mardi 20 juillet 2021

"Voyelles", un dernier tercet jouant sur le cliché de l'élévation à l'Idéal !

Adolescent, j'aimais découvrir la poésie dans les volumes de la collection Lagarde et Michard. Je n'avais pas le tome du Moyen Âge, mais les cinq tomes courant du XVIe au XXe siècle. J'en avais besoin pour les cours de français au Lycée, et j'avais racheté mes cinq volumes à un élève qui passait en classe de terminale, quand moi j'entrais en classe de seconde. Mes volumes sont partis bien plus tard, et contre mon gré, avec un vide-grenier, je n'ai depuis récupéré que les tomes du XVIIe, du XVIIIe et du XIXe siècle.
Ces volumes offraient une anthologie de textes de la littérature française. Nous avions des poèmes de Ronsard et du Bellay. En lisant le poème de Ronsard sur les bûcherons de la forêt de Gastine, j'étais déjà agacé à l'époque quand on attribuait à Lavoisier la célèbre formule (d'ailleurs apocryphe) : "Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme", car il me semblait un peu gros que la formule de Lavoisier ressemblât autant au dernier vers du poème "Contre les bûcherons de la forêt de Gastine", suffisamment estimé pour figurer dans l'anthologie de Lagarde et Michard : "La matière demeure, et la forme se perd." D'évidence, il y a une influence de la pensée grecque derrière les deux formules françaises.
Un autre fait était marquant pour moi. Dans le volume du XVIe siècle, il y avait un sonnet du recueil L'Olive de Joachim du Bellay qui avait une note de pureté d'envol qui me subjuguait.

Si notre vie est moins qu'une journée
En l'éternel, si l'an qui fait le tour
Chasse nos jours sans espoir de retour,
Si périssable est toute chose née,

Que songes-tu, mon âme emprisonnée ?
Pourquoi te plaît l'obscur de notre jour,
Si pour voler en un plus clair séjour,
Tu as au dos l'aile bien empennée ?

Là, est le bien que tout esprit désire,
Là, le repos où tout le monde aspire,
Là, est l'amour, là, le plaisir encore.

Là, ô mon âme, au plus haut ciel guidée,
Tu y pourras reconnaître l'Idée
De la beauté, qu'en ce monde j'adore.

Je ne suis pas très friand de l'enjambement "En l'éternel" au début du vers 2, ni de la platitude des vers 2 et 3, mais à partir du second quatrain, le sonnet prend une autre dimension et, évidemment, l'anaphore à forte résonance liturgique des tercets envoûtait complètement le lecteur novice que j'étais.
Et, comme je possédais le volume sur la littérature du dix-neuvième siècle, je découvrais dans un poème de Lamartine un passage qui, je pouvais en jurer, s'inspirait du sonnet en question de du Bellay.
Ce poème de Lamartine n'est pas n'importe lequel, c'est l'un des plus célèbres "L'Isolement", celui qui contient le célèbre vers : "Un seul être vous manque, et tout est dépeuplé !" Et ça ne s'arrête pas là, il contient une mention du motif du "lac" et surtout il est le premier poème du recueil, celui qui ouvre les Méditations poétiques.
Il se trouve que la mention du "lac" figure dans un vers lancé par la forme "Là", mais ce que je vais citer, c'est les quatre derniers quatrains du poème "L'Isolement". Dans l'antépénultième quatrain de "L'Isolement", Lamartine exploite l'anaphore en "Là" du sonnet de du Bellay, avec un parallèle de quasi fin de poème entre les deux pièces, mais avec aussi une reprise inversée de la rime "aspire"::"désire" au sonnet de du Bellay qui suffit à signifier qu'il y a bien eu une influence du poète angevin. Nous pouvons ajouter que la mention "amour" à la rime dans le quatrain de Lamartine est à rapprocher de l'hémistiche "Là, est l'amour" du sonnet de du Bellay. Lamartine fait rimer "amour" avec "séjour" qui est précisément l'un des quatre mots d'une rime en "-our" des quatrains : "tour", "retour", "jour", "séjour", et je n'hésiterais pas à rapprocher la forme verbale "enivrerais" de Lamartine du mot "plaisir" employé dans L'Olive. Je n'ai même pas à insister sur la correspondance allant de "Idée" à "bien idéal". Pourtant, si j'ai du mal à croire que personne n'ait effectué le rapprochement entre les deux poèmes, je n'ai pas souvenir d'annotations fortes en ce sens dans les éditions et commentaires des poèmes de Lamartine.
Mais peut-être au-delà des bornes de sa sphère,
Lieux où le vrai soleil éclaire d'autres cieux,
Si je pouvais laisser ma dépouille à la terre,
Ce que j'ai tant rêvé paraîtrait à mes yeux !

Là, je m'enivrerais à la source où j'aspire ;
Là, je retrouverais et l'espoir et l'amour,
Et ce bien idéal que toute âme désire,
Et qui n'a pas de nom au terrestre séjour !

Que ne puis-je, porté sur le char de l'Aurore,
Vague objet de mes vœux, m'élancer jusqu'à toi !
Sur la terre d'exil pourquoi resté-je encore ?
Il n'est rien de commun entre la terre et moi.

Quand la feuille des bois tombe dans la prairie,
Le vent du soir s'élève et l'arrache aux vallons ;
Et moi, je suis semblable à la feuille flétrie :
Emportez-moi comme elle, orageux aquilons !
J'aimais tout autant cette pièce lamartinienne que le sonnet cité plus haut de L'Olive. Malgré certaines facilités de paresseux dans le choix des mots ou des rimes, Lamartine a une grâce rythmique particulière. On ne va pas aimer tous les poèmes de Lamartine de la même façon. Il n'y a pas cette constance de talent qui se rencontre dans Les Fleurs du Mal ou les recueils de Victor Hugo, mais les plus beaux poèmes de Lamartine sont parmi les plus beaux du monde, de ces poèmes qu'on ne lasse pas de lire et de relire encore. Il faut ajouter que le dernier quatrain de "L'Isolement" fait pont par le motif traité avec la célèbre "Chanson d'automne" des Poèmes saturniens d'un Verlaine qui, pourtant, a longtemps fait la fine bouche en matière de jugement sur la poésie lamartinienne. Dans la revue italienne Plaisance, Henri Scepi a fait un article très intéressant sur l'opposition recherchée par Verlaine entre le lyrisme expansif de Lamartine et la condensation et économie de moyens de la "Chanson d'automne".
Il n'est pas inintéressant d'observer une imitation aussi nette d'un sonnet de du Bellay dans le poème liminaire du recueil des Méditations poétiques qui lance l'ère de la poésie romantique. Ce n'est que quelques années plus tard que la mode va être aux poésies de Ronsard et de Mathurin Régnier, ce n'est qu'en 1828, de mémoire, que paraît l'ouvrage de Sainte-Beuve sur ces poètes que le classicisme avait tendu à méjuger. En plus, contrairement à Vigny, Musset et Hugo, Lamartine est assez nettement tenu à l'écart de cette idée d'une influence des formes poétiques du XVIe siècle. Nous avons donc ici une preuve intéressante qu'il faut compter sur lui, et ça ne s'arrête pas là. C'est un fait connu que le sort du philosophe Platon est assez particulier dans l'histoire des derniers siècles. Le grand philosophe grec, pour le Moyen Âge, c'était plutôt Aristote. Nous avions accès à ces textes et c'était lui qui était commenté. Avec la Renaissance d'abord italienne, puis européenne, les lignes vont bouger. Platon est traduit et rendu accessible, et le XVIe siècle est marqué par l'influence plus prégnante de la pensée platonicienne. Or, c'est un fait connu des spécialistes, mais dont le grand public n'a pas conscience, que l'intérêt pour Platon va retomber au XVIIe et au XVIIIe siècles. Pourtant, Descartes et Pascal sont des philosophes d'envergure au XVIIe siècle, auxquels ajouter Leibniz dont La Monadologie est écrite en français. Il est d'autres philosophes au plan européen, avec notamment Spinoza qui écrit en latin, avec des penseurs de langue anglaise, etc. Et, au dix-huitième siècle, même si l'appellation de philosophes est parfois un peu abusive (sauf au plan de la philosophie politique pour Rousseau et Montesquieu), nous avons droit à quatre grands penseurs des Lumières qui sont aussi de grands écrivains : Voltaire, Diderot, Rousseau et Montesquieu. Pourtant, Platon n'est pas tellement présent dans leurs écrits. Le nouvel âge d'or du platonisme, ce sera le dix-neuvième siècle. Le platonisme n'avait certainement pas complètement sa place dans le domaine de la science et du monde héritant de la pensée révolutionnaire, mais le platonisme a eu une certaine prégnance dans le domaine de la spiritualité en poésie, que cette spiritualité soit sincère ou affectée, sérieuse ou métaphorique. Lamartine avec ses Méditations poétiques a explicitement imposé un cadre métaphorique quelque peu platonicien appliqué au cosmos. Et nous avons tellement pris l'habitude de ne citer "Le Lac" de Lamartine qu'en passant que beaucoup d'entre nous oublient à quel point Victor Hugo dans Les Rayons et les ombres comme dans Les Contemplations est fortement redevable aux principes de poésie cosmique qui ne furent pas de peu de poids dans le succès et la fascination des publications lamartiniennes. Leconte de Lisle est lui aussi redevable quelque peu au système lamartinien, puis les parnassiens, et bien évidemment le fameux poème de Rimbaud à ses débuts "Credo in unam" devenu "Soleil et Chair" porte lui aussi la marque de l'influence lamartinienne qu'il conteste et réécrit.
Et cerise sur le gâteau, je prétends depuis longtemps que Baudelaire aussi crée l'esthétique des Fleurs du Mal en tenant étroitement compte de ce qu'a imposé culturellement l'énormissime succès public de Lamartine. Jusqu'à quand va-t-on hypocritement (c'est le cas de le dire) refouler la citation de Lamartine dans le premier hémistiche du sonnet "Les Correspondances" : "La Nature est un temple..." ?
Lamartine établit cette lecture métaphorique dans ces deux vers du poème "Dieu" (méditation vingt-deuxième).
Nature ! firmament ! l'œil en vain vous contemple ;
Hélas ! sans voir le Dieu, l'homme admire le temple,
[...]
Mais, dans l'économie du recueil, il l'a fixée une première fois avec le même jeu de rime dans le poème "L'Immortalité" (méditation cinquième) :
Dieu caché, disais-tu, la nature est ton temple !
L'esprit te voit partout quand notre œil la contemple ;
[...]
D'autres passages pourraient être cités, mais la rime "temple"::"contemple" permet de nous assurer qu'il n'y a évidemment pas loin du sonnet "Les Correspondances" de Baudelaire au recueil Les Contemplations de Victor Hugo. Non seulement, le début du sonnet "Les Correspondances" est une citation de Lamartine, mais c'est une citation même du discours chrétien et de Dieu lui-même, comme l'attestent les deux derniers vers que nous venons de citer de Lamartine.
Et je cite bien sûr tout cela exprès, car le sonnet "Voyelles" est connu pour avoir des liens métaphoriques avec le sonnet "Les Correspondances", sauf que ces liens ne sont jamais correctement élargis aux métaphores lamartiniennes et hugoliennes. Il n'est quand même pas inintéressant d'observer que le mot d'ordre de ne pas se contenter d'admirer le temple, mais d'éprouver et voir même la présence de Dieu dans ce temple, est au centre du principe de transfiguration de la poésie lamartinienne, que Victor Hugo se réclame de son principe, notamment par le recours au titre Les Contemplations qui ne rime pas plus innocemment avec "Méditations" que le titre rimbaldien "Illuminations". Hugo témoigne qu'il a répondu à l'injonction lamartinienne de contempler, et le poème "Les Correspondances" se réclame lui aussi de l'injonction lamartinienne à sa façon, et bien évidemment le dernier tercet de "Voyelles" raconte le regard qui en admirant le temps voit le Dieu caché au fond !
L'influence de Lamartine sur Baudelaire ne s'arrête d'ailleurs pas là.  Jusqu'à quand va-t-on ignorer que dans le poème liminaire des Fleurs du Mal, le vers conclusif : "- Hypocrite lecteur, - mon semblable, - mon frère !" s'inspire, bien évidemment à dessein, d'un vers du poème "La Foi" de Lamartine (méditation quatorzième) : "Homme, semblable à moi, mon compagnon, mon frère !"
La comparaison entre la forme des deux vers est éloquente. Cette citation du poème "La Foi" est précédée, deux vers plus haut, d'une nouvelle expression de l'idée qu'il faut cerner la présence de Dieu dans l'immensité du ciel : "Vastes cieux, qui cachez le Dieu qui vous a faits !"
Parce qu'il ne faudrait que condescendre à lire les vers de Lamartine, Baudelaire et Rimbaud ne lui devraient rien. En réalité, il y a une continuité et un dialogue entre ces poètes, et il est même plutôt important pour définir la réaction d'hostilité au modèle lamartinien d'identifier les reprises évidentes opérées tantôt par Baudelaire, tantôt par Rimbaud.
On comprend mieux que, loin de faire du rapport de "Correspondances" à "Voyelles" un axe de poésie moderne faisant table rase des traditions antérieures en poésie, il faut au contraire placer "Les Correspondances" et "Voyelles" dans l'héritage des visions cosmiques lamartiniennes. Et, partant de là, on peut alors mobiliser d'autres sources : celle évidente des poésies de Victor Hugo, celle d'Armand Silvestre plus discrète, celle aussi de Paul Verlaine.
Et venons-en à ce dernier. Quand Verlaine et Rimbaud se rencontrent pour la première fois en 1871, que ce soit en février-mars ou moins probablement en septembre, Verlaine a déjà publié quelques recueils Poèmes saturniens, Fêtes galantes et La Bonne chanson, ainsi qu'une plaquette parue sous le manteau Les Amies. Il faut y ajouter des poèmes épars diffusés dans la presse d'époque. Dans ses recueils ultérieurs, Verlaine va publier des poèmes anciens, composés soit avant sa rencontre avec Rimbaud, soit du temps de son compagnonnage avec lui : Romances sans paroles, Sagesse et Jadis et naguère pour l'essentiel, mais d'autres poèmes plus anciens apparaîtront à l'occasion dans des recueils plus tardifs, sans oublier que certains textes demeureront inédits du vivant de Verlaine. Or, parmi les poèmes inédits, il en inévitablement de plus potachiques que Verlaine affectionnait tout particulièrement, mais qu'il ne pouvait pas aisément publier. Il devait y avoir l'idée à plus ou moins longue échéance de les publier sous le manteau, mais l'incarcération de Verlaine et la rupture de son couple vont ruiner le réseau parisien initial de Verlaine. On peut penser que quand Rimbaud a fréquenté Bretagne en juillet-août 1870 le dénommé Bretagne lui a fait lire des poèmes obscènes inédits de Verlaine. Je me demande, par exemple, si Rimbaud n'a pas eu connaissance des deux poèmes réunis sous le titre "Au pas de charge" avant de composer "L'Eclatante victoire de Sarrebruck", car certaines ressemblances sont intéressantes à relever : "Les petits tambours", "garçonnets", "tapins de la bonne guerre", "Iront frappant sur la peau d'âne", "Peuple, il faut voir tout en rose", "la louange extrême / Qu'il se décerne à lui-même", "besoin pressant", tout cela est fort parent de la manière du sonnet de Rimbaud : "car il voit tout en rose", "les bons Pioupious", "tambours dorés", "rouges canons", "Et, tourné vers le Chef, s'étourdit de grands noms !", "présentant ses derrières". J'ajouterais que le vers de "Au pas de charge" : "Dont l'éclat tournant nous pénètre" n'est pas sans écho possible avec un vers d'un poème banvillien parodique de la nouvelle Un cœur sous une soutane. Récemment, j'ai souligné que dans "Credo in unam", bien que le traitement ne fût pas obscène, nous avions des vers démarqués d'autres du recueil particulièrement obscène et paru sous le manteau d'Henri Cantel : Amours et Priapées.
Il y a fort à parier qu'en compagnie de Bretagne Rimbaud a eu la primeur aussi du recueil La Bonne chanson. En tout cas, il semble que ce recueil qui n'était pas encore dans le commerce en septembre 1870 a pu inspirer des passages du "Rêve de Bismarck" et de quelques poèmes remis à Demeny en septembre-octobre 1870.
S'il est très intéressant de réunir tous les poèmes de Verlaine en un seul volume, il faudra aussi un jour s'intéresser à un dossier datant le mieux que faire se peut chacune des compositions de Verlaine pour déterminer tout ce que Rimbaud a pu lire et à quel moment.
Et il n'y a pas que des poèmes obscènes ou satiriques qui furent des lectures verlainiennes inédites pour Rimbaud à son arrivée à Paris. Or, parmi les poèmes non publiés en volume, il en est un daté du "10 mai 1861" qui retient mon attention. Il s'intitule "Aspiration". Il figure aux pages 597 à 599 de l'édition des Œuvres poétiques complètes de Verlaine dans la collection "Bouquins" chez Robert Laffont. Le poème s'ouvre par un motif religieux exploité aussi par Catulle Mendès dans le recueil alors à venir Philoméla, motif de la vallée qui inévitablement peut faire songer aussi à Lamartine, le poète du "Vallon". Le titre "Aspiration" fait songer aussi au titre du poème "Elévation" des Fleurs du Mal, dont la seconde édition date précisément de 1861, la version de 1857 ayant été condamnée. Le poème "Elévation" ne figurait pas dans la prépublication de plusieurs "fleurs du mal" dans la Revue des deux mondes en 1855, mais il s'agit du troisième poème du recueil tant dans la version de 1857 que dans la version de 1861, et, à chaque fois, il précède le poème "Les Correspondances" dans l'économie du recueil. Cette distribution sera conservée dans l'édition posthume de 1868.
Le mot "vallée" figure lui aussi dans le premier vers du poème de Baudelaire, il figure précisément à la rime. Précisons par ailleurs que le couple "étangs" et "vallées" du premier vers du poème baudelairien a de quoi faire songer au couple lamartinien "lac" et "vallon".
Il y a une ressemblance d'allure évidente entre le poème de Verlaine "Aspiration" et le poème de Baudelaire "Elévation". Le rapprochement des verbes à l'impératif du poème verlainien est sans doute plus frappant avec ceux du poème "Moesta et errabunda" qui, pour précision, figure déjà dans l'édition de 1857 des Fleurs du Mal, voire dans la présélection publiée en 1855 dans la Revue des deux mondes, mais les infinitifs sont également quelque peu présents dans "Elévation" et les compléments prépositionnels pour exprimer le dégagement face aux éléments de ce monde sont nettement parents de ce qu'exprime le encore jeune Verlaine dans "Elévation".
Avant d'effectuer des citations, j'essaie de poser le cadre de ce qui se joue. J'ai dit que le poème "Elévation" dont "Aspiration" effectue une reprise thématique précède la mention du sonnet "Les Correspondances" qui s'ouvre par une citation de Lamartine "La Nature est un temple..." et qui est un modèle de référence bien admis pour le sonnet "Voyelles", ce que renforce certaines allusions du "Sonnet des sept nombres" de Cabaner en hommage à Rimbaud. J'ai insisté sur l'anaphore "Là" du poème "L'Isolement" qui impliquait une reprise d'un motif développé dans un sonnet de Joachim du Bellay où il est question de l'Idée au sens platonicien, ce que Lamartine rend de manière moins emphatique avec la notion moins compromettante de l'idéal. Or, le poème de Verlaine de 1861 si manifestement inspiré de Baudelaire contient lui aussi l'anaphore en "Là", l'idée d'accéder à l'idéal (ce qui est évidemment présent dans "Elévation" de Baudelaire dans tous les cas), en plus de l'écho "vallée" pour "vallées" chez Baudelaire et "vallon" chez Lamartine, sans oublier la référence biblique à la vallée de larmes. Mais, là où on passe à un plan de lecture supérieur, c'est que, sans parler d'idées qui me viennent au sujet du poème "Larme" de Rimbaud, nous avons des indices forts d'une résonance possible avec le sonnet "Voyelles" dont il devient avec ce rapprochement de plus en plus clair que son principe est de résonner avec toute la tradition de poésie cosmique issue du modèle lamartinien initial.
Je ne sais pas encore s'il est bon de rapprocher le vers de Verlaine : "L'horizon est ridé comme un front de vieillard ;" du premier tercet de "Voyelles", mais j'observe que la rime "étranges"::"anges" est mobilisée pour un passage qui peut faire sens face à "Voyelles", tandis que, à la rime aussi chez Verlaine, le pluriel "mondes" suit à peine quelques vers plus loin avec le même sens cosmique que dans le cas du sonnet rimbaldien. Je relève bien évidemment l'importance du motif universel de la vibration avec pour Verlaine le verbe "vibre" conjugué à la rime quand Rimbaud emploie le néologisme de Gautier "vibrements". En fait de découverte d'un monde auquel on aspire, songeons par ailleurs à l'attaque avec anaphore en "C'est" de la première des "Ariettes oubliées" au début des Romances sans paroles, poème publié en mai 1872 dans la Renaissance littéraire et artistique, peu de temps après la composition de "Voyelles" par Rimbaud, "Voyelles" étant d'autant plus probablement une des compositions les plus récentes de Rimbaud aux yeux de Verlaine au début de 1872, que Rimbaud est éloigné de Paris depuis bientôt deux mois et ne lui a sans doute pas envoyé par lettres toutes ses dernières créations !
Le poème "Aspiration" n'exclut même pas le traitement parodique du thème avec son épigraphe "Des ailes ! Des ailes ! (Rückert)" qui n'est pas sans faire penser aux railleries banvilliennes des poésies du séminariste dans Un cœur sous une soutane.

Aspiration

Cette vallée est triste et grise : un froid brouillard
              Pèse sur elle ;
L'horizon est ridé comme un front de vieillard ;
              Oiseau, gazelle,
Prêtez-moi votre vol ; éclair, emportez-moi !
               Vite, bien vite,
Vers ces plaines du ciel où le printemps est roi,
               Et nous invite
A la fête éternelle, au concert éclatant
                Qui toujours vibre,
Et dont l'écho lointain, de mon cœur palpitant
                Trouble la fibre.
Là, rayonnent, sous l'œil de Dieu qui les bénit,
                 Des fleurs étranges,
Là, sont des arbres où gazouillent comme un nid
                  Des milliers d'anges ;
Là, tous les sons rêvés, là, toutes les splendeurs
                 Inabordables
Forment, par un hymen miraculeux, des chœurs
                 Inénarrables !
Là, des vaisseaux sans nombre, aux cordages de feu,
                 Fendent les ondes
D'un lac de diamant où se peint le ciel bleu
                 Avec les mondes ;
Là, dans les airs charmés, volèrent des odeurs
                Enchantereesses,
Enivrant à la fois les cerveaux et les coeurs
                De leurs caresses.
Des vierges, à la chair phosphorescente, aux yeux
                Dont l'orbe austère
Contient l'immensité sidérale des cieux
                Et du mystère,
Y baisent chastement, comme il sied aux péris,
                Le saint poète,
Qui voit tourbillonner des légions d'esprits
                Dessus sa tête.
L'âme, dans cet Eden, boit à flots l'idéal,
                Torrent splendide,
Qui tombe des hauts lieux et roule son cristal
                Sans une ride.
Ah ! pour me transporter dans ce septième ciel,
                 Moi, pauvre hère,
Moi, frêle fils d'Adam, cœur tout matériel,
                Loin de la terre,
Loin de ce monde impur où le fait chaque jour
                Détruit le rêve,
Où l'or remplace tout, la beauté, l'art, l'amour,
               Où ne se lève
Aucune gloire un peu pure que les siffleurs
               Ne la déflorent,
Où les artistes pour désarmer les railleurs
               Se déshonorent,
Loin de ce bagne où, hors le débauché qui dort,
               Tous sont infâmes,
Loin de tout ce qui vit, loin des hommes, encor
               Plus loin des femmes,
Aigle, au rêveur hardi, pour l'enlever au sol,
                Ouvre ton aile !
Eclair, emportez-moi ! Prêtez-moi votre vol,
                Oiseau, gazelle !

Je vous laisse vous-même vous reporter ensuite à la lecture de "Elévation", "Moesta et errabunda", "L'Isolement" et "Voyelles". J'aurais d'autres comparaisons intéressantes à signaler avec d'autres poèmes de Rimbaud et aussi, surtout pour la fin de "Aspiration", avec des passages en vers de Banville. Mais je vais m'arrêter là.

Ajoutons enfin le poème "Un soir d'octobre" daté du "10 octobre 1862". Ce poème fait partie des sonnets hétérométriques, c'est-à-dire qu'il est composé de deux vers différents qui alternent. L'alternance dans les tercets n'est pas toujours du même profil selon les poèmes. Je ne vais pas ici en parler en revenant sur "La Musique" de Baudelaire, "Au désir" de Sully Prudhomme, "Rêvé pour l'hiver" de Rimbaud et quelques autres du dix-septième ou du dix-neuvième siècle. Ce qui m'intéresse, c'est que le sonnet se termine par la rime "anges"::"étranges" et surtout que la fin "prunelles étranges" personnifie la saison elle-même, selon un principe non admis par la critique baudelairienne à ce que je sache mais que je prétends avoir mis à jour au sujet du couchant célébré en tant que femme dans "Le Balcon".

L'automne et le soleil couchant ! Je suis heureux !
            Du sang sur de la pourriture !
L'incendie au zénith ! La mort dans la nature !
            L'eau stagnante, l'homme fiévreux !

Oh ! c'est bien là ton heure et ta saison, poète
            Au cœur vide d'illusions,
Et que rongent les dents de rats des passions,
            Quel bon miroir, et quelle fête !

Que d'autres, des pédants, des niais ou des fous,
             Admirent le printemps et l'aube,
Ces deux pucelles-là, plus roses que leur robe ;

Moi, je t'aime, âpre automne, et te préfère à tous
             Les minois d'innocentes, d'anges,
Courtisane cruelle aux prunelles étranges.

L'influence de Baudelaire est assez évidente dans ce sonnet. Je précise toutefois que le rapprochement avec "Voyelles" ne consiste cette fois qu'à souligner la manière de chute en mentionnant des "yeux" qui sont une personnification d'un élément non humain, ce qui se retrouve dans "Voyelles" qu'on songe à identifier Dieu ou un élément lumineux du ciel. Quant au poème "Aspiration", il ne s'agit pas de le présenter comme une source que Rimbaud aurait nécessairement lue avant de composer "Voyelles", mais c'est un témoin accablant pour continuer de bien marquer que "Voyelles" est une reprise des principes lamartiniens de poésie cosmiques qui ont essaimé sur Hugo, Baudelaire et Verlaine et sur toute la poésie du dix-neuvième siècle. Il y a évidemment énormément d'enjeux à comprendre ce soubassement culturel de toute la poésie du dix-neuvième siècle pour en revenir à "Voyelles" en tant qu'il est une énième réplique de ce courant de visions poétiques, et une réplique qui n'est en rien fumiste, qui n'est en rien de l'ordre de la mesure parodique qu'on a tenté jusqu'ici d'accorder explicitement aux quatorze vers de Rimbaud !

lundi 19 juillet 2021

Le site blog étant moins fréquenté l'été, pourquoi pas une petite série de recensions métriques ?

Tout est dans le titre.
Avec l'actualité de deuil du Dictionnaire Rimbaud, je ne vais pas poursuivre dans l'immédiat ni une série de pointages des insuffisances sur les articles autour de l'Album zutique, ni parachever ma critique de l'ouvrage par une étude de synthèse sur les interprétations des poèmes. Je finirai cette recension à la fin de l'année toutefois.
Les autres années, l'été, la fréquentation du blog est moindre. En plus, je suis dans l'idée de rédiger sur le papier les articles qui concernent les sources dans Baudelaire, Mendès, Silvestre, Daudet et quelques autres pour des poèmes comme "Oraison du soir", "Les Chercheuses de poux", "Accroupissements", "L'étoile a pleuré rose...", "Voyelles", etc.
Je ne prévois pas non plus dans l'immédiat de rédiger des articles sur la Commune et la guerre franco-prussienne. Enfin, en 2022, je reprendrai sans doute l'étude poussée des textes en prose de Rimbaud, mais, pour l'instant, je les laisse encore un peu de côté.
Pour cet été, je vais me consacrer à un autre projet. Je vais faire la recension de divers ouvrages importants sur la versification. Je ne vis plus à proximité de la bibliothèque universitaire de Toulouse qui m'était bien commode (les habitants de Nice, Bruxelles, Montpellier, etc., n'ont pas à leur disposition une bibliothèque rimbaldienne fournie comme l'était celle de Toulouse). Je rendrai compte de livres que je possède : La Vieillesse d'Alexandre de Jacques Roubaud et Théorie du vers de Benoît de Cornulier. Il conviendra en parallèle de parler du livre d'Henri Meschonnic Critique du rythme, mais cela risque d'être compliqué dans ma situation actuelle. J'aurais aussi beaucoup aimé rendre compte en binôme de Critique du vers de Jean-Michel Gouvard et de L'Art poétique de Cornulier. Je possède en revanche le livre Le Meurtre d'Orphée de Jean-Pierre Bobillot. Je n'ai plus l'édition originale du livre L'Art de Rimbaud de Michel Murat (destruction par les eaux), ce qui m'agace profondément, mais j'ai l'édition remaniée et augmentée. Je souhaitais rendre compte aussi de l'article de Cornulier sur les décasyllabes de Verlaine et il y a certains articles divers dont je souhaite rendre compte.
En parallèle, j'envisage de citer des traités anciens, de donner à lire des extraits pour bien montrer quelles étaient les conceptions du vers et de la césure dans les siècles passés. J'aurais bien aimé rendre compte des publications de George Lote consultés à l'Université de Toulouse le Mirail, mais ce ne sera pas possible.
Enfin, je souhaite en parallèle faire des recensions des configurations de vers particulières à travers les siècles. Montrer par des listes d'exemples le caractère reconnaissable d'une métrique à l'époque de Villon, de Marot, de Ronsard, du Bellay, puis le mètre classique de Malherbe au début du dix-neuvième siècle, puis le mètre employé des années 1820 à 1860, puis le modèle parnassien, puis revenir sur ce qui est déjà pas mal balisé la révolution métrique à partir de Verlaine, Mallarmé et surtout Rimbaud, et poursuivre avec certaines mises au point sur ce qu'il se passe à la toute fin du dix-neuvième siècle, au-delà des seuls faits et gestes de Rimbaud et ses comparses.
Nous sommes encore dans une époque que dénonçait Roubaud en 1978 : la plupart des gens qui lisent de la poésie sont indifférents à la question du vers. Ils commenteront de la même façon un poème des Fleurs du Mal et un poème en prose des Flaques de verre, ou plus significativement encore, indifférents à l'idée de mesure du vers ils analyseront le rythme d'un poème de Verlaine ou Hugo comme on étudie le rythme du dernier Prix Goncourt. Roubaud dénonce cette étrangeté au début de son livre La Vieillesse d'Alexandre et parle de "surdité métrique".
Puis, si je parle d'évoquer aussi les travaux de Meschonnic, c'est que nous retrouvons dans Roubaud ces débats alors très prégnants faisant contraster les notions de vers et de poésie.
Les gens admirent la poésie en vers de Victor Hugo, de Charles Baudelaire, d'Arthur Rimbaud et de bien d'autres, mais écrire en vers comme eux l'ont fait est devenu un anachronisme, tandis que commenter une césure, une tournure des hémistiches, indispose (et non pas "insupporte") l'écrasante majorité du public, et du public universitaire ou littéraire même.
Or, le nœud que je veux affronter est le suivant : Rimbaud pratiquait la césure forcée dans les poèmes de 1872 qu'on a dits sans césures pendant tant de décennies. Même à l'école de Cornulier, il n'a jamais été dit que "Tête de faune" avait une seule césure et que les poèmes "Mémoire", "Qu'est-ce...", "Jeune ménage", "Juillet", "Conclusion" (de "Comédie de la soif"), "Tête de faune" avaient chacun une césure fixe. Toutefois, on le voit, dans le Dictionnaire Rimbaud de 2021, Cornulier commence à envisager cette thèse qui est en fait la mienne et depuis quelque temps. Or, je prétends également que certains indices invitent à penser que "Larme", "La Rivière de Cassis", "Michel et Christine" et "Est-elle almée ?..." offrent des vers de onze syllabes qui ont eux aussi une césure fixe, et elle serait après la quatrième syllabe.
Mais mon raisonnement n'est pas limpide à tout un chacun, et il va falloir que je trouve des moyens efficaces de les y amener, tout en sachant qu'ils ne m'écoutent pas plus de deux phrases.
J'ai de sacrées mises au point à faire. Mais il faut bien comprendre que si la métrique n'a aucune importance dans "Larme" pourquoi alors ne pas écrire directement un poème en prose ? Quelle sera la différence de nature entre la versification de "Larme" et un poème en prose, s'il n'y a rien d'autre à dire sur la versification que ses règles ne sont pas respectées. Ne pas respecter les règles de versification n'est pas une prouesse en soi.
Il y a d'autres zones du débat qui m'intéressent comme la question des quantités syllabiques dans les poèmes en prose de Rimbaud ou dans "Mouvement". Meschonnic, avec à sa suite Dessons, a donné un modèle d'analyse rythmique, exploité notamment par Claisse, mais ce modèle fait fi de l'histoire du vers et ne s'interroge pas sur l'hypothèse d'un Rimbaud qui donnerait à sa prose quelque chose de sa réflexion sur les quantités syllabiques dans le vers. Puis, le modèle fonctionne-t-il vraiment, n'aboutit-il pas parfois à des vérités de La Palice ? Le modèle meschonnicien est-il stable ou est-il destiné à se diluer dans la diversité des approches qui y recourront ? Je n'irai sans doute pas moi-même très loin dans la réflexion sur le modèle meschonnicien, je n'en fais plus un projet important dans ma vie, j'ai dû faire des choix, mais je sais que je suis à la croisée de réflexions essentielles sur l'étude de ce qui fait la spécificité du souffle poétique. Je vais en profiter un peu cet été, malgré les maux de tête qui ne me quittent pas.

vendredi 16 juillet 2021

1871-2021, un parallèle

Finalement, aussi improbable que cela puisse paraître de prime abord, il y a un parallèle à faire à 150 ans de distance entre l'année de la Commune 1871 et cette deuxième année d'épidémie de covid-19.
L'année terrible a commencé en 1870 avec la guerre franco-prussienne, la Commune a eu lieu en mars, avril et mai 1871, elle fut réprimée dans le sang avec un nombre considérable de morts, et l'amnistie des communards s'est bien sûr fait attendre encore plusieurs autres années. A partir de juin 1871, Rimbaud, comme les autres sympathisants de la Commune, devait se taire, et il devait supporter les insultes dans la presse. On avait un discours officiel qui plaignait les gens prétendument tués par la Commune (les otages et les militaires du 18 mars, à quoi on ajouta péniblement et anachroniquement le mouchard Vincenzini), mais pas le nombre autrement élevé de gens tués pendant la semaine sanglante, et même un Zola voyait dans les massacres de la répression une espèce de purge nécessaire.
Aujourd'hui, on vit dans une situation qui a quelque chose de comparable. Dans une situation d'urgence en 2020, des vaccins ont été créés. Ils ont eu une autorisation provisoire de mise sur le marché. Pas tous ! Géopolitiquement, le spoutnik V et le sinovax sont bloqués par l'essentiel des pays européens et d'Amérique du Nord. Dans un monde sans urgence sanitaire, il me semble qu'un vaccin doit mettre douze ans avant de pouvoir faire l'objet d'une politique de vaccination de grande ampleur. Ici, on met la pression pour une vaccination quasi obligatoire. Nous ne sommes pas à l'étape finale de l'autoritarisme où on courrait après les gens dans la rue en les attrapant dans un filet pour les vacciner de force et brutalement, même si certains ont cru malin de le suggérer dans les médias. Mais nous sommes à l'étape à peine antérieur à ce processus, étape autoritaire et éminemment perverse. Il faudra un "pass sanitaire" pour pouvoir bien vivre, utiliser les transports en commun, aller au restaurant, dans un café, au théâtre, etc. Peu s'en faut qu'on nous interdise d'aller acheter du pain, chers lecteurs des poésies de Rimbaud ou des Misérables de Victor Hugo.
En plus, il y a une censure de très haut niveau par internet (facebook, youtube, google, etc.) de l'entourage des gens qui peuvent témoigner avoir été victimes de la vaccination et bien sûr une censure prononcée de tous ceux qui critiquent la propagande vaccinale actuelle.

Il faut bien comprendre la situation. On rend obligatoire une vaccination à partir de produits nouveaux et même expérimentaux dont on ignore les nuisances possibles sur le corps humain. Il faut quand même songer que ce vaccin Pfizer / Moderna est administré à des femmes enceintes, et donc à des embryons. Depuis quelques jours, il est administré à des dizaines de milliers d'enfants de douze ans. Vous faites confiance à ce que vous disent les états, les grands laboratoires et les médias. Vous êtes au courant que ça existe les scandales sanitaires ? Ces vaccins ne sont pas des vaccins traditionnels. Seul le vaccin chinois relève d'une méthode traditionnelle, le sinovax, et c'est strictement le seul vaccin avec lequel je considère que je ne prendrais pas de trop gros risques à me faire vacciner. Les autres vaccins ont tous des technologies révolutionnaires. Astra Zeneca, vaccin vendu avec assurance au départ mais qui a déjà défrayé la chronique, le Jansen & Jansen et même le Spoutnik V utilisent une technique ADN. Le Spoutnik V a l'intérêt particulier sans doute d'avoir pu profiter précocement de rapports fournis par les chinois du virus. Mais, ce sont tous des vaccins expérimentaux. Quant à Pfizer / Moderna, il s'agit d'une technologie ARN. Or, le grand pionnier de la technologie thérapeutique ARN, Robert Malone, dénonce lui-même les dangers de ce vaccin et l'aberration de l'utiliser pour vacciner des enfants de douze ans. Il y a des risques de paralysie faciale, des cas de myocardites annoncés et aussi des dangers non encore écartés quand on étudie les cas de formation de lipides près des ovaires et de la moelle osseuse, avec l'idée supplémentaire que cela peut entraîner des risques à la procréation.
Rien de tout ça n'est sous contrôle. Evidemment, de manière amusante, on essaie de discréditer le professeur Malone en confondant dans les années quatre-vingt-dix les avancées sur la thérapie ARN avec la découverte même de l'ARN dans les années 60, ce qui ferait sourire si les manipulations n'avaient pas des implications aussi sordides.
Alors, certes, des infos contre le vaccin sont relayées par les complotistes et les savants eux-mêmes peuvent parfois relayer des infos sans vérifier d'où elles proviennent. Mais il y a quand même un problème qui se pose. On joue à la roulette russe avec les enfants, avec cette vaccination !
Il est vrai qu'avec quelques mois de recul on n'a pas des retours pleinement désastreux. Mais il faut comprendre aussi que les laboratoires, les états et les médias sont mouillés dans cette affaire. L'état d'Israël ou les Emirats Arabes Unis, ils ne vont pas donner des informations désastreuses sur la vaccination, puisqu'ils ont forcé leurs populations. Ils ont fait un choix, ils ne vont pas aller dire qu'ils se sont trompés. On peut penser que si la vaccination passe à la vitesse supérieure c'est que réellement les états et laboratoires se disent que les retours ne sont pas assez négatifs pour appréhender une révolte indignée des peuples. En plus, il y a un argument important. On se rappelle la maladie de la vache folle. Quand on a arrêté de vendre les produits suspects, des spécialistes annonçaient une catastrophe dans les décennies à venir, une bombe à retardement, mais celle-ci fut assez vite démentie, car si nous avions été assis sur une bombe à retardement on aurait constaté à tout le moins que les malades de la vache folle augmentaient. Non, on a constaté une diminution, et on voit bien aujourd'hui que la catastrophe que certains spécialistes annonçaient n'a pas lieu. Ici, les dégâts du vaccin Pfizer / Moderna ne sont pas assez spectaculaires pour alerter la population, on se dirige plutôt vers une sorte de "saloperie douce" qu'on nous injecte dans le corps.
Cette bataille gagnée par Big Pharma, prochaine épidémie, on rejouera à la roulette russe. La roulette russe, on peut gagner cinq fois, avant de perdre la sixième fois. Combien d'épidémies où on imposera du jour au lendemain la solution médicale de la veille pourra-t-on se permettre d'affronter ?
Les gens qui sont habitués à se vacciner (DT Polio), ils croient que la technologie ARN bénéficie mécaniquement du report de toute la recherche de sécurité des vaccins traditionnels ? On a un mot "vaccin" qui recouvre des réalités différentes. Il y a une inattention à un problème sémantique. Il y a aussi l'illusion du savoir-faire américain. On sait que dans le film Une journée particulière d'Ettore Scola on a ce discours déjà trompeur sur la technologie américaine pour gagner la guerre. Vous êtes au courant que les américains n'avaient pas un matériel de folie et qu'ils se battaient surtout contre des japonais qui n'avaient pas de chars ? Le décollage américain, c'est après la Seconde Guerre Mondiale. Oui, ils ont marché sur la Lune, mais en 1969. Ils font du cinéma, de la meilleure musique populaire que l'Europe, cas à part des anglais. Ils font de très bons westerns, mais heu ? ils font aussi de très bons cowboys, et ils vous font une loi du far west aux petits oignons ? Les guerres, c'est pas tant leur truc que ça, ils ne les gagnent pas si souvent qu'on ne le croit. Ils n'ont pas perdu qu'au Vietnam. En revanche, pour mentir et dominer commercialement le monde, ça ils sont très forts. Enfin, bref ! Qu'est-ce que vous en savez que le vaccin Pfizer / Moderna est efficace, plus efficace que les autres, et sans risque ? Qu'est-ce que vous en savez ?

La raison pour laquelle on vaccine les enfants est hallucinante. Autant on pourrait envisager une vaccination forcée des adultes à la condition sine qua non de ne pas toucher aux enfants et adolescents, histoire de faire repartir l'économie et de faire des adultes qui travaillent pour la jeunesse, autant là c'est hallucinant on demande aux enfants de se vacciner obligatoirement pour protéger par altruisme les adultes qui ne veulent pas se faire vacciner, puisque les vaccinés sont supposés ne pas avoir à craindre l'hospitalisation selon la propagande ambiante. Mais c'est hallucinant ! Comment peut-on admettre une logique pareille ?
En fait, on vaccine les enfants jusqu'à douze ans, bien sûr parce qu'il y a du fric à se faire, mais aussi parce que c'est plus facile d'obliger à se vacciner des personnes sur lesquelles d'autres exercent une autorité. C'est ça la vérité cynique du déroulement actuel de la campagne vaccinale.
C'est plus facile de faire un vaccin obligatoire pour les enfants que pour les adultes. Et ce n'est pas de la santé des enfants dont on se préoccupe, comprenez-le bien !
Ensuite, on prétend atteindre une immunité collective. Mais c'est de la blaque. L'épidémie est mondiale et on ne fermera pas les frontières. L'immunité collective, c'est un modèle hypothétique issu du monde vétérinaire qui ne s'applique pas aux êtres humains. L'immunité collective est théorisée mathématiquement dans un cadre spatial simple, avec l'idée essentielle que quelqu'un qui a été malade ne peut pas l'être une deuxième fois. En plus, la diffusion de la covid-19 implique les mains, la contamination d'objets, et pas seulement d'être humain à être humain. Pire encore, la théorie de l'immunité collective appliquée à l'homme ne se penche pas sur la question de la circulation du virus parmi les animaux. L'immunité collective par la vaccination obligatoire, c'est une utopie tant au plan national qu'au plan international.
Enfin, vu la saloperie qu'est le Pfizer / Moderna, il faut considérer deux autres faits majeurs. On n'a pas le droit d'accès au sinovax, pour des raisons géopolitiques et mercantiles. Il faudra aller se vacciner à l'étranger, revenir en France, et comme l'état refusera de considérer le vaccin comme valable pour le pass sanitaire il faudra porter plainte. Là, mécaniquement, la loi permettra enfin de reconnaître la validité du vaccin chinois, mais on sortira bien éprouvé du combat. L'autre fait majeur, c'est que si la maladie est sous contrôle et que les morts et les hospitalisations chutent grâce à des traitements l'état ne peut plus imposer le vaccin qui rapporte tant d'argent à tels et tels copains américains. Or, l'ivermectine est interdite depuis un an et demi. L'hydroxychloroquine est également interdite, et il n'y a aucune campagne d'envergure pour encourager à l'approche multimédicamenteuse face à la diversité des troubles causés par cette maladie. Je ne soutiens évidemment pas Raoult. Il s'est trompé au départ en disant que l'épidémie n'était rien, n'allait pas faire de dégâts en Europe, et il se vante sans arrêt d'être le meilleur tout en cherchant à s'inventer des excuses, par exemple s'il est vrai qu'il fut l'un des premiers à parler des variants, contre les médias au départ, il s'en est servi pour dire qu'il n'y avait pas de deuxième vague, mais une deuxième maladie, ce qui est absurde et contradictoire. Le variant fait partie de la même épidémie, et si Raoult prévoyait l'apparition de variants il n'avait aucune raison de dire qu'il n'y aurait qu'une vague et c'est tout. Le traitement par l'hydroxychloroquine et l'azithromycine n'est probablement pas aussi génial qu'il le prétend, et là encore dans les derniers jours il sert de caution antisystème au système en se disant favorable à la vaccination obligatoire des soignants. Je peux comprendre qu'il dise ça, que ce soit son avis, mais même en ce cas il doit accompagner son discours d'un rappel à l'ordre, en disant qu'on n'a pas privilégié la stratégie des traitements, et il devrait mettre en avant l'ivermectine interdite depuis un an et demi, fait scandaleux, par-dessus son traitement de cœur.
L'idée du pass sanitaire est évidemment perverse, puisque si on dit ne pas obliger les gens à se vacciner, on va leur pourrir la vie, rendre les tests payants dès octobre, et on aura tout un jeu pervers sur la bande, puisque, dans un bar, le serveur qui y travaille depuis dix ans on lui reprochera d'être non-vacciné et de servir des gens vaccinés ! Je pense que la fronde fera une situation différente, mais c'est ça qui est planifié avec un culot sans pareil ! Le pass sanitaire va être un formidable moyen de discrimination à l'embauche.
Ce qui me désole un peu, c'est de voir que le discours pour encourager à manifester contre l'obligation vaccinale et le pass sanitaire est envisagée uniquement comme un problème de liberté à se faire vacciner. Il est vrai que le pass sanitaire est la préfiguration d'un contrôle des libertés dans la population. Mais ce qui me fait tiquer, c'est d'entendre qu'on veut combattre l'obligation à se faire vacciner parce qu'on veut avoir la liberté de se faire vacciner. J'ai un peu peur que ce discours ne soit pas audible par ceux qui sont acquis à la vaccination. Bien sûr qu'il faut manifester et renverser l'obligation vaccinale et le pass sanitaire. Bien sûr que Merkel elle pense à juste titre à la mauvaise image qui colle aux allemands pour leur passé quand elle s'interdit de recourir à l'obligation vaccinale. Mais, moi, je ne suis pas hostile au simple fait d'une obligation vaccinale pour tous, mais c'est à condition que le vaccin ait été reconnu comme sûr en ayant passé des épreuves, c'est à condition qu'il y ait eu un débat public sur le vaccin, que tout ait été dit, déballé. C'est à condition qu'on ait pu éplucher de près les données biaisées des laboratoires. C'est à condition que les études sur les traitements et les vaccins n'aient pas été sous-staffées, voire inexistantes. Ici, on a des vaccins qui n'ont pas huit mois d'existence. Ils n'ont qu'une autorisation provisoire de mise sur le marché, et leur efficacité est plaidée par les seules données forcément publicitaires des laboratoires qui veulent les vendre. Des dangers sont signalés qui ne sont pas encore écartés. Ce n'est pas à la censure seule d'écarter les doutes sur le danger des vaccins ! Il faut quand même en être un peu conscients.
Bien sûr qu'il y a des antivaccins irrationnels et des complotistes, mais il ne faut pas exagérer. Cette obligation vaccinale, elle est fondée sur une quantité de vices considérable. Moi, je réclame mon droit à un vaccin traditionnel, je ne veux pas du Pfizer / Moderna, ni de l'Astra Zeneca, du Jansen & Jansen, ni même du Spoutnik V. Il est vrai que même un vaccin traditionnel, j'exigerai qu'il ait passé du temps de mise à l'épreuve.
En attendant, moi, si on veut ma mort sociale, on l'aura. Je ne veux pas du Pfizer / Moderna dans mon corps. C'est une saloperie douce dans le meilleur des cas. Je pense aussi que malgré les interdictions aux traitements, s'il y a moins de morts dans les hôpitaux, c'est parce qu'à force d'être confrontés à la maladie les médecins ont des approches affinées, des zones où ils exercent leurs compétences par des traitements appropriés. L'ivermectine, il y a longtemps que les études standardisées auraient dû être faites. Les études standardisées ne sont même pas faites, c'est quoi ce cirque ? On dirait de la critique rimbaldienne.
C'est inouï. Le dépistage il a été abandonné avant la fin du premier confinement en 2020. Mais on vit dans quelle farce ? Jusqu'où elle doit aller ? Fauci, il était contre les masques, et en France on ne pouvait pas avoir d'entreprises qui fabriquent du tant que faire se peut. C'est complètement ahurissant comme décisions politiques face à l'épidémie.
Enfin, sur l'origine du virus, on a décidé de minimiser à mort la coïncidence de l'émergence du premier confinement mondialisé à Wuhan, mais quand Fauci ose dire que s'attaquer à lui c'est s'attaquer à la science, il confond de manière tendancieuse l'enseignement objectif qu'on peut pourvoir à l'école et le débat scientifique. Fauci, la propagande vaccinale et le pass sanitaire, ce n'est pas la vérité scientifique, c'est une religion.
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Je vous explique un autre truc qui est en train de passer à la trappe. Même si vous voulez soutenir que le virus n'a pas été créé dans un laboratoire ou qu'on n'en saura jamais rien, il n'en est pas moins vrai que l'épidémie causée par ce virus est la preuve formelle et définitive qu'il faut interdire les études avec gain(s) de fonction(s) dans les laboratoires des coronavirus. Je ne sais pas moi, je vous pose la question ? Obama les avait interdit en 2014. Fauci les a réautorisés sous Trump en 2017. Au passage, vous voyez que sur le sujet Trump, l'antichinois, n'est pas aussi "clean" qu'il le prétend.
Les gains de fonctions, ce n'est pas aux scientifiques de décider, là pour cette fois, la décision elle est clairement politique. Oui ? Non ?

dimanche 11 juillet 2021

Cercle du Zutisme et Dictionnaire Rimbaud

Parlons de Cercle du Zutisme et non de cercle zutique : "Cercle du Zutisme" sent autrement mieux le persiflage. Savoir lire, c'est bien évidemment comprendre que "Cercle du Zutisme" est la formule littéraire des poètes, tandis que "cercle zutique" c'est ce qu'on écrit sur l'étiquette d'un tiroir de bibliothèque.
Le but est ici de rassembler des idées exprimées dans ce Dictionnaire Rimbaud qui offrent des visions que je trouve fausses, contestables ou hypothétiques au sujet du Cercle du Zutisme. Je me garderai de commenter des détails que je voudrais nuancer autrement, tant je peux estimer que certains passages contiennent en leur sémantique des éléments discutables. Je vais ne m'attacher qu'à des cas précis, bien concrets.

Dans le Dictionnaire Rimbaud de 2021, le dernier article s'intitule précisément "Zutisme". Il n'y a que deux entrées à la lettre Z, "Zanzibar" et "Zutisme". Cette dernière notice, nous la devons à la plume de Denis Saint-Amand. Elle s'étend en gros sur l'équivalent de quatre colonnes de la page 597 à la page 599, avec une demi-colonne de références bibliographiques en complément.
Dans la colonne de texte de gauche à la page 598, il est écrit ceci notamment :
Le Cercle est une réaction aux dîners des Vilains Bonshommes, auxquels les zutistes continuent à participer, mais qui sont trop parnassophiles à leurs yeux ; lassés de l'hégémonie et de la radicalité parnassiennes, désireux de prendre du bon temps et de se défouler, les membres du groupe se retrouvent en secret à partir d'octobre 1871 pour assumer leur hétérodoxie en vase clos, et encourager une logique soulographique.
Que les membres de ce Cercle soient "désireux de prendre du bon temps et de se défouler", c'est l'évidence même et c'est ce que j'ai écrit dans mes articles, en particulier celui qui est référencé dans les éléments bibliographiques : "Rimbaud Vilain Bonhomme et poète zutique (15 septembre 1871 - 7 juillet 1872)", Rimbaud vivant N°49, juin 2010. L'article "A propos de l'Album zutique" dans la revue Europe serait à citer également. Toutefois, dans mes articles, je mobilise l'idée de "défouloir" en critiquant cette opposition traditionnelle que les rimbaldiens font entre d'un côté les parnassiens et les réunions des Vilains Bonshommes, et de l'autre côté le Cercle du Zutisme, pardon le "cercle zutique" pour parler leur langue un peu aride. Et j'ajoutais une remarque qui a son importance. Le dîner des "Vilains Bonshommes" est mensuel, tandis que les réunions zutiques ne supposent pas de repas et sont quotidiennes ou peu s'en faut. Indifférent à mon argumentation, Saint-Amand, disciple de l'inénarrable Bourdieu en sociologie (et pourquoi pas Passeron, tant qu'on veut faire de la sociologie de haute volée ?), réarme cette opposition illusoire dans laquelle s'enferrent les rimbaldiens. On peut aller plus loin !
Donc, les membres du Cercle du Zutisme (c'est trop long à écrire, vivement que tout le monde se mette à l'anglais, c'est une langue qui utilise moins de signes pour dire la même chose) voudraient rompre avec l'ambiance parnassienne. Il y a qui déjà dans le Cercle du Zutisme ? Charles Cros ! Comme rupture littéraire avec le style parnassien, faudra repasser. Il y a un Jacquet, probablement Achille, parce que, selon une référence que j'ai malheureusement perdue depuis, un ouvrage d'époque lui attribue l'affectation de dire "Zut !" Jules et Achille Jacquet sont deux frères graveurs. Jules, qui est en même temps peintre, est né en 1841 et Achille est né en 1846, ce qui cadre avec les âges des différents membres du Cercle. Jules et Achille ont tous deux droit à une fiche biographique sur le site Wikipédia.



Ils font partie de la "bourgeoisie parisienne" au passage, d'après ce que je lis sur leurs fiches. Ils ont eu des prix de Rome tous les deux et ont donc effectué le séjour romain chacun à leur tour. Pensons à Manette Salomon des frères Goncourt. Jules s'est marié le 26 septembre 1871, vingt jours avant les débuts du Cercle du Zutisme. Achille a eu le grand prix de Rome de gravure au burin en 1870 même. En 1900, il a reçu la Légion d'honneur et il est devenu membre de l'académie des beaux-arts.
Après, l'idée qu'Achille disait "Zut !" comme un zutiste peut m'abuser. Peut-être que ce Jacquet est plutôt le peintre et illustrateur Gustave Jacquet né lui aussi en 1846 et qui a lui aussi sa page consacrée sur le site Wikipédia.


Avec le temps, j'ai oublié lequel de ces trois Jacquet a illustré des éditions des recueils des poésies de François Coppée, cette cible zutique de choix.
Dans le Cercle du Zutisme, nous trouvions également Léon Valade et Albert Mérat, tous deux en parfaite continuité avec l'esprit parnassien. Autant, Verlaine et Rimbaud s'aventurent dans de nouvelles voies esthétiques, autant Valade, Mérat et Cros demeurent des parnassiens à part entière.
Puis, il faut citer Camille Pelletan, qui écrivait dans l'organe hugolien Le Rappel à l'époque même de ses contributions zutiques, ce qui le rapprochait au passage de Glatigny. Pelletan est le fils d'Eugène Pelletan, ministre qui faisait partie du gouvernement de défense nationale, du gouvernement des Jules ! Et Camille Pelletan fera une carrière politique qu'on ne peut pas dire en-dehors des clous, même si la fiche Wikipédia le concernant contient quelques erreurs (la prétendue lecture du "Bateau ivre" fin septembre 1870).


En clair, et cela vaut même pour Rimbaud et Verlaine, où sont les preuves que les membres du Cercle du Zutisme voulaient rompre en visière avec l'esprit parnassien ? Certes, en 1876, avec les recalés du troisième volume du Parnasse contemporain, Charles Cros et les "dixains réalistes" cela sonne comme des opposants aux parnassiens, mais c'est un anachronisme d'appliquer rétrospectivement cette grille de lecture à la fin de l'année 1871.
Rimbaud a-t-il été hébergé par Banville avant ou après la mi-octobre et création du Cercle du Zutisme ? Et qu'est-ce que ça vaut cette idée de réagir contre les parnassiens en continuant de "participer" à leurs réunions comme si de rien n'était ? Je ne comprends pas le concept. En plus, leur réaction se ferait "en secret". Mais quelle est la logique dans tout ça ? Personnellement, je ne comprends rien à ces phrases que je cite de Saint-Amand : cela n'a ni queue ni tête.
Bref, quand Saint-Amand écrit : "réaction aux dîners des Vilains Bonshommes", "trop parnassophiles", "lassés de l'hégémonie", tout ça, c'est des vieilles lunes de la critique rimbaldienne qui sont répétées depuis soixante-dix ans sans aucun retour critique. Ce n'est pas tout. Il paraît que les membres du Cercle se réunissent "en secret". Comment dire ? Les membres sont divers, certains sont à nos yeux des inconnus (Miret, Jacquet et éventuellement un "JM"). En 1872, nous avons une avalanche de nouveaux noms qui sont mentionnés sur cet Album zutique. Enfin, sorti de Satory le 18 octobre 1871, Charles de Sivry a écrit sur les pages du précieux livre, mais dans ses témoignages ultérieurs il évoque les réunions d'un cercle du doigt partout dont lui n'aurait pas fait partie.
D'où vient cette affirmation que les réunions étaient faites en secret. Nous avons l'affirmation d'une opposition aux Vilains Bonshommes et aux parnassiens, puis l'affirmation de réunions secrètes. Mais où sont les preuves ? Où sont les documents qui permettent de dire cela ?
On remarque également un peu plus loin que Saint-Amand fragilise complètement les conclusions selon lesquelles les dernières contributions rimbaldiens ont eu lieu à la mi-novembre. L'expérience du Cercle du Zutisme a duré à peine un mois, c'est ça qu'il faut dire dans une notice, mais non on repasse à la vielle idée qui a cinquante ou soixante ans derrière elle que l'expérience a pu s'arrêter en mars 1872.
On aura droit tout de même au pari saint-amandien que l'expérience n'a pas dû passer "le cap de la nouvelle année". Il est fait ensuite état de contributions plus tardives, pas celles de environ mai 1872, mais celles de la fin de l'année 1872. Et je ne peux manquer d'épingler une nouvelle affirmation injustifiée :
En septembre 1872, à un moment où il préparait un voyage en Italie, Charles Cros prête l'Album à ces jeunes gens qui sont pour lui des compagnons de bohème : soit que le poète-inventeur les ait directement encouragés à combler les espaces laissés vides dans le manuscrit, soit qu'ils se soient eux-mêmes autorisés à le faire, [les nouveaux intervenants s'en donnent à cœur joie.]
Mais j'en ai marre, je vous jure, j'en ai marre... J'ai fait une conférence au colloque Les Saison de Rimbaud. Saint-Amand y était, même si dans les actes du colloque qui sont en train de paraître chez l'éditeur Herman(n), il n'y a pas d'article de lui. C'est simplement qu'il a souhaité publier le texte de son intervention ailleurs, ce qui est un peu loufoque, mais bon ! En tout cas, cet après-midi, c'était une table alignant plusieurs intervenants belges (j'en ai toujours la nationalité, même si je vis en France et que dans le fond je n'y attache pas d'importance), et donc il était présent et plutôt en bonne place pour entendre ma conférence. Et à la fin de ma conférence, plusieurs personnes ont approché de moi en disant en particulier qu'ils étaient bien d'accord avec mes arguments pour dire que l'Album appartenait bien à Valade et non à Cros à l'époque. Et c'est toujours pareil avec les rimbaldiens et avec Saint-Amand désormais. J'en ai marre ! J'en ai marre ! En plus, mon article est référencé dans la bibliographie du Dictionnaire Rimbaud de 2021. Mon article est donc supposé avoir été lu. Donc, voici un extrait de mon raisonnement que j'oppose à soixante-dix ans de passéisme sans réflexions. Je cite donc un extrait de l'article apparemment sorti en librairie le 9 juillet :
   Charles Cros a pu passer pour le détenteur de l’Album zutique, parce qu’une parente de Coquelin cadet, comédien qui récitait des monologues sur scène en se réclamant de [lui], avait hérité du document et a été la source de sa révélation publique lorsque cette parente a vendu cette précieuse surprise en 1932 au libraire Louis Enlart. Ajoutons à cela que Charles Cros était l’amant de Nina de Villard, qui tenait un salon avec un album où les invités pouvaient laisser une contribution, et surtout que Charles Cros, en 1868, faisait partie d’un cénacle au fonctionnement similaire nommé « Groupisme », « qui réunissait, entre autres, Valade, Mérat, Gustave Pradelle, Pelletan et les frères Cros[ ] », et pour lequel Pelletan souhaita la confection d’un même type d’album que tel autre qui avait eu une vie éphémère chez Henry Cros. Des albums de ce profil vont naturellement de pair avec des réunions littéraires et les frères Cros affectionnaient l’idée. Pourtant, tout indique que notre Album zutique était conservé initialement par Léon Valade. Voici les raisons justifiant cette hypothèse : Valade travaillait avec Mérat et Verlaine à l’Hôtel de Ville, où le précédent album semble avoir brûlé; la correspondance de l’été 1871 entre Verlaine, Blémont et Valade n’inclut pas Charles Cros (il est seulement question d’avoir des nouvelles des trois frères Cros dans la lettre à Blémont du 29 juillet); les contributions zutiques les plus nombreuses nous viennent de Rimbaud et de Valade; deux poèmes ajoutés en 1872 sont dédiés « À Léon Valade » (verso du feuillet 21, verso du feuillet 29); deux portraits de Valade et deux de son ami Mérat figurent dans l’Album; la parodie de Daudet par Verlaine Pantoum négligé a été citée par Valade dans La Renaissance littéraire et artistique, revue dans laquelle le poète bordelais a publié également le 21 juin 1872 Station d’omnibus aux Batignolles, qui s’inspire apparemment du dizain zutique État de siège? de Rimbaud, à quoi il faut ajouter la publication de quelques sonnets en vers d’une syllabe, de Valade, dans la Revue du monde nouveau. Valade semble avoir eu un accès permanent à l’Album zutique. Nous avons conservé des lettres à Valade de contributeurs zutiques de 1872, une de Germain Nouveau notamment. Il est décédé en juin 1883, Charles Cros en 1888, Coquelin cadet en 1909, et, si l’histoire de la transmission de l’Album zutique jusqu’à Coquelin cadet n’a jamais été élucidée, sa possession par Charles Cros n’a elle-même jamais été établie. Verlaine a peu contribué au livre « zutique », Valade beaucoup, mais tous deux ont joué un rôle plus important dans la genèse et le développement de cet album manuscrit farci de parodies obscènes que Charles Cros.
En fait, il ne faut pas raisonner, on est un bon bourgeois cultivé quand on répète depuis soixante-dix ans ce que Pascal Pia et d'autres ont pu commencer à dire. On écrit des articles, mais on revient aux conclusions de départ. C'est original comme conception des choses. Après, on m'en veut, il faudrait que je trouve du bon à prendre dans le travail de chacun des contributeurs de ce Dictionnaire Rimbaud. Dire les conclusions sur l'Album zutique de 1972, il n'y a pas besoin d'un universitaire pour faire ça. On va m'en vouloir de ne pas lire les bonnes idées dans les articles des autres, mais mes argumentations elles passent à la trappe, sauf que quand je les formule et qu'on les lit on ne sait pas quoi pas me répondre, ou on constate à tout le moins qu'il y a un lièvre de soulevé. Mais, la mémoire immédiate tournant, le jour d'après, on repart sur les vieilles lunes. Ah non, hein ! après les chaussettes mises le matin, nous, on va de l'avant, on ne revient pas sur nos idées, on trace tout droit en chaussettes.
Tout ceci nous promet du lourd en ce qui concerne la maîtrise de l'analyse sociologique du Cercle du Zutisme, j'en reparlerai dans quelque temps.

mardi 6 juillet 2021

Zutisme !

Je l'ai annoncé. Avant de clore ma série de recensions au sujet du Dictionnaire Rimbaud de 2021, je veux me libérer un peu de la charge que représentent les cas de l'Album zutique et de la métrique. Je vais y travailler à partir d'aujourd'hui au sujet de l'Album zutique en profitant de la comparaison avec mon article en cours de publication dans le volume Les Saisons de Rimbaud.
Je vais éviter de parler du livre de Bernard Teyssèdre, je vais parler du reste aujourd'hui sur l'Album zutique. J'ai publié au départ trois articles fondamentaux et en prime il y a eu les révélations alors inédites faites dans l'édition de La Pléiade en 2009. C'est dans l'édition de La Pléiade en 2009 des Œuvres complètes d'Arthur Rimbaud qu'on apprenait que j'avais identifié les sources des poèmes zutiques "Vieux de la vieille" et "Hypotyposes saturniennes ex Belmontet". On apprenait aussi dans ces notes, et toujours par mon intermédiaire, que "L'Angelot maudit" s'inspirait et faisait même allusion au poème de Verlaine "L'Heure du berger" du recueil Poèmes saturniens ou que le monostiche attribué à Ricard avait une formulation proche d'au moins un passage des recueils de la cible concernée, dossier qui en réalité peut s'étoffer.
J'avais en réalité un dossier conséquent de découvertes. J'ai donc publié en 2009 et 2010 trois articles dans des revues différentes. Il y a eu un article dans la revue Europe, un autre dans la revue Rimbaud vivant et bien sûr l'article sur Belmontet dans le numéro même de la revue Histoires littéraires où fut dévoilée publiquement la prétendue photographie du Coin de table à Aden. C'est aussi à cette époque où pour d'autres raisons j'ai cessé de publier dans la revue Parade sauvage, mais il n'y avait pas encore de rupture, puisque des articles étaient prévus pour la publication avec même des versions remaniées, revues, c'est simplement que ce n'est pas allé à terme. En plus, j'ai publié à la même époque deux articles supplémentaires sur l'Album zutique dans le volume collectif La Poésie jubilatoire qui mobilisait pour l'essentiel l'équipe de la revue Parade sauvage. Mais un événement m'avait surpris, sans revenir sur l'étrange présence de Teyssèdre bien installé en face de moi dans le volume La Poésie jubilatoire. En plein conflit autour de la photographie du Coin de table à Aden, la revue Parade sauvage dont la fin de volume est souvent consacrée à des comptes rendus de publications rimbaldiennes diverses avait publié une recension par Bertrand Degott de tous les articles parus dans la revue Europe, en omettant un seul nom de contributeur, le mien. J'ai demandé des explications à l'intéressé et à la revue qui ne m'ont jamais été fournies. Puis, un article d'Alain Chevrier a été publié dans la revue Parade sauvage où il développait l'idée que j'avais avancée dans la revue Europe que l'article de Verlaine sur Barbey d'Aurevilly en 1865 avec des citations à la clef d'Amédée Pommier était sans doute (avec le sonnet "Le Martyre de saint Labre" avais-je ajouté) à l'origine des sonnets en vers d'une syllabe parus dans l'Album zutique. Le livre de Chevrier sur la "contrainte monosyllabique" avait bien évidemment recensé les poèmes en vers d'une syllabe antérieurs à ceux de l'Album zutique et une influence était automatiquement envisagée sur les poèmes de Rimbaud et Verlaine des sonnets en vers d'une syllabe de Rességuier et Daudet ou des folies de Pommier, mais c'était une idée minimaliste. Rimbaud et Verlaine avaient fait des poèmes en vers d'une syllabe parce que d'autres en avaient fait avant eux. Le rapprochement s'en tenait là, et surtout Chevrier n'avait pas du tout cité l'article de Verlaine de 1865. J'ai demandé des explications une nouvelle fois, que je n'ai toujours pas eues.
Puis, après le livre de Teyssèdre, après le livre collectif La Poésie jubilatoire, après ces événements du côté de la revue Parade sauvage, il me fallut encore constater que l'Album zutique étant bien remis à la mode, mais essentiellement par mon fait, un volume en Livre de poche réunissant l'Album zutique aux Dixains réalistes fut écrit par Denis de Saint-Amand et Daniel Grojnowski. Ce dernier avait écrit un volume La Muse parodique, donc il était tout désigné pour cet ouvrage, mais j'ignorais alors qui était Denis de Saint-Amand. Or, Saint-Amand a publié un livre aux Editions Classiques Garnier intitulé Sociologie du Zutisme qui applique des méthodes de Bourdieu à l'analyse d'un cercle littéraire et ce livre est précédé d'une préface nous expliquant que jamais une entreprise aussi ambitieuse n'avait été tentée au sujet de l'Album zutique. Je possède ce livre, même si je ne l'ai pas encore lu, mais Saint-Amand était présent au colloque "Les Saisons de Rimbaud". Si le volume des actes du colloque ne contient pas son article, c'est qu'il a voulu le garder pour une autre publication. Et dans le Dictionnaire Rimbaud de 2021, suite à certaines entrées traitées par Benoît de Cornulier, mon article (toujours à paraître à l'heure actuelle) a été référencé dans la bibliographie de fin d'ouvrage.
Je vais donc comparer mon travail et les différents articles sur l'Album zutique du Dictionnaire Rimbaud des éditions Classiques Garnier.
Je fais déjà remarquer une chose. Saint-Amand a publié un livre Sociologie du Zutisme, il a commenté et annoté l'Album zutique dans le Livre de poche et enfin il a publié plusieurs entrées du Dictionnaire Rimbaud de 2021 qui portent donc sur le même sujet du "Zutisme". Pourtant, qui peut me citer un commentaire neuf et inédit d'un poème zutique par Saint-Amand ? Qui peut me citer une source qu'il aurait mise à jour ? Il reste alors cette question de "sociologie" que je vais mettre à son tour à l'épreuve. J'ajoute à cela une autre remarque. Saint-Amand a publié un livre qui s'intitule Sociologie du Zutisme et il a publié un article intitulé "Zutisme" dans le Dictionnaire Rimbaud. En revanche, j'ai dû me battre pour imposer la mention "Cercle du Zutisme" dans mes articles du volume collectif La Poésie jubilatoire et dans le prochain volume Les Saisons de Rimbaud j'ai constaté que cette leçon avait été systématiquement ramenée à la forme "cercle zutique".
Il n'y a pas un petit problème quelque part ? La mention "Cercle du Zutisme" figure en toutes lettres au début manuscrit de l'Album zutique. Elle n'est pas de l'écriture de Rimbaud, mais il l'a lue et ne l'a pas contestée. En fait, Pascal Pia et les rimbaldiens nés dans les années quarante, cinquante, soixante peut-être, imposent la norme "cercle zutique", comme si "Cercle du Zutisme" n'était pas du français correct. Moi, je veux bien que les gens nés dans les années quarante et cinquante aient une meilleure maîtrise de la langue que les gens nés dans les années soixante-dix et quatre-vingt. C'est un fait, et un fait qui ne va d'ailleurs qu'en empirant. Et on sait très bien que les articles de moi, de Christophe Bataillé, de Philippe Rocher vont souffrir de la comparaison avec les articles de générations qui ont vécu dans un moule d'apprentissage scolaire plus rigoureux et plus porté sur la maîtrise de la langue. La génération des années soixante-dix brille par ses capacités d'analyse hors-normes, mais pas par le style. Quand il rend compte sur son site du Dictionnaire Rimbaud, malgré les éloges, Alain Bardel né dans les années quarante ne manque pas de tacler la manière d'écrire d'Adrien Cavallaro qui doit être né à peu près dans les années quatre-vingt, sinon au début des années quatre-vingt-dix. Mais "Cercle du Zutisme", c'est une expression des contemporains de Rimbaud ! Et quand j'écris "Les Contemplations d'Hugo", et qu'on me corrige avec la forme "Les Contemplations de Hugo", si je vais contre un usage qui ne concerne que le grand poète romantique, je rappelle quand même des faits élémentaires. Hugo n'est pas d'origine allemande. Quand un enfant français se prénomme Hugo, on fait la liaison : "les devoirs d'Hugo". Je sais de quoi je parle, j'ai fait assez d'années dans l'enseignement pour m'en apercevoir. Mais, surtout, prenez les volumes collectifs du Parnasse contemporain, vous avez parfois des hommages au grand romantique, et je peux en citer un au moins de Philoxène Boyer qui dans ses alexandrins effectue la liaison "d'Hugo". Les gens du dix-neuvième siècle écrivaient-ils moins bien que les gens nés dans les années quarante et cinquante du vingtième siècle ? Parmi les membres de l'autoproclamé "Cercle du Zutisme", il y a Rimbaud, il y a Verlaine. En clair, deux des quatre ou six plus grands poètes français du dix-neuvième siècle. Il y a aussi Charles Cros qui n'est pas n'importe qui. Il y a Albert Mérat, reconnu en son temps. Il y a même Germain Nouveau qui a eu les honneurs d'une publication dans les collections de La Pléiade, et on peut citer encore les mentions de Richepin et Bourget.
Sans même s'en tenir aux gens nés dans les années quarante et cinquante, qui sont les grands poètes contemporains de l'enfance des vieux critiques rimbaldiens actuels ? Il y en a, mais la raréfaction était déjà bien avancée. Quels poètes ayant composé dans les années cinquante et soixante vont traverser les siècles ? Quels poètes ayant composé dans les années soixante-dix ? Et ainsi de suite. Nous avons quarante à soixante-dix ans de recul, non ? Où sont les grands romanciers français depuis le milieu des années soixante ? Qui va laisser un nom ? On a quarante ans à cinquante ans de recul, là encore, non ? En tout cas, il y a un usage qui tend à s'imposer : ne dites pas "Cercle du Zutisme", mais dites "cercle zutique". Mais ça vient d'où, cet usage ? On a découvert un Album zutique, alors pour le cercle on va dire "cercle zutique", et comme personne n'a fait l'effort de se servir de l'expression "Cercle du Zutisme", l'affaire est entendue. En-dehors de "cercle zutique", point de salut ! En revanche, l'emploi solitaire de Zutisme, pas de problème, ou mettre "zutisme" dans un complément d'un autre nom "Sociologie du Zutisme", pas de problème non plus. Mais "Cercle du Zutisme" ! Fi ! quelle hérésie ! Mais, ce qui a été écrit par les poètes concernés, c'est bien "Cercle du Zutisme", tandis que l'expression "cercle zutique" n'est tout simplement pas attestée (à moins que dix ans après, du côté de Charles Cros en 1883, mais je n'ai pas étudié la question). Et vu que le délire de nos poètes farceurs est parti sur l'expression "cercle du doigt partout", on peut même se demander si Rimbaud n'a pas prononcé quasi exclusivement "Cercle du Zutisme" et quasi jamais ou peut-être même jamais "cercle zutique". Mais, non, c'est l'usage formé dans les années 1940 et 1950 qui fait loi. Et pourquoi une expression devrait-elle faire loi ? Qu'est-ce que c'est que ce cirque ? Pour moi, la résonance n'est pas la même quand on emploie "Cercle du Zutisme" et "cercle zutique", parce que "cercle zutique" c'est tout neutre, c'est du tout bon pour l'école structuraliste, c'est du sans-vie. Je trouve ça impressionnant. On va lire la transcription de l'Album zutique : alors, prière d'éteindre son cerveau et de refuser toute impression à la lecture face au syntagme "Cercle du Zutisme". Est-ce un barbarisme ? Et dans la littérature l'expression choisie ne fait-elle pas sens en tant que telle ?
Qu'est-ce que c'est que ces blocages complètement insensés ?
Si la Littérature ne vit plus aujourd'hui, ce n'est pas par les assauts combinés du relâchement ("au final", "étude randomisée", "ça m'insupporte !") et de la rigidité froide protocolaire (cercle zutique, jargon, langue neutre et "observationnelle", etc.) ? Et les générations des années 1940 et 1950 n'étaient-elles pas prises dans un déclin qu'elles n'ont pas arrangé avec le problème de médiocre formation des générations qui leur succèdent ?

La suite au prochain numéro...

lundi 5 juillet 2021

Du sans intérêt, mais pour passer le temps, l'article "Portraits photographiques" du Dictionnaire Rimbaud 2021

Une bafouille qu'on peut laisser à son monde sans importance. Extraits cités de l'article mis en rouge.

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 PORTRAITS PHOTOGRAPHIQUES (Alsquith)

Depuis la mort de Rimbaud, les photographies du poète ont toujours été des objets de fascination, comme en a témoigné la découverte de celle qu’on a pu tenir pour la dernière d’entre elles, en 2008.

Première phrase peu claire. La photographie du Coin de table à Aden a fait parler d'elle dans les médias en 2009 ou en 2010. Mais il faut que le lecteur réagisse rapidement déjà pour comprendre de quelle photographie on parle, article trop allusif. Puis, la formulation "celle qu'on a pu tenir" est un peu ambiguë. Elle ne dit pas clairement qu'elle est tombée.
Ensuite, on a un commentaire où systématiquement les références renvoient à Lefrère pour les différentes photographies faites en France (enfance et adolescence du poète).

(Lefrère 2001 : 46)
(Lefrère 2001 : 209)
Selon Lefrère, cette photo aurait pu être prise un ou deux ans avant l’introduction de Rimbaud dans le monde littéraire à Paris, voire par un photographe à Charleville. Certains indices soutiennent cette thèse
(Lefrère 2001 : 349)
(Lefrère 2001 : 384).

D’autres photographies témoignent de la période où Rimbaud vécut en Afrique, en Éthiopie, et au Yémen. Il reste notamment trois autoportraits que Rimbaud envoya à sa famille de Harar.
Là, dans ces deux phrases, on a un truc un peu confus. L'article s'appelle non pas "Photographies", mais "portraits photographiques". Donc, dans "D'autres photographies", on est invités à comprendre celles qui sont autant de témoignages du visage de Rimbaud. L'astuce, c'est que le Yémen est mis en avant, alors que les trois photos à Harar sont toutes africaines. Il n'existe aucun portrait photographique de Rimbaud au Yémen.

La photographie de la partie de chasse, plébiscitée vers 1998, n'est que présumée, tandis que celle du Coin de table à Aden est tombée, il n'y a aucune photographie yéménite connue de Rimbaud.
Lefrère est à nouveau cité par-dessus tout au sujet des photographies au Harar (le pote Dubar est mentionné également dans cet article).
Lefrère y voit «un vrai portrait de bagnard, à la tristesse accablante – l’image de la résignation» et note que «Claudel trouvait terrible cette photographie “où on le voit tout noir, les pieds et la tête nus, en costume comme de forçat, les pieds nus aux rives de ce fleuves d’Abyssinie”» (Lefrère 2001 : 860-861).

On a le témoignage personnel de Lefrère qui est mis à côté de celui de Claudel, puis on a l'information que ça vient du livre de Lefrère. Tout se passe comme si on admirait à la fois Lefrère pour sa biographie et pour ce qu'il gambergeait.

On redécouvre Rimbaud en colonial dans un portrait de groupe retrouvé par Arnaud Delas, directeur d’une galerie parisienne, dans un lot de photographies des années 1880 (découverte rendue publique en 1998). Elle porte la légende manuscrite «Environs d’Aden. Avant le déjeuner à Sheick Otman» et montre un groupe de six hommes, trois assis au premier rang et les autres debout au deuxième rang, habillés en costume blanc – à part l’homme assis au milieu – et portant des fusils de chasse. Ils posent devant la maison de maître d’Hassan Ah, un notable d’Aden.

Lefrère est tenu à l'écart pour la photographie de la partie de chasse. Il est vrai que c'est plutôt Jeancolas qui a fait la promotion de cette ineptie. Mais rien n'est dit sur les doutes qui peuvent entourer cette photographie dans cet article.

Je cite enfin le dernier paragraphe :

En 2008, une nouvelle photo fut découverte par deux libraires, Alban Caussé et Jacques Desse, dans une brocante parmi un lot de photographies
d’Aden. Elle montre un groupe de gens assemblés sur le perron d’une maison et porte au dos le nom « l’Hôtel de l’Univers», lieu où Rimbaud vécut, peut-être en convalescent, au début de son séjour à Aden. Le groupe comprend sept personnes (six hommes et une femme) qui ont l’air assez détendues : un homme semble même habillé en pyjama. Cinq se reposent sur des chaises, dont l’homme à la tête familière. Un débat concernant l’authenticité de la photo a suivi sa présentation au Salon du livre ancien en 2010. Son attribution est aujourd’hui vivement contestée (Bienvenu 2015).

L'article se finit sur le cas de cette seule photographie. De nouveau, Lefrère n'est pas cité, ce qui est plus étonnant que pour la photographie précédente.
L'article se finit sur une référence à un article de Jacques Bienvenu qui se trouve dans la bibliographie qui suit, mais l'article pose un problème de lecture : "une nouvelle photo fut découverte... parmi un lot de photographies." (Authentique !) Heu ? ça veut dire quoi ?

Et ça veut dire quoi : "son attribution est aujourd'hui vivement contestée" ?
Vaillant, Alsquith et les autres, ils n'ont pas d'avis sur la question ? Tous ces gens se sont tus pendant la polémique. Ici, on admirera un article qui est écrit de telle façon qu'on peut croire qu'ils avalisent le fait que la photographie est tombée, sauf qu'ils ne le disent jamais franchement. C'est-il pas loufoque ? Je me doute que le français n'est pas la langue maternelle de Nicole Alsquith, mais quand même... On peut mieux rédiger que ça.

Au passage, l'idée du gars en pyjama, plutôt absurde, ce n'est pas du Lefrère ? On rend hommage aux "bons mots" de Lefrère ? Pour ce qui est des "bons mots", nous ne devons pas avoir les mêmes valeurs.
Notez cette autre ambiguïté : "l'homme à la tête familière" ? Le gars dont on a dit qu'il ressemblait à Rimbaud n'a jamais ressemblé à Rimbaud.
Et puis cette autre formulation ambiguë est à relever : "Un débat concernant l'authenticité de la photo..." Heu ? ça veut dire quoi "l'authenticité de la photo" ? Le débat est de savoir si c'est Rimbaud ou non sur la photographie, pas de savoir si la photographie peut être datée ou non d'époque et du lieu.
Enfin, l'article de Bienvenu mis dans les références bibliographiques ne résume pas du tout le débat et n'est pas l'article qui a fait tomber la photographie ! Le truc de Brice Poreau, ça vient après. Ce qui a fait tomber la photographie, c'est les identifications successives de Lucereau et Dutrieux (dont pas un mot n'est dit ici).
Bref !
Sur mon CV, je vais pouvoir écrire : "N'a contribué en aucune façon à l'écriture du Dictionnaire Rimbaud 2021."
Tous ceux qui en diront du bien, c'est uniquement diplomatique et par politique politicienne. Vous voyez bien que ce livre ne vaut rien, mais rien du tout.