mardi 5 janvier 2021

"Ce qui retient Nina" et "Les Mains de Jeanne-Marie", d'autres sources chez Musset !

Comme je l'ai dit récemment, la succession de sizains avec une organisation des rimes qui varie est une spécificité de Musset reprise par Banville. Les modèles de la série des Cariatides "Ceux qui meurent et ceux qui combattent" vient des poèmes "Namouna" et "Une bonne fortune". Mais, d'autres choses à intéressantes sont à relever. Critique violente d'un Gautier qui quitte le rang de poète voyant dans l'estime de Rimbaud pour rejoindre Musset, le poème "Les Mains de Jeanne-Marie" s'inspire peut-être bien du poème "A Juana" de Musset. Et puisqu'il est pas mal question du modèle de la "Chanson de Fortunio" pour les poèmes "Ce qui retient Nina" et "Mes Petites amoureuses", pourquoi ne pas relire "A quoi rêvent les jeunes filles ?" poème dramatique dont deux personnages sont les jumelles Ninon et Ninette. Il sera question aussi de "Credo in unam" et même du poème "Le Forgeron". Bref, sautons à pieds joints dans cette nouvelle exploration.
J'ai eu la chance de remettre la main sur mon volume des Poésies complètes de Musset, celle en Livre de poche par Frank Lestringant qui est beaucoup plus complète que celle dans la collection "Poésie Gallimard" dans laquelle il manque plusieurs compositions, notamment plusieurs comédies en vers, mais pas seulement. L'édition de Lestringant a aussi l'intérêt de nous offrir les recueils d'origine Contes d'Espagne et d'Italie ou Un spectacle dans un fauteuil.
Ce que je cherchais dans un premier temps, c'était les modèles de la série "Ceux qui meurent et ceux qui combattent" des Cariatides. Je savais que le sizain sur deux rimes avec une distribution irrégulière strophe après strophe venait de plusieurs poèmes de Musset et je savais aussi que le premier sizain de la série banvillienne imitait la manière de lancer le récit des poèmes de Musset.
Administrons-en la preuve. Il nous faut évoquer deux poèmes "Namouna" et "Une bonne fortune". Le poème "Namouna" est cité par Rimbaud dans la lettre à Demeny du 15 mai 1871. Et il convient de citer ce passage :
Musset est quatorze fois exécrable pour nous, générations douloureuses et prises de visions, - que sa paresse d'ange a insultées ! Ô ! les contes et les proverbes fadasses ! Ô les nuits ! Ô Rolla, ô Namouna, ô la Coupe ! Tout est français, c'est[-]à[-]dire haïssable au suprême degré ; français, pas parisien ! Encore une œuvre de cet odieux genie qui a inspiré Rabelais, Voltaire, Jean lafontaine, ! commenté par M. Taine ! Printanier, l'esprit de Musset ! Charmant, son amour ! En voilà, de la peinture à l'émail, de la poesie solide ! On savourera longtemps la poesie française, mais en France. [...]
J'ai cité le texte tel qu'il est établi par Gérald Schaeffer à la page 142 de son édition critique, d'où les orthographes ("c'est a dire", "genie", "poesie") et les caprices de ponctuation ("Jean lafontaine, !").
La critique de Musset se poursuit avec les inspirés de "Rolla", mais je m'en tiendrai à ce passage. L'expression "En voilà, de la peinture à l'émail" fait quelque peu songer au titre de Gautier : Emaux et camées. A la différence de Musset, Gautier est cité favorablement plus loin dans cette lettre en tant que "seconds romantiques" admis comme "très voyants". Mais, en février 1872, Rimbaud a dû changer d'avis, il a eu connaissance du livre Tableaux du siège où Gautier apprécie un peu à la manière de Ludovic Hans les désastres de la guerre franco-prussienne en artiste, tout en critiquant l'insurrection communaliste. Gautier célèbre alors les morts et les désastres de la guerre franco-prussienne en fustigeant les communeux, qu'ils soient vivants ou morts. L'image de la Madone éclairée par des bougies dans "Les Mains de Jeanne-Marie" vient directement du début de l'ouvrage en prose Tableaux du siège récemment publié par Gautier. Et donc dans "Les Mains de Jeanne-Marie, Gautier n'est sans doute plus un de ces méritoires "seconds romantiques" à mettre du côté des poètes "très voyants". Mais, avant de revenir aux "Mains de Jeanne-Marie", je voudrais revenir sur "Namouna" et "Une bonne fortune" et sur la critique de Musset du 15 mai 1871 dans une lettre à Demeny.
Je n'ai plus le volume des Poésies complètes dans la collection "Poésie Gallimard", mais il adoptait la division en deux recueils, l'un de Premières Poésies et l'autre de Poésies nouvelles. Rimbaud a forcément connu cette subdivision nouvelle. En revanche, dans le volume de la collection "Poésie Gallimard", les comédies en vers ont été supprimées. Je me rappelle qu'il n'y figure pas la pièce Les Marrons du feu pourtant intégrées au recueil des Contes d'Espagne et d'Italie de 1830 et il n'y figure pas non plus les pièces en vers du volume de 1833 Un spectacle dans un fauteuil : La Coupe et les lèvres et A quoi rêvent les jeunes filles, alors que "Namouna" figure dans le recueil de Premières poésies concocté en "Poésie Gallimard".
Rappelons les choses. En 1830, Musset a publié précocement un recueil de poésies qui s'intitulait Contes d'Espagne et d'Italie. Ce volume contenait deux poèmes longs "Don Paez" et "Portia" entre lesquels figurait une comédie en vers Les Marrons du feu. Sur le modèle du théâtre en vers de Victor Hugo, et notamment de son Cromwell, la comédie Les Marrons du feu contient par exception quelques vers fort déviants. Le recueil se poursuit par un ensemble poèmes plus courts et se termine par long poème "Mardoche", saucissonné en dizains numérotés, ce qui est visiblement l'origine de l'idée de suite de dizains, mais cette fois en autant de poèmes autonomes, des Promenades et intérieurs de François Coppée.
Un autre recueil était prévu autour d'un projet de poème intitulé "Le Saule", mais celui-ci ne vit pas le jour. En 1840, apparaît donc une sous-section de "Poésies diverses" datée de 1831 avec un reliquat de trois longs poèmes et d'une poignées de poèmes courts, le dernier qui s'intitule "A Juana" renoue précisément avec la veine du premier recueil.
Et en 1833, Musset publie le volume de vers Un spectacle dans un fauteuil qui contient un sonnet d'adresse "Au lecteur", le "poème dramatique" La Coupe et les lèvres précédé d'une "Dédicace" elle-même en vers, de la comédie "A quoi rêvent les jeunes filles ?" et enfin du "conte oriental" "Namouna" divisé en trois chants chacun composé d'une suite numéroté de sizains. Le chant premier est composé de 78 sizains, le second chant l'est de 55 sizains, et le troisième chant de 14 sizains seulement.
Puis, nous avons enfin une section de "Poésies nouvelles" à ne pas confondre avec le recueil suivant de Musset, il s'agit de la section "Poésies nouvelles (1835-1840)" des Premières poésies de Musset, avec une mention un peu erronée puisque "Rolla" remonte à 1833. Cette section contient "Rolla", "Une bonne fortune", "Lucie", les quatre Nuits, la "Lettre à M. de Lamartine", et encore quelques autres pièces.
Sur Internet, le site Wikisource offre une retranscription de l'édition des Premières poésies de 1863, ce qui doit plus correspondre à ce que peut lire Rimbaud à son époque. J'observe plusieurs faits intéressants. Premièrement, le texte des poèmes dramatiques est bien présent : "Les Marrons du feu", "La Coupe et les Lèvres", "A quoi rêvent les jeunes filles ?" Rimbaud n'a pas eu entre les mains l'édition allégée de la collection "Poésie Gallimard", c'est déjà une première évidence. Ensuite, les titres de sous-sections précisés dans le volume de Lestringant n'apparaissent pas. Puis, les poèmes ne sont pas distribués dans le même ordre que dans l'ouvrage de Lestringant, il y a quelques variations. Enfin, et surtout, la section "Poésies nouvelles" a véritablement basculé dans le second recueil intitulé Poésies nouvelles. La position conclusive de "A quoi rêvent les jeunes filles ?" et de "Namouna" est ici remarquable.
La comédie A quoi rêvent les jeunes filles ? est l'avant-dernier titre du recueil Premières poésies de Musset. Elle s'étend sur pas loin de quarante pages. Précisons que pour le second recueil Poésies nouvelles de Musset la position conclusive est assurée par un sonnet qui se ponctue très précisément par la mention de Ninon et Ninette. Or, Ninon et Ninette sont les jolies "jeunes filles" jumelles au centre de l'intrigue comique. Qui plus est, Rimbaud a composé un poème qui s'intitule "Ce qui retient Nina". il modifiera ce titre ensuite qui est devenu "Les Reparties de Nina", mais le premier titre avait l'immense intérêt d'entrer en résonance parfaite avec le titre de la comédie de Musset: "A quoi..." versus "Ce qui..." D'un côté, la fuite vers le rêve, de l'autre le fait de se retenir. Dans la comédie, on découvre par touches que Ninon et Ninette sont préoccupées par l'amour, bien qu'elles n'osent guère le dire. Dans "Ce qui retient Nina", face à la déclaration explicite du poète, nous avons un dévoilement final d'une préoccupation bien prosaïque. Par ailleurs, si le poème "Ce qui retient Nina" bascule dans le trivial, nous relevons un vers en ce sens dans la comédie de Musset : "Monsieur, votre habit rose est tout rempli de crotte ;" dans la bouche de Spadille à l'Acte I, scène 2, et d'après Paul de Musset, un vers a eu un certain succès pour sa cocasserie volontaire : "Spadille a l'air d'une oie, et Quinola d'un cuistre." Mais nous pouvons aussi observer qu'en parallèle de l'accumulation maladive et maladroite des images poétiques à la fin de "Ce qui retient Nina", nous avons une fin de comédie (Acte II, scène 6) où Silvio abuse de comparaisons impertinentes, avec une reprise excessive du mot "comme" et cela peu après l'essai d'un cliché présent dans le poème de Rimbaud "Vos lèvres sont vermeilles" :
Votre taille flexible est comme un palmier vert ;
Vos cheveux sont légers comme la cendre fine
Qui voltige au soleil autour d'un feu d'hiver.
Ils frémissent au vent comme la balsamine ;
Sur votre front d'ivoire ils courent en glissant,
Comme une huile craintive au bord d'un lac d'argent.
Vos yeux sont transparents comme l'ambre fluide
Au bord du Niémen ; - leur regard est limpide
Comme une goutte d'eau sur la grenade en fleurs.
L'imagination vagabonde en hors sujet, un peu comme le poète face à Nina dans le poème de Rimbaud qui parle de l'étable, etc.
Rimbaud n'a pas réécrit des passages de cette comédie, à moins de rencontres minimales : "peignoir" à la rime ou "vent vif" (Rimbaud) contre "œil vif" (Musset), mais on comprend aisément qu'il y a un principe d'inversion. Dans la comédie, c'est Ninon et Ninette qui s'exaltent pour la Nature et c'est elles qui attendent l'amour.
                             NINON

Ô fleurs des nuits d'été, magnifique nature !
Ô plantes ! ô rameaux, l'un dans l'autre enlacés !

                             NINETTE

Ô feuilles des palmiers, reines de la verdure,
Qui versez vos amours dans les vents embrasés !
Les vers suivants de Silvio qui ont inspiré Banville à quelques reprises je pense me font aussi fortement penser aux deux sœurs des "Chercheuses de poux" :
Deux corps si transparents attachés par le cœur !
On dirait que l'ânée est l'étui de sa sœur.
Pâles toutes les deux, toutes les deux craintives,
Frêles comme un roseau, blondes comme les blés ;
Prêtes à tressaillir, comme deux sensitives,
Au toucher de la main. - Tous mes sens sont troublés.
Je n'ai pu leur parler, - j'agissais dans la fièvre ;
Mon âme à chaque mot arrivait sur ma lèvre.
Silvio est sans doute lui-même amoureux, mais c'est entre hommes qu'ont lieu les débats à considérations triviales sur le mariage. Laërte explique qu'il est facile de séduire à condition d'être entreprenant, puisqu'une femme est comme un clocher : il suffit, au lieu de lui demander de venir à soi, de se rendre à elle, et, malgré la diversité des caractères, le succès est à peu près garanti. Mais, les femmes savent "être sages" également, "c'est un goût seulement" qu'elles ont d'être conquises. Puis il y a tout de même quelques développement sur le devenir en bourgeois respectable. L'inversion se fonde quelque peu sur le principe de Fortunio, jeune amoureux sincère dans Le Chandelier qui tourne au vieux mari jaloux à la Molière dans l'opéra-comique La Chanson de Fortunio, comme l'explique Glatigny dans sa préface à la réédition de ses recueils en 1870.
Un autre lien qui n'est pas impossible, c'est que si le poète propose à Nina de rire à son amant, Ninon dit à sa sœur Ninette au sujet d'un homme qui l'a embrassée par surprise : "si c'était un amant !"
Toutefois, Rimbaud s'est inspiré pour d'autres poèmes de cette comédie A quoi rêvent les jeunes filles ? Au début de la comédie, Ninon "s'agenouillant à son prie-Dieu" fait une prière en latin. La prière est quelque peu originale. Lestringant nous la traduit en français dans les notes : "Ô Christ ! tandis que fixé à la croix tu tends tes bras au monde, donne-nous d'aimer ta croix, donne-nous de mourir dans ton embrassement." A la fin de la comédie, les deux jumelles veulent se retirer dans un couvent. Nous avons donc une préfiguration de celles qui dans "Mes Petites amoureuses" vont "crerv[er] en Dieu, bâtées / D'ignobles soins !" Dans la comédie de Musset, nous ne sommes d'ailleurs pas loin des "éclanches" puisqu'elles parlent d'élever des moutons.
Le poème "Ce qui retient Nina" date du mois d'août 1870 et c'est à cette même époque, juillet-août, que Rimbaud compose "Le Forgeron", poème où figure le vers suivant :
Puis se boucher le nez quand nous passons près d'eux, (version autographe remise à Izambard)
qui semble prendre pour modèle tels vers de notre comédie de Musset (Acte I, scène 2) :
Ne vous inondez pas de vos flacons damnés ;
Qu'on puisse vous parler sans se boucher le nez ;
Vos gants blancs sont de trop ; on dîne les mains nues.
Chez Musset, c'est le fat bien habillé qui vaut qu'on se bouche le nez. Rimbaud inverse cela en ciblant le mépris pour le peuple crasseux. Par ailleurs, dans A quoi rêvent les jeunes filles ? le duc Laërte confie à Silvio qu'il lui importerait peu de marier sa fille à un saltimbanque. C'est assez intéressant dans la mesure où Rimbaud écrit au mois de mai 1870 à Banville, puis qu'à la fin de l'année 1870, les tercets de "Rêvé pour l'hiver" réécrivent un sizain de "A une Muse folle" poème terminal des Cariatides dans la version originale, puis les tercets de "Ma bohême" réécrivent un sizain du "Saut du tremplin", poème final des Odes funambulesques. Le funambule est un homme de cirque qui en particulier marche sur une corde tendue avec un balancier. Le poème "La Corde raide" de Banville évoque cet instrument du funambule de cirque, le "tremplin" est bien évidemment à comprendre comme un accessoire de funambule et il faut ajouter qu'en 1859 un français surnommé "Blondin" a traversé le premier les chutes du Niagara sur une corde tendue, ce qui entre sans doute en résonance avec un aspect funambulesque ironique du poème en vers libre "Mouvement" des Illuminations dont le premier vers décrit le passage d'un train le long de chutes : "Le mouvement de lacet sur la berge des chutes du fleuve[.]"
Des vers de la comédie A quoi rêvent les jeunes filles ? font encore écho à certains vers de "Roman". Il faut justement préciser que l'idée d'un roman dans la tête des jumelles Ninette et Ninon revient plusieurs fois dans la pièce. Par exemple, on peut citer le vers suivant : "Quel roman lisiez-vous, Ninon, cette semaine ?" (Acte II, scène 3) ou (Acte II, scène 1) "Mes filles n'ont, monsieur, que de très bons romans." Mais nous observons aussi la présence de "tilleuls". Rimbaud a toutefois repris son hémistiche "Les tilleuls sentent bon" à une poésie de Coppée, mais il existe un roman célèbre d'Alphonse Karr Sous les tilleuls paru en 1832, et les "tilleuls" ne manquent pas dans cette comédie publiée dans le Spectacle dans un fauteuil de 1833 : "Et l'ombre des tilleuls passer sur mes bras nus ?"
Je me demande en passant le lien possible entre ce vers de Musset : "Pourquoi ? mon Dieu ! je tremble en te voyant trembler[,]" et une phrase du roman La Mare au diable de Sand que je cite de mémoire : "La petite Marie tremblait, mais comme il tremblait encore davantage il ne s'en apercevait pas." 
Mais j'ai en tout cas encore le passage suivant qui me paraît intéressant à rapprocher d'un vers célèbre du poème "Roman" :
Ah ! si vous compreniez ce que c'est qu'une lettre !
Une lettre d'amour lorsque l'on a quinze ans !
Enfin, dans la mesure où la pièce a quelque chose du Songe d'une nuit d'été, le père des jumelles Ninon et Ninette n'est autre qu'un certain duc Laërte. Le nom Laërte vient de la mythologie grecque, on pense surtout au père d'Ulysse, éventuellement au père d'Œdipe. Mais, Shakespeare a repris ce nom pour en faire le frère d'Ophélie dans Hamlet. "Ophélie", c'est le titre d'un poème de Rimbaud dont l'héroïne a des visions comparables quelque à Ninon et Ninette s'exaltant dans cette comédie. Et la question se pose de l'influence de Musset sur "Credo in unam". Il y a une influence de vers de "Rolla" notamment, mais on sait aussi que "Credo in unam" ne respecte pas le strict principe des rimes suivies. A la fin du poème, nous avons une rime croisée, qui a été commentée dans son effet de sens par Benoît de Cornulier et qui a été également commentée pour sa position tactique en haut de la page manuscrite envoyée à Banville :
Par la lune d'été vaguement éclairée,
Debout, nue, et rêvant dans sa pâleur dorée
Que tache le flot lourd de ses longs cheveux bleus,
Dans la clairière sombre où la mousse s'étoile,
La Dryade regarde au ciel mystérieux...
- La blanche Séléné laisse flotter son voile,
Craintive, sur les pieds du bel Endymion,
Et lui jette un baiser dans un pâle rayon...
Cette coquinerie métrique, osée à deux égards, est reconduite dans le manuscrit de "Soleil et Chair" remis à Demeny quelques mois plus tard.
J'ignore tout des travaux éventuels sur des corruptions de ce genre dans les poèmes en rimes suivies. Et pour en relever, il faudrait de patientes enquêtes. Ceci dit, les poèmes de Musset sont un excellent terrain d'investigation et la comédie A quoi rêvent les jeunes filles ? est censée appliquer le principe des rimes suivies précisément.
Dès le début de la première scène de l'Acte I, Musset force l'inclusion de vers latins entre les deux parties d'un alexandrin. Mais il imite en cela une pratique plus audacieuse encore d'Hugo dans Cromwell et ce n'est pas cela que nous cherchons maintenant.
En revanche, à plusieurs reprises dans cette pièce, Musset renonce aux rimes suivies et osent quelques rimes croisées. C'était le cas dans des vers cités plus haut de Ninette et Nina lançant des exclamations d'amour à la Nature, mais ce relevé ne compte pas car la distribution des paroles d'un personnage à l'autre permet d'accepter la variante lyrique du procédé. Cependant, les rimes croisées sont partout dans la pièce. Nous en avons un premier groupe qui précède même les vers en latin et un second groupe qui le suit immédiatement. En fait, tout le début de la pièce, le mélange des rimes plates, croisées et embrassées est important. Toutefois, Musset finit par privilégier le principe plus simple des rimes suivies, disons à partir de la scène 2 de l'Acte I, et, dès lors, les non respects deviennent des faits plus remarquables, plus saillants, bien qu'ils soient encore relativement nombreux.
Si vous en voulez un exemple, relisez plus haut le passage où Silvio parle des jumelles "craintives" et "sensitives" et vous y verrez le décrochage avec la rime "blés"::"troublés".

J'en ai assez dit pour cette fois au sujet de cette comédie, mais comme "A quoi rêvent les jeunes filles ?" et "Namouna" sont à la fin du recueil des Premières poésies, un autre idée me vient à l'esprit. Le poème "Les Premières communions" adopte une forme de sizain quelque peu liée à la pratique initiée par Musset dans "Namouna" et en même temps le thème parle des rêves d'une jeune fille, mais en l'infléchissant du côté des tourments causés par l'intériorisation de la culpabilité au plan religieux. J'observe aussi que quand Rimbaud conspue "ô Namouna, ô la Coupe", il le fait au nom de "générations douloureuses et prises de visions", ce qui correspond à la jeune communiante du poème de juillet 1871. Le mot "douleur" est même le dernier du poème :
Christ ! ô Christ, éternel voleur des énergies
Dieu qui pour deux mille ans vouas à ta pâleur
Cloués au sol, de honte et de céphalalgies
Ou renversés les fronts des femmes de douleur.
Le poème "Les Premières communions", si on s'en fie à sa datation manuscrite "Juillet 1871", a été composé deux mois après la lettre du 15 mai 1871. Il ne faut évidemment pas considérer que Rimbaud ne lit plus Musset et ne s'en inspire plus après sa lettre à Demeny.
Pour précision, seul le début du poème "Les Premières communions" est en sizains. Rimbaud opte ensuite pour les quatrains. Toutefois, les sizains sont sur deux rimes selon le modèle ABABAB rarissime. Mais le dernier sizain des "Premières communions" désordonne la distribution des rimes, ce qui a été commenté par Cornulier, notamment au plan de l'allusion à la danse. Il faut aussi remarquer la distribution typographique de ce sizain final où la désordre des rimes permet aussi de justifier une modulation en quintil ABAAB ponctué d'un monostiche isolé B.
Je cite le premier sizain des "Premières communions" dont j'estime depuis longtemps que le premier vers a été imité par Verlaine, en tant probablement que phrasé rimbaldien type, dans son poème des Romances sans paroles "Chevaux de bois" :
C'est ravissant comme ça vous saoule
D'aller ainsi dans ce cirque bête :
[...]
Voici ce premier sizain, dont l'organisation des rimes ABABAB est respectée dans les cinq sizains suivants :
Vraiment, c'est bête, ces églises des villages
Où quinze laids marmots, encrassant les piliers
Ecoutent, grasseyant les divins babillages,
Un noir grotesque dont fermentent les souliers :
Mais le soleil éveille, à travers des feuillages
Les vieilles couleurs des vitraux irréguliers.
Je cite maintenant le septième sizain qui rompt le modèle :
Cependant le Curé choisit pour les enfances
Des dessins ; dans son clos, les vêpres dites, quand
L'air s'emplit du lointain nasillement des danses
Il se sent, en dépit des célestes défenses,
Les doigts de pied ravis et le mollet marquant.

- La Nuit vient, noir pirate aux cieux d'or débarquant.
Le poème va comporter un ultime sizain qui va reprendre le modèle ABABAB, mais un sizain qui est isolé dans une séquence numérotée II, avant que le poème à la séquence III n'offre désormais une suite de quatrains., le principe des rimes croisées ne rendant pas ou guère sensible l'altération strophique pour les oreilles.
Cette unique altération fait un peu songer au cas de "Credo in unam" puisque dans les deux cas l'idée d'une influence de la versification libertine de Musset est prégnante.
Toutefois, le modèle suivi par "Les Premières communions" invite à privilégier les poèmes où le sizain ABABAB prédomine, à commencer par "Namouna" et "Une bonne fortune" de Musset. Ensuite, il convient de se reporter à certains poèmes de Banville, et en tout cas à la série des Cariatides "Ceux qui meurent et ceux qui combattent".
Le poème "Namouna" clôt le volume de 1833 Un spectacle dans un fauteuil, mais ce n'est pas un poème dramatique. Il porte le sous-titre de "conte oriental". Rimbaud a persiflé l'idée de "contes" chez Musset, mais l'adjectif "oriental" est lui-même une allusion amusée aux Orientales de Victor Hugo et à la mode que cela a pu engendrer à l'époque.
Il ne s'agit pas toujours de chercher des réécritures à partir d'un lien formel. Ce qui rapproche nettement "Namouna" et "Les Premières communions", c'est leur caractère blasphématoire. Et la mention "églises" au pluriel au premier vers du poème rimbaldien ne manque pas d'avoir sa mention au singulier à la rime du premier vers du troisième sizain : "nu comme un mur d'église, / [...]" Face au personnage de Hassan "nu comme un mur d'église", Rimbaud dresse les "églises des villages" qui sont des "granges" rendues "respectables" "Par un badigeon d'eau bleue et de lait caillé[.]" face à un "ours bien léché : / Moelleux comme une chatte", nous avons les "garçons / Qui font du genre après messe" et les "filles" "contentes / De s'entendre appeler garces". Hassan sort du "bain", tandis que, malgré les "célestes défenses" le Curé a "Les doigts de pied ravis et le mollet marquant" en entendant les danses des villageois. Chez Rimbaud, la religion est vaincue par "la campagne en rut".
Toutefois, les sizains de "Nanouma" tout en étant sur deux rimes suivent des profils variés. Le premier sizain est de la forme ABABBA. En revanche, le second sizain est sur le moule symétrique ABABAB et le troisième sizain est lui de la forme ABAABB qui est précisément celle du sizain discordant des "Premières communions". Et je voudrais citer ce sizain, car le même découpage des rimes s'accompagne d'un parallèle de position pour un motif. La "jambe et la poitrine" de la lectrice au vers 5 me font songer au vers sur "Les doigts de pied ravis et le mollet marquant." Simple coïncidence ?
Nu comme un plat d'argent, - nu comme un mur d'église,
Nu comme le discours d'un académicien.
Ma lectrice rougit, et je la scandalise.
Mais comment se fait-il, madame, que l'on dise
Que vous avez la jambe et la poitrine bien ?
Comment le dirait-on, si l'on n'en savait rien ?
Et le poème de Musset poursuit en dénonçant la fausse pudeur de cacher qu'on aime se mettre à son aise, etc., sur la nécessité en société de ne pas montrer son pied ni sa jambe, ce qui correspond à l'interdiction pour le curé de montrer à Dieu que sa jambe et ses orteils se mettent à danser. Notons aussi qu'à la rime du sizain XXIV du chant premier, nous rencontrons à la rime l'interrogation : "Vous en avez menti ?" qui fait fortement songer à l'entrevers "Vous avez / Menti..." d'un extrait de poème que Delahaye attribue à Rimbaud pour précisément cette période de juin-juillet 1871 qui concerne "Les Premières communions".
Notons aussi que de loin en loin "Namouna" peut faire songer à certaines métaphores du poème en prose "Conte" des Illuminations et à quelque passage parent dans "Vierge folle", surtout si on y ajoute le persiflage "je ne suis pas un ange !" :
Son cœur est un logis qui n'a plus d'escalier.
Autre point intéressant. Le dernier sizain des "Premières communions", le huitième isolé dans une séquence II, est connu pour sa reprise à la rime de "catéchistes" à "Catéchistes", le mot "tristes" semblant relier la reprise du même mot. Profitons-en pour citer le sizain suivant de "Namouna" avec le mot "catéchisme" à la rime, d'autant que dans le poème de Rimbaud il me semble qu'il y a une idée de paroxysme qu'on pousse dans la reprise de termes.
Bien qu'il traitât l'amour d'après un catéchisme,
Et qu'il mît tous ses soins à dorer son sophisme,
Hassan avait des nerfs qu'il ne pouvait railler.
Chez lui la jouissance était un paroxysme
Vraiment inconcevable, et fait pour effrayer :
Non pas qu'on l'entendît ni pleurer ni crier. -
Je cite maintenant le sizain de Rimbaud :
Le Prêtre a distingué parmi les catéchistes,
Congrégés des Faubourgs et des Riches Quartiers,
Cette petite fille inconnue, aux yeux tristes,
Front jaune. Les parents semblent de doux portiers
"Au grand Jour, le marquant parmi les Catéchistes,
Dieu fera sur ce front neiger ses bénitiers.
Notez que si le sizain de Musset est AABABB, le rapprochement vaut aussi pour la paire de rimes choisies. Les deux rimes de Musset sont au singulier, les deux de Rimbaud au pluriel, mais on a une correspondance (partiellement liée à des suffixes) de "-isme" à "-iste" et un rime en "-er(s)".
C'est précisément à ce moment-là du poème de Musset que le pauvre Hassan est atteint d'une "pâleur extrême" et qu'il reste, malgré un "blasphème", "Sans haleine et sans force" dans les bras de sa "maîtresse". Et suit alors un sizain où les "mille et un madrigaux" font allusion sans doute aux Mille et une nuits et où le dernier vers vaut très précisément la peine d'être cité, avec ce petit verbe de la famille du nom "communions" du titre rimbaldien, et je vais enchaîner avec la citation du sizain qui le suit :
Mais à cette bizarre et ridicule ivresse
Succédait d'ordinaire un tel enchantement
Qu'il commençait d'abord par faire à sa maîtresse
Mille et un madrigaux, le tout très lourdement.
Il devenait tout miel, tout sucre et tout caresse.
Il eût communié dans un pareil moment.
 XLVII

Il n'existait alors secret ni confidence
Qui pût y résister. - Tout partait, tout roulait ;
Tous les épanchements du monde entraient en danse,
Illusions, soucis, gloire, amour, espérance ;
Jamais confessionnal ne vit de chapelet
Comparable en longueur à ceux qu'il défilait.
Je vais arrêter là pour l'instant ma recension. Il faudra y revenir en développant les points de rapprochement entre "Namouna" et "Les Premières communions".
Maintenant, je vais me contenter de citer le lien évident entre "Namouna", "Une bonne fortune" et la série de Banville "Ceux qui meurent et ceux qui combattent". Pour signaler à l'attention qu'il reprenait une forme de Musset, Banville a écrit ceci dans son premier sizain :
Ce que je veux rimer, c'est un conte en sixains.
Surtout n'y cherchez pas la trace d'une intrigue.
L'air est sans fioriture et le fond sans dessins.
D'abord, j'ai de tout temps exécré la fatigue,
Puis, je n'ai jamais eu que des goûts fort succincts
Pour l'intérêt nerveux que le vulgaire brille.
Cette adresse aux lecteurs imite directement ce que fait Musset au début de "Namouna" et puis de "Une bonne fortune" :
II

Quoi ! tout nu ! dira-t-on - n'avait-il pas de honte ?
Nu, dès le second mot ! - Que sera-ce à la fin ? -
Monsieur, excusez-moi - je commence ce conte
Juste quand mon héros vient de sortir du bain.
Je demande pour lui l'indulgence, et j'y compte.
Hassan était donc nu, - mais nu comme la main -
Ce qui prédomine dans "Namouna" c'est le discours aux lecteurs. Voici maintenant le début de "Une bonne fortune" :
C'est un fait reconnu, qu'une bonne fortune
Est un sujet divin pour un in-octavo.
Ainsi donc, bravement, je vais en conter une ;
Le scandale est de mode ; il se relie en veau.
C'est un goût naturel, qui va jusqu'à la Lune ;
Depuis Endymion, on sait ce qu'elle vaut.
On comprend par ces liaisons : "je commence ce conte", "je vais en conter une", "c'est un conte en sixains", que Rimbaud n'a pas vraiment besoin de développer une très grande attention pour rapprocher la série banvillienne des deux poèmes de Musset et identifier leurs sizains divers sur deux rimes, avec une tendance au moins chez Banville au sizain ABABAB. "Namouna" est visiblement une source pour le poème "Les Premières communions", mais je vais approfondir plus tard tous ces rapprochements.
En revanche, le poème "La Rivière de Cassis" offre lui aussi un mode de sizains ABABAB avec en plus l'alternance entre vers longs et verts courts.
Or, l'idée d'un rapprochement avec la série banvillienne s'offre deux belles entrées intéressantes. Premièrement, le titre de la série "Ceux qui meurent et ceux qui combattent" a du sens si on rapproche "Les Corbeaux" et "La Rivière de Cassis". Dans un cas, il est question d'une prière pour "ceux qui meurent", pour ceux qu'au fond du bois enchaîne la défaite sans avenir, et dans l'autre cas, nous avons le passant inspiré par le paysage qui s'en va plus courage avec cette sollicitation à faire fuit le paysan matois. Ensuite, le poème "La Rivière de Cassis" n'est composé que de trois sizains, et ses deux derniers sizains ont des rimes fort proches du modèle de deux sizains successifs dans la série banvillienne, et il faut noter qu'on retrouve le lien à la Musset "Après avoir conté..." :
Après avoir conté sa jeunesse si franche
Pleine d'enthousiasme et de rêves touchants,
Amoureuses des bois, de la nuit et des champs,
Et de l'oiseau craintif qui chante sur la branche,
Il lui parlait de l'homme, et disait ce qui tranche
Les fils de soie et d'or de l'amour et des chants.

Il lui disait comment, après des nuits de joie
Où l'amour étoilé semble un firmament bleu,
On s'éloigne à pas lents de la couche de soie,
Emportant dans son cœur la jalousie en feu,
Et comment à genoux, quand ce spectre flamboie,
On frappe sa poitrine, en criant : "O mon Dieu !"
Je vais citer les deux derniers sizains de "La Rivière de Cassis" et même si les vers ne semblent ne pas devoir être rapprochés au plan du contenu, ce qui est remarquable c'est qu'on passe de l'assonance en "an" du poème de Banville à la confusion rimique avec variante orthographique "an"::"en" dans le poème de Rimbaud, et puis les rimes "oie" et "eu" sont reprises dans le même ordre mais partiellement au pluriel de rime dans le dernier sizain :
Tout roule avec des mystères révoltants
         De campagnes d'anciens temps :
De donjons visités, de parcs importants :
          C'est en ces bords qu'on entend
Les passions mortes des chevaliers errants :
           Mais que salubre est le vent !

Que le piéton regarde à ces claires-voies :
            Il ira plus courageux.
Soldats des forêts que le Seigneur envoie,
            Chers corbeaux délicieux !
Faites fuir d'ici le paysan matois
             Qui trinque d'un moignon vieux.
Le hasard a bon dos pour expliquer les rapprochements. Le mot "catéchisme" est à la rime dans "Namouna" source probable aux sizains des "Premières communions" et ici l'assonance en "an" de rimes pourtant bien distinguées dans un sizain de Banville semble avoir sa transposition dans un sizain où la rime est anéantie ou seulement préservée par une astuce orthographique non légitime en poésie classique. Et dans la suivant sizain, il y a identité de rimes entre les deux poèmes si on peut dire. Dans les deux extraits de deux sizains chacun, il est question de voir, de reprendre courage et d'interroger sa foi intime.
Le premier sizain de "La Rivière de Cassis", je le rapproche de plusieurs passages de la série "Ceux qui meurent et ceux qui combattent" de Banville, à cause de la rime "étranges"::"anges", et parmi ces passages il y a un sizain de Banville qui figure seulement un sizain après les deux que je viens de citer :
Je veux croire à l'amour, à la nature, à l'ange,
Croire au baiser limpide, au serrement de main,
Au rhythme harmonieux, au nectar sans mélange,
Aux amantes qui font la moitié du chemin,
Et penser jusqu'au bout que leur blonde phalange,
En nous quittant le soir espère un lendemain.
Et je ne résiste pas à l'envie de citer le premier vers du sizain qui enchaîne : "Je croirai que le monde est une grande auberge"...
J'approfondirai tout cela ultérieurement, mais je pense que le fait que j'enchaîne les remarques troublantes, au lieu de les présenter isolément, devrait faire réfléchir les lecteurs.
J'en viens maintenant au dernier point. Gautier est connu pour ses poèmes exaltant l'Espagne et cela en fait un héritier du Musset des Contes d'Espagne et d'Italie. Dans "Les Mains de Jeanne-Marie", au vers 4, nous avons une phrase interrogative : "- Sont-ce des mains de Juana ?" que nous lisons forcément en songeant qu'il s'agit d'une parodie de Gautier, mais il convient de penser à une Juana de Musset qui sert de modèle à Gautier. Premièrement, je pense à l'expression à la rime du poème "L'Andalouse" : "sein bruni" (second vers). Mais ensuite, je pense au poème "A Juana" qui ne fait pas partie directement des "Contes d'Espagne et d'Italie" mais qui fait partie d'une sous-section de "Poésies diverses" de 1831 et qui, même si les titres de sous-sections ont disparu, figurent parmi les poèmes de couleur hispanisante des Premières poésies dans le volume de 1863. Le poème "A Juana" n'est plus du tout en relief, il se perd dans la masse, mais il a la mention "Juana" dans son titre et surtout avec reprise précisément du nom "Juana" il faut citer les vers suivants :
Quand un cœur vous a contenue,
Juana, la place est devenue
Trop vaste pour un autre amour.
Je n'ai fait aucune recherche avec un mot clef aussi banale que celui de "place". Certes, le nom "Juana" me mettait en alerte au sujet des "Mains de Jeanne-Marie", mais c'est spontanément que les trois vers qui précèdent m'ont fait penser aux deux suivants de Rimbaud :
Le dos de ces Mains est la place
Qu'en baisa tout Révolté fier !
Dans le même ordre d'idées, le poème en rimes suivies d'Un coeur sous une soutane qui se termine par une clausule brève "Comme hirondelle" instinctivement je le perçois comme l'inversion d'une astuce de Musset dans "Conseils à une parisienne", poème contenu dans Le Diable à Paris, ouvrage cité par Rimbaud en août 1870 même :
Quand on est coquette, il faut être sage.
                  L'oiseau de passage,
                  Qui vole à plein coeur,
Ne dort pas en l'air comme une hirondelle
                 Et peut, d'un coup d'aile,
                 Briser une fleur.
Voici la pièce moins bien connue qui figure dans Un cœur sous une soutane :

Ne devinez-vous pas pourquoi je meurs d'amour ?
La fleur me dit : salut : l'oiseau me dit bonjour :
Salut : c'est le printemps ! C'est l'ange de tendresse ?
Ne devinez-pas pourquoi je bous d'ivresse ?
Ange de ma grand'mère, ange de mon berceau,
Ne devinez-vous pas que je deviens oiseau,
Que ma lyre frissonne et que je bats de l'aile
                 Comme hirondelle ?...

***

Baudelaire : "Quoi ? Hugo, Banville, Glatigny ! Et maintenant, même le "quatorze fois exécrable" Musset passe avant moi, le "vrai dieu" ! Le respect est mort."

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