Le journal Le Rappel a repris pour une courte période du premier au vingt-cinq novembre 1871. Bernard Teyssèdre dit qu'il s'agit d'un des deux journaux qu'il a systématiquement dépouillés en regard de la période d'activité zutique d'octobre-novembre 1871. J'avais identifié que cette reprise impliquait des lectures par Rimbaud de textes encore inédits de Vicotr Hugo, mais en 2014 je ne parvenais plus à consulter les documents sur le site Gallica à partir de mon ordinateur fixe d'époque. Jacques Bienvenu a publié un article à cette époque où il était question à la fois des textes en prose et du poème inédit "A ceux qu'on foule aux pieds" en première page du numéro du 20 novembre 1871.
Je ne sais plus ce qu'a développé Bernard Teyssèdre, mais le journal Le Rappel était un organe de presse hugolien auquel participaient Camille Pelletan, celui-ci en son nom, et Ernest d'Hervilly, celui-là sous le pseudonyme "Un passant". Camille Pelletan était un membre du Cercle du Zutisme à tout le moins sur une certaine durée de temps de la seconde moitié du mois d'octobre 1871, tandis que l'activité zutique de Rimbaud a duré jusqu'aux environs de la mi-novembre. Quant à Ernest d'Hervilly, il est supposé avoir fait un bon mot sur Rimbaud lors de son introduction au dîner des Vilains Bonshommes de la fin septembre 1871, ce que Valade raconte dans un style qui sera celui même de Blémont dans un hommage paru dans la presse au moment de la mort d'Ernest d'Hervilly, et bien sûr Ernest d'Hervilly fait partie avec Valade, Blémont et Rimbaud du tableau Coin de table de Fantin-Latour pour lequel les plumes ont posé au début de l'année 1872, plutôt individuellement que collectivement certes. Et lors de l'incident Carjat, Rimbaud aurait répliqué un "Ferme ton con, d'Hervilly !", ce qui signifie que les deux se fréquentaient un minimum par la force des rencontres littéraires. Il faut ajouter que Rimbaud est connu pour son intérêt à l'égard d'Albert Glatigny, lequel était d'actualité au théâtre dans la période où Rimbaud était intégré au milieu littéraire parisien de la mi-septembre 1871 aux premiers jours de mars 1872. Notons que le journal Le Rappel a repris en mars 1872, mais que Rimbaud n'a pas dû le suivre au-delà du 7 juillet 1872, mais Rimbaud était déjà persona non grata quand la publication reprenait. Ainsi, Rimbaud pouvait être curieux du Rappel en novembre 1871 plus qu'en 1872.
Albert Glatigny publiait des poèmes inédits qui figureront dans un recueil un peu postérieur dans le journal Le Rappel, tant en novembre 1871 qu'en 1872. Il partageait le rôle du poète avec Hugo dans ce journal avec sa rubrique "Fifres et sifflets".
Le 23 novembre 1871, il publiait un poème en octosyllabes intitulé "La Nouvelle guillotine". Il y est question de la régénération à se promettre de la France, de son navire qui retrouve un mât, Mais ceux que la France "prenai[t] pour cible" s'occupent d'elle et l'ironie perce sous la plume de Glatigny qui écrit ce quatrain :
On a dit : Vite ! et - ma cervelleEn a des éblouissements ! -Une guillotine nouvelleVient de fonctionner au Mans !
Le dernier quatrain contient une apostrophe à la rime, non pas "ô mon dieu", mais "ô misère". Glatigny évoque l'actualité de la commission des Grâces soutenue par Thiers et du désir de vite condamner à mort en masse les prisonniers communalistes (Glatigny met la forme "communistes" à la rime dans ce poème).
La rime "cervelle"/"nouvelle" peut sembler baudelairienne, le poème "Honte" a clairement plusieurs liens avec ce poème de Glatigny, recours au quatrain d'octosyllabes, rime "cervelle"/"nouvelle", apostrophe à la rime dans le dernier quatrain : "Ô mon Dieu", "ô misère", et il est à chaque fois question d'exécution en public où on découpe le condamné en morceaux. Et dans le quatrain cité, Glatigny s'identifie à un guillotiné quand il parle des éblouissements de sa cervelle.
Les numéros de novembre parlent aussi de l'actualité de l'état de siège. J'ai d'autres idées à développer ultérieurement. Mais vous avez de la chance, le site Gallica est de nouveau en train de planter, je dois arrêter là mon article du jour. Je parlerai du poème de Victor Hugo une prochaine fois.
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire