mercredi 11 mai 2022

Et ça s'enfonce !

Dans l'article précédent, je parlais de la présence du drapeau à bandes rouge et noir qui accompagne les drapeaux ukrainiens à bande jaune et bleu dans les manifestations ukrainiennes à Paris de ces dernières semaines, de ces derniers jours. Or, ce même 11/05/2022, il y avait carrément le drapeau de Pravy Sektor sur la place de l'Hôtel de Ville à Paris. Je ne vous mets pas la photo que je possède, mais donc au-delà des deux bandes rouge et noir il y a un motif sur le drapeau. Ce motif a des variantes stylistiques dans la réalisation. Il s'agissait ici d'un motif doré et non argenté par exemple...
Les nazis ukrainiens défilent librement avec leurs symboles nazis en France, dans le pays basque espagnol, en Italie... Après, on dirait qu'il y a des tensions qui naissent. Les basques ou d'autres sont prêts à en découdre avec les nazis ukrainiens, car il y a encore des européens en occident que le nazisme authentique exaspère.

mardi 10 mai 2022

Marioupol libérée

 Pour les rigolos parmi mes lecteurs, je précise que je suis de très près tout ce qui se passe au Donbass. En 2014, j'intervenais dans des commentaires d'articles du site Les Crises, mais aussi dans des commentaires d'articles de grands titres de journaux mis en ligne où, par exemple, je soulignais la présence de drapeaux nazis dans les vidéos, genre quand un politique était jeté par la foule dans une poubelle qui essayait en plus d'y mettre le feu. Je précise qu'à Paris en 2022 on voit des manifestations d'ukrainiens où le drapeau national jaune et bleu est accompagné de drapeaux avec une présentation similaire de deux bandes, l'une rouge et l'autre noire. Il vous est facile de trouver sur le net des journaux bien en vue qui vous dédramatisent cela et vous le minimisent en tant que symbole de lutte contre les russes. Eh bien, si vous vous demandiez naïvement si ce n'était pas le drapeau d'un autre pays que l'Ukraine dont vous auriez ignoré les liens avec le conflit, il se trouve que ce drapeau est celui de "L'armée insurrectionnelle ukrainienne". Et sous ce drapeau, cette armée a d'abord collaboré avec l'Allemagne avant de s'y opposer, parce que nécessité faisait loi. Il s'agit d'un drapeau nationaliste d'extrême-droite d'une partie de l'Ukraine seulement, de l'ouest de l'Ukraine (Galicie et Volhynie pour l'essentiel). Et ne nous faites pas rire avec le malentendu selon lequel les ukrainiens ont accueilli Hitler en libérateur. Outre que l'Histoire doit s'étudier dans sa complexité et un pays dans la diversité de ses composantes, il n'y a rien de comparable entre le devenir des finlandais dont on connaît l'alliance en 40-45 et les motifs sur leurs équipements militaires, car oui la Finlande se battait pour son indépendance, et les délires nazis des ukrainiens de l'ouest actuellement. Vous avez tout de même un problème de schizophrénie si, d'un côté, vous considérez que le parti d'extrême-droite qui était au second tour de l'élection présidentielle est nazi en tant que telle, tandis que vous minimisez le caractère extrêmement répandu dans la société ukrainienne de symboles nazis, tatouages, sigles militaires, gestes du bras et de la main. Cette société d'ukrainiens de l'ouest radicalisés a beaucoup massacré en 40-45 et quand nous sommes en 2022 ce n'est pas un malentendu de l'époque de l'invasion allemande. C'est une persistance... diabolique pour faire allusion au célèbre dicton en latin. 
Et en 2014, je les ai vues les vidéos où les ukrainiens du pouvoir en place empêchaient les célébrations du 9 mai...
Certes, vous n'avez pas à vous dire que la population ukrainienne fortement imprégnée de nazisme va débouler dans vos pays pour vous envahir, mais c'est en volant au secours de leurs visées politiques infâmes que vous êtes en train de courir le risque réel d'une troisième guerre mondiale.
On joue à dire que Poutine menace le monde de guerre nucléaire. Il faut arrêter d'être sot ! D'abord, vous oubliez que les dirigeants européens de l'Otan ont lancé le sujet, avec Le Drian en France, avec un ministre luxembourgeois qui a parlé de tuer Poutine en même temps que Bruno Le Maire parlait de faire une guerre économique à la Russie (c'était peut-être une idée tactique géniale qui consistait à ce que Poutine ne sache plus où donner de la tête nucléaire). Dès que Zelensky, au tout début du conflit, acceptait des négociations, les européens avec les américains en tête annonçaient des envois d'armes qui, forcément, étaient un moyen de communication pour refuser l'arrêt de cette guerre. C'est de la duplicité otanienne ce à quoi on assiste. Mais, que la Russie réponde par la menace nucléaire en réaction aux propos de dirigeants européens ou qu'elle en prenne la première l'initiative, le message consiste à décourager tout le monde de s'attaquer à la Russie. Les véritables fous qui songent à une guerre nucléaire, ce sont les américains, eux jettent de l'huile sur le feu, et dans la foulée les dirigeants européens inféodés à Washington.
Après, on dirait que vous avez d'étranges limites dans le raisonnement, vous vous posez des problèmes à deux branches, des questions qui ne reçoivent la réponse que par oui ou par non.
Si vous pensez comme moi que les principaux torts dans cette guerre viennent de l'Otan, si vous pensez comme moi que les pays de l'Union européenne seront les principales victimes des sanctions économiques, plus que la Russie, que les Etats-Unis ou que la Chine, vous êtes évidemment contre le fait d'envoyer des armes à l'Ukraine. Mais ce qui m'espante, c'est que vous ayez l'esprit assez simpliste pour une fois que vous avez décidé de comprendre que Poutine est le méchant et de vous y tenir vous refusiez d'admettre qu'il est dangereux d'armer l'Ukraine. Vous voulez mourir pour l'Ukraine ? Ce n'est pas le danger de la guerre pour vous le problème. Vous croyez qu'armer l'Ukraine ça va de soi, c'est faire un petit sermon à la Russie. Vous êtes non plus français, belges ou que sais-je ? J'apprends avec stupeur que vous êtes des américains, pas même des américains, mais des américains impliqués dans le business militaro-industriel et les ressources premières. Vous gagnez des fortunes là-dedans et vous avez à cœur que les Etats-Unis soient la première puissance mondiale et placent des bases de l'Otan en Ukraine. Je ne savais pas !? Vous donnez raison aux militaires de l'Otan, au complexe militaro-industriel américain. Vous pensez faire partie des riches américains qui vont exploiter à leur profit les ressources de la Russie. Il y a un court-circuit logique qui me dépasse. Je n'en reviens pas que vous soyez aussi fous.
Ah oui, vous vous dites qu'il serait très bien et pas très gênant à vos entournures démocratiques d'avoir des européens et américains qui obtiennent des chinois leurs produits à bas prix pour avoir tout le bénéfice à la vente pour vous, qui obtiennent des russes les matières premières à bas prix pour que le bénéfice aille à vos oncles milliardaires. OK, je ne voyais pas ça ainsi ! Vous me surprenez !
Et moi, je vous le dis, les gentils, c'est les gens du Donbass qui veulent être rattachés à la Russie. Ne vous faites aucune illusion là-dessus. Il y a des corrompus bien sûr dans les dirigeants de ces deux républiques. Des gens de Marioupol ont une trompeuse et aberrante nostalgie de l'Union soviétique, et alors ? Cela doit justifier vos cris d'orfraie, cris déshumanisés ? Bien sûr qu'il y a un certain dirigisme de la société en Russie, pays qui intervient dans le conflit par solidarité qui plus est. Même si Poutine a des scores électoraux non truqués, c'est une réalité aussi qu'il y a de l'intimidation en faveur de Poutine qui vient assurer un surplus à une majorité déjà acquise, comme si on n'avait pas confiance dans le peuple, mais là les méchants c'est les américains, les imbéciles c'est les européens, les séparatistes, c'est non pas les ukrainiens du Donbass mais les ukrainiens de l'ouest et de Kiev qui veulent nier le droit des gens au Donbass qui plus est, et les  victimes depuis des années c'est le Donbass et bientôt les pays de l'Union européenne économiquement. Il vous manque combien de cases pour avoir du bon sens ?

Vous voulez être intelligents avant de réfléchir, avant d'être bien renseignés, vous voulez vous prévaloir d'une intelligence dispensée de penser. On vous tait la dimension géopolitique du conflit, donc vous consentez. On a bouché les cases de votre réflexion sur le sujet. Défense de soulever ce couvercle, de toute façon vous êtes intelligents avec la meute !
Réveillez-vous !


Remarques pour aborder les questions de versification dans la poésie rimbaldienne : 1) la prosodie.

Avant-propos :

Après une dizaine de jours de vacances, je reprends le blog. Je vais sans aucun doute faire une série sur la diabolisation anormale de la Russie et de Poutine dans nos médias, et je mettrai cela en résonance avec le traitement de la Commune après sa répression dans la presse et parmi les grands écrivains. Parce que là, on atteint des sommets de manipulation par les médias. Et puis vous êtes en train de devenir des "collabos" au sens fort du terme, et vous ne vous rendez compte de rien !
Mais je compte d'abord publier quelques articles sur la poésie même de Rimbaud.
Nota Bene : Plutôt que de tenter une mise à jour, je vais, en ce qui concerne l'article ci-dessous, créer un article complémentaire avec un relevé des hiatus ou faits parents dans les poèmes de Musset, Rimbaud, Verlaine, voire quelques autres. Une mise à jour par à-coups successifs prendrait du temps. Par exemple, j'ai sous le coude un exemple d'emploi de l'expression "va et vient" sans aucun trait d'union dans un sonnet des Poëmes saturniens, l'expression vaut pour un seul mot comme la locution "peu à peu", ce qui élimine le reproche de hiatus : "Chaque alouette qui va et vient m'est connue." La césure est placée après le nom "qui", ce qui est déjà quelque peu une césure acrobatique, une légère audace, mais Verlaine aurait été particulièrement audacieux s'il avait placé la césure au milieu de l'expression "va et vient" en en soulignant le hiatus... Cette citation vient du poème "Après trois ans". Il va de soi que dans ce vers le lecteur sensible aux césures est à la fois sensible au suspens du pronom "qui" et au suspens qui le suit immédiatement de la forme "va et vient" qui comporte donc un hiatus toléré en poésie. Rien de tout cela n'est innocent.

***

Il existe évidemment un débat pour dire que la poésie n'est pas le vers et que la poésie peut aussi bien être en vers qu'en prose. Nous enfonçons alors des portes ouvertes. Mais ce débat suppose que l'opposition entre le vers et la prose soit en revanche objectivable, autrement dit soit appréciable à partir de critères nets et précis.
Il faut recenser selon moi trois grands critères métriques et deux critères prosodiques complémentaires.
Je commence par les critères prosodiques. Il s'agit de la proscription du hiatus et de la proscription du "e" languissant à l'intérieur du vers.
Le hiatus en poésie, c'est quand deux voyelles ne sont pas séparées par une consonne ou un "e". Il existe des mots à l'intérieur desquels deux voyelles forment un "hiatus", par exemple : "créer", "créatif", "béant", etc. On ne s'interdit pas d'employer de tels mots. La règle du hiatus ne vaut qu'entre deux mots distincts. Elle vaut aussi pour la conjonction "et" très courante, puisque le "t" n'est jamais prononcé. Mais, certaines locutions considérées comme un seul mot font exception : "va-et-vient" ou "peu à peu". Notez en passant que dans "va et vient" je parle d'un hiatus avant le "et" et non d'un hiatus après le "et", du genre" : "Je vais à Paris et à toi." Bref, la règle de proscription est simple, mais si on écrit de la poésie il faut bien connaître les cas particuliers.
Cette règle ne concerne pas toute l'histoire de la poésie française, mais elle concerne les poésies qui vont du milieu du XVIe siècle à la fin du XIXe siècle. Déroger à cette règle est un phénomène remarquable. Nous pouvons constater des écarts volontaires dans Musset ou bien évidemment dans les poésies de Rimbaud.
Pour un expert en versification, je n'ai jusque-là rien dit de vraiment intéressant, encore que peu de spécialistes doivent être au courant des écarts volontaires d'un Musset. Cependant, pour en finir avec la question du hiatus, je précise ici une idée qui m'est chère, que j'ai depuis des années, une dizaine d'années au moins, et que je n'ai jamais développée comme je le souhaitais sous la forme d'un article détaillé. A la lecture de textes en prose, je me suis rendu compte que si les hiatus ne sont pas proscrits ils n'ont tout de même pas tendance à proliférer. En lisant de la prose, personne ne se dit : "Tiens, il y a beaucoup de hiatus, donc c'est de la prose." Ce n'est pas le critère le plus pertinent pour opposer le vers et la prose, et surtout vu que les hiatus ne sont pas envahissants en moyenne dans la prose la différence à l'oreille ne risque pas vraiment d'être sensible. J'imagine que la relative rareté (relative, car cette rareté n'est pas non plus ahurissante) des hiatus dans la prose a contribué à leur proscription et j'imagine encore que dans le cas de la poésie latine avec une versification où prédomine l'opposition de seulement cinq voyelles entre leurs formes dites "brèves" et leurs formes dites "longues" les hiatus étaient plus sensibles à l'oreille qu'en français. Je n'émets là que des hypothèses de travail. En revanche, dans le débat sur les comédies en prose de Molière, il est parfois soutenu qu'il y a des vers blancs au milieu de la prose et que cela préparerait le terrain à une adaptation en vers. Je ne crois pas du tout à la pertinence de cet argument. Les comédies en prose de Molière n'ont pas été mises en vers (cas à part du Dom Juan à titre posthume par le frère du grand Corneille), cela suffit à considérer comme peu probable que le texte en prose était écrit de manière à être facilement adapté en vers. Mais il y a plus. Il me semble que les comédies en prose ont la proportion habituelle de hiatus de tout texte en prose un peu travaillé. Finalement, l'argument du hiatus permettrait réellement d'évaluer si l'écrivain crée de la prose en tant que telle ou s'il le fait en songeant au modèle de la poésie en vers classique. Je pense qu'il y a un article sérieux à publier sur le hiatus dans les comédies en prose de Molière. Certes, ce n'est pas un sujet vital, mais c'est quand même une mise au point sur un sujet stylistique qui a son importance, et puis il y a le cas des poètes qui ont pratiqué la prose. Rimbaud est passé du vers à la prose en gros, et on peut étudier la question des hiatus dans Une saison en enfer, les poèmes considérés comme étant écrits en vers libres "Mouvement" et "Marine", puis les poèmes en prose, "Les Déserts de l'amour", voire quelques autres textes. On peut faire des statistiques sur la part des hiatus dans ces écrits en prose. Puis, il y a une conclusion toute simple à la clef, que je crois pouvoir faire intuitivement à la lecture, mais c'est que Rimbaud écrivant en prose ne se pose même pas la question du hiatus. On peut toujours s'attaquer à un texte de Rimbaud et ne pas constater au démarrage la présence de hiatus, mais plus la lecture progresse, plus on en rencontre, et on voit bien qu'ils surgissent aléatoirement. En passant à la prose, il me semble que Rimbaud a purement et simplement cessé de songer à l'importance de la proscription du hiatus.
Je sais que j'ai affaire à un public qui se moque éperdument des hiatus, des césures, de la longueur des vers. Je vous connais ! Vous ne voyez pas l'intérêt d'écrire en vers, moins il y a de règles, mieux ça vous convient, et l'évolution de Rimbaud et de l'histoire de la poésie justifie votre mépris... Je vous connais malgré vos silences sur la question. Il n'en reste pas moins que, puisque nous sommes là à chercher à lire des choses sur le mystère de la prose de Rimbaud, autant faire un sort à ce sujet du hiatus. Pendant plusieurs siècles, les poètes ont pris soin de les éviter dans leurs vers, et ça demande du soin, de l'attention, des efforts soutenus pour n'en laisser passer aucun, et donc dans la prose Rimbaud ne s'est pas amusé à reconduire cette règle, à moins de relevés ponctuels, mais relevés ponctuels qui seront bien délicats à légitimer, puisque la règle n'est sensible que si l'évitement est systématique. Un exemple de ce qu'on peut mettre en lumière. On sait que dans les poèmes en prose des Illuminations Rimbaud joue à terminer ses compositions par des allusions bancales à l'alexandrin : "La musique savante manque à notre désir" ("Conte"), "J'ai seul la clef de cette parade sauvage" ("Parade"), "Arrivée de toujours, qui t'en iras partout" ("A une Raison"), "C'est aussi simple qu'une phrase musicale" ("Guerre"),... Aucune de ces quatre phrases ne peut faire un alexandrin classique. Le "e" de "savante" imposerait une césure épique bannie depuis le Moyen Âge. Les formes "cette" et "une" enjamberaient entre les hémistiches, le "e" surnuméraire de "Arrivée" pose problème. Contrairement à Cornulier et aux métriciens, j'identifie des faits exprès dans ces entorses. Cornulier échoue complètement à identifier deux alexandrins dans le verset ou alinéa central de "A une Raison" : "Ta tête se détourne : le nouvel amour ! - Ta tête se retourne, le nouvel amour !" (ponctuation de mémoire), ce qui m'a toujours sidéré. Pour moi, il est évident que Rimbaud fait des allusions exprès trahies par des entorses tout aussi volontaires.
Dans le cas de "Aube", le premier alinéa et le dernier ont la réputation de former deux octosyllabes. En réalité, ils sont à une telle distance l'un de l'autre qu'on n'a pas à parler de deux octosyllabes, puisque l'écho est inenvisageable à la lecture. Toutefois, quand on regarde la composition dans son ensemble, le regard est attiré par les alinéas brefs de début et de fin et le constat s'impose qu'ils ont une même longueur syllabique : "J'ai embrassé l'aube d'été." / "Au réveil il était midi." Le parallèle est d'autant plus saisissant que les deux phrases n'ont pas la même allure rythmique, le même patron syntaxique, tandis que pourtant on peut comparer "été" et "midi" au plan du sens comme au plan de la reprise d'une voyelle aiguë "é"/[e] dans un cas, "i"/[i] dans l'autre. Nous pouvons également comparer "Au réveil" et "aube" avec l'amorce du phonème "au"/[o] et la même idée d'éveil, "réveil" d'un côté, et lever métaphorique du jour de l'autre. Ces parallélismes entrent dans les arguments qui me font dire depuis longtemps que la lecture traditionnelle du poème "Aube" est erronée. Non, le réveil à midi ne rabaisse pas le récit qui a été fait en le reléguant dans le domaine du rêve, le réveil à midi est la suite logique du fait d'avoir embrassé l'aube d'été, une consécration. Mais, pour dire que Rimbaud n'a pas composé deux octosyllabes, même sans rime, il y a un autre argument, le hiatus entre auxiliaire et participe passé : "J'ai embrassé".
J'estime bien sûr que Rimbaud a fait exprès de produire deux alinéas de huit syllabes et que l'allusion à l'octosyllabe est recherchée dans la composition, même si elle n'est pas déterminée, pas perceptible à la simple récitation du poème en prose, mais le hiatus permet d'indiquer aussi que dans tous les cas Rimbaud ne retourne jamais complètement dans l'écriture en vers au milieu de ses proses. Je considère que c'est un flou artistique recherché et que très probablement Rimbaud qui pendant plusieurs années avait évité les hiatus dans ses vers et notamment au plan des passés composés (je pourrais me lancer à la recherche d'exemples à citer) avait remarqué le hiatus à "J'ai embrassé" et qu'il l'a laissé tel pour dire que l'allusion à l'octosyllabe devait demeurer une certitude instable à la lecture.
Passons au deuxième cas prosodique. Il s'agit de la proscription du "e" languissant. Les métriciens parlent de proscription du "chva". J'ignore ce que veut dire "chva", je l'ai déjà su, mais je l'ai oublié. Je préfère privilégier une expression que les poètes du Moyen Âge et surtout du XVIe siècle employaient : le "e" languissant. Il s'agit du cas du "e" qui placé directement après une voyelle est placé devant une consonne, ce qui nous oblige à prononcer le seul "e" comme une syllabe à part entière dans un poème.
Je ne parle pas de n'importe quel emploi de "e". Je ne parle pas du "e" féminin en général de fin de mot. Je peux employer "île", "captive" dans un poème ou bien leurs variantes au pluriel "îles", captives". Nous avons plein de syllabes dans les vers dont la voyelle est un "e" féminin. Ce qui est proscrit, c'est le "e" instable qui forme une voyelle à lui seul, comme dans "vie", "dragée", et surtout comme à la fin de tous les participes passés féminins du type "-ie", "-ée", etc. Nous pouvons employer "vie" ou "infinie" au milieu d'un vers à condition que le mot suivant commence par une voyelle. En revanche, jamais nous ne pouvons employer au milieu d'un vers, le pluriel "vies", le pluriel "entrées", ni les participes passés féminins que nous avons à foison des types : "nourries", "finies", "repérées", etc., etc. Ces mots au pluriel ne peuvent être employés qu'à la rime. Je n'ai jamais relevé dans un quelconque ouvrage une mention d'un tel état de fait, ou alors ça a échappé à mon attention. C'est pourtant un fait étonnant, et j'ajouterais d'autres configurations : "joue(s)", "moue(s)", "roue(s)", etc.
Ce critère n'est pas permanent. Il concerne à peu près comme la proscription du hiatus la poésie littéraire qui va du milieu du XVIe siècle à la fin du XIXe siècle.
Nous pourrions l'étudier là encore dans le cas des comédies en prose de Molière ou dans le cas des proses de Rimbaud (Une saison en enfer, Illuminations, "Les Déserts de l'amour",...).
Dans le cas de la poésie en vers, il convient d'étudier plusieurs configurations intéressantes.
Sa mise en place a été progressive. Il faut considérer ses dernières occurrences dans les premières poésies de Ronsard et du Bellay (deux dans Les Antiquités de Rome si je ne m'abuse). Au début du XVIe siècle, l'orthographe était assez débattue, et il existait des impressions de poèmes en vers où le "e" était remplacé par un signe apostrophe, ce qui ne va pas sans poser la question de la légitimité d'éditions modernisées qui ne tiennent pas compte de ce genre de subtilités.
Il est intéressant également d'apprécier à quel point au vingtième siècle nous éditions des vers au mépris des règles les plus élémentaires de la versification. Le cas le plus courant est le traitement de l'adverbe "encore". Nombre d'éditeurs ne prêtent aucune attention à la forme "encor" importante à la syllabation du poème en vers. J'ai un autre cas troublant à relever, celui d'une modernisation de l'orthographe du mot "châle". Dans ses poésies, Sainte-Beuve l'écrivait "schall". On édite actuellement Vie, poésies et pensées de Joseph Delorme avec un ou deux vers faux.
Mais, avant la proscription, le "e" languissant comptait pour une syllabe. Or, dans deux de ses derniers poèmes en vers, dont "Fêtes de la faim", Rimbaud n'a pas respecté la règle de proscription, mais il a créé un état de vers moderne inconnu de du Bellay et Ronsard, puisque le "e" languissant manifeste ne compte pas pour la mesure : "Pains couchés aux vallées grises". Rimbaud en fait un vers de sept syllabes dans "Fêtes de la faim", alors que le "e" languissant selon le décompte d'un du Bellay ferait huit syllabes.
Il est à remarquer que les critères prosodiques permettent de différencier les vers du XVIe siècle et ceux de la seconde moitié du XIXe siècle. En effet, même si les poètes ont assoupli les règles à la césure au XIXe siècle, et au-delà même de ce qu'autorisaient les poètes du XVIe, en revanche, ils ont plus longuement respecté les proscriptions du hiatus et du "e" languissant, les atteintes à ces règles étant au demeurant plutôt rares.
J'en ai fini avec les règles prosodiques strictes.
En revanche, il faut parler rapidement d'une autre règle prosodique, la proscription de la cacophonie. Cette proscription consiste à éviter la répétition immédiate d'une même syllabe. Par exemple, il me souvient que dans un de ses commentaires Fongaro épingle la cacophonie "parmi mille féeries profanes" dans la prose d'Une saison en enfer. Cette proscription n'a de toute façon pas lieu d'être dans la poésie en prose, mais elle n'a pas du tout ce caractère d'évidence que certains puristes lui prêtent dans la poésie en vers. Malherbe et Pierre Deimier, au début du XVIIe siècle, l'ont mise en avant, non sans intention maligne dans le cas de Malherbe, mais cette règle prosodique est relative et n'a pas du tout le caractère systématique qu'ont eu les deux règles précédentes. Cette idée de cacophonie est par ailleurs quelque peu discutable. On comprend aisément la raison de la proscription du "e" languissant pour la mesure du vers, un "e" s'entend au milieu d'un vers ! On peut à la limite concevoir la proscription du hiatus, sa proscription sera l'indice d'une haute attention à l'harmonie vocale du vers, même si un hiatus ne jure pas réellement aux oreilles, du moins la plupart du temps. Je suis très sceptique quant au caractère recevable de la proscription du redoublement de syllabes identiques. Il faudrait faire un sondage dans les tragédies de Racine, mais il suffit de citer un de ses vers les plus célèbres : "Pour qui sont ces serpents qui sifflent sur vos têtes ?" Ce vers est constitué de sept monosyllabes purs "Pour / qui / sont / ces / qui / sur / vos", d'un monosyllabe relatif en fin de vers "têtes", sachant que le "e" compte pour l'alternance des rimes masculines et féminines, et pourtant le poète fait se succéder "ces" et "ser". On peut dire que le [r] suffit à opposer la deuxième syllabe à la première, il n'en reste pas moins qu'il n'est pas évident d'opposer la cacophonie "parmi mille" que suppose Fongaro à un passage en prose de Rimbaud à la cacophonie du célèbre vers racinien : "ces serpents". Je ne veux pas soutenir que le redoublement immédiat d'une syllabe ne soit pas sensible à l'oreille, mais ce qui est certain c'est que parler automatiquement de cacophonie n'a aucun sens, sauf si on s'en est préalablement autopersuadé (sauf si on se l'est autosuggéré si vous préférez).
Ce sera tout pour cette fois. Je traiterai la prochaine fois les arguments métriques. Je dirai un mot de la rime et en profiterai pour glisser des remarques sur l'assonance et l'allitération. Je parlerai de la strophe, et bien sûr je parlerai de la mesure (vers, hémistiches), mais si je finirai par les configurations à la césure je parlerai aussi du simple constat d'égalité qui est le critère clef pour opposer le vers à la prose.

vendredi 22 avril 2022

Petite réaction à l'article "Mise au point sur les rapports entre Verlaine et Rimbaud" de Jacques Bienvenu

Récemment, Jacques Bienvenu a publié un article sur le poème "Est-elle almée?" où un de mes derniers articles était cité, et ce vendredi, il a mis en ligne un nouvel article où il fait un nouveau renvoi à la lecture du poème "Est-elle almée ?" pour lequel aucun rimbaldien n'envisagerait la lecture selon le prisme d'une influence verlainienne. Il ne s'agit pas ici d'une réaction polémique, mais si on lit mon article sur "Est-elle almée ?" puis ceux de Bienvenu on peut avoir l'impression qu'il y a un choix à faire entre une lecture tenant compte d'un pour moi probable intertexte du côté de Lord Byron et une lecture avec influence de Verlaine, et il n'est pas question pour moi d'entrer dans cette alternative.
Donc je vais un peu clarifier les lignes du débat ici.
Voici d'abord les liens des articles en question.
Pour commencer, il y a eu le 27/01/2022 un avertissement de mise en ligne d'Alain Bardel qui traite de ce poème dans son "Anthologie commentée". Je précise que quand j'ai publié mon article sur "Est-elle almée ?" je n'avais pas fait attention qu'il y avait un article récent sur ce poème de la part de Bardel. C'est une pure coïncidence. Il se trouve que j'ai découvert dans une librairie l'édition bilingue en Poésie / Gallimard de poèmes de Byron, dont Le Corsaire, et inévitablement je l'ai acheté et suis allé le lire dans un café d'Avignon. Non vacciné, j'étais content de retrouver ce genre de moments. Je souhaite depuis des décennies lire un maximum d'ouvrages traduits de Lord Byron. J'arrive à lire en anglais, mais je suis désolé, pour moi rien ne vaut le confort de la lecture en français. Même pour les films, je préfère qu'ils soient doublés plutôt qu'en version originale. J'aime bien de ne pas avoir les sous-titres et de me concentrer sur les images. Je sais bien que le doublage parisien français ça n'assure pas trop pour les westerns américains, mais à un moment donné je m'en moque de ce purisme des voix originales. J'aime bien de voir des films en italien, parce que c'est la plus belle langue du monde. Oui, l'anglais, à force, je peux à peu près suivre sans sous-titres. Mais j'en ai marre des puristes, j'ai horreur de ça. Bref, fin de la digression. Et donc, dans le cas du "Corsaire", je soupçonnais depuis longtemps que le poème de Rimbaud y faisait référence. Je sais bien que ça a déjà été dit, mais moi je considérais que c'était une piste sérieuse. En plus, je pourrais avoir pour deux euros Le Corsaire rouge. Je verrai pour cette piste-là plus tard. Revenons dans notre café où nous lisions le tome de Byron en Poésie / Gallimard. J'ai alors trouvé énorme qu'il y ait une mention des almées dans le poème "Le Corsaire", car malgré ma quantité de lectures énormes d'ouvrages du dix-neuvième siècle ce n'est pas un nom qui court la littérature tant que ça.


Voici maintenant les liens pour lire les deux articles de Bienvenu.



Je vais donc réagir surtout au dernier article et développer mes positions dans le débat.
Je suis plutôt d'accord avec l'essentiel de l'article et je me suis déjà moi-même exprimé sur plusieurs points.
Il y a d'abord des évidences. En 1870, Rimbaud n'est rien sur la scène publique, et quel que soit le mérite des poèmes qu'il a déjà composés, il ne peut pas préjuger de l'écriture du "Bateau ivre" ou des Illuminations pour se sentir supérieur à un quelconque poète en vue contemporain. Du moins, ça ne peut pas être aussi simple pour Rimbaud de se considérer meilleur que les autres, surtout que sa poésie se nourrit énormément de modèles parmi lesquels Hugo et Banville.
Rimbaud a le choix d'un certain nombre de poètes et il est sensible qu'il préfère Verlaine à d'autres. Le problème éternel, c'est qu'en même temps que Rimbaud a la pertinence de préférer Verlaine il se trouve qu'il est en contact avec un ami de Verlaine, Bretagne. Une rencontre a comme favorisé cette préférence. Mais peu importe que le réel ait favorisé cette préférence, on peut faire confiance à Rimbaud : son intérêt pour la poésie de Verlaine était parfaitement sincère. Il cite alors le recueil des Fêtes galantes. Pour le recueil La Bonne chanson, il invite Izambard à l'acheter, mais l'ouvrage n'aurait été diffusé dans les librairies qu'après la guerre. Ceci dit, l'ouvrage a été mis sous presse au cours de l'été 1870 ou non ? Car il n'est pas exclu que Bretagne ait eu un exemplaire dédicacé. Notons que à la fin du mois d'août 1870 Rimbaud fugue à Paris. Il devait avoir une idée de gens avec lesquels entrer en contact, et forcément Banville et Verlaine devaient être les deux premiers poètes qu'il espérait rencontrer. On a l'impression que Bretagne a dû chauffer Rimbaud pour monter rapidement à Paris. Mais, sans spéculer, il demeure intéressant de méditer sur la possibilité pour Rimbaud ou non d'avoir lu La Bonne chanson.
Je cite tout de même des coïncidences que, personnellement, je trouve extrêmement troublantes.

Rimbaud a composé en octobre 1870 un sonnet intitulé "Rêvé pour l'hiver" qui s'inspire du poème de clôture des Cariatides de Banville "A une Muse folle", mais dont le premier vers a une césure sur la préposition "dans" alors qu'il est question d'un voyage en train. J'ai du mal à croire que les loups noirs vus par la glace, etc., et ce premier vers du sonnet rimbaldien ne s'inspirent pas du septième poème de La Bonne chanson qui, du coup, serait la seconde ou troisième source à "Rêvé pour l'hiver" après "A une Muse folle" de Banville" et "Au désir" de Sully Prudhomme.
J'ai souligné à quelques reprises l'influence sur "Rêve pour l'hiver" de "A une Muse folle" de Banville et "Au désir" de Sully Prudhomme. La plus récente mise au point se trouve dans un article paru dans le numéro 60 de la revue Rimbaud vivant en 2021 : "La versification tactique [...]", p. 99-127. J'ai déjà indiqué à quelques reprises mais sans m'y appesantir cette coïncidence d'un couple césure sur "dans" au premier vers et thème du train dans le cas du poème "Rêvé pour l'hiver" et du poème VII de La Bonne chanson. Je cite le poème de Verlaine :
Le paysage dans le cadre des portières
Court furieusement, et des plaines entières
Avec de l'eau, des blés, des arbres et du ciel
Vont s'engouffrant parmi le tourbillon cruel
Où tombent les poteaux minces du télégraphe
Dont les fils ont l'allure étrange d'un paraphe.

Une odeur de charbon qui brûle et d'eau qui bout,
Tout le bruit que feraient mille chaînes au bout
Desquelles hurleraient mille géants qu'on fouette ;
Et tout à coup des cris prolongés de chouette.

- Que me fait tout cela, puisque j'ai dans les yeux
La blanche vision qui fait mon cœur joyeux,
Puisque la douce voix murmure encore,
Puisque le Nom si beau, si noble, et si sonore,
Se mêle, pur pivot de tout ce tournoiement,
Au rhythme du wagon, brutal, suavement.
On voit qu'une source n'exclut pas l'autre, je vous invite à lire en regard de "Rêvé pour l'hiver" les deux poèmes de Banville et Sully Prudhomme. Ce n'est pas parce que j'ai déjà deux sources que je vais m'interdire l'identification d'une troisième. Or, le premier vers de "Rêvé pour l'hiver" nous offre le mot "wagon" et la césure sur la préposition "dans". Le mot "wagon" est au dernier vers du poème de Verlaine et on peut considérer que la césure sur "dans" dans le poème de Verlaine signifie le sursaut, tout un cahot qui surprend le voyageur en train, et ce cahot est initial pour le lecteur des alexandrins de Verlaine et c'est un élément important de la lecture du poème puisque le dernier vers explicite quelque peu le caractère paradoxalement agréable des soubresauts : "Au rhythme du wagon, brutal, suavement." Je n'ai pas modernisé l'orthographe de "rythme" dans la citation, peu importe. En revanche, il est clair que si on prête un tant soit peu attention aux césures le premier vers heurte la sensibilité. C'est une sorte de faux départ en alexandrins : "Le paysage dans..." Permettez qu'on appelle la césure un repos et qu'on s'en serve de manière métaphorique comme les poètes du dix-neuvième. Là, il y a un à-coup, un suspens violent, c'est la brutalité du rythme du wagon qui est ainsi introduite dans la lecture même des vers, et cela finira par passer "suavement". On sent bien que Verlaine a médité la relation du premier et du dernier vers de son poème. C'est la césure la plus osée de tout le poème, qui plus est. Après, Verlaine use d'autres ressources, jeu sur les [r], jeu sur les virgules, étirement d'adverbes en "-ment", etc.
Rimbaud qui est un poète n'est pas idiot, il a vu ce qu'a fait Verlaine et il l'a reconduit dans "Rêvé pour l'hiver", il lui fait du moins un clin d'œil, c'est très net dans le premier vers :
L'hiver, nous irons dans un petit wagon rose
[...]
Evidemment, on va me répliquer que je m'avance beaucoup, puisque Rimbaud n'a pas pu lire La Bonne chanson en librairie.
Certes ! Mais il a pu lire ce recueil chez Bretagne ou non ? Car je vais quand même souligner d'autres points. Je n'ai pas passé en revue toutes les allusions qu'il y aurait dans des poèmes de Rimbaud aux vers du recueil La Bonne chanson, mais il va de soi que la quasi-totalité sont considérées comme conjecturales dans le milieu rimbaldien. C'est pour cela que je regrette énormément le manque de réactivité des rimbaldiens à faire un traitement des sources proposées. Plusieurs rimbaldiens proposent des sources, mais si l'auteur de l'article est convaincu par ce qu'il avance qu'est-ce qu'il reste une fois l'arbitrage exercé par l'ensemble des rimbaldiens ? Cette source que j'identifie n'est pas plus faible que les autres, son seul tort c'est que nous ne sommes pas sûrs que Rimbaud ait lu La Bonne chanson en 1870. C'est quand même un peu court. La mise au point sur la mise sous presse et la diffusion d'exemplaires de La Bonne chanson reste assez floue dans les milieux de rimbaldiens et verlainiens. Et puis il y a le reste. Après cette magnifique coïncidence d'un couple thème du wagon et préposition "dans" à la césure, nous relevons dans le poème de Verlaine une description d'un spectacle extérieur fantasmé avec des hurlements de géants. Le second quatrain de Rimbaud est là encore pleinement en phase avec la description de Verlaine. Les hurlements de géants cèdent la place à "démons noirs" et "loups noirs", loups noirs qui entrent en résonance avec le verbe "hurler" du poème de Verlaine. Dans "Rêvé pour l'hiver", la femme ferme l'œil pour ne pas voir les laideurs "par la glace". Dans le poème de Verlaine, c'est la vision et l'écho du nom de la femme aimée qui chasse la vision de l'extérieur : "Que me fait tout cela, puisque j'ai dans les yeux..." Les symétries entre les deux poèmes sont décidément remarquables.
Il faut ajouter que ce poème de La Bonne chanson peut avoir une importance rimbaldienne plus ample. Dans "Nocturne vulgaire" où, à cause de la mention "maison de berger" il n'est pas absurde de penser au trajet en train, même s'il est question de carrosse, de corbillard, on a quelque chose de l'avant-dernier vers verlainien : "Se mêle, pur pivot de tout ce tournoiement", sachant que le titre "Nocturne vulgaire" a l'air de retourner le titre "Nocturne parisien" des Poèmes saturniens. Et le motif du train est très présent dans plusieurs poèmes des Romances sans paroles, tout particulièrement dans la section "Paysages belges". Or, si on sait que le poème "Michel et Christine" entre en résonance avec le poème "Malines", il est question d'engouffrement dans "Michel et Christine" tout comme dans ce poème VII de La Bonne chanson. Un aspect de "Michel et Christine", c'est de présupposer une description à partir d'un voyage en train. Et je rappelle que en juillet 1872 Verlaine et Rimbaud ont fugué pour la Belgique, que Mathilde est allée à la rencontre de son mari pour le faire revenir et que celui-ci l'a plaquée sur un quai de gare.
En clair, on voit se dessiner des échos à long terme entre les deux œuvres de Verlaine et Rimbaud.
J'ai une autre coïncidence troublante à mobiliser.
Dans "Le Rêve de Bismarck", tel qu'il a été publié, puisque au vu du récit dont a témoigné Delahaye, on peut soupçonner que le texte a été remanié par Jacoby, nous avons un mouvement de la main de Bismarck qui se veut gracieux, mais le récit ironique fait entendre qu'il n'en est rien, et Rimbaud emploie alors l'adverbe "imperceptiblement". Et cet adverbe est associé précisément au mouvement d'un doigt présenté comme délicat, l'index de Bismarck. Je cite l'extrait qui m'intéresse :

   Bismarck médite. Son petit doigt crochu chemine, sur le vélin, du Rhin à la Moselle, de la Moselle à la Seine ; de l'ongle, il a rayé imperceptiblement le papier autour de Strasbourg : il passe outre.
Nous nous étions arrêtés à des remarques à propos du septième poème de La Bonne chanson. Après le huitième poème qui se finit par l'évocation du nom "carlovingien" de Mathilde, le poème IX m'a tout l'air d'être une source au passage que je viens de citer du "Rêve de Bismarck", et je pense au dernier vers qui associe le "pied" forcément considéré comme petit à l'adjectif final "imperceptiblement".
J'ai énormément de mal à croire à une pure coïncidence. Le "imperceptiblement" du "Rêve de Bismarck" a une résonance verlainienne que je trouve bien sensible.
Mais, pour renforcer ce sentiment, j'ajoute que le même poème IX de La Bonne chanson a de fortes chances également d'avoir inspiré le poème "Roman". Et dans les deux cas, "Roman" ou "Le Rêve de Bismarck", ce sont les deux derniers vers du poème verlainien qui entrent en résonance. On peut hésiter à citer le poème "Première soirée" également. Il y a du moins des parallèles sensibles sur un thème érotique. L'idée du petit chiffon blanc, du trottinement des pieds dans "Roman", et dans "Première soirée", la belle agit "Malinement" et cache ses "petits pieds". Il y a un air de mutinerie féminine commun aux trois poèmes. Le déliement adverbial "imperceptiblement" résonne quelque peu dans "Roman" : "Comme elle vous trouve immensément naïf". Il y a un jeu stylistique quelque peu parent qui ressort.
En clair, la critique rimbaldienne ne peut pas balayer d'un revers de main la possibilité pour Rimbaud d'avoir lu le recueil La Bonne chanson un an avant tout le monde et de s'en être inspiré.
On sait par ailleurs que Rimbaud fait allusion nettement à une rime en "-ote" des Fêtes galantes dans le poème "Les Effarés", composition douaisienne datée et ainsi admise comme contemporaine de "Roman".
Pour l'année 1870, si Rimbaud s'inspire de vers de Verlaine, c'est en tant qu'admirateur, nécessairement.
En 1871, il existe une grosse énigme. Rimbaud est allé à Paris du 25 février au 10 mars et il y a rencontré des personnalités littéraires connaissant Verlaine, André Gill dans tous les cas et peut-être bien aussi Vermersch dont Rimbaud dit avoir recherché l'adresse dans une lettre à Demeny. Ce séjour a probablement été l'occasion de contacts littéraires plus étendus que ce que nous pouvons fixer avec certitude, et la possibilité d'une rencontre de Valade et Verlaine n'est pas négligeable. Cette hypothèse peut difficilement être méprisée, car elle peut impliquer une meilleure compréhension de poèmes présents dans les lettres dites "du voyant" : "Mes petites amoureuses" et "Le Cœur supplicié", et expliquer aussi l'espèce de profession contrariée au sujet de Baudelaire "vrai dieu", mais mesquin dans la forme, et le couplage de Mérat à Verlaine en tant que vrais poètes de la nouvelle école.
Toutefois, même en laissant cela de côté, Rimbaud ne va monter à Paris qu'autour du 15 septembre 1871, donc dans tout ce qu'il a composé avant le 15 septembre 1871 Rimbaud ne peut pas avoir glissé des parodies désobligeantes à l'égard de Verlaine.
Une fois à Paris, Rimbaud va avoir une relation privilégiée avec Verlaine, une relation qui va avoir aussi une autre nature que celle d'un échange entre deux poètes. Et aussi, vu les sautes d'humeur de Rimbaud, Verlaine va devenir le seul appui de Rimbaud. Il est par conséquent toujours aussi difficilement envisageable que Rimbaud se soit moqué de Verlaine dans ses derniers poèmes en vers première manière : "Les Chercheuses de poux", etc. Je rappelle que selon Fongaro les "mouches" de "Voyelles" pourraient persifler des mouches dans les prés de poèmes de Verlaine. Quant à l'Album zutique, Jean-Jacques Lefrère et Bernard Teyssèdre n'hésitent pas à décrire dans Rimbaud et le foutoir zutique un Verlaine mis en colère par le poème "Jeune goinfre". On ne rappellera pas toutes les pages du livre de Bernard Teyssèdre où des scènes biographiques inventées, non documentées, font dire à Rimbaud un constant mépris pour les sujets des poésies de Verlaine.
Tout cela ne tient pas.
Pour identifier des moqueries de Rimbaud à l'égard de Verlaine, il ne reste dès lors que trois massifs : Une saison en enfer, Illuminations et les poèmes en vers nouvelle manière de 1872.
Je n'entrerai pas dans le débat ici si les poèmes en vers de 1872 doivent ou non faire partie du recueil Illuminations. Ma pensée est que dans tous les cas le recueil publié par Verlaine mélangeait bien les deux et était bien compris de la sorte par Verlaine et les éditeurs de La Vogue, ce que la critique rimbaldienne, en-dehors de Bienvenu, tend à minimiser. Si ce mélange a eu lieu, c'est qu'il n'y avait pas de consigne claire de Rimbaud pour séparer les deux, puisque parallèlement les poèmes en vers première manière furent eux aussi publiés. Mais passons !
Pour moi, le massif où nous avons le plus de chances de trouver des réactions d'agacement à l'égard de Verlaine, c'est Une saison en enfer. Ceci dit, je trouve très problématique de réduire la lecture de "Vierge folle" à un récit biographique transposé, travesti.
Pour les poèmes en prose, la difficulté est liée à l'énigme de la datation des compositions. Je maintiens qu'il n'est pas normal que nous n'ayons pratiquement aucune composition rimbaldienne entre septembre 1872 et mars 1873, période où Verlaine et Rimbaud sont seuls, isolés du reste du monde des poètes et artistes pour dire vite. On constate aujourd'hui que le poème "Les Corbeaux" est plutôt admis comme ayant été composé dans les premiers mois de l'année 1872. Il y a quand même un abus à envisager que le poème aurait été envoyé en urgence d'Angleterre à des fins de publication dans La Renaissance littéraire et artistique. Nous savons aussi que le dizain "L'Enfant qui ramassa les balles..." est signé "PV" et est donc plutôt un poème de Verlaine recopié par Rimbaud qu'un poème de Rimbaud. Qui plus est, selon le témoignage de Régamey, les deux dizains recopiés par Verlaine et Rimbaud sont plus anciens et donc ne datent pas du mois de septembre 1872. Nous savons que les poèmes en vers "nouvelle manière" de Rimbaud sont peu nombreux à pouvoir se situer dans cet espace de sept mois. "Juillet" et "Michel et Christine" donnent des indices pour penser qu'ils furent composés en juillet-août 1871 en Belgique. Non daté, le poème "Entends comme brame..." ne contient qu'une poignée de syllabes si on peut dire. Et cela vaut aussi pour "Le loup...", "Honte" et "Ô saisons ! ô châteaux !" Le poème "Famille maudite" / "Mémoire" est de plus en plus admis comme ayant été composé avant la fugue belge, et on pense de même pour "Qu'est-ce pour nous, mon Cœur,..."
On n'a rien d'autre à placer pour la période de sept mois de septembre à mars 1873, à part les proses dites "contre-évangéliques" dont certains n'excluent même pas qu'elles aient été composées après Une saison en enfer.
Verlaine n'a jamais parlé d'une œuvre manquante. A cette aune, il est naturel de penser que les Illuminations, en tant que réunion des poèmes en prose et en vers libres, est l'élite des compositions de Rimbaud du séjour belge de juillet-août 1872 à février 1875, à s'en fier au témoignage de la préface de Verlaine qui parle de compositions faites en Belgique, Angleterre et Allemagne. L'idée de compositions allemandes est une exagération probable de Verlaine, mais un indice fort que Bienvenu a raison de considérer que le recopiage final avec Nouveau a dû avoir lieu à Stuttgart. Quant à l'idée de compositions en Belgique en 1873, elle n'est pas crédible au vu d'informations biographiques contraignantes en notre possession.
Fongaro a tendance à considérer que si Rimbaud s'inspire d'une source c'est parce qu'il entretient sa nature railleuse. Rimbaud se moquerait de Verlaine à la fois dans ses poèmes en vers et dans ses poèmes en prose. Je considère que ce propos de Fongaro est une pétition de principe. Il ne faut pas exclure les railleries à l'égard de Verlaine, celui-ci a réagi à la lecture de "Vagabonds" où il s'est reconnu et a dénoncé un persiflage injuste. Toutefois, ma conviction est que les railleries sont plutôt à la marge. Je pense que des poèmes comme "Veillées" témoignent d'un relatif unisson.
Quant aux poèmes en vers du printemps et de l'été 1872, je considère qu'il n'y a aucun plan de moquerie à l'égard de Verlaine. Rimbaud revient à Paris auprès de Verlaine, face à un rejet de tous les autres parisiens pratiquement, en mai 1872. Il fugue avec Verlaine le 7 juillet 1872 et voyage avec lui en Belgique, dans un périple où une épreuve va concerner Mathilde, avec rupture définitive du couple Verlaine, dans un périple où Verlaine laisse bien entendre qu'il fut particulièrement joyeux.
Je ne vois pas dans ces conditions comment Rimbaud pourrait passer son temps à charrier Verlaine par poèmes interposés. La poésie est ce qui rapproche le plus Verlaine et Rimbaud à cette époque.
Passons maintenant à la question des influences réciproques.
Avant la montée de Rimbaud à Paris, à la mi-septembre 1871, il n'est pas raisonnable d'envisager une influence prédominante de Rimbaud sur Verlaine. L'inverse est plutôt vrai.
Ce n'est qu'une fois à Paris que Rimbaud va devenir avant-gardiste, pardon à Baudelaire pour mon emploi du mot, dans le travail de la forme. Les visions deviennent franchement ésotériques, et la métrique des vers subit tous les outrages.
Je ne parlerai pas ici de la nouveauté des visions du "Bateau ivre", sujet trop compliqué qui ne doit pas être traité ici en passant. En revanche, pour le travail sur le vers, Rimbaud suit des devanciers : Hugo, Baudelaire et Banville, et il suit aussi Verlaine. Dès 1870, Rimbaud même s'il cite un entrefilet dans la presse reconnaît à Verlaine un remarquable enjambement de mot à la césure. On peut penser que le poème "Le Mal" y fait un léger écho, mais sans chahut à la césure, avec reprise de l'adjectif "épouvantable" devant le verbe "broie".
Rimbaud est également redevable à Verlaine du travail sur les césures. Or, quand Rimbaud arrive à Paris, il loge chez les Mauté. Il se trouve que Verlaine a daté de septembre 1871 et de ce lieu précisément la copie d'une comédie alors inédite Les Uns et les autres qui se retrouvera dans le recueil Jadis et naguère.
Cette comédie contient un enjambement à la césure qui détache une terminaison verbale tout en décalant une structure grammaticale qui avait été découpée autrement à la césure dans le dernier poème "Colloque sentimental" des Fêtes galantes.
Pourquoi voulez-vous donc qu'il m'en souvienne ?
Le poème "Colloque sentimental" est en décasyllabes avec une césure après chaque quatrième syllabe de vers. Cela implique que la césure passe ici sur le trait d'union. Je rappelle que précocement Victor Hugo a pratiqué des césures sur trait d'union dans son théâtre en vers, Cromwell. Il s'agit d'une césure qui reste audacieuse. Ici, l'intérêt, c'est qu'elle détache le pronom "vous" de la base verbale. D'ordinaire, quand il y a une césure audacieuse sur un pronom, le pronom est placé avant le verbe, ce qui est logique dans une phrase déclarative où nous suivons l'ordre sujet et verbe : "Nous vous en prions", "nous", "vous" et "en" sont trois pronoms placés devant le verbe. Ici, Verlaine s'est dit que dans le cas d'une phrase interrogative il y avait moyen de renouveler l'impression choquante de la césure, puisque cette fois le pronom serait rejeté dans le second hémistiche et non suspendu à la fin du premier. En plus, Verlaine a joué sur un écho entre la première syllabe du verbe et le pronom : "vous". Que voilà un rythme brutal, suavement ! pour parodier le vers cité plus haut de La Bonne chanson.
Dans un vers de la comédie Les Uns et les autres, Verlaine décide de décaler encore d'une syllabe la tension entre la même structure grammaticale et la césure. Il faut bien comprendre que normalement la césure naturelle aurait dû être après le pronom "vous". On pourrait imaginer le vers régulier : "Quoi ? Voulez-vous + vraiment qu'il m'en souvienne ?" Nous avons un décalage d'une syllabe dans le cas du vers de "Colloque sentimental". Et finalement une fois qu'on décale d'une syllabe, pourquoi ne pas décaler de deux syllabes ou même décaler fort librement la structure à un autre endroit pour un tout autre effet à la césure ? C'est donc ce que fait Verlaine dans le vers suivant. Le vers est réparti entre deux intervenants que je nomme entre parenthèse dans la citation suivante (scène 3) :
(Rosalinde) Parlez-moi. (Myrtil) De quoi voulez-vous donc que je cause ?
La pièce est en alexandrins et la césure normale de l'alexandrin est après la sixième syllabe du vers. Le découpage de la parole entre deux intervenants permet d'exclure rapidement la recherche d'un trimètre compensatoire.
Verlaine a créé un enjambement de la césure par un verbe dissyllabique. L'engrappement rythmique inviterait à parler d'une structure en minimalement trois syllabes "voulez-vous", mais peu importe, dissyllabe ou trisyllabe, c'est la base du verbe qui est en suspens à la césure "voul" et le rejet s'applique de façon tout à fait spectaculaire sur la simple terminaison verbale "-ez". Pour l'apport de sens, la terminaison "-ez" et le pronom "vous" sont plutôt des éléments redondants. Ils ont la même signification. Par conséquent, je considère qu'il y a soulignement du sens du verbe "vouloir". Je rappelle que dans un verbe il y a la base qui donne le sens du verbe ("voul-" dans le cas présent) et la terminaison ("-oir" ou "-ez") qui permet de cerner la conjugaison en jeu. Ce qui me fait dire que l'effet implique de ressentir un jeu émotif sur la signification du verbe "vouloir", c'est qu'en prime nous avons l'écho syllabique "vou-" de "voulez" à "vous donc".
Mais, même si l'effet de sens est sur la base verbale "voul-", le rejet de la terminaison verbale "-ez" est vraiment ce qui fait de cette césure un acte d'une audace stupéfiante.
Le premier poème en vers nouvelle manière connu de Rimbaud est "Tête de faune". Il est en décasyllabes avec une césure après la quatrième syllabe. Les deux premiers vers donnent clairement cette mesure par l'anaphore : "Dans la feuillée..." Je ne crois pas du tout que le poème "Tête de faune" change de mesure quatrain après quatrain, comme cela semble faire consensus (Cornulier, Rocher, Dominicy, Murphy, etc.), puisque cette hypothèse aboutit à un résultat qui n'est pas plus régulier que celui auquel on prétend remédier. La solution est même moins régulière que celle qui pour moi va de soi, le poème est tout entier avec une césure après la quatrième syllabe.
Or, dans un tel cadre de lecture, comme par hasard, nous identifions un rejet de la terminaison adjectivale "-é" au vers 5 : "Un faune apeur-é" ou "Un faune affol-é..." selon les versions. Et au vers 11, nous avons à l'inverse un contre-rejet du préfixe, mais un préfixe qui se résume lui aussi au phonème "é" : "Et l'on voit é-peuré par un bouvreuil", et comme par hasard "épeuré" est un mot qui entre en résonnance avec "apeuré" (mot de la même famille, même base nominale "peur") et "affolé" (mot de sens proche).
Et le trouble à la césure peut exprimer le sentiment de peur et d'affolement.
La seule autre césure particulière du poème est sur "sanglante" où le mot "sang" est souligné en liaison avec une idée de morsure.
Quoi ? Vous voulez contester la césure au nom d'une incertitude pour "sanglante" ? Ne serait-ce pas jeter avec l'eau du bain ce que nous avons fait remarquer pour "é-peuré" et "apeur-é" ? Vous êtes sûrs d'être des cadors de la poésie en faisant ainsi ?
Bref, moi, je ne perds pas mon temps à douter sur le sujet et je vois que "Tête de faune" premier poème en vers nouvelle manière est influencé à la césure par des antériorités précises de Verlaine. Il va de soi que "Tête de faune" a une source importante du côté de Banville, une autre du côté de Glatigny, deux poètes qui comptaient pour Verlaine, et entre autres détails (titre d'un poème de Mérat et Valade notamment), le poème "Tête de faune" fait inévitablement songer aux Fêtes galantes où figure un poème du "Faune" en non pas trois mais deux quatrains !
La messe est dite, non ?
Passons aux autres poèmes.
Je ne vais pas entrer dans les détails. En gros, en-dehors du poème non daté "Tête de faune", probablement composé au tournant des mois de février et mars avant l'éloignement de deux mois (à moins que ces "vers mauvais" n'aient été envoyés par lettre en avril et recopiés par Verlaine dans la suite paginée connue), les premiers poèmes "nouvelle manière" de Rimbaud sont datés de mai 1872 et ils sont ainsi contemporains de la section "Ariettes oubliées" de Verlaine que celui-ci a daté de mai-juin 1872 dans son recueil Romances sans paroles. Verlaine a publié deux ariettes dans La Renaissance littéraire et artistique. Sans vérifier à l'instant, une a été publiée en mai, et l'autre en juin.
Celle publiée en mai porte en épigraphe les vers d'une ariette de Favart et on peut penser que c'est précisément celle que Rimbaud lui a envoyée fin mars sinon le premier avril 1872.
Il est clair que "Tête de faune" et la lettre du 2 avril de Verlaine à Rimbaud témoigne que Rimbaud est déjà en train de travailler sur sa nouvelle manière avant que Verlaine ne compose sa première des "Ariettes oubliées", mais ce qu'il faut voir aussi c'est la relative convergence des deux projets. Verlaine faisait déjà des poèmes courts à l'apparence de chansons auparavant. Rimbaud s'inspire de Verlaine comme "Tête de faune" l'atteste. En mai-juin 1872, Verlaine essaie de nouvelles mesures, des vers de neuf et onze syllabes. Nous avons deux vers distincts de neuf syllabes, celui avec une césure après la troisième syllabe, celui avec une césure après la quatrième syllabe. Dans la continuité d'une thèse décisive de Bienvenu sur l'importance du traité écrit par Banville, je prétends que ce jeu sur les vers de neuf syllabes vient de la lecture du traité de Banville où celui-ci a mal interprété des vers de neuf syllabes d'un écrivain pris pourtant comme tête de turc, Scribe, et Banville a ensuite proposé un poème en vers de neuf syllabes avec une césure inédite après la cinquième syllabe.
Il faut introduire dans le débat Charles Cros qui a composé un "Chant éthiopien" qui adopte la même césure que Verlaine dans "Chevaux de bois" et "L'Art poétique".
Selon toute vraisemblance, les poèmes "Chant éthiopien" et "L'Art poétique" ont été composés à Paris avant le 7 juillet 1872, et même avant la brouille entre les frères Cros et Verlaine, sans qu'il ne soit facile de dire qui de Cros ou de Verlaine a inventé le premier le nouveau mètre. "Chant éthiopien" ou "L'Art poétique" ? Telle est la question.
Verlaine a également composé des vers de onze syllabes selon le patron expressément autorisé par Banville dans son traité.
Là encore, Verlaine dit que Rimbaud l'a poussé à lire tout Desbordes-Valmore, laquelle avait composé deux poèmes en vers de onze syllabes avec la césure après la cinquième syllabe.
Je ne parlerai pas ici du problème de césure de "Larme", "Michel et Christine", "La Rivière de Cassis" et "Est-elle almée ?" En tout cas, le recours aux vers de onze syllabes (problème de césure mis à part) est contemporain chez Rimbaud et Verlaine : "Il faut, voyez-vous, nous pardonner les choses..." et "Larme" (mai 1872). A noter l'écho entre le titre "Larme" et le couple de deux pleureuses dans l'ariette oubliée de Verlaine.
Enfin, au plan des rimes, sans parler d'expériences antérieures de Banville, et des ruptures de rimes singulier-pluriel, certains poèmes des Romances sans paroles témoignent discrètement d'une tentation de ne plus respecter les règles comme ce fut le cas de Rimbaud. Il faut citer tout particulièrement la sixième des "ariettes oubliées" qui ne se contente pas de mélanger le féminin et le masculin, puisqu'il y aussi des vers faux, assonancés ou même pas. Il faut aussi citer "Il pleure dans mon cœur". On observe enfin la présence d'un refrain non aligné sur la mesure des vers "Dansons la gigue" dans un autre poème, ce qui est à rapprocher de "Ô saisons ! ô châteaux".
Le fait que Rimbaud aille plus loin dans le renoncement aux règles ne signifie pas en soi que Rimbaud est plus génial que Verlaine. Cela n'a aucun sens critique recevable.
Par ailleurs, le non respect des règles n'est pas la seule raison pour laquelle nous apprécions les vers de Rimbaud. Loin s'en faut, et heureusement. Le génie de Rimbaud use d'autres ressources et là encore on ne cesserait de constater les convergences d'époque entre les poésies de Verlaine et de Rimbaud.
Et pour ces ressources non versifiées, il faut considérer que cela concerne aussi plusieurs poèmes en prose de Rimbaud. On peut penser aussi à un poème à alinéas courts comme "Veillées I" qui a une manière verlainienne. Il y aurait encore pas mal à creuser.
Mais toutes ces influences sont d'allure globale.
Dans l'état actuel du raisonnement, le poème "Est-elle almée ?" est en phase avec la pratique de Verlaine à la même époque. Le poème "Est-elle almée ?" est-il plus particulièrement verlainien ? L'influence de Verlaine serait-elle plus nette ? Ma réponse est que je n'en sais rien, je n'ai pas fait de recherches en ce sens et je ne connais pas de document fixant plus fermement la relation de ces huit vers de Rimbaud à certains autres de Verlaine. Le débat est ouvert.
Toutefois, je rappelle que "Michel et Christine" est proche du poème "Malines" des Romances sans paroles. J'insiste aussi sur le fait que je suis pleinement d'accord avec le développement d'Yves Reboul que le recueil Romances sans paroles transpose largement en poésie le récit d'une relation triangulaire entre Paul, Arthur et Mathilde. Je ne rejette que l'identification de l'allégorie de "Beams" à Rimbaud lui-même. Je trouve plus logique que l'allégorie soit la "Raison" ou "Being Beautous" des poèmes portant ces titres.
A l'évidence, la biographie importe à la compréhension des poèmes de Rimbaud et de Verlaine en 1872. Le poème "Juillet" offre un cas remarquable. Il évoque la place royale de Bruxelles en juillet 1872. S'inscrivant à tort et persévérant diaboliquement dans l'hypothèse erronée de Fongaro d'une composition de 1873-1874 postérieure à l'incarcération de Verlaine, Benoît de Cornulier ne rend pas service à la critique rimbaldienne sous ce jour-là, mais il fait pourtant en sens inverse une découverte remarquable. Le vers : "La Juliette, ça rappelle l'Henriette" posait problème. Tout le monde était acquis avec raison à l'identification de l'héroïne de la pièce Roméo et Juliette, mais Henriette demeurait une énigme. Dans un article de la revue Parade sauvage, Jacques Gengoux avait cru pouvoir l'identifier à un personnage de Molière, histoire de reconduire une confrontation entre Shakespeare et Molière, façon Banville ou Hugo.
Cornulier a identifié la structure profonde des allusions en identifiant que Verlaine avait parlé successivement de Roméo et Juliette, puis de Damon et Henriette dans le poème "Images d'un sou". Dans "Images d'un sou", Verlaine évoque la légende de Pyrame et Thisbé, le modèle de l'histoire de Roméo et Juliette, il mentionne aussi Damon mais en en faisant le soupirant de Geneviève de Brabant. Or, Damon soupirait pour une Henriette et Geneviève pour un Siffroi. Il y a donc une volontaire confusion des couples d'amoureux, ce qui coïncide avec l'acte de Rimbaud de superposer Juliette et Henriette, la rime interne en "-(i)ette" introduisant l'idée d'une équivalence.
D'autres éléments du poème "Images d'un sou" font nettement écho au poème "Juillet" de Rimbaud : "La Folle-par-amour chante / Une ariette touchante." Nous avons un écho au "Kiosque de la Folle par affection" du poème de Rimbaud et la mention "ariette" nous rappelle le lien établi entre la première des "ariettes oubliées" de Verlaine et l'envoi paroles et musique d'une ariette de Favart par Rimbaud.
Oui, le poème "Est-elle almée ?" directement daté de juillet 1872, et donc contemporain du poème "Juillet", a probablement des implications biographiques discrètes. Maintenant, dans l'état actuel de nos connaissances, il faut travailler à rendre les liens objectifs en prenant en considération les mots décisifs qui ont été choisis par le poète, et je considère que "almée", "Pêcheuse" et "Corsaire" sont trois mots rares qui devraient depuis longtemps avoir facilité la délimitation du corpus sur lequel enquêter (corpus certes délicat à identifier quant aux articles de périodiques d'époque), et comme les identifications de couples légendaires dans "Juillet" sont un premier stade d'élucidation avant de pressentir la signification privée pour Rimbaud et Verlaine il y a nécessairement une démarche de cet ordre à avoir dans le cas de "Est-elle almée ?", "Larme", "Jeune ménage" et quelques autres poèmes.
Voilà pour le gros de mes réflexions.

jeudi 21 avril 2022

Petit débrief du débat présidentiel

 (Macron) Vous savez combien elle a détourné Mme Le Pen ? 600.000 euros !
(Le Pen) Oh ben toi t'as planqué des millions !
(Macron) Oui mais ça c'est pas grave !

***
Voilà le pays dans lequel je vis !
Les études rimbaldiennes reprendront dans quelques jours.

lundi 18 avril 2022

Surprise de Pâques

Les rimbaldiens se sont souvenus que leur poète très très "sélect" avait vécu au Yémen et dans un magnifique élan de solidarité ils se sont dits que puisqu'il y avait gel des avoirs de la Russie il pouvait y avoir un gel des avoirs de l'Arabie Saoudite et des Emirats-Arabes-Unis pour la guerre menée au Yémen. Ils ont signé une grande pétition, et c'est en leur nom que je vous annonce qu'on attend une suite favorable à cette action. Non, je plaisante, on n'est plus le premier avril en plus. Ils se contenteront de boycotter le Qatar parce qu'ils ne sont pas plus football que ça.
Hein ? Mon article n'est pas rimbaldien, pourquoi vous dites ça ? Vous en êtes bien sûr qu'il n'est pas rimbaldien ? Vous trouvez que le rimbaldisme c'est Meurice et son Cosme-tic en Folio de poche ? Rimbaud est sinon réservé à votre bon goût supérieur de gens installés ? Il ne peut pas s'intéresser aux yéménites et aux gens du Donbass, Rimbaud ? Vous croyez vraiment ça ? Vous le connaissez mal !...


Cela faisait quelques jours que j'y pensais au séjour de Rimbaud au Yémen et aux deux poids deux mesures qui fait que des rimbaldiens humanistes vont déguster des petits gâteaux de poésie ukrainienne et n'ont aucun égard pour la crise alimentaire au Yémen.
Moi, je ne verserai pas un centime aux ukrainiens. Mes larmes et mon amour sont entièrement pour le Donbass. L'auteur Serhiy Jadan que je vois sur les comptoirs, méfiez-vous un peu plus. Prenez bien le temps d'évaluer les produits que vous avez entre les mains : La Route du Donbass et Anarchy in the UKR. C'est un nationaliste ukrainien retors dont vous méfier.
Un autre projet qui serait bien de la part des rimbaldiens, ce serait de relire les articles de nos principaux quotidiens avant publication, tout particulièrement les articles sur internet que Google recommande pour notre smartphone. Il y a des articles du Figaro, du Parisien, du Nouvel Obs, du Monde, et j'en passe et des meilleurs. Par exemple, quand vous avez un article sur l'armée russe qui contrôle si des milices ukrainiennes ne se mélangent pas aux civils pour s'enfuir, on a droit à des articles qui disent nonchalamment que les russes identifient les soldats à partir de "certains tatouages". Non, là, il y a un déficit littéraire, il faut caractériser ces tatouages, il faut dire ce qu'ils sont ! Dans le même ordre d'idées, on a des articles qui le plus sérieusement du monde rapportent l'argumentaire des gens du bataillon Azov pour dire que leurs symboles ne sont pas ce qu'on pourrait croire. Ils ont repris l'emblème de la division SS "Das Reich" liée à Oradour-sur-Glane et l'ont mis à l'envers, parce qu'en plus ça leur permettrait d'entrelacer un N et un I (dans l'alphabet occidental du moins). Qu'ils aient voulu superposer un N et un I n'enlève pas le constat évident qu'ils ont repris à l'envers le sigle de la division "Das Reich". Vous accepteriez d'un de vos élèves une telle désinvolture dans son démenti de mauvaise foi ? Je n'ai même pas besoin de compléter avec le fait qu'il y a un autre symbole nazi qui fait cortège à ce N et ce I.
N'ayant plus le lien des articles lus sur mon smartphone, je vous mets un lien vers un article en ligne de la revue Le Monde. Voici le titre de l'article : "Qui sont les soldats du régiment Azov, accusés d'être les "néonazis" de l'armée ukrainienne ?"

Je suppose que c'est une coquille pour "déconneurs".

Au moins ils ont écrit "régiment" et non "bataillon", mais un rimbaldien il n'écrit pas du tout un titre interrogatif de la sorte, un rimbaldien, il comprend les enjeux, il écrit : "Le régiment néonazi Azov". C'est ça la bonne écriture, en trois mots tout est dit, l'affaire est entendue, c'est ça savoir écrire !
Je vous laisse évaluer la suite de l'article, son usage désastreux du conditionnel : "l'armée de Kiev serait infestée de néonazis." Non, l'armée de Kiev est infestée de néonazis, et il n'y a pas que le régiment Azov. En plus, le régiment Azov est intégré à l'armée ukrainienne régulière.
En plus, là, les allemands, ils vont envoyer des chars "Panzer" sur des terres ayant connu des combats historiques durant la Seconde Guerre Mondiale. Un allemand, normalement, il devrait s'indigner que les ukrainiens portent ainsi des insignes d'une culture d'infamie qui vient de chez eux, et ils devraient dire : "Non, mais on ne vous envoie pas du soutien avec des chars tant que vous arborez de tels insignes." Les russes n'ont pas tué 27 millions d'allemands en représailles après la Seconde Guerre Mondiale. Le règlement du conflit a été pas mal clément avec les allemands. C'est vraiment des gens ingrats, les allemands ! Ils se croient du côté de la morale dans cette guerre, moi je ne les trouve pas brillants, ni classes.
Je suis impressionné par des reportages d'Arte mis en ligne où la femme en français parle avec une voix d'excitée que les russes feraient de la propagande ceci, de la propagande cela. Eh, petite piqûre de rappel ! En 2014, la Malysian Airlines avait la poisse avec deux incidents retentissants. Un avion a été abattu au-dessus de l'Ukraine. Les américains avaient les preuves que l'avion avait été abattu ni par les ukrainiens, ni par les insurgés du Donbass, mais directement par les russes. En 2022, on n'en parle pas de cet avion. Où sont les preuves ? A Marioupol, qui a fait de la propagande sur le théâtre et la maternité, sur les civils ? On a des vidéos où les milices ukrainiennes tirent sur les civils qui cherchent à quitter la ville la nuit en voiture. Le théâtre dramatique, on nous disait qu'il avait été détruit par les russes et qu'il y avait plein de morts civils. Les gens de Marioupol expliquent que le théâtre a été détruit par les ukrainiens eux-mêmes, on voit qu'il n'y a pas de voitures détruites autour, que la zone avait été évacuée, mais là des vidéos à l'intérieur montrent que les ukrainiens s'en servaient pour tirer contre les russes et on ne voit pas de cadavres. Vous m'expliquez comment c'est possible d'avoir de telles images vidéos, c'est une mise en scène les ruines propres de cadavres humains ?

Sur le théâtre, ça commence à la 5e minute...


Je vous ai déjà mis un lien dans un article précédent sur les massacres à Bucha (lire Boutcha). On ne fait même pas d'enquêtes. Vous imaginez quand même la laideur morale qu'il y a à se servir de victimes civiles favorables aux russes (à Marioupol, à Bucha, etc.) abattues comme des bêtes par les ukrainiens, avec même des tortures, et à les faire passer au contraire de leur cause pour des victimes ukrainiennes des russes. C'est ignominieux ce qui se passe dans les journaux, tout bonnement ignominieux.
Je vous avais mis un lien où trouver une vidéo de prisonniers russes qui se font humilier par des vidéos mises en lignes et tirer dans les genoux. Face à cela, vous avez des vidéos bouffonnes "Safari for ukrainians" où un ukrainien se déguise en prisonnier russe qui déclare être bien traité. Depuis quand la 2e vidéo a la capacité d'exonérer la première ? Vous m'expliquez ?
J'ai mis aussi dans un article précédent un lien d'un article écrit du site Donbass Insider où sur certains mots bleutés vous cliquiez pour aller consulter une vidéo sur Twitter. On voyait des ukrainiens attachés et humiliés à des poteaux, peinturlurés en bleu et jaune, dont une vidéo avec un petit enfant accroché avec son parent. Ils étaient dénudés, il y avait parfois des femmes, dont des tziganes. Et ces vexations se passaient loin du front. Vous avez des journaux français qui, depuis, ont eu l'impudence de combattre l'information en soutenant que les gens attachés à des poteaux étaient des gens qui profitaient des combats pour piller dans les commerces. On joue sur le fait que les lecteurs n'entendent ni le russe, ni l'ukrainien et ne peuvent déchiffrer l'alphabet cyrillique. Mais, un rimbaldien, ça ne se laisse pas avoir. C'est quelqu'un qui a une exigence quand il lit, qui voit les signes qui posent problème. Même si on ne parle pas une langue slave, on sait que ce ne serait pas normal (oui journal Le Monde, moi aussi j'use de la rhétorique du conditionnel, je le fais mieux que vous tout simplement) que la population humilie sur des présomptions des gens dans la population. Il y a une police pour s'occuper des voleurs. Bref, les prétendus articles qui combattraient la désinformation vous racontent des fèves. Et c'est comme ça sans arrêt.
Les russes ont eu raison de venir au secours du Donbass en Ukraine, ils font une guerre juste contrairement à ce qu'on vous raconte. Ils viennent sauver des gens de la nation russe. C'est une sorte de guerre civile entre deux pays, et les russes sont pleinement légitimes à intervenir militairement. Pleinement ! C'est l'Otan qui est dans l'ingérence illégale dans cette guerre. Vous connaissez la Ligue de Délos ? Ben l'Otan, c'est une Ligue de Délos, et dans Délos il y a os. L'Otan c'est une vassalisation de divers pays au profit des Etats-Unis qui bien sûr entend à la fin désosser tous ses alliés autant que tous ses ennemis. C'est aussi simple que ça à comprendre.
C'est pour les milliardaires américains, pour les bonnes affaires de ventes d'armes par le complexe militaro-industriel américain qu'on vous demande de soutenir la guerre en Ukraine. C'est une guerre provoquée par des démons, et ces démons ils sont en Amérique, démons qui ont fait des guerres désastreuses en Syrie, en Libye, en Irak, qui en soutiennent d'autres au Yémen, qui persécutent le Venezuela, et ainsi de suite.
Vous croyez deux secondes qu'un rimbaldien peut accepter cela, un vrai rimbaldien !

samedi 9 avril 2022

Une vidéo avec un peu de vérité sur le Donbass


Il y a des "rimbaldiens" qui m'ont envoyé des mails avec leurs messages de soutien à l'Ukraine. J'ai envoyé tout ça en courrier indésirable et expéditeurs bloqués vite fait !