Dans la première partie de cet article, je suis revenu sur le cas du titre du recueil de Rimbaud : Illuminations ou Les Illuminations. Je pense qu'en effet au plan philologique le retour du titre avec article a du sens. Toutefois, j'ai fait remarquer qu'alors même que Cavallaro fait tout une élaboration de ce que doit être une démarche philologique bien entendue avec des arguments tels que "c'est à ceux qui veulent enlever l'article de prouver qu'ils ont raison, puisque tout a commencé avec l'article", etc. Sur tout ça, je suis d'accord, mais je remarque que derrière la façade de grand apôtre de la méthodologie, Cavallaro n'en a eu aucune dans le cas du déchiffrement du vers de "L'Homme juste" où il a escamoté la confrontation nécessaire aux "o" manuscrits, alors que j'y invitais en toutes lettres, où il a escamoté le problème de l'absence de virgule, où il a prétendu de manière complètement lunaire qu'un point transperçant le manuscrit du recto au verso donnait l'illusion à certains de lire un "u", quand il est manifeste qu'il y a un "u" et certainement pas un "e". En clair, on peut dresser des principes méthodologiques comme de beaux paravents et cela se retrouve dans son analyse du titre Les Illuminations, ,puisqu'à plusieurs reprises il dit qu'il est absurde de comparer comme le font Bouillane de Lacoste et Guyaux avec les titres sans article des poèmes. Certes, Guyaux s'est trompé quand il s'est fondé sur une édition récente des Poètes maudits où l'article "les" était en caractères romains alors que dans les éditions du vivant de Verlaine il est en italique et donc intégré au titre. Certes, Cavallaro épingle une erreur de Bouillane de Lacoste qui croit que Verlaine a écrit "Illuminécheunes", alors qu'il a écrit "les illuminécheunes". Et, certes, puisqu'on n'a pas le manuscrit de la main de Verlaine des Poètes maudits, on ne peut pas dire que même si Guyaux s'est trompé c'est forcément le prote de la revue Lutèce qui a mis en italique ce qui n'est peut-être pas souligné sur le manuscrit de Verlaine, ce serait retourner l'erreur en prétendant envisager une autre erreur éventuelle.
Mais là où je ne suis pas d'accord, c'est que, d'un côté, Bardel dit que quand Verlaine met l'article en caractères romains c'est qu'il ne fait pas attention : dans sa correspondance et dans une note ajouté aux Poètes maudits. C'est un moyen bien commode pour effacer la réalité des flottements de la part de Verlaine. La philologie ne doit pas s'accompagner d'une surimpression de petites déformations subjectives. La philologie est objective ou n'est pas ! Ensuite, Cavallaro comme Bardel minimisent la première mention connue de la main de Verlaine en faisant comme si le style télégraphique expliquait l'absence d'article, ce qui est faux ! Il n'y a aucune ellipse des autres déterminants dans la phrase "du sieur" (présence de l'article sous forme contractée), "sa Saison en enfer" (passage de l'article indéfini à un déterminant possessif). Et surtout, l'absence d'article est ostentatoire et concerne bien la désignation du titre "Avoir relu 'Illuminations' du sieur que tu sais [...]". Rien qu'à lire cet extrait, j'ai l'intime conviction que Verlaine a fait un peu vite fait d'une intention rimbaldienne réelle. Je ne vais pas me battre sur le sujet. Oui, Verlaine a mis en place un mouvement où l'article a été intégré au titre, avec sa mention "les Illuminations" dans Les Poètes maudits et il n'a rien fait contre ce titre en 1886, ni au-delà, et il l'a avalisée. Mais ce qui est insupportable, c'est cette morgue avec laquelle on prétend que le raisonnement en faveur de l'absence d'article ne s'appuie sur rien, ou s'appuie sur des arguments considérés comme dérisoires : les titres sans article des poèmes eux-mêmes (en général, puisque nous avons "Les Ponts", "A une Raison" et "Après le Déluge") et la toute première mention par Verlaine en août 1878 qui témoigne d'une information toute fraîche, probablement orale. Merci de ne pas refermer le débat et de ne pas tout verrouiller. Même si Guyaux ou Bouillane de Lacoste ont fait des erreurs en cherchant à démontrer la thèse d'une absence d'article, les deux arguments ont une valeur philologique en soi, et c'est sans doute ces deux arguments qui ont expliqué l'engouement pour le titre sans article des décennies durant.
Bardel et Cavallaro se réclament de la philologie, mais leurs écrits sont émaillés de considérations subjectives et intimidantes. A cause de Cavallaro, on a un avenir sombre sur l'édition d'un vers que j'ai déchiffré du poème "L'Homme juste". Bravo ! Il fallait le faire ! Parce que moi je vous le dis bien en face qu'il est écrit "ou daines" et pas ", de daines". Ce n'est pas de l'amour-propre pour sauver la démonstration de mon article, c'est les faits qui sont là.
Repassons au cas des manuscrits des Illuminations.
Le grand discours de Bardel est non pas de donner à lire une édition fac-similaire, mais de donner à voir les fac-similés des manuscrits. Or, jamais Bardel ne fait une synthèse de tout ce qu'il y a à voir dans les manuscrits. Il fait des tableaux sur les types de papier utilisés, les découpures, les paginations ou numérotation de poèmes (je pense à la série publiée par Vanier), etc., mais il laisse pas mal d'éléments en route.
Normalement, un bon travail méthodologique, c'est de faire la synthèse. Il y a autant de mentions des ouvrières typographes sinon ouvriers et autant de mentions du nombre de lignes effectuées, il y a une mention "Elzévir", il y a des paginations, il y a des soulignements de titres, il y a des signes à la marge, etc. Il y a des points après pas mal de titres ou après trois croix. Ce travail de synthèse n'a été fait ni par Murphy, ni par Murat, ni par Bardel, ni par Guyaux.
Je suis le seul sur ce blog à m'y attarder et je prévois de faire du coup la synthèse en un seul article.
Il y a évidemment aussi la prise en considération des objets utilisés pour écrire, encre de plume ou crayon, voire crayon de couleur, variation de l'encre brune.
Dans le livre Rimbaud l'Obscur, Bardel fournit une édition des poèmes, ce qui veut dire que nous devons avoir les poèmes et les titres. Or, Bardel ne reproduit pas les corrections, les variantes, les biffures. Il s'agit d'un texte toiletté. J'ai montré avec le cas de "Angoisse" que Bardel n'a pas effectué des transcriptions à partir des manuscrits. Il a pris une édition de référence, celle de Guyaux dans La Pléiade et il a recopié les poèmes de cette édition de 2009, ce qui lui permettait de ne pas faire plein d'erreurs de déchiffrement et de moins se fatiguer. Cela a entraîné une erreur de transcription au moins pour "Amour ! force !" que Bardel a rendu selon la lecture erronée de Guyaux et Brunel : "Amour, force !" S'il ne voulait pas déchiffrer patiemment lui-même les manuscrits, Bardel aurait dû au moins utiliser les éditions philologiques et critiques que visiblement il connait. L'édition critique de 2004 de Pierre Brunel fait des remarques sur l'établissement du texte, ainsi que son édition au Livre de poche. Il y a bien sûr le cas des éditions critiques de Bouillane de Lacoste. Bardel cite à plusieurs reprises l'édition chez Hazan de 1945, mais il cite aussi l'édition des Poésies de 1939. Donc, à côté de l'édition des oeuvres de Rimbaud chez Hazan, Bardel est censé connaître les éditions critiques Poésies, Une saison en enfer et Illuminations, à quoi adjoindre la thèse sur "le problème des Illuminations" et donc l'édition de 1945 chez Hazan. Il y en a d'autres des outils philologiques pour un meilleur établissement des textes de Rimbaud et Bardel les collectionne. Pourquoi ne pas les avoir utilisés en faisant ces deux éditions ? Mettons que Bardel ne veuille pas trancher dans le débat, il a tout intérêt à signaler à l'attention que le débat existe, notamment sur "Amour, force !" Je veux bien qu'on ne parle pas de problèmes clairement résolus, mais là il y a un point où Brunel admet qu'il y a encore débat.
A la fin de 2025, Bardel fait avec Oriol une édition fac-similaire, donc de consultation des manuscrits. Mais, moi, quand j'ai acquis l'ouvrage, je croyais que j'allais avoir en vis-à-vis des notes sur toutes les singularités. Pensez-vous ! Il n'y avait rien ! Cette édition de 2026 on a droit qu'à des essais et à des redites mille fois ressassées depuis l'article de Murphy de 2001. Puisqu'on n'avait pas les singularités dans l'édition de 2025, j'ai cru que ce serait dans le gros livre de 2026. Et non, il y a des points soulevés au petit bonheur la chance, aucune exhaustivité, aucune synthèse où on met tout en tableaux en le moins de pages possible avec une visée de clarté pour le lecteur.
L'édition des textes des poèmes est psychologiquement désastreuse. Comme ils doivent tous tenir sur une seule page pour faire face aux notes et être embrassés d'un seul regard, nous avons des textes qui n'ont pas tous la même taille de caractères. Cela donne une impression très négative. Les poèmes de Rimbaud ne sont pas respectés avec cette façon de faire. En subissant ces variations de taille, ils ne sont pas convoqués comme des poèmes, ils deviennent des souffre-douleurs. Je pense que c'est maladroit d'avoir procédé de la sorte pour un recueil de poésies dont on veut communiquer l'amour, la passion.
Il faut leur donner une aura.
Fatalement, Bardel publie donc le titre et le texte des poèmes à chaque fois. Mais je l'ai dit, pour le poème court qui suit "Being Beauteous", il fait suivre les trois croix en guise de substitut au titre d'un point : ce point figure aussi sur le manuscrit, mais le point figure à la suite de nombreux titres. Si Bardel met ce point, cela doit avoir une valeur informative. Or, elle est perdue dès lors que Bardel n'a pas reporté systématiquement tous les points que Rimbaud a mis à la suite d'un grand nombre de ses titres de poèmes ! Qui plus est, sa valeur informative est lié au soulignement par des cercles et des crochets des titres des manuscrits.
C'est le premier "point" absurde dans l'établissement du texte rimbaldien des Illuminations par Bardel.
Le deuxième point absurde, c'est la mention des initiales "A. R." de l'auteur au bas de la transcription du poème "Promontoire", d'autant que Bardel tronque la citation exacte : "A.R. (Illuminations)". Il ne cite pas non plus le haut du manuscrit. Il impose ce "A.R." comme autographe SANS LA MOINDRE RAISON VALABLE et sans permettre à son lecteur de juger sur pièce, sauf à se reporter à son édition fac-similaire parue en 2025, sauf que même dans celle-ci le point n'est pas commenté et le fac-similé a un manque de haute définition dans la qualité comme l'a signalé Jacques Bienvenu qui a fourni un fac-similé plus intéressant.
Ce "A. R." mais qu'est-ce qu'il vient faire là ?
Bardel n'a même pas intégré à ses transcriptions les diverses paginations ou les chiffres romains de la série Vanier ! Pourquoi ce "A. R." perdu au milieu de nulle part ?
Il faut s'attendre à une édition de Cavallaro où on aura "de daines" pour "L'Homme juste", "A. R" pour "Promontoire, un point après trois croix pour "Ô la face cendrée...", et bien sûr "outils" et "mène" dans Une saison en enfer, et sans doute le dizain "L'Enfant qui ramassa les balles..." considéré comme un poème de Rimbaud !?
Et j'allais oublier : "Amour, force !" dans "Angoisse".
C'est catastrophique. J'oublie quoi d'autre ?
Passons !
Pour "Jeunesse II Sonnet", Bardel n'a pas osé trancher sur l'apparence de "+" dans la transcription, il l'a conservé. Et surtout, il maintient le "et" pour "fraternelle et discrète" alors qu'il est manifeste qu'un "s" a été ajouté et qu'il est finalement écrit : "fraternelle est discrète". Mais, à la limite, Bardel revendique les difficultés que nous avons à établir le texte de ce poème précis. Je peux comprendre.
Et enfin il y a le dernier cas qui pose vraiment problème cette fois, celui de "Nocturne vulgaire". La difficulté de transcription du poème vient des incertitudes sur les retours à la ligne. Bardel opte pour une non-solution. Il retourne à la ligne, mais sans la marge d'alinéa. Et c'est d'autant plus gênant que sur le manuscrit à tout le moins on peut remarquer que si on ne prend pas en considération les tirets il y a un alignement des premiers mots dans ces retours à la ligne.
Je reviendrai ultérieurement sur les problèmes d'établissement des textes "Nocturne vulgaire" et "Jeunesse II Sonnet", je me contente de faire remarquer que je ne suis pas d'accord avec l'analyse de Bardel et les transcriptions qui en résultent, et surtout je fais remarquer que "Jeunesse II Sonnet" et "Nocturne vulgaire" rejoignent les anomalies de transcription du "point" après trois croix" et de la signature "A. R.". Il n'y a pas une harmonisation philologique générale des transcriptions dans l'essai 2026 d'Alain Bardel.
Pour le reste, je suis en train de lire le livre progressivement, je relis certains passages parfois. Mais je présente ci-dessous un lot de remarques sur des passages qui m'ont fait tiquer comme on dit familièrement.
Je commence par Gustave Kahn. Bardel se réjouit que Murat ait porté l'attention sur le fait que Fénéon n'a visiblement été inclus dans la préparation des Illuminations qu'à partir des numéros 7, sinon 8 des livraisons de la revue. Cela lui importe pour discréditer le témoignage de Fénéon, et je suis d'accord. Fénéon n'est pas intervenu sur la publication des numéros 5 et 6, et effectivement il n'a pas créé d'abord un ordre pour le renier ensuite dans la plaquette. Il est assez clair que Fénéon quand il intervient d'après les témoignages est celui qui a paginé uniquement la partie finale des publications par la revue La Vogue, celui qui a mélangé les proses et les vers, d'abord par des juxtapositions, livraison 7 contre livraisons 5 et 6, puis au sein d'une même livraison pour les numéros 8 et 9. Fénéon est le créateur de la plaquette et le discours qu'il fait qui est une lecture des poèmes à l'époque c'est le signe qu'il apportait une vision, erronée bien sûr et problématique, mais on comprend que cette ligne directrice ait ébloui les éditeurs.
Toutefois, en affirmant à raison que Fénéon est intervenu sur le tard, Bardel subit ici le contre-coup d'un nouvel argument contre la pagination autographe, puisque les numéros 5 et 6 ont une numérotation continue, tandis que la numérotation n'est que livraison par livraison ensuite. Et l'intervention tardive de Fénéon n'empêche pas de penser que les précédents meneurs de la revue fixaient un ordre aux poèmes. Que du contraire ! On n'a plus cette anomalie où Fénéon a créé deux ordres différents.
Je suis aussi tout à fait convaincu que la plaquette a été composée sans retour sur les manuscrits eux-mêmes, puisque effectivement il n'y a eu aucune correction.
En revanche, il y a deux points où j'ai du mal à comprendre l'assurance de Bardel. Le premier, c'est sur le cheminement éventuel des manuscrits de "Démocratie" et "Dévotion". La dispute a eu lieu entre d'Orfer et Kahn pendant la préparation de la sixième livraison nous précise-t-on. On sait que d'Orfer est parti avec les poèmes en prose que du coup Vanier va publier pour la première fois en 1895 à quoi ajouter quelques poèmes en vers. On comprend aussi un fait très intéressant ! C'est que d'Orfer est parti avec le manuscrit autographe de "Promontoire" et donc après qu'une copie de mise au propre ait été effectuée par la revue La Vogue, puisque Vanier a récupéré le manuscrit autographe de "Promontoire", s'interrogeant sur la question des variantes..., tandis que "Promontoire" a bien été publié par Kahn et consorts à partir d'une copie allographe en deux pages. Cela intéresse donc de très près la réflexion sur le rôle de Vanier éditeur, sur le cheminement des manuscrits et aussi sur le travail déjà avancé quant à la livraison numéro 8 au moment du départ de d'Orfer. Et je rappelle qu'il y a des corrections au crayon sur les manuscrits parvenus à Vanier qui sont comparables à des corrections au crayon qui se trouvent sur les manuscrits publiés par la revue La Vogue. On n'est pas dans l'anecdote futile sur les manuscrits, je ne pense pas !
Or, Bardel prétend que pour le ou les manuscrits de "Dévotion" et "Démocratie" ils sont probablement restés entre les mains de d'Orfer. Qu'est-ce qui peut étayer cet avis, alors que ce sont les deux derniers poèmes publiés par la revue La Vogue ? Gustave Kahn s'est accaparé les manuscrits de Verlaine qui lui étaient restés entre les mains et les a revendus à un petit groupe de collectionneurs. Mais, surtout, Kahn a conservé tous les manuscrits des livraisons 7 à 9, y compris la copie allographe de "Promontoire". Seule la copie autographe est restée entre les mains de d'Orfer. Pour dire que "Dévotion" et "Démocratie" sont partis avec d'Orfer, il faudrait que Kahn ait eu aussi des copies allographes de ces deux poèmes, non ? On a la copie allographe de "Promontoire", mais rien sur "Dévotion" et "Démocratie", donc le plus simple ce ne serait pas que la disparition des manuscrits de "Dévotion" et "Démocratie" viennent de Gustave Kahn ?
Ensuite, il y a une autre anomalie dans le raisonnement de Bardel. Fénéon est intervenu sur le tard, et pourtant Bardel lui oppose la qualité de Kahn en tant que "témoin irréfutable". Or, plus loin, on apprend sous la plume de Kahn lui-même que le manuscrit des Illuminations détenu par Le Cardonnel est passé entre les mains de deux frères nommés Fière, et que c'est Fénéon qui a expliqué le cheminement des manuscrits à Kahn, lequel a fait une démarche pour les récupérer dans l'espoir de les publier.
Heu ? Moi, je n'y crois pas un instant à ce témoignage, au rôle d'intermédiaire de Fénéon, et au fait que le manuscrit ait circulé comme l'écrit Kahn et au fait que les deux frères Fière l'aient eu entre les mains. Moi, j'en reste à une transmission minimale avec Charles de Sivry et Le Cardonnel. Là, le témoignage de Kahn, il sent l'imposture et la volonté de se mettre en avant à plein nez ! A plein nez ! Il vend les manuscrits de Rimbaud, il s'attribue une initiative pour récupérer les manuscrits par-dessus Verlaine et il s'attribue l'invention du vers-libre en faisant comme s'il n'avait pas publié "Mouvement" de Rimbaud. Il est frais, le Gustave Kahn ! Il est frais, ouais !
Il y a deux autres points dont je voulais parler qui ne me reviennent pas en tête pour l'instant. J'ai tout de même tiqué aussi sur une considération étrange de Bardel. Il dit que le recopiage sur une série homogène de papier à lettres est appliquée par opposition à d'un côté la version biffée de "Enfance I" et d'un autre côté les autres manuscrits. Je ne suis pas d'accord. Le recopiage raté de "Enfance" est directement fait sur le papier de la série homogène. Il y a eu un cafouillage, mais au nom de quelle logique dire que Rimbaud ne s'appliquait pas à ce moment-là à bien écrire ? Mais, surtout, Bardel dit que la série sur papier homogène a été recopiée en janvier 1875 en compagnie de Germain Nouveau qui a participé, tandis que les autres manuscrits sont bien plus anciens et doivent dater de la période londonienne passée avec Nouveau. Cette thèse aventureuse est en contradiction avec la démonstration de Bienvenu que Bardel approuve à raison : il n'y a pas de "f" doublement bouclés ou si peu dans la lettre à Andrieu d'avril 1874. Or, moi, j'ai jamais étudié les "f" sur les manuscrits, mais les "f" bouclés sont sur tous les manuscrits, la série homogène comme "Promontoire", "Génie", etc. Sinon la thèse de Bouillane de Lacoste ne vaudrait que pour une partie des manuscrits. Et cette contradiction patente du discours de Bardel doit nous rappeler ceci : un manuscrit moins soigné peut donner une impression d'ancienneté qu'il n'a pas forcément. Pensons que justement à cette époque-là, les explorateurs au Cambofge découvraient les temps khmers hindous et bouddhistes, et comme les temples bouddhistes étaient moins bien conservés ils pensaient qu'ils étaient plus anciens, alors que c'était l'inverse. Ils ont moins résisté au temps parce que construits plus hâtivement et moins rigoureusement qu'Angkor vat, etc.
Il faut se méfier d'une datation subjective des manuscrits en fonction de leur état actuel.
Voilà, c'est déjà pas mal pour une deuxième partie, et on avance vite, croyez-le bien. Je ne vais pas faire dix ou quinze parties de compte rendu.
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