dimanche 25 avril 2021

Retour sur la lecture communarde du "Bateau ivre", l'article de Murphy "Logiques du 'Bateau ivre' "

 Je voudrais revenir sur la lecture communarde du "Bateau ivre". J'ai publié deux articles sur "Le Bateau ivre" en 2006. Le premier article "Trajectoire du 'Bateau ivre' " a été publié dans le numéro 21 de la revue Parade sauvage. Le second a été publié dans le numéro 5 des Cahiers du centre d'études métriques de Nantes et il s'agit plus précisément d'une étude générale sur la versification "première manière" de Rimbaud qui se terminait par une étude plus précise de la versification d'ensemble du "Bateau ivre". Il manque malheureusement le tableau des positions métriques qui n'a pas pu être publié à l'époque. Cornulier l'aurait souhaité, mais c'est moi qui ai dû jongler avec le manque de place, l'article étant particulièrement long.
L'article métrique peut être lu en ligne, voici un lien pour le consulter directement :
Il doit être possible de télécharger une version de l'article de 2006 pour quelques euros sur le site de la revue Parade sauvage.
Mon article sur "Le Bateau ivre" était déjà très avancé en septembre 2004 lorsque j'ai participé à un colloque sur Rimbaud à Charleville-Mézières.
Invité par Yves Reboul à publier un article dans un numéro spécial Rimbaud pour la revue Littératures, l'article de Steve Murphy a été intégralement rédigé en 2006 après lecture de la version définitive de mon propre travail, même si les deux articles ont paru en même temps, et même d'abord celui de Steve Murphy. Celui-ci précise avoir lu mon article dans les notes de bas de page de son étude.
Ma lecture a plusieurs points importants et ils ne sont pas tous repris dans l'étude de Murphy. Il y avait un point que je soulignais, c'était la lecture du pluriel "juillets" comme allusion à des journées révolutionnaires. Je suis bien placé pour savoir que, même si dans l'énorme quantité de choses qui se sont écrites sur Rimbaud il y a bien eu quelqu'un avant moi pour dire que le pluriel "juillets" faisait songer à du "14 juillet", etc., il n'en reste pas moins que c'est à partir de 2004, dans le cercle d'entretiens privés entre rimbaldiens, que l'idée que ce pluriel désignait bien des insurrections s'est fixée véritablement comme une évidence.
Et, tout à fait indépendamment de mes recherches, lors du colloque de Charleville-Mézières, le participant Marc Ascione avait surpris tout le monde au détour d'une étude sur un tout autre sujet en affirmant qu'à l'époque de Rimbaud la presse attribuait à Bismarck cette phrase : "Les Parisiens sont des Peaux-Rouges".
Ce colloque réunissait 25 participants je crois. Je possédais deux tomes des actes de colloque, publication de l'année 2005 en tant que colloque n°5 de la revue Parade sauvage, mais le déluge cannois les a emportés. Comme inévitablement il y eut des conversations privées autour du "Bateau ivre", vous pouvez aujourd'hui consulter l'article fleuve d'Ascione et relever non seulement la citation non suivie de référence "Les Parisiens sont des Peaux-rouges", mais encore une incidente pour dire que les "juillets" du poème sont bien révolutionnaires. Tout le monde aura compris que c'est bien en 2004 et en particulier au moment de ce colloque que l'importance de la signification révolutionnaire du pluriel "juillets" s'est cristallisée dans le milieu des rimbaldiens, du moins du côté de la revue Parade sauvage.
Lors de ce même colloque, il y a eu un autre fait intéressant "Le Bateau ivre". Christophe Bataillé a livré une lecture sur le poème "Les Corbeaux", et comme j'avais été intéressé par la lecture du poème "Roman" par Bataillé j'en attendais beaucoup avant de l'écouter. Mais il a développé une lecture selon laquelle le poème "Les Corbeaux" serait une charge anticléricale. Il paraît que Steve Murphy a amorcé une telle lecture dans son livre de 1986 que je n'ai jamais pu consulter et qui correspond à sa thèse. Or, je n'étais pas d'accord avec la lecture développée, je ne le suis toujours pas. J'ai remarqué que les rimbaldiens liés à Toulouse ne sont généralement pas convaincus par cette lecture : moi, Bardel, Reboul ou Fongaro, aucun des quatre n'adhère à cette lecture. Les autres rimbaldiens ne se prononcent pas, ceux qui y adhèrent ce sont Murphy et Bataillé, puis Vaillant, et apparemment Cornulier dans une publication assez récente. En revanche, lors de ce colloque, après les deux interventions orales des participants, celle de Bataillé et celle de je ne sais plus qui d'autre, il y a eu la séance des questions dans la salle. Et moi, je voulais intervenir parce que j'avais un groupe complet de liens avec "Le Bateau ivre". Or, Marc Ascione, présent dans la salle, plutôt vers les rangs de devant, tandis que moi j'étais plus en haut dans le fond, a pris la parole et a dit un des éléments du rapprochement que je faisais avec "Le Bateau ivre" ou il n'a pas fait de rapprochement avec "Le Bateau ivre", il a peut-être simplement fait le lien avec la Commune pour "fauvettes de mai". Evidemment, je fulminais, je m'étais préparé à mon truc à sensation. En tout cas, on m'a donné la parole ensuite, et j'ai développé tout le rapprochement avec "Le Bateau ivre" : "Mât perdu" pour "bateau perdu" et la correspondance de rime qui ne se limitait pas à la mention de mois, car on avait la reprise "soir charmé" pour "crépuscule embaumé" où "soir" équivaut à "crépuscule" et "charmé" à "embaumé", puis bien sûr la reprise "fauvettes de mai" pour "papillon de mai".
A l'époque, je n'avais pas encore découvert que le dernier sizain du poème "Les Corbeaux" était également proche du dernier sizain de "Plus de sang", le poème anticommunard de Coppée publié en plaquette, à chaud pendant les événements, avec la reprise de rime "chêne"::"enchaîne" et les motifs des oiseaux. Il me semble que l'intervention d'Ascione était tout comme la mienne motivée par une sorte d'incompréhension face à la lecture anticléricale développée par Bataillé.
Murphy prévoyait de publier un article sur "Les Corbeaux" après celui de Bataillé. Seulement, entre-temps, on m'a proposé de publier un article dans la revue Rimbaud vivant et ne me rappelant plus que Murphy prévoyait de publier sur ce poème j'ai proposé une étude sur "Les Corbeaux" où j'ai évidemment développé mes éléments de rapprochement avec "Le Bateau ivre".
Pour précision, malgré les interventions orales parmi l'assistance de moi ou d'Ascione, Bataillé n'a pas intégré ces éléments dans la version écrite de sa conférence, comme l'attestent les actes du colloque parus en 2005.
Lorsqu'il a enfin publié son étude sur "Les Corbeaux" dans son livre Rimbaud et la Commune, Steve Murphy a évoqué ma lecture, mais avec des contresens, et il m'a attribué la découverte des liens avec le poème "Le Bateau ivre". Il semble bien que cela n'avait jamais été cerné auparavant. En plus, j'ai bien développé les liens, j'ai tiré le fil. L'étude sur "Les Corbeaux" de Murphy a toutefois ceci d'étrange qu'elle maintient à la fois la lecture anticléricale et l'idée du lien de la dernière strophe avec "Le Bateau ivre". Ce qui est gommé au passage, c'est que ni moi ni je suppose Ascione ne nous reconnaissions dans la lecture anticléricale du poème. Quand Ascione est intervenu, il y avait quand même un sentiment de perplexité qui perçait.
Plus tard encore, j'ai découvert le lien avec le poème "Plus de sang" avec Coppée, et dans un tel cas de figure je considère que la lecture anticléricale va être tout de même sacrément délicate à défendre, parce qu'évidemment les sources permettent de commenter efficacement le poème et le dernier sizain qui est un peu la chute du poème est saturée par les renvois à nos deux sources. Il n'y a plus vraiment d'espace pour justifier une lecture anticléricale du dernier sizain, et une lecture anticléricale pour les seuls deux premiers sizains, ça me paraît vain.
Mais revenons au "Bateau ivre" avec les juillets et les "Peaux-rouges", et donc son côté d'allégorie de la Commune.
En fait, Murphy adhère à une lecture du "Bateau ivre" en fonction de la Commune, mais il reste réservé. Face à ma lecture qui dit frontalement que le poème est une allégorie de la Commune, il pose un poème qui a plusieurs niveaux allégoriques avec certains de même importance que celui d'une allusion à l'insurrection réprimée dans le sang. Je ne suis évidemment pas d'accord avec cette restriction. Puis, il y a une autre différence majeure. Dans mon article, j'ai mis en avant l'idée d'un dialogue avec Victor Hugo dans une compétition entre les deux poètes qui pouvaient se dire les mages de la société ambiante. Outre que Baudelaire ne traitait pas ainsi de l'actualité, il était déjà mort depuis quelques années en 1871. Lamartine, Sainte-Beuve et Vigny n'étaient plus de ce monde. L'idée est claire : Rimbaud est un romantique tardif, et même si les parnassiens sont eux aussi des romantiques, il faut bien mesurer que dans son approche de la poésie Rimbaud brandit le magistère du poète à la manière de la première génération romantique, et tout particulièrement à la manière de Victor Hugo. Il était déjà connu que le poème "Le Bateau ivre" s'inspirait du couple "Pleine mer" et "Plein ciel" de poèmes de Victor Hugo, mais j'ai identifié des réécritures de vers précis, ce qui, d'après mes recherches, n'avait jamais été fait auparavant. Et parmi les allusions de réécritures de Victor Hugo que j'ai proposées, en tout cas, celles issues des poèmes de La Légende des siècles "Pleine mer" et "Plein ciel" ont clairement été admises comme allant de soi par Murphy, puis Santolini. Mais, dans mon article, je développais toute l'idée d'une affinité métaphorique entre Rimbaud et Hugo pour souligner à quel point finalement derrière un récit imagé on pouvait deviner un jeu de réponses point par point dans le domaine des idées d'un Rimbaud se positionnant face à Hugo. Tout cela est dans mon article de 2006, mais pas dans l'étude de Murphy qui, bien au contraire, insiste sur la filiation baudelairienne avec "Le Voyage".
Je n'ai pas l'article "Logiques du Bateau ivre" de Murphy tel qu'il l'a publié en 2006 sous la main. Mon exemplaire de la revue Littératures a été sauvé des eaux, je l'ai toujours, mais il est rangé dans des cartons, donc je vais avoir du mal à mettre la main dessus. Mais, peu importe, j'ai dans les mains le volume Rimbaud et la Commune qui compile plein d'articles de Murphy dont "Logiques du Bateau ivre". Il y a quelques remaniements mineurs, mais ce n'est pas gênant.
Le texte publié est assez conséquent, il court de la page 499 à la page 582, et cela sans aucune illustration intercalée.
L'article a une introduction sur trois premières pages, puis il est subdivisé en neuf parties. Je relève les neuf titres pour bien montrer qu'il y a une approche de la relation du poème à la Commune qui se dilue quelque peu, et pour montrer aussi qu'il n'y a aucune mise en perspective du dialogue avec Hugo. Par ailleurs, avant 2006, beaucoup de gens avaient déjà écrit sur "Le Bateau ivre" et l'article de Murphy a parfois une allure d'enregistrement automatique de tout ce qui a pu se dire sur "Le Bateau ivre" auparavant.
Voici les neuf titres : 1. Au-delà du Parnasse anecdotique (pages 501-509, on comprend qu'il est surtout question du dépassement d'une certaine idée parnassienne de la poésie), 2. Logiques du délire (pages 509-519), 3. L'Aventure allégorique (pages 519-525, il n'est pas question de la Commune, mais de la pratique imagée du poète qui se veut un poète voyant, et on note au passage la subordonnée suivante : "Puisqu'il n'est pas absolument certain que Le Bateau ivre date d'avant le départ de septembre 1871,...", 4. Le lyrisme à la frontière du satirique (pages 525-531), 5. L'inspiration et ses aliments (pages 532-537), 6. indépendance et conscience (pages 538-546), 7. Le papillon et les pontons : politiques du voyage (pages 546-561), 8. L'aire des intertextes (pages 561-569), 9. Pragmatique de la vision (pages 570-582).
La partie sur la lecture communarde ne vient qu'en septième. Ce n'est pas négligeable, car on comprend qu'il y a une sorte de montée progressive vers cette lecture au cours de l'article, mais elle n'occupe pas si nettement l'espace. On remarque aussi dans le titre qu'elle s'articule très précisément sur les mentions "papillon de mai" et "pontons" du poème. Ma lecture développe de long en large l'idée d'une métaphorisation de l'insurrection. Ici, cette lecture métaphorique va être évoquée également, mais on voit bien que ça reste allusif comme une possibilité du texte qui n'est pas encore pleinement assumée par le critique. La Commune n'est qu'un aspect de la pensée métaphorique du "Bateau ivre" dans cet article. A la fin de la partie 6 de son article, Murphy a cité un élément de ma lecture qu'il considère "brillamment démontré". Le bateau n'est pas revenu en Europe comme on le dit si souvent, il est toujours perdu en mer. Mais Murphy a désolidarisé cet élément de lecture du cadre de récit allégorique communard de mon article et il attribue une psychologie au bateau qui est en contradiction avec ce que j'ai écrit. Mais concentrons-nous sur cette partie 7. Cette partie veut mettre bien en avant les termes clefs du poème qui peuvent faire songer de manière immédiate à la Commune : "papillon" dans le titre pour "papillon de mai" et donc événement de mai de la Commune envolée (contrepoint à la semaine sanglante), "pontons" dernier mot du poème au sens allusif évident, et Murphy développe aussi des considérations sémantiques sur "Peaux-Rouges" et "juillets" Pour le cadre des "cieux de braise", etc., Murphy développe la plausibilité d'une lecture dramatique qui devait être sensible aux esprits marqués par les événements de l'année 1871, mais il en reste à la surface de cette plausibilité.
A la page 555, une note 3 de bas de page, précise que je suis arrivé aux mêmes conclusions, note qui concerne l'analyse de la signification du mot au pluriel "juillets". Et à la page 554, Murphy rapporte l'intervention d'Ascione, et il convient de citer :
   Pour ces Peaux-Rouges, Marc Ascione a récemment proposé une possible confirmation : Rimbaud ferait référence à une affirmation de Bismarck, qui compara les Parisiens aux Peaux-Rouges après l'assassinat du mouchard Vincenzini, saisi par la foule à côté de la colonne de la Bastille et noyé dans le canal Saint-Martin - modèles référentiels possibles des poteaux de couleurs et des fleuves impassibles [2005, 134-136]. Les rapports topiques entre les tribus amérindiennes et les pauvres de Paris - analogie pérenne qui donnera le mot apaches au début du XXe siècle - ne pouvaient que rendre encore plus parlante l'analogie.
Plusieurs rimbaldiens avaient déjà envisagé l'idée d'une allusion à la Commune par le biais de la mention de la couleur rouge dans le nom d'indien. Ici, une source était proposée, sauf qu'il manquait une référence. Je ne suis pas le seul à l'avoir remarqué. Je sais que Jacques Bienvenu était perplexe, peut-être Olivier Bivort. En tout cas, dans les actes du colloque, dans donc le volume colloque n°5 de la revue Parade sauvage, il n'y a aucune référence documentée à cette citation. Murphy l'aurait recensée, il se contente d'un renvoi entre crochets aux pages 134-136 de l'article d'Ascione.
J'aurai mis beaucoup de temps, mais après tout personne ne m'a devancé pendant ces longues années encore une fois, pour trouver d'où provenait cette citation. Je n'ai pas de contact direct avec Ascione et donc je ne lui ai pas demandé directement sa source, j'ai cherché de temps en temps et un jour j'ai trouvé. Il faut d'ailleurs être précis. La source d'Ascione n'avait de valeur que si elle était attestée dans le courant de l'année 1871. Or, je n'ai pas trouvé de périodiques qui en faisaient cas. Si c'était une scie d'époque bien connue, comment se faisait-il que les journaux numérisés sur le site Gallica de la BNF n'en parlait jamais. Apparemment, je n'ai trouvé la solution qu'en 2017. C'est alors que le 17 mai j'ai mis en ligne sur ce présent blog un article avec un titre assez long.


Malheureusement, il y avait des liens à consulter dans cet article qui aujourd'hui ne fonctionnent plus, mais mon article demeure avec l'explication sur le fait que la citation d'Ascione est à la fois inexacte et anachronique.
Et on le voit, je précisais déjà que le poème "Le Drapeau rouge" était la source probable à l'image du premier quatrain du "Bateau ivre". C'était même un rappel d'une hypothèse plus ancienne que je considérais renforcée par la mise à mal de la source proposée par Ascione.
Je précise que dans la partie 7 de l'article de Murphy, partie donc sur la lecture communarde justifiée par quelques mentions clefs, il n'y a donc ni mon renvoi au poème de Fournel, mais je ne l'avais pas trouvé en 2006 sinon je l'aurais mentionné dans "Trajectoire d'un 'Bateau ivre' " et il n'y a pas non plus d'analyse du mot "tohu-bohu".
Le mot "tohu-bohu" est une hyperbole pour dire "désordre". C'est le contraire sémantique du mot "Ordre" qui est la clef du discours versaillais de répression de la Commune. Le parti de l'Ordre, c'est une mention par les versaillais, c'est pas un mot inventé par les communards et ce n'est pas un mot qui s'est développé après l'événement. Le mot "Ordre" il est employé par les acteurs de l'événement communard. Il est placardé sur les murs, il est dans la presse, etc.
Il faut bien comprendre les enjeux. J'ai relevé dans une revue Le Correspondant un poème anticommunard de Victor Fournel qui assimile les communeux à des "sauvages" , à des "panthères", et on a une déclinaison où se rencontre nommément la mention au singulier "Peau-rouge". Nous avons la preuve qu'en 1871 même le terme "peaux-rouges" servait de terme injurieux à l'encontre des communards. Et il ne faut pas croire qu'une injure qui fait le plus mal, c'est forcément du "connard", "salop", "putain", et j'en passe, il va de soi que cette caractérisation s'accompagnait d'une forte tension sur ce que devait devenir la société, sur la perception des uns et des autres. Le mot "peau-rouge" il était mordant. A plus forte raison, après la semaine sanglante, et dans la situation d'impasse vécue par des vaincus qui ne pouvaient même pas répliquer publiquement, ni dans la presse, ni dans la rue.
Or, non seulement j'insiste sur le fait que "tohu-bohu" veut dire "désordre" en ignorant si un rimbaldien a déjà insisté sur le fait que ce mot retourne la mention "Ordre" définitoire du parti versaillais, mais en outre dans la même revue Le Correspondant (que ce soit à Toulouse ou sur Google books, j'ai eu accès à un tome relié pour précision), nous avons à une relative proximité de la mention "peau-rouge", un texte en prose qui parle de la Commune comme d'un "tohu-bohu". J'ose croire que tout le monde a compris que la partie sur la Commune de l'article de Murphy s'articule autour des mentions les plus clairement allusives. Il faut donc ajouter "tohu-bohu" à sa liste, qui était déjà mienne évidemment, et profiter de ce document d'époque pour le cas du mot "Peaux-Rouges".
Evidemment, il faudrait aussi faire tout un développement sur les mentions "troupeau", "drapeau", "panthères" et quelques autres, mais les gens me sont tellement hostiles que ça attendra. Normalement pour le rejet "des yeux de panthères à peaux / D'hommes", je pense aussi à un rejet d'un poème du recueil Philoméla de Catulle Mendès qui a été source pour la production zutique en octobre-novembre 1871, mais aussi dans le cas de poèmes admis composés à Paris par les rimbaldiens comme "Oraison du soir" et "Les Chercheuses de poux". Et comme Catulle Mendès est l'auteur d'un livre anticommunard témoignant à chaud sur l'événement, les 73 journées de la Commune, il me faudra relire la prose de témoin historique de Mendès, ce que j'ai fait il y a trop immensément longtemps, pour vérifier si quelque pépite de rapprochement avec "Le Bateau ivre" ne m'a pas échappé.
Au sujet de "tohu-bohu", il faut préciser que cette mention est à cheval à la césure pour mieux manifester la rupture avec l'ordre, mais dans une harmonie de distribution sonore pour le reste, et très précisément nous avons l'exception de deux vers consécutifs d'enjambement de mot à la césure : un enjambement de mot en tant que tel sur préfixe, à condition d'identifier l'étymologie latine du mot "péninsules", et sur trait d'union au vers suivant. Cornulier avait cerné l'effet de sens de l'enjambement de mot dans un article de 1980 mais avait complètement négligé d'en faire état par la suite, jusqu'à ce que Michel Murat le rappelle à l'attention dans son livre de 2003 L'Art de Rimbaud et que j'en fasse moi-même grand cas. Le mot "péninsule" signifie "presqu'île", et le tohu-bohu en brisant la péninsule emporte une île avec lui. Et le bateau sera "presque île", autrement dit, si on m'excuse mes précisions laborieuses, non pas une "presqu'île" mais une sorte d'île flottante emportée par le "Poème de la Mer".
Je courus. Et les péninsules démarrées
N'ont pas subi tohu-bohu plus triomphants.
Le poète parle explicitement d'un triomphe du désordre, donc d'une défaite du parti de l'Ordre versaillais, une défaite qui eut lieu le 18 mars 1871, suite à une insurrection populaire, ce que Chénier, Hugo, Rimbaud et d'autres métaphorisent en mer qui se soulève.
J'ai par ailleurs développé une lecture métaphorique commune aux poèmes "Le Bateau ivre" et "Qu'est-ce pour nous, mon Coeur,..." qui souligne l'idée d'une attaque de la terre par les flots.
Bien sûr, tout ça n'a aucun droit de cité dans le Dictionnaire Rimbaud paru en février 2021. Est-ce qu'un tel déni est concevable ? Moi, j'ai le malheur de penser que Rimbaud n'aurait pas du tout apprécié ce refoulement, mais alors pas du tout. Je ne sais pas pourquoi ? C'est une intuition que j'ai, mais je ne sais pas pourquoi je l'ai avec un tel sentiment d'évidence. C'est dingue, hein ! les convictions personnelles !

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