mardi 2 juin 2026

Une saison en enfer, ça va, mais l'éternité ?

Errare humanum est, perseverare diabolicum. 
 
 
L'édition des Ouvres complètes de Rimbaud par Cavallaro dans la collection Folio Classique entretient un nid d'erreurs problématiques qui tendent à devenir permanentes.
Il est évident que les propos des rimbaldiens reflètent des querelles de chapelles, et ce qui est impressionnant, c'est que les discours tenus ne tiennent aucun compte des vérités scientifiques.
Prenons le cas du livre Une saison en enfer. J'ai publié en 2009-2010 deux études particulièrement pointues : "Les ébauches du livre Une saison en enfer" et "Trouver son sens au livre Une saison en enfer". Il s'agit des deux plus importantes études sur Une saison en enfer qui ait jamais été publiées dans le domaine universitaire sur ce livre précis d'Arthur Rimbaud.
Pourtant, aucune de ces deux études n'est volontiers prise en considération par un quelconque rimbaldien.
J'ai l'air arrogant en disant cela, mais ce qui suit va bien vous montrer certaines réalités.
Dans le tome II de son édition, Cavallaro ne cite aucun de ces deux articles dans les bibliographies. Je ne suis pas cité dans la bibliographie au sujet de la prose liminaire, ni dans celle qui concerne "Mauvais sang", ni dans celle qui concerne "Alchimie du verbe". Et, enfin, je ne suis pas cité non plus dans la notice au sujet des brouillons d'Une saison en enfer. Ni moi, ni Guyaux ne sommes cités pour la coquille "outils" pour "autels", alors même que Cavallaro traite le sujet et y revient à deux reprises ou trois reprises : page 244 où le "on" anonymise deux personnes au moins : "on a pu s'étonner...",  page 253. Cette anonymisation n'est pas correcte dans le débat d'idées, puisque Cavallaro ne donne même pas à ses lecteurs les références pour que les gens puissent lire mon son de cloche, et Cavallaro ne précise même pas que Guyaux a corrigé "outils" par "autels" dans les révisions de l'édition de 2009 des œuvres de Rimbaud dans la collection de La Pléiade. En effet, l'édition de 2009 connaît de nouveaux tirages avec de menues corrections, et à partir de 2014 je crois il y a une révision où "outils" a été remplacé par le mot "autels". Il est tendancieux de la part des rimbaldiens de refouler cette coquille "autels" sans citer l'article qui l'a signalée et sans citer sa présence dans l'édition prestigieuse de la collection de La Pléiade qui avalise la découverte.
En 2023, Alain Vaillant a essayé de refouler cette coquille en prétextant que le manuscrit du brouillon correspondant n'était pas lui-même facile à déchiffrer et qu'il pouvait très bien comporter lui aussi la leçon "outils". Il s'agit clairement d'un argument de mauvaise foi, puisque les brouillons ont été découverts et publiés bien après la diffusion du texte de l'édition originale d'Une saison en enfer, et alors même que le mot imprimé "outils" aurait pu les influencer, toutes les personnes qui ont publié le texte des brouillons ont systématiquement publié la leçon "autels". Ils déchiffraient sans hésitation le mot "autels". Vous pouvez acheter un nombre élevé d'éditions des œuvres de Rimbaud où figure une transcription des brouillons et vous retrouverez inlassablement la leçon "autels". Alain Vaillant et Adrien Cavallaro étaient codirecteurs du Dictionnaire Rimbaud paru aux Editions Classiques Garnier en 2021, avec feu Yann Frémy, ouvrage dont j'avais fait sur ce blog un compte rendu cinglant avec un titre spectaculaire : "N'oubliez pas de chier sur le Dictionnaire Rimbaud". La présente édition montre que Cavallaro se refuse à glisser sur le terrain de la remise en cause de la lecture universellement admise du brouillon. Cavallaro dit clairement qu'il est écrit "autels" sur le brouillon, ce qui signifie le désaveu de l'argument de 2023 d'Alain Vaillant.
Mais Cavallaro attaque sous un autre angle.  Il affirme que la correction ne pourrait se justifier que si nous avions accès à des épreuves. Il écrit ceci : "En l'absence d'épreuves, il est toutefois impossible d'en valider la pertinence." Il s'agit bien évidemment d'un argument de mauvaise foi. On n'a pas à profiter de l'impossibilité de retrouver des épreuves pour énoncer un tel décret. Au contraire, alors que pour l'essentiel d'Une saison en enfer, nous n'avons aucun doublon. Ici, nous avons un doublon de tout le passage incluant le mot "outils", et c'est une réalité de fait que Rimbaud a écrit "autels" et non pas "outils" sur l'unique manuscrit que nous pouvons consulter, c'est une réalité de fait qu'il y a plusieurs coquilles identifiables dans Une saison en enfer, et les coquilles sont courantes dans les éditions d'ouvrages d'autres auteurs bien évidemment, et la ressemblance graphique entre "outils" et "autels" est d'un particulièrement haut degré d'évidence. Cavallaro ose avancer un second argument pour ce qui est de la confrontation au brouillon : "L'application de cette correction présupposerait une stricte coïncidence entre les brouillons et la plaquette, que dément l'examen attentif des premiers ; la brèche ouverte procéderait alors d'une forme de réécriture du texte imprimé. Dans la mesure où la phrase imprimée est syntaxiquement correcte, l'éditeur doit disposer d'éléments matériels plus nombreux pour envisager une intervention de ce type."
Ce que dit Cavallaro n'a aucune valeur scientifique, c'est purement et simplement de l'intimidation, et ça ce n'est pas acceptable.
Il n'y a aucune nécessité de renvoyer à des épreuves. Vous les connaissez les épreuves de Don Quichotte, les épreuves des contes de Voltaire, etc. ? On fait avec ce qu'on a, ce n'est pas une honte. Ensuite, Cavallaro ment quand il dit que le brouillon ne correspond pas au texte décisif. Malgré les variantes, les textes sont quasi identiques, sauf évidemment pour le passage de "autels" à "outils". Et ici, je rappelle que Cavallaro prône le principe de la fidélité scrupuleuse aux manuscrits, alors que le texte imprimé est celui d'un prote belge de l'éditeur Poot ! J'aimerais connaître le nom de cet artiste.
Cavallaro fournit sa propre transcription du brouillon à la page 149 du tome II de son édition. Il n'y a aucun remaniement en profondeur de ce passage du brouillon à l'état imprimé. Les textes ont une coulée qui peut être qualifiée de "stricte coïncidence". Cavallaro procède ensuite à une intimidation avec l'expression "brèche ouverte" qui signifie l'abus, le franchissement d'une limite, mais l'abus serait d'une "forme de réécriture du texte imprimé". Mais, oui, on réécrit le texte imprimé en fonction du brouillon, c'est une vérité de La Palice que nous énonce Cavallaro derrière ce jargon : "forme de réécriture du texte imprimé". Ensuite, Cavallaro pose que la phrase est syntaxiquement correcte, donc on n'a pas à la corriger. Mais pourquoi les coquilles ne relèveraient-elles que des problèmes de cohérence grammaticale. La coquille ici est dans l'emploi d'un mot pour un autre. Et la remise en cause de la coquille est au plan du sens. On a ensuite à nouveau la pétition de principe qu'il faudrait plus "d'éléments matériels", adjectif qui veut dire qu'il faut des documents en plus. Mais je suis désolé, moi je prétends résoudre la difficulté en faisant fonctionner mon cerveau. Ce n'est pas une limite pour moi ! Je viens justement de reprendre un par un tous les éléments de la contre-argumentation de Cavallaro et je les ai réduit au néant. A partir de maintenant, refouler la coquille "outils" pour "autels" j'appellerai ça de la mauvaise foi pure et simple. J'ai répondu à la contre-argumentation, j'ai remarqué en son sein le désaveu de la contre-argumentation d'Alain Vaillant, prenez-en acte ! Vous pouvez avoir cru à vos idées, mais là il est temps que ça s'arrête, j'ai montré clairement les lacunes de votre contre-argumentation, vous ne pourrez pas en faire fi désormais.
Et ce n'est pas fini !
Je ne vais pas revenir sur l'explication du passage et le lien des mentions "armes" et "autels" avec la formule bien connue "Le sabre et le goupillon". Je vais vous montrer par une autre voie que ce refoulement de la coquille "outils" est indéfendable.
Donc Cavallaro fournit sa propre transcription des brouillons de la Saison aux pages à 153 du tome 2 de son édition des oeuvres de Rimbaud. A la page 351, il fournit la notice qui est précédée d'une sélection bibliographique où trois études ont été retenues : une de Jacques Rivière, une d'Aurélia Cervoni, une de Yann Frémy. Une première publication de ces brouillons date de 1914 ! Et Jacques Rivière en a traité, mais il s'agissait des brouillons correspondant aux sections "Nuit de l'enfer" et "Alchimie du verbe". Cavallaro salue le fait que Jacques Rivière en 1914 ait été le premier à exploiter ces brouillons dans une étude. Cela veut donc dire que malgré le manque de "stricte coïncidence" que leur suppose Cavallaro ces brouillons ont un intérêt scientifique réel. Il convient de les "exploiter", c'est le verbe qu'il emploie. Maintenant, voici les merveilleux acquis qu'il attribue à Rivière : le texte définitif est "plus serré, plus étroit, plus condensé", il y avait "un travail de réduction". Un constat que tout le monde fait spontanément en lisant successivement les brouillons et les textes définitifs correspondants. On félicite Rivière pour une vérité de La Palice. Et on se paie de mots : "un travail d'éclosion du 'rythme' souverain de la phrase, comme indépendant du sens des mots, qui fait pour Rivière l'éclat du style d'Une saison en enfer." Vous avez identifié un contenu d'idées là-dedans ? Moi, pas !
Ce n'est que de l'esbroufe.
Cavallaro reprend ensuite en disant que même si le texte définitif est autrement enlevé cela "ne diminue en rien l'intérêt propre de ces documents". Cavallaro insiste encore en ajoutant que ces brouillons d'autant plus précieux qu'ils sont rares "permettent d'apprécier des éléments de genèse de la construction narrative, de l'élaboration formelle, du sens de paragraphes délicats".
Avec ce que je viens de lire, je m'étonne que Cavallaro n'ait rien à dire sur le mot manuscrit "autels" quant à la "genèse de la construction narrative" du passage qui clôt "Mauvais sang" et qui à ce titre est essentiel ! Cavallaro récuse au contraire son intérêt pour l'élucidation du "sens de paragraphes délicats".
Le brouillon correspondant à "Mauvais sang" a été publié à partir de 1948 seulement, Rivière ne pouvait donc pas identifier lui-même la coquille "outils". J'ai tendance à penser qu'il aurait eu le bon sens de considérer que "autels" du manuscrit était la leçon mal transcrite dans l'édition Poot en "outils", parce que cela relève de l'évidence matérielle, oui matérielle !
Et donc, depuis 1948, tous les rimbaldiens peuvent confronter le brouillon au texte définitif. Mieux encore, le brouillon est régulièrement édité et il est donc diffusé auprès de milliers ou millions de lecteurs. Ces brouillons sont publiés comme des textes qu'on soumet à la réflexion, et il s'agit d'un support de travail pour quantité de rimbaldiens. De 1948 à 2009, il y a plus de soixante ans d'écart. Nous sommes en 2026, nous approchons des quatre-vingt ans d'écart.
Le texte du brouillon est assez court, et les variantes sont peu nombreuses. Personne avant 2009 n'a publié qu'il était tout de même étonnant de passer de la leçon "autels" du manuscrit à la leçon "outils", qu'il s'agissait là d'une probable coquille. Personne ! Personne ! Personne ! Les rimbaldiens ne se sont même pas posés la question ! Mais qu'apprend-on d'autre de ces brouillons pour que votre attention ait été détournée du fait macroscopique ? Vous faites un travail sur les brouillons, c'est le b.a.-ba. Il a dit quoi de mémorable sur ces brouillons, Yann Frémy, dans son livre paru en 2009, et dans sa thèse de quelques années antérieures ? Elle a dit quoi d'intéressant Aurélia Cervoni en 2009 également, dans le volume même où je publie mon article concurrent sur les brouillons ? Le plus piquant, c'est que c'est elle aussi et non Guyaux qui a lu "de daines" sur le manuscrit de "L'Homme juste".
Il y a un truc énorme qui jure par les deux yeux, le passage de "autels" à "outils". Personne n'en parle. Personne ! Et vous trouvez ça normal ? Et quand enfin quelqu'un s'empare du sujet et énonce l'évidence, vous la refoulez de deux manières : 1) vous taisez l'existence de l'article, 2) vous dites arbitrairement que ce n'est pas vrai, sans aucune argumentation valable, sans aucune expertise scientifique. Vous trouvez ça sérieux ? Moi, pas !
J'ajoute que dans cette étude sur les brouillons d'Une saison en enfer, je fais remarquer que si le texte a été divisé en deux, la première partie est au milieu de "Mauvais sang", la deuxième partie, qui contient le mot "autels" est la fin clef de "Mauvais sang", je fais remarquer qu'entre les deux parties désormais séparés, on a le récit articulé de la fuite en Afrique et de la conversion forcée, et je fais remarquer qu'il y a visiblement une allusion à la formule "Impossible n'est pas français" attribuée à Napoléon Premier, et vous avez à relier pour citer le texte définitif, la phrase : "La terreur n'est pas française" à la clausule : "Ce serait la vie française, le sentier de l'honneur !"
Visiblement, Frémy et Cervoni n'écrivent pas du tout cela, puisqu'il n'est rien dit de tel dans la notice de Cavallaro à son édition. Il y a un manque de sérieux qui est effarant. Mon article concentrait des remarques capitales, alors que les articles de Frémy et de Cervoni, les notices des nombreuses éditions qui offrent une transcription des brouillons parlent pour ne rien dire ! Pour ne rien dire ! Je pèse mes mots. Et là, des choses éclairantes et essentielles sont dites, et vous passez ça sous silence !
Quel est l'intérêt de vos études sur les brouillons ? Qu'avez-vous apporté de fondamental ?
Moi, je viens de vous citer une partie de mes hauts faits. J'ajoute qu'en étudiant la fin du brouillon de "Alchimie du verbe", j'ai montré qu'il ne fallait pas lire les dernières phrases comme se succédant, mais comme quatre essais concurrents pour finir le récit, et j'ai montré en étudiant de près le positionnement de "cela s'est passé" sur le brouillon que le rejet de l'art comme une sottise venait après et cela confirmait que le salut à la beauté n'était pas une reconnaissance admirative, ce que Michel Murat a essayé de contester dans l'édition augmentée de son livre L'Art de Rimbaud contre la réalité indépassable des faits. Cavallaro offre la fin du brouillon de "Alchimie du verbe comme une successions de phrases dans un alinéa avec juste l'alinéa final "salut à la bont", mais je cite sa transcription :
 
 [...] Tout cela s'est passé peu à peu -
  Je hais maintenant les élans mystiques et les bizarreries de style.
  Maintenant  <enfin> je puis dire que l'art est une sottise. <Les> Nos grands [...] poètes est aussi facile : l'art est une sottise.
   Salut à la bont
 Ce passage correspond à l'alinéa final.
 
     Cela s'est passé. Je sais aujourd'hui saluer la beauté.
Le brouillon contient la prhase : "cela s'est passé". Tout ce qui est suit sur le brouillon est à mettre sur le même plan que la phrase : "Je sais aujourd'hui saluer la beauté", ce que confirme les synonymies : "Je puis" pour "je sais", deux fois "maintenant" pour "aujourd'hui". Et il va de soi que les répétitions à l'identique, en particulier "l'art est une sottise", ne signifient pas que Rimbaud veut placer des répétitions dans son texte. Il cherche une phrase qui soit digne de finir son texte : "Je hais maintenant" premier essai, "Maintenant je puis dire "deuxième essai, "Nos grands poètes ... est aussi facile" troisième essai (qu'on pourrait diviser en deux), "l'art est une sottise" (quatrième essai qui reprend le deuxième en plus succinct), "Salut à la bont" cinquième essai avec une idée initiale de recourir au mot "bonté", ce qui confirme que la beauté du texte liminaire est liée à l'équation moralisatrice Bon=Beau=Vrai.
Comment pouvez-vous passer à côté de quelque chose d'aussi important ? Vous continuez de ne pas être d'accord ? Mais ça n'en sera pas moins le point d'achoppement du débat. C'est du diamant pour le débat que j'apporte là. Puis, c'est des faits imparables !
Moi, je veux qu'on me montre ce qui a été dit de plus intéressant sur les brouillons par d'autres rimbaldiens, par tous les autres rimbaldiens réunis. Je veux qu'on me montre ça ! Allez-y !
 
Et dans tout cela, je corrige donc deux coquilles dans Une saison en enfer. Je corrige la coquille "outils" en rétablissant "autels", et je corrige la coquille : "Après, la domesticité même trop loin" par l'adjonction d'un "est" fondé sur une analyse du sens du paragraphe et sur deux autres phrases de Rimbaud, une de "Mauvais sang" et une rapporté par l'ex-Madame Verlaine : "le travail est loin de moi". Je veux bien qu'on hésite encore, mais je fournis la seule correction étayée du passage : "Après, la domesticité [est] même trop loin." Forestier a pu dire que "Après, la domesticité même trop loin" avait du sens, mais la phrase était tout de même agrammaticale et à cette aune pas si pleine de sens que ça. Forestier mettait en doute la correction "mène", mais il ne faisait que ça ! Or, sur mon blog, j'ai montré que Bouillane de Lacoste avait étudié l'évolution du texte d'Une saison en enfer dans les premières éditions. J'ai utilisé l'édition critique de 1939 où Bouillane de Lacoste souligne que la leçon "mène" a été apportée par Paterne Berrichon en 1898. Il s'agit donc d'une invention de Berrichon. Le malheur, c'est que Bouillane de Lacoste n'a pas compris lui-même la portée de sa mise au point et n'a pas compris, ce qui allait pourtant de soi, que Berrichon avait inventé une solution à un passage illisible. Bouillane a plaidé le caractère naturel de la correction fournie par Berrichon. Mais il ya deux raisons à cela. La première, c'est que Bouillane s'est enfermé dans un cadre de compréhension où la coquille est la déformation d'un mot, sans penser à chercher s'il ne manquait pas plutôt un mot. La deuxième, c'est que, à partir de l'historique même des éditions, tout le monde comprend que Bouillane a découvert la lecture de Rimbaud dans une édition qui fournissait "mène", et du coup quand beaucoup plus tard il a découvert la leçon originale "même" qui était strictement inconfortable, il a trouvé naturel de se rabattre sur la leçon à laquelle il était familiarisé, ce qui ne va pas sans une sorte de lâcheté psychologique. Il n'avait pas la solution, il a rendu les armes en retournant à ce qui le conditionnait. Et c'est le fond du problème pour le refoulement par les rimbaldiens de la coquille "outils" pour "autels". Il y un conditionnement enraciné en faveur du mot "outils", il y a la jalousie de ne pas avoir trouvé soi-même la coquille pour les rimbaldiens plus anciens, surtout ceux qui ont travaillé sur les textes, le mélange des deux conduit à ce à quoi on assiste présentement. Ce conditionnement est absurde, mais la plupart des gens ne le dominent pas. Guyaux le domine, Bienvenu le domine, je le domine, mais la plupart des gens, non ! Il va de soi aussi que selon ce qu'on a déjà dit sur la question, on n'a pas envie de se dédire, ce qui n'était pas le cas de Guyaux dans ce cas précis, mais ce qui est sans doute le cas d'autres rimbaldiens, et comme il y a un réseau à entretenir quand on entre en rimbaldie on se retrouve avec une majorité de rimbaldiens qui sont incapables d'admettre l'évidence : la coquille "outils" pour "autels". Face à cela, expliquez-moi maintenant pourquoi vous soutenez la correction "mène" comme allant de soi. C'est exactement le même principe. Notez ironiquement que le verbe se rencontre à proximité de la leçon "autels" : "je mènerais la vie française". Alors, peut-être que vous menez la vie française, mais dites-vous bien une chose quand vous lisez "outils" et "mène" vous ne lisez pas du Rimbaud, vous lisez autre chose ! Soyez-en bien conscients ! Envisagez déjà l'hypothèse qu'en vous accrochant à ces deux coquilles ou à ces deux mots si vous préférez, vous ne faites pas une lecture d'un texte de Rimbaud ! Pensez l'écart considérable qu'entraîne le choix des mots qu'on lit ! Pensez-y !
J'en arrive maintenant à la question de la prose liminaire.
Là encore, toute la compréhension de la prose liminaire se joue au plan d'alinéas centraux sur lequel tous les rimbaldiens qui ont écrit se trompent, sauf moi ! Et j'ai écrit la solution dans l'article "Trouver son sens au livre Une saison en enfer". Je ne vais pas perdre mon temps, je vais faire du pédagogique avec des couleurs. Je cite les alinéas qui nécessitent ma mise au point :
 
  Or, tout dernièrement, m'étant trouvé sur le point de faire le dernier couac ! j'ai songé à rechercher la clef du festin ancien, où je reprendrais peut-être appétit.
   La charité est cette clef. - Cette inspiration prouve que j'ai rêvé !
   " Tu resteras hyène, etc..." se récrie le démon qui me couronna de si aimables pavots. "Gagne la mort avec tous tes appétits, et ton égoïsme et tous les péchés capitaux."
 En bleu, c'est l'inspiration divine qui parle à travers Rimbaud. En rouge, c'est les propos rapportés de Satan. En exclusivité mondiale, j'ai écrit ce qui découle exactement de cette évidence dans le cas de la prose liminaire d'Une saison en enfer ! Avec ce jeu de couleurs, je n'ai pas besoin de vous faire un exposé, vous voyez immédiatement que "- Cette inspiration prouve que j'ai rêvé !" est le rejet de cette "inspiration" qu'est la phrase pérécédente, ici en bleu, et vous voyez la finesse d'écriture railleuse de Rimbaud dans la rétention de la qualification "divine". Au plan de l'écriture, c'est génial. Le mot "inspiration" désigne la partie en bleu. Satan intervient avec les propos rapportés qui sont en rouge. Et contre tous, j'explique l'évidence absolue : Satan ne se récrie pas contre le refus de la charité (Steinemtz, Brunel), ni contre le rejet d'une inspiration qui ne serait pas la charité (Molino et quasi tous les rimbaldiens après lui), mais il se récrie contre le refus du dernier "couac". Le poète refuse de mourir, la charité prend la première la parole et est rejetée spontanément, puis Satan prend la parole sans tenir aucun compte, strictement aucun compte de l'alinéa sur la charité ! Il dit clairement "Gagne la mort" qui est l'inversion de l'expression "perdre la vie" et donc une duperie et "Gagne la mort", ça veut clairement dire "fais le dernier couac !"
C'est bien ce qu'il y a de plus important à écrire sur ce passage d'Une saison en enfer pour en fixer la compréhension. Brunel, Molino, et tous les rimbaldiens se trompent à la lecture de ce passage. C'est vertigineux, et Cavallaro ne fait pas exception.
J'ajoute que dans le même article, pour le premier alinéa j'apporte aussi une autre idée essentielle, le "si je me souviens bien" est ironique, car à la fin le poète considère que ce "festin" n'a jamais existé, puisque ce festin est une expression imagée de l'exercice de la charité. Donc la phrase : "Cette inspiration prouve que j'ai rêvé !" signifie qu'il n'y aura pas de retour au festin ancien, puisque ce festin est une chimère !
C'est ça le génie littéraire de cette prose liminaire. Et cela va de pair avec un autre élément important que j'ai avancé dans mes articles en expliquant que le souvenir dans "Mauvais sang" est le façonnement livresque de la mémoire collective, c'est ça qu'il faut saisir dans : "Je ne me souviens pas plus loin que cette terre-ci et le christianisme". Et quand on comprend ça, la lecture de "Mauvais sang" est déjà beaucoup moins déconcertante.
Tout ce que je viens de dire, c'est des mises au point essentielles, oui ou non ?
Et pour l'expression "Il faut être absolument moderne", j'ai identifié sa source littéraire d'époque l'alinéa, je dis bien l'alinéa : "Il faut être de son temps". Et il y a d'autres découvertes qui vont autour de ce "Il faut être de son temps." La phrase : "La justice est le plaisir de dieu seul" vise un texte d'Alexandre Dumas fils qui a été raillé dans une plaquette de l'époque.
Il y a peut-être un moment où il va falloir vous rendre compte du ras-de-marée de mes interventions. 
Vous dites quoi de précis sur le sens d'Une saison en enfer ? Vous ouvrez quelles perspectives ? Et quel est l'intérêt pour vos lecteurs de ne pas me lire ?
On va jouer à ce jeu-là jusqu'à quand ?
 
***
 
Complément (03 juin, à midi) :
 
Il y a un caractère de confrontation implicite à la notice de Cavallaro sur l'ouverture d'Une saison en enfer quand je développe ce que j'ai moi-même mis au point.
Je fournis donc un complément où je cite le texte de la nouvelle édition des textes de Rimbaud en Folio Classique.
D'abord, ceci, à la page 241 : Cavallaro joue avec les suppositions référentielles habituelles : le "dernier couac" et "le lit d'hôpital" "doivent être postérieurs à l'incident qui conduisit Verlaine en prison et sa cible d'un jour à l'hôpital, avant un retour à Roche à la fin de juillet ou au début d'août, et la reprise d'un projet dont on considère généralement qu'il doit prendre à ce moment une autre allure." Un peu avant, traitant de la lettre "de Laitou", Cavallaro soutenait que d'après ce que disait Rimbaud le livre n'était pas encore prévu comme le récit d'une traversée infernale. Ah bon ? Mais, en tout cas, le retour seulement au mois d'août, c'est faire fi de la démonstration de Bienvenu qui a montré que le tableau de Jef Rosman était un faux, puisque c'est sur la foi de cette supercherie postérieure à la Seconde Guerre Mondiale qu'on ne s'en tient pas à la sortie de Rimbaud de l'hôpital pour dater son retour dans sa famille. Et pourquoi Cavallaro qui dénonce dans une autre notice qu'on date "Entends comme brame..." du mois d'avril parce que ce mois est celui du récit du poème veut que cette fois le "lit d'hôpital" et "le dernier couac" ne soient pas purement littéraires ? Le "dernier couac" est forcément littéraire puisqu'il procède de la révolte où le poète s'arme contre la justice. Non, ça ne fait pas référence au coup de feu à Bruxelles. Point barre !
Cavallaro renforce le lien biographique en parlant du lyrisme des lettres à Verlaine des 4 et 5 juillet 1873 qu'il fait entrer en résonance avec "Vierge folle". Le rapprochement est naturel, mais biaisé tout de même.
Or, après avoir dit cela, Cavallaro écrit enfin : "La prudence, toutefois, s'impose." Et il dit alors mon raisonnement essentiel, sauf que je ne suis pas cité : "Rien ne permet d'établir avec assurance qu'une partie importante de l'oeuvre n'ait pas été composée en amont de l'incident de Bruxelles [...]". Ce contre-argument contre l'interprétation biographique du "dernier couac", c'est le mien !
Certes, d'autres peuvent y penser, je ne veux pas à tout prix être seul détenteur de l'argument. Mais il faut comprendre qu'en faisant cela Cavallaro démine par avance le terrain pour le jour où on citera mon travail. C'est l'éternel tactique pour montrer que je n'ai écrit que sur un terrain déjà balisé, déjà pris en considération. Je précise que c'est un peu plus loin dans la même notice que Cavallaro m'anonymise avec Guyaux au sujet de la coquille "outils" pour "autels" !
Prenons la note 1 sur la prose liminaire elle-même. Cavallaro étale après Murat et d'autres les sources à la métaphore du festin requalifié "banquet de la vie", l'expression du poète Gilbert. Cavallaro précise que c'est "un lieu commun antique", il cite Lucrèce et appuie cette référence en ajoutant que "trouvée amère" a aussi une source dans le même ouvrage célèbre de Lucrèce, puis nous avons plusieurs sources supposées renvoyer au "lieu commun antique", parmi lesquels le vers célèbre de Gilbert : "Au banquet de la vie, infortuné convive", et à la fin Cavallaro concède que "Ses résonances sont aussi bibliques" avec l'exemple des "Noces de Cana" et "surtout la parabole du festin" dans l'évangile selon saint Mathieu.
Mais, le vers de Gilbert vient d'un poème qui s'intitule "Ode imitée de plusieurs psaumes", c'est le titre même que donne Cavallaro, c'est le titre classique de ce poème, c'est celui que donne à ce poème Luc Decaunes dans son anthologie La poésie romantique française (Seghers, 1973, page 66. Nous avons un extrait du poème qui commence par "Soyez béni, mon Dieu !"
Cavallaro superpose les sources et fait prédominer la référence antique. Mais, ce qui est important, c'est ce que fait Rimbaud de l'image. Dans son poème, le "festin" est l'expression visuelle de la charité : "où s'ouvraient tous les cœurs". Il n'y a pas de lecture du début du livre de Rimbaud si on ne fixe pas cette idée. Cavallaro, Murat et d'autres nous en détournent explicitement en appuyant la référence antique. Cherchez l'anomalie.
Pour le fait que la Beauté se retrouve "assise sur mes genoux", Cavallaro dit "Comme une prostituée". Il songe sans aucun doute au poème de Vigny comme source que relevait Fongaro. Je profite de ce que j'ai l'anthologie de Decaunes pour nuancer un peu avec  cet extrait de Parny dans ses Chansons madécasses (Chant II) : "s'il te dit : Viens, belle Nélahé, passons la nuit ensemble ; alors, assieds-toi sur ses genoux."
Je parcours cette anthologie parce que je fais des recherches sur le substrat préromantique de "Fairy", "Enfance I" et de romances de 1872 en lieu avec les ariettes : bruit du torrent, île isolée, "vagues sans vaisseaux", chant des oiseaux, murmure de l'eau, etc.
Je reprends!
Pour la prose liminaire, Cavallaro fournit l'article de Jean Molino qu'il ne contestera pas et dont il ne rend pas spécialement compte, alors qu'il est capital de revenir sur les erreurs initiées par cet article dans la communauté rimbaldienne. Il cite un article de Yoshikazu Nakaji qui est tributaire de l'article de Molino, alors qu'en 1987 le livre de référence de Nakaji tenait un discours plus juste non influencé par l'article de Molino ! Et il cite l'article de Michel Murat qui visiblement m'avait lu mais n'avait pas compris mon propos et partait dans une autre interprétation erronée.
Ensuite, à propos de l'inspiration, Cavallaro écrit la parenthèse suivant : "(ironiquement divine ?)", ce qui veut dire qu'il m'a lu et que bien qu'il ne me cite pas il émet une réserve sur ma lecture. Voyez plus haut, la démonstration que j'ai raison est sans appel. Cavallaro reste dans le cadre de compréhension créé par Steinmetz et amplifié par l'erreur fatale de lecture de Molino, erreur qui était déjà celle de Steinmetz de toute façon. Il reste dans l'idée que "Cette inspiration prouve que j'ai rêvé !" ne rejette pas la charité. Le poète serait en quête de "charité" selon Cavallaro, Molino, Steinmetz et d'autres. Je vous montre plus haut par des couleurs qu'il n'en est rien. Je vous explique le sens de la phrase : "Cette inspiration prouve que j'ai rêvé !" Le poète trouve absurde que la charité soit la clef pour éviter la mort, puisque le festin est l'ouverture des cœurs entre eux. Et Rimbaud constate l'absurdité de l'idée au point de dire que ce qu'il croyait un souvenir de festin n'était qu'un rêve !
C'est ce que Rimbaud a écrit, c'est le sens de ce qu'il écrit. Donc merci d'arrêter de dire que le livre de Rimbaud est une quête de la charité ou d'une certaine charité. C'est faux, ce n'est pas le sujet. Rimbaud le dit lui-même en toutes lettres : "Cette inspiration prouve que j'ai rêvé !" ça veut dire ce que ça dit, littéralement et dans tous les sens !
Sans prendre garde au contresens, Cavallaro écrit : "C'est autour de ce paragraphe que se noue la dialectique de l'enfer, la distribution entre un passé inaccessible et les tourments présents d'une crise qui, cherchant ses remèdes avec les mots des Evangiles, fût-ce pour les vider de leur substance par la redéfinition, voue le damné aux affres de l'irrésolution."
Non, c'est faux, Rimbaud rejette dans la prose liminaire les mots des évangiles : il rejette la justice, l'espérance, la charité, etc. C'est écrit, ce n'est pas sujet à interprétation, mais comme les rimbaldiens font tous le contresens de douter de la clarté du rejet absolu de Rimbaud vous vous retrouvez avec des centaines de pages sur Une saison en enfer que, malgré le statut d'écrits de référence, vous pouvez jeter à la poubelle comme nuisibles à votre compréhension d'Une saison en enfer : Steinmetz, Molino, Brunel, Nakaji après l'article de Molino, Bardel, Cavallaro maintenant, Murat, etc. Le contresens étant à la source de leurs réflexions, leurs livres ne sauraient être des références au sujet d'Une saison en enfer. C'est dur à encaisser, mais c'est comme ça !

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