Pris par la maladie, je n'ai pas pu poursuivre comme je le voulais ma série qui partait des modèles romantiques Lamartine, Hugo et Vigny, mais je peux quand même donner ici une synthèse d'idées.
Je faisais remarquer que Victor Hugo se vantait de moderniser l'ode en la rendant plus efficace à partir d'une construction dramatique de récit. Notez que Vigny dans une préface ultérieure se vantera d'avoir inventé des poèmes qui sous une forme dramatique développent une grande idée "philosophique". Cette idée du drame ne va pas se maintenir chez Rimbaud. En 1870, la technique dramatique concerne assez peu "Soleil et Chair", elle concerne surtout "Le Forgeron" et "Roman". L'écriture dramatique est encore tout de même présente dans "Paris se repeuple", "Les Premières communions" et même dans "Les Chercheuses de poux" et elle enrobe en effet à tout le moins "Le Bateau ivre" parmi les productions les plus révolutionnaires de Rimbaud.
Il y a une autre idée clef dans la première préface hugolienne, avec la poésie comme étant tout ce qu'il y a d'intime dans tout. Cela peut paraître un mot d'ordre un peu vain, mais cela convient à Rimbaud et ses prétentions de "voyant".
Les rimbaldiens cherchent à remplir d'un contenu intellectuel cette théorie du "voyant", et s'ils ne pensent pas à l'idée du "voyant", ils cherchent à remplir d'un contenu intellectuel la dynamique ésotérique des poésies de Rimbaud : Saison, Illuminations, "Voyelles", vers du printemps et de l'été 1872, et divers poèmes première manière. Ils cherchent un petit peu la vérité que prétendait détenir Rimbaud et dont il nous narguait quelques fois. De "Credo in unam" à "Vagabonds", quelle peut bien être cette vérité solaire ? Pourquoi dire qu'on veut cribler le temps comme fléau dans "A une Raison" ?
En réalité, Rimbaud ne fait qu'affirmer l'intime de son ressenti à travers des réseaux métaphoriques qui arrivent jusqu'à lui et qu'ils retravaillent en fonction de ses accords et désaccords avec le monde ou avec les autres poètes.
Vénus est une déesse de l'amour, et la métaphore du soleil vient de ce que Rimbaud en tant qu'être humain, qui plus est être humain confronté plus à l'extérieur que les gens de la seconde moitié du vingtième siècle, et a fortiori que la jeunesse du vingt-et-unième siècle, goûte particulièrement l'impression positive que procure sur l'être le retour progressif des jours chauds au printemps et leur effet épanouissant l'été. Il en fait une religion-philosophie tout simplement. On est bien dans le tout ce qu'il y a d'intime dans tout. Rimbaud ne va pas raisonner scientifiquement cet intérêt de l'être pour le soleil, il va en faire le moteur intime de toutes les aspirations de l'être en harmonie avec la Nature perçue comme le Dieu auquel on appartient. Mais Rimbaud va délester cela de la religion. Hugo et d'autres admirent en même temps la Nature et la foi religieuse chrétienne. Rimbaud va définitivement séparer les deux. Et à cette aune, il va pouvoir se dire plus voyant que ceux qui se trimballent les "vieilles énormités crevées". Rimbaud est dans un rapport immédiat au monde où il ne ressent point la présence et la nécessité du Dieu chrétien. Il identifie cela à une supercherie. Rimbaud va aussi privilégier son individu contre la famille. C'est normal. Il se révolte contre la mère et n'a pas une bonne opinion de son père. On peut estimer également que la mère de Rimbaud a construit un rapport de mépris pour les oncles, la famille un peu éloignée, etc., ce qui fait que Rimbaud a beau descendre de son père et de sa mère, l'idée de la famille ne le touche pas vraiment et il arrive aussi à suspendre l'idée de n'être qu'un membre interchangeable de la société. Au plan scientifique, Rimbaud devrait se dire que ses gènes viennent tous de ses deux parents et ne le différencient en rien des autres humains. Mais, l'idée d'être en butte au plan des idées à la famille et à la société, et la facticité émotionnelle des rapports sociaux et familiaux, puisque Rimbaud doit bien constater que la cellule d'amour privilégiée entre parents et enfants ne va pas de soi, tout cela fait que Rimbaud va se privilégier comme être humain à part, mais admettant faire partie du genre humain ça devient lui qui possède une vérité que les autres n'ont pas comprises. Pour moi qui ai du bon sens, c'est que ça les bases de Rimbaud qui font qu'ils prétendent à une vérité supérieure de "voyant". Rimbaud parle aussi d'abolir le temps et d'accéder à l'éternité. L'éternité est un concept bancal de toute façon, et l'éternité ça va être comme le montre le poème des "Fêtes de la patience" qui porte ce titre l'immédiateté d'un rapport au monde où chaque jour lance quelque chose de nouveau. L'éternité est dans le constat que la relance est continue à travers les cycles, ici du jour et de la nuit. Rimbaud veut dénoncer un certain type de "temps", celui qui fonctionne comme un carcan, comme on le voit dans "A une Raison", "Barbare" et "Guerre". Il dénonce le temps pénétré des ordres mensongers et aliénants de la société, du christianisme, etc. Il ne faut bien sûr pas chercher une métaphysique sur le temps dans les poèmes. Ce rapport intime à la réalité est évité par les rimbaldiens qui préfèrent identifier que tel poème développe tel argument communard contre telle théorie réactionnaire, etc. Et vu qu'il reste l'énigme des prétentions de Rimbaud, pleins de rimbaldiens parlent de manière assez dérisoire d'une poésie hermétique, mais dont l'hermétisme est un défi et qu'en cela c'est déjà très bien que nous le comprenions ainsi. Mouais, bof ! C'est du charabia ! C'est des pirouettes qui ne sauvent aucun meuble !
Je parlais aussi récemment du problème du récit "Alchimie du verbe". Les poèmes inclus témoignent eux-mêmes d'échecs du poète. Etrangement, les rimbaldiens n'ont pas l'air de comprendre qu'il est anormal que le discours des poètes alchimiques commentent leurs propres impasses et insuffisances. On peut avoir la mise en abîme du romancier qui écrit sur ce qu'il est en train d'écrire, mais le poète ne peut pas composer un poème qu'il veut une réussite alchimique où il dit qu'il n'y arrive pas.
Notez que cette perspective est intéressante pour contester que les poèmes contenus dans "Alchimie du verbe" soient si contestés que ça dans le corps du récit "Alchimie du verbe". Rimbaud écrit : "Pleurant, je voyais de l'or et ne pus boire." Il n'écrit pas cela en marge du poème, il en fait le dernier vers du poème qui illustre pourtant le ratage passé d'une tentative d'alchimie du verbe. Est-ce normal ? Je pose la question.
Mais cela revient aussi à se demander que veut dire Rimbaud par l'alchimie du verbe. Il métaphorise ou bien il botte en touche quand il dit régler chaque consonne. Cornulier en est à dire que les couleurs voyelles ne sont pas le résultat, mais les outils avant l'expérience alchimique, mais est-ce que Cornulier a raison de croire que si les couleurs-voyelles ne sont pas le résultat elles sont les outils ? Moi, je ne le crois pas.
J'avais beaucoup de choses à écrire, à analyser, mais là je suis fatigué, donc on va arrêter là la série des rois mages qui se termine donc sur un article "Rimbaud fils du soleil". Hé ! Moi, je sais mettre en place un dispositif et étonner mes lecteurs. Il y a plein de trucs à la Montaigne que vous n'identifiez certainement pas dans ma manière de rédiger mes articles. La preuve que vous ne le soupçonnez pas, c'est qu'on a beau vous dire qu'il vaut mieux pour vous que vous reconnaissez que j'ai mis des points sur les "i" ou que j'ai contesté vos thèses, vous persévérez dans le déni, le dédain et tutti quanti. Vous croyez que j'ai été mis à la marge. Or, vous vous trompez. Je suis cité encore en 2026 dans vos revues, donc ça fait une forme de renvoi, et si vous vous dites que le principal c'est le barrage que vous faites en quoi vous êtes aidés parce que je ne publie plus dans vos canaux, ben non, vous faites une erreur énorme d'appréciation. Vous accumulez le dossier de vos dénis, donc vous affermissez la valeur de ma dénonciation globale. Tout le monde peut voir qu'effectivement vous êtes dans le refoulement massif. Et ne soyez pas débiles : "il est cité dans la Pléaide !" Ne soyez pas débiles. Je passerais bien d'être cité dans la Pléiade quand je vois que ce qui y est cité est contesté et déformé et minimisé et ramené à la portion congrue. Mais ce que vous ne comprenez pas, c'est que vous avez affaire à un tout et que, désormais, il est de notoriété publique que vous n'êtes pas franchement malins et que vous ne travaillez pas pour diffuser l'amour de la poésie de Rimbaud.
Vous laissez passer "de daines", ce n'est pas votre problème, votre rôle ? Mais vous êtes un con ! Il ne faut pas chercher plus loin. Vous avez tu vingt ans de réflexions sur Rimbaud en les minimisant et tout ça va vous déborder maintenant, mais vous êtes cons. Il faut marquer qu'on voit venir les choses, c'est capital, non ?
Vous vous êtes construit dans le nombrilisme de vos deux vieilles générations, mais vous trouvez ça beau qu'il n'y a pas de nouvelles générations passionnées de lectures ! Ah ! ce n'est pas votre faute ? C'est sociétal ! Mais, oui, c'est sociétal ! Vous n'aviez pas dans votre jeunesse un hypocrite certes, mais un philosophe qui vous parlait de la mauvaise foi pour ne pas voir sa responsabilité. Comment il s'appelait déjà ? Sartre ! Il ne valait pas grand-chose, mais son concept de mauvaise foi ramené à des proportions plus relatives n'était pas si erroné que ça.
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