mardi 8 décembre 2020

Glatigny, une tête de faune en 1872, début d'une recherche !

En 1936, Jean Reymond, "Docteur de l'Université de Paris", a publié un ouvrage intitulé Albert Glatigny. La vie - l'homme - le poète. Les Origines de l'Ecole Parnassienne (Paris, Librairie E. Droz). C'est cet ancien ouvrage que je suis en train de consulter régulièrement ces derniers jours. Le chapitre XIV de cet ouvrage s'intitule : "Gilles et Pasquins. - Les poèmes du Rappel" et il traite des poèmes du dernier recueil publié par Glatigny. Je voudrais déjà en citer le premier paragraphe qui inclut quelques citations :
Gilles et Pasquins parurent en juin 1872, chez Lemerre. Dans sa courte dédicace à Camille Pelletan, datée du 15 juin 1871, Glatigny dit que son livre "devait prendre sa volée, en moineau franc, gouailleur et joyeux, vers les premiers jours d'octobre 1870. Le siège de Paris, les sinistres événements qui ont précédé et suivi la chute de la Commune ont retardé son apparition". L'auteur ajoute qu'il a "dû supprimer quelques pièces qui, lestes et gaies au moment de leur éclosion, auraient une lugubre portée aujourd'hui."
Ce paragraphe a l'intérêt de mettre en relief la relation privilégiée de Camille Pelletan au poète Albert Glatigny à cette époque, des relations pas forcément d'amitié, des relations sans doute avant tout littéraires, mais des relations clefs tout de même. Evidemment, l'énigme est du côté de la relation de Pelletan à Rimbaud. Les deux poètes ont dû échanger au sein du Cercle du Zutisme et au moment des poses pour le "Coin de table" de Fantin-Latour, mais il faudrait aussi enquêter sur les relations entre Pelletan et Rimbaud à partir du mois de mars 1872. Ceci dit, les poèmes de Rimbaud que nous songeons le plus pour l'instant à rapprocher de l'œuvre et de la vie littéraire de Glatigny semblent dater des mois de février et de mars 1872 : "Tête de faune", "Les Corbeaux", ou essentiellement du mois de mai de 1872 avec le cas du poème "Chanson de la plus haute Tour" en tête. Et Rimbaud n'avait pas besoin d'être en bons termes avec Pelletan pour composer les poèmes en question. Mais il restera un petit supplément avec le cas Pelletan, sa qualité d'informateur potentiel auprès de Rimbaud à partir de septembre, sinon octobre 1871 jusqu'au début du mois de mars 1872. Rimbaud s'intéressait à la poésie de Glatigny en 1870 et, une fois à Paris, il faisait partie d'un cercle de poètes liés à la presse littéraire d'actualité. Blémont, Valade, Aicard, Pelletan et d'autres encore discutaient forcément des disputes artistiques du moment, des déboires de Glatigny et de ses publications. Nous ne sommes pas dans une situation où il nous faut nécessairement supposer que Rimbaud, s'il savait quelque chose de précis sur Glatigny, le devait à ses recherches. Cela venait à lui, directement ! J'ai aussi cité ce premier paragraphe, parce que Glatigny y déploie une métaphore de l'oiseau-livre qui me fait songer aux "fauvettes de mai" du poème "Les Corbeaux". Glatigny parle d'un livre qui aurait dû "prendre sa volée" en 1870. On apprend que certaines pièces ont été supprimées pour l'édition de juin 1872, à cause de la note lugubre que jetteraient sur eux les événements récents. Je trouve que c'est la note même du début de la prière aux corbeaux dans le poème de Rimbaud : "Laissez les fauvettes de mai [...]".
La dédicace à Camille Pelletan ouvre le recueil et pourrait tenir en une seule page. Jean Reymond l'a presque citée intégralement. Les métaphores des oiseaux sont courantes chez Glatigny. Dans un des poèmes du recueil, les "moineaux francs" sont des bohémiens, et, dans le "Prologue", Glatigny se présente en "vieux rossignol" et qualifie les "poètes nouveaux" de "merles étourdis".
Mais il faut préciser encore d'autres points. Glatigny a supprimé quelques poèmes, mais il publie en "appendice" un complément de cinq poèmes, parmi lesquels "La Presse nouvelle" paru en plaquette. Et la surprise, cette fois, c'est que, dans le texte en prose introductif, nous avons la métaphore des "mouches" qui "bourdonnent", métaphores des "hommes de l'Empire" "qui rebondissent sur le tremplin". Les mouches sont présentes dans "Chanson de la plus haute Tour" et bien sûr dans "Voyelles". Je cite le premier paragraphe de cet appendice daté du mois d'avril 1872, où je relève encore la mention des "fanfares insolentes" qui, au passage, tend à confirmer que contre tous les rimbaldiens j'ai raison dans mon interprétation des "fanfares d'héroïsme" du poème "Barbare" :
En corrigeant, après deux ans d'interruption, les épreuves de ce volume, nous nous demandions si nos innocentes plaisanteries, peut-être de mise avant le 4 septembre 1870, ne paraîtraient pas s'adresser à des gens tombés à terre, ce qui eût été peu généreux; mais les hommes de l'Empire sont tombés à la manière des clowns, et les voici qui rebondissent sur le tremplin; leurs journaux sonnent des fanfares insolentes, ils se targuent d'une prochaine restauration, et leurs mouches bourdonnent fétides et noires. Nous laissons donc à notre livre son allure première, et nous le complétons, sans remords, par ces cinq pièces récentes et conçues dans la même gamme que leurs aînées.
Il va de soi qu'il n'est pas question de prétendre que les écrits en prose datés d'avril ou de juin d'un recueil publié en juin 1872 ont pu être les sources de poèmes écrits par Rimbaud en février ou mars 1872, "Les Corbeaux" ou "Voyelles", mais il faut procéder calmement dans cette patiente enquête.
Pour l'instant, poursuivons quelque peu. Dans son ouvrage, Jean Reymond nous livre d'autres informations importantes sur la genèse du recueil Gilles et Pasquins et aussi sur les poèmes qui n'y figureront pas, mais qui furent publiés dans la presse.
Au début de son chapitre XIV qui concerne donc l'ultime recueil de Glatigny, Jean Reymond précise ceci en note 1 de bas de page 363 : "Les poèmes ont été composés de 1861 à 1871, mais la plupart datent des années 1868 à 1870. Glatigny avait tout d'abord l'intention d'intituler son recueil Fantoches, comme en témoigne une lettre qu'il écrivait, du théâtre de Rennes, à un ami, probablement vers la fin de l'année 1861." La note 2 au bas de la même page 363 concerne les cinq poèmes en supplément dans l'appendice : "Les quatre premiers sont de septembre 1871 et le dernier, de mars 1872." Ces informations ne suffisent pas encore, mais l'ouvrage est enrichi d'une "Bibliographie" organisée en plusieurs sections, un peu à la façon de certaines bibliographies complexes qu'on peut trouver dans les livres d'universitaires historiens. La section A s'intitule "Œuvres de Glatigny publiées de son vivant". L'ordre suivi est chronologique avec une mention en gras des années pour que nous puissions rapidement nous repérer. Je me suis évidemment intéressé au détail des publications en 1869, 1870 et 1871. J'y reviendrai ultérieurement, il y est question de Veuillot, de Belmontet, de prépublications de certains poèmes des Gilles et Pasquins dans la revue Le Charivari. On apprend les dates de publication du Journal de l'an d'un vagabond ou d'une édition réunissant Les Vignes folles, Les Flèches d'or et Le Bois en 1870. J'ai pu découvrir dans le numéro du 22 avril 1870 du Charivari un poème inédit intitulé "La Chasse au complot" où il est question de l'empire, de "reine Hortense", d'Ollivier et Pietri, etc. Il y aurait d'autres éléments à signaler à l'attention, mais, en septembre 1871, c'est à nouveau dans Le Charivari que Glatigny a publié trois des cinq poèmes de l'appendice du recueil de juin 1872 : "A Pierre Véron", le 7 septembre 1871, "Dans les maquis" le 12 septembre et "Versailles" le 24 septembre. Rappelons que Rimbaud arrive à Paris pour rejoindre Verlaine et bientôt la troupe zutique à la mi-septembre de cette année-là, tandis que Pierre Véron est un éditorialiste anticommunard du journal Le Monde illustré où Coppée faisait paraître des prépublications de poèmes des Humbles et une série de dizains intitulés Promenades et intérieurs, toutes productions poétiques de Coppée qui ont alimenté la verve zutique en octobre et novembre 1871.
Evidemment, il ne faut pas rêver de sources inespérées qui jettent leurs lumières d'un coup sur des poèmes de Rimbaud. Il me faudra du temps pour traiter toutes ces informations de toute façon. En novembre, Glatigny a ensuite collaboré au journal Le Rappel. Nous y trouvons cinq poèmes inédits : "Talons rouges" (1er novembre), "Amnistie" (le 6), "Dame Censure" (le 8), "La Colère des bons journaux" (le 12) et "La Nouvelle guillotine" (le 23). En décembre, dans la revue L'Artiste, Glatigny a également publié un poème de 76 alexandrins sur Pierre Corneille. Ces contributions viennent sans aucun doute tard pour envisager une quelconque influence sur les productions zutiques par exemple, mais c'est intéressant d'avoir un peu la note des railleries littéraires de la presse d'époque. Le poème "Talons rouges" s'attaque, par exemple, à Veuillot. Considérant la datation "mai 1871" suspecte au sujet de "Paris se repeuple", je ne trouve pas vain de faire des rapprochements avec le poème "Amnistie". Le recours aux octosyllabes semble prédominer dans cette section "Fifres et sifflets" que Glatigny a offerte au Rappel, sinon des vers plus courts encore comme dans le cas de "Dame Censure" avec des quatrains aux trois vers de six syllabes, mais aux vers de quatre syllabes conclusifs des strophes. Au passage, on relève une occurrence du possessif "nos" à la rime, procédé qui, de mémoire, a été exploité par Béranger dans un chanson, mais ce procédé est évidemment exceptionnel dans les vers de poésie littéraire. Rimbaud a exploité la césure sur le possessif "Son" dans le poème "Honte" en rejetant le nom monosyllabique "Nez", et ici Glatigny exploite la suspension du possessif dans un poème sur la censure :
[...]
Comme ils surveillent Nos
          Affreux journaux.
Et on note que, plus bas, dans le poème, le motif du nez mutilé par la censure est aussi exploité par Glatigny :
Le Censeur des naissances,
Dans ses toutes-puissances,
Pourra biffer le nez
       Des nouvea[u]-nés.
Le poème "La Colère des bons journaux" cite Pelletan, Veuillot, parodie comme Rimbaud dans "Rages de Césars" un passage célèbre des Châtiments et il offre aussi le vers "En tapinois" qui vous fera penser au poème "Fête galante" rimbaldien de l'Album zutique. Le dernier poème publié alors dans Le Rappel, "La Nouvelle guillotine" cite dans une même strophe "les cravacheurs du communisme" et "Veuillot". Il est question du "Petit-Crevé" dans le dernier vers. Il y a d'autres éléments qui attirent l'attention. Le précédent article est signé "Un Passant", le premier quatrain exploite la rime "astres"::"désastres" au sujet des événements récents, ce que Verlaine fera à son tour dans un dizain à la manière de Coppée. La rime "possible"::"cible" retient également mon attention, à cause de la rime "impassibles"::"cibles" au début du "Bateau ivre", sachant que les cibles de la France dans le poème de Glatigny, les "journalistes" qui suivent les "députés chers à Versailles", seraient quelque peu des cibles des "Peaux-Rouges criards" dans "Le Bateau ivre". Et les points de rapprochement avec "Le Bateau ivre" ne s'arrêtent pas là. On a des idées d'une France comme bateau démâté qu'on reconstruit pour triompher de tous les Océans et d'une ivresse de tous à reconstruire l'avenir de la France :
Ton navire que l'on remâte
Flotte vainqueur des Océans ;
[...]

Chacun s'occupe avec ivresse
De ton avenir. On recoud
[...]
Victor Hugo a publié au même moment dans Le Rappel plusieurs poèmes dont les métaphores entrent en résonance avec le discours du "Bateau ivre", poème qui ne fut sans doute pas composé avant le mois de décembre 1871, et qui a peut-être même été composé durant les mois d'hiver 1872. Par ailleurs, je remarque aussi l'emploi provocateur du mot "cervelle" à la rime qui permet un nouveau rapprochement potentiel avec "Honte".
Le mot "cervelle" est à la rime du second vers dans "Honte" et il est précédé par un entrevers avec un remarquable rejet du second terme de la négation "Pas" en principe attaché rythmiquement à l'auxiliaire qui le précède :
Tant que la lame n'aura
Pas coupé cette cervelle,
[...]
Voici le quatrain de Glatigny avec "cervelle" et "guillotine", instrument dont il était aussi question dans le poème "La colère des bons journaux" :
On a dit : Vite ! et - ma cervelle
En a des éblouissements ! -
Une guillotine nouvelle
Vient de fonctionner au Mans !
Il faut remarquer que Glatigny n'écrit pas : "Et ma cervelle en a des éblouissements ! Une guillotine nouvelle vient de fonctionner au Mans !" La conjonction "et" introduit la proposition "Une guillotine nouvelle" et Glatigny a forcé l'introduction d'une parenthèse formellement encadrée par des tirets, ce qui contribue à accentuer la suspension de "ma cervelle" à la rime, ce qui fait sens quant à ce qu'il décrit.
Dans "Honte", Rimbaud parle de découper un être vivant qui fait honte, sorte de colère d'un bon-pensant qui pratique la censure sinon la guillotine, et le poème de Rimbaud se finit par un exemple hypocrite de charité chrétienne, tout à fait dans la note de presse de son époque dénoncée par Glatigny, Rimbaud faussant toutefois la mesure syllabique du dernier vers pour finir sur une note... fausse :
Qu'à sa mort, pourtant, ô mon Dieu ! ?
S'élève quelque prière !
Publiée en plaquette en mars 1872, la pièce "La presse nouvelle", que Jacques Bienvenu a déterminée en tant que source au poème "Chanson de la plus haute Tour", notamment à cause de la question du dérèglement de l'alternance en genres des rimes, aurait dû faire partie de cette série "Fifres et sifflets" du journal Le Rappel.
La publication du journal a été suspendue le 25 novembre. Jean Reymond indique le 24, mais le site Gallica de la BNF offre bien le fac-similé du numéro du 25 novembre lui-même.
La publication du journal a repris le 1er mars 1872 et Reymond précise les titres et dates des nouvelles contributions de Glatigny. Ces contributions sont inédites, puisqu'elles ne figureront jamais dans les éditions ultérieures du recueil Gilles et Pasquins.
En avril, Rimbaud n'est pas à Paris, mais il n'en faut pas moins faire la recension des poèmes publiés par Glatigny dans Le Rappel entre à tout le moins le 7 avril et le 7 juillet 1872, date du départ de Rimbaud et Verlaine pour la Belgique.

7 avril 1872 "Sur des oiseaux envolés"
11 "         "    "Les Spectres"
14 "         "    "Cantate"
19 "         "    "Apparitions"
22 "         "    "Trop de musique"
26 "         "    "L'Année terrible"
29 "         "    "Dieu et mon droit"
6 mai       "    "Amon cher confrère Lorgeril"
[Retour de Rimbaud à Paris à ce moment-là]
11 mai    "     "Procès Bazaine"
14  "       "     "Triolets de saison"
19 "        "     "Spectacle à la Cour"
1er juin  "     "Coup d'œil sur les petits"
8 "          "     "L'armée réorganisée"
14 "        "     "Les farces de l'urne"
[...]

Le poème "Sur des oiseaux envolés" parodie comme souvent une pièce connue de Victor Hugo avec un titre qui y fait volontairement allusion. On retrouve la métaphore des oiseaux dans le cadre d'une France changée après l'année terrible, mais ici il s'agit de railler les versaillais : "Versailles pleure ses nids vides."
Les poèmes n'ont pas l'air franchement intéressants à rapprocher des compositions de Rimbaud, mais il faut observer qu'à la différence du recueil Gilles et Pasquins où vont prédominer les alexandrins, les séries "Fifres et sifflets" du Rappel ont l'intérêt de productions satiriques aux vers courts avec des transpositions volontiers médiévisantes. Le poème "Cantate" se termine par l'énorme éclat de rire d'Aristophane tout de même. Le poème "Trop de musique" me fait relever en passant les deux vers suivants :
Polyeucte et Le Roi s'amuse
Ne sont plus que des Laïtou.
Le poème du 26 avril salue évidemment la parution du nouveau recueil de Victor Hugo, il y aurait quelques détails à commenter et on relève une mention railleuse au livre "l'Abbé / Paturot".
On m'excusera de ne pas m'attarder sur la mention des "corbeaux" dans "Dieu et mon droit", mais les "Triolets de saison" ont un petit intérêt : c'est un poème en triolets enchaînés, c'est aussi un poème qui déploie l'opposition du charme du printemps à l'idée lugubre des pontons, et le fait de lancer le mot "saison" à la face de la politique rejoint évidemment les "Fêtes de la patience" que Rimbaud compose au même moment.
Même si le poème "Les Mains de Jeanne-Marie" daté de février 1872 sur un manuscrit est forcément antérieur, je relève les vers suivants du poème du 19 mai "Spectacle à la Cour" :
Puisqu'enivrés de belladonne,
Nos députés rêvent dehors
[...]
Le poème "Honte" de Rimbaud n'est pas composé en vers de huit syllabes, mais de sept, il adopte en revanche le quatrain de rimes croisées. Dans sa manière, "Honte" est une composition assez proche de la manière de Glatigny dans les poèmes publiés dans Le Rappel. Ceci dit, la nouvelle fournée de poèmes d'avril à juin 1872 n'offre guère de prise à des rapprochements intertextuels. Toutefois, dans le poème "L'armée réorganisée", Glatigny reprend avant Rimbaud la rime "Quel air"::"Keller" de Banville. Il faut avouer toutefois que les poèmes publiés par Glatigny dans la presse à ce moment-là ne vont guère de pair avec les poèmes aux vers très courts de Rimbaud comme "Âge d'or" ou "L'Eternité". En outre, à partir de la mi-juin 1872, il y a peu de poèmes courts de Rimbaud qui peuvent être encore des candidats pour quelques rapprochements avec les "Fifres et sifflets" de Glatigny ("Entends comme brame...", "Ô saisons..." et "Honte" en tant que non datés, puis "Fêtes de la faim").
Mon enquête va se poursuivre ultérieurement.

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Steve Murphy a publié une étude sur "Tête de faune" dans son livre de 1990 Le Premier Rimbaud ou l'apprentissage de la subversion. Le critique fait alors un état des lieux pour rappeler que le poème était depuis longtemps vu comme une pièce sur un thème parnassien, mais avec un traitement que plusieurs avaient tout de même commencé à identifier comme n'étant plus du tout parnassien.
Il est intéressant d'observer que la quantité de poèmes parnassiens sur le motif du faune a grandement contribué à détourner l'attention de la relation à Glatigny et au contexte du début de l'année 1872. Il y eut le poème "Le Faune" de Victor de Laprade, un poème homonyme des Fêtes galantes de Verlaine est cité lui aussi, ainsi que le poème "La Statue" d'Hugo ou des sonnets "Le Bain des nymphes" et "Pan" du recueil Les Trophées de José-Maria de Heredia, recueil pourtant paru tardivement en 1885. Un autre effet de dispersion est provoqué par les échos aux poèmes antérieurs de Rimbaud lui-même. Ceci dit, Murphy exhibe tout de même l'intertexte essentiel qu'est le poème intitulé "Sous Bois" de Glatigny avec cet alexandrin final : "Et ton rire lubrique éclate sous les branches[,]" que Rimbaud a réécrit en décasyllabe : "Sa lèvre éclate en rires sous les branches." Dans sa conclusion, Murphy écrit : "Il ne paraît aucunement s'agir, dans Tête de faune, d'une parodie de Glatigny, mais plutôt d'une tentative de faire mieux dans le même genre."
Pour moi, il est clair que l'enquête est à reprendre. Il manque des pièces au puzzle.
Le poème "Tête de faune" possède un axe d'identification à la figure légendaire de Glatigny, ce qui veut dire qu'en février 1872 environ Glatigny cristallisait quelque chose d'important : disciple de Banville, compositeur de poèmes lubriques publiés sous le manteau, et poète qui se rebellait contre la censure en dénonçant en plus les bonapartistes et versaillais encore présents au pouvoir. Glatigny représentait une liberté bohème du poète. Le rire du faune est aussi la réponse de poète à la société, et ce rire s'entend comme une critique du monde persiflé. Le "rire du faune", c'est aussi la voix du poète, poète licencieux avec son recueil des Joyeusetés galantes du vicomte de la braguette. Il me semble plutôt sentir que le poème "Tête de faune" est empli d'un message de rébellion poétique, sous la forme fantaisiste et funambulesque certes, mais avec un fort accent de révolte. Or, en juillet 1872, Camille Pelletan, qu'on ne soupçonne guère d'avoir lu une version de "Tête de faune" auparavant, publie cette appréciation sur l'auteur du recueil qui vient de paraître et dont il est rendu compte, Gilles et Pasquins, avec des termes complètement en phase avec le poème de Rimbaud : "Ses strophes éclatent d'une prodigieuse hilarité et son éclat de rire de faune fait craquer le corset du vers." Pelletan se répète même avec la reprise "éclatent" et "éclat" dans la même phrase, et le couple "hilarité" et "rire" tient lui aussi dans cette même phrase. L'adjectif "prodigieuse" fait manière d'époque puisqu'il sera utilisé par Verlaine pour qualifier Une saison en enfer d' " espèce de prodigieuse autobiographie psychologique". Glatigny est identifié à un faune, soit ! Mais, à quelques mois de distance, l'éclat de rire est mis en avant par Glatigny au sujet d'Aristophane, par Pelletan au sujet de Glatigny, et par Rimbaud au sujet d'un faune. A mon avis, le motif de l'éclat de rire a fait parler des écrivains autour de février 1872 et Rimbaud en a eu vent et en a tiré un poème pour des raisons qui restent encore à mieux déterminer.

Voyelles / Tête de faune et volume de "Parade sauvage" à paraître !

Sur le site du plus grand critique rimbaldien de toute l'histoire universelle depuis que l'univers a une histoire, il y a une rubrique de publications du moment qui annonce "à paraître - Parade sauvage n°31" avec un dossier sur les 150 ans de l'année rimbaldienne 1870, à croire que l'année prochaine on aura un dossier sur 1871 et la Commune, puis un dossier sur les vers nouvelle manière en 2022, puis un dossier sur Une saison en enfer en 2023 et un dossier sur les Illuminations en 2024.

J'ai consulté le sommaire. Le titre de Benoît de Cornulier " "suivre ses vues" (A quoi rêvent les poètes de seize ans)", je suis curieux de le lire, mais je ne sais pas pourquoi j'ai l'impression d'avoir déjà entendu ce titre quelque part. Boah, une illusion de souvenir !

L'article de Chevrier autour de Murger m'intéresse également. D'ailleurs, il est question de Murger et même de vers dans le volume de Jean Reymond sur Glatigny. Je remarque que Marc Dominicy va se pencher sur Lucrèce, Sully Prudhomme, Hugo, Virgile et Rimbaud. On enlève Virgile, c'est un axe de recherche sur lequel j'ai lourdement insisté ainsi qu'une personne que j'ai parrainée pour une publication d'un article dans la revue Parade sauvage, article sur Credo in unam au prisme des mythes platoniciens. J'ai aussi lourdement insisté sur le fait que Rimbaud avait eu accès à un volume publié par Lemerre de la traduction par Sully Prudhomme du premier livre du De Natura rerum (ou De rerum Natura, peu importe, ou De la nature des choses), en sachant que Rimbaud y avait trouvé un exemple de mot "que" à la césure, ce qui l'a inspiré dans "Les Etrennes des orphelins", sachant que le mot "que" à la césure est une rareté : un exemple dans les Poèmes saturniens, un  exemple dans une fable de Florian du XVIIIe avec suspension de la parole, dernier vers je crois de "La Carpe et les carpillons", fable citée par Verlaine dans sa jeunesse, et j'ai un ou deux autres "que", mais je ne sais plus où, puis deux, mais sous forme d'engrappement trisyllabique dans le recueil Feu et flamme de Philothée O'Neddy (une forme du type "est-ce que"). Mais, surtout, l'ouvrage de Prudhomme est précédé d'une immense préface sur les notions de matérialisme et de spiritualisme, très à la mode avec la philosophie éclectique de Cousin et consorts. Il y avait aussi un passage que je rapprochais du "Je est un autre". Par ailleurs, l'ami que j'ai parrainé faisait remarquer dans son article de Parade sauvage que la métaphore liquide était ajoutée par Rimbaud au texte de Lucrèce, sachant que cela peut passer par une influence des poètes du dix-neuvième siècle. Cet ami citait aussi une de mes idées clefs : "Credo in unam" qui se voulait à la dernière livraison du Parnasse contemporain était donc une reprise très précise des deux poèmes qui encadrent le recueil Les Exilés de Banville : "Le Festin des Dieux" et "L'Exil des Dieux".

On voit que ce sujet prend petit à petit de l'importance dans le discours critique.

L'article annoncé de Pierre Laforgue m'intéresse également, je connais surtout ce critique étudiant des textes de Victor Hugo, un peu sur d'autres auteurs comme Baudelaire, mais il a très peu publié sur Rimbaud, quasi rien du tout. Je suis curieux de lire cela, sachant que le poème "Les Effarés" pose un problème d'approche. On répète souvent que des poèmes comme "Les Effarés" ou "Les Etrennes des orphelins" se moquent du misérabilisme hugolien, ça a l'air d'être une évidence, sauf que, moi, je ne comprends pas de quoi on parle. Je ne vois pas le raisonnement logique qui a derrière ces affirmations. Du coup, je suis très intéressé par le fait que l'étude sur "Les Effarés" soit conduite par une personne qui ne part pas du principe qu'il faut conspuer Hugo.

Il y aura une étude sur le poème "Entends comme brame..." par Paul Claes, je prends note.

Dans la rubrique des articles courts qu'on appelle "singularités", les poèmes de l'Album zutique sont à l'honneur : Cornulier va rapprocher du Scarron du sonnet "Paris", et Reboul annonce "Encore Vu à Rome". Je connais le précédent article de Reboul qui réagissait d'ailleurs à ce que j'avais pu écrire. La connaissance des enjeux de ce poème progressent enfin, faudra d'ailleurs que je publie moi-même un article complet sur ce que j'ai à dire, mais la précédente étude de Reboul tournait le dos à la fausse attribution à Léon Dierx, ce qui me pose problème. Pour le quatrain "Lys", on faisait de la signature "Armand Silvestre" quelque chose d'insignifiant, c'était un parnassien quelconque qui prêtait son nom. Or, j'ai identifié les passages précis réécrits par Rimbaud et j'ai trouvé moi-même que les ouvrages de Ludovic Hans étaient en fait deux livres sous pseudonyme d'Armand Silvestre, même si j'aurais pu voir à l'époque qu'un des deux livres avaient été identifiés par Pakenham. J'ai montré que les "Conneries" sont des réécritures de poèmes et de vers précis d'Amédée Pommier, etc. Et j'ai montré qu'il y avait des raisons. Dans un article non encore paru, je montre que le "Sonnet du Trou du Cul" réécrit plus de passages qu'on ne le croit de deux recueils L'Idole d'Albert Mérat et le recueil sous le manteau d'Henri Cantel. Steve Murphy a eu le coup de maître d'identifier une réécriture, mais j'ai poussé cela beaucoup plus loin. Or, il faudrait accepter que, pour "Vu à Rome", la cible "Léon Dierx" ne permette pas de fixer des enjeux satiriques à la composition. Cela me paraît impossible, j'attends donc ces nouveaux éclaircissements avec impatience.

Enfin, il y aura une étude intitulée "Hugo/Rimbaud : Voyelles". Je précise que en 2003 j'ai écrit dans mon article "Consonne" dont les rimbaldiens s'inspirent énormément sans jamais le citer que Rimbaud avait repris à Hugo le principe métaphorique de l'alphabet de lumière "les grandes lettres d'ombres", "les sept étoiles formant le nom de Jéhovah", etc., etc. L'expression "golfes d'ombres" est bien sûr une variante de "gouffres d'ombres", etc., etc. Je parlais du symbolisme de la lumière, et alors de l'aube, mon approche étant alors trop restrictive, qui venait de Victor Hugo, je soulignais son importance dans Les Contemplations et La Légende des siècles. J'ai depuis mis en place un dispositif amélioré avec un article publié dans la revue Rimbaud vivant, sauf que l'article est truffé de fautes de français étranges qui ne sont pas de moi et je n'ai jamais eu d'explications sur ce qui s'est passé. En revanche, dans les années qui ont suivi, d'autres articles ont été publiés sur l'idée de lumière dans Rimbaud vivant. Bref, j'attends de voir de quoi il retournera dans cet article.

Je rappelle quand même qu'avant 2003 le poème "Le Bateau ivre" était de plus en plus minimisé, mon article de 2006 a fait un petit choc positif. Mais, pour ce qui concerne "Voyelles", les liens à Hugo étaient encore plus minimisés. C'est complètement reparti à la hause. J'ai anticipé cela par coïncidence. Normalement, "Voyelles" est censé être pour l'élite des rimbaldiens une réplique au sonnet "Correspondances" de Baudelaire, ce qui n'est pas faux, mais le premier quatrain de "Correspondances", comme l'a montré il y a fort longtemps Fongaro, est une réécriture des métaphores de l'universelle analogie pratiquées par Lamartine et Hugo dans leurs premiers recueils : la forêt, les vivants piliers, le temple Nature, ben c'est dans Lamartine et Hugo. Et oui !

Je réexplique un peu les choses quant à "Voyelles". Le blanc, c'est la lumière, le noir c'est l'absence de lumière. Le poème commence par faire vivre quelque chose caché dans le noir, puis le met à jour, on passe du noir au blanc, avec un jeu de passage de l'intériorité à l'exposition solaire ou extérieure. Le rouge, c'est le sang bien sûr. Rimbaud le dit dans "Credo in unam", la Terre est "nubile", autrement dit elle a des "golfes d'ombres" et plein d'êtres sortant de leur coquille vont êtres frappés par le rayon blanc du soleil", et cette Terre "déborde de sang". Le rouge est à l'évidence la couleur du sang dans "Voyelles", et c'est une couleur qui a le mérite d'évoquer l'intérieur de l'être et puis aussi le jaillissement vers l'extérieur, la vivacité ou le don mortel de soi. Le vert, c'est évident, la couleur de la Nature et Rimbaud y inclut les mers, il n'en a encore jamais vu directement à cette époque-là et la préférence du vert peut se concevoir. Le bleu, c'est une couleur qu'en-dehors des teintures et de certaines pierres, on ne voit guère que sur les yeux et bien sûr dans le ciel ou sur de larges étendues d'eau. C'est évidemment la couleur du ciel. Rimbaud joue donc avec un symbolisme universel des couleurs. Il joue de l'opposition de l'ombre et de la lumière, poncif hugolien fondamental pour parler de manière ampoulée, Rimbaud pour évoquer la vie après les luttes de l'ombre et du jour choisit le rouge du sang, le mot lui-même est lâché "sang craché", puis il nous fait un tableau à grands traits de la Nature en deux couleurs, le vers sublunaire, la Nature et le bleu du ciel. Or, Hugo suramplifie les méthodes venues du fond des temps de la relation de la Terre à l'infini du ciel, etc. Cette Terre est celle des humains, le ciel offre la perspective de l'infini et du divin. Le reflet violet est mis sur la perspective mystique du divin céleste.

Je suis désolé, mais, même encore aujourd'hui, aucun rimbaldien ne dit ce que je dis ci-dessus. Au-cun !!!

Personne ne veut comprendre ce qui est la simplicité même. Les images du poèmes, il y a d'autres choses qui sont compliquées à comprendre, mais ce symbolisme d'ensemble des couleurs sur le poème, franchement, c'est pas si compliqué que vous le croyez.

Cependant, article après article, comme les rimbaldiens parlent par petites touches de tel et tel aspect, on va finir par avoir l'illusion que cela a toujours été dit et su.

Les cinq voyelles, c'est la notion d'alphabet. Rimbaud fixe en poète cinq couleurs de base pour connaître et explorer l'univers. Et il n'applique pas à des objets épars. Tout est organisé. Le vert, ce n'est pas, "oh les mers sont vertes parfois, je vais en parler", l'herbe aussi est verte, je vais en parler. Non, non ! Le vert symbolise la Nature terrestre, mers incluses, de notre monde sublunaire, et le vert représente la Nature en tant que vie, puisque Rimbaud ne s'est pas intéressé aux rochers par exemple.

Les "golfes d'ombre" et le "corset" des mouches, c'est la matrice, mais une matrice paradoxale puisque nous sommes au milieu des putréfactions dans le cas des mouches. Ce rapport mort-vie est essentiel au poème. Il est évident que le "corset" pour les mouches évoque paradoxalement à la fois l'érotisme et la maternité alors que nous sommes sur un charnier. Or, les rimbaldiens, eux, tout ce qu'ils veulent voir, c'est une célébration du laid comme beau, un peu comme la performance "Une charogne" de Baudelaire. Mais, non ! Rimbaud, il parle de "mouches" qui se nourrissent et qui vont donner la vie, et se multiplier. Baudelaire dit que la charogne était érotique au passé, mais il ne consacre pas sa qualité présente de charogne !

Vous prenez le "I rouge", vous avez donc eu une progression avec des "golfes d'ombre", puis des blancheurs exposées, et là vous avez des éclats qui par définition vont de l'intérieur vers l'extérieur : "rire", "colères". Une colère qui ne s'exprime pas, c'est une "colère rentrée". Le "sang craché", là on a explicitement l'idée d'une partie intérieure du corps propulsée à l'extérieur, mais on a ici explicitement un système d'ambivalence : on a bien la preuve que Rimbaud veut que ce "sang craché" soit considéré comme une affirmation de l'individu puisqu'il le met en groupe avec "rire", et "pourpre(s)" et en même temps on voit bien que Rimbaud entretient tout au long de son poème un système d'ambivalence vie et mort, puisque, forcément, le sang craché est un indice inquiétant. Et les derniers mots du "I rouge" sont une alliance de mots "ivresses pénitentes", dont il faudra m'expliquer un jour pourquoi personne, à part moi, n'en fait rien. C'est le milieu formel du poème, les deux derniers mots des quatrains. Un sonnet, c'est deux quatrains et un sizain coupé en deux tercets. Je rappelle pour ceux qui ont du mal à suivre !

Les tercets, ils correspondent exactement à la bipartition monde sublunaire et ciel métaphysique. Et les tercets relient les fronts studieux des chercheurs et savants aux yeux de la révélation qui se trouve dans le ciel, pas sur Terre !

Et dans ce tercet du O bleu, on a l'altération du bleu en violet qui coïncide avec la théorie optique en train de se mettre en place depuis Young et nettement renforcée par Helmholtz, la trichromie rouge vert bleu ou rouge vert violet.

Voilà comment réagissent les rimbaldiens ! La trichromie, plaît-il ? La trichromie des peintres et de Charles Cros, c'est le rouge bleu jaune.  Là, vous avez deux coïncidences. D'abord, à côté du blanc et du noir, vous avez pile poil les trois couleurs de la théorie optique toute récente, ce qui montre que Rimbaud tient compte des leçons scientifiques les plus actuelles : rouge vert bleu, mais le bleu varie avec le violet. Or, l'hésitation entre le bleu et le violet est au coeur de la théorie !

Enfin bref, il reste le cas de l'ambivalence. Le sonnet célèbre une trompette de jugement dernier. Cela veut dire qu'il n'en a pas peur. Il est en confiance face à cela. Or, une trompette du jugement dernier, cela peut ramener les morts à la vie, mais c'est aussi une fin du monde. On est dans un principe ambivalent et le poète y acquiesce. Or, il n'est pas croyant. Va-t-on pour autant rejeter tout le poème ou dire qu'il n'est qu'une caricature dont le poète se moque ? Ben, pas forcément ! Rimbaud n'est pas cet être basique et grossier qui a peur dans une métaphore qu'on s'imagine identifier une allégeance à ce qu'il hait.

Non, dans "Paris se repeuple", avec les mêmes mots, Rimbaud célèbre les morts de la semaine sanglante.

Tant que les rimbaldiens n'auront pas compris ça, ils passeront pour des clowns.

Maintenant, il y a les poèmes en vers "seconde manière". Jacques Bienvenu a souligné avec raison que la plaquette "La Presse nouvelle" de Glatigny est une source au poème "Chanson de la plus haute Tour", mais la lecture du poème donnée par Bienvenu n'est pas encore satisfaisante. Loin de là !

Je parle en ce moment de l'importance des triolets et des Odes funambulesques pour mieux comprendre les enjeux du "Cœur volé". Là aussi, il y a eu des travaux de Bienvenu pour souligner l'importance de Banville.

Mais je vais citer encore cet autre poème "Tête de faune". Ce poème est lui aussi lié à Banville et Glatigny, et il a lui aussi comme "Voyelles" une sorte de construction métaphorique où le lecteur va pouvoir se laisser charmer par l'extérieur, ce qu'on appelle en jargon le signifiant, mais se poser des questions sur le sens profond de ces vers, ce qu'on appelle en jargon le signifié.

Je pense depuis longtemps que les poèmes en vers "seconde manière" sont à lire dans une relation étroite à l'idée de bohême avec des métaphores sur les correspondances universelles qui pourront venir des romantiques, comme Hugo, etc., mais qu'il va y avoir un vrai parti à tirer d'une meilleure compréhension du langage métaphorique appliqué par les écrivains et même journalistes au sujet de poètes tels que Glatigny.

Nous sommes d'accord que Camille Pelletan a fait partie du Cercle du Zutisme en même temps que Rimbaud. C'est le fils d'Eugène Pelletan, ce n'est pas la meilleure carte d'introduction auprès de Rimbaud, mais c'est aussi un journaliste de l'organe de presse des hugoliens Le Rappel. Camille Pelletan connaît très bien Glatigny. Le recueil de 1872 de Glatigny Gilles et pasquins, il devait être publié en 1870 d'une part, et d'autre part on en a eu des prépublications dans le journal Le Rappel. D'ailleurs, la plaquette "La Presse nouvelle" est une pièce satirique qui a été refusée par le journal Le Rappel.  Le volume de Glatigny a été publié en juin 1872 et c'est Camille Pelletan lui-même qui en a rendu compte et il écrivait : "Ses strophes éclatent d'une prodigieuse hilarité et son éclat de rire de faune fait craquer le corset du vers."

Pelletan écrit ceci quelques mois après la composition de "Tête de faune" et quand Rimbaud et Verlaine viennent de partir pour la Belgique. Cependant, observez bien ce qui se passe. Pelletan identifie Glatigny à un faune qui est l'équivalent exact de celui du poème en trois quatrains de Rimbaud. Les plus malveillants me diront que, tant que j'y suis, je n'ai qu'à rapprocher l'expression "corset du vers" de l'occurrence de "Voyelles" : "noir corset velu..." Je répondrai simplement que je n'exclus pas cette hypothèse sans examen. Mais, remarquons que le rire qui fait éclater le "corset du vers" chez Glatigny a son répondant dans le "rire" du faune qui fait "éclater le bois", notamment en lui communiquant le rire, et que "Tête de faune" fait précisément éclater le "corset du vers" à la césure !

Je rappelle que dans "Tête de faune", un vers de Glatigny est réécrit, et pas n'importe lequel.

Or, je n'ai pas envie de m'arrêter en si bon chemin.

On ne connaît pas la date exacte de composition du poème "Tête de faune". On suppose que le poème date de la période février-mars à partir de quelques maigres indices. Il faut dire que cela nous rapproche de la période des poses de poètes pour le futur tableau du Coin de table de Fantin-Latour. Camille Pelletan fait partie de cet ensemble d'écrivains en partie poètes aux côtés de Rimbaud et Verlaine, ce n'est déjà pas anodin dans le cas d'une thèse sur l'influence de Glatigny sur les vers de Rimbaud en 1872. La plaquette "La Presse nouvelle" a été publiée en mars 1872, après avoir été refusée par le journal Le Rappel, ce qui veut dire qu'il s'est passé quelque chose avant le mois de mars. Peut-être aussi faut-il préciser les visées du texte satirique "La Presse nouvelle". Je cite la présentation qu'en fait Jean Reymond : "Glatigny stigmatise l'abaissement et la servilité qui, à l'en croire, commençaient à se manifester dans les journaux de son temps." Et Reymond cite ensuite un extrait d'un compte rendu de Banville dans Le National du 11 mars 1872 : "Il s'indigne avec une très belle et très ardent colère, dit Banville, contre les cancans et les sauvages indiscrétions de la presse boulevardière." Après, Jean Reymond dit avec beaucoup moins de pertinence : "En réalité il cherche surtout à assouvir sa rancune contre les journaux qui lui avaient fermé leurs portes."

Le poème "Tête de faune" semble avoir été composé au moment où Glatigny préparait la publication du poème "La Presse nouvelle". Encore une belle convergence. Rimbaud étant éloigné de Paris en mars et avril 1872 en gros, le poème "Chanson de la plus haute Tour" daté de mai 1872 et rangé dans une série "Fêtes de la patience", ce qui implique la capacité à prendre en patience les cancans, la presse boulevardière, etc., je présume ! ce poème dis-je est toujours d'actualité par rapport à la situation de Glatigny. Rimbaud a quitté Paris quand c'était un sujet important et, quand il revient, c'est un sujet qui, pour lui, est resté pendant. C'est peut-être pas le cas pour les poètes parisiens, pour Verlaine, etc. Mais, Rimbaud, ça fait sens qu'il puisse en reparler aussi sec. On a quand même là des pistes à explorer qui permettront de mieux circonscrire la portée métaphorique des poèmes de 1872 de Rimbaud, en minimisant au maximum l'intuitionnisme des lectures personnelles et le recours si vastement désespérant à des dictionnaires de symboles et autres. Il faudrait quand même en être un petit peu conscient.

Au sujet du poème "Les Corbeaux" qui ne fait pas partie des vers "nouvelle manière", on sait que je m'oppose fermement à la datation proposée par Murphy qui imagine que Rimbaud a composé le poème en Belgique et en Angleterre et l'a envoyé à des fins de publication, ce qui aurait été immédiatement suivi d'effet.

Or, là encore, je vois des liens entre le poème "Les Corbeaux" et des poèmes de Glatigny, en plus d'une référence à un poème "Plus de sang" plus ancien de Coppée. Le poème "Les Corbeaux" date à l'évidence du mois de mars 1872. Les poèmes Gilles et pasquins de Glatigny ont par ailleurs l'intérêt d'être en vers courts, souvent des vers de huit syllabes. Or, il y a une évolution plus satirique et plus politique de Glatigny dans ce recueil. Il y a eu Le Fer rouge, mais ce dernier recueil ne revient pas purement et simplement à la manière des Vignes folles et des Flèches d'or. Glatigny avait des titres "Le Bois", "Vers les saules", etc., ce qui est au centre de la création métaphorique de "Tête de faune", et je pense qu'on a beaucoup à gagner à méditer cela pour mieux lire "Fêtes de la patience", "Bannières de mai" et quelques poèmes en vers plus ou moins courts de Rimbaud en mai-juin 1872. Qui plus est, c'est amusant de constater que Glatigny répliquait à la presse qui lui refusait des publications par une satire, quand Rimbaud dans les mois qui suivent se révoltent de ne pas être publié par La Renaissance littéraire et artistique et tourne définitivement le dos à une carrière d'écrivain parisien. Hou ! que je trouve ça diablement intéressant !

Maintenant, vous le savez, dans les sommaires des prochaines années de la revue Parade sauvage, vous allez avoir des articles sur Glatigny. Par qui ? Je n'en sais rien, je ne suis pas devin à ce point-là. Mais, en général, quand je lance une idée, ça suit. Je n'en doute pas un instant que ça va bouger.

En ce moment, il n'y en a pas. Il yavait de quoi de passionnant sur le sonnet "Voyelles" dans les années 80 et 90. Il y avait la recension de Peter Collier dans les numéros au format "bulletins", mais personne l'a jamais cité depuis, et sinon il y avait quoi de profond sur l'influence d'Hugo, en-dehors de Barrère, il y avait quoi sur la lumière ? Je précise que Gengoux il ne parle pas de la lumière comme je le fais.  Ou alors qu'on m'explique.

Allez, rideau !

jeudi 3 décembre 2020

A propos du triolet !

Dans l'optique d'un prochain article autour des notions de "fantaisie" et de "satire" appliquées par l'auteur lui-même aux triolets du "Cœur supplicié", j'ai entamé la lecture d'une étude par Jean Reymond datée de 1936 sur le poète Albert Glatigny. L'ouvrage s'intitule Albert Glatigny, La Vie - L'Homme - Le Poète, Les Origines de l'Ecole Parnassienne. Je possède l'ancien volume de l'université de Toulouse le Mirail que j'ai récupéré en 2014 alors qu'il était destiné au pilon, ma contrainte est de ne pas chercher à le revendre. Le livre a un ancien principe d'édition qu'on peut rencontrer encore chez l'éditeur José Corti de nos jours, c'est-à-dire que les pages sont parfois pliées ensemble, et j'ai dû tout découper au couteau, ce qui veut dire que cet exemplaire de l'ouvrage, bien qu'abîmé et longtemps disponible dans une des bibliothèques les plus consultées de France, n'a jamais été lu. Il a miraculeusement survécu l'année suivante à une inondation et je le sors enfin de mes cartons pour me pencher sur ce qu'il a d'intéressant à me dire. Je voudrais en particulier travailler sur l'ouvrage Le Jour de l'an d'un vagabond de 1869, puis j'entends aussi approfondir ma connaissance de Glatigny en tant que figure de légende. D'ailleurs, c'est un peu le discours de Jean Reymond lui-même qui dit dans son "avant-propos" que le comédien a été à juste titre oublié, que son théâtre aussi est oublié, que sa poésie lyrique, bien que pas sans mérite, n'a pas vocation à être rééditée, mais en revanche l'auteur lui-même demeure une célébrité, une figure de légende du poète bohémien à la vie de galères. Je cite le premier paragraphe : "Le présent ouvrage est un essai de mise au point de la question, disons même, de la légende de Jean Glatigny." Et un peu plus loin, Jean Reymond cite entre guillemets une remarque de Guy Chastel : "C'est une chose curieuse pour la mémoire de Glatigny que le comédien soit oublié, que le poète soit à peine lu, que l'homme survive."
Par son emploi de la première personne du singulier, le poème "Le Cœur supplicié" suppose une idée de légende de la figure du poète en train de se constituer, j'ai donc envie de creuser cette idée-là, on verra ce que ça donnera. J'ai évidemment d'autres raisons qui m'ont amené à mieux méditer la vie et l'œuvre de Glatigny. C'est un poète de la bohème et un disciple de Banville. A ce sujet, en ce qui concerne le sonnet "Ma Bohême", flanqué du sous-titre "Fantaisie", j'ai déjà appuyé l'idée qu'il n'était pas question uniquement de reprises de rimes de Banville (et de Mallarmé), mais que Rimbaud avait démarqué de près tout un sizain du célèbre "Saut du tremplin" de Banville qui sert de conclusion aux Odes funambulesques.
Le vendredi 27 août 2010, sur son blog Rimbaud ivre, Jacques Bienvenu a publié un article intitulé "Rimbaud et Mallarmé" où il développe l'idée que la rime "féal"::"idéal" est tellement rare que son occurrence dans "Ma Bohême" a toutes chances de provenir de l'influence de son occurrence dans le sonnet "Le Sonneur" de Mallarmé paru dans le premier numéro du Parnasse contemporain de 1866 que Rimbaud a forcément lu.
Au tout début de son article, en citant l'ouvrage encore récent de Michel Murat L'Art de Rimbaud, Bienvenu fait remarquer que les trois rimes rares du sonnet sont réputées provenir des Odes funambulesques : "Ourse"::"course", "trou"::"frou-frou" et "fantastiques"::"élastiques".
Le 18 septembre 2010 à 12:14, j'ai fait un commentaire sous cet article qui a été validé et c'était, je crois, la première fois que je publiais cette idée, visiblement neuve, selon laquelle les tercets de "Ma Bohême" ne reprenaient pas que la rime "fantastiques"::"élastiques", mais réécrivaient l'ensemble d'un sizain du "Saut du tremplin" de Banville.

Voici un lien pour consulter ce commentaire et en même temps l'article de Bienvenu.


Une autre idée importante qui je pense n'a jamais été formulée dans le monde de la critique rimbaldienne, c'est que le mot "fantaisie" sert de sous-titre au sonnet "Ma Bohême", puis il sert de sous-titre à un texte en prose "Le Rêve de Bismarck" retrouvé il y a quelques années par Patrick Taliercio dans un numéro du Progrès des Ardennes, et qualifie enfin le premier exemple de poésie de "voyant" le 13 mai 1871. "Le Rêve de Bismarck" a été publié le 25 novembre 1870, moins d'un moins ou un mois à peine après le retour de Rimbaud à Charleville. Et nous ne connaissons pas d'autres textes ou manuscrits de poèmes de Rimbaud pour la période novembre 1870 - mars 1871 ! En gros, en octobre et en novembre 1870, Rimbaud se sert du terme "Fantaisie" en tant que slogan littéraire pour deux de ses compositions. Or, le manuscrit de "Ma Bohême" implique le second séjour à Douai de Rimbaud, en présence non seulement du destinataire Paul Demeny, mais aussi en présence du professeur Izambard. Dans la lettre du 13 mai 1871 à Izambard, Rimbaud qualifie de "fantaisie" les vers du "Cœur supplicié", il écrit même : "C'est de la fantaisie toujours !" ce qui implique une continuité, et une continuité avec les précédents essais poétiques envoyés à Izambard. C'est un point important, parce que le consensus rimbaldien est de consacrer les lettres dites du voyant de mai 1871 comme des ruptures avec la production antérieure de l'adolescent ardennais. Le poète a voulu rejeter dans le feu ses créations de 1870, comme l'atteste la lettre à Demeny du 10 juin 1871. Il y a toute une idée selon laquelle Rimbaud passe soudainement à une conception poétique neuve, dont il n'avait pas l'usage en 1870. Or, l'emploi du mot "fantaisie" pour qualifier deux compositions de 1870 et "Le Cœur supplicié" est la preuve éclatante que ce consensus est faux et nous fait donc ignorer en profondeur la teneur de la réflexion poétique rimbaldienne. J'ajoute à cela que le poème "Mes Petites amoureuses" inclus dans la célèbre lettre du 15 mai 1871 à Demeny a une identité de forme avec un poème d'août 1870 "Ce qui retient Nina".
Sur le blog Rimbaud ivre de Jacques Bienvenu figure à la date du vendredi 13 mai 2011 un article de moi qui s'intitule "Nina et Ninon" où j'ai précisé une coïncidence importante. Dans les éditions d'époque des Poésies complètes de Musset, nous avions la succession d'un poème intitulé A Ninon et d'une Chanson de Fortunio dont les strophes offraient le modèle, étonnamment assez rare, des quatrains alternant octosyllabes et quadrisyllabes. Plusieurs poèmes de Musset jouent à mentionner les amours avec une Ninon, et plusieurs continuateurs de l'esprit des poésies de Musset ont célébré le même nom de Ninon. Je peux citer avec assurance Charles Coran de mémoire, mais il y en a d'autres encore.


Disciple de Banville, Glatigny ne juge pas Musset avec les mêmes sarcasmes que Rimbaud, il en fait au contraire un très grand poète. Par ailleurs, dans sa lettre du mois d'août 1870 à Izambard qui, d'après les expertises philologiques de Steve Murphy, contenait le manuscrit du poème "Ce qui retient Nina", Rimbaud souligne que son professeur s'intéressait à la poétesse Louisa Siefert et qu'il est à même de lui citer des extraits de son dernier recueil. Rimbaud reprend alors à son compte des propos développés par Charles Asselineau dans la préface à ce recueil de la poétesse. Charles Asselineau est aussi un poète qui se situe dans le secteur poétique commun à Glatigny et Banville, et comme on l'apprend en lisant l'étude de Jean Reymond sur Glatigny (p. 20), c'est "Poulet-Malassis et Asselineau [qui] conseillèrent au poète précoce [Glatigny] d'aller à Paris." Par ailleurs, vu que les gens font décidément peu de cas des comparaisons formelles et donc ne font aucun cas du rapprochement entre les deux poèmes contigus de Musset et la pièce "Ce qui retient Nina", il conviendrait sans doute également d'étudier la proportion et la distribution de poèmes en quatrains alternant vers longs et vers courts dans les publications de Banville et Glatigny. C'est un travail qui me prendrait du temps, mais qui serait instructif. J'ai déjà des idées sur le sujet... Et cela serait à lier à des prolongements d'analyse sur les mots à la rime chez Glatigny, Banville et Rimbaud ou sur les poèmes en vers "nouvelle manière" de 1872. Mais, pour l'instant, j'en resterai à mon sujet du poème "Le Cœur supplicié". On le voit ! Mon idée est de le rapprocher de poèmes de 1870 qui, par la forme et les sujets, témoignent d'un Rimbaud se développant poète à la mesure de ses lectures de Banville et Glatigny. Le poème de 1871 "Mes Petites amoureuses" fait aussi partie de cet ensemble. Au-delà de la reprise du mode de quatrain de "Ce qui retient Nina" et donc de la "Chanson de Fortunio", le poème "Mes Petites amoureuses" offre un titre qui s'impose à l'évidence comme une reprise légèrement corrompue d'un titre de Glatigny "Les Petites amoureuses". Par ailleurs, depuis longtemps déjà, un rimbaldien a pu faire remarquer que la mention "mouron" à la rime dans un poème qui s'intitule "Mes Petites amoureuses", cela faisait un écho surprenant avec une mention "mouron" à la rime dans un poème du recueil Les Amoureuses d'Alphonse Daudet. Les plus réfractaires à la recherche des sources vont s'écrier que cela commence à faire beaucoup de cibles au poème de Rimbaud et qu'il faudrait peut-être trier et accorder sa part au hasard. Je ne fonctionne évidemment pas ainsi. La référence à Musset est évidente : forme du quatrain et emploi du nom Nina, celle à Glatigny peut difficilement être contestée dans la mesure où Rimbaud est connu pour s'être souvent inspiré d'extraits de Glatigny dès 1870. L'idée d'une influence de Daudet sera-t-elle considérée comme plus ténue ? L'emploi du mot "mouron" à la rime est rare pourtant. Ceci dit, cette hypothèse lancée dans les années 80 si je ne m'abuse n'a guère reçu de soutien ultérieur. Or, depuis quelques temps, sur ce blog, je fais remarquer que le mot "caoutchoucs" pour désigner ce que chaussent les amoureuses, bien que rarissime en Littérature, est exploité précisément par Alphonse Daudet dans son roman Le Petit Chose paru alors tout récemment en 1868. Précisons que ce roman s'adresse volontiers aux lecteurs les plus jeunes avec un traitement revendiqué du récit à la Charles Dickens. J'ai une autre raison pour penser qu'Alphonse Daudet est une des cibles du poème "Les Petites amoureuses", mais je vais la garder pour moi, les lecteurs les plus revêches pourraient me reprocher un argument subjectif, non autorisé. Ce que j'ai exposé là me paraît solide et convaincant. Le poème "Mes Petites amoureuses" a un aspect de critique parodique d'un esprit de son époque, et il n'y a rien d'aberrant à certifier que plusieurs poètes sont nommément les cibles de cette composition, à commencer par Musset, Glatigny et Daudet. On voit aussi que ma démarche remet en cause un principe de lecture rimbaldien, selon lequel l'expérience du "voyant" est une table rase. Les poèmes "Mes Petites amoureuses" et "Le Cœur supplicié" sont saturés d'allusions à des compositions antérieures et pourtant ce sont deux illustrations parmi quatre de la nouvelle pratique de celui qui veut dire "l'inconnu" en mai 1871, ce qui soulève la question de la méthode poétique du "voyant".
Or, venons-en à la forme du poème "Le Cœur supplicié". Il s'agit d'une "fantaisie toujours" et par conséquent d'une composition qui peut s'inscrire dans la continuité d'un poème inspiré de Banville tel que "Ma Bohême". Il s'agit aussi d'une composition en triolets. Avant Rimbaud, quels auteurs ont bien pu pratiquer le triolet ? Spontanément, j'ai deux noms à proposer : Banville et Glatigny. Dans l'ouvrage de Jean Reymond, il est plusieurs fois question de triolets de Glatigny à ses débuts littéraires, mais l'auteur ne les cite pas in extenso, et surtout en 1936 il est tributaire d'une époque où l'étude de la chronologie des compositions poète après poète n'est pas encore fort au point. Jean Reymond a le mérite de considérer que le recueil Les Vignes folles n'a été publié qu'en 1860, trois ans après les Odes funambulesques, ce qui l'invitait à trouver très suspectes les considérations critiques imaginant que Glatigny composait déjà à la manière de Banville avant l'édition des Odes funambulesques en 1857. Malheureusement, il me faudrait accéder à des ouvrages plus récents qui établiraient rigoureusement la chronologie des manuscrits et des publications de Glatigny.
J'aurai pas mal de passages à citer et même de vers et poèmes à citer quand j'aurai fini ma lecture du livre de Jean Reymond en tout cas. En tout cas, il y a une possibilité ouverte pour que la forme du triolet permette de faire une double allusion, puisque si la référence à Banville prime, la référence complémentaire à la légende Glatigny pourrait faire sens.
Précisons que Verlaine a publié des triolets en 1867, un pour se moquer d'Alexandre Dumas, l'autre pour épingler Barbey d'Aurevilly et son hostilité au mouvement parnassien.
Passons maintenant à l'idée d'une influence de Banville. Prochainement, je vais citer quantité de poèmes en triolets, mais en relisant les deux articles de Steve Murphy sur les triolets de Rimbaud, on s'aperçoit que la forme du poème en triolets n'est associée à Banville qu'en passant. Cela n'arrête pas véritablement le commentaire. Qui plus est, pour fixer la référence à Banville, Murphy renvoie à une analyse de 1983 de Pierre Brunel où celui-ci donnait pour exemple de triolet de Banville le poème "A Philis" des Cariatides. Citer ce court poème en triolet n'est pas sans intérêt, puisqu'il permet de faire un lien avec les vers parodiques de la nouvelle Un coeur sous une soutane où cette pièce et une autre encore au moins des Cariatides sont parodiées. Le triolet commence ainsi : "Si j'étais le zéphyr ailé..." Et du même recueil de Banville, Rimbaud a parodié la pièce : "Le Zéphyr à la douce haleine..." Le résultat est hilarant et peu flatteur pour le Maître du Parnasse : "Dans sa retraite de coton / Dort le zéphyr à douce haleine..."
 Toutefois, il y a deux remarques importantes à formuler quant à cette source si on souhaite la rapprocher du "Cœur supplicié". Premièrement, quand Rimbaud cite une édition des Cariatides dans ses lettres à Izambard, il s'agit de l'édition nouvelle de la décennie 1860. Banville a remanié certains vers de ses anciens poèmes, avec un apport élevé de césures acrobatiques qui étaient inenvisageables en 1842. Et, qui plus est, Banville a réuni tous ses recueils antérieurs aux Odes funambulesques en un volume unique divisé en six parties. Pour ce nouveau volume, Banville a reporté le titre de son premier recueil de 1842. Mais le recueil remanié de 1842 ne constitue que la première des six parties de la nouvelle édition. Ce nouveau recueil contient encore Les Stalactites, les Odelettes et Le Sang de la coupe. Deuxièmement, le triolet "A Philis" était plutôt isolé dans le volume de 1842 des Cariatides, et cet isolement est encore plus remarquable dans la nouvelle édition des Cariatides pour la décennie 1860, puisque nous n'avons pas, sauf erreur d'inattention de ma part, de nouveaux triolets dans les suivants recueils de Banville.
Certes, étant donné les allusions manifestes à ce triolet et à quelques pièces des Cariatides au sens étroit du recueil, il est évident que Rimbaud avait à l'esprit cette composition de Banville quand il écrivait "Le Cœur supplicié". En revanche, les triolets de Banville sont abondants dans le cas des nouveaux recueils. Il me reste à faire le départ entre Odes funambulesques et Nouvelles Odes funambulesques, mais, j'ai été frappé, par les suites de triolets coiffées du titre "Les Folies nouvelles". Et surtout, j'ai vérifié la présence ou non de poèmes à triolets enchaînés. Les poèmes "A Philis" et "A Amarante" sont deux triolets isolés, où la forme triolet n'est pas seulement celle d'une strophe, mais carrément la forme d'ensemble du poème. Rimbaud a-t-il inventé les triolets enchaînés ou non ? Je me posais cette question récemment, oubliant que j'avais déjà eu la réponse, puisque j'ai évidemment lu par le passé toutes les odes funambulesques, nouvelles ou pas, de Banville. Je me suis rafraîchi la mémoire et j'ai ma réponse, et c'est terriblement intéressant, parce que oui Banville a donné à Rimbaud l'exemple de quelques triolets enchaînés, et du coup, il conviendrait de les citer à côté du triolet "A Philis" et du triolet "A Amarante" des Cariatides. Il convient de les citer pour montrer que Rimbaud n'invente pas le fait de les enchaîner, mais aussi parce que ces pièces rares sont du coup à mettre en évidence pour mieux comprendre la genèse du poème de Rimbaud, car ce sont des sources essentielles. On ne peut pas prétendre que la recherche des sources va s'éparpiller sur plusieurs exemples possibles. Toutefois, avant de traiter le cas banvillien, il faut préciser qu'Alphonse Daudet a également composé un poème en plusieurs triolets intitulé "Les Prunes" dans son recueil Les Amoureuses, ce qui contribue à nouveau à ferrer l'idée que "Mes Petites amoureuses" et "Le Cœur volé" sont deux compositions parentes, avec des enjeux satiriques communs.
Mais, si nous privilégions pour aujourd'hui le cas du Maître du Parnasse, j'ai donc relevé un poème en deux triolets daté de "Novembre 1846" et intitulé "Monsieur Jaspin". Je citerai ultérieurement tous les triolets pour qu'on en compare le style, les différents phrasés, mais, fait remarquable qui confirme la valeur de la source, le poème a un tour interrogatif qui entre nettement en résonance avec les pièces de Rimbaud et d'Izambard : "Le Cœur supplicié" et "La Muse des Méphitiques".

Connaissez-vous monsieur Jaspin
De l'estaminet de l'Europe ?
Il a la barbe d'un rapin,
Connaissez-vous monsieur Jaspin ?
Chevelu comme un vieux sapin,
Il aime la brune et la chope.
Connaissez-vous monsieur Jaspin
De l'estaminet de l'Europe ?

Il donne ses coups de boutoir
A l'estaminet de l'Europe.
Souvent jusque sur le trottoir
Il donne ses coups de boutoir.
Pourtant la nymphe du comptoir
Assouplit ce dur misanthrope.
Il donne ses coups de boutoir
A l'estaminet de l'Europe.
Ces triolets de Banville sont même à mettre en relation avec la phrase de Rimbaud : "on me paie en bocks et en filles", puisqu'il est question ici d'estaminet et de "nymphe du comptoir", puisque l'équivoque banvillienne du vers : "Il aime la brune et la chope", se rapproche avec l'équivoque en prime du sens littéral de la formule provocatrice de Rimbaud.
Pour ce qui concerne sa création, notre poète n'applique pas la tonalité interrogative tout à fait de la même manière, mais il est facile de rapprocher le premier triolet de ce "Monsieur Jaspin" au triolet final du morceau de Rimbaud : "Connaissez-vous monsieur Jaspin ?" contre "Comment agir, ô cœur volé ?" Le second triolet de "Monsieur Jaspin" sera plus facile à rapprocher du triolet central du "Cœur supplicié" en ce qui concerne l'allure des phrases mises en vers avec un léger parallèle possible entre "Il donne ses coups de boutoir" et "Leurs insultes l'ont dépravé." Mais la rime "boutoir"::"trottoir"::"comptoir" a un apport phonétique évident qui donne à entendre les "coups de boutoir" eux-mêmes, ce qui fait que je rapprocherais cela à nouveau du dernier triolet du poème de Rimbaud, la rime en "-iques" a tout l'air d'une adaptation de la rime en "coups de boutoir".

Quand ils auront tari leurs chiques,
Comment agir, ô cœur volé ?
Ce seront des refrains bachiques
Quand ils auront tari leurs chiques !
J'aurai des sursauts stomachiques
Si mon cœur triste est ravalé !
Quand ils auront tari leurs chiques,
Comment agir, ô cœur volé ?
Avec sa "Muse des Méphitiques", Izambard montre qu'il a parfaitement identifié la source de Rimbaud et il a parfaitement compris que la rime en "-iques" était une adaptation de la rime en "coups de boutoir", puisque le mot "comptoir" est à la rime du vers 2, puisque le titre "Méphitiques" fait écho à la rime du poème de Rimbaud, et puisque la rime initiale en "-usque" est très clairement un mixte entre un second écho à la rime en "-iques" de Rimbaud et un tout autre écho à la rime en "-esques" des mots rares "pioupiesques" et "abracadabrantesques", sachant que le vers "Ô flots abracadabrantesques" est très clairement une réécriture avec métaphore du courant du titre Odes funambulesques.
Izambard n'a certainement pas écrit son poème pour répliquer à son élève dans les jours qui ont suivi la lettre du 13 mai. Il a composé bien plus tard son poème, mais il avait en tout cas identifié les sources banvilliennes de Rimbaud.
Voici le premier état de "La Muse des Méphitiques" publié par Izambard en 1898 :

Vois-tu le bourgeois baveux qui s'offusque
Se cramponner d'horreur à son comptoir,
Agglutiné contre comme un mollusque ?
Vois-tu le bourgeois baveux qui s'offusque
Et sa police, œil dans un vase étrusque ?
[Lacune d'un vers qui ne vient sans doute pas d'Izambard, mais de l'éditeur]
Vois-tu le bourgeois baveux qui s'offusque
Se cramponner d'horreur à son comptoir.

Voici venir l'ère des pourritures
Où les lépreux sortent des lazarets...
O fleurs du laid, rutilantes ordures,
Voici venir l'ère des pourritures...
Lors, fourrageant dans les monts d'épluchures,
Nous chanterons l'hosannah des gorets.
Voici venir l'ère des pourritures
Où les lépreux sortent des lazarets.
Izambard a en réalité composé son poème après la publication des "Poètes maudits" et après même la publication en 1886 des Illuminations. Son poème est en vers de dix syllabes avec une méconnaissance évidente de l'impératif de la césure toujours placée au même endroit. Izambard est visiblement influencé par "Tête de faune" et la versification relâchée de la décennie 1880 par des poètes se réclamant de Rimbaud. Or, "Tête de faune" est une composition nettement postérieure au 13 mai 1871. Ce que fait Izambard est plus que tendancieux, puisqu'en antidatant sa composition, il fournit une expression "rutilantes ordures" qui deviendrait si on l'en croyait un intertexte au "Bateau ivre". L'expression "Voici venir l'ère des pourritures" reprend la clausule de "Matinée d'ivresse" avec son mot clef dans le titre : "Voici le temps des Assassins."
On observe aussi que cette première version s'en tient à deux triolets à l'instar du modèle "Monsieur Jaspin" de Banville.
Izambard va ensuite remanier son poème, l'étendre à trois strophes comme celui de Rimbaud, et il va de manière fort significative corriger le vers : "Agglutiné contre comme un mollusque ?" Ce ne sera pas une géniale imitation des audace de Rimbaud avec le mot "contre" qui chevauche la rime, mais juste un vers finalement identifié comme faux que l'auteur va corriger. Izambard corrige plus encore le premier vers qui revenait en refrain et qui semblait une coupe en deux hémistiches de cinq syllabes perdue dans une composition où dominait la structure traditionnelle en hémistiches de quatre puis six syllabes, à tel point que le vers : "Agglutiné contre comme un mollusque", ne supposait même pas initialement une césure audacieuse, mais une césure traditionnelle "Agglutiné / contre comme un mollusque" avec un second hémistiche disgracieux. La deuxième version remaniée du poème livrée par Izambard au vingtième siècle permet d'affirmer que la composition maladroite de 1898 était toute fraîche. Cette fois, la mesure traditionnelle du décasyllabe est impeccable. Le triolet ajouté est une mise en boîte du poème "Mes Petites amoureuses". Tous ces mensonges sur les courriers échangés avec Rimbaud ne font pas honneur au professeur.

Viens sur mon cœur, Muse des Méphitiques,
Et roucoulons, comme deux amoureux.
Pour bafouer toutes les esthétiques,
Viens dans mes bras, Muse des Méphitiques ;
Je te ferai des petits rachitiques,
Froids au toucher, verdâtres et goitreux.
Viens dans mes bras, Muse des Méphitiques,
Et folâtrons comme deux amoureux.

Viens !... Tu verras le Bourgeois qui s'offusque
Se cramponner d'horreur à son comptoir,
Comme à son roc s'agglutine un mollusque.
Viens, tu verras le Bourgeois qui s'offusque
Et son œil torve, au fond d'un vase étrusque,
Sa main crispée agrippant l'éteignoir.
Et tu verras les Bourgeois qui s'offusque
Se cramponner d'horreur à son comptoir.

Voici venir l'[E]re des pourritures,
Où les lépreux sortent des lazarets.
O fleurs du Laid, rutilantes ordures,
Nous, fourrageant dans les monts d'épluchures,
Voici venir l'Ere des pourritures.
Psalmodions l'hosannah des gorets !
Voici venir l'Ere des pourritures,
Où les lépreux sortent des lazarets.
Jacques Bienvenu a étudié une autre version du poème d'Izambard qui apporte quelques autres arguments décisifs pour préciser qu'Izambard a composé ses triolets après la publication l'un à la suite de l'autre des poèmes "Le Coeur volé" et "Tête de faune" dans Les Poètes maudits en 1888. Bienvenu réfute alors, et il n'est pas le premier, l'analyse de Marc Dominicy selon lequel "Tête de faune" s'inspirerait de "La Muse des Méphitiques", mais pour parachever la réfutation de l'hypothèse de Marc Dominicy, il faut bien mesurer à quel point les décasyllabes excentriques d'Izambard ne le sont pas par un traitement audacieux des césures, mais par une composition hâtive d'abord inattentive à cet aspect de la question, puisqu'Izambard n'a jamais publié la première des quatre strophes en triolets qui était particulièrement fautive, et puisqu'Izambard a fini par remanier son poème en éliminant les deux uniques inconvénients de la publication initiale de 1898. Izambard avait composé un poème en décasyllabes aux hémistiches de quatre et six syllabes, mais dans son enthousiasme pour le vers récurrent qu'il s'était choisi il n'avait pas remarqué que la mesure était inexacte : "Vois-tu le bourgeois baveux qui s'offusque..." C'était l'unique vers qu'on pouvait supposer aux deux hémistiches de cinq syllabes dans la création en décasyllabes d'Izambard. Quant à l'autre vers qui posait problème, ce n'était pas tellement en fait de césure qu'en fait de ponctuation et formulation abrupte. Le vers 3 tel qu'il est édité en 1898 peut aisément se lire comme ayant une césure après la quatrième syllabe, même si le second hémistiche est disgracieux, sans euphonie : "contre comme un mollusque". Le manuscrit, montré en fac-similé au milieu de l'article de Bienvenu, nous révèle les tâtonnements d'Izambard qui, initialement avait placé une virgule qui aggravait le caractère peu harmonieux de son second hémistiche : "Agglutiné contre, comme un mollusque". La première strophe demeurée inédite révélait deux autres excentricités, le "e" à la césure au premier vers : "Bouche à bouche, Muse des Méphitiques" et la césure tout de même parnassienne sur le déterminant possessif au vers 3 : "Pâmé sur ses lèvres épileptiques". Normalement, les triolets sont composés en octosyllabes, et Izambard passe aux décasyllabes. Il est évident qu'il connaît la règle traditionnelle de la césure. Il faut alors débattre si Izambard fait exprès de glisser plusieurs vers faux ou non. On aurait envie de dire qu'il le fait exprès de prime abord, mais c'est un problème qui n'est pas simple à trancher. En effet, Izambard a remanié son poème dans le sens de la régularité, il n'a jamais publié la strophe la plus fautive qu'on ne connaît qu'en version manuscrite. Surtout, on a un peu l'impression qu'Izambard improvise souvent quelque chose en début de strophe selon l'inspiration, puis qu'il s'applique à prolonger son élan en étant plus attentif aux frontières internes du vers. J'avoue avoir du mal à trancher, car il y a un argument qui plaide pour un fait exprès initial. Izambard voyait en 1888 une édition faisant se succéder "Le Cœur volé" et "Tête de faune", et c'est un fait que la versification d'apparence aberrante de "Tête de faune" a dû encourager le professeur à créer sans tenir compte de la césure. Pourtant, en 1898, il commence déjà à refouler cet aspect de sa parodie, et en 1926 il publie une version où les césures sont régulières. J'ai à ce moment-là une autre hypothèse, c'est qu'Izambard avait conscience qu'il ne serait pas convaincant s'il imitait un dérèglement des césures que Rimbaud a mis au point postérieurement au 13 mai 1871. Avec son imposture initiale, Izambard se faisait passer, sans le faire exprès, pour le créateur partiel de la révolution métrique de Rimbaud, comme son initiateur. Je pense qu'il a vu le problème et qu'il a progressivement refoulé les césures hérétiques.
En tout cas, avec le mot "comptoir" à la rime, il est clair qu'Izambard a identifié le modèle initial de Rimbaud, alors que le consensus est d'attribuer l'identification du triolet "A Philis" comme source par Mario Richter (à vérifier) ou Pierre Brunel en 1976 ou 1983. Il n'était pas non plus complètement inconscient des enjeux du texte de Rimbaud.

Lien pour lire l'article de Jacques Bienvenu : "La Muse des Méphitiques".

Il va de soi que le mot rayé sur le manuscrit est "hydropiques" et qu'il est remplacé par "rachitiques".
Pour en revenir à Banville, celui-ci a composé d'autres poèmes en plusieurs triolets, ainsi de la pièce "Le Divan Le Peletier" qui est un enchaînement de six triolets avec mention de nombreux écrivains : Asselineau, Babou, Baudelaire, etc. Et j'observe un triolet assonancé puisque les rimes sont les équivalents masculins et féminines "-ou" et "-oue", ce qui fait songer au dernier quatrain de "Tête de faune" quelque peu, et dans ce triolet que je dis rimé et assonancé nous avons une succession à la rime des mots "topinambou" et "topinamboue", l'adjectif au féminin qualifiant le nom "ode" : "ode topinamboue", ce qui me ramène encore une fois à l'idée que le titre Odes funambulesques est présent de manière cryptée dans "Ô flots abracadabrantesques".

Cette étude aura une suite, je citerai systématiquement tous les triolets de Glatigny et Banville, et je ferai une petite synthèse, mais, en cherchant sur internet, ce que Banville pouvait avoir écrit sur le triolet, je suis tombé sur un site contemporain piégeux amusant. Il existe un couple de poètes apparemment, l'un se fait appeler directement "Théodore de Banville" et il est question aussi d'une complice nommée Pernette, sachant que, de mémoire, Pernette du Guillet est un auteur d'Ancien Régime qui pratiquait le triolet (à vérifier). Ma surprise a duré quelques secondes, je suis tombé sur une page du site "Le blog de Théodore de Banville", à l'entrée "Les Triolets".
Pendant quelques secondes, je me suis demandé ce qui m'arrivait.
On a donc un article du jour avec une introduction en prose et puis une florilège de compositions en triolets qui ne sont visiblement pas du Banville historique.
Je vous cite le début, le texte en prose, parce qu'il m'a interpellé sur certains points :

Avec Pernette, nous avons aussi découvert le triolet, charmant petit poème à forme fixe, bien désuet mais agréable. Il se compose, en deux quatrains, de seulement cinq vers différents, du fait des répétitions qui résonnent comme un refrain. Il permet une pensée légère, une note musicale, et ne se prend pas au sérieux.
Bouts rimés de circonstance, sans nulle gravité, il convient à la satire, mais aussi à une gentille taquinerie, jetant un mot, une idée, une image comme une pichenette souriante.
Nous en avons usé maintes fois, en émaillant nos échanges épistolaires, et j'ai grand plaisir à les relire, au hasard des rencontres. En voici quelques-uns, glanés de ci de là, dont certains peuvent paraître - à juste titre - hermétiques aux non initiés, mais ils ne sont pas destinés à un large public ; chacun étant un clin d'œil amusé, évocation d'un fugitif instant.
Ne vous choquez pas surtout, du ton un peu grivois de certains poèmes ; ils sont peut-être coquins, sortis ici de leur contexte, mais toujours empreints de tendresse.
A ma complice...
La deuxième phrase, petite définition, est particulièrement bien tournée : "Il se compose, en deux quatrains, de seulement cinq vers différents, du fait des répétitions qui résonnent comme un refrain." Je suis plus sceptique quant à l'idée de "gentille taquinerie", même à s'en tenir aux triolets de Banville. La phrase "il convient à la satire" retient évidemment l'attention du lecteur de la lettre de Rimbaud à Izambard : "est-ce de la satire ? comme vous diriez." Et je me demande si la phrase "Ne vous choquez pas surtout..." n'est pas une allusion parodique au "Ne vous fâchez pas" de Rimbaud.
Cet extrait montre qu'il faut aussi s'intéresser aux considérations sur l'emploi du triolet dans les arts poétiques et traités de versification.

Sujet à suivre donc...

***

Bonus impatient du jour :

Quelqu'un qui va lire sans faire attention le recueil Les Amoureuses ne va en principe jamais penser à un rapprochement avec un quelconque poème de Rimbaud, ou alors il va être tenté par plusieurs rapprochements dérisoires avec la pièce "Les Etrennes des orphelins", ce qui achèvera de le convaincre que c'est une impasse. En plus de cela, les poésies réunies par Daudet dans son unique recueil sont particulièrement mauvaises, fades, puériles, tournant aux vers de mirliton. Objectivement, ces poèmes sont extrêmement mauvais. On a beau à notre plus jeune âge avoir appris à célébrer "La Chèvre de Monsieur Seguin", cette poésie est violemment méprisable.
Pourtant, la mention "mouron" est intéressante, elle n'est pas à la rime, mais au milieu d'un vers. La mère a peur que son enfant soit emporté par le croup, et elle craint qu'il ne s'envole comme un oiseau, ce qui nous vaut cette métaphore alimentaire cocasse que Rimbaud reprend dans "Mes Petites amoureuses" :

Et pour empêcher que l'oiseau s'envole,
Elle lui promet du mouron plus frais...
                   Pauvre folle !
Comme si l'oiseau s'envolait exprès.
A cet extrait du poème "Le Croup" fait écho le quatrain suivant du poème de Rimbaud :

Nous nous aimions à cette époque,
            Bleu laideron,
On mangeait des oeufs à la coque
             Et du mouron !
On peut toujours prétendre qu'en cherchant un peu on s'apercevrait que cette idée de manger du "mouron" était un poncif d'époque, sauf qu'il fut rarement employé par les écrivains et poètes que nous continuons de lire de nos jours. Toutefois, cela reste à démontrer. Pour l'instant, le rapprochement est là, et il se renforce de deux éléments convergents. Le titre "Mes Petites amoureuses", tout en déformant directement un titre de poème de Glatigny, fait de toute façon écho au titre du recueil Les Amoureuses de Daudet. Ensuite, le vers "Nous nous aimions à cette époque," du quatrain ici cité de Rimbaud fait lui-même écho à un autre passage du même recueil de Daudet, ce qui veut dire qu'un quatrain de "Mes Petites amoureuses" semble concentrer en un court espace de syllabes deux réécritures ou allusions au recueil de Daudet. En effet, il convient cette fois de citer la strophe suivante du poème "Les Prunes" :

Mon oncle avait un grand verger
Et moi j'avais une cousine ;
Nous nous aimions sans y songer,
Mon oncle avait un grand verger.
Les oiseaux venaient y manger,
Le printemps faisait leur cuisine ;
Mon oncle avait un grand verger,
Et moi j'avais une cousine.
Le rapprochement a l'air frivole entre "Nous nous aimions à cette époque" et "Nous nous aimions sans y songer", mais outre qu'il semble logique d'identifier la littérature amoureuse dont se moque le poème "Mes Petites amoureuses", on a un enchaînement avec des métaphores culinaires douteuses dans le cas de Daudet et provocatrices dans le cas du quatrain rimbaldien.
Le motif des oiseaux est constant dans le bref recueil de l'écrivain provençal. Dans les derniers poèmes, nous relevons la composition "Le Rouge-gorge" où nous avons une situation équivoque en plein hiver. Le poète croit que l'oiseau a fin, alors qu'il vient mourir d'amour, et ce poème est composé de quatrains qui font alterner des alexandrins avec des vers de quatre syllabes. L'impression rythmique n'est pas comparable avec l'alternance d'octosyllabes et de quadrisyllabes, mais le point de comparaison formelle est encore une fois au rendez-vous. Le poème "L'Oiseau bleu" est pour sa part une variation sur le motif du pélican de "La Nuit de mai", avec "du sang pour pâture", et encore une fois le motif de la faim tourne en métaphore du sentiment amoureux.
Or, les rapprochements ne s'arrêtent pas là.
Le recueil de Daudet ne contient que quinze poèmes. Parmi ces pièces, nous pouvons citer un hommage à Musset avec le titre "Le 1er mai 1857. Mort d'Alfred de Musset" où figure la mention "Ninette" qui prouve bien, s'il en était besoin, que les mentions dans les vers de Nina, Ninon ou Ninette supposaient à l'époque de Daudet et à celle de Rimbaud une référence à la poésie de Musset. Et l'identité de strophe entre la "Chanson de Fortunio", "Ce qui retient Nina" et "Mes Petites amoureuses" devrait depuis longtemps être admise dans le monde rimbaldien comme le signe d'une allusion, plus probablement satirique qui plus est, à la poésie de Musset de la part de Rimbaud. La présence du nom "Ninette" dans ce poème d'hommage à Musset conforte l'idée que Rimbaud vise également Daudet, puisque "Mes Petites amoureuses" s'inscrit dans la continuité de "Ce qui retient Nina". Car j'ose croire que les plus malveillants qui ne voudront pas d'une allusion par la forme à la "Chanson de Fortunio" ne vont pas inventer qu'il n'y a aucun lien entre "Ce qui retient Nina" et "Mes Petites amoureuses" du même auteur. Dans ce morceau "Le 1er mai 1857", il est question du mal du poète, et d'une mort autant de dégoût que de tristesse, ce qui nous rapproche bien évidemment du poème "Le Cœur supplicié" avec ses vomissements à l'arrière du bateau. Il va de soi que Les Amoureuses est un exemple de ces vignettes pérennelles" et de ces "doux vers" qui, selon la lettre à Demeny du 10 juin 1871, finiront comme "Le Cœur du pitre" aux lieux d'aisance. Le poème suivant s'intitule "La Rêveuse", puis deux poèmes plus loin dans "A Clairette" nous avons une substitution "lumineuse" à la fameuse Ninette. Et Clairette rime alors avec le quelque peu désinvolte "amourette".
Pour en finir avec les renvois à Musset, on peut préciser que le dernier poème du recueil de Daudet "Dernière amoureuse" s'inspire dans sa mise en scène du spectre de "La Nuit de décembre". L'avant-dernier poème est pour au moins tout son début un immense "hydrolat lacrymal" solennel avec une amplification romantique de la douleur humaine étendue à la Nature entière, bien que le titre de cette pièce soit "Nature impassible".
Toutefois, un autre rapprochement s'impose encore à mon esprit pour ce qui est des échos du recueil de Daudet dans la pièce satirique de Rimbaud. Entre les poèmes "La Rêveuse" et "A Clairette", nous avons droit à une composition intitulée "Les Bottines", motif traité déjà avec ironie dans "Roman" en septembre 1870, et ces bottines deviennent des "caoutchoucs" dans "Mes Petites amoureuses". Je l'ai déjà dit, les "caoutchoucs" sont un titre et un sujet de chapitre du roman Le Petit Chose de Daudet, mais il n'est pas vain de remarquer que, si Rimbaud développe le mot d'ordre "Entrechoquez vos genouillères" à proximité de la mention "Vos caoutchoucs" en tout début de poème, dans le cas du poème "Les Bottines", nous avons droit à une épigraphe tirée du Wilhelm Meister de Goethe sur le claquement des talons :

...Ce bruit charmant des talons qui résonnent sur le parquet : clic ! clac ! est le plus joli thème pour un rondeau.
J'ignore si la traduction "rondeau" est fidèle au texte original allemand, vu que le rondeau est une forme poétique française, mais le rondeau est une forme proche du triolet déployé dans "Les Prunes" de Daudet et dans "Le Cœur supplicié" de Rimbaud. Ensuite, il n'est pas difficile d'envisager le glissement du choc des talons à l'entrechoquement des genoux. Les onomatopées "clic ! clac!" sont d'ailleurs assez bêtement reprises par Daudet dans son poème qui, en réalité, est en quatrains d'octosyllabes aux rimes croisées, sauf que tous les deux vers, il reproduit sottement la ligne "Clic ! Clac !". Et, cerise sur le gâteau, malgré la fatuité de ces filles s'amusant en bottines à faire les coquines, elles ne sont tout de même pas des "libertines" et elles se vantent de ceci, écoutez bien : "Le soir nous faisons nos prières," ce qui a tout l'air de mériter la réplique du poète dans "Mes Petites amoureuses" : "Vous crèverez en Dieu, bâtées / D'ignobles soins." Et j'oserais même prolonger l'idée que "l'hydrolat lacrymal" fait écho ici à la "larme" du poète et à sa "tristesse" ("l'âme désolée") en pensant qu'un jour les filles s'éloigneront de lui pour toujours, sachant que, dans le cas du poème de Rimbaud, c'est le poète qui donne son renvoi aux "amoureuses".
J'ai dit que ce recueil ne contenait que quinze pièces assez courtes. Et bien je n'en ai même pas encore fini avec les rapprochements. Nous avons deux poèmes successifs de Daudet qui mime le fait de faire semblant de ne pas avoir de sentiment, voire de détester, si ce n'est que tout cela se désenfle à chaque fois au dernier vers : "A Célimène" et "Fanfaronnade". Dans "Mes Petites amoureuses", le rejet n'est nullement de la plaisanterie. Dans le poème "Miserere de l'amour", il est cette fois question d'un "amour [qui] est enterré". Et nous trouvons encore un mode de description au passé du couple qui s'apparente quelque peu, le persiflage en moins, au cadre de remémoration du poème "Mes Petites amoureuses" :
Nous ne pleurâmes pas bien fort,
Vous étiez femme et moi poète.
Dans le poème de Daudet, il y a le regret de ne pas avoir nourri cet amour, de l'avoir laissé s'éteindre, ce dont Rimbaud prend l'exact contre-pied dans sa composition sarcastique :

Et c'est pourtant pour ces éclanches
          Que j'ai rimé !
Je voudrais vous casser les hanches
           D'avoir aimé !
Il reste alors la pièce la plus longue du recueil. Il s'agit du poème "Les Prunes", il est composé de neuf triolets numérotés, et le dernier fait office d'envoi avec un sous-titre qui lui sert d'adresse "A mes lectrices". Or, cette conclusion reprend un vers clef du premier triolet. On le sait, dans un triolet, le premier vers est répété à trois reprises, et le second, s'il ne l'est que deux fois, conclut la strophe. Le vers qui conclut le premier triolet : "Nous nous aimâmes pour des prunes[,]" est précisément celui qui clôt le poème. Il rejoint le vers du même poème "Nous nous aimions sans y songer," comme source au persiflage du vers rimbaldien : "Nous nous aimions à cette époque". Or, et un article en ligne de Jean-Louis Aroui tend à le confirmer, le poème "Les Prunes" serait la première composition connue du dix-neuvième siècle en triolets enchaînés. Banville n'a composé auparavant que des poèmes en un seul triolet et ce ne serait qu'après l'exemple donné par Daudet que Banville aurait composé pour son édition des Odes funambulesques de 1859 deux poèmes en triolets enchaînés, ceux que j'ai cités plus haut : "Monsieur Jaspin" et "Le Divan Lepeltier". Ceci dit, il faut vérifier la datation "Novembre 1846" de "Monsieur Jaspin" qui pour l'instant vaut contradiction en faveur d'une antériorité de Banville. Le poème "Le Divan Lepletier" est pour sa part dater de "septembre 1852", ce qui renforce l'idée d'une antériorité de Banville. En revanche, il semblerait que le poème "Monsieur Jaspin" ait été réduit à un seul triolet dans l'édition de 1874 et qu'il ait perdu le triolet sur lequel s'est le plus manifestement appuyé Rimbaud (à vérifier là encore).
Là, je commence mon enquête et dans le fac-similé de l'édition originale des Odes funambulesques de 1857 figure déjà une composition à deux triolets "Monsieur Jaspin", ce qui est antérieur à la publication du recueil de Daudet Les Amoureuses en 1858. Cependant, le second triolet de "Monsieur Jaspin" a un texte distinct de celui transcrit plus haut et est daté de "décembre 1845". Dans les "Commentaires" ajoutés pour l'édition de 1874, Banville précise que nom Jaspin légèrement corrompu est devenu sous-préfet en 1848, nouveau signe tangible d'une composition déjà ancienne. Il est par ailleurs amusant de constater que Banville situe ce comptoir du côté de l'Odéon et de la rue de l'Ecole-de-médecine, ce qui nous rapproche du local zutique de l'Hôtel des Etrangers ! Il me semble assez clair que Daudet a composé le poème "Les Prunes" en ayant eu connaissance et de "Monsieur Jaspin" en deux triolets et de la pièce "Le Divan Lepeletier" en plusieurs triolets. Il ne s'agit que de le confirmer ultérieurement par des recherches. Ce qui m'impressionne, c'est que finalement le triolet qu'Izambard "cite" dans "La Muse des Méphitiques" et qui est à l'origine de l'idée de rimes "bachiques" dans "Le Cœur supplicié" n'a été éditée que très peu de temps, ce qui expliquerait que cette source ait échappé à la vigilance des rimbaldiens. Non, il y a un plus gros problème de soulevé. Le triolet avec les "coups de butoir" fait partie de l'édition de 1892, mais il faudrait vérifier sur les éditions de 1859 et de 1874. Le texte était différent en 1857. Pour l'instant, cela signifie qu'Izambard en 1898 a toujours pu s'inspirer de l'édition des Odes funambulesques de 1892. En revanche, il faut vérifier si Rimbaud a eu accès à cette version dans les éditions de 1859 et des années 1860. Il faudrait expliquer quand la version ultime a été publiée pour la première fois, tant l'écho ou plutôt le hoquet d'ivresse des deux poèmes semble évident à rapprocher.


J'aurais envie de rebondir sur certains points, mais ce sera pour une autre occasion. J'ai en effet d'autres idées sur les raisons qui ont amené Verlaine à composer des triolets enchaînés à la fin de sa vie, j'ai d'autres idées sur le fait que Daudet, ennemi juré de Verlaine, soit ciblé dès le mois de mai 1871, voire dès le mois d'août 1870, par Rimbaud dans "Le Cœur supplicié" et "Mes Petites amoureuses" et peut-être déjà dans "Ce qui retient Nina", puisqu'après tout un vers répété dans "Les Prunes" n'est autre que "Un matin nous nous promenions [...]". Par ailleurs, il faudrait aussi parler de l'influence évidente du recueil Les Contemplations de Victor Hugo sur le recueil de Daudet, mais avec une déperdition impressionnante des moyens poétiques. Je dois également relire à tout le moins le roman Le Petit Chose, et bien sûr il faudrait parler des triolets ultérieurs de Valade et des attaques contre Daudet dans l'Album zutique, en revenant sur le volume du Parnassiculet contemporain auquel a participé Daudet.
Tout ceci fait déjà pas mal sens et j'ai une idée que je ne formule pas ici, pour ne pas fragiliser ce qui est bien étayé, mais c'est en liaison avec le séjour de Rimbaud à Paris en février-mars où il a rencontré le futur zutiste André Gill... D'ailleurs, après tout, Rimbaud pouvait en apprendre sur le désamour entre Verlaine et Daudet auprès de Bretagne, leur connaissance commune, depuis l'été 1870 ! Ah zut ! j'ai trop parlé !
Je prends mon temps, mais pas mal d'éléments se mettent en place. On voit bien que l'analyse de la signification d'emploi du triolet par Rimbaud n'a jamais été faite. Il faut encore que je vérifie si au sujet de "La Muse des Méphitiques", Steve Murphy a relevé que la mention "comptoir" à la rime du poème d'Izambard était à rapprocher du poème en triolets enchaînés "Monsieur Jaspin". Mais, si tel était le cas, pourquoi ne l'aurait-il pas mise en avant dans son article sur "Le Cœur du pitre" dans son livre récent Rimbaud et la Commune ?
Il me reste enfin à vérifier la place des remarques de Banville sur le triolet, forme qu'il associe bien à la "satire", dans les chapitres de son Petit traité de poésie française, puisqu'en mai 1871 Rimbaud ne semble avoir pu en lire que quelques chapitres, mais avoir pu lire ces quelques chapitres-là tout de même, selon les études de Jacques Bienvenu sur le sujet. En revanche, les considérations ultérieures de Banville sur l'emploi moderne du triolet, nous ne pourrons les situer qu'anachroniquement avec des réserves.