samedi 18 juillet 2026

Vénus anadyomène, le sonnet face à l'histoire de la peinture !

 Le sonnet "Vénus anadyomène" fait autant que "Le Dormeur du Val" partie des poèmes du tout jeune Rimbaud de 1870 sur lesquels s'abat l'incompréhension du public qui l'orne en guise de commentaire d'un parfait contresens. Le sonnet "Le Dormeur du Val", on le sait, est quasi exclusivement interprété comme un poème pacifiste prolongeant le discours du sonnet "Le Mal" qui vaudrait preuve, alors qu'en 9ctobre 1870 Rimbaud, qui l'a écrit, veut des armes pour continuer la guerre au nom de la naissante République, alors que l'expression "Il dort dans le soleil" signifie la résurrection du Phénix et même du Christ avec ce vers qui en vaut preuve dans "Morts de Quatre-vingt-douze..." : "O millions de Christs aux yeux sombres et doux". Cette allusion à la résurrection christique à été étayée avec d'autres détails à la clef par Jean-Francois Laurent dans un colloque dont les actes ont été publiés par la revue Parade sauvage en 1987. En clair, le soldat est clairement un héros patriotique célébré par Rimbaud et non un repoussoir dans un discours pacifiste. Le contresens est lié à deux problèmes de perception rhétorique.  Fier comme des paons de connaître ce qu'est la litote ou l'euphémisme, les enseignants et commentateurs font remarquer doctement que Il dort cela veut dire Il est mort. Le problème, c'est que les phrases du poème répètent à plusieurs reprises cet énoncé Il dort ou le reformuler il fait un somme. En clair, les doctes ne prennent pas en charge le rôle rhétorique de la répétition. L'autre problème de perception vient de la crudité de l'expression finale qui fait une partie du dernier vers : Il a deux trois rouges au côté droit. Les lecteurs se laissent dominer par le sensationnalisme de la 0hrase finale au lieu d'en interroger la mise en perspective symbolique.


Passons à l'autre sonnet.

En général, on lit ce sonnet comme un portrait caricatural et inversé d'un modèle de Vénus. Mais, malgré le titre, le sonnet ne décrit pas Vénus mais une femme sur laquelle on a gravé par dérision le nom de la Déesse.

Et cela change tout. Car des portraits de femmes laides en contrepoint de descriptions de l'idéal féminin,  ce n'est pas une invention révolutionnaire de Rimbaud. JOoachim du Bellâtre à déjà décrit une femme l'aide en donnant dans le titre de son poème un nom à ce genre d'inversion : des vers antérotiques (comprenez antiérotiques). 

Rimbaud ne tient en rien un discours révolutionnaire et subversif à décrire une femme l'aide dans un sonnet. Si le sonnet est subversif, l'intérêt est ailleurs.

Dans son livre de 1990 Le Premier Rimbaud ou l'apprentissage de la subversion, Steve Murphy a enfin.etablinune lecture de référence pour ce sonnet il manque les sources du côté d'un dizain de Coppée, mais Murphy a identifié dans une pièce de Glatigny le modèle que Rimbaud a démarqué pour de nombreux détails de composition.

Et sur cette base, Murphy a montré que le sonnet de Rimbaud dénonçait les abus d'une classe bourgeoise affectionnant la peinture et la mythologie grecque, mais abusant d'une alheureuse prostituée dont le stigmate christique n'est autre qu'un ulcère à l'anus, signe d'abus de l'ordre de la Sodomie.

Malgré cette mise au point, comme pour "Le Dormeur du Val", le contresens traditionnel continue d'être formulé par l'essentiel des commentateurs, par le public et les enseignants. Rimbaud a fait une Vénus l'aide, et ce serait intelligent et révolutionnaire.

Or, soudainement, depuis quelques années,  un nouveau courant interpretatif est apparu, et cela précisément au sein de la revue Parade sauvage créée et toujours contrôlée par Steve Murphy. Benoît de Cornulier a cru possible de démontrer que la Vénus était en réalité un portrait-charge de Napoléon III avec un travestissement pour contourner la censure comme dans le cas du Châtiment de Tartufe.  D'autres ont emboîté le pas et dernièrement Christophe Bataillé a publié un article pour récrire la thèse de Cornulier en considérant que c'était l'impératrice elle-même qui était visée.  Ce changement suffit plutôt a discréditer la thèse de Cornulier puisque nous basculons dans les identifications instables qui relèvent de la dérivation en chaîne.

Le Châtiment de Tartufe a un travestissement certes imprévisible maiss qui relève d'un discours ostentatoire du côté de la devinette. Ce n'est pas le cas de Vénus anadyomène. Les termes très précis ont du sens s'il s'agit d'une prostituée sinon d'une femme associée à Vénus, et les liens accablants avec Les Antres malsains de Glatigny ne peuvent que dissiper tous les doutes. Ni le sonnet de Rimbaud, ni le modèle fourni par Glatigny n'ont d3 lien avec Napoléon III ou l'impératrice. 

Il Gautier en revenir à la lecture fixée en 1990 par Murphy.

Mais, la référence du sonnet étant picturale, je versé cette pièce au dossier. Dans le domaine de la peinture, l'état décide de ce qui vaut ou non, tant au plan de l'exécution qu'au plan des thèmes,  on appelle cela l'académisme. Ingrédients s'y inscrit malgré ses exceptions aux règles de l'anatomie humaine. Delacroix sort un peu du cadre. Puis, il y a deux peintres majeurs qui defient les lois. Le premier c'est Gustave Courbet. Le second, c'est Édouard Manet. Rappelons que l'académie avait refusé 3000 tableaux sur 5000 pour un Salon de 1863. Napoléon III avait alors senti la nécessité d'accorder un salon aux non-admis, lequel a été naturellement baptisé Salon des Refusés. 

Un tableau, en lien avec des antécédents de Courbet, fait particulièrement scandale : Le Bain de Manet qui sera rebaptisé La Partie carrée,  titre venu d'un Watteau, puis Le Déjeuner sur l'herbe.

Dans le roman L'Oeuvre,  Zola s'en inspiré en faisant créer en 1863 par le héros Claude Lantier un tableau intitulé Plein air qui superpose la référence au scandale du Bain de Manet à la référence cette fois anachronique à la peinture impressionniste qui s'impose quelques années après avec Onet qui porte le prénom Claude justement. Manet n'est pas le père de la méthode impressionniste. Il reste distinct de ce mouvement.

Or, Mane5 à peint une femme née qui regarde le spectateur à côté d'une autre femme et à côté de deux hommes habillés Côme les bourgeois qui visitent un salon ou des peintures sont exposées. On peut dire que le scandale n'ait de l'abolition du quatrième mur.

Les femmes n'est sont un sujet normal, à condition de respecter des codes : une inscription dans un cadre mythologique par exemple. Même les femmes n'est côtoient des hommes habillés dans la peinture académique à condition que ce soit une scène mythologique.

Manet rompt avec cette hypocrisie au moyen d'une inscription partiellement réaliste.

Rimbaud fait de même.  La description caricaturale est partiellement réaliste La entrons de la "baignoire" rappelle le titre initial du tableau de Manet. Le regard d3vla femme nue sur le spectateur à son équivalent dans l'obscénité montrée à la loupe au dernier vers du sonnet rimbaldien.

Pour apprécier le sonnet, ne lâchons pas la proie pour l'ombre. 

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