mercredi 27 mai 2026

Catastrophe éditoriale : Rimbaud en deux tomes Folio !

Je découvre avec effroi l'annonce d'une édition en deux tomes à paraître des oeuvres complètes d'Arthur Rimbaud en Folio par Adrien Cavallaro.
Les couvertures sont d'une laideur atypique avec des traits psychologiques appuyés par les dessins qui ne sont pas ceux de Rimbaud. Mais bon ça à la limite. Cela suit de peu l'article désastreux contre lequel j'ai réagi, l'article sur le passage "ou daines" de "L'Homme juste". On verra ce qui sera assumé, mais je crains le pire, on va avoir droit à la leçon "de daines" en texte officialisé. C'est une édition en Folio qui part pour trente ou quarante ans vu qu'avant on a eu pour plus longtemps encore les éditions de Louis Forestier en Folio et Poésie Gallimard, en plus d'une édition par Louis Forestier dans la collection Bouquins. Les éditions de Steinmetz en Garnier-Flammarion datent aussi pour ce qui est des notices et notes. On a droit à la vantardise : "pour la première en édition de poche, l'ensemble de la production de Rimbaud". Et ça y va ! Mais ce qui suit est à se rouler par terre quand on connaît l'article du dernier numéro de la revue Parade sauvage : "les versions connues de ses textes y sont reproduites, dans le respect des manuscrits." Oui, "de daines", c'est dans le respect des manuscrits... Mais, bien sûr ! D'ailleurs, j'attends de voir ce qu'il en est du texte des Illuminations : le point-virgule au second alinéa de "Angoisse" ou l'absence d'alinéas différenciés pour "Marine". C'est quoi respecter les manuscrits au sujet des alinéas ? Et "Jeunesse II Sonnet", on va avoir la solution ? Et Une saison en enfer, ce sera dans le respect des manuscrits ? "outils" ou bien "autels" ? "Après, la domesticité mène trop loin" ou "est même trop loin" ? Pour le commentaire, on a droit de la langue de bois : "la nouveauté radicale", ben tiens ? On est loin du Rimbaud dans son temps de Reboul, des multiples articles qui révèlent les sources de Rimbaud et partant ses continuités avec la littérature de son époque. Un poète au "destin fulgurant, qui voulait changer la vie", Yeah man !
Il proclame avec enthousiasme qu'il veut "se faire voyant", Yeah man ! Au fait, pourquoi Verlaine il n'a jamais répété ces idées-là dans les articles qu'il a écrits sur Rimbaud ? Il ne pouvait pas expliquer dans Les Poètes maudits que Rimbaud voulait être voyant, que Rimbaud travaillait sur soi car il avait dans l'idée que "Je est un autre" ? Je ne sais pas ? Verlaine, il n'était pas capable de trouver que c'était important à dire ? Ah ! Rimbaud ! il "invente à mesure qu'il détruit". Et donc on va avoir pour les poèmes de 1870 des titres apocryphes offerts en une jolie alternative : "Recueil Demeny" ou "Cahiers de Douai". Pourtant, en conférence pour les lycéens qui avaient les poésies de 1870 au programme, Cavallaro disait que rien ne prouvait qu'il y avait un recueil. C'est quoi ce virage à 180 degrés ?
Rimbaud n'a pas dix-sept ans quand ceci, n'a pas vingt ans quand ceci. Ah ! Les Illuminations, cet ensemble de poèmes sans équivalent qui hante la littérature mondiale... Et Rimbaud se tait, et entre dans la légende. Oh ! la formule ! Ce génie dans le mouvement de balancier... Je ne parle pas de la plume de Rimbaud, mais de celle de l'éditeur.

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