Les deux tomes de l'édition des Œuvres complètes par Cavallaro dans la collection Folio classique se trouvaient dans une librairie d'un centre commercial à côté de chez moi. Le prix est étonnamment abordable. Avec la réduction automatique, j'en ai eu pour 7,70 euros environ.
Je vais commencer par parler de ce qui est dit de moi dans ces tomes, car l'idée est de créer certains contrastes flagrants lors de la recension.
Donc Cavallaro applique le parti pris de ne pas citer quoi que ce soit sur ce blog, lequel n'est bien sûr pas référencé. Vous avez une référence pour le site d'Alain Bardel et pour le blog de Jacques Bienvenu. En revanche, il va me citer un certain nombre de fois pour des articles publiés dans les revues universitaires ou éventuellement pour un article mis en ligne sur le blog Rimbaud ivre de Jacques Bienvenu, Bienvenu lui-même étant assez peu cité dans les bibliographies qu'on rencontre aux différents endroits du livre.
Mais il va de soi que si ce blog n'est pas cité je suis cité exclusivement quand cela paraît inévitable. Je suis cité d'emblée dans les notices du tome I pour mon article "La Légende du Recueil Demeny", mis en ligne en juillet 2010. L'article était beaucoup trop riche et rigoureux pour être passé sous silence. Pour les poèmes en vers, je suis cité le moins possible. Je n'ai pas été cité pour "Le Bateau ivre", ce qui est complètement anormal, et je suis réduit au minimum sur "Voyelles", mais avec tout de même la mention de l'article paru dans Rimbaud vivant qui représentait une avancée par rapport à l'article de 2003 qui lui n'a pas été mentionné. Je suis cité pour "Les Assis", "Les Corbeaux" et bien sûr pour les contributions zutiques. En revanche, je suis systématiquement ignoré pour les poèmes en prose, Une saison en enfer et bien sûr il n'y a pas toutes les sources que j'ai pu signaler sur ce blog : Desuagiers pour "Bonne pensée du matin", Andersen pour "Les Etrennes des orphelins", Murger pour "Ophélie" et "Sensation", les sources banvilliennes symétriques de "Rêvé pour l'hiver" et "Ma Bohême", etc., pour les sources du "Voyage à Cythère" dans "Oraison du soir" et "Accroupissements", etc., pour l'influence des vers de Desbordes-Valmore sur "Bannières de mai", "Larme", etc., etc., sur "Il faut être absolument moderne" inspiré de textes autour de Dumas fils, etc., etc., ni pour la métrique de "Tête de faune", "Juillet", "Mémoire", "Qu'est-ce...", etc., ni sur "Paris se repeuple" malgré un article essentiel sur le problème d'établissement du texte et la source de la version "L'Orgie parisienne..."
Pour la datation des contributions zutiques, Cavallaro attribue cela à Teyssèdre dont je rappelle qu'il cite dans sa bibliographie mes trois articles, forcément antérieurs, où il y a en toutes lettres cette datation et la méthode pour y arriver...
Cavallaro, après Bardel et Dominicy, s'empare à son compte de ma découverte de "rouler sur l'aboi des dogues" comme réécriture d'un vers d'un poème de Vigny.
Sur "Les Reparties de Nina" et "Mes petites amoureuses", Cavallaro s'empare à son compte de ma découverte de la "Chanson de Fortunio" sans renvoyer à l'article initial de ma part qui figure sur le blog Rimbaud ivre. Il manque aussi toute l'analyse qui en découle. Il passe complètement à côté des enjeux.
Pour "L'Enfant qui ramassa les balles...", Cavallaro rejoint Murphy, Guyaux et Lefrère dans le déni, il écrit que même si Régamey disait le poème de Verlaine et qu'il est signé "PV" sur le manuscrit, le poème a été transcrit de la main de Rimbaud, Verlaine n'ayant recopié que l'autre poème (rappelons qu'il s'agit d'un diptyque, rien que ça !). Où sont les scrupules philologiques de Cavallaro à attribuer ainsi "L'Enfant qui ramassa les balles..." à un Rimbaud qui a indiqué par les initiales "PV" que le poème qu'il recopiait était celui de Verlaine ?
C'est irrecevable.
Notons un fait amusant et qui concerne quelque peu Jacques Bienvenu. Sur les quatrièmes de couverture des deux tomes, l'accroche commence avec un texte identique : "Ces Oeuvres complètes réunissent, pour la première fois dans une édition de poche, l'ensemble de la production de Rimbaud. Toutes les versions connues de ses textes y sont reproduites, dans le respect des manuscrits [...]".
Le second tome s'arrête à 1875, année incluse.
Où est le sonnet "Poison perdu" dans ces deux tomes ?
Il n'est pas de Rimbaud finalement ?
J'ajoute que Bienvenu a lancé un débat intéressant il y a quelques années sur son blog à propos d'articles parus dans la presse qui ont une certaine tournure littéraire et qui pourraient avoir été écrits par Rimbaud, ce que certains témoignages favorisent comme hypothèse...
En clair, on a un dizain de Verlaine qui continue de passer pour un poème de Rimbaud et on a "Poison perdu", pourtant connu et débattu, qui passe à la trappe, et on n'a pas la prise en compte d'une perspective d'inédits éventuels lors de la vie africaine.
Cavallaro ne m'a pas cité sur la prose liminaire d'Une saison en enfer, mais de toute façon il fait une lecture erronée du passage sur lequel j'ai fait une mise au point décisive, mais passons au cas de "outils".
Cavallaro se permet d'écrire, sans me citer nommément, il m'anonymise à ce moment-là, que la correction "autels" est vraisemblable et présente sur le brouillon, que les deux mots se ressemblent, mais il soutient qu'il faudrait plus d'éléments pour oser intervenir sur le texte.
Plaît-il ?
Premièrement, on fait comment pour trouver des nouveaux documents rimbaldiens sur Une saison en enfer ?
Deuxièmement, ce que Cavallaro concède lui fait carrément dire que la coquille est "vraisemblable". Il emploie le mot "vraisemblable". C'est bien plus que vraisemblable, en réalité, mais de toute façon Cavallaro s'arroge le droit d'interdire aux gens de réfléchir sur le texte. Et- c'est là qu'il convient de citer la référence littéraire de Beaumarchais : "La foorme, la foorme". Bridoison bégaie un peu et il parle de la forme pour l'habit de juge qui doit suivre une procédure même si le sujet dit le comte n'est pas très important. Ici, on voit la soumission du rimbaldien à la forme du texte imprimé. Concrètement, Cavallaro nous dit qu'il ne comprend rien à ce qu'il lit et qu'il a peur de s'éloigner de la lettre. C'est un refus de réflexion sur le sabre et le goupillon, sur le sens global du texte.
Et pour appuyer sa fin de non-recevoir, Cavallaro ose prétendre qu'il est attesté que du brouillon au texte définitif les textes varient énormément. C'est faux. Les variations qui sont constatées peuvent être relativement nombreuses, mais on a sensiblement les mêmes textes. Je vous laisse vous reporter au brouillon correspondant, et vous verrez bien que les différences ne sont pas d'un remaniement en profondeur de l'esprit du texte. Je recopie rapidement le brouillon que nous fournit Cavallaro à la page 149 :
Sais-je où on va Où va-t-on, à la bataille ?
Ah ! mon ami ! ma sale jeunesse ! Va ! va les autres avancent remuent les autels les armes
Oh ! oh ! C'est la faiblesse, c'est la bêtise, moi !
Allons, feu sur moi. Ou je me rends ! A bas Qu'on me blesse, je me jette à plat ventre, foulé aux pieds des chevaux
A1h !
Je m'y habituerai.
Ah ça, je mènerais la vie française, et je suivrais le Sentier de l'honneur.
Je cite le texte imprimé :
Où va-ton ? au combat ? Je suis faible ! les autres avancent. Les outils, les armes... le temps !...
Feu ! feu sur moi ! Là ! ou je me rends. - Lâches ! - Je me tue ! Je me jette aux pieds des chevaux !
Ah !....
- Je m'y habituerai.
Ce serait la vie française, le sentier de l'honneur !
Vous voyez des différences ? On peut même soupçonner une deuxième coquille avec le défaut de majuscule à "Sentier" si la majuscule est bien sur le brouillon.
Evidemment que "outils" est une coquille pour "autels". Il ne faut pas être savant pour le comprendre.
Mais surtout Cavallaro prétend avoir corrigé plusieurs coquilles considérées comme évidentes et notamment dans "Mauvais sang", au lieu de "même", il imprime "mène" sans aucune annotation, c'est dans la même section "Mauvais sang".
Or, on le sait, ce "mène" est une invention de l'adition de 1898 de Paterne Berrichon.
Après Berrichon, Bridoison.
Où est le respect du texte imprimé, là ?
Pourquoi adopter l'invention de Berrichon ?
Passons aux Illuminations !
Je constate que pour "Angoisse" ma lecture a été retenue : "Amour ! force !" Je ne suis pas mentionné pour ce fait, mais déjà c'est amusant, ça contredit Guyaux et bien sûr Bardel !
En revanche, pour "Marine", on a deux alinéas différent pour les vers 1 et 5.
Vous en connaissez beaucoup des recueils de poésies avant Rimbaud, ou des livres en prose si vous préférez où vous avez des retours à la ligne après des virgules, avant la fin de la phrase et où chaque ligne aurait son émargement particulier ?
Au nom de quel respect du manuscrit vous vous permettez de différencier les alinéas du poème "Marine"' ? Historiquement, ça se fonde sur quels exemples antérieurs ?
Rimbaud pense envoyer ses manuscrits à l'origine à des imprimeurs basiques, Poot était lié au monde juridique, Rimbaud pouvait penser à n'importe quel imprimeur de province. Il n'avait aucune raison de penser que les protes allaient différencier les alinéas à l'instinct, et la revue La Vogue en apporte la preuve dans l'édition originale, il y a un seul émargement d'alinéa pour toutes les lignes.
La ligne 3 est aussi décalée que les lignes 1 et 5, et si on regarde l'allure d'ensemble c'est simplement une écriture manuscrite irrégulière, irrégularité que se permettait d'autant plus aisément Rimbaud que jamais il ne pensait qu'un imprimeur éditerait des marges différentes selon son observation du manuscrit.
C'est anachronique ce que vous faites sur "Marine", messieurs les éditeurs de poésies rimbaldiennes ! Ana-chro-nique !
Et cerise sur le gâteau, c'est l'édition des Illuminations. Comme Bardel, Cavallaro nous impose une cacophonie, il n'y a pas d'autre mot, ou une cacovision si vous préférez de traits horizontaux après certains poèmes, parfois sous un titre, parfois au-dessus, parfois longs, parfois courts.
Mais vous vous attendez à ce que le public comprenne ce charabia ?
Puisque vous respectez ces traits, vous pouvez nous en préciser le sens ? Qu'est-ce que ça veut dire ?
Et on ne saurait manquer de terminer sur un Cavallaro bottant en touche au sujet de l'ordre en partie paginée des Illuminations : il ne va pas se mouiller, dit-il, sur un sujet complexe et en grande partie insoluble.
Ben non, il n'est pas insoluble. En revanche, on est bien passés de l'affirmation de la pagination autographe selon Murphy à un aveu que la démonstration ne tient pas. Mais, bizarrement, il y a maintenant un panneau interdit de penser qu'on peut résoudre l'énigme.
C'est toujours aussi diplomatique l'exercice d'annoter une édition de poche des oeuvres de Rimbaud, il y a tellement d'enjeux, de gens à contenter, de gens à ne pas froisser.
On fixe des interdits de diverse nature, et tout va mieux !
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