Il n'existe pas de pagination des folios des Illuminations par Rimbaud. Les feuillets sont paginés par les éditeurs. La série de 24 pages, c'est essentiellement moi qui ai prouvé avec Guyaux et Bienvenu pour quelques autres arguments qu'elle n'était pas de Rimbaud, mais Bardel l'a tu dans son livre comme sur internet, escamotant une partie de l'argumentation dont il se garde de rendre compte à ses lecteurs. Ensuite, il y a trois séries de paginations pour plusieurs manuscrits de vers et de proses, correspondant aux livraisons 7, 8 et 9 de la revue de 1886, que tout le monde, Murphy et Bardel y compris, avouent ne pas être de Rimbaud. Bienvenu à souligné l'anomalie de la position de Murphy. Le manuscrit autographe de "Promontoire" n'est pas paginé, c'est une preuve que Rimbaud n'organise pas ses feuillets par une pagination. Tendancieusement, Bardel ne cite pas la critique de Bienvenu, ne citant que des travaux antérieurs où Murphy dit qu'effectivement les paginations ne sont pas de Rimbaud : "On le dit nous-même, circulez il n'y a rien à voir !" Ce faisant, Bardel évite de citer la conclusion logique qui est que si les vers sont paginés en commun avec une partie des proses et si tous ces manuscrits n'étaient pas paginés avant d'arriver à la revue, la thèse de la pagination des 24 pages par Rimbaud, qui correspond aux livraisons 5 et 6 de la revue, n'a pas de sens et il est plus probable qu'elle fut le fait de la revue La Vogue. Bardel joue sur la manipulation des paroles d'autorité.
Enfin, il y a la série de proses publiées par Vanier. Ce sont les poèmes qui sont numérotés en chiffres romains, pas les feuillets, ainsi le feuillet des poèmes II a IV de la série "Jeunesse" n'est pas paginé.
La numérotation romaine coïncide avec la publication de 1895 par Vanier.
Mais Bardel ne fait que préciser vaguement que les chiffres romains sont au niveau des titres. Il déclare ensuite que le IV et le V pour les titres "Jeunesse" et "Solde" sont au crayon, mais sans préciser que "Jeunesse" est un titre à l'encre et qu'à l'intérieur de sa série il y a une mention au crayon "Veillées" à côté du IV de numérotation interne à la série.
Ce mot "Veillées " est allographe et n'a pas été pris en compte par Vanier, signe qu'il le comprenait ainsi malgré l'intérêt de donner un titre à tout poème de la série "Jeunesse".
Bardel relaie et approuve la thèse de Murphy que Rimbaud a créé la série qui va de "Fairy" à "Solde" et que c'est pour ça que d'Orfer est parti avec tout l'ensemble.
Les iv et v au crayon seraient de Vanier en principe, concède Bardel, par opposition aux trois chiffres à l'encre qui seraient de Rimbaud, encore une preuve que les gens comprennent très bien spontanément que le crayon est un.outil des éditeurs. Mais Bardel suit Murphy, ce serait une intervention au crayon de Rimbaud. Sauf que Bardel non seulement ne fait pas contraster son propos avec la mention du titre allographe "Veillées" non pris en charge par Vanier, mais deux des trois chiffres romains sont calés entre le titre du poème et le texte. C'est cela pour "Fairy" et "Génie" et donc fatalement ils datent du moment de transcription des poèmes et cela concerne le II de Guerre, puisqu'il faut aller jusqu'à III. Rimbaud a donc découpé le manuscrit qui réunissait "Génie" et "Dimanche". Il a créé une série sans surtitre "Fairy" "Guerre" et "Génie", puis une série à surtitre (si "Jeunesse" est bien écrit à l'encre) de quatre autres poèmes à numérotation romaine. "Solde" est un manuscrit isolé du type de "Mouvement", "Scènes" ou "Soir historique".
D'Orfer à refilé à Vanier les séries de III et IV poèmes, le manuscrit de "Solde", le désormais doublon de "Promontoire" qui prouve aussi que d'Orfer n'est pas parti avec une série bien délimitée en chiffres romains, manuscrit où le mot "Illumination" au crayon est à rapprocher de la mention au crayon "Veillées" du manuscrit II, III et IV, et d'Orfer avait encore emporté quelques manuscrits de vers faux.
La preuve que le IV au crayon de "Jeunesse" (bien que positionné comme pour "Guerre" tout à gauche, imitation de Vanier donc) et que le V de "Solde" sont de Vanier ou assimilé, c'est que sur "Fairy", alors que le I a l'encre est indiscutablement de Rimbaud vu son emplacement, un I au crayon à été ajouté au-dessus du titre pour clarifier la distribution des manuscrits ou poèmes. Il était embêtant que le I soit sous le titre du poème.
Tout cela, Bardel ne le précise pas dans son livre vu qu'il est incapable de se détacher de Murphy tel un siamois.
Encore une fois, alors que les rimbaldiens font tout pour ne pas me citer sur vingt-cinq ans je résous une question majeure d'établissement des textes.
J'ai gagné, vous avez perdu.
On est d'accord ? Il y a une pagination postérieure aux publications 2, admise comme telle par Murphy, plusieurs mentions au crayon qui viennent du travail des éditeurs : le nom de l'ouvrier-typographe qui a préparé la plaque à imprimer, le titre "Fairy" entouré d'un demi-cercle du côté du "F", la mention "cap - 10" pour la police de caractère à utiliser pour le titre justement, un autre 2 au crayon dans le coin inférieur droit, et le I qui trône au-dessus du titre "Fairy". Or, nous avons le chiffre romain I à l'encre coincé entre les mentions "Fairy" et "conjurèrent", entre le titre du poème et la première ligne de transcription du poème en lui-même !
Le chiffre II est à l'encre, on retrouve deux 4 dans les coins supérieur et inférieur à droite du feuillet.
On retrouve deux "3" en haut et en bas sur le côté droit du manuscrit. Nous avons un "I" au-dessus du titre "Dimanche" coincé en-dessous du titre "Jeunesse" qui a l'air d'être au crayon plutôt qu'à l'encre. Le "IV" est au crayon d'après Murphy. La ressemblance avec "Guerre" est donc à nuancer puisque nous avons d'un côté un "II" à l'encre et ici un "IV" au crayon. Si le titre "Jeunesse" est écrit au crayon, cela veut dire qu'il est fort probablement apocryphe !!!
On a bien au crayon d'autres interventions des éditeurs "cap 8" pour le titre "Dimanche" et juste au-dessus je me demande si on n'a pas un "10" au crayon, mais j'ai du mal à déchiffrer et à savoir sur quel plan situer les autres indices flous sur le fac-similé.
On retrouve le 1 en haut et en bas à droite. Vous l'avez compris la pagination 1 à 4, inutilement mentionnée deux fois, vient du successeur de Vanier, qui est mentionné au crayon sur les versos des manuscrits. Je viens de vous envoyer les liens du dossier du successeur de Vanier qui n'avait plus que quatre des six manuscrits supports de la publication de poèmes en prose inédits par Vanier en 1895. Contre la publication, ce successeur a paginé "Solde" en 1, "Fairy" en 2, "Dimanche" en 3 et "Guerre" en 4.
Sur le manuscrit de "Solde", nous avons à nouveau la mention "cap 10" au crayon à côté du titre, et dans le coin supérieur gauche nous avons une pagination 6 au crayon entouré d'un demi-cercle qui doit venir du temps où "Solde" a été mis à la suite des cinq autres manuscrits pour clore la série publiée dans cet ordre en 1895. Le "V" est lui-même au crayon et il numérote le poème.
Une remarque aussi importante, le seul manuscrit où il est mentionné le nom d'un ouvrier-typographe, c'est celui de "Fairy" qui correspond justement au premier des six manuscrits publiés dans cet ordre par Vanier en 1895.
Comme pour "Fairy" le "III" écrit à l'encre est glissé à l'étroit entre le titre "Génie" et la première ligne de transcription du poème. On a une pagination 3 dans le coin supérieur gauche ce qui prouve que Vanier a effectué une pagination partielle des six manuscrits, pages 3 et 6 a minima.
On retrouve le demi-cercle devant le titre "Génie" afin d'attirer l'attention sur le traitement particulier à lui réserver. J'imagine que le nombre à plusieurs chiffres encerclé vient d'un dépôt postérieur du manuscrit dans une collection. Peu importe.
Il y a aussi une "pagination" (?) incongrue dans le coin supérieur droit que je n'arrive pas à interpréter et même à déchiffrer, on dirait un "6" au crayon, mais sans que ce ne soit évident de dire que c'est un "6", et si c'est un "6" il doit s'agir d'une pagination récusée ensuite j'imagine.
Et surtout, comme pour "Fairy" on a un "III" très pâle au crayon au-dessus du titre "Génie" qui fait justement double emploi avec celui à l'encre sous le titre !
Il y a par ailleurs au sein de la transcription du poème, un mot en fin d'alinéa qui a été raturé par Rimbaud, ce qui fait que la leçon définitive "invasions" n'est pas tout à fait lisible. A côté, au crayon, le mot "invasions" a été reporté, il s'agit d'évidence là encore d'une intervention au crayon des éditeurs pour faciliter le travail de déchiffrement de l'ouvrier-typographe.
Le crayon est clairement l'outil des éditeurs, tout ce qui est au crayon sur les manuscrits des Illuminations vient des éditeurs, sans exception ! D'où la nécessité de déterminer si le titre "Jeunesse" au-dessus de "Dimanche" est transcrit à l'encre ou au crayon, autrement dit s'il est de Rimbaud ou pas !
Surprise, dans le coin supérieur gauche, nous avons une quatrième mention du titre "Illuminations" et sans article sur les manuscrits autographes dudit recueil !!!
L'écriture ressemble bien à celle un peu ronde du mot "Illumination" au crayon sur le manuscrit de "Promontoire" et du mot "Veillées" plus bas à côté du "IV" sur ce même manuscrit.
Car nous avons aussi à côté du "IV" une mention au crayon "Veillées", légèrement au-dessus de la ligne.
Il faut ajouter qu'à côté des titres "Sonnet" et "Vingt ans" nous avons comme pour "Dimanche", la précision au crayon "cap 8" qui donc apparaît deux fois sur ce seul manuscrit.
J'en profite pour dire que contrairement aux développements avancés par Guyaux, Murphy et Bardel, le texte "II Sonnet" ne doit pas être publié en quatorze lignes comme un "sonnet". Les retours à la ligne sont clairement liés à l'arrivée au bord droit du feuillet. Il est sensible que Rimbaud n'a pas fait exprès de créer pour les quatre premières lignes une sorte de disposition en deux paires de rimes : "la chair", "o", "o", "la terre", mais d'évidence cela a paru tellement comique à Rimbaud qu'il a choisi d'intituler son poème "Sonnet", le cas de la partie "IV" demeurée sans titre prouvant que soit le poème n'avait pas de titre initial, soit son choix n'était pas encore pleinement fixé.
Il faut publier le poème comme de la prose et simplement dans les notes au poème préciser la raison triviale qui lors de la transcription a donné cette idée de titre à Rimbaud. Guyaux, Murphy et Bardel n'ont rien compris. Rimbaud a corrigé à l'encre un déterminant : "le labeur" devient "ce labeur". Il faut noter aussi que le pluriel "princes" suppose une référence au poème "Conte". Il y a de drôles de traits, mais apparemment bêtement accidentels et sans intérêt derrière les deux "et" l'un en-dessous de l'autre quasi : "et point fixées...", "et de succès..." Il est clair que contrairement à la transcription fournie par Bardel, il n'est pas écrit : "fraternelle et discrète", mais bien "fraternelle est discrète", le "s" est clairement ajouté ou mal placé entre le "e" et le "t". Il est clair comme de l'eau de roche que Rimbaud a commencé à écrire "logique" "log" et non pas "loge" (hypothèse avancée par je ne sais qui dans les années 80 dans un numéro des bulletins de la revue Parade sauvage), et Rimbaud a préféré à "logique" le nom "raison". L'impression fugace d'un "e" et non d'un "i" pour "logi" vient de ce que justement Rimbaud interrompt la transcription sur le "i". La relation sémantique entre "logique" et "raison" tombe sous le sens et est confirmée par les mentions "logique" et "raison" d'autres poèmes : "Génie", "A une Raison", etc.
Le faux-semblant de signe "+" devant "une raison" n'est visiblement rien d'autre qu'une biffure de début de lettre majuscule. Il y a une biffure plus évidente deux lignes en-dessous devant "réfléchissent". Sur l'avant-dernière ligne, Rimbaud a biffé "dan" pour "danse" et corriger par "force".
Le "139" au crayon en bas à gauche du manuscrit doit être lié à l'histoire isolée de ce manuscrit particulier qui seul a atterri en Suisse.
Conclusion : "Solde" n'est pas le poème final du recueil, il l'est par accident, parce que c'était un manuscrit isolé face à deux ensembles numérotés. L'ensemble "Jeunesse" a été subordonné à l'ensemble "Fairy", "Guerre" et "Génie", alors que les deux ensembles auraient dû être considérés comme de même niveau et donc à simplement juxtaposer. "Solde" a été à son tour intégré à la série. Le manuscrit de "Promontoire" prouve que d'Orfer n'avait pas qu'une série inédite toute faite entre les mains. ET comme ce poème isolé s'intitule "Solde", cela rend intensément comiques les élucubrations sur son statut final dans les théories du recueil intégralement ordonné par Rimbaud. C'est à mourir de rire, et on le voit ! A chaque fois, Murphy et ceux qui le suivent ont cherché à établir que toute distribution était voulue par Rimbaud avec une théorie de l'exhaustivité : il y a les 24 pages, et plus loin la suite Vanier. Entre les deux, il y a une pétition de principe artificiel selon laquelle les manuscrits non paginés par Rimbaud de "Promontoire" à "Démocratie" ont été publiés dans le bon ordre, même si cela est mélangé à des publications de vers "nouvelle manière". Cela ne tient évidemment pas la route. Ici, nous venons de faire tomber le mythe d'une série établie par Rimbaud en chiffres romains que Vanier aurait édité exclusivement par coïncidence, mais en respectant l'ordre rimbaldien.
Cette thèse s'effondre sous vos yeux ici dans mon article. "Solde" était un poème isolé, le manuscrit autographe de "Promontoire" faisait aussi partie du lot, la série de Rimbaud existe, mais n'est que de trois poèmes "Fairy", "Guerre" et "Génie", la série "Jeunesse" qui existe aussi est séparée. Il reste à travailler sur la transcription du titre "Jeunesse" lui-même.
S'il est au crayon, il n'est pas de Rimbaud !
J'ajoute que dans l'absolu "Fairy" pourrait être le I de II Sonnet et compagnie, et "I Dimanche" le début de la série poursuivie par "Guerre" et "Génie", je soumets l'hypothèse sans l'avoir éprouvée.
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