jeudi 4 juin 2026

Et toujours d'autres anomalies dans l'édition de Cavallaro des oeuvres complètes de Rimbaud !

 "L"orgueil plus bienveillant que les charités perdues."
(Rimbaud, "Génie") 
 
 
J'ai souligné dans le précédent article qu'il y avait une lecture non équivoque de la prose liminaire que j'avais établie, mais comme c'est moi qui l'ai établie elle subit un déni massif anormal. C'est la raison de la présente épigraphe ci-dessus, parce que les gens n'aiment pas les super prétentieux, mais il faut comprendre que ce n'est pas ça le problème de fond quant à la lecture de cette prose liminaire de la Saison. Je reviens ici sur la coquille "outils" pour "autels". J'ai énuméré plusieurs arguments de mauvaise foi qui sont dressés pour faire barrage à la reconnaissance de cette coquille et j'ai bien sûr montré qu'ils n'étaient pas valables, mais il y a tellement d'arguments de mauvaise foi que certains passent presque inaperçus. Il y avait l'argument de mauvaise foi en 2023 selon lequel le brouillon lui-même comporterait la leçon "outils" mal déchiffrée. Cavallaro n'est pas venu sur ce terrain-là, ce qui ne signifie pas qu'il faille l'en féliciter. Il est admis que le brouillon porte la leçon "autels". Mais Cavallaro a rassemblé en quelques lignes un maximum d'arguments pour dénier la pertinence de la coquille. J'ai montré que les raisonnements ne tenaient pas : aucune nécessité d'accéder aux épreuves, le brouillon est un document inespéré suffisant ; il n'y a pas de différence sensible entre le texte du brouillon et le texte imprimé par Poot, une coquille n'est pas systématiquement liée à une incohérence grammaticale, et s'il y a une coquille à corriger il n'y a pas à pousser un esclandre pour atteinte à un texte imprimé considéré abusivement comme sacré. Mais, quand Cavallaro écrit : "la phrase imprimée est syntaxiquement correcte", il commet une maladresse qui montre qu'il est dans la mauvaise foi et qu'il ne fait pas attention aux arguments qu'il accumule, puisqu'il parle donc du passage suivant : "Les outils, les armes... le temps !..." Il s'agit d'une phrase nominale et même plutôt d'une juxtaposition de trois groupes nominaux qui, à l'oral, n'offre aucune discrimination possible entre la réalité de trois phrases nominales ou d'une seule juxtaposant trois éléments. L'analyse syntaxique se limite au lien entre un déterminant et un nom, puis à une étude plus floue de la juxtaposition des trois éléments, étude en marge de l'étude syntaxique au sens strict.
A propos de considérations plus générales de Cavallaro sur l'intérêt des brouillons, j'avais épinglé cette fois des arguments qui se retournaient contre le déni de réalité de la coquille "outils" pour "autels". Cavallaro parlait de l'intérêt des brouillons pour mieux cerner la "genèse de la construction narrative" et aussi le "sens de paragraphes délicats". Or, j'épingle le problème suivant. Quel rimbaldien a commenté le passage de "autels" à "outils" en montrant que le glissement de l'un à l'autre se défendait ? Quel rimbaldien, à part moi, a donné du sens à la présence de la leçon "autels" sur le brouillon ? Enfin, je remarque que, refoulant la leçon "autels", Cavallaro ne dit pas un mot sur la signification qu'il prête au mot "outils" à la fin de "Mauvais sang", remarque qui vaut aussi pour les livres d'Alain Bardel, Alain Vaillant, et cela en remontant jusqu'aux livres les plus anciens sur Une saison en enfer, bien avant même que je n'intervienne en expliquant qu'il y a une coquille. Il faudrait que je m'amuse à faire une recension de tout ce qui a pu être écrit sur le mot "outils" dans les études rimbaldiennes, mais je sais déjà que c'est très maigre, que cela est traité sur la bande, parce que cela met mal à l'aise. Conscients que j'ai dénoncé une coquille, Vaillant, Bardel et Cavallaro auraient dû construire une justification poussée du recours au mot "outils". Ils ne l'ont pas fait, ils font des justifications sans substance. Cavallaro pour sa part ne dit rien sur la signification "délicate" du mot "outils", il ne parle que pour refuser le mot "autels", en dépit du principe qu'il proclame d'un respect scrupuleux des manuscrits, respect qu'il bafoue également avec sa transcription "de daines" au mépris de ce qu'a écrit Rimbaud : "ou daines".
Je passe à un autre point. Sur "Tête de faune", Cavallaro renvoie à un article d'Alain Chevrier pour l'identification d'une source du côté de la comédie Le Bois, sauf que j'ai trois objections à faire. Premièrement, cette source, c'est moi qui l'ai posée dans un article paru dans la revue Rimbaud vivant. je n'ai pas donné de précisions, il est vrai, mais j'ai dit en toutes lettres que certains éléments de "Tête de faune" provenaient d'une lecture de la comédie Le Bois de Glatigny. Deuxième objection, dans l'article de Chevrier, la communauté de rime n'est même pas mentionnée : "feuille"/"se recueille". Troisième objection, j'ai publié avant que ne paraisse l'article de Chevrier et sur ce blog que la rime "feuille"/"se recueille" de la comédie Le Bois était reprise dans "Tête de faune".
Pour rappel, en 2009, j'ai publié dans la revue Europe, dans un numéro collectif que ne saurait ignorer Chevrier (1 gratin de collaborateurs de la revue Parade sauvage, 2 prestige particulier à cette revue dans le monde universitaire et littéraire) que la cause précise du recours aux sonnets monosyllabiques trouvait son origine dans l'article de Verlaine qui épinglait l'amour de Barbey d'Aurevilly pour les vers acrobatiques d'Amédée Pommier en contradiction avec son mépris pour Banville. Verlaine y citait une séquence importante d'un poème en vers d'une syllabe qui a d'ailleurs directement inspiré Rimbaud pour la fin de "Cocher ivre", ce qui va avec, pour le signaler en passant, une parodie attribuée à Baudelaire parue dans Le Figaro en 1878 qui s'inspirait de "Cocher ivre" et précisément du passage parodié de l'extrait de Pommier cité par Verlaine. J'expliquais que suite à cet article de Verlaine, Alphonse Daudet avait inventé un sonnet en vers d'une syllabe contre Verlaine "Le Martyre de saint Labre" et que cela avait donné la suite zutique que l'on connaît en réaction. Chevrier a ensuite écrit un article où il exhibait le cas de l'article de Verlaine sans me mentionner. J'ai demandé des explications que je n'ai jamais eues à la revue Parade sauvage. Chevrier avait écrit un livre que je connaissais sur les vers d'une syllabe, mais il n'y avait à l'intérieur aucune mention de l'article de Verlaine, et les sonnets de Rességuier et de Daudet n'étaient considérés comme des sources aux sonnets zutiques que par la seule antériorité chronologique.
Chevrier a vu de son côté le lien de "Paris" à Amédée Pommier, ça c'est sa découverte, mais moi j'ai fait ma grande mise au point sans avoir à lui rendre une quelconque antériorité. Avec la comédie Le Bois, c'est la deuxième fois que Chevrier fait ouvertement fi d'une de mes antériorités, et je constate que les rimbaldiens en jouent. Je rappelle que Cavallaro attribue aussi dans son édition en Folio Classique la datation des contributions zutiques à Bernard Teyssèdre, alors que celui-ci reprend ce que j'ai déjà publié et ce qui figure dans sa bibliographie justement. Je rappelle que Teyssèdre remercie Jean-Jacques Lefrère, Steve Murphy et Michael Pakenham pour leur aide à son livre Rimbaud et le foutoir zutique, à un moment où Murphy et Lefrère s'attaque par un compte rendu "Pléiade sans étoile" à l'édition des oeuvres  complètes de Rimbaud en 2009 dans la collection de La Pléiade où figuraient les premiers états des découvertes zutiques que j'étais en train de rassembler, découvertes que Murphy, Lefrère et Pakenham connaissaient suite à des échanges privés (je rappelle que le numéro qui révéla la caduque photographie du "Coin de table à Aden" contenait mon article sur Belmontet), et bien sûr le livre de Teyssèdre a été publié à l'époque où Lefrère enrageait de mon opposition et de celle de Jacques Bienvenu à l'identification de Rimbaud sur la photographie du Coin de table à Aden. Vous connaissez la suite ! Cette photographie, elle est tombée ! De toute façon, le livre de Teyssèdre cite dans sa bibliographie mes trois articles déjà publiés sur l'Album zutique dont la démonstration chronologique. Teyssèdre s'est emparé en son nom de ma démonstration, je précise par ailleurs que dans un article ultérieur je montre aussi qu'il n'a pas eu assez de recul dans le détail chronologique, car il a ignoré les cas où les colonnes à gauche ont été transcrites après la colonne de droite, et les cas de poèmes recopiés par paquets si on peut dire.
A propos du poème zutique "Vu à Rome", je précise aussi contre Teyssèdre et Reboul que j'ai raison de soutenir qu'il y a bien une parodie par Rimbaud de la cible qu'il annonce, Léon Dierx, et j'ai souligné les mots clefs et c'est moi qui ai souligné la ressemblance entre les mentions des yeux dans "Les Yeux de Nyssia" et des nez dans "Vu à Rome". Comme pour la strophe de la "Chanson de Fortunio" et d'autres éléments encore, Cavallaro fait état de cette idée sans me citer.
J'en viens à "Michel et Christine". Cavallaro ne peut pas savoir que "Circeto" a récupéré un brouillon d'article que je n'ai pas mis en ligne sur mon blog où je parlais de la source du côté d'un roman "Michel et Christine". Circeto avait publié une première version en ligne sur son blog, qui intégrait certaines de mes expressions d'ailleurs, et il faisait mine d'avoir découvert cela tout seul. Circeto a enlevé ce texte du net, puis il a publié un article tout à à fait remanié dans la revue Parade sauvage . J'ai rigolé de voir que même si Cavallaro recense cet article de Circeto, celui-ci ne peut guère en jouir, vu que Cavallaro dit que la thèse est peu crédible. Je m'empresse de préciser que je ne suis pas d'accord. Je voulais à l'époque mûrir cette découverte, il manquait une page du roman dans le fac-similé disponible, je n'ai jamais lu au-delà, mais il est évident que la scène de mauvais temps, d'orage, offre une ressemblance qui ne saurait être de l'ordre de la coïncidence avec les vers de "Michel et Christine". Peu importe que cette découverte soit attribuée à Circeto, je me battrai aussi pour que l'idée soit prise au sérieux.
Je n'en ai pas fini avec l'édition en Folio Classique, je vais parler de l'ordre des poèmes plus en détail que je ne l'ai fait jusqu'ici, et je vais inspecter le reste et vous ramener d'autres sujets intéressants.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire