Je voulais revenir sur une petite mise au point qui s'impose au sujet des personnes qui figurent autour de Rimbaud et Verlaine sur le tableau du Coin de table de Fantin-Latour. Né en 1836, Fantin-Latour est pour partie entre la génération de Baudelaire et de Banville et la génération de Verlaine et des parnassiens. Il est un peu plus près des parnassiens que de Banville et Baudelaire. Je cite toutefois cet entre-deux dans la mesure où avant le Coin de table avec Rimbaud et Verlaine, il a peint un Hommage à Delacroix daté de 1864 Delacroix est décédé au mois d'août de l'année précédente et le tableau hommage rassemble le portrait de dix notoriétés de l'époque, parmi lesquelles Charles Baudelaire. On notera que sur les tableaux de Fantin-Latour Baudelaire, Rimbaud et Verlaine font partie des "assis". Le tableau de 1864 réunit avec Baudelaire les deux romanciers considérés comme les inventeurs du mouvement réaliste dans le roman : Duranty et Champfleury, puisque Stendhal, Balzac et Flaubert ne se définissent pas comme inscrits dans un tel mouvement stricto sensu. Fantin-Latour s'est lui-même représenté dans l'ensemble. Et les autres figurants sont essentiellement des peintres : Louis Cordier, Alphonse Legros, James Whistler, Edouard Manet, Félix Bracquemond et Albert de Balleroy. Baudelaire, Chamfleury et Duranty sont représentés là en tant que critiques d'art, et en particulier pour signifier leur admiration pour Delacroix. Chamfleury et Duranty sont souvent cités dans les manuels d'histoire littéraire pour l'idée d'un mouvement appelé réalisme, mais leurs textes sont complètement tombés dans l'oubli, ne se publient plus depuis bien longtemps à ma connaissance. Rimbaud a-t-il trouvé indispensable de faire un sondage dans leurs romans ?
Le deuxième tableau avec portrait de groupes de Fantin-Latour s'intitule Un aterlier aux Batignolles et il date de 1870, ce qui nous rapproche significativement du Coin de table, projet peint dans les premiers mois de 1872. J'entends que Rimbaud et Verlaine ont accepté de poser en ayant à l'évidence une connaissance assez précise des deux premiers portraits de groupe du peintre en 1864 et en 1870. J'imagine qu'il y a eu des échanges de toutes sortes et que Fantin-Latour a pu parler aux poseurs d'anecdotes sur ceux qui avaient posé auparavant. Ce second tableau implique à nouveau Manet puisque c'est son atelier qui est cette fois représenté. Manet est représenté dans sa propre activité de peintre par son collègue Fantin-Latour avec un groupe qui admire l'exécution en cours. Dans ce groupe, nous avons un personnage assis Zacharie Astruc qui est d'évidence l'objet d'un portrait en train d'être créé par Manet. Il y a des noms aussi obscurs comme Otto Scholderer, mais il y a plusieurs noms connus, Zola notamment, qui est un grand admirateur de Manet, et cela permet d'envisager une lecture précoce par Rimbaud des premières publications de Zola, à ceci près que Zola a manifesté publiquement son mépris de la Commune, ayant même des propos tendant à légitimer le massacre comme un mal nécessaire. Claude Monet et Auguste Renoir sont représentés également, puis Frédéric Bazille et Edmond Maître qui peuvent intéresser les études rimbaldiennes quelque peu. Il existe une énigme sur la rencontre ou non de Renoir avec Rimbaud, même si cela me paraît mince en promesses. Si on écarte un tableau tardif de 1885 Autour du piano, il n'y a plus qu'à parler maintenant du Coin de table, le tableau qui nous intéresse le plus, mais je précise tout de même que Autour du piano fait revenir cette fois la figure d'Edmond Maître, tandis que c'est le compositeur Emmanuel Chabrier qui joue du piano sous le regard de sept autres personnes. J'insiste sur Edmond Maître puisqu'il est impliqué dans les premiers courriers publics parisiens qui traitent de la révélation d'Arthur Rimbaud au dîner des Vilains Bonshommes de septembre 1870. En clair, j'ai l'impression que ce dîner des Vilains Bonshommes a eu une incidence directe sur le choix des figurants du tableau du Coin de table de Fantin-Latour, hypothèse que je n'ai jamais vue envisagée nulle part, mais qui a une forte vraisemblance. On peut bien sûr imaginer que cela s'est précisé dans les repas suivants, mais il faudrait déterminer qui était là ou non lors du dîner de septembre. J'ai l'impression qu'on tient une explication à la facile mise en avant de Rimbaud, le Lucien de Rubempré en gloire du moment.
Les figurants du tableau Autour du piano sont souvent presque aussi jeunes que Rimbaud, nés en 1851, ce qui fait qu'à part Edmond Maître, seuls Emmanuel Chabrier, Adolphe Jullien et Antoine Lascoux pourraient inviter à des recherches sur les fréquentations de Fantin-Latour quand Rimbaud posait pour lui.
Passons au tableau Un coin de table de 1872. Rimbaud et Verlaine sont nos deux sujets de recherches par essence. Pour le reste, on remarque que le groupe est celui de la future Renaissance littéraire et artistique. Il ne s'agit pas des membres du Zutisme de la période octobre-novembre 1871. C'est intéressant de comparer les tableaux car il y a un hommage à Delacroix en 1864 qui voulait faire contrepoids au maigre cortège qui avait accompagné l'enterrement de l'artiste, puis Un atelier aux Batignolles illustrait, même si le mot ne plaît pas à Baudelaire, une avant-garde réunis sous le nom de "groupe des Batignolles". Le tableau "Un coin de table" est étrange, son titre est plus anonyme et il réunit quand il est peint des artistes qui n'en sont encore qu'à leur projet, sauf que le titre de la revue qui va naître est clairement ambitieux La Renaissance littéraire et artistique. L'humilité du titre Un coin de table empêche de bien mettre en perspective les ambitions d'avant-garde littéraire du groupe représenté. Seuls Rimbaud et Verlaine tiendront les promesses. Le tableau se veut également un hommage indirect à Baudelaire. Le projet initial de Fantin-Latour était de faire pour Baudelaire ce qu'il avait fait pour Delacroix. Il était question de placer un portrait de Baudelaire dans le tableau pour fêter les cinquante ans de sa naissance. Mais le résultat final ne correspond pas à ce projet, même si parmi les gens représentés il y a des admirateurs de Baudelaire comme Rimbaud et Verlaine en particulier. Edmond Maître semble bien être celui qui a rassemblé les notoriétés littéraires susceptibles d'être peintes et selon Daniel de Graaf il existe des esquisses de ce tableau qui s'intitule "Le Repas", ce qui me fait vraiment considérer que le tableau représente une certaine idée d'un "dîner des Vilains Bonshommes". J'ai peut-être été inattentif si un rimbaldien en a formulé ou non l'idée auparavant, mais cela ne fait pas partie des idées courantes sur ce tableau, alors qu'avec toutes ces données ça a bien de quoi s'imposer naturellement à l'esprit.
Albert Mérat a finalement refusé de poser en présence d'rthur Rimbaud, son portrait a été reconduit dans un autre tableau présenté au Salon de 1872 et objet de railleries dans des contributions tardives de mai 1872 à l'Album zutique. Léon Valade et Albert Mérat étaient deux collègues de travail de Verlaine à l'Hôtel de Ville avant la Commune, ils sont tous deux membres du Cercle du Zutisme selon le sonnet liminaire de l'Album zutique qui les mentionne, même si Mérat n'a pas contribué par un quelconque poème et n'a peut-être pas été très assidu à ces réunions. Camille Pelletan est un autre membre du Zutisme d'octobre-novembre 1871 qui figure sur le tableau de Fantin-Latour. Nous avons donc à quatre à cinq membres du Zutisme qui ont été portraiturés par Fantin-Latour selon qu'on inclut l'à-côté du portrait de Mérat. Sur le tableau, quatre des huit personnages sont des membres du cercle du Zutisme de 1871. Il s'agit même de quatre des cinq personnages "assis".
Albert Mérat et Léon Valade sont intéressants en particulier pour leurs liens avec Verlaine et pour leur intérêt littéraire un peu au-dessus de la moyenne. Le premier recueil de Mérat n'a pas été publié par Lemerre, mais par Charpentier, l'édition sera ensuite reprise par Lemerre. Avant cela, Mérat et Valade s'étaient unis pour un recueil à deux mains (pour moi, l'expression à quatre mains est incorrecte) parus anonymement, le recueil de sonnets Avril, mai, juin avec de nombreux jeux de désorganisation de la distribution des rimes dans les quatrains et les tercets. Je ne vais pas revenir sur ce qu'on peut souvent dire à propos de Mérat dans les études rimbaldiennes, je voudrais creuser ce qui passe sous le radar. Mérat et Valade ont publié en 1868 une traduction de l'Intermezzo d'Heinrich Heine, écrivain de langue allemande installé en France tout un temps qui a aussi intéressé Banville. Outre Les Chimères et L'Idole, Albert Mérat a publi en 1869 un recueil intitulé Les Villes de marbre et aux pré-originales publiées en revue il se mêle certains poèmes qui n'ont pas été repris dans ce recueil, mais je dois toujours trouver le temps de remettre la main dessus. Il y a eu ensuite un recueil paru en 1872 qui s'intitule Les Souvenirs, quand Rimbaud composait pour sa part un poème finalement intitulé "Mémoire" au singulier. Et puis, éventuellement, on peut prendre en considération un recueil de 1873 intitulé L'Adieu.
Pour des raisons que j'ignore, les rimbaldiens n'ont pas compris et n'ont jamais relevé que dans l'article de Lepelletier révélant Verlaine au bras d'une "Mlle Rimbault" Mérat et Mendès étaient décrits symétriquement au bras l'un de l'autre, signe qu'ils se moquaient déjà en octobre 1871 de la sexualité de Verlaine et de Rimbaud. Il faut être bouché à l'émeri pour ne pas comprendre la raillerie de l'article à cet endroit.
Il me semble qu'il y a un autre livre de traduction d'Henri Heine par Valade et Mérat, mais cela m'échappe pour l'instant.
Léon Valade a été secrétaire du philosophe Victor Cousin qui donnait son nom déjà en 1872 à une rue où Rimbaud a logé, la rue de l'Hôtel de Cluny où Rimbaud n'a pas logé dans une chambre à un quelconque étage, mais au rez-de-chaussée, au niveau de l'actuelle salle de petit-déjeuner de cet hôtel encore en activité et plus précisément dans la cuisine et l'autre petite salle qui jouxtent désormais la salle des repas. C'est dans cette salle des repas que se trouvait la fameuse cour intérieur de trois mètres carrés.
Léon Valade est un candidat très sérieux pour ce qui est des rencontres possibles de Rimbaud à Paris lors de son séjour entre février et mars 1871, au-delà de l'arrivée chez André Gill, futur membre du Zutisme lui aussi. Il expliquerait idéalement que Mérat et Verlaine soient cités comme les deux voyants de la nouvelle école dans la lettre de mai 1871. Valade se revendiquait un rôle de saint Jean-Baptiste sur le rive gauche dans la révélation d'un Rimbaud périphrasé alors en "Jésus-Christ au milieu des docteurs". Valade a dû lâcher Rimbaud à cause de sa relation avec Mérat, mais le tableau de Fantin-Latour reflète quelque peu selon moi l'étape transitoire du passage de l'admiration au refoulement. En-dehors de ses contributions aux volumes collectifs parnassiens et de ses collaborations avec Mérat, Valade n'a publié un recueil à son seul nom que tardivement, le recueil A mi-côte en 1874, mais on peut chercher si Rimbaud a eu connaissance des poèmes de ce recueil avant sa publication.
Valade est le principal contributeur à l'Album zutique après Rimbaud, ce qui rend plus étonnante ou plus révélatrice encore l'absence de participation de Mérat, et les rimbaldiens n'ont pas compris que Valade était celui qui après avoir conservé à l'Hôtel de Ville le "feu Album des Vilains Bonshommes" comme l'appelait Verlainge avait en dépôt l'Album zutique, ce qui explique les dédicaces de poèmes par des membres du cercle des Vivants en 1872 et des contributions quand Charles Cros était en Italie. Le volume a fini dans les mains de Coquelin cadet et il n'a jamais été établi clairement que Charles Cros l'avait détenu auparavant.
Camille Pelletan a préfacé une réédition en 1887 du recueil A mi-côte, il s'agit donc d'un contact littéraire proche. Pelletan a eu une carrière politique par la suite, mais à la fin de l'année 1871 au moment même des rencontres zutiques il écrit des articles dans le journal du clan Victor Hugo Le Rappel. Il est le fils d'Eugène Pelletan qui a fait partie des ministre du Gouvernement de Déf'ense nationale issu du 4 septembre 1870, gouvernement des trois Jules qui n'est pas pleinement glorieux pour les communards. Notons qu'en 1879 Pelletan a publié un recueil de ses articles en défense des communards sous le même titre que celui d'Armand Silvestre paru sous le pseudonyme de Ludovic Hans : Le Comité central et la Commune.
Pelletan est un personnage publiquement bien connu vu sa carrière politique par la suite.
Ernest d'Hervilly est retombé dans l'oubli. Il est vraisemblablement lié à l'incident Carjat puisque les anecdotes prêtent à Rimbaud l'injure : "Ferme ton con, d'Hervilly !" Il est difficile de croire à un ragot malveillant quant à cette scie qui arrive facilement à surnager dans les versions contradictoires qui ont été racontées de l'incident Carjat. Mathilde Verlaine précisera dans ses Mémoires qu'Ernest d'Hervilly l'a informé du retour de Rimbaud à Paris en mai-juin 1872. Il fait donc partie des gens ayant un contentieux avec Rimbaud à ce moment-là. Ernest d'Hervilly est particulier dans le groupe réuni par Fantin-Latour, il n'est ni un membre du Zutisme à notre connaissance, ni un membre clef de la revue La Renaissance littéraire et artistique bien qu'il y ait participé. Il publiait toutefois dans les revues sous un grand nombre de pseudonymes, ce qu'il faudrait débroussailler. Il a publié pas mal de pièces de théâtre, mais en tant que poète Rimbaud n'a pu connaître que deux titres : La Lanterne en vers de couleurs en 1868 et le recueil Les Baisers en 1872 qui était l'objet d'une recension en mars par Banville dans la revue L'Artiste. Selon toute vraisemblance, à son retour à Paris en mai 1872, Rimbaud a ajouté deux quintils à la fin initial de son poème en quintils intitulé "L'Homme juste" qui s'en prenait, comme l'a démontré Yves Reboul, à Victor Hugo. Dans ces deux quintils, Rimbaud reprend la rime "daine"/"soudaine" d'un extrait du recueil Les Baisers cité précisément par Banville en mars 1872 dans son compte rendu, et il se trouve qu'Ernest d'Hervilly est devenu un habitué du cercle familial hugolien à la fin de l'année 1870 et en 1872 d'Hervilly a rejoint Pelletan parmi les collaborateurs du journal Le Rappel. Deux mois après l'incident Carjat, les quintils ajoutés à "L'Homme juste" semblent bien viser très consciemment et bien volontairement Ernest d'Hervilly avec une extension de la personne de Victor Hugo au pluriel collectif de ceux qui se réclamaient de lui.
Passons aux trois personnages debout sur le tableau. Emile Blémont, Petitdidier de son vrai nom, est un directeur à venir de la revue La Renaissance littéraire et artistique. Blémont, Valade et Aicard sont trois personnages clefs de la revue La Renaissance littéraire et artistique. Je ne vais pas m'attarder ici sur Blémont, mais précisons que les trois personnages debout sont Pierre Elzéar Bonnier, Jean Aicard et Emile Blémont. Jean Aicard était le directeur-gérant de la revue. Rimbaud lui a écrit une lettre en juin 1871 qui contient une version du poème de 1870 "Les Effarés", le poème épargné de l'ensemble des poésies de l'année 1870. Notons que Rimbaud a quémandé, peut-être par opportunisme et esprit lèche-bottes, un exemplaire dédicacé du recueil Les Rébellions et les apaisements. En 2026, ce recueil n'est toujours pas en édition fac-similaire sur le site Gallica de ma BNF !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!
Je trouve ça dingue. J'ai pu lire en revanche car cela est disponible à la fois sur wikisourc et Gallica le recueil de 1867 Les Jeunes croyances. Je possède aussi les romans bien plus tardifs comme Maurin des maures, mais peu impore, je possède aussi ou possédais sa Vénus de Milo. Je ne m'attends pas à un grand intérêt de Rimbaud pour les poésies de Jean Aicard, mais tout de même Aicard qui a connu Lamartine est surtout un admirateur de Victor Hugo. Il lui a écrit à seize ans en vers, ce qui lui a valu une jolie réponse du maître impressionné ou du moins ému. Aicard n'est visiblement pas pour rien dans le parrainage hugolien des premiers numéros de la revue, ce qui a été suivi par la négociation pour obtenir un sonnet, le premier jamais publié par Hugo. Les rimes en "-eux", le poème "L'Astre" qui contient des rimes en "-eux" et qui voisine avec le compte rendu par Valade du recueil L'Année terrible, la mention du thème hugolien du front savant dans Les Jeunes croyances, les idées dans les poèmes des Jeunes croyances de certaines correspondances psychiques avec la Nature ou d'une aurore qui se révèle au dernier vers, etc., tout cela m'a incité à chercher si le sonnet "Voyelles" prévu pour une publication dans La Renaissance littéraire et artistique pouvait faire quelque peu allusion à des pensées typiques de Jean Aicard, aussi bien que d'Armand Silvestre que j'estime ciblé pour la présence à la rime de "latentes" et de "mers virides". Je pense que je ne trouverai rien en lisant le recueil que réclamait Rimbaud, mais par acquit de conscience je voudrais le lire quand même.
Jean Aicard semble être un peu parent avec Pierre Elzéar Bonnier qui l'aurait introduit parmi les parnassiens. Pierre-Elzéar semble lui-même insignifiant au plan littéraire, mais il a une famille de notoriétés, puisque des rubriques Wikipédia sont consacrées à quelques autres de ses parents. Il aurait traduit Faust dans sa jeunesse avec Jean Aicard lui-même. Pierre Elzéar collaborera sur le tard avec Alphonse Daudet, un contempteur du mouvement parnassien, mais surtout il permet encore de faire le lien avec Richard Lesclide. Celui-ci n'est pas n'importe qui non plus. Il a été secrétaire de Victor Hugo à la fin de sa vie, après donc les années 1871-1872 en gros. En clair, derrière le tableau de Fantin-Latour, on a un glissement d'admirateurs de Baudelaire à des admirateurs de Victor Hugo. Richard Lesclide a écrit une nouvelle connue mais tardive (1882) intitulée La Diligence de Lyon, sur un sujet obscène qui intéresse Verlaine et l'Album zutique. Lesclide a été éditeur de la plaquette Le Fleuve de Charles Cros en 1874 et des Dixains réalistes en 1876, ainsi que de la traduction par Mallarmé du "Corbeau" d'Edgar Poe. Il a coécrit en 1881 un drame Bug-jargal inspiré du roman homonyme de Victor Hugo. Il est impliqué dans les créations de plusieurs, dont deux à souligner : La renaissance littéraire et artistique et à partir de 1875 La République des Lettres avec Catulle Mendès. Et j'en citerai une troisième de 1873 : Paris à l'eau-forte, puisque ce titre a du sens pour un Verlaine... Pensez aux Poèmes saturniens et aux Romances sans paroles. Se pencher sur Jean Aicard, Pierre Elzéar et Richard Lesclide, c'est se pencher sur tout un petit monde littéraire avec de l'entregent.
Je me demande si ça a témoigné un peu plus que ça sur Rimbaud dans la sphère privée.
Connu pour son intérêt pour le vélocipède, Richard Lesclide est aussi en contact privilégie avec les deux frères Régamey. En 1869, Félix Régamey a illustré son livre Le Tour du monde en vélocipède.
Il a publié aussi La Divine aventure avec Catulle Mendès en 1881. Il ne faut pas oublier qu'à cette époque Chmasaur, Mirbeau et d'autres citent parfois des vers inédits de Rimbaud, sinon le sonnet "Poison perdu", cela se joue de 1880 à 1883 en gros. Champsaur est impliqué dans le groupe des Hydropathes qui détestent Verlaine et Rimbaud, avec la contribution de Maurice Rollinat qui avait recopié une version du "Sonnet du Trou du cul" pour affliger son correspondant ariégeois Raoul Lafagette. Cros recrée un cercle zutique à ce moment-là, tandis que Le Chat noir va prendre le relais des Hydfropathes et des Hirsutes. Mendès semblait connaître le poème "Les Chercheuses de poux" et qu'il en était une cible parodique, vu comment Chamspaur tourne son récit. Coppée semblait aussi savoir qu'il était attaqué par Rimbaud et d'autres dans l'Album zutique, raison probable pour laquelle il résumé Rimbaud en poète fumiste. On est vraiment face aux gens qui pouvaient avoir eu accès à des manuscrits de Rimbaud, zutiques ou non, pour s'en moquer et permettre à Champsaur ou Mirbeau d'en citer dans la presse. Rollinat, Champsaur, Mendès, etc. Il y a des pistes à creuser, même s'il semble invraisemblable que celui qui a piqué le manuscrit des "Veilleurs" à Millanvoye pour se moquer ait pu le communiquer à des descendants qui ne l'auraient jamais divulgué.
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