Je soumets tout ceci à votre sagacité.
A propos de la pagination d'une partie des manuscrits des Illuminations, on sait que Steve Murphy, Alain Bardel, Adrien Cavallaro, Michel Murat et d'autres ont des réticences à citer les arguments qui leur sont opposés. Dans la nouvelle édition qu'il fournit à la collection Folio Classique, Cavallaro écrit ceci à la page 278 :
On n'enquêtera pas ici sur les auteurs de la pagination au crayon et à l'encre des f[olios] 1-24, sur les différences de format et de support entre les feuillets, sur les différences de graphie, aussi, qui posent des questions d'une grande complexité, et pour la plupart, à peu près insolubles. Le lecteur se reportera aux ouvrages et articles mentionnés en bibliographie sur ces questions.
En clair, Cavallaro ne veut pas prendre parti et il se réserve le droit de récuser la pagination autographe à laquelle son édition fait mine d'adhérer pleinement. Il le fera quand il se sera émancipé de la collaboration actuelle avec Steve Murphy. Pour l'instant, il ne veut pas se le mettre à dos. Il va de soi également que les grandes gesticulations des mots ne sont que du vent, il ne s'agit ni de questions d'une grande complexité, ni de difficultés insolubles, à tel point que Cavallaro dans son édition utilise pour un autre sujet une des preuves que la pagination n'est pas autographe. A la page 281, pas beaucoup plus loin après la citation ci-dessus, Cavallaro écrit ceci à propos des manuscrits des Illuminations :
Un certain nombre de corrections sont effectuées sur le manuscrit, à l'encre et au crayon. Nous avons retenu les premières et écarté les secondes [...]
Cavallaro admet le principe, comme Pierre Brunel et d'autres, que les interventions au crayon sont le fait des relecteurs de la maison d'édition. La pagination des manuscrits est au crayon pour l'essentiel et toutes les autres interventions sur ces manuscrits sont obligatoirement faites par les protes. Cavallaro ne s'engage pas dans le débat, parce qu'il sait pertinemment que la pagination n'est pas de Rimbaud, le recours au crayon n'étant pas la seule preuve. Toutefois, pour le débat, Cavallaro nous renvoie, "aimablement" pourrait-on croire, à la bibliographie. Je n'en vois qu'une seule. Il parle de la bibliographie fournie pour Les illuminations aux pages 273 et 274. Or, dans cette bibliographie, l'article de Steve Murphy en 2000 est référencé, le livre récent de Bardel, des articles du Dictionnaire Rimbaud où en prince, même s'il n'a pas encore rencontré son génie, Cavallaro se cite lui-même, mais il n'y a aucune mention de mes articles sur ce blog, ni de ceux de Jacques Bienvenu sur le blog Rimbaud ivre. Michel Murat n'est cité que pour son livre L'Art de Rimbaud, pas pour son début de rétractation dans le Dictionnaire Rimbaud de 2021.
Pour le poème "Angoisse", Cavallaro a correctement édité avec un point d'exclamation le passage : "Amour ! force !" Mais il ne mentionne pas en note qu'il s'écarte des leçons suivies par Guyaux, Brunel et Bardel dans leurs éditions respectives. Je précise qu'après la publication de l'essai Rimbaud l'Obscur par Bardel j'ai précisé, photographie du fac-similé à l'appui, que le manuscrit avait un trait vertical bien distinct du "r" final de "Amour" et qu'il ne fallait ni écrire : "Amour ; force !" ni "Amour, force !" Mon blog aurait pu être cité. J'ajoute qu'à la suite de l'article de Cavallaro dans le dernier numéro de la revue Parade sauvage j'ai envoyé à la fin du mois de février un courriel à une quantité élevée d'éditeurs pour leur signaler qu'à cause de l'article de Cavallaro le texte de Rimbaud risquait d'être édité n'importe comment. J'ignorais l'imminence de la catastrophe, et je leur ai signalé plusieurs points dont "mène"/"même", "outils"/"autels", les quatrains manuscrits pour "Paris se repeuple", la signature "PV" d'un dizain, l'authentique leçon "ou daines", et bien sûr la ponctuation mal éditée de "Angoisse".
J'observe que juste après mon intervention l'édition de Cavallaro a corrigé le problème, mais dans la discrétion.
Allez admirer cette discrète correction qui est la principale beauté de la double page 118-119 où vous avez une concentration de soulignements incongrus autour du titre "Marine", en-dessous de "Nocturne vulgaire" et "Fête d'hiver". C'est une magnifique double page, dommage qu'on n'y trouve plus "Amour, force !"
J'observe aussi que, sans me citer, Cavallaro soutient qu'il a consulté l'exemplaire du Reliquaire conservé à Bruxelles avec deux quatrains inédits sous forme manuscrite. Même si Murphy parlait de ce problème, il fallait citer mon article "Mais que sont devenus les manuscrits de 'Paris se repeuple' " car j'y formalise le problème d'établissement du texte, mais de cela on reparlera ultérieurement.
A propos justement de la séquence "ou daines" qui est la transcription exacte du manuscrit rimbaldien, Cavallaro écrit "Nuit qui chante" sans une note pour préciser que ce déchiffrement vient de moi (hypothèse lancée par Murphy en 1999, mais j'ai affirmé et démontré que c'était ce qui était écrit sur le manuscrit). A nouveau, tout se passe en toute discrétion. En revanche, pour le vers précédent, nous avons droit à du Séjourné dans le texte :
- Ô j'exècre tous ces yeux de Chinois de daines,
Oui, Stéphane, dis-nous où ce vers a-t-il séjourné ? Je suis sûr qu'on va en proposer l'analyse à un concours d'Agrégation de Lettres modernes ou classiques.
Il y a une note 16 pour justifier ce choix. Reportons-nous y à la page 377. Cavallaro y affirme, à tort, que Rimbaud a écrit : "- Ô j'exèxre tous ces ces yeux de chinois de daines", à moins que ce ne soit "Chinois de daines", ce qui serait du plus bel effet. C'est inexact, le "Ô" est un peu superposé aux autres éléments en début de vers ce qui explique avec le redoublement du déterminant "ces" que beaucoup aient cru qu'il fallait le biffer, mais surtout il n'est pas écrit "de daines", il est écrit "ou daines" avec un défaut d'espacement. C'est dans l'édition de La Pléiade qu'il est écrit "de daines," entre crochets, pas sur le manuscrit de Rimbaud qui a du génie et qui sait ce qu'il veut signifier. Cavallaro me cite pour l'identification du mot "daines" nom au pluriel de la "femelle du daim", alors que mon article porte sur "Nuit qui chante", sur le rétablissement de l'interjection "Ô", sur l'explication des deux déterminants "ces" à cause d'une césure acrobatique et mon article déchiffre toute la séquence "ou daines". Cavallaro renvoie non à mon article facilement accessible, mais à une revue universitaire peu connue, peu diffusée ! Puis il place la référence à son article. Cavallaro passe son temps à soutenir que le point d'exclamation de l'autre côté du manuscrit gêne la lecture, ce qui est faux. Son article n'affronte pas la discrimination selon l'alternative "d" ou "o", et il affirme absurdement qu'il est écrit "e" quand le "u" ne fait même pas débat.
Pour satisfaire l'amour-propre de Cavallaro, Guyaux, Murphy et Cornulier, on va devoir mentir désormais et faire mine de croire qu'il est écrit "de daines" sur le manuscrit de Rimbaud. On perd toute la classe de son écriture qui claque ! Je précise que depuis 2009 Murphy et Cornulier n'ont jamais adhéré à la lecture "de daines" de Guyaux, il s'agit d'un revirement sur lequel on aimerait aussi des éclaircissements. Ah oui, le point qui transperce le manuscrit ! Il gêne la lecture en quoi ? En quoi il fait croire à un "u" au lieu d'un "e" ? Je voudrais des explications rigoureuses.
Sur "Tête de faune", à la page 400, Cavallaro écrit que "A une tête de faune" est le titre d'un sonnet d'Albert Mérat et de Léon Valade dans Avril, mai, juin. C'est moi qui ai trouvé cette source et je l'ai citée à plusieurs reprises, y compris dans mes articles. Merci de me référencer. Mais, toujours dans la notice propos de "Tête de faune", Cavallaro attribue à Alain Chevrier la découverte de la comédie Le Bois comme source à "Tête de faune" et la découverte que la rime "feuille"/"se recueille" passe de cette comédie à "Tête de faune". C'est faux ! C'est moi qui ai dit que la comédie Le Bois était une source à "Tête de faune" dans un article paru dans la revue Rimbaud vivant deux à trois ans auparavant, et c'est moi qui ai publié sur ce blog avant la parution de l'article de Chevrier qui d'ailleurs ne l'identifie même pas cette rime que Rimbaud reprenait à Glatigny la rime "se recueille"/"feuille".
Je souligne qu'un problème équivalent se présente dans le cas de "Nocturne vulgaire", c'est moi qui ai publié et identifié le premier, des années avant quiconque d'autre, que "rouler sur l'aboi des dogues" venait de deux vers du poème "Les Oracles" de Vigny. Bruno Claisse n'a jamais cité cette source contrairement à ce qu'avance Bardel sur internet. Bardel, Dominciy et Cavallaro prennent à nouveau une de mes découvertes sans me cite, Bardel étant le responsable de la situation dans ce cas précis.
Et je peux encore citer d'autres cas. "Sovet seclum" dans "Soir historique", le titre de roman Michel et Christine, la datation des contributions zutiques resserrée en octobre et novembre, la "Chanson de Fortunio" pour "Ce qui retient Nina" et "Mes petites amoureuses", l'importance de "L'Exil des Dieux" pour "Credo in unam". Parfois, ce n'est pas évident de savoir ce que j'ai découvert le premier, mais j'ai bien souligné des cas qui ne posent pas problème. N'importe qui qui vient sur ce blog constate qu'effectivement je fais sans arrêt des découvertes, j'en ai encore une fournée d'inédites.
Pour conclure, je fais remarquer ceci. On peut comprendre qu'on ne veuille pas tout le temps rapporter à son découvreur une découverte, soit parce qu'on a un peu envie de frimer aussi au passage, soit parce qu'il faut bien que la critique s'efface devant les services rendus aux lecteurs, soit parce qu'il faut un peu de diplomatie dans le domaine de l'édition, mais dans tous les cas quelqu'un chez qui tu prends aussi régulièrement ton bien, et je précise que cela concerne aussi des arguments, des phases de raisonnement, tu le cites régulièrement, tu te débrouilles pour que les lecteurs qui le veulent puissant à travers ta seule bibliographie éprouve qui compte ou pas. Tu ne fais pas des petits compromis, j'ai cité son article sur "Les Assis" et sa mise au point sur internet sur "La Légende du 'Recueil Demeny' ". Il y a un moment où il faut arrêter le sketch de la minimisation critique. On ne peut pas prendre aussi régulièrement chez quelqu'un qu'on cite le moins possible et surtout quand on passe plutôt son temps à le contester "autels", "ou daines", la signature "PV", "inspiration (divine)" (sans me citer), la pagination allographe des Illuminations, quand on redistribue aussi mes découvertes à d'autres (Teyssèdre, Chevrier, "rouler sur l'aboi des dogues", etc.).
A propos du "Bateau ivre", je rappelle que l'article de Steve Murphy contenait une note de bas de page où il me remerciait de lui avoir fait lire avant tout le monde mon article, l'article de Murphy ayant été intégralement écrit après le mien. Alors, j'aimerais qu'on m'explique comment on passe de ces remerciements à l'absence obligée de mon article dans les bibliographies sur "Le Bateau ivre".
Il faut un peu de déontologie quand même !
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