Dans le précédent article, nous avons signalé à l'attention plusieurs sources, jamais citées auparavant, ou du moins par un autre que nous-même, aux vers et proses de Rimbaud. Nous avons en effet proposé quatre rapprochements avec les poèmes en prose d'Illuminations, dont deux assez conséquentes, nous avons souligné également la réécriture dans "Rêvé pour l'hiver" du poème final "A une Muse" (ou "A une Muse folle") des Cariatides de Banville.
Nous allons reprendre d'ici peu cette étude pour la première moitié du recueil, à savoir pour les trois poèmes du premier livre et pour les premiers poèmes du deuxième livre. Cela permet d'étudier la longue composition "La Voie lactée" d'un côté et de l'autre les poèmes proches "Stephen" et "Ceux qui meurent".
Je vais aussi en profiter avant de m'attaquer à cette deuxième partie pour comparer l'édition originale de 1842 au texte de l'édition de 1864 que, visiblement, possédait Rimbaud.
Je fais quelques rappels.
A la toute fin de 1842, l'année précédant l'échec des Burgraves, Banville a publié son premier recueil Les Cariatides, en pleine époque de dominante du romantisme en France, vingt-quatre ans avant l'apparition du Parnasse contemporain, près d'une décennie avant les premières publications de Leconte de Lisle, une décennie avant Emaux et camées de Théophile Gautier, treize ans avant la première fournée de Fleurs du Mal parues dans la Revue des Deux Mondes. Banville n'est pas un parnassien à ce moment-là, c'est un poète romantique admiratif en particulier de Victor Hugo et d'Alfred de Musset, un lecteur d'Hégésippe Moreau ou d'Alfred de Vigny. Banville ne pratiquait alors ni le trimètre, ni les césures audacieuses sur des proclitiques, mais il pratiquait à la suite de ses lectures favorites des enjambements d'un vers à l'autre avec des mots grammaticaux d'une syllabe à la rime dont le mot "comme" et le pronom relatif "dont", et il osait quelques mises en relief d'une syllabe en rejet ou contre-rejet à la césure, même si c'était parcimonieusement et faiblement.
Banville accentuait le motif de la bohème dans le domaine des vers, il fournissait deux premiers triolets dans un recueil. Il faut aussi souligner qu'il met en avant des figures de suicidée par noyade qui préfigurent le motif d'Ophélie en poésie avec le poème de ce nom d'Henry de Murger.
Banville a publié son second recueil Les Stalactites dès 1846, recueil dont nous parlerons prochainement, ainsi que des Odelettes et du Sang de la coupe.
En 1857, l'année de la première édition des Odes funambulesques, il y a eu une édition des Poésies complètes de Banville qui reprenait les recueils Cariatides, Stalactites, Odelettes et y ajoutait un ensemble de poèmes inédits devenu le recueil Le Sang de la coupe. En 1864, avec une couverture bleue en papier, nous avons eu droit à une "Nouvelle édition" des Cariatides qui est en réalité l'édition des Poésies complètes sous le titre du seul premier recueil Les Cariatides. Cette édition de 1864 est subdivisée en six livres, dont les trois premiers seuls correspondent au recueil original de 1842. Le quatrième livre correspond aux Stalactites, le cinquième aux Odelettes et le sixième au Sang de la coupe avec en mention sur la couverture le titre du poème "La Malédiction de Vénus" que Banville a déclaré le chef-d’œuvre de ce dernier ensemble. Je n'ai pas encore pu consulter l'édition de 1857 des Poésies complètes, je vais me contenter dans le présent article d'une comparaison entre l'édition originale de 1842 et les trois premiers livres de l'édition de 1864. Les changements concernent la sélection des poèmes, éventuellement les titres de poèmes, mais surtout les variantes au plan des vers, ainsi bien évidemment que préfaces ou autres pourtours du recueil.
L'édition de 1864 s'ouvre par un poème liminaire "Envoi" en dix-huit quatrains d'octosyllabes à rimes croisées qui ne faisait partie d'aucun des recueils antérieurs.
Le recueil de 1864 ne contient pas non plus la dédicace "A Victor Perrot", et surtout elle ne contient pas la préface dont nous avons souligné que Rimbaud la citait dans ses deux lettres à Banville du 24 mai 1870 et du 15 août 1871. C'est une première mise au point essentielle au plan de la comparaison des éditions des poèmes de Banville ! Et, à ma connaissance, personne avant moi n'a jamais effectué de rapprochement entre la préface et les lettres de Rimbaud à Banville. Il s'agit tout de même d'une préface où Banville explicite quelque peu ses griefs contre Scribe et le genre du vaudeville, ce qui n'est pas sans intérêt pour les études rimbaldiennes : "Michel et Christine", "Un titre de vaudeville dressait des épouvantes devant moi." Notons que Scribe est mis plus bas que la "contrefaçon belge", le poème "Michel et Christine" ayant été composé en août 1872 en Belgique selon toute vraisemblance. Cela a peut-être un intérêt... En tout cas, l'attaque de paragraphe : "J'ai dix-neuf ans[,]# nous a valu la mention : "j'ai dix-sept ans" dans la lettre du 24 mai 1870 et la symétrique attaque de paragraphe : "J'ai dix-huit ans[,]" dans la lettre du 15 août 1871. Rimbaud se traitant d'imbécile dans cette dernière lettre s'inspire aussi de la remarque au second degré de Banville faisant de Virgile un "crétin triste" et d'Horace "un déplorable goîtreux". Par paronomase, la mention finale "Scribes" confirme l'intérêt de cette préface pour méditer "Michel et Christine", même si nous n'avons pas rencontré le mot "épouvante" lui-même sous la plume de Banville, lettre du 20 septembre 1842, trente ans presque avant la composition de "Michel et Christine".
Entre l'édition de 1842 subdivisée en trois livres et les trois premiers livres de l'édition de 1864, d'autres différences sautent aux yeux.
Le premier livre de 1842 est composé de trois poèmes seulement : "I. Sur ce livre" en dix-sept sizains pour deux tiers en alexandrins, pour un tiers en octosyllabes, "II. La Voie lactée" long poème en rimes plates subdivisé en deux chants, "III. Stéphen"poème en dizains numérotés de rimes plates et subdivisé lui aussi en deux chants, l'un de cinquante-deux dizains, l'autre de seulement quarante-six. Les trois poèmes sont accompagnés d'épigraphes dans l'édition originale chez "Pilout, éditeur" : "Sur ce livre" offre une épigraphe en prose de Victor Hugo tirée de "Littérature et philosophie mêlées" ; "La Voie lactée" offre une citation de quatre vers des Métamorphoses d'Ovide, et je relève "candeur" dans la citation hugolienne précédente et "candore" dans celle du poète latin.Pour "Stéphen", l'épigraphe est particulière, puisque la citation d'Alphonse Karr parle précisément de s'identifier au personnage nommé "Stéphen". Je vous laisse consulter ces épigraphes dans l'édition fac-similaire que je consulte :
Le premier livre de l'édition de 1864 est nettement distinct. Il est constitué de non pas trois, mais cinq poèmes. Le premier poème au titre même du recueil "Les Cariatides" est une pièce inédite (à moins qu'elle n'ait été lancée dans l'édition de 1857). Il s'agit par ailleurs d'un poème un peu particulier, puisque ce n'est pas exactement une terza rima ou tierce rime, puisque les tercets du poème sont conclus par un vers isolé mais aussi précédés d'un autre vers isolé. Le poème "Sur ce livre" change de titre et devient "Dernière angoisse". Nous avons ensuite le poème "La Voie lactée". Suit un autre poème inédit intitulé "Confession" et enfin le poème "Stéphen" change de titre pour devenir "Les Baisers de pierre". Il a perdu sa subdivision en deux chants, comme son séquençage en dizains de rimes plates. Il s'agit désormais d'un poème en rimes plates avec quatre parties numérotées en chiffres romains. Et la pièce est dédicacée "A Armand du Mesnil" désormais. Il s'agit du seul poème dédicacé sur les cinq qui composent le premier livre de l'édition de 1864. Le titre de ce premier livre est précisément Les Cariatides avec une précision chronologique en deuxième ligne : "1841-1842", ce qui peut être suspect quant aux deux poèmes inédits "Les Cariatides" et "Confession".
Le deuxième livre a une fenêtre chronologique plus large "1839-1842" et il s'intitule "Yseult" sur la couverture, mais cette mention disparaît dans le corps de l'ouvrage où le deuxième livre n'a pas de titre propre, il s'ouvre simplement sur la série intitulée "Amours d'Yseult".
En 1842, le "Livre deuxième" était sous-titrée "Poésies", le premier étant sous-intitulé "Poëmes", et la première série s'intitulait plus précisément "Madame Yseult" avec le sous-titre "Feuillets détachés" qu'accompagnait une épigraphe de George Sand. Les variantes peuvent être importantes, mais nous avons la même succession de sept poèmes sous le titre nouveau "Amours d'Yseult", le même enchaînement avec "Phyllis", puis "Le Songe d'une nuit d'hiver" qui raccourcit son titre en "Songe d'hiver". Entre "Le Songe d'une nuit d'hiver" de 1842 et "Songe d'hiver" de 1864, les neuf parties numérotés de I à IX se correspondent, ainsi que les deux dernièers parties XI et XII, mais la pièce X en vers de quatre syllabes a été remplacée par un poème en vers de sept syllabes.
L'enchaînement est ensuite à nouveau respecté en 1864 avec "Clymène", puis "La Nuit de printemps" où seul ce titre raccourcit celui de 1842 "Le Songe d'une nuit de printemps". Vous notez que Rimbaud en accédant à l'édition originale pouvait constater la constante référence au Songe d'une nuit d'été de Shakespeare, pièce très présente allusivement dans les proses des Illuminations.
Nous arrivons enfin à la séquence "Ceux qui meurent et ceux qui combattent". Alors que certaines mentions ont disparu pour les poèmes précédents, par exemple "églogue" pour "Phyllis", ici le sous-titre "Episodes" originel est allongé "Episodes et fragments". Nous perdons tout de même une nouvelle épigraphe tirée de "Littérature et philosophie mêlées". D'autres remaniements sont importants. Dans l'édition originale, la section "Ceux qui meurent et ceux qui combattent" était subdivisée en deux parties titrées. La première partie "Ceux qui meurent" rassemblait trois premiers poèmes, sachant que le premier et le troisième poème étaient composés en sizains numérotés, numérotation qui disparaît en 1864. Les subdivisions "Ceux qui meurent" et "Ceux qui combattent" disparaissent également. L'édition de 1864 offre une simple série de six poèmes numérotés sous l'unique titre "Ceux qui meurent et ceux qui combattent. Fragments et épisodes." Il n'y a plus trois poèmes de "Ceux qui meurent" d'un côté et trois poèmes de "Ceux qui combattent" de l'autre.
L'enchaînement du recueil original est ensuite respecté, mais le titre générique "Sonnet" et l'épigraphe du Joseph Delorme tombent au profit du titre "La Renaissance". Le poème en tercets monorimes qui suit est remanié mais conservé, puis le second "Sonnet" gagne le titre "La Déesse" en étant lui aussi fortement retouché, puis nous avons une alternance qui est respectée avec de nouveau des tercets monorimes, et toujours d'importants remaniements, puis les quatrains du poème "Amour idolâtre" sont réintitulés "Idolâtrie". Et suit bien des tercets monorimes, avec une dose toujours plus embarrassante de remaniements qui rendent méconnaissables les pièces d'origine. Puis, comme dans l'édition originale, les pièces "Amour angélique", "Loys", "Devant l'Océan vert..." et "Leila" se suivent avec une présentation allégée. Cependant, une pièce inédite apparaît ensuite dans le défilement du recueil de 1864 : "Vénus couchée" avant que nous ne reprenions la suite de l'édition originale avec le poème en vers de cinq syllabes : "Pourquoi, courtisane, [...]" et les pièces "Le Stigmate", "Prosopopée d'une Vénus", "L'Auréole" et "Les Imprécations d'une figure sculptée" où le titre original est tout de même déformé : "Les Imprécations d'une cariatide".
Passons au troisième et dernier livre à comparer. Il était annoncé comme un ensemble d' "Odes et épîtres" en 1842. En 1864, c'est la fenêtre chronologique qui prime en guise d'information : "18414-1842".Le poème "A la Muse grecque" a été remanié en conséquence et a pris le titre "Erato". Le poème "A Victor Hugo" correspond à la suite originale, mais pas le poème inédit "A ma mère Madame Elisabeth-Zélie de Banville" qui est inédit. L'ordre originel est repris ensuite, mais "A M. E. C." change de titre et devient "Conseils à Jeanne". Le court poème "A Victor Perrot et Armand du Mesnil" est remplacé par "Le Pressoir" dédicacé "A Auguste Vitu". La suite est respectée avec "A vénus de Milo" et le poème à Auguste Supersac qui est remanié en "L'Eldorado". Nous avons bien ensuite le poème adressé "A madame Caroline A.", Angebert si nous nous reportons à l'édition originale, mais la fin du poème est réarrangée. Les pièces "Aux amis de Paul" et "A Niobé N." ("Niobé, vous étiez la Lyre [...]" sont bien à leurs places originelles. Puis, à sa place, le poème "A M. de Sainte-Marie" perd son titre et passe du tutoiement au vouvoiement. Le deuxième poème "A Niobé N." est correctement reconduit à sa place originelle.La série de huit poèmes "A Clymène. pastiches" est respectée, mais change de titre et devient "En habit zinzolin", tandis que les mentions de genres disparaissent : "rondeau", "triolet", "rondeau redoublé" et "madrigal". Et le poème conclusif "A une Muse" est maintenu à sa place en devenant "A une Muse folle".
Voilà pour vous donner une idée des remaniements sensibles du recueil. Deux poèmes inédits pour le seul premier livre qui passe de trois à cinq poèmes. Un poème remplacé par un autre dans une série, une autre substitution d'un poème par un autre au troisième livre et deux ou trois poèmes inédits à d'autres endroits des livres deuxième et troisième. Et cela s'accompagne de remaniements conséquents de maints vers des poèmes, voire parfois de strophes et séquences.
Qu'en est-il des remaniements pour les rimes "d'or"/"dort" et assimilées ?
Le poème "Amour idolâtre" est devenu "Idolâtrie" et sa rime "d'or"/"s'endort" a cédé la place à la rime plus "correcte" : "accord"/"s'endort".
La leçon originale :
Car chaque nuit, les Grâces, sœurs fidèles,Dont le front porte un diadème d'or,Baisent son sein lorsque, blanche comme elles,Lydia s'endort
Le nouvel accord :
Car, chaque nuit, les Grâces, sœurs fidèles,Réglant leur pas dans un céleste accord,Baisent son sein lorsque, blanche comme elles,Lydia s'endort.
Pour le poème "Loys", la rime "s'endort"/"cor" est corrigée par le choix "confiteor".
Dans "Prosopopée d'une Vénus" où nous perdons un blanc typographique, la rime "d'or"/"s'endort" le cède à une rime "d'or"/"trésor".
La leçon originale :
Oh ! trois et quatre fois malheur au siècle d'orOù le prêtre s'oublie, où l'artiste s'endort !
Le nouveau trésor de vers en or :
Oh ! trois et quatre fois malheur au siècle d'orOù l'artiste éperdu foule aux pieds son trésor !
Dans "Conseils à Jeanne" qui correspond au titre "A M. E. C.", la rime "d'or"/"endort" est remplacée par une rime "sort"/"endort".
La leçon originale :
Ni le palais de marbre avec ses lambris d'or ;[...]Comme un enfant que l'on endort.
Le coup du sort pour Banville censeur de rimes :
La violette en deuil qu'épargnerait le sort ;[...]Comme un enfant que l'on endort.
Dans "L'Eldorado" qui correspond au morceau "A Auguste Supersac", le quatrain à la rime problématique est remanié complètement.
La leçon originale :
Pourquoi nous attachons des épaulettes d'orSur notre valetaille,Et pourquoi dans le lit, lorsque l'Amour s'endort,La Satiété bâille ?
La révision de 1864 où même le verbe final perd son accent circonflexe :
Pourquoi nous achetons avec un vrai transportTant de meubles rocaille,Et pourquoi dans le lit, lorsque l'Amour s'endort,La Satiété baille ?
Dans le sonnet "A un ciseuleur" qui correspond au poème "A M. de Sainte-Marie", Banville évite la rime "cour"/"court" et passe à celle "cour"/"amour".
C'est le fard léger des belles de cour,Et c'est l'or aussi, lorsque tu cisèlesUn portrait chéri dans un nœud d'amour.
Banville avait initialement composé le tercet final suivant :
C'est le fard léger des belles de cour,Le chant de Mozart aux saveurs si bellesQue, redit trois fois, il paraît trop court.
En fait, nous sommes dans un déplacement crucial de perspective solidement étayé. Jacques Bienvenu a souligné cette obsession de la rime "d'or"/"dort" dans des poèmes de Rimbaud liés à Banville et avec raison il a relié cela aux considérations du traité de Banville sur la correction orthographique à apporter dans le choix des rimes, mais Bienvenu partait du constat que Banville n'employait pas la rime "d'or"/"dort" contrairement à Musset et même Hugo ou d'autres. On voit ici toute l'importance dont je me suis explicitement plaint auparavant d'un accès à l'édition originale des Cariatides. Banville avait plusieurs fois exploité des rimes supposées défectueuses dans son recueil de jeunesse, abusant en particulier de la rime "d'or"/"endort", et il a effacé ce qu'il estimait des fautes de jeunesse dans les éditions ultérieures. Et désormais, il n'y a plus une intime conviction que chez Rimbaud la rime "d'or"/"dort" est une provocation contre le traité de Banville. Nous avons désormais la preuve que Rimbaud remue le couteau dans la plaie d'un Banville qui avait remanié toutes les rimes considérées comme fautives. Et, cas à part de "Ophélie", la moquerie de Rimbaud est d'autant plus dévastatrice dans "Ce qu'on dit au poète à propos de fleurs", "Les Mains de Jeanne-Marie", "Tête de faune", "Vénus anadyomène", "Tête de faune" et "Poison perdu" que pour Banville si le poème c'est la rime il est piquant de le voir modifier complètement plusieurs vers de ses poèmes à partir des seuls cas de rimes à refouler. Banville n'a pas remanié ces vers-là pour les rendre plus beaux, mais pour cacher des rimes négligées dont il se sentait coupable. Et dans "Tête de faune", Rimbaud souligne avec cruauté l'écart de Banville qui d'un côté osait de plus en plus de césures ou entrevers libérés et de l'autre s'enfermait dans la mesquinerie de la bonne orthographe des rimes.
Dans le poème "Stéphen" devenu "Les Baisers de pierre", la rime "cagot"/"Hugo" a elle aussi été répudiée.
La leçon originale :
Et -près d'un vieux parent Laharpiste et cagot,Faire des calembours contre Victor Hugo.
Le passage correspondant en 1864 :
Et, près d'un vieux parent arrivé du Congo,Faire des calembourgs contre Victor Hugo.
L'orthographe pour "calembours" a varié également.
J'en arrive enfin à la première rime "d'or"/"s'endort" des Cariatides de 1842. Cette rime apparaissait dans le poème "Phyllis". La rime figure dans la dernière réplique du poème qui a une forme dialoguée, un discours de Palemon donne sa conclusion au récit. Banville a remplacé la rime "sans effort".
La leçon originale :
Fermez l'arène, enfants. Déjà sur ses longs voiles,La nuit brode en courant sa ceinture d'étoiles,Et dans l'herbe fleurie et sur l'arène d'or,Sous le baiser du soir la Nature s'endort.
La version purifiée :
Fermez l'arène, enfants. Déjà sur ses longs voiles,La nuit brode en courant sa ceinture d'étoiles,Les flammes du couchant meurent, et sans effortSous le baiser du soir la Nature s'endort,[...]
Du côté de la leçon originale, les mentions "brode", "fleurie" et "baiser du soir" confortent clairement le rapprochement avec "Tête de faune".
Enfin, dans la huitième pièce du "Songe d'hiver" qui correspond bien à la huitième pièce du "Songe d'une nuit d'hiver" de 1842, Banville a là encore corrigé la rime "dort"/"d'or" que Rimbaud allait sans arrêt lui renvoyer à la figure.
La leçon originale :
- Un homme d'ici-bas, c'est une âme qui dortAu fond d'un corps d'argile, et qui, vierge effarée,Replie en murmurant ses blondes ailes d'or ;
La révision du censeur :
Que sommes-nous ? Une âme arrêtant son essorDans un cachot d'argile, et, lumière effarée,Repliant pour un jour ses blondes ailes d'or :
Il est peu probable que dans "Ophélie" Rimbaud essayait déjà de placer sous les yeux de Banville sa rime négligée de jeunesse, mais puisque Banville a répondu à la lettre du 24 mai, et puisque Rimbaud n'a eu de cesse de reconduire la rime "dort"/"d'or" quasi à l'identique dans plusieurs poèmes, notamment adressés à Banville comme l'a supposé Bienvenu, il devient vraisemblable que la rime "essor"/"ressort" dans "Vénus anadyomène" reprend fort malicieusement la correction "essor" du "Songe d'hiver". Le sonnet "Vénus anadyomène" avec la rime "Vénus"/"anus" est d'évidence lui aussi une réplique au traité de Banville ou à ce qu'a pu écrire Banville à Rimbaud dans la continuité de ce traité en cours d'élaboration à l'époque...
Nous reviendrons prochainement sur des rimes du type "maux"/"mots" chez Banville et Rimbaud. C'est un sujet à méditer à la suite de celui-ci. Une deuxième partie sur les réécritures par Rimbaud de vers des Cariatides est à venir sur ce blog.
Un volume de Parade sauvagec'est annuel, ça coûte surtout si vous n'êtes pas publié chez l'éditeur, plus de quarante euros, et vous n'en apprenez jamais autant que ce que j'écris tous les quinze jours sur ce blog...