vendredi 18 septembre 2026

"Que tu sais" : encore une nouvelle glane Coppée/Rimbaud (et son supplément à 15h30)

 Vous croyez que c'est fini. Non, pas encore !
Dire que quand j'étais enfant j'allais chercher le pain, de format belge, un peu comme du pain de mie, chez le boulanger François Coppet dans le village de Sivry où habitaient mes grands-parents maternels qui étaient fermiers, cela a un kilomètre de la frontière française, ce qui accentuant le côté paisible de ce coin de campagne à la limite du territoire.
Mais bref je m'égare.
Je montre facilement qu'en lisant consciencieusement les poésies de Coppée on fait des pêches miraculeuses.
J'ai déjà mentionné sur internet et aussi dans un article du collectif La Poésie jubilation que l'hemistiche "Les tilleuls sentent bon" était la reprise d'un hemistiche des Intimites, sauf que Rimbaud faisait passer sa reprise d'un second hemistichecd'alexandrin à un premier hemistichecd'alexandrin.
J'ai déjà signalé il y a toujours aussi longtemps, bientôt vingt ans, que "Première soirée" ou "Trous baisers" s'inspirant non seulement de Victor Hugo mais de l'ambiance exotique de maints poèmes des débuts de Coppée,  Reliquaire et Intimités,  certains poèmes de volupté étant d'ailleurs en octosyllabes chez ce modèle.
J'ai publié il y a plus de quinze ans sur le blog Rimbaud 8vre que ce qui retient Nina est une parodie de deux poèmes consécutifs des Poésies de Musset : Chanson de Fortunio et A Ninon, et que le quatrain de Ce qui retient Nina et Mes petites amoureuses était celui de la Chanson de Fortunio qui se trouve être d'un emploi rare parmi les poètes reconnus. Alain Vaillant et Adrien Cavallaro ne me citent pas et sans aller dans tous mes développements font semblant de savoir que la strophe de Ce qui retient Nina est prise à Musset. Depuis, sur ce blog, j'ai souligné l'importance de la préface de Glatigny à son volume reeditant trois de ses œuvres en 1870 dont Le Bois que j'ai signalé comme source à Tête se faune, ce dont Chevrier et Cavallaro veulent la encore s'emparer.
Mais, il y a dans le poème Ce qui retient Nina une autre subtilité le tour "que tu sais". Le poète dit à Nina " tu me parlerais la langue franche que tu sais. Ce "que tu sais' est pratiqué par Coppée dans Intimités.  A la fin d'un poème il dit à sa belle je te ferais le baisers que tu sais sur le front.
Et notez que puisque je parle de Ce qui retient Nina daté du mois d'août 1870, quand Rimbaud a pu lire la recension des Glaneuses ou était épinglé le barbarie du féminin "effluves mysterieuses" j'en profite pour dire qu'à côté de Musset, Demeny, Isidore Ducasse, Léonard en soutane, il y a aussi Coppée qui emploie ce nom au féminin, il est même à la rime je crois, et cela dans un poème des Intimités. 
Et je n'en ai toujours pas fini 1vec ce recueil d,'Intimités qui contient encore des sources pour Les Remembrances du vieillard idiot et pour divers dizains.
J'ai du mal à passer d'une page internet à l'autre sur un portable, mais préparez-vous à de nouvelles citations évidentes.
Ce que je vous montre, c'est que personne ne prend au sérieux Rimbaud puisque personne n'a creusé à fond en essorant le sujet la question des sources parodiques qui est nécessaire à la pleine compréhension des visées satiriques des morceaux rimbaldiens.
Je pense qu'il faudra aussi bientôt un travail de mise au point sur ce qui reste hermétique ou est déjà élucidé dans les œuvres de Rimbaud, et grâce à qui les lectures ont été établies.
Je persillé les universitaires par rapport à ce qu'ils me font, mais les meilleurs lecteurs sont à part moi qui en ai été en partie un des universitaires. L'amateur ne comprend rien à Rimbaud et se réfugie derrière sa relation intime aux textes sur laquelle il ne dit rien de précis qui l'exposerait.
Les artistes et écrivains ne comprenaient et ne comprennent rien à Rimbaud, de Patti Smith à Yves Bonnefoy en passant par Breton, Char, Jaccottet, etc.
Parmi les universitaires, le tri doit être sévère. Quasi aucun ne comprend Rimbaud et il est inutile de les citer pour contester la voie de recherche universitaire.
Les rimbaldiens de référence c'est moi, Murphy, Reboul, Cornulier, Claisse, puis quelque peu Ascione, Chambon, Murat, j'en oublie un peu. Bataillé et Rocher font des articles sympathiques qui fouillent le texte, même s'ils ne créent pas un discours personnel d'envergure.
Bienvenu est un cas particulier, il fait des apports conséquents et importants, même s'il n'a pas le profil du lecteur qui commente tous les détails de textes.
Il y a des choses à prendre chez d'autres rimbaldiens, même si je ne les considère pas dexreference : Vaillant, Chevrier ou Brunel ont parfois du bon  quelques autres.
Bref, lire Rimbaud, ce n'est vécu que par un tout petit nombre de personnes et pour ces gens informés les poésies de Rimbaud ne sont pas un massif hermétique si epais que c1. Vous seriez surpris.
 
***
 
J'ai proposé hier un article à partir d'une recension dans les poésies de Coppée de deux mots de la même famille, le nom "pardon", le verbe "pardonner" aux formes conjuguées variées. Je précise que je n'ai pas encore effectué de relevés dans les vers du théâtre de Coppée dans mes derniers articles.
Je prévois un article de recension des mentions du "souvenir", recension qui pourra se concentrer sur les occurrences de mots de la famille du nom "souvenir", mais qui pourra ne pas se limiter. La recension sera peut-être plutôt d'ordre thématique.
Mais, déjà, je vous sélectionne le tout début du premier poème des Intimités :
 
Afin de louer mieux vos charmes endormeurs,
Souvenirs que j'adore, hélas ! et dont je meurs,
J'évoquerai, dans une ineffable ballade,
Aux pieds du grand fauteuil d'une reine malade,
Un page douze ans aux traits déjà pâlis,
Qui dans les coussins bleus brodés de fleurs de lys,
Soupirera des airs sur une mandoline,
Pour voir, pâle parmi la pâle mousseline,
La reine soulever son beau front douloureux,
Et surtout pour sentir, trop précoce amoureux,
Dans ses lourds cheveux blonds, où le hasard la laisse,
Une fiévreuse main jouer avec mollesse.
[...]
 
Cet extrait ne peut pas être présenté comme LA source d'une quelconque parodie de Coppée par Rimbaud. Pourtant, c'est le début du recueil Intimités, son introduction pour le dire prosaïquement. Le premier hémistiche du second vers : "Souvenirs que j'adore", accouple le nom "Souvenirs" qu'on ne peut manquer de rapprocher des mots "Remembrances" et "Ressouvenir" de deux contributions rimbaldiennes à l'Album zutique, et une forme conjuguée du verbe "adorer", verbe qu'on retrouve ailleurs aussi dans les vers de Coppée et que Rimbaud sélectionne dans "Le Balai" : "J'aime de cet objet la saveur désolée". Les souvenirs adorés sont mortels au poète Coppée, qui plus est. Rimbaud a retenu dans une parodie l'expression "aux traits déjà pâlis", mais ne vous dites-vous pas qu'il y a de quoi faire un parallèle entre "pâle parmi la pâle mousseline" et "parmi la verte ouate" ? Ou entre "la chancelière bleue" et les "coussins bleus" ? Je ne m'étendrai pas ensuite sur "lourds cheveux blonds" et "Soupirera des airs" qui font penser à l'enfant des "Chercheuses de poux" ni à une occurrence peu après le passage que je cite de l'adjectif "salubre". On peut garder tout ça pour une prochaine occasion... Remarquons que le verbe "troubler" a une occurrence dans le poème II et une autre dans le poème VI, et je garde pour plus tard de comparer éventuellement "tiède après-midi d'automne" du poème V avec "après-midi tiède et vert" de "Larme". Je relève aussi dans Intimités pas mal d'emploi de l'adjectif "étroit" pour qualifier des lieux, dont la chambre étouffante, ce que Rimbaud exploite dans "Les soirs d'été..." : "Le Kiosque mi-pierre étroit où je m'égare[.]"
Il va de soi qu'il conviendrait de faire un grand relevé des descriptions du ciel, notamment du couchant, dans les poèmes de Coppée, en soulignant les interférences symboliques érotiques. Rimbaud a médité cela quand il compose les vers de "Etat de siège" où l'honnête intérieur regarde la Lune parmi la verte ouate. Et cela engage des rêveries d'ordre sexuel précisément.
Il y a quelques jours à propos du poème XIII des Intimités, source pour le dizain "Etat de siège", je faisais remarquer que Rimbaud avait repris "gants" à la rime et la répétition de la préposition "sous", puis étant donné que Coppée commesouvent enchaînait avec un vers où "parmi" est devant la césure, Rimbaud avait composé à peu de distance deux vers où "parmi" est après la césure. Je relève que le poème XIV des Intimités a ceci de frappant que les vers 2 et 4 ont tous deux la tête de locution prépositionnelle "le long" placée devant la césure. Rimbaud pour l'idée de répétition formulaire à peu de vers d'écart a donc eu conscience du procédé pratiqué par Coppée lui-même : "le long des verts épis de seigle", "le long des aubépins neigeux". Ce poème XIV formule aussi l'idée d'un bonheur que le poète cache comme une honte, ce qui est à rapprocher de la honte sans repentir du poète qui avoue ses crimes infects dans "Les Remembrances du vieillard idiot". Il faut bien comprendre que le personnage créé par Rimbaud découle d'éléments explicites des poésies coppéennes.
D'autres rapprochements vont être mentionnés dans les jours qui vont suivre. Je vais y aller à fond.

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