mercredi 20 mai 2026

Dans les rimes de Demeny !!!

Je profite de l'actualité ( Lien vers l'article "Rimbaud et Paul Demeny (Première partie)" ) pour fournir un relevé de faits intéressants dans les rimes et les vers de Demeny. Et il y aura des apports factuels qui prolongent clairement la portée de l'article mis en lien ci-dessus. Je vais apporter des éléments imparables.
Paul Demeny a publié deux recueils clefs Les Glaneuses et Les Visions. Le premier est cité par Rimbaud dans un courrier à Izambard, le second est postérieur à l'époque de fréquentation de Demeny par Rimbaud et n'est pas très connu des lecteurs de Rimbaud. Le douaisien Daniel Vandenhoecq avait publié dans les années 1970 des articles sur laquelle je n'ai jamais mis la main, mais il a fait une conférence vers 2003, au séminaire Rimbaud-Verlaine de juin, devant Murphy, Lefrère et d'autres. Et il nous avait fourni un fascicule qui contenait pas mal de documents, il y avait un état différent de la lettre écrite par Rimbaud de la réunion rue d'Esquerchin, etc. Et Vandenhoecq avait transcrit quatre poèmes, tous des sonnets je crois, qu'il considérait comme des sources possibles pour des vers de Rimbaud. Malgré l'inondation que j'ai subie il y a quelques années, il n'est pas impossible que j'aie encore ce document dans mes papiers, je me demande si je ne l'avais pas recopié et mis en ligne. Pour l'instant, je n'ai pas accès au second recueil Les Visions de Demeny. Pourtant, devant Murphy, Lefrère et d'autres, Vandenhoecq avait souligné le poème intitulé au pluriel "Les voyants", et, alors que moi personnellement je pars spontanément de l'idée que Demeny a repris les idées de la lettre que Rimbaud lui avait écrite, Vandehoecq suggérait presque que Rimbaud avait renvoyé à la figure de Demeny son propre discours. En quelque sorte, Rimbaud aurait frimé devant Demeny en lui offrant en miroir les termes clefs de son projet en cours. Je n'y crois évidemment pas. Ce qu'il faut comprendre, c'est que l'expression "voyant" a passé pour un mot rimbaldien exclusif alors que en 1871 même c'était un terme déjà très galvaudé. Le terme avait déjà une certaine usure poétique même s'il n'était pas maximalement employé. Or, au vingtième siècle, avec les surréalistes, Claudel et tant d'autres, et bien sûr tous les premiers écrits sur Rimbaud, on en a fait un mot nouveau sous la plume de Rimbaud.
On a fait du discours à Izambard et à Demeny quelque chose de neuf en rupture avec le passé, alors qu'il s'agissait de surenchère. Notez qu'à part dans "Alchimie du verbe" le discours des lettres du voyant n'a pas été repris par Rimbaud, ni par ceux qui l'ont connu. Oui, il y a le cas du sonnet "Voyelles" qui fait écho à certains propos de la lettre et qui contient le mot "alchimie" qui prépare du coup à la métaphore "Alchimie du verbe", mais au-delà de ça les poèmes de Rimbaud ont des sujets précis qui ne se ramènent pas à la théorie du voyant de manière limpide, il y a trop de variétés thématiques pour qu'on puisse le prétendre, et les témoins d'époque ne parlent en général que de l'hermétisme des poésies. Il n'y a pas de développement de qui que ce soit sur l'idée d'un poète voyant ou explorant une connaissance autre de soi-même.
Izambard et Demeny ont clairement minimisé le contenu de ses lettres, parce qu'ils y ont vu une amplification rhétorique d'un discours déjà quelque peu existant. Ils n'avaient pas tort dans la mesure où c'était le cas, mais ils ne furent pas assez attentif aux indices qui révélaient un Rimbaud sachant donner une perspective plus saisissante à ces idées.
En clair, Demeny a lu la lettre de Rimbaud en ressentant une émulation qu'il se sentait capable de relayer à son tour. Il me faudrait faire une recension du recueil Les Visions, mais tant pis.
Passons aux Glaneuses. Rimbaud a lu ce recueil avec un certain dédain avant de se rendre à Douai et de rencontrer Demeny. Il crée une gradation de mépris qui implique Sully Ptudhomme, le futur premier Prix Nobel de littérature : "Puis que vous dire ?... J'ai lu tous vos livres, tous ; il y a trois jours, je suis descendu aux Epreuves, puis aux Glaneuses. - oui, j'ai relu ce volume !"
Notez que Rimbaud ne cite pas de classiques de la littérature, il extrait des livres d'Izambard : Le diable à ParisLa Robe de Nessus et Costal l'Indien. En clair, Rimbaud ne veut pas parler des livres d'Izambard qu'il connaît forcément de réputation, il cible directement les livres qu'il a connus parce qu'ils étaient dans la bibliothèque de son professeur. Et on observe que c'est ainsi que Rimbaud a lu Les Glaneuses. Et on pourrait se demander si Izambard n'avait pas le livre de Mario Proth Les Vagabonds, puisqu'Izambard est lié à l'histoire locale douaisienne visiblement. Et notez aussi le geste très important de Rimbaud. A défaut de nouveautés, il relit attentivement ce qu'il méprise. Il relit le recueil de Prudhomme, ce qui a une conséquence directe dans la création rimbaldienne, l'influence de la forme du sonnet "Au désir" sur la création du sonnet "Rêvé pour l'hiver" pourtant en terme de contenu plus immédiatement inspiré du poème final des Cariatides "A une Muse folle". Le mépris n'exclut pas l'influence. Le livre de Mario Proth prouve à nouveau ce fait avec la reprise de "abracadabrantesque(s)", mais aussi la réécriture sublime en "Je est un autre" de la phrase plus anodine : "Si quelqu'un fut soi, ce fut lui." Rimbaud méditait les livres qu'il relisait, pourquoi n'en aurait-il pas fait quelque chose ? Les gens s'offusquent quand on leur parle d'un vers de Rimbaud qui réécrit un vers de Victor Hugo, et il faut alors prendre des pincettes et bien expliquer que la citation est faite pour critiquer Hugo, alors là ça devient intelligent de sa part, ou bien il faut montrer que s'il cite le poète va bien plus loin, etc. Mais, en gros, les gens veulent un poète qui ne s'inspire de personne, sauf que ça n'a aucun sens. Si Rimbaud évitait scrupuleusement de faire allusion aux plus grands écrivains, il n'en resterait pas moins que sa création doive se nourrir d'expériences, de tournures de phrase qui l'ont marqué. Les rimbaldiens font comme si le rapport du génie à la médiocrité était anormal, mais ça n'a aucun sens, strictement aucun sens.
Notez que Rimbaud dit son mépris pour Sully Prudhomme et ne s'en inspire pas moins de la forme du sonnet "Au désir" dans les deux mois qui suivent.
Puis, le mépris est la façon d'être fondamental de Rimbaud, de toute façon. C'est un rapport au monde qu'il met systématiquement en pratique. Son côté ambitieux l'amène à considérer qu'il y a dans l'offre proposée le moins de génie possible, deux à cinq, pas plus. Ce principe est forcément plus vif quand il connaît encore assez peu de poètes. Peut-être qu'avec le temps ces réticences s'assouplissent et qu'il intègre petit à petit plus de poètes qu'il peut partiellement estimer. On a un indice en ce sens avec l'influence de Sully Prudhomme sur la forme de "Rêvé pour l'hiver". En effet, le mépris de Rimbaud est contradictoire avec sa soif de nouveauté. Psychologiquement, quand Rimbaud connaît dix poètes, il n'en estime que trois, mais quand il en connaît cent vingt, il passe déjà à plus d'estime pour les sept poètes initialement laissés sur le carreau. Je pense que Rimbaud avait un fonctionnement psychologique de cet ordre, mais son passage dans l'histoire de la poésie l'a fait rester dans un mépris assez prédominant qui cache cette réalité de fonctionnement pour ne laisser l'impression que d'un sentiment de supériorité dédaigneuse constante. L'autre anomalie intéressante de la lettre à Izambard, c'est que Rimbaud met sur un piédestal le destinataire de la lettre, je pense que c'est un mélange entre l'hypocrisie de bienséance sociale et le désir d'avoir quelqu'un avec qui échanger. Izambard peut mépriser avec Rimbaud Prudhomme et Demeny, parce qu'il est envisagé comme un lecteur et non comme un poète, alors qu'Izambard sera sévèrement jugé comme poète le 13 mai. En clair, Rimbaud maintient une cloison le 25 août qui justifie de partager avec Izambard un dédain pour deux poètes en réalités supérieurs à Izambard, mais quand l'amitié tombe Rimbaud fait aussi tomber la cloison qui artificiellement créait une égalité dans l'échange avec Izambard. Evidemment, le 25 août 1870, Rimbaud ne devait avoir qu'une semi-conscience de l'anomalie de son traitement de faveur envers Izambard. Ce n'était pas une hypocrisie pure et dure.
Donc Rimbaud a lu et relu Les Glaneuses dans un moment où il subissait un furieux désir de nouveautés littéraires qui n'était pas comblé.
Le recueil a été publié en 1870, date encore récente. Rimbaud n'a fait la connaissance d'Izambard qu'au début de l'année 1870 après la publication dans la Revue pour tous des "Etrennes des orphelins". Et dans sa lettre du 25 août 1870, Rimbaud parle d'un recueil qu'il relit. Donc Rimbaud a lu le recueil, et cela avant qu'Izambard ne quitte Charleville. Il serait intéressant d'avoir le mois exact de publication du recueil de Demeny, d'autant qu'à l'époque beaucoup de recueils étaient publiés parfois plutôt, fin 1866 au lieu de 1867, fin 1829 au lieu de 1830. Je pense à Musset, Verlaine, les poètes édités par Lemerre, etc. Dans l'article dont je mets le lien ci-desssus, Bienvenu mentionne un compte rendu du recueil dans le numéro du 16 août 1870 du Constitutionnel. Ce compte rendu est de seulement neuf jours antérieurs à la lettre de Rimbaud à Izambard ! Bienvenu fait remarquer que "après des critiques de forme" l'article fait un "éloge des qualités poétiques de Demeny". Mais, en consultant le compte rendu, on se rend compte qu'il est particulièrement cassant. Le début de la recension est élogieux, mais banal et joue sur le cliché "qui lit encore des vers de nos jours". L'éloge est distribué clairement de manière professoral, Charnay donne la leçon à un étudiant. Puis il arrive à sa grande critique, les rimes ne sont pas assez riches, ce qui fait penser à Banville, critique donc qui est en réalité un signe d'époque. Et après cette critique particulièrement violente de la forme, le rappel de l'éloge est expédié en deux lignes, comme un moyen de passer un peu de pommade sur l'amour-propre blessé de Demeny. Dans ma perception, ce n'est qu'une vacherie de plus. C'est un principe rhétorique de base, je mets l'éloge après un éreintement en règle de manière à ce que l'éloge ne soit compris que comme un usage diplomatique. C'est de la méchanceté pure et simple.
Mais surtout, il y a deux éléments frappants dans ce compte rendu. Bienvenu se demande si Rimbaud a lu un tel compte rendu dans la presse. Or, plus haut, je citais comment Rimbaud en venait à citer avec dédain Les Glaneuses et il employait la formule : "Puis que vous dire ?" L'expression ressemble étrangement à l'attaque suivante de paragraphe de la recension faite le 16 août : "Que dire aussi de ces deux vers dont la forme est aussi mauvaise que le fond [...]".
Mais surtout, ce qui est remarquable dans ce compte rendu, c'est le commentaire des mauvaises rimes. Charnay épingle les rimes : "ensoleillée" et "vallée", "fantômes" et "hommes", "hommes" et "baume" (je reproduis le texte tel quel un pluriel et un singulier dans la recension), "saules" et "paroles". Charnay déclare qu'il y a plein de rimes pauvres encore qu'il se dispense de citer, puis il dénonce un "barbarisme", l'emploi au féminin du nom "effluves" qui est masculin.
Et, cerise sur le gâteau, je vous donne une preuve que Rimbaud a lu la recension du Constitutionnel. Dans Un cœur sous une soutane, Rimbaud commet l'erreur d'accord au féminin du mot "effluves", mais ce qu'on n'a jamais vu c'est qu'il le fait intentionnellement parce qu'il cite précisément l'expression "effluves mystérieuses" de Demeny qu'a épinglée Charnay : "Oh ! si vous saviez les effluves mystérieuses qui secouaient mon âme pendant que j'effeuillais cette rose poétique ! Je pris ma cithare, et comme le Psalmiste, j'élevai ma voix innocente et pure dans les célestes altitudes !!! O altitudo altitudinum !..." ("hauteur des hauteurs" ) Le jeu de répétition en latin fait même écho à la formule qu'épingle Charnay : "ad augusta per angusta" ("Vers les sommets par des chemins étroits"). En effet, la devise de La Librairie artistique où publie Demeny est "ad augusta" sans la suite "per angusta". Et Charnay reproche à Demeny de ne pas considérer la suite. Or, la question du lien sémantique de "altitudo" à "augusta" ne se pose même pas à un non-latiniste. En raccourcissant la formule à "Ad augusta", la Libraire artistique fournit une sorte de devise jésuite : "Ad Majorem dei gloriam" et perd la subtilité de la référence exacte. L'expression "effluves mystérieuses" est répétée par le censeur ensuite dans la nouvelle rimbaldienne et notez que la phrase que j'ai citée est un "zolisme avant l'heure" en tant que tel.
Mais revenons aux rimes épinglées par Charnay.
Si vous avez lu le livre L'Art de Rimbaud de Michel Murat, vous savez que cette critique Rimbaud ne peut que la prendre personnellement. Bienvenu lui-même a souligné la fréquence avec laquelle Rimbaud renvoyait à Banville la rime "d'or"/"dort" ou ses équivalents. La rime "d'or"/"dort" se rencontre chez les plus grands poètes : Musset, Hugo, etc., elle apparaît dans les premiers vers de Vigny, et Banville lui-même l'a pratiqué à plusieurs reprises dans la première édition des Cariatides. C'est en remaniant ses vers que Banville s'est débarrassé de cette "erreur de jeunesse" si on peut dire, mais Rimbaud le savait puisque dans "Au cabaret-vert" on a la preuve que Rimbaud a lu non seulement l'édition actualisée des Cariatides et l'édition originale, puisque Rimbaud reprend aussi des hémistiches qui n'appartiennent qu'à l'édition originale de 1842 : "aux cailloux des chemins". Bienvenu relevait aussi la présence de la rime "Vénus"/"venus" dont le principe est critiqué par Banville dans son traité.
Charnay s'attaque pour sa part à l'indifférence de Demeny à l'opposition entre certaines voyelles "o" et "au", ou bien "o" et "ô", ainsi qu'au mauvais départ entre un yod orthographié "-ll-" et un simple "l" redoublé orthographiquement : "ensoleillée" et "vallée".
Dans "Les Reparties de Nina", la version remise à Demeny, postérieure au compte rendu du Constitutionnel par exemple, Rimbaud balance une rime "partout"/"fou" qui partage le défaut du "t" avec la rime "d'or"/"dort". La rime "partout"/"fou" est déjà dans la version remise à Izambard le 25 août "Ce qui retient Nina". Rimbaud semble déjà connaître ("Puis que vous dire ?") la violence avec laquelle la presse peut épingler les rimes négligées quand il envoie son poème à Izambard. La même erreur sur le "t" est reconduite dans la rime "court"/"à l'entour". Et entre-temps, Rimbaud glisse une rime qui aurait pu faire mourir d'apoplexie Charnay : "rosés"/"sais". Toutes ces rimes sont à la fois dans la version remise à Izambard et dans celle remise à Demeny. Nous avons ensuite la rime : "chauds"/"dos" où cette fois la référence aux rimes épinglées par Charnay est évidente, précisément l'absence d'opposition entre "o"' et "au". On peut ajouter à cet ensemble la rime "plus"/"bahuts" sur le modèle "Vénus"/"venus".
En clair, les mauvaises rimes s'accumulent de manière intentionnelle dans "Ce qui retient Nina" ou "Les Reparties de Nina".
Evidemment, Rimbaud pouvait personnellement l'attaque de Charnay, puisque dans "Ophélie" Rimbaud avait déjà fait rimer "corolle" avec "épaule" et dans "A la Musique", "épaules" rimait avec "mèches folles". J'observe même un cas limite de rime entre le "l" normal et le "l" mouillé dans "Comédie en trois baisiers" : "chevilles" et "trilles". Je ne suis pas expert, mais on dit "trille" comme dans "je trie" ou le "l" n'est-il pas un peu particulier, exceptionnel, dans "trilles" ?
Dans la version incomplète remise à Izambard du poème "Le Forgeron", nous avons la rime "épaules"/"drôles", la rime "autres"/"patenôtres", la rime "allions"/"sillons", la rime "juin"/"foin" un peu limite aussi, le retour au singulier "épaule/"drôle", la rime "quelque chose"/"cause", la rime "Crapule"/"brûle", le retour "choses"/"causes".
Je ne relève rien de particulier dans "Les Etrennes des orphelins", et en-dehors de "Vénus"/"Venus", je relève la rime "infini"/"punit" qui implique encore une fois la lettre "t" dans "Credo in unam", ainsi que la rime "Eros"/"héros", la rime "fleur"/"meurt" (de nouveau le "t"),  et la rime "nid"/"infini" qui clôt le morceau.
En clair, Rimbaud pouvait prendre à titre personnel les critiques de Charnay, et "Le Forgeron" témoignerait même d'une aggravation de ce laisser-aller, mais "Ce qui retient Nina" joue en revanche à assumer les mauvaises rimes. Le poème "Les Effarés" que Rimbaud préservera par la suite contient la rime "sonne"/"jaune" qui confirme ce principe au-delà de "Ce qui retient Nina" qu'on pourrait croire une exception ironique. "Roman" contient la rime "loin"/"juin", mais j'ignore si Rimbaud la considérait comme une rime tendancieuse, la rime "chiffon" et "fond", la rime "mois d'août"/"mauvais goût" où le "t" dans "août" se prononce à mon sens. La fin du "Forgeron" chez Demeny contient la rime "foule"/"soûle", mais sans que l'invention soit postérieure au 16 août. Le poème "Rêvé pour l'hiver" contient la rime "cou"/"beaucoup" qui implique le dernier vers du sonnet. Nous avons la rime "Charleroi"/"froid" dans "Au Vabaret-vert", mais le recours à un nom propre aide à la justifier. La rime bleu" et "pleut" figure dans "Le Dormeur du Val".
En clair, Rimbaud a décidément d'assumer les mauvaises rimes au-delà de la recension des Glaneuses par Le Constittutionnel le 16 août, recension qu'il connaissait comme l'atteste le "Puis que vous dire ?" de la lettre du 25 août et surtout la mention "effluves mystérieuses" dans la nouvelle Un coeur sous une soutane, sachant que la datation de cette nouvelle est du coup clairement postérieure au 16 août ! J'ajoute que le titre Un coeur sous une soutane est à rapprocher du titre "Le Coeur supplicié", ce qui fait que là encore ça a du sens de lier cette mention "effluves mystérieuses" aux "quolibets de la troupe".
Les mauvaises rimes ne concernent pas que les manques d'opposition entre certaines voyelles, mais même dans le cas des rimes épinglées par Charnay, le poème "Les Effarés" témoigne d'une volonté d'assumer ces écarts. Le poème "Ce qui retient Nina" accumule les mauvaises rimes parce qu'il y a une ironie en retour sur le poète qui déclame, mais Rimbaud ne s'est pas enfermé dans un principe d'ironie à l'égard des mauvaises rimes que lui-même pratiquait auparavant sans y prêter autrement attention, puisqu'il a décidé de se moquer de la règle stricte.
Il va de soi que Rimbaud ne met pas exprès des mauvaises rimes "pleut" et "bleu", etc. Il accepte que ces rimes lui viennent à l'esprit, il ne brise pas sa création au nom d'une règle étriquée, c'est ça aussi qu'il faut retenir, et bien sûr ça prépare le terrain des vers dérégulés de 1872.
 
Cet article étant déjà assez conséquent, j'annonce que je vais traiter dans un prochain article des vers de Demeny, notamment d'une césure sur la préposition "de" dans un poème des Glaneuses et ce sera à mettre en perspective avec les exemples rimbaldiens. Je montrerai que pourtant dans Les Glaneuses il y a une pratique timorée des audaces de versification. Je montrerai que le modèle de Demeny est hugolien, et dans "La Soeur du fédéré", je soulignerai le "Mal" (vous comprendrez l'allusion) d'une césure sur la préposition "par".
Je montrerai aussi d'autres subtilités, ne me contentant pas d'analyser des césures.
 
A partir de l'article de Bienvenu, vous avez un lien vers le compte rendu de Charnay, je vous conseille d'en profiter. J'ai même relevé la phrase : "Le chemin, en effet, est étroit et malaisé et il faut avoir le pied ferme pour n'y pas trébucher", qui m'a fait penser à "Matinée d'ivresse". Pour le dire en bon français, je suis de ceux qui pensent qu'une expression peut traîner longuement dans la tête d'un artiste avant qu'il s'en serve.
 
A suivre !
 
 
Complément : comparons les révélations de deux blogs sur internet à un numéro annuel de la revue Parade sauvage !
 
Dans le numéro 36 pour l'année 2025, sorti en février 2026, vous avez  seize articles de treize intervenants distincts. Si je m'en tiens aux résumés, plusieurs articles m'indiffèrent, je ne les ai pas encore lus. Bien qu'il soit l'un des principaux spécialistes de Victor Hugo, l'article de Pierre Lafforgue sur "Ma Bohême" n'est pas pertinent. Il lui manque bien évidemment le renvoi aux sources du poème et notamment au volume Nuits d'hiver de Murger, il lui manque d'identifier comme je le fais les sizains comme une démarcation systématique d'un sizain du "Saut du tremplin", ainsi que les liens à des poèmes contemporains : "Rêvé pour l'hiver", "Au cabaret-vert...", etc.
C'est un article mal documenté en 2025.
 L'article de Cornulier sur le tercet du "U vert" peut être intéressant à lire, mais il n'impose pas grand-chose. Ce n'est pas du tout l'un des meilleurs articles de l'auteur.
Alain Chevrier, je serais intéressé de lire son article sur les minuscules manuscrites en début de vers, mais je m'inquiète à lire le résumé de le voir remettre sur la table le prestige de cette présentation manuscrite à laquelle Murphy lui-même a renoncé depuis la découverte de "Famille maudite".
Plusieurs articles ne sont que des retours assez secondaires d'articles déjà anciens, parfois fort anciens : Lapointe, Ravonneaux,... Du moins à s'en fier aux résumés. Il faut au moins apporter un truc étonnant. Puis Lapointe part dans une hypothèse sur "Bal des pendus" qui fait que je suis vraiment pas pressé de le lire.
Yves Reboul fait un article intéressant, mais il s'agit en réalité d'un apport à une étude extérieure qui vient du blogueur Jacques Bienvenu, l'intérêt principal est dans le titre qui exhibe l'astuce à découvrir, et pour le reste l'article part dans des considérations subjectives brumeuses.
Le résumé de l'article de Thomas me laisse perplexe, il revient encore et toujours sur la lettre à Andrieu, mais pour parler de Michelet, sauf que le résumé est désespérément vague.
L'article de Desnos Orr a l'air d'apporter quelque chose, mais il apportera plus sur Jean Lorrain que sur Rimbaud luii-même.
L'article de Paul Claes sur la préposition "dans" a un profil d'approche très universitaire. Je le lirai, mais ce n'est pas un article événement.
L'article de Bataillé nous inquiète quelque peu. Cornulier a produit une étude délirante où "Vénus Anadyomène" serait une caricature de Napoléon III lui-même, faisant cortège à Tartufe notamment, ainsi qu'aux sonnets sur Sarrebruck et sur les rages de Césars, et Bataillé réadapte cela en passant à l'épouse de Napoléon III. Je n'ai pas lu l'article, je le ferai, mais je trouve ça farfelu.
Son article sur le titre "Les anciens partis" m'intéresse beaucoup plus, mais il s'agit d'étudier le sens d'une expression pour un poème qu'on ne retrouvera jamais.
Sur les deux articles de Cavallaro, l'un est inutile et l'autre est carrément une attaque contre un bon établissement et une bonne compréhension des vers authentiques de Rimbaud. Soit à cause de cet article, on achève de corrompre un vers de Rimbaud avec la mention "ou daines" en passant à l'erroné "de daines", au mépris du charme de la claque grammaticalement désinvolte : "yeux de chinois ou daines", soit on met définitivement en doute la bonne lecture d'un passage qui n'est même pas raturé.
Les rimbaldiens sont obligés de dénoncer la lecture erronée de cet article dans les recensions au sujet du numéro 36 de la revue Parade sauvage. Ce serait de la bêtise caractérisée de ne pas réagir à ce sujet !
Face à cela, rien qu'à s'en tenir aux articles parus en 2026 jusqu'au 20 mai inclus, vous avez une foule de renseignements neufs sur mon blog ou celui de Jacques Bienvenu, même si nous ne sommes pas d'accord sur tout. Vous voyez aussi que la revue Parade sauvage malgré la médiocrité de son numéro 36 s'appuie sur nos deux blogs pour exister : le cas "ou daines" (article de moi sur le blog "Rimbaud ivre"), la datation du recopiage des Illuminations, le détournement par Bardel et Dominicy de ma découverte de la source chez Vigny du passage "rouler sur l'aboi des dogues" dans "Nocturne vulgaire"), certains éléments sur "Voyelles" dans les articles de Cornulier viennent de moi.

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