L'activité de mon blog vire en véritable calendrier de l'avent, même si l'expérience m'a appris que la fréquentation baissait pendant les vacances de Noël et Nouvel An. Mais je ne vais pas m'adapter à ces vicissitudes, il vaut mieux produire, c'est plus amusant et important.
Le précédent article a eu des lecteurs dans la nuit, je n'ai pas voulu l'allonger. J'ai rajouté le lien que j'annonçais et que j'avais oublié, j'ai remanié un paragraphe du début pour bien expliquer ce que veut dire "dossier de 1886" sur le site de Bardel avant de parler du cas du manuscrit de "Enfer de la soif", et j'ai corrigé une coquille "août" que j'ai remplacé par "mai". Il y a peut-être quelques autres coquilles : phrases tronquées car j'écris trop vite ou les confusions d'infinitifs et de participes passés que je ne maîtrise pas sur ordinateur aussi bien quand j'écris sur du papier, je pense que la manière de taper sur un clavier fractionne mon attention. Mais peu importe !
Je repars de plus belle. J'ai annoncé un article sur les "filets de séparation", et donc là il est reporté. Pour l'instant, je veux développer une idée qui a germé suite à l'article mis en ligne la nuit dernière.
Posons le contexte !
Rimbaud est monté à Paris à la mi-septembre 1871 non pas dans l'espoir, mais directement dans le but de devenir écrivain, ce qui signifie qu'il devait être question de le publier d'abord en le faisant connaître dans des périodiques, ensuite en lui offrant la possibilité de faire un livre qui serait lancé par un service de presse, et on peut penser que, parallèlement, un travail de journaliste était envisagé pour subvenir aux besoins immédiats. Or, Rimbaud est hébergé par la belle-famille de Verlaine, puis par différents poètes : Théodire de Banville et Charles Cros, puis il a joui de certaines cotisations pour avoir son propre logement décent, soit avec Forain, rue Campagne-Première, soit seul en mai et juin 1872, d'abord rue Victor Cousin dans une chambre au rez-de-chaussée aujourd'hui détruite qui correspond en partie à l'actuelle salle de déjeuner à l'Hôtel de Cluny, ensuite dans un hôtel qui a été détruit et remplacé par un autre face au lycée Louis le Grand. Rimbaud a été éloigné de Paris deux mois durant, il a dû quitter Paris après le 2 mars, peut-être avant la mi-mars, et il est revenu dans les premiers jours du mois de mai. Là encore, Rimbaud a été hébergé. Mais, de la mi-septembre 1871 à la fin du mois de février 1872, il s'est déroulé cinq mois et demi, et Rimbaud n'a pas publié un seul poème dans la presse. Verlaine n'en a jamais parlé ! En revanche, Rimbaud a été introduit au dîner des Vilains Bonshommes à la fin du mois de septembre, et il semble avoir assisté systématiquement aux dîners jusqu'à son altercation avec Carjat le 2 mars 1872. Par ailleurs, Rimbaud a posé pour le peintre Fantin-Latour, il a été sélectionné pour faire partie du tableau Coin de table, et cela lui faisait une publicité réelle de futur écrivain, puisqu'il était présenté comme un membre dynamique de la revue La Renaissance littéraire et artistique qui allait paraître à partir de la dernière semaine d'avril 1872. Rimbaud assistait également à des représentations théâtrales auxquelles les parnassiens venaient en groupe. Il y a donc jusque-là un Rimbaud qui se crée des relations littéraires mondaines, mais il est un peu dommage qu'il ne publie pas alors le moindre poème et qu'il faille attendre le premier numéro de la revue La Renaissance littéraire et artistique. Lorsque le premier numéro paraît le 27 avril, cela fait sept mois et demi que sa mère l'a autorisé à monter à Paris pour faire carrière dans les lettres.
Rimbaud a aussi contribué à un Album zutique, mais il s'agit d'une production privée non destinée à la publication. Les contributions étant nombreuses pour les mois d'octobre et novembre 1871, on pourrait parler de perte de temps par rapport à son objectif professionnel. Par ailleurs, dès le mois de novembre, le choix des relations mondaines a joué contre Rimbaud qui fait déjà l'objet publiquement d'un scandale avec l'article de Lepelletier qui a parlé de Verlaine, poète marié, au bras d'une "Mlle Rimbaut". Avec un tel acte, il y avait de quoi enterrer la carrière littéraire de Rimbaud. C'était l'incident qu'il fallait oublier. Imaginez Rimbaud publier des poèmes dans la presse dans les jours qui suivent cet entrefilet, imaginez qu'on s'intéresse à de telles premières publications : l'entrefilet aurait été rappelé à l'attention !
Rimbaud n'avait pas besoin d'aide pour se discréditer comme l'atteste l'incident avec Carjat le 2 mars lors d'un dîner des Vilains Bonshommes, la société vis-à-vis pour laquelle Rimbaud ne devait surtout pas faire scandale. Il pouvait se mettre à dos des écrivains d'époque, mais pas le milieu qu'il privilégiait, se retrouver seul n'avait pas de sens. L'écrivain ne peut être solitaire que s'il ne vit pas de sa plume et vise à une reconnaissance plus tardive.
Il est difficile de comprendre pourquoi Rimbaud n'a rien pu publier avant le 2 mars 1872. Verlaine semble dans la même situation, je n'ai pas vérifié s'il avait publié quoi que ce soit durant cette même période. Je pense que non, mais il y a tout de même la relance de son recueil La Bonne chanson qui peut compenser. Puis, Verlaine ne vivait pas de sa plume de toute façon.
Au-delà du 2 mars, il y avait dans tous les cas une nécessité de moins mettre en avant Rimbaud pour un temps. Même le retour de Rimbaud était censé être discret, puisqu'il contrevenait aux arrangements de Verlaine avec sa belle-famille.
Voilà pour le contexte dans les grandes lignes, mais passons au plan des créations poétiques de Rimbaud.
Jusqu'au 2 mars 1872, Rimbaud compose des poèmes en vers réguliers, avec quelques dérèglements à la rime. Mais les rimes ne disparaissent pas, le dérèglement touche des contraintes graphiques ou le cas de l'alternance des rimes masculines et féminines. Les césures sont parfois audacieuses, mais le caractère ponctuel permet d'identifier de toute façon la césure. L'exception est le poème "Tête de faune" non daté. C'est le premier poème en vers "nouvelle manière", il est le seul de son genre dans le dossier paginé par Verlaine et remis à Forain, puis Millanvoye.
Les poses pour Fantin-Latour eurent lieu avant le 2 mars bien évidemment. L'équipe de La Renaissance littéraire et artistique est rassemblée sur ce tableau. En clair, cette revue était censée la carrière littéraire de Rimbaud à Paris. Il devait être prévu que Rimbaud en soit un collaborateur régulier. Dans cette optique, les poèmes importants que composait Rimbaud pendant la période creuse de septembre 1871 à début mars 1872 devaient être pensées comme pouvant paraître dans la revue. Il allait falloir assurer un rythme régulier. Pourquoi ne pas prendre appui sur l'avance qui avait été prise ?
Or, les premiers mois d'existence de cette revue hebdomadaire, deux poèmes de Verlaine sont publiés, tandis que pullulent des interventions de tous ceux qui figurent sur le Coin de table, que ce soit par des poèmes ou des articles, et la grande exception est Arthur Rimbaud lui-même qui réagit avec humeur contre la revue dans une lettre de juin à son ami Delahaye. On l'a compris : l'équipe de la revue n'a pas digéré l'incident du 2 mars. Le poème "Les Corbeaux" sera publié en septembre 1871 par la revue. Toutefois, à ce moment-là, Rimbaud et Verlaine ont quitté le milieu parisien depuis trois mois, ils sont en Angleterre. On peut penser que la revue a daigné publier le poème de Rimbaud, moins parce que la colère était redescendue que parce que Verlaine et Rimbaud au loin le scandale avait une moindre portée et surtout il y avait moins de risques que la publication n'entraînât de nouvelles frasques à Paris. Il n'y avait pas de risques de rencontre entre Rimbaud et un milieu hostile, par exemple.
Il va de soi que la revue détenait le manuscrit, désormais perdu, des "Corbeaux" depuis des mois, et pas seulement depuis les trois mois suivant le départ le 7 juillet 1872 de Rimbaud et Verlaine. On comprend aisément que quand Rimbaud s'énerve contre la revue dans sa lettre à Delahaye c'est que la revue ne publie toujours pas des poèmes de Rimbaud, et si Rimbaud s'en plaint, c'est qu'il leur a remis des manuscrits. Au vingtième siècle, on retrouvera un manuscrit autographe de "Voyelles" détenu par Emile Blémont, le principal directeur de La Renaissance littéraire et artistique. Par la lecture de la correspondance qui nous est parvenue de Verlaine, nous savons que Blémont, Petitdidier de son vrai nom, est un ami de Verlaine, mais que cette amitié ne s'étend pas à Rimbaud. D'ailleurs, en 1875, Nouveau qui est en compagnie de Rimbaud a critiqué Blémont, et Verlaine répond par courrier en prenant sa défense. L'avis de Nouveau, qui jusqu'à plus ample informé ne connaissait pas Blémont et critiquait sur la foi d'autrui, était nécessairement sous l'influence de l'avis défavorable de Rimbaud. Or, nous n'avons pas récupéré de manuscrit de "Voyelles" détenu par une autre personne, à l'exception de la suite paginée confiée à Forain, mais à des fins de préservation, pas de publication. Il existe une énigme sur les manuscrits utilisés par Verlaine pour le texte "Arthur Rimbaud" des Poètes maudits, puisque ces manuscrits-là précisément ont disparu avec ceux de "Paris se repeuple", les seules disparitions connues à l'époque avec "Dévotion" et "Démocratie", et peut-être des poèmes obscènes "Vers pour les lieux" ou la parodie de Mérat.
En clair, Rimbaud avait remis des manuscrits des "Corbeaux" et de "Voyelles" à Mérat à des fins de publication. Un manuscrit de "Oraison du soir" conservé à Bordeaux a été retrouvé également dans les affaires de Léon Valade, contributeur clef de la revue et le détenteur initial de l'Album zutique. Le sonnet est plus obscène, plus délicat à publier. J'imagine que Rimbaud devait compter sur l'esprit potache de Valade. Valade publiait des rubriques plus osées dans la revue, des rubriques polémiques, satiriques et pleines de gros sel. Je pars donc du principe que Rimbaud a dû remettre "Voyelles" et "Les Corbeaux" comme deux poèmes disons d'apparence plus sérieuse à Blémont pour figurer dans les sections hebdomadaires de "Poésies", tandis que pour "Oraison du soir" l'espoir d'une publication passait par une médiation avec les rubriques satiriques prévues par Valade. Cela fait en tous cas trois poèmes qui étaient clairement à publier par La Renaissance littéraire et artistique. Je ne sais pas quand Rimbaud a remis ces poèmes, autour du 2 mars ou autour de son retour au début du mois de mai.
Mais, en tous cas, vu que le premier numéro de la revue date du 27 avril et que Rimbaud écrit avec agacement contre la revue en juin 1872, cela veut dire que Rimbaud guettait les numéros de la revue des six premières semaines, du 27 avril au début du mois de juin en gros.
J'ai tendance à penser que le poème "Les Corbeaux" avait été remis avant le 2 mars 1872. Le poème mentionne l'actualité de "l'hiver", il doit être antérieur au 21 mars si on prend ce fait en considération. Et j'estime qu'il le faut, parce que l'hiver n'est pas mentionné comme un motif dans un poème qui se lit quand on veut, le poème a un discours militant qui suppose d'être lu comme d'actualité. Il ne faut pas oublier que quand il posait pour le Coin de table Rimbaud ignorait la date à laquelle sortirait le premier numéro de la revue. Il pouvait croire que ce serait bien plutôt que le 27 avril, par exemple. En tous cas, dès le mois de mai 1872, Rimbaud compose un poème "nouvelle manière" où il reprend un vers du poème "Les Corbeaux", il reprend plus exactement l'expression "chers corbeaux délicieux" qui s'inspire de l'expression "éclairs délicieux" d'un quatrain de Marceline Desbordes-Valmore.
Yves Reboul, dans un article récent, a plaidé pour une lecture du "soir charmé" comme un renvoi à la littérature factice des poètes qui enchantent le réel, mais cette lecture s'accompagnait d'une minimisation critique anormale de la symétrie avec "Le Bateau ivre" : "crépuscule embaumé"/"papillon de mai" contre "soir charmé"/"fauvettes de mai", ce qui n'est pas acceptable, et d'une minimisation aussi de la suite patriotique clairement formulée par Verlaine : "patriotique, mais patriotique bien", ce qui est également bien problématique. L'idée d'une pique contre l'hypocrisie littéraire reste intéressante. Dans "La Rivière de cassis", Reboul a souligné un point important, capital, la mention "claires-voies" (orthographe donnée ici de mémoire et non par recours aux manuscrits) vient de l'avant-dernier poème du recueil L'Année terrible de Victor Hugo. Or, c'est important de prendre en compte le contexte à ce sujet. Le recueil de Victor Hugo vient tout juste d'être publié, et cela coïncide avec le lancement de la revue de Blémont, Aicard et compagnie, à tel point que les premiers numéros de la revue rendent compte de la publication du recueil L'Année terrible, en même temps qu'ils exhibent le parrainage hugolien avec une lettre du maître. Et il faut bien mesurer tous les éléments du système, puisque le titre L'Année terrible entre en jeu de miroir avec le titre La Renaissance littéraire et artistique. La revue prévoit une renaissance suite à l'année terrible, c'est ce qui transparaît clairement à la lecture des premiers numéros de la revue. Et quand vous lisez "Les Corbeaux" vous êtes renvoyé à un "l'hiver" de la fin de L'Année terrible au plan symbolique, et la revue joue sur la même coïncidence entre l'actualité du printemps le 27 avril et le lancement de publications pour dépasser le traumatisme des événements récents.
Dans "La Rivière de Cassis", le "cassis" suppose l'idée de rivières de sang qui sont bues et à la fin du poème nous avons un "paysan matois", qui "Trinque d'un moignon vieux". Il y a une sorte d'inversion du "Bateau ivre", c'est l'ennemi de la Commune qui trinque au sens de boire un verre en l'honneur de quelque chose, et ceci renvoie à l'idéologie bohème de Gautier et d'autres poètes qui affichent partout publiquement leur horreur de la Commune. Il y a d'évidence un propos satirique voilé métaphoriquement dans "La Rivière de cassis". Et, je remarque que "La Rivière de cassis" cite précisément un vers d'un poème inédit, mais qui était entre les mains déjà de la revue La Renaissance littéraire et artistique. Je ne crois pas que Rimbaud venait de remettre ce poème en mai 1872, pour composer dans les jours qui suivent "La Rivière de cassis". Je n'ai pas les preuves, mais il est plus naturel de penser que "Les Corbeaux" avait été remis quelques mois auparavant. Le poème "La Rivière de cassis" ne témoigne pas du même agacement que le "N'oublie pas de chier sur la [revue] de la lettre à Delahaye. Il faut plutôt percevoir une raillerie sur ce que pense Rimbaud du discours de renaissance de la revue, ce qui peut s'étendre aux écrivains de l'époque : Hugo, Gautier, etc.
Et j'en arrive alors à "Entends comme brame..." Ce poème en vers "nouvelle manière" a eu droit à assez peu de commentaires. Il est surtout question d'une étude de Bernard Meyer, lequel s'en tenait par principe à la lecture littérale, ne cherchant pas de clefs, et d'un article de Philippe Rocher mais qui commente surtout une relation des propos du poème au dérèglement des rimes. Or, le poème est clairement satirique à l'égard d'un collectif pluriel et il contient la mention en rejet "viride", mot d'une rareté radicale en poésie que Rimbaud a exploité à la rime au pluriel au vers 9 de "Voyelles" à côté de la reprise d'un néologisme de Gautier : "vibrements divins des mers virides". En clair, nous avons deux citations dans les vers "nouvelle manière" de deux poèmes remis à la revue La Renaissance littéraire et artistique à des fins de publication : "Les Corbeaux" et "Voyelles", les deux seuls si nous écartons l'obscène "Oraison du soir" remis à Valade, encore qu'il ne me plaît pas d'exclure le rapprochement entre "Oraison du soir" et "Entends comme brame..." au plan des contenus.
Dans un cas, l'adjectif "virides" est valorisé, même si on peut méditer sur un emploi comique voire ironique, dans l'autre la désacralisation est nette : "rame / viride du pois". On peut opposer les spectacles : "vibrements divins des mers virides" contre "rame / Viride du Pois". Notez que "viride" est en rejet dans "Entends comme brame..." ce qui nous vaut une symétrie avec l'adjectif "divins" du vers 9 de "Voyelles". Le mot "rame" correspond alors à "vibrements" si on poursuit sur cette symétrie. Et "du pois" correspondrait au complément "des mers virides".
Comprenez dans le cas de "Voyelles" que les lettres sont les graines de la renaissance après L'Année terrible...
Le poème "Entends comme brame..." aurait été écrit en fonction de la remise entre les mains de La Renaissance littéraire et artistique du manuscrit de "Voyelles". Plus que "La Rivière de cassis", il pourrait témoigner d'une exaspération à l'égard de la revue.
Je poursuis mon raisonnement.
Dans le précédent article de ce blog, j'ai précisé que "Entends comme brame..." était le seul manuscrit du "dossier de 1886" associé aux Illuminations qui partageait avec "Nous sommes tes grands-parents...", "Loin des oiseaux...", "A quatre heures du matin..." et "La rivière de cassis..." l'absence de titre et des minuscules en attaque de vers. Il y a d'autres manuscrits avec absence de titre, mais je parle des cinq seuls manuscrits avec à la fois une absence de titre et des minuscules en attaque de vers. Il y a un autre manuscrit avec des minuscules en tête de vers, c'est "Mémoire", mais cette fois il y a un titre. Notez que "Mémoire" est en alexandrins avec des rimes exclusivement féminines et des césures chahutées, ce qui fait qu'il est étudié en miroir avec "Qu'est-ce pour nous, mon Coeur,..." par Benoît de Cornulier, et "Qu'est-ce pour nous, mon Coeur,..." réécrit une attaque de poème des Feuilles d'automne de Victor Hugo et passe pour une réplique à L'Année terrible de Victor Hugo.
Il va de soi que Rimbaud n'a pas composé les poèmes avec des minuscules en tête de vers. Rimbaud a d'abord établi des manuscrits avec des titres et des majuscules en tête de vers comme l'atteste les manuscrits remis à Forain puis Millanvoye : "Comédie de la soif", "Larme", "Bonne pensée du matin", "La Rivière de cassis". Pour "Mémoire", nous connaissons désormais une version antérieure avec des majuscules au début des vers : "Famille maudite". Ces minuscules ne sont qu'un artifice amusant de présentation, elles ne changent rien à la compréhension des vers.
Ce qui est intéressant, c'est les convergences. Rimbaud a dû recopier six poèmes à un moment donné. Il a mis un nouveau titre pour "Famille maudite" qui est devenu "Mémoire" et il a laissé à une meilleure occasion les titres à donner à cinq autres poèmes, mais sur les six poèmes quatre sont ceux remis à Forain avec une suite paginée et "Les Déserts de l'amour", avec la mention de date "Mai 1872". "Famille maudite" serait un poème de juin 1872 apparemment, tandis que "Entends comme brame..." fait état du mois d'avril. Dans le précédent article, j'ai envisagé que le poème pouvait être d'avril, contemporain des cinq parties de "Comédie de la soif" notamment, mais l'exemple de "Mémoire"/"Famille maudite" ne doit pas me faire écarter le mois de juin. Ce qui était frappant, c'est que les quatre poèmes des "Fêtes de la patience" étaient transcrits avec un titre et des majuscules, alors qu'ils datent eux aussi des mois de mai et juin 1872. C'est l'indice que quelles que furent les dates des recopiages, Rimbaud a reporté, volontairement ou non, des regroupements d'origine. Et si "Entends comme brame..." serait plutôt de juin, sinon mai, que d'avril, sa mention "En avril" prend une autre résonance, puisque c'est le moi du double lancement de L'Année terrible et de la revue La Renaissance littéraire et artistique, et à cette aune le poème est particulièrement vengeur en donnant à la "renaissance" cette image potagère de la "rame / Viride du pois" !
Chiche qu'on tient la voie satirique du poème !
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