On pourrait penser que les principaux problèmes de classement des poèmes de Rimbaud pour Cavallaro concerne essentiellement le tome I, mais les problèmes sont aussi pesants pour le tome II.
Le tome II est principalement sabordé par l'inclusion de poèmes en vers "première manière". Absurdement, Cavallaro a isolé le poème "Les Mains de Jeanne-Marie" du reste du dossier paginé remis à Forain, faute d'autant plus gênante que "Tête de faune", le poème de transition, est placé en fin de la grande production en vers "première manière" juste devant les contributions zutiques. Il faut ajouter le manque de rigueur qui fait que Cavallaro préfère conserver la leçon "ployeuses" à la leçon "casseuses", ce qui relève d'une mauvaise analyse des reports effectués par Verlaine. Il est évident que la variante "casseuses" est celle du manuscrit utilisé par Verlaine pour ses ajouts comme il est évident que le report scrupuleux de cette variante part du constat que Rimbaud a préféré "casseuses" à "ployeuses" et qu'il demeure question de remplacer "ployeuses" par "casseuses". Notons aussi que cette mention "variante" prouve, entre autres arguments, que nous avons affaire à un porte-feuille de poèmes et non à un recueil.
Cavallaro aurait dû renoncer à son ambition d'une édition chronologique où il aurait en tous cas dû conserver les dossiers de poèmes d'une même allure. L'édition de Cavallaro porte la tare de mélanger sur un même plan les proses, les vers "première manière", les vers "seconde manière", les productions disons "zutiques". à quoi un devoir scolaire s'est même ajouté. Le tome II commence par "Les Mains de Jeanne-Marie", se poursuit par "Les Déserts de l'amour" sur lequel dans ses notes Cavallaro commet deux erreurs : aucun rapprochement avec le fait que ce soit un autre titre pour "La Chasse spirituelle" alors que le mot de Verlaine des Poètes maudits est citée !!!! et un refus d'accepter "Les Déserts de l'amour" pour de la poésie en prose !??? Mais ne digressons pas. Ensuite, Cavallaro donne les vers "seconde manière" du printemps et de l'été 1872 à peu près dans l'ordre chronologique des dossiers qu'on peut établir, mais avant les poèmes non datés Cavallaro insère donc le poème première manière "Les Corbeaux" parce qu'il a été publié dans une revue en septembre 1872, le dernier poème en vers "seconde manière" daté étant "Fêtes de la faim" avec la mention du mois d'août, puis il fournit les quelques poèmes en vers "seconde manière" pour lesquels nous n'avons pas de date spécifiée, puis il termine par deux poèmes d'une nature "zutique", dont l'un a une copie dont le mois de transcription est connu et identique aux "Corbeaux" : le dizain "L'Enfant qui ramassa les balles...", poème qui en réalité est de Verlaine et qui, aussi, forme un diptyque avec un autre dizain !!!! Merci aux rimbaldiens et aux verlainiens de ne jamais publier le diptyque. Et ensuite nous avons un couple de deux quatrains réunis sous le titre "Vers pour les lieux" qui selon les témoignages certes indirects sont datés de mai 1872. Où est la rigueur dans le classement effectué par Cavallaro. On comprend qu'il a reporté tout à la fin les deux poèmes plutôt "zutiques". Notons que Cavallaro a mis les "Immondes" ou "Stupra" dans le premier volume, sans doute à cause du "Sonnet du Trou du Cul", mais jusqu'à plus ample informé les dates de composition des deux autres sonnets "Immondes" sont inconnues, ça peut très bien être des compositions de 1872, sinon des quatrains "Vers pour les lieux". Il y a eu quelques contributions sur l'Album zutique en mai 1872 à cause du Salon et de la tête de Mérat, d'ailleurs.
Mais le vrai sujet, c'est donc que "Les Mains de Jeanne-Marie" est daté de février 1872 et le poème "Les Corbeaux" a été publié en septembre 1872.
Il s'agit ici d'une hypocrisie et plus précisément d'une méthode vicieuse en ce qui concerne le poème "Les Corbeaux". Il ne faut pas prendre les gens pour nés de la dernière pluie. La date de publication de "Trois baisers" livre une précision sur la composition de ce poème composé à cette époque et remis dans deux autres versions à Izambard et Demeny, le poème "Trois baisers" est forcément antérieur au 13 août, et il a dû être composé donc très peu de temps auparavant. Pour "Ce qu'on dit au poète à propos de fleurs" on peut peut se défier de la date affichée du 14 juillet, mais l'envoi de la lettre le 15 août permet de relativiser le problème de datation. En revanche, la publication en 1878 d'une version "Petits pauvres" des "Effarés" n'a aucun intérêt pour dater la composition initiale du poème et nous nous en remettons à d'autres preuves pour le dater de septembre et même du 22 septembre 1870. Les poèmes envoyés par lettres à Banville en 1870 ou à Izambard et Demeny en 1871 peuvent profiter ainsi d'une date-butoir quant à l'estimation de leurs périodes de composition respectives, encore que Cavallaro en use un peu n'importe comment quant au morceau "Les Pauvres à l'Eglise". Puis, selon Izambard, "Mes Petites amoureuses" est plus ancien que "Le Coeur supplicié", tandis qu'Yves Reboul a montré que "Chant de guerre Parisien" parlait des événements les plus récents, ouvrant la voie à l'idée que des trois poèmes envoyés le 15 mai à Demeny, il était sans doute le plus récent, les deux autres pièces étant "Accroupissement" et justement "Mes petites amoureuses".
En clair, se fier aux lettres et à l'ordre des poèmes dans les lettres, ce n'est pas un gage de réussite dans le classement chronologique.
Dans le cas du poème "Les Mains de Jeanne-Marie", je l'ai déjà dit. Cavallaro a isolé le poème dont il était établi qu'il datait de 1872, mais cet isolement ne tient pas face au raisonnement opposé qui veut que plusieurs poèmes non datés ne sont pas forcément de 1871. L'isolement opéré par Cavallaro n'aurait de légitimité que si nous étions sûrs que tous les autres poèmes datent de 1871.
Pour "Les Corbeaux", dans son édition philologique, Steve Murphy a classé ce poème en septembre 1872 parce qu'il y avait une date-butoir de la publication le 14 septembre 1872, mais par la suite Murphy a publié des études tendancieuses où il prétendait, avec de gros sabots, que le poème avait été composé dans l'urgence pour être publié le 14 septembre dans la revue ! Argumentation qui est tout bonnement lunaire. Et dans l'édition de Cavallaro, le placement du poème "Les Corbeaux" est clairement tendancieux, puisque derrière l'hypocrisie de l'indice chronologique de la publication Cavallaro fait mine de croire que le poème a été composé dans l'urgence et invite les lecteurs à croire trois faits : un que le poème a été composé fin-août ou début-septembre 1872, deux que Rimbaud ne chiait plus sur la Renaissance comme il l'avait dit en juin à Delahaye, trois que Rimbaud pouvait revenir sans crier gare à sa pratique des vers "première manière" alors qu'on voit bien que la pratique des vers "nouvelle manière" est exclusive au printemps et à l'été 1872, l'exception étant les poésies en prose des "Déserts de l'amour".
Il ne faut pas nous raconter que le poème "Les Corbeaux" est classé là par défaut à cause d'un indice chronologique dans l'édition de Cavallaro, c'est une allégeance vicieuse, je dis bien "vicieuse", à une théorie de mauvaise foi, je dis bien "de mauvaise foi", de Steve Murphy. On ne va pas y aller par quatre chemins.
Un bon éditeur rapprochera "Les Corbeaux" des poèmes de la suite paginée remise à Forain.
En opérant de la sorte, Cavallaro allègerait aussi la pression chronologique qui s'exerce du coup sur son classement final des poèmes "seconde manière" non daté, pression chronologique qu'aggrave "L'Enfant qui ramassa les balles..." et dans une moindre mesure les "Vers pour les lieux" connus pour devoir dater de mai 1872.
Mais quand je disais que Cavallaro mettait sur un même plan des proses, des vers, de la poésie "première manière" et de la poésie "seconde manière", un devoir scolaire, etc., j'avais encore en tête ce dernier cas où Cavallaro met sur un même plan des brouillons et des oeuvres achevées, puisque non vous ne rêvez pas, mais vous avec une section "Proses dites 'évangéliques' " qui ouvre l'année 1873 et précède Une saison en enfer et Les Illuminations !?? Le texte est clairement édité comme un brouillon par Cavallaro. Comme il s'agit d'un texte inédit, il l'a placé dans les oeuvres de référence, mais ça n'a aucun sens. Cette partie devait d'office se retrouver dans les compléments en fin d'ouvrage !
Contrairement à Steinmetz en GF ou à Brunel au Livre de poche, Cavallaro ne fournit pas une édition qui égrène les dossiers dans les états qu'on leur connaît, donc il ne devait pas reprendre leur principe de publication au sujet de ces brouillons !
Passons maintenant à la question des "versions de référence". Dans les cas où il existe plusieurs versions d'un même texte, la logique est de privilégier en général la dernière version connue comme la plus aboutie. Avec Rimbaud, c'est tout de même plus compliqué.
Jusqu'en 1872, on peut appliquer la sélection de la version la plus tardive, et cela amène à privilégier le dossier de la suite paginée remise à Forain, même s'il y a une concurrence possible des versions des "Poètes maudits", voire d'autres manuscrits pour "Les Premières communions". D'ailleurs, "Le Bateau ivre" ou "Paris se repeuple" ne sont pas dans la suite remise à Forain, il a bien fallu procéder autrement.
Disons qu'il y a un prestige du manuscrit par rapport aux versions des "Poètes maudits" ou de La Vogue, prestige du manuscrit qui vaut aussi pour la copie par Verlaine du "Bateau ivre".
La suite paginée a le mérite de former un portefeuille que Rimbaud n'a plus eu à portée de main pour des raisons empiriques par la suite, les versions des Poètes maudits étant forcément contemporaines et pas plus tardives que la suite paginée remise à Forain, c'est un peu ça l'idée.
Cavallaro n'a pas appliqué rigoureusement ce principe. Il a inventé un système de péremption par année pour "Les Effarés" sinon "Le Coeur du pitre".
Passons maintenant aux poèmes en vers "nouvelle manière" en 1872. Pour moi, il est clair que les manuscrits qui sont parvenus en 1886 à la revue La Vogue, puis qui ont été publiés par La Vogue, dans le Reliquaire ou par Vanier, formaient un porte-feuille de poèmes en un seul exemplaire, une seule version, mais il s'agissait aussi d'un porte-feuille au petit bonheur la chance avec des copies non homogénéisées, certaines à minuscules à l'initiale des vers, et parmi celles-ci certains manuscrits déponctués.
Le rétablissement des majuscules à l'impression est facile à faire, évident. Le problème est plus délicat pour les manuscrits déponctués, mais heureusement nous pouvons les confronter à des manuscrits plus anciens où on voit qu'initialement les poèmes avaient une ponctuation bien établie.
On pourrait me reprocher de ne pas être un grand admirateur des impressions de poèmes déponctués, je n'attribuerais pas à Rimbaud un des actes clairement établis des poésies d'Apollinaire par exemple. Mais, réfléchissez un peu. Vous croyez vraiment qu'il faut publier par exception trois poèmes déponctués ? C'est difficile pour vous de comprendre que le dossier n'est pas homogénéisé et qu'à ce titre il n'y a aucune valeur éditoriale à prêter aux minuscules en tête de vers et à la déponctuation ?
Oui, le défaut de ponctuation est plus problématique pour un éditeur, mais les manuscrits étaient dans un porte-feuille personnel, ils n'étaient pas destinés à la publication.
Il y a un autre problème. Les versions de certains poèmes dans "Alchimie du verbe" sont les plus tardives, mais elles sont violemment déformées afin de servir le propos en prose. Par conséquent, il ne peut s'agir des versions de référence des poèmes.
Pour les poèmes en vers "seconde manière" (au-delà de "Tête de faune"), je suis plutôt d'accord de privilégier des versions de référence au plus près du moment de composition, en incluant "Mémoire" de préférence à "Famille maudite". Il y a les manuscrits remis à Forain et gardés par Millanvoye, puis la suite des "Fêtes de la patience" parvenue via Richepin, puis pour le dossier de 1886 Cavallaro suit les dates mentionnées et on peut entendre qu'ils finissent par les poèmes non-datés, mais il aurait dû écarter "Les Corbeaux", "L'Enfant qui ramassa les balles..." et "Vers pour les lieux".
Maintenant, il y a le problème d'établissement des textes. Le poème "Entends comme brame..." est publié avec des minuscules en tête de vers, pareil pour "Mémoire" malgré la preuve apportée par "Famille maudite".
Vous arrivez à vous en apercevoir que vous faites un statut à part pour ces deux seuls poèmes ? C'est difficile de comprendre que ce vous faites est complètement idiot ?
Je vous réexplique.
Si "Entends comme brame..." avait été déponctué, nous serions dans un problème insoluble concernant son homogénéisation au plan de l'édition, mais là il n'y avait aucun problème. Ou vous voulez faire les malins et publier à la manière des Dixains réalistes de 1876 et alors vous publiez tous les poèmes "nouvelle manière" avec des minuscules en tête de vers, même ceux qui ont des majuscules sur les manuscrits, ou vous publiez systématiquement avec des débuts de vers en majuscules. Cela ne change rien aux vers, ni à la lecture. C'est un procédé normatif de simple présentation des textes.
Il faut arrêter d'être débile ! Vous faites peur !
Passons aux Illuminations !
Je n'ai évidemment rien à dire sur Une saison en enfer.
Il va de soi que l'approche la plus neutre consiste à publier le dossier tel qu'il nous est parvenu. Cela ne veut pas dire que nous considérons que c'est l'ordre voulu par Rimbaud, mais si on commence à faire des retouches on va faire apparaître nos intentions et dans ces cas il vaut mieux ne pas se louper.
On ne va pas polémiquer sur le rétablissement de l'article, le discours s'entend et se défend, OK.
Donc, en gros, je n'ai rien à dire sur l'ordre des poèmes de prime abord, en constatant que avec les éditions de la Pléiade ou cette édition en Folio Classique on tend à revenir à l'ordre final "Fairy", "Guerre", "Génie"', "Jeunesse" et "Solde", quand certains terminaient l'ensemble sur "Génie".
Je prends acte aussi que Cavallaro ne considère pas que la pagination soit autographe.
Maintenant, j'ai quand même quelques remarques à faire.
Premièrement, pour le passage des textes des feuillets paginés 11 et 12, il y a tout le problème de l'unité du titre "Phrases", puisque l'édition va être obligée de choisir entre une suite sous le même titre et une disjonction. Et je précise que ce choix doit être lisible indépendamment des notes.
Or, Cavallaro a exploité le fait de devoir tourner la page pour se dérober à l'alternative posée. Il a mis les textes placés directement sous le titre "Phrases" au bas du feuillet paginé 11 sur la page 109 de son édition, puis il a laissé un blanc en fin de page au lieu de poursuivre la transcription, puis quand on tourne la page on a la transcription des textes du feuillet paginé 12, sur le haut donc de la page 110, mais sans l'introduction nécessaire d'un signe en guise de titre pour "Une matinée couverte..." Cavallaro reproduit à peu près passivement les manuscrits, sauf que le blanc au bas de la page 109 introduit une rupture et un choix inconscient en faveur de la disjonction.
Il s'agit d'une indécision matérialisée, indécision qui va tout de même dans le sens d'une séparation de "Phrases" des cinq poèmes courts du feuillet 12.
La solution éditoriale de Cavallaro est de l'ordre du tour de passe-passe, il n'assume pas de devoir choisir, encore qu'il le fait sans bien s'en rendre compte.
Personnellement, je pense que le feuillet 12 pouvait très bien être à la suite de "Ô la face cendrée...", mais si je veux éviter d'afficher mes intentions, je publie bien ce feuillet 12 à la suite du feuillet 11, mais je fais une présentation éditoriale où clairement je sépare les cinq poèmes courts et pour cela je mets d'autorité trois astérisques ou trois croix en guise de titre au-dessus de "Une matinée couverte". Ce n'est pas plus compliqué que ça. Notez qu'avec des astérisques des petits malins me soutiendraient que je n'ai pas réellement tranché. Il faudrait que la présentation des astérisques ne laisse aucun doute.
Le deuxième problème évident de l'édition de Cavallaro, c'est qu'ils reconduisent des lignes aberrantes, alors même qu'il n'adhère pas à la thèse du recueil organisé !
Les filets de séparation mis par Rimbaud sur ses manuscrits, c'était à peu près des tics de recopiage. De plus, le feuillet qui contient "Marine", "Fête d'hiver" et "Nocturne vulgaire", il s'agit d'un manuscrit peu soigné, plus difficile à lire avec du texte au recto et au verso. Pourquoi aller annexer les lignes comiques à l'établissement du dossier et mettre ça en perspective dans l'ensemble ? C'est quoi ce cirque ?
Pourquoi éditer un trait horizontal à la suite du texte "Après le Déluge" ?
Il faut que ce qui soit fait ait du sens ? Quel est le sens ici ?
On sait qu'il y a des fous furieux qui imaginent que ces traits créent des regroupements de poèmes. Si si je vous assure, il y a des gens qui pensent que le trait en-dessous de "Vies III" et le trait en-dessous de "Royauté" permet de créer le sous-groupe des deux poèmes "Départ" et "Royauté". Non, mais ne rigolez pas, s'il vous plaît ! Soyons sérieux, allez, ou j'arrête mon article ! Si si des gens tout ce qu'il y a de plus sérieux soutiennent ça ! Allez, respirez un bon coup !
Et donc ce que je veux dire, c'est que dans son édition, Cavallaro reproduit ces traits sans même adhérer à cette thèse, puisque la manière de les éditer n'a pas été de créer des sous-groupes, mais de simplement les placer. On le voit nettement avec le trait horizontal en-dessous de "Vies III" à la fin de la page 106, le trait éditorialement n'est pas en relation avec le trait qui suit "Départ" et "Royauté" sur la page suivante !
Cavallaro ne fait rien d'autre que virer à la reproduction obsessionnelle des détails du manuscrit. Et évidemment il n'y a aucune homogénéisation, ce qui nous vaut une édition chaotique des Illuminations.
Ne me dites pas que ça va échapper à la vigilance des comptes rendus un problème pareil !
Enfin, il y a le dernier point, les alinéas imaginaires de "Marine" et de "Nocturne vulgaire". Pour "Nocturne vulgaire", Cavallaro imagine un compromis farfelu. Il se sert des tirets pour inventer un décalage alinéaire second dans le texte. Pour "Marine" et "Nocturne vulgaire", il s'agit d'une édition fondée sur des conceptions anachroniques.
Il y aurait à dire sur l'établissement du texte de "Jeunesse II Sonnet", mais ça reste un point important de débat.
Enfin, il fallait insérer en toute fin le sonnet "Poison perdu" quitte à ne pas affirmer pleinement qu'il soit de Rimbaud, mais il fallait l'intégrer au débat, tout comme dans les compléments il fallait des morceaux tels que "J'ai mon fémur !..."
Enfin, la prétention étant d'être complet, il manque de toute façon les écrits de Rimbaud au-delà de 1875, en sachant qu'il y a des sujets de débat. Jacques Bienvenu a alerté sur la possibilité que des textes parus sous d'autres noms dans la presse soient en réalité des écrits de Rimbaud dans sa vie africaine. On ne peut pas faire une édition qui s'en tient à la vie littéraire et qui prétende à une exhaustivité jamais atteinte en même temps, il y a une contradiction dans les termes.
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15h30
Pour le dizain "L'Enfant qui ramassa les balles...", voici comment après plusieurs autres Cavallaro contourne les faits, il écrit ceci dans sa notice au poème à cheval sur les pages 233-234 du tome II :
[...] Régamey attribue "L'Enfant qui ramassa les balles..." à Verlaine, et les initiales "PV" figurent en bas à droite du manuscrit. Toutefois, l'écriture est celle de Rimbaud, et c'est Verlaine qui a transcrit le dizain dévolu à Napoléon III.
Plus bas, Cavallaro entame un paragraphe en attribuant la paternité du poème sans autre forme de procès à Rimbaud : "Rimbaud tourne en dérision [...]".
Le procédé est clairement tendancieux. La construction de l'argumentation est de l'ordre du "oui, mais". On donne les preuves que le poème est de Verlaine : l'attribution par le seul témoin possible (Régamey) et la signature "PV", puis on avance un argument de rang inférieur comme si son opposition suffisait et on reste sur ce dernier argument avancé, le poème a été recopié par Rimbaud. Il s'y glisse un second argument subreptice non explicité : c'est Verlaine qui a recopié le premier dizain. Cavallaro ne formule pas lui-même ce qu'il veut dire, il laisse le lecteur le faire à sa place ce qui est tendancieux dans la mesure où un lecteur lit la note et ne va pas s'arrêter pour prendre la mesure de ce qu'il interprète, donc Cavallaro force le lecteur au raisonnement implicite suivant : "si Verlaine a recopié le premier dizain, il aurait pu recopier le suivant s'il était de lui", sauf que si le poème n'est qu'à recopier dans l'absolu tout le monde peut le recopier. Même Régamey aurait pu le faire, sauf que le but était de le lui offrir. La signature PV vaut clairement pour les deux poèmes et recoupe le témoignage de Régamey. Cavallaro parle de la signature "PV" comme un accident : les initiales figurent là, c'est comme ça, ça arrive, ce n'est pas très grave.
Faut arrêter le sketch, il y a une mauvaise foi généralisée de Murphy, Cavallaro et d'autres, Murphy ayant essayé de minimiser sa crispation en concédant dans son article pour ce poème au Dictionnaire Rimbaud que personne ne m'opposait de véritable argument à la réattribution à Verlaine, mais ce genre d'aveu n'est pas entier parce que dans le même temps on a tout de même un article attribuant le poème à Rimbaud, on fait une concession de complaisance et on passe à travers. Non, la signature "PV" est une preuve philologique, on ne peut pas louvoyer. Et j'ajoute que Cavallaro, Murphy devraient préciser que le poème a été initialement attribué à Verlaine à cause du témoignage de Régamey, que l'identification de l'écriture de Rimbaud a fait qu'on a attribué ensuite le poème à Rimbaud malgré des réticences de Bouillabne de Lacoste habitué à l'attribuer à Verlaine, et puis quand on a découvert une photographie du manuscrit qui incluait la signature "PV" les rimbaldiens ont refusé cette fois de renoncer à leur habitude. C'est ça la vérité, c'est ça faire un travail d'éditeur et d'annotateur consciencieux.
Le poème, il est de Verlaine, point barre. En l'attribuant à Rimbaud, vous étalez vos problèmes d'incompétence.
Passons aux "Corbeaux". La technique d'écriture de Cavallaro est la même. Il commence par un tour ironique "On s'est étonné..." pour souligner que le 14 septembre semble tardif pour une composition de vers "première manière". Cavallaro ajoute que Rimbaud a vertement jugé la revue en juin. Cavallaro ne va pas défaire ses arguments, il va les laisser en suspens comme s'ils n'étaient rien, comme si Rimbaud avait retourné sa veste et avait préféré retourner aux vers "première manière". Rappelons au passage que Rimbaud n'avait pas besoin de composer un poème en vers "première manière" en septembre 1872, il avait déjà "Voyelles" en réserve, sinon "Le Bateau ivre"... Deux poèmes qui n'étaient pas franchement obscènes ou sulfureux comme "Oraison du soir". Il avait aussi "Les Chercheuses de poux" et "Les Douaniers".
Cavallaro donne donc les arguments contre la datation en premier en restant dans le flou et sans les contre-argumenter, puis il donne l'argument qui est censé aller en sens inverse : le poème doit être contemporain de "La Rivière de Cassis" avec lequel il a une expression en commun. Mais il s'agit d'une tromperie dans l'argumentation. Il y a eu une position ancienne qui consistait à considérer le poème comme écrit en 1870 même, mais vu que Cavallaro recense aussi l'idée que le poème parle des morts de la Commune, il joue clairement dans l'esprit du lecteur entre l'opposition d'un poème de facture classique disons après la Commune et d'un poème en vers "nouvelle manière" quand la Commune diminuerait en actualité pour dire vite. Or, Cavallaro escamote un autre problème : l'envoi d'un poème créé selon la thèse septembrienne deux mois après que Paris ait été quitté. Le rapprochement avec "La Rivière de Cassis" est également présenté de manière tendancieuse, puisque cas à part de "Tête de faune", les premiers vers "nouvelle manière" connus de Rimbaud sont datés de mai. On ne parle de "Fêtes de la faim" qui témoigne du quatrième mois de vers "nouvelle manière".
Cavallaro joue très clairement d'impressions floues sur ses lecteurs pour cacher les vrais enjeux de la datation réelle de la composition. C'est inacceptable.
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