où vient cette signature "PV" ! Il nie sa pertinence, purement et simplement. Notons tout de même que dans le Dictionnaire Rimbaud de 2023 aux éditions Classiques Garnier Murphy finit par concéder en me citant nommément qu'aucun argument sérieux n'a été opposé à cette primauté de la signature "PV" !
J'observe que dans son édition Cavallaro place les poèmes "Les Corebaux" et "L'Enfant qui ramassa les balles..." comme des compositions rimbaldiennes de septembre 1872, ce qui flatte très précisément les opinions plusieurs fois formulées par Steve Murphy, notamment dans le tome premier Poésies des Oeuvres complètes d'Arthur Rimbaud chez Honoré Champion en 1999.
Je soupçonne d'autant plus un acte d'allégeance qu'il y a un non-dit dont on va parler plus bas sur la coquille "outils" pour "autels".
Pour le second tome, le grand raté est l'absence du poème "Poison perdu". Cavallaro fournit donc les poèmes qu'il date de 1872 : "Ô saisons ! ô châteaux", compris. Pour "Juillet", je suis d'accord pour le dater de juillet-août 1872, mais je fais remarquer que Cornulier a défendu l'idée que le poème avait été composé un ou deux ans plus tard, et cette hypothèse avait été saluée par Yann Frémy dans la revue Parade sauvage. Au moins, ce point-là est positif dans la récente édition.
Je ne vais pas m'attarder sur tous les points : "Les Déserts de l'amour", les "proses dites 'évangéliques' ", etc. Cavallaro fournit les livres finaux : Une saison en enfer et Illuminations, puis oubliant "Poison perdu", mais pas le poème improvisé pour Delahaye avec la lettre du 14 octobre 1875, il donne une section "Autres versions" qui inclut les brouillons connus d'Une saison en enfer.
Cavallaro dit "respecter les manuscrit" sur les quatrièmes de couverture, mais aussi dans les pages "Notes sur cette édition". Je cite le quasi début de la "Note sur l'édition" en tête du tome II :
Le principe qui a guidé notre établissement est celui d'une fidélité aussi scrupuleuse que possible aux manuscrits de l'auteur ou aux copies de Verlaine et, plus tard, de Germain Nouveau. La ponctuation appelait une considération toute particulière [...]
Ce principe n'a pas été respecté comme nous l'avons signalé plus haut dans le cas du texte de "L'Orgie parisienne ou Paris se repeuple". Ce principe ne l'a pas été non plus dans le cas d'un vers du poème "L'Homme juste" ou au mépris de la leçon "ou daines" transcrite par Rimbaud, Cavallaro affirme qu'il est écrit "de daines". Remplaçant la magnifique claque de désinvolture du vers rimbaldien original : "- ^O j'exècre tous ces yeux de chinois ou daines", Cavallaro opte pour encor moins qu'un bégaiement mal assuré : "de chinois, de daines", puisque je vous laisse admirer la transcription retenue dans son édition :
- Ô j'exècre tous ces yeux de Chinois de daines,
ce qui ferait légitimement crier Charnay du Constitutionnel non pas au barbarisme, mais au solécisme !!!!!!!!!!!
Imaginez que ce vers soit proposé en étude de cas à l'épreuve de linguistique de l'Agrégation de Lettres Modernes :
Faites toutes les remarques nécessaires sur le vers suivant, ou Etudiez la complémentation de nom dans ce vers.
Dans la note de fin d'ouvrage à ce vers, Cavallaro affirme que Rimbaud a écrit "de daines", ce qui est faux. Rimbaud a écrit "ou daines", la boucle du "o" étant quelque peu déliée. L'expression "ou daines" offre un vers correct grammaticalement, à peine un peu familier, et un vers conforme à ce que l'on sait du génie âpre de l'auteur. Cavallaro fournit un vers qui n'a pas de sens. Cavallaro impose du charabia à ses lecteurs, ce qui est écrit n'a aucun sens !
Et il ne suffit pas de dire que Rimbaud a oublié la virgule et que par respect pour le manuscrit Cavallaro ne la rétablit pas. En quoi est-il justifié de ne pas la rétablir si on pense qu'elle a été oubliée ? Déjà ! Et quelle est cette science qui détermine que Rimbaud a oublié une virgule ?
Oui, évidemment, on va plaider que s'il est écrit "de daines" il faut bien rétablir une virgule. Mais pourquoi Cavallaro ne la rétablit-il pas ? S'il ne la rétablit pas, c'est qu'il a parfaitement conscience qu'il en reste à un stade d'analyse CONJECTURALE ! Sans cela, il n'aurait aucune raison de ne pas la placer, cette virgule !
S'il est sûr de lui, pourquoi ne met-il pas la virgule ?
Pourquoi préfère-t-il ce vers minable qui ne fait certainement pas honneur à Rimbaud ? Cavallaro est censé offrir au public le plaisir de lecture des vers d'Arthur Rimbaud, et voilà ce qu'il jette comme pavé dans la mare !
Quel acquéreur de l'édition de Cavallaro va se sentir convaincu par "yeux de Chinois de daines". Ajoutons que dans la note, Cavallaro avoue avoir le doute que j'avais moi-même formulé sur l'initiale de "Chinois" dont il est difficile de dire si c'est un "c" minuscule ou un "c" majuscule". Pourquoi ne pas étudier les "c" manuscrits de Rimbaud pour trancher la question ? Moi, je ne l'ai pas fait, mais si je suis éditeur de Rimbaud je vais m'y adonner, et je rappelle que ce problème je le soulève aussi pour "L'Orgie parisienne ou Paris se repeuple" avec ma source manuscrite... inconnue des rimbaldiens, alors que référencée.
Face à Guyaux, Cervoni, Dominicy, Murphy, Cornulier et Cavallaro et tout ce qu'on veut de rimbaldiens, je clame haut et fort qu'il est écrit "ou daines", avec un "o" dont le bouclage est simplement délié. Je rappelle qu'avant mon intervention, les gens n'arrivaient pas à lire ce "ou" et qu'ils ne le lisaient certainement pas comme un "de". Il y a bien les expressions "à bedaines" et "à fredaines", mais c'étaient les expression qu'on donnait pour avoir la rime du poème. Personne n'y croyait à ces solutions où un "e" est devant le "d". Personne ne les prenait au sérieux ! Murphy disait identifier "dudaines", il n'arrivait pas à lire "dedaines". Donc il avait un préjugé favorable à l'identification d'un "d", mais il lisait un "u" et non un "e" et n'arrivait pas à la solution "de daines". Le manuscrit porte bien un "u", il n'y a aucune boucle de "e". Voulant identifier un "d", les rimbaldiens n'arrivaient à rien, parce que justement ils n'ont pas compris que le "d" apparent était un "o" mal formé pour "oudaines" à lire en deux mots séparés.
Non seulement il est indiscutable que nous avons affaire à la boucle d'un "o" mal relié, mais Rimbaud pour passer à la voyelle "u" a adopté le principe scolaire qui oppose le "a" et le "o" en écriture cursive, puisque le "o" se termine en haut de la lettre "u", mais pas en bas.
Consultez le manuscrit !
Je rappelle que ça fait dix-sept ans que dans la collection de La Pléiade Guyaux a corrompu ma solution en "de daines", cela n'a convaincu aucun rimbaldien. La refonte de l'édition des oeuvres de Rimbaud dans la collection Bouquins pa Forestier n'a pas adopté cette solution, ni la refonte de l'édition des oeuvres de Rimbaud en Garnier-Flammarion par Jean-Luc Steinmetz. Et c'est pareil pour Olivier Bivort dans des éditions italiennes. De 2009 à 2026, les rares gens qui ont écrit sur cette difficulté, parmi lesquels Murphy, Cornulier et Dominicy, n'ont pas entériné la leçon de Guyaux, Cornulier aviat même écrit que ma solution était probable, ce qui était allé contre la leçon "de daines" déjà en place éditorialement.
Vous l'avez compris, je ne lâcherai pas l'affaire !
Passons maintenant à Une saison en enfer et aux Illuminations.
Après la publication des deux éditions fac-similaires des Illuminations d'Alain Bardel, j'avais fait remarquer sur ce blog une coquille évidente de la part d'André Guyaux que suivait Alain Bardel. Rimbaud a écrit "Amour ! force !" dans "Angoisse" et non pas "Amour, force !" ni "Amour ; force !" Seul Albert Henry avait refusé de suivre la lecture de Guyaux, lequel a été suivi par Pierre Brunel, Alain Bardel, etc. Je remarque que Cavallaro a édité comme je le conseille "Amour ! force !"
J'aimerais qu'on se penche un jour sur le débat "au-delà" ou "en-delà" dans le cas de "Mouvement", débat posé par Fongaro qui n'a jamais été élucidé clairement. Il y a aussi un débat à avoir sur "Jeunesse II Sonnet". Il est manifeste qu'il y a une espèce de "s" ajouté entre le e et le t sur le manuscrit, ce qui invite à lire "est discrète" et non "et discrète", et il me semble que la syntaxe n'est correcte qu'à condition de lire un verbe "est" dans ce poème. La phrase est agrammaticale si on adopte le "et". Mais on va laisser ces débats de côté. Disons qu'ils n'ont toujours pas été traités avec l'importance qu'ils méritent.
Mais, s'il y a un respect scrupuleux à avoir vis-à-vis des manuscrits, je ne m'attendais pas à cette nouvelle étape dans la publication des Illuminations.
Sur son site internet Arthur Rimbaud et dans ses éditions fac-similaires des Illuminations, Bardel plaide à la suite de Steve Murphy pour la prise en considération de filets de séparation. Je ne suis pas d'accord avec cette démarche qui fait mine de trouver limpides les significations de ces filets de séparation. Mais, dans son essai Les Illuminations ou Rimbaud l'Obscur, Bardel ne les reproduit pas. Il reproduit les poèmes. Il va en revanche placer ces filets de séparation dans l'édition fac-similaire conçue avec Alain Oriol.
Je trouve ça complètement absurde et moche.
Mais ce qui m'a impressionné, c'est que Cavallaro a reporté à son tour ces filets de séparation dans une édition courante pour le grand public et surtout il ne s'est pas contenté de cela puisqu'il a aussi souligné des titres. Le tout forme un ensemble résolument incohérent et désagréable au possible. On a un trait long absurde à la suite du poème "Après le Déluge", un autre après la série "Enfance" et un autre après "Ô la face cendrée..." Mais le trait long qui suit "Après le Déluge" occupe toute la ligne, tandis qu'on a des traits moins longs après "Enfance" et "Ô la face cendrée...", puis un autre après "Royauté". Puis, cela entre en tension avec des traits centrés plus courts encore entre les trois sections du poème "Phrases" à la page 109, et ici il faut faire attention et bien observer que après les trois sections de "Phrases" tout le bas de la page est blanc, puisque la transcription de "Une matinée couverte..." ne reprend qu'à la page suivante, ce blanc créant un écart qui n'existe pas entre les poèmes. Pour le dire autrement, Cavallaro met plus d'espace entre "Phrases" et les textes du folio 12 qu'entre deux autres poèmes du recueil !!!! L'exception, c'est la séparation entre "Matinée d'ivresse" et "Phrases", mais justement les pages sont en vis-à-vis, cela sert à installer le bidouillage factice. Pourquoi ce blanc ? Cavallaro évite ainsi d'avouer qu'il n'a pas de solution éditoriale satisfaisante pour faire se succéder "Phrases" du folio 11 et les cinq poèmes courts du folio 12 !
Quel aveu !
On a droit à un maquillage par des blancs autour du changement de page pour camoufler le problème.
On imite artificiellement le changement de folio de la suite paginée.
Evidemment, en adoptant ces filets de séparation, Cavallaro crée une contradiction dans son discours. Il prétend ne pas prendre position dans le débat sur la pagination, sauf qu'en plaçant systématiquement ces filets de séparation il prend finalement parti pour l'ordre de la pagination autographe.
C'est pour cela qu'il est d'autant plus piquant de relever l'anomalie du blanc qui sépare "Phrases" des poèmes courts du folio 12. Cavallaro installe une solution de continuité, donc il ne croit pas à la continuité de l'agencement d'un recueil pour l'enchaînement des folios 11 et 12, et cette contradiction ruine définitivement l'idée que les filets de séparation organisent un recueil.
Mais je parlais de titres soulignés également. Indifférent à la nature singulière du manuscrit, Cavallaro souligne par exception le titre "Nocturne vulgaire" ou du moins le fait suivre d'un trait court vertical centré, puis il souligne le titre "Marine" par deux traits courts verticaux de part et d'autre du titre lui-même et bien sûr il transcrit avec toute l'importance qu'il leur concède les filets de séparation au bas du recto et du verso du feuillet manuscrit contenant "Nocturne vulgaire", "Marine" et "Fête d'hiver".
On se retrouve avec un soulignement invraisemblable du titre "Marine", avec un soulignement invraisemblable du titre "Nocturne vulgaire" également. N'importe quel lecteur va crier au scandale devant ce manque d'harmonisation. Plus loin, à la manière du titre "Nocturne vulgaire", Cavallaro souligne encore les titres "Fairy" et "Sonnet".
Il faut croire que c'est ça un respect scrupuleux des manuscrits. Je parlerais plutôt d'un respect superstitieux. Je ne comprends pas comment l'édition rimbaldienne en est arrivée là. C'est la pointe extrême d'une philologie qui veut donner son importance à n'importe quel détail manuscrit. Il n'y a même plus de sens, on est dans les colifichets pour parler comme Amédée Pommier.
Il va de soi également que je ne souscris pas aux émargements des premier et cinquième alinéas de "Marine". Le troisième alinéa témoigne d'un décalage à peu près équivalent. Et si on place une règle sur le fac-similé du manuscrit de "Marine" on s'aperçoit rapidement qu'il s'agit d'irrégularités au début de la transcription qui ensuite se résorbent.
Passons maintenant à Une saison en enfer. Cette fois, le principe du respect des manuscrits se pose différemment, puisque le texte nous est parvenu directement imprimé. C'est en partie le cas de "L'Orgie parisienne ou Paris se repeuple" (à deux quatrains près je rappelle), c'est le cas de "Dévotion" et de "Démocratie", sachant que je prends toujours autant au sérieux l'hypothèse de Fongaro d'une coquille "Circeto" pour le nom "Derceto".
Dans le cas du livre Une saison en enfer, il n'y a pas eu plusieurs éditions contrôlées par l'auteur. Il y a une édition unique et on ne pense pas que le poète ait vraiment relu les épreuves. Les rimbaldiens essaient de dire que seul le texte de la prose liminaire n'a pas été relu à cause des erreurs manifestes : "que que j'ai rêvé", "le clef", mais ils n'ont aucune preuve de ce qu'ils avancent. Dans l'absolu, la prose liminaire est visiblement le texte le moins bien établi par Poot. C'est tout ! Et il y a d'autres coquilles dans l'ouvrage, même si elles sont plus espacées visiblement.
Pour la phrase : "Après, la domesticité même trop loin", Cavallaro impose la correction sans note : "Après, la domesticité mène trop loin". Seuls ceux qui liront les notes sauront que le texte original offre la leçon "même" et une phrase agrammaticale. La leçon "mène" est une invention de Paterne Berrichon dans son édition de 1898. Et je rappelle qu'une coquille ce n'est pas toujours un mot mal transcrit, ça peut être l'absence d'un mot, ce qui a tout l'air d'être le cas ici : "Après, la domesticité est même trop loin", sur le modèle "le travail est loin de moi". J'ai plaidé cela.
Où sont ici les scrupules dont se vante Cavallaro ? Ne devait-il pas respecter le texte imprimé puisqu'il n'a aucune certitude sur les intentions de Rimbaud visiblement ? Qu'il nous explique pourquoi il faudrait donner foi à la correction élaborée, sinon improvisée par Berrichon ? La correction "mène" n'est rien d'autre qu'une forme phonétique proche de "même", proximité qui n'est même pas aussi sensible au plan de la graphie des deux mots en question : "même" et "mène", accent et jambage cela fait deux différences en quatre lettres.
Et j'en arrive donc à la coquille "outils" pour "autels".
Si le principe premier est celui des manuscrits, alors ce qui doit primer c'est le brouillon où la leçon "autels" apparaît en toutes lettres sous la plume de Rimbaud.
Je remarque que Cavallaro anonymise ceux qui ont compris que "outils" est une coquille pour "autels". Il écrit : "On a pu s'étonner de la présence du mot "outils" ... là où le brouillon porte "autels", et conjecturer qu'il pouvait s'agir d'une coquille." Je suis le premier concerné, mais je remarque que la seconde personne anonymisée n'est autre qu'André Guyaux, qui était le directeur de thèse de Cavallaro. C'est un peu délicat d'anonymiser son ancien directeur de thèse dans un problème aussi important d'établissement des textes.
En 2023, dans son livre sur Une saison en enfer, Alain Vaillant avait déjà essayé de contester cette coquille avec l'argument selon lequel le brouillon de Rimbaud était peu évident à déchiffrer et qu'il comporterait la leçon "outils" lui aussi. J'avais fait remarquer sur ce blog que malgré le prestige du texte imprimé tous les éditeurs des brouillons identifient bien "autels" sur le brouillon.
Nous avons maintenant affaire à deux nouveaux arguments de la part de Cavallaro.
Cavallaro concède que "l'hypothèse [de la coquille] ne manque pas de vraisemblance, en raison de la proximité graphique des deux termes." Mais, la fin de non-recevoir est invraisemblable. Sous prétexte qu'il nous manque les épreuves, il serait impossible de trancher. Mais en quoi l'accès aux épreuves serait-il automatiquement nécessaire ? On en parle des éditions défectueuses des tragédies de Rotrou ? Quand il manque un alexandrin, parce qu'un alexandrin ne rime avec aucun autre ça se voit ? Cavallaro prétend corriger des coquilles évidentes lui-même dans le texte même en question d'Une saison en enfer. Il corrige "même" en "mène", comme si c'était naturel. Je rappelle qu'il y a certaines hésitations sur les corrections à faire : "partout le corps" ou "j'ai toujours été race inférieure". Ici, on a la chance d'avoir un brouillon à comparer, et Cavallaro soutient que le plus c'est le moins. On a un appui, Cavallaro soutient que ça ne suffit pas. Mais, le refus de Cavallaro, c'est que de la pétition de principe.
Si ! ce document est suffisant pour évaluer la coquille "outils".
De quel droit Cavallaro s'arroge-t-il la compétence pour décider quand la science peut ou non répondre à une question ? C'est d'ailleurs le propre des avancées scientifiques de surprendre tout le monde.
Si ce n'est pas suffisant, Cavallaro doit prouver son propos en commentant les limites de la comparaison entre le brouillon et le texte imprimé de l'édition originale.
Or, parallèlement à l'argument de Vaillant cité plus haut, Cavallaro affirme qu'il doit y avoir une stricte coïncidence entre le brouillon et le texte définitif, mais il ne faut pas être de mauvaise foi en exigeant une "stricte coïncidence" à la virgule près.
Les deux textes ont cette "stricte coïncidence".
Je cite les derniers alinéas de l'édition originale de "Mauvais sang" :
Où va-t-on ? au combat ? Je suis faible ! les autres avancent. Les outils, les armes... le temps !...
Feu ! feu sur moi ! Là, ou je me rends. - Lâches ! - Je me tue !Je me jette aux pieds des chevaux !
Ah !...
- Je m'y habituerai.
Ce serait la vie française, le sentier de l'honneur !
Je cite maintenant le brouillon tel qu'il est édité par Cavallaro, mais sans censurer les mots biffés faute de savoir spontanément comment on fait :
Sais-je où on va Où va-t-on, à la bataille ?
Ah ! mon ami ! ma sale jeunesse ! Va ! va les autres avancent remuent les autels les armes
Oh ! oh ! C'est la faiblesse. c'est la bêtise, moi !
Allons, feu sur moi. Ou je me rends ! A bas Qu'on me blesse, je me jette à plat ventre, foulé aux pieds des chevaux
Ah !
Je m'y habituerai.
Ah ça, je mènerais la vie française, et je suivrais le Sentier de l'honneur.
Les deux textes sont pratiquement identiques. Le brouillon témoigne d'un premier jet parfois assez lourd : "je me jette à plat ventre, foulé aux pieds des chevaux", mais "je me jette aux pieds des chevaux" c'est la même idée avec un meilleur rendu. Il a ajouté l'exclamation "Lâches", mais de "feu sur moi" à la fin c'est identique, c'est quelque peu de la "stricte coïncidence". Et pour ce qui précède, la "stricte coïncidence" est là aussi. Où va-t-on? au combat, c'est pareil que "Sais-je où on va" et "à la bataille", et c'est identique à "Où va-t-on ?" Rimbaud a supprimé l'apostrophe à soi-même "mon ami", la mention "ma sale jeunesse", mais il a réécrit des éléments de la partie supprimée et les a déplacés : "Je suis faible" reprend les possessifs dans "mon ami", "ma sale jeunesse" et bien sûr la phrase : "C'est la faiblesse. c'est la bêtise, moi !" Et le brouillon permet d'approfondir notre compréhension du tour elliptique "Je suis faible", soit dit en passant. Pour le reste, il y a un ajout "le temps", mais qu'on pense à "A une Raison" et "Matinée d'ivresse" pour le commenter, puis le reste est identique. On a bien une stricte coïncidence des textes, et on voit que "outils" est une coquille pour le mot "autels", comme on voit que dans un discours d'époque sur la vie française et le sentier de l'honneur le mot "autels" a plus sa place, la logique du sabre et du goupillon, que le mot "outils".
Cavallaro ne dit pas qu'il n'est pas convaincu, il vous somme de croire que vous n'avez pas à l'être.
Moi, je voudrais qu'on m'explique maintenant pourquoi dans l'entourage de Murphy plusieurs rimbaldiens : Cavallaro, Bardel, Vaillant, s'escriment à refouler des discours de vérité comme ici c'est nettement le cas sur la coquille "outils" pour "autels".
Pourquoi cet acharnement ? Et pourquoi le public est-il pris en otage de ce genre d'acharnement ?
Tout ça pour éditer le titre "Marine" avec des traits horizontaux sur chaque côté, pour éditer "Après le Déluge" suivi d'un trait long continu sur toute la largeur de la page ?
Le texte de Rimbaud s'adresse-t-il à nos pensées oui ou non ?
***
Complément du premier juin :
Je reviens à la coquille "outils" pour "autels" à travers la correction / invention de Berrichon "mène" pour "même".
Le livre de Bouillane de Lacoste de 1939, édition critique d'Une saison en enfer, paru juste avant la guerre en gros, recense toutes les éditions et montre bien sûr aussi le contexte. Il n'était pas possible de confronter les éditions courantes à l'édition originale, ni même à l'édition de La Vogue, ni même facilement à l'édition Vanier.
Bouillane a vu que "mène" apparaît avec l'édition de Berrichon en 1898. Et si on lit l'ensemble de la recension de Bouillane, on comprend pourquoi elle s'est maintenue et imposée. Et Bouillane accepte comme allant de soi la correction. Donc le livre de Bouillane montre bien que "mène" est une invention de Berrichon, même si Bouillane lui-même commet la bourde énorme de considérer que c'est une correction qui va de soi.
Moi, lisant les poèmes du voyant avec les yeux de l'esprit ouvert, je ne reste pas 75 ans à ne pas réagir. Je vois bien que Bouillane sans s'en rendre compte à montrer que "mène" était une invention gratuite de Berrichon, je vois bien que Guyaux, Steinmetz, Brunel, etc., ne lisent pas l'édition critique de Bouillane, même quand ils la citent en bibliographie. Les rimbaldiens voient plein d'éditeurs utiliser la correction "mène" et se prennent à croire que ça va de soi, puisqu'ils y sont habitués et voient ça partout.
Non !
C'est une invention de Berrichon et Bouillane n'a pas été bon dans sa conclusion.
C'est pareil pour "outils" et "autels". Pendant 75 ans aussi, à peu près, les rimbaldiens lisent "autels" sur le brouillon et "outils" sur le document imprimé sans se demander si "outils" n'est pas une coquille.
Je vous laisse juger du sérieux de leur travail critique.
10h22 1er juin, je dois corriger les coquilles du complément causées par le téléphone portable. On verra ça dans la journée.
RépondreSupprimerMais rassurez-moi. Quand vous lisez le titre de mon article Bateai 8vre / à la dérive et que vous arrivez à la fin ou je parle de ce qui m'impressionne en citant le titre Marine et ses traits de côté, puis la ligne plate sous Après le Déluge, est-ce que vous comprenez ? La ligne plate sous Après le Déluge ça ne vous rappelle pas Fileur éternel des immobilisés bleues. Marine, Déluge, Bateau ivre, dérive, est-ce que vous lisez ça littéralement et dans tous les sens ?