mercredi 15 avril 2026

Avant-goût d'un compte rendu ample et sévère du livre Les Illuminations ou Rimbaud l'Obscur d'Alain Bardel

Voilà, j'ai entre les mains le chant du cygne d'une ère de la critique rimbaldienne. Combien à l'avenir aurez-vous de livres sur les poèmes en prose des Illuminations par un rimbaldien royalement reconnu dans les réseaux universitaires ? Antoine Fongaro, Sergio Sacchi, Antoine Raybaud et Bruno Claisse sont morts. Yves Reboul a pris sa retraite après un recueil de ses articles qui ne contenait que quatre études de poèmes en prose, il continue à publier des articles, mais pas sur le sens des poèmes en prose en général, et il ne fera sans doute pas d'autre livre. Une retraite similaire concerne Michel Murat dont l'étude des Illuminations, écartant l'interprétation au profit des questions de genre et de forme, date de 2003. L'édition révisée de 2014 n'avait de neuf que la partie inédite sur Une saison en enfer. Brunel a donné son édition critique en 2004 et Guyaux, en-dehors de son rôle d'éditeur à la suite de Suzanne Bernard chez Flammarion, ou à partir de 2009 dans la collection de La Pléiade, ne publie plus de livres depuis la décennie 1980 où il avait sorti une édition critique que je n'ai jamais consultée, son essai Poétique du fragment et le recueil d'articles moins connu Duplicités de Rimbaud. D'autres rimbaldiens sont décédés. Murphy est lui-même bien moins actif depuis un certain temps déjà et il n'a guère publié des interprétations des poèmes en prose de Rimbaud. Je ne sais pas si Alain Vaillant et Henri Scepi publieront un jour un livre sur Les Illuminations, mais cela ne semble pas s'annoncer au vu de leurs autres publications, au vu de leurs divers articles sur Rimbaud. Quant à Adrien Cavallaro, il ne s'agit que d'un cheval de Troie à l'envers. Il n'apporte pas d'analyses personnelles. Dès qu'il a été mis en codirecteur dans le Dictionnaire Rimbaud, du jour au lendemain les rimbaldiens ont cité abondamment ses articles pourtant sans véritable contenu inédit, et cela dès les notices réunies au sein du Dictionnaire. Il s'agit d'en faire un éditeur des poésies de Rimbaud, ancien élève de Guyaux, dans le but d'avoir un héritier de Guyaux qui lâche à peu près tout sur les points de débat philologiques et qui reste suffisamment inexistant quant à la qualité du commentaire des poèmes pour ne pas être un opposant sérieux. Bref, c'est de la politique et rien d'autre. On le voit avec l'attrape-nigauds de son article erroné sur "ou daines" corrompu en ",de daines" arbitrairement par Guyaux/Cervoni, puis donc Cavallaro/Murphy/Cornulier ou avec son article récent que je n'ai pas encore lu sur le  retour au titre Les Illuminations, selon une démonstration de toute façon mise en place par Murphy en 2004 et dont Bardel justement offre plein de nouvelles pages à l'appui dans l'essai dont nous allons parler ci-dessous.
Cet essai est donc le dernier de la génération des rimbaldiens qui ont décidé d'être l'élite du rimbaldisme au mépris des nouveaux. On pourrait les comparer à Izambard, le professeur qui, malgré les exploits scolaires de son élève, n'a jamais pris au sérieux ni sur le vif, ni sur le tard les poésies de Rimbaud, professeur qui ne commente avec "intérêt" si je ne m'abuse que ce à quoi il avait été confronté, les seuls débuts poétiques de Rimbaud. On pourrait parler de profil izambardélien, mais notons tout de même qu'Izambard, malgré son côté professeur qui méprise l'avenir dans la jeunesse, avait réussi à être apprécié de Rimbaud au point que celui-ci lui dise qu'il se tuerait pour lui s'il le lui demandait (ou un truc du genre) en novembre 1870. Il va de soi que jamais Rimbaud n'aurait pu dire cela de quantité de rimbaldiens qui se croient une génération dorée de ses interprètes.
Le livre de Bardel est comme le précédent essai sur la Saison publié aux Presses Universitaires du Midi, anciennement presses universitaires du Mirail, l'université toulousaine. Le titre est bien sûr fondé sur un calembour : Les Illuminations sont une suite de poèmes hermétiques, d'où l'idée d'expliciter la contradiction en faisant se rencontrer le mot "Illuminations" avec l'adjectif substantivé "l'Obscur".
La quatrième de couverture nous annonce un "texte annoté", de "brefs commentaires" avec le texte "en belle page". Il y a une introduction intitulée "Un livre en devenir" qui est à nouveau l'occasion militante pour Bardel de plaider la réalité d'un recueil organisé et paginé par Rimbaud en reprenant les arguments de Steve Murphy de 2001. En clair, l'introduction n'apportera rien à ce qui est déjà dit sur le site internet Arthur Rimbaud de l'auteur et l'annonce de "brefs commentaires" fait craindre là encore un problème de minceur de l'apport par rapport à la pléthore d'informations du site internet. Pourquoi ce livre inutile en-dehors de la perspective militante sur les manuscrits ? Il reste alors l'essai lui-même intitulé "L'Ecriture de l'énigme"'. On peut espérer que cette partie-là au moins apporte un plus au site bardélien. Mais la quatrième de couverture douche froidement les espérances : "Il montre que la très réelle obscurité du recueil n'empêche ni l'approche du sens, ni le plaisir du texte, dont elle multiplie la productivité sémantique et esthétique. Elle ne défie le lecteur que pour aiguiser son besoin de comprendre et satisfaire, de la part de l'auteur, son désir d'être compris." Bref, on louvoie avec un sentiment d'impasse. Par ailleurs, j'éviterais de parler de "productivité sémantique", anachronisme et contresens quant à la visée des Illuminations.
Alors, je m'intéresse immédiatement à la page intitulée "Remerciements". Le livre a bénéficié des "remarques et suggestions" d' "Adrien Cavallaro, Franck Galtier, Steve Murphy, Alain Oriol, Philippe Ortel et Denis Saint-Amand". Philippe Ortel doit être un professeur de lettres dont j'ai entendu le nom à l'université de Toulouse le Mirail si pas entre 1994 et 2000, au moins entre 2000 et 2009. Je ne connais pas Galtier. Oriol est lié aux éditions fac-similaires, et donc les remerciements vont à Steve Murphy essentiellement, puis à Cavallaro. Notez que celui-ci dans son article pour imposer la leçon erronée "de daines" remercie de la même façon Murphy et Cornulier pour leurs contributions à son article. Vous voyez le circuit fermé, quoi ! Et comme Cavallaro a été propulsé sans antécédents remarquables codirecteur du Dictionnaire Rimbaud, Denis Saint-Amand est un très jeune rimbaldien qui ne dit quasi rien quant au sens des poèmes et qui a été comme Frémy précipité codirecteur de la revue Parade sauvage. En clair, les remerciements témoignent d'une inféodation unique à Steve Murphy avec un faux-semblant d'ouverture à l'avenir, puisque Cavallaro est un cheval de Troie à l'envers pour achever la ruine de l'opposition de Guyaux.
Je m'intéresse ensuite aux pages du dossier "Orientation bibliographique", j'adore le mot "orientation" dans ce titre. Je n'y suis pas cité, et je m'y attendais, et à la limite ça m'arrange. J'ai publié des articles sur les poèmes en prose de 2000 à 2006 en gros dans les numéros 16 à 20 de la revue Parade sauvage et dans les actes des colloques de Charleville-Mézières de 2002 et 2004, à quoi ajouter l'article sur "Aube" dansd la revue toulousaine Littératures, et c'est une période où mes articles sortent certes du lot, mais ont beaucoup de défauts, de lacunes. Normalement, un rimbaldien malveillant et rusé s'amuserait à les citer. Ce n'est qu'à partir de 2006 avec mon article "Trajectoire du Bateau ivre" que j'ai été définitivement sur les rails. Mais, plus intéressant encore, je remarque que dans cette section le seul article de Bienvenu qui soit cité c'est celui sur la lettre à Andrieu du 16 avril 1874 dans un numéro paru en 2019 de la revue Rimbaud vivant. C'est remarquable. En clair, la principale opposition à la pagination autographe vient de publications sur internet de moi et de Jacques Bienvenu, et les articles de Bienvenu sur son blog Rimbaud ivre sont cités, même si c'est incomplètement, dans le Dictionnaire Rimbaud. Au nom du livre dans "bibliographique", on exclut les références internet de cette section. Il s'agit clairement d'une manière tendancieuse pour, sous des apparences de légitimité, minorer l'opposition à la pagination autographe des Illuminations. C'est un peu facile de dire qu'il ne convenait pas de mettre une référence internet dans une bibliographie ! Bardel n'ayant rien d'autre pour donner le change comme articles, il devait d'une façon ou d'une autre mettre cette référence dans des pages de ressources à consulter pour ses lecteurs...
Evidemment, il y a d'autres mentions dans l'ouvrage et pour les trouver il suffit de passer en revue les notes de bas de pages où les références sont mentionnées. Or, Bienvenu n'est cité pour la première fois si je ne m'abuse qu'à la note 99 dans l'Introduction, à la page 62, et cela pour la lettre à Jules Andrieu. En clair, Bardel ne cite pas une seule fois l'opposition explicite à la pagination autographe et à l'idée d'un recueil complètement mis au point par Rimbaud. Ce n'est pas normal. Par respect pour son lecteur, on doit afficher cela en début d'étude, et ne pas attendre de l'avoir endormi. Le traitement est volontairement minorant. Or, nous n'en sommes pas encore à la mention de l'article internet contre la pagination autographe ! C'est de la manipulation. Ce n'est pas normal d'organiser ainsi les références en créant des délais. Notez aussi que le lecteur inattentif va apprécier l'article de Bienvenu sur le recopiage des poèmes comme un argument supplémentaire parfaitement homogène à la thèse directrice de Murphy-Bardel du recueil organisé par Rimbaud, sans voir immédiatement que Bienvenu s'oppose à cette thèse. Les mentions de Bienvenu sont espacés l'une de l'autre sur ces deux sujets. Je me permets de ne pas trouver cela normal vis-à-vis des lecteurs. Jacques Bienvenu est enfin cité à la page 71 pour son article contre la pagination autographe. Bardel accompagne cela de la mention "(consulté le 10/01/2025") qui sous une apparence de rigueur sert aussi à fragiliser la valeur de la référence, puisque cela signifie que le texte peut être altéré et qu'il n'est pas tout à fait scientifique. Admettons que ce soit peut-être involontairement tendancieux pour cette fois. Mais Bienvenu n'est cité et salué que pour avoir montré que le repassage à l'encre de la pagination au crayon des neuf premières pages. Il est question d'un simple "billet", là encore une fois Bardel adopte bien une stratégie de minoration scientifique. Bardel ne cite pas le titre de l'article et aussi il se garde bien de parler d'un article en deux parties, ne renvoyant qu'à un article daté du 6 mars 2012, procédé de troncation déjà pratiqué par Murat qui avait été dénoncé ensuite par Bienvenu, puisque les deux parties forment un tout intellectuel et vu que c'est le sujet principal Bardel devrait clairement poser l'acte critique de l'article en deux parties de Bienvenu. Plus loin, à la page 75, Bardel cite enfin les deux articles, mais en réalité il ne cite pas les titres, il cite des pages en fonction de leur date de mise en ligne : "pages du 12 février 2012, du 6 mars 2012, du 18 décembre 2019" pour Bienvenu et deux pages miennes du présent blog sont également cités. Toutefois, Bardel y renvoie lacunairement et n'expose pas nos idées dans le corps de son "Introduction", énième procédé de minoration. Cette note fait partie d'un paragraphe dont la première phrase véhicule une ironie tendancieuse : "D'autres hypothèses que celle de Steve Murphy étaient imaginables et elles n'ont pas manqué d'être lancées."' Les italiques sont miennes pour bien signaler à l'attention la perfidie de la composition. Bardel déforme ensuite nos propos derrière un homme de paille : "Conscients que la numérotation des folios 12 et 18 n'a pu intervenir qu'après la pagination au crayon, ces critiques en viennent à l'hypohèse selon laquelle Félix Fénéon, responsable autoproclamé de la "pré-originale", aurait pu lui-même trafiquer les titres de Rimbaud pour constituer la série 'Veillées'. "
S'il est vrai que j'ai comme Bienvenu envisagé l'hypothèse que Fénéon ait pu lui-même créer la suite des trois "Veillées", outre que personnellement je n'ai en général jamais attaché d'importance à Fénéon lui-même, parlant plus vaguement des protes ou éditeurs de la revue, il est faux que nous soyons "conscients que la numérotation des folios 12 et 18 n'a pu intervenir qu'après la pagination au crayon", puisqu'au contraire et cela est formulé dans nos articles respectifs par moi et Bienvenu l'idée est que la pagination à l'encre s'explique par un débat entre deux protes qui tiennent l'un la plume l'autre un crayon. Les folios 12 et 18 ont été paginés à l'encre parce qu'au vu du papier différent il fallait certifier qu'il s'agissait de leur emplacement. Il y a une numérotation au crayon de la suite homogène à ce moment-là et à l'encre des deux papiers d'un format différent, mais dont les éditeurs pensaient qu'ils devaient former des suites intitulées "Phrases" et "Veillées". Il est vrai qu'une pointe extrême du raisonnement signifiait que les éditeurs eux-mêmes ont modifié le titre "Veillée" en III et qu'un argument de manipulation en ce sens apparaît sur "Jeunesse IV" avec la mention allographe au crayon non prise en considération à la fin "Veillées".
Plus honnête, prudent et nuancé que Bardel, je précise être revenu de cette pointe extrême que, de toute façon, il a bien fallu envisager au départ comme hypothèse de réflexion, et cela l'avait déjà été avant moi et Bienvenu, soit dit en passant. Par mes capacités de remise en cause, étrangères à un Murphy ou à un Bardel, j'en arrive à un résultat nuancé où la pagination n'est pas le fait de Rimbaud, mais la création de la série des trois "Veillées" avec l'idée de continuité entre les folios désormais paginés 18 et 19 si ! Obtus, Bardel en reste à l'idée que tout est de Rimbaud et qu'il n'y à réfléchir sur aucune difficulté. Son raisonnement, qui est en réalité celui de Murphy, a pourtant lui une incohérence flagrante : si c'est parce qu'il voulait créer les suites "Phrases" et surtout "Veillées", cela veut dire que les copies antérieures, forcément propres puisque paginées au crayon dans cette thèse, comportaient des textes distincts et comme le remplacement porte sur des manuscrits isolés, il faut trouver le manuscrit isolé original paginé 12 et le manuscrit originel paginé 18. Ce sont des copies au propre selon cette thèse. Il n'y a aucun manuscrit autonome du format de papier homogène dominant dans la série des vingt-quatre pages qui peut être identifié à une page 12 originelle ou à une page 18 originelle. Bardel veut nous faire croire que Rimbaud voulait créer des séries et en même temps supprimer les transcriptions originelles. Avec des "si" on met Paris en bouteille, comme on dit... C'est- justement la thèse de Murphy relayée par Bardel, Reboul et jadis Murat qui n'est pas cohérente ! Je rappelle aussi que si on pagine au crayon c'est en principe parce qu'il est loisible d'effacer ce chiffre ou de le cacher sous l'encre. Pour effacer du crayon, on utilise une gomme de nos jours, mais ça se faisait aussi avec de la mie de pain roulée en boule. Et si Rimbaud passe à l'encre pour les pages 12 et 18, il suffit alors de repasser tous les chiffres antérieurs au crayon à l'encre et de modifier à partir de la page 12 par-dessus le crayon. Rimbaud aurait pu décaler toute la pagination, les pages 12 à 17 numérotées au crayon étaient décalées d'un rang, puis les pages 18 à 24 de deux rangs, et on aurait un dossier de vingt-six pages.
Pourquoi Rimbaud n'a-t-il pas suivi une logique aussi élémentaire ? Où sont les pages 12 et 18 originelles ? Pourquoi auraient-elles été détruites ? La page 18 naît d'un remaniement des titres et de la création d'une série de trois poèmes, pas d'un accident où on remplace une page abîmée, puisque la modification est précisément sur le titre "Veillée" modifié en "III" du feuillet 19 qui n'est certainement pas remplacé puisque faisant partie de la suite sur papier homogène (numéroté qui plus est au crayon dans la thèse murphyenne).
Sur les cent pages d'introduction et sur tout le débat sur les manuscrits, voilà à quoi se résument les mentions des opposants récents que nous sommes, moi et Bienvenu. Evidemment, des arguments clefs ne sont pas précisés aux lecteurs. Seuls quelques-uns daigneront lire des "billets", des "contributions" sur internet, et seuls quelques-uns le feront sans prévention.
Passons à la suite.
Pour l'établissement du texte, Bardel laisse à désirer. Pour le poème "Angoisse", comme dans son édition fac-similaire, il écrit "Amour, force !" à la page 217, c'est une leçon qu'on retrouve chez plusieurs éditeurs et qui est préconisée par André Guyaux, lequel n'est pas un éditeur fiable comme on sait (", de daines") et il n'a déjà pourtant pas les faveurs de Murphy et Bardel. Cette leçon est aussi préconisée par Pierre Brunel dans son édition critique Eclats de la violence de 2004, page 469, mais sur cette même page la note 2 de bas de page livre une information préciser : "2. Albert Henry rétablit après "Amour" le point d'exclamation mis en doute par André Guyaux au profit d'une virgule. Cela reste très incertain."
Puisque Bardel vante l'intérêt de son édition fac-similaire en collaboration avec Alain Oriol à la fin de l'année 2025, il serait bon de profiter justement de cette consultation. Dans le court "Avant-propos" du présent livre Rimbaud l'Obscur, Bardel écrit ceci page 8 : "Ce livre doit être parcouru fac-similés grands ouverts, le lecteur étant prêt à se laisser porter d'un manuscrit à l'autre. Il apprendra ici où les consulter, sur papier ou sur écran ordinateur." Et cette phrase s'accompagne d'une note 3 de bas de page qui renvoie à une page de son site internet à partir de laquelle consulter tous les facs-similés disponibles en ligne. Notons toutefois que certains liens sont corrompus, ne fonctionnent pas ou ne renvoient pas au bon manuscrit, d'après mes consultations en 2025 et 2026.
Mais, puisque Bardel lui-même le demande au seuil de son livre, et que moi-même je vous y invite, allons consulter le fac-similé de "Angoisse" sur ce point précis.
 
 
Je précise que le lien pour le manuscrit de "Soir historique" est erroné, il ne figure pas dans le document en question du catalogue de la vente Bérès, Bardel ayant donné la référence du fac-similé de "Scènes" pour "Scènes" puis pour "Soir historique", et le catalogue de la vente Bérès ne donne qu'une page sur les deux de la transcription allographe de "Promontoire".
Des liens corrompus il y a peu semblent avoir été corrigés pour les liens de substitution concernant "Scènes" et "Soir historique".
Mais ce qui nous intéresse, c'est "Angoisse".
Vous pouvez y accéder de deux manières à partir de la page mise en lien ci-dessus, mais je vais vous fournir un lien ci-dessous à partir donc de mon propre article. Vous serez invités ensuite à utiliser la fonction "Zoom" disponible sur la page à laquelle renvoie notre lien, il s'agit d'une page fac-similaire du site Gallica de la BNF : Cliquer ici pour consulter le fac-similé du poème "Angoisse" et le passage "Amour ! force !" sur le site Gallica de la BNF ! 
 
J'identifie un "A" majuscule, car le "a" est de grande taille par rapport aux autres "a" de la transcription, et j'identifie un "r" à la fin du mot "Amour" sur le modèle précisément du "r" de la police de caractère employée sur ce blog. On n'a pas un "r" avec une retombée à la verticale pourtant commune à l'écriture cursive. Et, justement, après ce "r", il y a une barre verticale avec un petit tremblé d'écriture qui forme un point, un début de courbe à son sommet, mais une barre verticale qu'en aucun cas ! on ne peut confondre avec la fin de formation d'un "r" en écriture cursive, et en-dessous de de cette barre verticale on a un trait droit descendant oblique assimilable à une virgule. Or, il faut bien faire quelque chose de cette barre verticale. Et là, c'est cruel pour Guyaux et Brunel, mais c'est Albert Henry qui a raison. Je ris de lire l'avis de Brunel : "Cela reste très incertain", parce que de deux choses l'une : ou Rimbaud a rajouté la barre verticale pour transformer la virgule en point d'exclamation, mais sans retoucher la virgule pour en faire un point net, ou la prétendue virgule n'est qu'un accident de transcription pour un point d'exclamation. J'ai tendance à penser que c'est la première hypothèse la bonne, car la virgule est très marquée et le glissement de la barre verticale est fait dans un trou de souris.
Cette barre verticale est un fait discriminant suffisant pour dire que la leçon finale voulue par Rimbaud est le point d'exclamation, ce qui s'harmonise avec la partie symétrique directement antérieure : "(O palmes ! diamant ! - Amour ! force !" Le cafouillage est étonnant, on peut penser à des hésitations sur le modèle de "Génie", une volonté de prédication latente : "Amour, tu es une force" qui peut se rendre par "Amour, force !" ou bien "Amour : force !", mais conscient que cette prédication s'harmonise mal avec ce qui précède, Rimbaud a clairement opté pour un point d'exclamation.
Je vous laisse vous ranger dans l'un ou l'autre camp :
 
Amour ! force ! la solution des plus anciens éditeurs et rimbaldiens, Albert Henry, David Ducoffre
Ou bien
Amour, force !  la solution qui me fait bien rire : Guyaux, Brunel, Bardel, Murphy, Cavallaro, Saint-Amand (ils sont catalogués comme coauteurs dans les remerciements avec toutes leurs remarques et suggestions...)
 
Bardel invite à bien se confronter aux manuscrits. Ici, il est manifeste qu'il n'en a jamais rien fait ! Il ne choisit pas une réponse, puisqu'il n'expose même pas le problème. En clair, Bardel a fondé sa transcription sur l'édition de Guyaux sans la confronter aux manuscrits, alors qu'en préparant ses deux livres Bardel aurait dû faire sa propre transcription à partir des manuscrits, puis confronter son résultat aux versions imprimées de référence...
Bardel aurait pu aussi consulter les notes sur les manuscrits de l'édition critique de Brunel. Même ce travail plus simple n'a pas été effectué. Je suis en train de clairement vous montrer que derrière les apparences d'un travail titanesque Bardel a pris à peu près tous les raccourcis du travail désinvolte et négligent. Il parle de consulter les manuscrits poème après poème, je vous prouve qu'il n'en fait rien, mais lui daube superbement les études où moi sinon Bienvenu scrutons attentivement ces manuscrits. Vous m'excuserez de penser que c'est une vérité qui fait mal. Et ça fait d'autant plus mal que dans les remeciements Bardel mentionne Cavallaro qui se vante de bientôt produire sa propre édition, l'édition "de daines" bien sûr ! Et il mentionne Murphy, le réputé tâcheron de l'analyse minutieuse du moindre détail manuscrit. Cerise sur le gâteau, Bardel et Murphy ratent une occasion de se moquer des problèmes de compétence d'André Guyaux.
Voilà les vérités.
Je remarque que pour la mise en page des poèmes Bardel change de taille de police de caractères selon l'ampleur des textes, ce qui est assez déconcertant. "Après le Déluge" et "Conte" font partie des transcriptions en petits caractères, tandis que les cinq "Enfance", "Parade" et "Antique" sont en grands caractères, par exemple. Ce n'est pas très heureux.
Mais je voudrais citer un autre cas amusant, celui du poème court qui suit "Being Beauteous". Bardel le cite avec ses croix en guise de titre, mais en les flanquant du point de fin de transcription : "xxx."  Je vous cite deux extraits du commentaire en vis-à-vis (page 164) : "On a souvent considéré ce bref poème comme le paragraphe final de "Being Beauteous" et les trois petites croix comme une séparation entre deux parties. Mais, les deux textes sont à l'évidence des poèmes indépendants. [...] Certains éditeurs considèrent les trois croix qui séparent ces lignes des précédentes sur le folio 7 du manuscrit, du fait qu'elles sont suivies d'un point, comme une sorte de titre." Cet argument du point, c'est surtout moi qui l'ai avancé, mais je m'en suis servi aussi dans le débat sur les interventions allographes sur les manuscrits des Illuminations. Et c'est là que vient l'anomalie criante. Dans ses transcriptions, Bardel ne met jamais de point après les titres des poèmes, alors qu'il le fait ici pour les trois croix. Or, il y a plein de titres de poèmes qui sont suivis d'un point. En clair, Bardel n'aurait jamais dû mettre un point après ces trois croix, et il n'a surtout rien compris à mon raisonnement auquel il fait implicitement allusion. Le point signifie clairement que les trois croix sont un substitut de titre, puisque Rimbaud ponctue ainsi d'autres de ses poèmes ou bien il allonge d'un trait horizontal la dernière lettre, le principe de ponctuation des titres est employé par Lemerre au sujet des titres de recueil de poètes sur ses pages publicitaires et par Rimbaud dans les surtitres de l'Album zutique : "Les lèvres closes." par exemple. Or, les éditeurs ont entourés les titres sur les manuscrits, au crayon qui plus est, et ils n'ont pas entouré les trois croix, et à cause de cela le poème a été publié initialement et pour longtemps comme la fin de "Being Beauteous", et Murphy était avec Reboul et d'autres partisan de lire ce paragraphe comme la fin de "Being Beuateous" contre Guyaux. Et le point prouve que c'est bien un poème à part avec un substitut de titre des trois croix, parce que justement il y a une divergence entre le soulignement des titres par les éditeurs et le fait que Rimbaud en personne mette si souvent un point après son titre. Reportez-vous aux fac-similés comme vous y invite Bardel lui-même.
Plus haut, vous avez le lien pour les titres "Angoisse" et "Métropolitain" qui justement sont tous les deux suivis d'un point !
Encore une lacune d'analyse des manuscrits dans l'essai de Bardel ayant pourtant profité des "remarques" de Cavallaro et Murphy !
Il y a un moment où vous devez sentir que ça fait beaucoup de lacunes pour des maîtres exclusifs de l'étude des manuscrits rimbaldiens !
Je n'arrête pas de montrer des lacunes dans leurs observations.
Alors, je n'en ai pas fini avec ma recension de ce livre, une grande étude va suivre, mais je voulais aussi donner un avant-goût au sujet des interprétations.
L'avant-propos commence par une citation de Tzvetan Todorov où il est question de cesser de s'interroger sur "Le pavillon en viande saignante" et Bardel y revient au tout début de son essai "L'écriture de l'énigme" où il consacre de premières pages au cas du poème "Barbare" (pages 261-262), et il y revient encore ultérieurement. Bardel se range à l'idée de Bivort qu'il s'agit d'une métaphore usuelle pour le ciel, ce qui est assez vrai, mais comme vous l'avez vu sur mon blog il y a une nuance subtile. Ici, le "pavillon" est déclaré en "viande saignante", il ne s'agit pas de n'importe quel ciel, d'un simple couchant non plus. Bardel dit que Rimbaud crée la métaphore "pavillon en viande saignante" pour un couchant et qu'il y superpose ensuite des images d'activités volcaniques. Or, mon raisonnement est tout autre, "Le pavillon en viande saignante" n'est pas la métaphore non explicite d'un ciel au couchant, mais elle est une métaphore formulée avant l'élément concret qu'elle représente et qui est cette activité éruptive : "Les brasiers pleuvant aux rafales de givre... les feux à la pluie... Les brasiers et les écumes..." Le signifiant et le signifié pour parler à la manière de Saussure et consorts sont tous les deux énoncés en toutes lettres dans le poème. Il n'y a pas une métaphore où la référence est à aller chercher dans sa culture, la référence est en toutes lettres dans le poème.
Ensuite, à la page 220, en vis-à-vis à une transcription du poème, Bardel commence un commentaire où il affirme que le poème "projette d'abord le lecteur à la fin des temps, dans un au-delà du monde", lequel correspond on ne sait pourquoi à un "décor arctique". C'est faux ! Rien de tel n'est dit dans le poème. Le décor polaire est suffisant pour dire que nous sommes dans un cadre situé "Bien après les jours et les saisons, et les êtres et les pays". Il n'y a rien qui justifie de parler d'un "au-delà du monde", surtout si le décor est localisé comme "arctique", ni d'une "fin des temps". C'est de la surinterprétation en roue libre.
A propos de "A une Raison", sur la question du temps justement, Bardel croit pertinent d'opposer le discours des enfants entre guillemets à celui du poète. Mais que comprend Bardel à la dénonciation du temps comme fléau et est-ce qu'il a raison de penser les choses ainsi ?
Tout cela on va y revenir. Je ne perds pas de vue que les transcriptions de "Jeunesse II Sonnet" et "Nocturne vulgaire" de la part de Bardel sont elles aussi très déconcertantes.
Cet avant-goût du compte rendu à venir n'est pas amer, puisque clairement nous arrivons enfin au chant du cygne. Oui, il va y avoir le "dernier couac" de Cavallaro, et en effet il ne faut jamais négliger l'adversaire qui a toujours une capacité de rebondir, mais Cavallaro comme son nom l'indique il va chevaucher tout seul à un moment donné. Ce qui est important, c'est que c'est la fin de l'ère Murphy-Reboul-Brunel-Guyaux-Bardel etc. Et moi, je m'en réjouis. J'en ai marre, je veux le retour du rimbaldisme de haute intensité. J'ai confiance en l'avenir. Les autres seront considérés comme des clowns par la postérité avec "de daines" et avec toutes les démonstrations que je fais présentement de leur insuffisante attention à des manuscrits qu'ils se prétendent les seuls à dominer.
Vive le renouveau, à bas les vieilles énormités crevées.

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