Sur son site Arthur Rimbaud, le poète, Bardel vient de fournir le lien vers un podcast sur le domaine internet Youtube où on peut suivre un enregistrement audio de la rencontre entre Bardel et Cavallaro à la librairie Ombres blanches. Il s'agit d'une, entre gros guillemets, vidéo d'une heure dix-huit minutes. Il y a un début un peu chaotique et répétitif : une voix féminine annonce ce qu'on va voir et présente lacunairement les deux intervenants, puis nous passons à l'enregistrement de la rencontre même avec une voix masculine qui refait les mêmes présentations lacunaires, puis nous arrivons enfin à la rencontre elle-même où l'animatrice Marine Le Bail refait les présentations mais en moins lacunaires.
La voix masculine introduit les intervenants comme des "spécialistes" de Rimbaud, mais on verra que lors des questions du public dans la salle Cavallaro ne pourra rien dire au sujet du sens du sonnet "Voyelles", ce' sur quoi nous reviendrons plus bas dans ce compte rendu. On apprend aussi par cette voix masculine, sinon par celle de l'animatrice, je ne sais plus, que cette rencontre est à l'initiative d'Alain Bardel, même si les deux "conférenciers" sont mis sur un pied d'égalité, l'un étant invité pour son édition en deux tomes des OEuvres complètes en Folio Classique, et l'autre pour son essai critique Les Illuminations ou Rimbaud l'Obscur il y a déjà plus d'un an. L'intérêt de cette rencontre, c'est pour moi de voir ce qui va se dire sur la prétendue originalité de l'édition de Cavallaro qui est si fortement mise en avant dans l'appareil promotionnel qui se fait autour. J'attendais aussi les intervenants au tournant. Je voulais savoir si Cavallaro et Bardel parleraient de la coquille "outils" pour "autels", du déchiffrement "ou daines" que Cavallaro corrompt en "de daines", s'il allait être question de la pagination des manuscrits des Illuminations comme allographe ou autographe, s'il allait être question des lignes farfelues qui sont éditées avec les poèmes en prose, s'il allait être question aussi d'une justification par Cavallaro de ses choix éditoriaux dans l'ordre des poèmes. En une heure de temps, il ne sera jamais question directement de ces points, même quand à certains moments il serait naturel d'en parler.
Ce n'est donc pas le contenu audio que j'attendais pour pouvoir faire une mise au point. Ceci dit, la rencontre n'en est pas moins révélatrice de certains travers. Et il y a notamment un point qui me chagrine et qui devait chagriner les toulousains présents dans la salle qui ont rarement l'occasion comme à Paris d'une telle rencontre d'éditeurs de Rimbaud, c'est le manque de générosité à leur égard. On va en reparler.
La première question est intime, comment en être venu à vouloir éditer Rimbaud, et c'est Alain Bardel qui y répond le mieux. Avec sa voix chevrotante, il commence certes assez mal : "ce que je vais dire est absolument non-romantique", il parle de son expérience dans le milieu enseignant qui est à l'origine de son site internet, mais j'ai évidemment bien aimé la partie originale sur sa rencontre, puis ses échanges avec Antoine Fongaro, même si j'ai un peu tiqué sur la chronologie. Bardel a commencé son site sur Rimbaud au début du troisième millénaire, vers 2003 je dirais, tandis que Fongaro n'était plus enseignant à l'Université de Toulouse le Mirail depuis au moins juin 1994. Et il ne vivait plus à Toulouse, mais en Italie. Mais, peu importe. Bardel a appris de Fongaro à étudier tous les détails du texte et il rapporte le propos excessif de celui-ci qui disait que ce n'était pas la peine de parler du sens d'ensemble d'un poème si on n'en maîtrisait pas tous les détails. Cette idée va être importante pour l'ensemble de l'échange Bardel-Cavallaro qui plus est.
Mais, d'emblée, Bardel revient à ce qu'il veut dire en trois mots : il vante le fait d'être au plus près du texte et de consulter les fac-similés et il ne peut s'empêcher de saluer l'édition de Cavallaro en la vantant d'être plus riche en commentaires que celle de la Pléiade et il va la vanter aussi plus tard pour l'établissement du texte, mais sans dire en quoi Cavallaro a apporté quoi que ce soit de personnel. Plus précisément, Bardel va saluer Cavallaro pour l'établissement du texte des Illuminations à partir des manuscrits, ce qui n'a aucun sens ! Cavallaro a introduit des lignes farfelues, il établit le texte comme l'ont fait ses prédécesseurs. L'article "Les" revenu dans le titre l'est déjà avec Bardel ou l'édition de Frémy, Scepi, et c'est venu d'un article de Steve Murphy en 2004. Bardel parle des difficultés d'établissement du texte des manuscrits, mais le grand sujet c'est "Jeunesse II Sonnet". C'est le poème par excellence de Rimbaud que personne n'arrive à éditer, non ? Cavallaro y a-t-il réussi ? N'oublions pas que Cavallaro fait n'importe quoi avec les alinéas de "Nocturne vulgaire" et de "Marine" ? Mais tous ces détails nous ne les aurons pas pendant l'entretien. On est simplement priés de croire sur la foi de Bardel que l'édition de Cavallaro est utile même aux rimbaldiens chevronnés (vous voulez que je témoigne ?) et que l'établissement du texte vient de lui (mais en quoi ?). A d'autres reprises, l'animatrice redit que c'est la première fois que nous avons les oeuvres complètes de Rimbaud au format de poche. Mais c'est faux ! Outre que personne ne mentionne l'oubli d'au moins "Poison perdu", les éditions complètes existent en GF avec Steinmetz, au Livre de poche avec Brunel, et l'ancienne édition de Forestier n'était pas tout à fait incomplète. L'édition initiale de Steinmetz était en trois volumes, mais elle a été refondue en un seul, celle de Brunel existe en un seul volume dans la collection La Pochothèque, et de toute façon celle de Cavallaro est en deux tomes. Pourquoi on nous rebat les oreilles avec l'idée que Cavallaro publie la première édition des oeuvres complètes au format de poche ? Et pourquoi on lui attribue des mises au point décisives sur l'établissement des textes ? Je veux des faits, ce n'est pas trop demander. D'ailleurs, au cours de l'entretien, Cavallaro lui-même a un moment d'arrêt quand il dit que son principe de publier tous les textes, toutes les versions est déjà pratiqué avant lui, il précise que c'est déjà ce qu'ont fait des éditions savantes, sauf que les éditions de Steinmetz et Brunel à tout le moins sont des éditions courantes au format de poche. Maintenant, la réponse de Cavallaro à la première question nous apprend ce qu'il s'est passé. Cavallaro voulait proposer une édition des seuls textes en prose, mais l'éditeur a fini par consentir à une édition reprenant tout. Et là, Cavallaro aurait surpris la maisonnée Folio en parlant d'éditeur toutes les versions et de faire des oeuvres complètes. Bref, il n'y a que l'équipe de l'édition Folio qui a cru qu'il y avait un bouleversement majeur... Ils ne sont pas au courant de ce qui se fait au Livre de poche ou en Garniert-Flammarion. Cavallaro les fait passer pour des gens peu sérieux.
On remarque que du coup Cavallaro n'a pas pu s'en tenir à son projet, mais la publication de l'oeuvre en vers est devenue étrangement le prétexte pour prétendre à une première édition des oeuvres complètes au format de poche, ce qui est faux, le prétexte aussi à une pensée éditoriale neuve où on publie toutes les versions (ce qui est faux) et à cause de cela on a droit à une édition où les textes sont rangés n'importe comment : "lettre de Charles d'Orléans" au milieu des poésies en vers, "Tête de faune" devant les contributions zutiques, "Les Corbeaux", "Les Mains de Jeanne-Marie" traités comme des queues de comète dans le deuxième tome. Notons que lors de cette rencontre, Cavallaro assimile clairement "Voyelles" à une composition de l'année 1871 ! Drôle de spécialiste, drôle d'expert du classement chronologique des textes, drôle de champion de l'édition !
On arrive alors au débat sur le problème de transmission et d'établissement des textes, débat déjà ancien dont quelque part l'édition en Garnier-Flammarion de Steinmetz était déjà une manifestation auprès du grand public en 1989. Cavallaro est beaucoup plus clair et structuré que Bardel sur ce sujet. On relève un fait frappant : même s'il est assez âgé, Bardel n'arrête pas de se tromper sur les dates. Il y a plusieurs exemples, soit autour des vingt ans de Rimbaud, soit autour de la publication des poèmes de 1886 à 1895. Bardel perd de vue l'année 1886 pour la revue La Vogue ou date de 1891 la publication des cinq derniers poèmes des Illuminations, ne parvenant même pas à décrire ce livre précis. Il a passé un quart de siècle à lire tout sur ce sujet et surtout à écrire et réécrire des commentaires sur ces questions, défendant une position polémique sur l'ordre des Illuminations. Je pense que ses hésitations sur les dates n'ont pas fait bonne impression.
Bardel se réfugie également derrière des arguments secondaires. Fénéon n'a pas pu créer l'ordre de la première publication en livraisons dans la revue pour ce qui est des Illuminations. C'est Muirat qui l'a prouvé, dit-il. Bardel ne précise même pas au public qu'il y a un autre ordre dans la plaquette, ce qui fait que pour l'auditoire la conversation était plus dur à suivre. Bardel parle non aux gens en présence, mais entre rimbaldiens, ou clan à clan. Mais Bardel évite tout comme Cavallaro de dire le moindre mot sur la pagination ! On évite de dire que Murat a renoncé à croire en la pagination comme autographe. Bardel et Cavallaro essaient de faire croire au public qu'on peut prouver l'ordre du recueil par les autres éléments du manuscrit.
Ben, non ! La pagination autographe jusqu'au bout, ce n'est même pas suffisant, car on peut avoir affaire à un portefeuille de poèmes, mais c'est le minimum.
C'est la pagination qui fait que plusieurs rimbaldiens ont cru à un ordre établi par Rimbaud. Les gens dans la salle ont dû trouver l'échange lunaire. Il y a un argument qui reste, c'est celui de la copie continue de feuillet à feuillet, mais cet argument peut être remis en cause par la réalité matérielle pour Rimbaud qui n'avait pas assez de papier à disposition. Quant aux découpages, on peut leur faire dire tout et son contraire. Rimbaud a recopié "Dimanche" à la suite de "Génie", mais il a ensuite découpé le feuillet en séparant les deux poèmes, et si on en croit Bardel dans le recueil définitif "Jeunesse I Dimanche" est quand même à la suite de "Génie".
Face à Bardel, Cavallaro est sceptique, mais il botte volontiers en touche. Souvent, il va dire qu'il va laisser répondre Bardel à une question qui lui est chère. Cavallaro ménage aussi la chèvre et le chou. Sans dire qu'il met en doute la pagination manuscrite, ce qui est pourtant une conséquence de ses propos, Cavallaro déclare qu'on ne sait pas si "Après le Déluge" est le premier poème du recueil puisque le feuillet manuscrit n'est pas du même format, sous-entendu du même format que la série homogène qui commence par "Enfance", car que ce soit Cavallaro ou Bardel il y a énormément de présupposés à connaître pour comprendre leurs réponses. Les gens dans la salle, ils devaient être perdus. Mais Cavallaro va saluer le fait qu'il y a des copies continues de plusieurs poèmes à la suite sur un feuillet ou sur plusieurs feuillets. Mais, et alors ? Quelle est la base pour penser ses copies continues ? On n'a pas ce copie continue qui va jusqu'au bout, donc parler d'une organisation partielle de recueil ça ne s'impose pas comme ça. Cavallaro est convaincu qu'il a existé une page de titre et de sous-titre puisque Verlaine en parle. Moi, pas ! Je constate que dans sa lettre de 1878 Verlaine parle du titre et du sous-titre "coloured plates", puis plus tard il passe au sous-titre "painted plates". Le plus vraisemblable, c'est qu'on lui a dit à l'oral que le sous-titre était "coloured plates", d'ailleurs si Verlaine parle de la signification anglaise du titre c'est qu'il a reçu des confidences, pas qu'il a pu inférer cela d'un manuscrit...
Bref, la rencontre n'a à aucun moment d'assises logiques.
Bardel joue alors au chantage affectif : "tu l'as dit toi-même que Après le Déluge ouvre en beauté le recueil alors on ne va pas chercher midi à quatorze heures" ou bien : "les gens maintenant éditent le recueil dans l'ordre originel et ça finit par "Solde" qui est comme l'Adieu d'Une saison en enfer ou comme Le Bateau ivre un récit icarien..." (c'est ses affirmations, pas les miennes), puis il minaude : "personne ne me croit, je suis le seul à penser ça sur l'ordre des Illuminations, etc." Heu ? C'est au moins un aveu de faiblesse, mais il y a au contraire beaucoup de rimbaldiens qui suivent la thèse de Murphy, et celui-ci au moins y croyait initialement avec Bardel. Bardel joue au critique rimbaldien maudit qui se désespère face à l'incompréhension du monde. Enfin, Bardel me pique une idée sans me citer, je lui avais écrit cela dans un échange personnel auquel il avait répondu, échange de courriels donc : il y a une lecture enchaînée à faire de "A une Raison" et "Matinée d'ivresse" à cause du glissement de "nouvelle harmonie" à "ancienne inharmonie", sachant qu'on passe du début du nouveau dans un poème à sa fin dans l'autre. Les deux poèmes décriraient deux étapes successives d'une même expérience. Bardel n'a pas trop piqué publiquement mon idée dans ses livres ou sur son site internet, mais ici à l'oral il se lâche. Il parle de "A une Raison", "Matinée d'ivresse" et "Phrases" comme de trois poèmes sur le "nouvel amour", ce qui est inexact dans le cas de "Phrases" soit dit en passant.
Puis il passe en revue en faisant des approximations délirantes sur le contenu des poèmes fixant des ensembles thématiques qu'il est le seul à percevoir ainsi. Bardel soutient que les poèmes de la fin du recueil sont plus politiques que les premiers !? Il soutient que "Being Beauteous" parle du corps masculin, tout comme "Antique" et "O la face cendrée..." !? Et sa lecture de "Parade", c'est une évocation de l'arrivée de Rimbaud à Paris en septembre 1871 avec un peu de permissivité pour l'homosexualité, mais aussi avec de l'acrimonie qui s'est accumulée avec le recul. Vous n'avez rien compris à ce que je viens d'écrire, pas grave moi je n'ai pas compris où était la lecture de "Parade" là-dedans.
A cause des non-dits et du peu de mention de grands noms rimbaldiens des dernières décennies, la rencontre produit un discours assez superficiel, souvent peu convaincant. Bienvenu n'est même pas citer pour le fait qu'on sait que les transcriptions des manuscrits des Illuminations datent du début de 1875. le public apprend juste que c'est un point que par de subtiles expertises graphologiques on a pu déterminer.
Et justement, le public, il n'en profite pas de la rencontre. Elle n'est pas généreuse à son égard. Le public est pris en tiers dans un débat qui ne le concerne pas. Il n'a pas les clefs pour y entrer. Les développements sont souvent ternes, manquent de la pépite de passion qui fait vibrer le public. Il y a certes le moment bardélien autour de "Enfance III" avec un début d'enquête. Face à la lecture d'un poème en prose, Cavallaro est alors invité à lire un poème en vers, il choisit "Bonne pensée du matin", mais il ne le commente pas, il ne fait pas remarquer que le début du poème réécrit le début d'une chanson célèbre du chansonnier Desaugiers très connu malgré l'ombre que lui fait Béranger. Cavallaro ne le peut pas, car ce serait cité mon blog. On peut comprendre qu'on se contente de lire un poème sans le commenter, mais tout l'entretien est une dérobade à l'explication des poésies de Rimbaud, alors même que toute la rencontre consiste à nous dire qu'il faut s'émerveiller de l'établissement parfait du texte par Bardel et Cavallaro car ça va permettre de tout mieux comprendre, qu'il faut s'émerveiller des annotations riches de l'édition de Cavallaro, alors qu'on nous vend deux spécialistes.
Arrivent les questions du public ! Je ne m'y attendais pas, quelqu'un demande quoi savoir sur la signification du sonnet "Voyelles". Cavallaro ne répond pas. Il avoue être pris de court et s'en sort par une pirouette, c'était le premier poème publié dans la plaquette des Poètes maudits, il formule à peine que le sonnet en allant de l'alpha à l'oméga décrit ou crée un monde. Cette réponse est catastrophique après qu'on nous ait vendu deux spécialistes, des champions de l'annotation, un quart de siècle de rimbaldisme acharné du côté de Bardel. N'avoir rien à dire sur "Voyelles" pour un rimbaldien, c'est quand même problématique, d'autant qu'un autre intervenant souligne qu'il prend conscience que depuis les années 80 les universitaires ont fait des progrès fulgurants sur Rimbaud et qu'on comprend beaucoup mieux les textes.
Cavallaro n'a pas renvoyé à ce que j'écris, mais il n'a pas non plus renvoyé la personne de la salle aux références bibliographiques de sa notice au poème, il n'a pas rappelé des éléments de sa notice. Il ne parle même pas de Helmholtz qu'il a daigné mentionner dans sa notice et qu'il met en avant avec l'article de Gysembergh pour éviter que je n'occupe l'espace de découvreur sur le sujet.
Or, moi, ici, je peux vous en parler spontanément de "Voyelles", c'est une évidence, mais je vais aussi vous montrer qu'on peut en parler avec un peu de méthode.
Le sonnet "Voyelles" ne semble ressembler à aucun poème antérieur, quelque peu aux "Correspondances" de Baudelaire. Mais il reste singulier. le poème est-il ironique ? Ne l'est-il pas ? Je remarque que Cavallaro ne cite ni les articles récents de Cornulier, ni l'article caduc d'Yves Reboul. Mais il ne cite même pas la source hugolienne dans "La Trompette du Jugement". Cela donne une signification claire au "Suprême Clairon". Cavallaro dit que le sonnet crée un monde, mais c'est ne voir que les images, et donc que le côté des couleurs des voyelles, mais les voyelles c'est un instrument pour parler. Le sonnet ne crée pas un monde à voir, il donne à voir un monde qui a un message, qui parle. Et surtout si ce monde parle, c'est qu'il est en vie, ce que tout le monde doit entendre dans "vibrements divins des mers virides"' par exemple. On a le jugement dernier qui évoque la mort ainsi que les mouches dans les puanteurs et les golfes d'ombre, ainsi que le sang craché. En clair, le sonnet "Voyelles" expose le cri de vie du monde que le poète semble organiser à sa guise.
Et là, ton public, tu le récupères. Mais ça, les rimbaldiens, ils ne savent pas faire, et ils se sont condamnés en daubant dès le départ mes études sur ce sonnet, et plus j'en rajoute, plus ils s'acharnent à dauber.
Puis, là, en 2026, je dis que "A noir", c'est la couleur donc un monde créé mais aussi une parole et donc une vie qui s'exprime, et ils découvrent soudainement que c'est ce qui irrigue ma lecture de "Voyelles" depuis le début.
Et je pense que le public il aurait aimé entendre cette espèce de mise en perspective que je viens de faire sur l'un des poèmes emblématiques de Rimbaud. Ils ressortent de là en se disant que Cavallaro n'a rien à dire sur "Voyelles" et que le sens sera un jour démontré par une démonstration scientifique aride, ce qui est à dégoûter de lire de la poésie.
Certes, on comprend mieux Rimbaud de nos jours, du moins quelques personnes, certes on peut enseigner aux gens des discours plus fiables que ceux qui étaient enlevés, littéraires, agréables avant le troisième millénaire mais d'une subjectivité qui passait très loin à côté des visées de sens des productions rimbaldiennes. On fait moins d'erreurs, mais on est aussi bien plus secs, bien moins vivants.
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