dimanche 13 septembre 2020

Un article en ligne offrant une source fiable au poème "Michel et Christine"

Je me suis rendu sur la page du site d'Alain Bardel pour voir un peu les articles d'actualité qu'il pouvait référencer. Les articles sur le Panthéon pour Rimbaud et Verlaine, je me suis exprimé de mon côté, je n'ai pas envie de les lire, je préfère parler de leurs poèmes. Les interventions à la radio de Sylvain Tesson, je ne les ai pas suivies de toute façon. Et l'éditeur d'un nouveau tirage de la biographie de Rimbaud faite par Lefrère, je n'ai aucune envie particulière de le panthéoniser, il m'est indifférent. J'ai un peu regardé la liste des gens qui ont signé la pétition pour que Rimbaud et Verlaine finissent au Panthéon, c'est éloquent !

Passons!
En revanche, je suis tombé sur un article signé Circeto Rimbaud : Michel et Christine (la suite). C'est la première fois que je tombe sur un article de critique littéraire de la part de Circeto, ou en tout cas sous ce nom, puisqu'il a très bien pu signer des articles sous d'autres noms et pseudos. Je me suis toujours demandé son lien avec celui qui a publié dans la revue Europe l'article sur la seconde version du vers inédit des "Veilleurs" cité par Mirbeau par exemple, mais peu importe, tout ce qui doit rester c'est la recherche littéraire. Circeto était intervenu sur le tard sur la question de la photographie, il a notamment dénoncé l'évident problème mathématique des techniques d'identification faciale à partir de mesures entre quelques vagues points de comparaison. Il a poursuivi également les articles sur l'identification de tous les personnages, mais ça ne m'a pas intéressé. Pour moi, la photographie est tombée et je pense aussi qu'il y a un gros travail à faire sur le cas Bidault de Glatigné, mais une fois qu'il était établi que Rimbaud n'était pas sur la photographie je n'avais aucune envie de poursuivre des recherches. Dans 50 ans, on voudra avoir des précisions sur les photographies authentiques et surtout sur les poèmes, mais la photographie tout le monde s'en fichera. Je n'ai du coup même pas lu les articles de Circeto qu'il a rassemblés sur son site. Je vais peut-être le faire prochainement, mais juste histoire de les avoir lus.
Je n'ai pas trouvé le sommaire permettant de trouver des articles sur son blog sans tout faire défiler avec la souris, mais donc l'article intéressant est en deux parties.
Il y a d'abord un article daté du 31/07 intitulé "Rimbaud : Michel et Christine" et puis cet autre référencé sur le site d'Alain Bardel et daté du 02/08 "Rimbaud : Michel et Christine (la suite)".



Mais avant d'en parler, je remarque la présence de deux articles qui servent quelque peu à justifier le changement de direction du blog. Je lis d'abord l'article "Intermezzo" que je ne vais pas commenter. Circeto pense ce qu'il veut de mes articles et de tous ceux qu'il englobe sous l'étiquette d'exégètes. Je considère qu'il se trompe et qu'il fait un blocage, mais c'est son histoire, puis c'est basé sur des clichés sempiternels, ça ne sert à rien de combattre ce sketch qui est aimé des amateurs de Rimbaud, ça n'a aucun intérêt. Ensuite, il y a l'article intitulé "Transition" où là il me casse franchement du sucre sur le dos. Bon, il a le droit de ne pas aimer ce que je fais. Pour "L'homme juste", je ne savais pas qu'il s'était réjoui de mon élucidation du manuscrit, puisqu'à l'époque quand j'ai expliqué qu'il était écrit "ou daines" et non "à bedaines", "à fredaines", etc., il m'avait répondu sur le mode "tu crois ce que tu crois avoir déchiffré, t'es qu'un comique" : "ça me fait une belle jambe." Ma susceptibilité se réjouit de voir qu'il a fait bouger les lignes de ses certitudes. Je précise tout de même qu'à l'heure actuelle il n'existe aucune édition des œuvres de Rimbaud avec la leçon manuscrite correcte. Soit on maintient ce qui se faisait avant : les crochets ou la leçon "à bedaines", soit on oublie que j'ai justifié la lecture "Nuit" pour le vers suivant, leçon proposée comme une hypothèse par Murphy, mais le but n'est pas de rester dans la conjecture, le but est d'établir le texte avec certiture, et je dis que les leçons sont "ou daines" et "Nuit". Je trouve très piquant de constater que Circeto qui combat la subjectivité des interprétations prétend me féliciter sur l'objectivité d'un déchiffrage, puisque depuis mon intervention les autres façons d'évoquer la solution pour le manuscrit de "L'Homme juste", c'est d'estropier ce que j'ai rapporté. On m'attribue non pas d'avoir déchiffré "ou daines", mais d'avoir déchiffré ", de daines", ou bien "d'aines", et en traitent cela de... conjecture.
Au moins, Circeto sera la cinquième personne à se prononcer en faveur de ce déchiffrage toujours considéré comme subjectif par l'écrasante majorité des rimbaldiens qui sont tous restés parfaitement silencieux ou m'ont enfermé dans la conjecture, en déformant qui plus est mon déchiffrage.
Circeto me reconnaît aussi la découverte de ce qu'il appelle "les bases parodiques" des "Hypotyposes saturniennes ex Belmontet". La façon d'écrire est surprenante, car Circeto parle d'un constat objectif ensuite. En effet, le montage est parodique, mais il s'agit d'un ensemble de citations à peu près telles quelles. Du coup, là encore, c'est assez piquant, car Circeto est plutôt ramené à ses propres limites. Il n'admet le résultat que quand il ne demande aucune opération intellectuelle. J'ai identifié deux montages de citations pour "Vieux de la vieille" et "Hypotyposes saturniennes ex Belmontet", je montre ce qui a été repris tel quel, tout le monde acquiesce.
Les exemples furent ainsi très mal choisis, car l'ironie de Circeto se retourne contre lui.


Je précise au passage que sur l'Album zutique j'ai fait remonter d'autres sources parodiques. Le cas du quatrain "Lys" est intéressant, car si j'en crois la rigueur positiviste à laquelle Circeto prétend, il ne peut être convaincu de ma source avec exploitation du mot "étamines" à la rime. Au fait, depuis plusieurs années, un article est en attente de publication où j'apporte à mon tour une fournée de sources pour le "Sonnet du Trou du Cul" et pour l'ensemble des poèmes en vers d'une, de deux ou trois syllabes.
Enfin, bref ! Admettons que Circeto consente à me reconnaître un peu plus d'apports que les deux qu'il exhibe comme convaincants, il n'en reste pas moins qu'il me méprise assez ouvertement et qu'il prétend aussi épingler des trucs assez douteux dans mes rapprochements. Certes, il m'est arrivé d'en faire trop, surtout sur les forums de jadis (poetes.com ou mag4.net), mais pour ce qui est de mes articles sur les blog Rimbaud ivre et Enluminures (painted plates) il fera tout de même face à une sacrée épure.
Ensuite, pour les sources hugoliennes, comment dire ? Je ne suis sans doute pas tout seul. Plusieurs intertextes avaient été proposés à partir d'une édition de La Légende des siècles postérieure à la carrière de Rimbaud. Pour le premier vers de "Qu'est-ce pour nous, mon Coeur,...", ma découverte a dû être rétrocédée en tant que découverte de Steve Murphy, qui en avait fait état dans sa thèse publiée en 1986. Je n'ai jamais lu cette thèse, mais une note de Benoît de Cornulier indique que dans cet ouvrage ma découverte sur l'incipit du quatrième poème des Feuilles d'automne a déjà été faite, sachant que je plaide pour une exploitation d'ensemble du poème hugolien par rapport au poème de Rimbaud.
Pour "marais" et "ultramarin", Circeto n'est pas convaincu. Mais, en ce qui concerne "Le Bateau ivre", je rappelle que depuis longtemps les poèmes "Pleine mer" et "Plein ciel" étaient envisagés comme des sources importantes du "Bateau ivre", que cette conviction avait reculé et cédé devant une autre : "Voyelles" réécrirait "Les Correspondances", "Le Bateau ivre" "Le Voyage" du même Baudelaire et, d'après Murphy, "Famille maudite" ou "Mémoire" aurait à voir avec "Le Cygne". Or, dans mon article sur "Le Bateau ivre", je confirme l'importance de "Pleine mer" et "Plein ciel" en tant que sources dans la mesure où je montre que des vers précis de Rimbaud sont des démarcations de vers de ces poèmes-là précisément. Et visiblement il y a eu des ouvrages pour faire le tri dans mes propositions et dire que sur ce point-là j'avais raison.
Après, Circeto est convaincu que le sens que je donne à ces rapprochements, c'est de l'interprétation et beaucoup de vacuité. Je ne sais pas si Circeto a une dent contre moi, mais bon on verra la suite...
Un truc que je ne peux pas laisser passer, c'est sur les "strideurs". C'est un mot rare et je souligne le couple qu'il forme avec "clairon", dans le corps d'un alexandrin, base non négligeable mais négligée par Circeto. Or, en même temps, il m'attribue d'avoir fait le lien avec un poème de Philothée O'Neddy. C'est faux ! Cette découverte a été le fait d'Antoine Fongaro, professeur d'université à l'université de Toulouse le Mirail. Je ne l'ai pas connu. Un jour, quand Antoine Fongaro avait des exemplaires gratuits à diffuser de son livre chez Champion sur les Illuminations, il m'en a envoyé un exemplaire, mais l'adresse était erronée et je n'ai jamais reçu ce livre et ne connaissant pas l'adresse de Fongaro je ne lui ai pas écrit. Fongaro est un rimbaldien très controversé, car ses articles étaient assez rentre-dedans et froissaient les susceptibilités de tout le monde. Il paraît aussi qu'une partie de ses découvertes étaient en réalité des propositions de ses élèves faites en classe qu'il récupérait ensuite. Ceci dit, c'était réellement un chercheur de sources qui en a ramené un paquet. Malheureusement, il prêtait un sens réducteur aux poèmes, surtout aux derniers vers. Or, c'est au début des années 1990 je crois, quand moi je n'existe pas en tant que rimbaldien, forcément, qu'il a établi le rapprochement entre le vers de "Voyelles", le vers de "Paris se repeuple" et le vers de "Spleen" de Philothée O'Neddy. On a le couplage "strideur" et "clairon" avec des variantes pour le singulier et le pluriel. Notons au passage qu'à l'époque Fongaro s'était amusé à écrire, bien avant Circeto, qu'il ne fallait pas désespérer de trouver ce mot-là chez Hugo, car il y a tout chez Hugo.
Circeto croit intelligent de dauber ce rapprochement qu'il me prête. Grand bien lui fasse ! Moi, je trouve la coïncidence trop importante, c'est sans doute dû à mes problèmes de subjectivité et d'interprétation. Puis, il y a quelques années, Jacques Bienvenu qui, apparemment, fait des recherches par mots clefs en s'aidant d'internet, et qui n'aime pas du tout ma lecture de "Voyelles" visiblement, a trouvé le lien dans un texte de Buffon sur la mort du cygne. La présence des deux mots "strideur" et "clairon" a l'intérêt d'être enchâssée dans un alexandrin dans le cas du poème de Théophile Dondey. J'ai le malheur de ne pas croire à une abondance de coïncidences, je ne crois pas qu'il vient d'un délire de subjectivité et de tendance cavalière à l'interprétation galopante de considérer que le plus probable c'est que Buffon a inspiré le rapprochement des deux mots à O' Neddy où il est question de fête du dernier soupir, donc de chant du cygne, puis que Rimbaud s'est inspiré de ce vers d'O'Neddy quand il a composé "Paris se repeuple" sans même savoir que Buffon était la source du vers du "Spleen" de Feu et flamme. Il est évidemment question aussi de chanter en mourant dans le cas de "Paris se repeuple". Puis, quand il a composé "Voyelles", Rimbaud a repris des images de poèmes clairement communards : "Paris se repeuple" et "Les Mains de Jeanne-Marie". Je laisse à Circeto la responsabilité de penser avec la majorité, sinon la totalité des rimbaldiens, connus et non connus, de penser que ma lecture de "Voyelles" est une énorme foutaise de foutraque. Mais faudra-t-il encore croire par ailleurs que nous avons des inventions spontanées indépendantes les unes des autres ? Puis, je ne répondrai rien à cette constante de Circeto qui veut que les sources affaiblissent le mérite des poètes. Rimbaud prendrait à Hugo et à O'Neddy parce que c'est facile, parce qu'il manque d'inspiration et qu'il a envie de terminer rapidement son poème pour aller se saouler la gueule. Il y a des articles de Murphy sur le sujet si Circeto, comme les autres finalement, n'a d'estime que pour les voix autorisées. Il finira peut-être par comprendre la logique de réécriture à laquelle s'abandonnaient complètement Rimbaud et même quelques autres.
Enfin, bref.

Passons au sujet du jour. J'ai donc lu avec intérêt les deux parties de la nouvelle étude de Circeto sur "Michel et Christine". Je ne considère pas que les rimbaldiens ont ignoré la nuance, je crois même que plusieurs l'ont écrit que c'est le titre lui-même qui provoque l'épouvante du poète. Il n'en restait pas moins que le titre ne suffisait pas et qu'il était désespérant de ne pas pouvoir se nourrir plus du texte de ce fameux vaudeville. Au passage, dans un bref article de la revue Parade sauvage, Murphy a cité aussi les abréviations de Christine en "Christ." au plan des didascalies. Ce qui restait en effet, c'était le sentiment qu'il n'y avait pas de passages qu'on pouvait rapprocher nettement. Du coup, le vaudeville ne permettait qu'un rapprochement ténu au plan des idées, rapprochement ténu qui, en effet, est difficile à étayer, à établir comme une certitude de lecture objective, etc. La recherche donc de Circeto a payé, et on peut remarquer qu'elle a quand même été orientée par la certitude que le titre de Scribe attestait qu'il y avait quelque chose à débusquer de ce côté-là. Circeto m'en voudra. Pour l'instant, c'est avec la force d'auto-persuasion d'un maniaque de la subjectivité interprétative que je pense que le texte qu'il exhibe est bien la source insoupçonnée qui nous avait échappé jusqu'à présent. Je vais donc moi-même lire les œuvres sur lesquelles il a attiré mon attention. Au passage, je rappelle que quelqu'un avait donné une source "douaisienne" au mot "abracadabrantesques", ce que j'avais fait remonter dans un article, mais cette source est considérée comme tellement méprisable, bien plus que Philothée O'Neddy que vomit Circeto, ce qui fait que je subis un lourd problème d'intimidation qui m'empêche de publier pour l'instant un article sur le sujet, ce serait un coup dans l'eau. Mais bon, délirons, délirons, il en restera quelque chose un jour ou l'autre, puisque c'est ainsi que ça marche.
Je voulais toutefois rajouter un truc. Il se trouve que cet été, tout récemment, j'ai justement évoqué un lien qui unirait les poèmes "Jeune ménage", "Juillet", "Michel et Christine" et "Famille maudite". Or, dans son article, je suis frappé de voir que Circeto pense aussi à "Jeune ménage", peut-être sans vraiment y croire, mais il prend la peine d'évoquer l'idée d'un lien possible à un texte de Scribe. Il est question allusivement de La Dame aux camélias, pièce du répertoire et roman, dans Une saison en enfer, allusion proche de la section "Alchimie du verbe" et contenue dans la section sur la "Vierge folle". Et cette allusion est flanquée d'une liste de prénoms et noms à valeur iconique, à condition de les identifier. Par ailleurs, sur "Juillet", j'avais fait une identification de l'Henriette à partir de poèmes de Verlaine, et en réalité cette identification avait été faite par Benoît de Cornulier, peu auparavant, ce qui m'avait échappé. J'ose croire que Circeto ne trouvera pas délirant ce rapprochement fait par Cornulier, puis par moi-même, à partir d'un poème de Verlaine écrit selon toute vraisemblance du temps du compagnonnage avec Rimbaud. Le poème de Verlaine est bien connu et bien apprécié (pour parler comme le Pauvre Lélian), il s'agit de "Images d'un sou". Les exégètes pleins de morgue subjective que nous sommes avons bien sûr déjà sursauté à la lecture très rimbaldienne qu'on peut faire des vers 5 et 6 :

La Folle-par-amour chante
Une ariette touchante.
On songe au "Kiosque de la Folle par affection", non ? Puis, d'autres idées sont égrenées dans les vers suivants avec l'attente de l'épouse délaissée, "La plainte des jeunes filles", tout cela se mélangeant aux oiseaux "sanglots des tourterelles", et on a l'idée de l'appel des Inésilles "à tous sonneurs de guitares". C'est pas la "blanche Irlandaise" et les "bavardages des cages", mais... mais... mais... Et puis, donc on a Damon, Geneviève de Brabant et Pyrame, la mention "De Brabant" est en rejet à l'entrevers. Note au passage : la capitale de Bruxelles est incluse dans la province du Brabant. Il y a d'autres choses à exploiter dans ce poème. Mais Juliette va avec Roméo, Henriette va avec Damon, Geneviève de Brabant avec son seigneur Siffroi (pardon du jeu de mots). Moi et Cornulier partageons l'intuition délirante, mais selon Circeto très toxique et nuisible aux rimbaldiens, que quand le poète dit familièrement "La Juliette, ça rappelle l'Henriette", il est question de la Juliette de Roméo et de l'Henriette de Damon. Précisons que le sujet de la pièce de Shakespeare vient d'Italie, mais le modèle italien est une refonte, comme c'est le cas de Tristan et Yseult, de l'histoire antique grecque de Pyrame et Thisbé. Verlaine cite Pyrame et Damon dans un poème quelque peu contemporain du poème "Juillet" avec sa célèbre Juliette et sa mystérieuse Henriette que Balzac aurait tartiné et dont Gengoux a longtemps pensé qu'elle était un personnage de Molière.
Il y a visiblement tout un pan d'implications à déverrouiller complètement pour la compréhension des poèmes "Jeune ménage", "Juillet", "Michel et Christine" et "Famille maudite".
Pour ce qui est de "Juillet" et "Michel et Chrsitine", un rimbaldien, très présent dans le commerce, mais pas du tout mis en avant dans le milieu universitaire, zut j'avais tellement pas de livres de lui que je me rappelle pas spontanément son nom ! ah oui Jeancolas, Claude Jeancolas, Bingo ! Et Bing, la photo à Lucereau ! Jeancolas donc a fait remarquer que les pliures étaient communes aux manuscrits de "Juillet" et "Michel et Christine" et qu'il y avait une tache commune aux deux manuscrits. Les deux poèmes ont en commun d'avoir sept quatrains, même si l'un est en vers de dix syllabes, l'autre en vers de onze syllabes. Ils ont tous les deux un dérèglement comparable dans les rimes. Ils ont tous les deux une implication sur les couples friands d'ariettes. Je m'éloigne ici de la conviction de Cornulier qui, après Fongaro, plaide pour une composition postérieure au drame de Bruxelles, de la fin de 1873 ou de 1874, voire 1875. Je considère que le poème date clairement de 1872 et fait clairement référence au séjour belge cet été-là des deux poètes. "Michel et Christine" est à rapprocher de "Malines" comme l'a montré Steve Murphy, tout comme "Juillet" est à rapprocher du poème "Images d'un sou" comme l'a montré Benoît de Cornulier avant moi, et d'autres, puisque Fongaro au moins a dû déjà citer les vers mentionnés plus haut.
Bref, sujet passionnant. Et, désormais, on peut être reconnaissant à Circeto d'avoir publié sa découverte. Au passage, quelqu'un un jour avait publié une coïncidence entre le premier vers des "Etrennes des orphelins" et deux vers d'une chanson postérieure. Je ne sais pas si c'était un canular, mais en tout cas je n'ai plus cette référence, mais bon ce n'était pas le truc qui allait jeter des lumières inattendues sur un texte. Ici, il en va différemment, j'entends bien creuser tout cela. Après, j'envoie quelques sarcasmes parce que, outre que j'avoue être susceptible, je trouve contre-productive et peu lucide la fin de non-recevoir de Circeto au sujet des interprétations des textes. Il passe à côté de pas mal de choses et il encourage les gens pédants qui ne font aucun effort à se croire meilleurs que ceux qui se posent des questions. On est dans le syndrome du livre de Meurice et de son pote cosmique Olvera. Par charité pour Circeto, je n'identifie pas encore son style à celui du comique sataniste. Si les rimbaldiens brassent du vent selon Circeto, alors il y a une autre réplique. Tous les artistes qui ont fait de Rimbaud leur dieu ou presque, que reste-t-il de leurs avis face à ce que j'écris et face à ce qu'écrivent quelques rimbaldiens bien précis ? Je m'inclus dedans, il y a moi, il y a Steve Murphy, Benoît de Cornulier, Yves Reboul, Bruno Claisse. Certes, il y a boire et à manger dans ces cinq critiques-là, mais je peux énumérer une belle liste de poèmes dont nous maîtrisons désormais la compréhension globale grâce à leurs contributions. D'autres rimbaldiens ont eu des apports précieux mais plus ponctuels, ou bien ils sont plus réputés pour l'analyse de la forme que pour le dégagement du sens, par exemple Michel Murat. Dans les écrits de Fongaro, il y a des tonnes de lectures désolantes, mais aussi pas mal de pépites. Jacques Bienvenu ne s'impose pas de la même façon sur la lecture des textes, mais comme enquêteur et personne capable de mises au point objectives dans des domaines variés il reste redoutable. Mais, bref, Circeto, avec qui tu parles de Rimbaud dans la vie ? Avec Breton ? Avec René Char ? Avec Aragon ? Avec Paul Valéry ? Avec Proust ? Oui, ils n'ont pas été des critiques du râtelier universitaire, ils ont été des poètes, des artistes, ils ont produit une oeuvre, c'est vrai. On peut être d'accord qu'il est plus important d'être un artiste qu'un critique littéraire, qu'une découverte en sciences ou en mathématiques c'est plus primordial que d'éclairer le travail d'autrui. Mais ton mépris va trop loin. Tu oublies que tu fais le jeu des vrais mépriseurs irrationnels. Tu pardonnes aux artistes, Bonnefoy et les autres, d'avoir dit n'importe quoi sur Rimbaud parce que tu penses qu'ils ont dit quelque chose avec grâce, ou parce que tu penses qu'ils l'ont dit plus dignement en poètes. Tu m'excuseras, mais les poètes, les GRands POètes, ils n'ont rien compris à Rimbaud. Ces gens que tu méprises, moi et quelques autres, on a fait avancer les choses, on peut aujourd'hui dire beaucoup de choses sur Rimbaud. J'observe que tu n'es pas convaincu par ce que je dis sur "Le Bateau ivre" et "Voyelles", mais ce refus peut perdurer je sais que je vais gagner, et tu ignores les raisons malheureuses du jeu du rimbaldisme qui font que mes deux lectures sur ces deux poèmes ne sont pas citées volontiers. T'as pas remarqué, bien que ce fut évoqué par Bienvenu sur son blog : lors d'un colloque de Venise, Michel Murat a essayé de remettre timidement mon approche de "Voyelles" sur le tapis ? T'as pas pas remarqué que Steve Murphy s'est affermi dans le discours d'affirmation qu'il y a une lecture communarde à la clef dans "Voyelles" ? T'as pas remarqué que "Voyelles" c'est tellement d'enjeux qu'on n'accordera pas la lecture à n'importe qui, surtout maintenant que les échanges de démentis ont eu lieu ? T'as pas remarqué que la lecture d'Yves Reboul, elle n'est pas passée et n'a pas été relancée malgré le colloque de Venise ? T'as pas remarqué à quel point mes écrits ont infléchi tout le discours sur le sonnet "Voyelles" ? Il y a tout de même eu des amorces pour indiquer que mes lectures étaient prises au sérieux, surtout sur "Le Bateau ivre". Pour "Voyelles", tu rejoins cette société qui me conforte dans la bonne opinion que j'ai de moi en tant que lecteur, je vais le prendre ainsi et continuer bien évidemment à montrer que ma lecture n'est pas de la vacuité, jolie boulette sous ta plume. Pour rappel, ton présent article sur "Michel et Christine", tu exhibes une source qu'on n'avait pas trouvée et tu n'y vois qu'un passage à des fulgurances d'un auteur plus talentueux. Du point de vue de la compréhension des vers de Rimbaud lui-même, c'est pas du charabia, tout ça ? Tu ne te déclares pas en train d'espérer d'un rimbaldien plus affûté dans l'analyse du sens, d'un rimbaldien qui prend plus le risque de lancer des idées même si parfois il va se planter, l'explication des enjeux de sens de ce que tu as détecté ? Pourquoi tu n'es pas capable de parler du sens ? Qu'est-ce qui te retient ? La prudence comme tu dis ? Mais encore... Pourquoi t'es prudent si tu ne veux pas non plus de la vacuité ? Tu me reproches d'aller contre la logique, et ce que tu fais comme article, c'est quoi ? Tu te permets de dauber les exégètes dans la réplique voulue cinglante du "Tout ça pour ça!", tu te permets des sous-entendus sur l'intelligence des gens, la mienne notamment en considérant que je ne suis pas logique, etc., que je ne rends pas compte que ce que je dis n'est pas solide. Mais, la fin de ton article, tu vois le problème ? Tu fais une petite musique sensuelle, frivole, mystique et légère pour construire un parcours séduisant d'enquête, puisqu'après tout tout s'est joué sur le simple fait de lire la première page du roman Le-Poitevinesque après une recherche sur le titre Michel et Christine, tu mets pour le style une forme d'enquête racontée, mais bon la petite musique sensuelle, frivole, mystique et légère, tout d'un coup elle s'arrête. Sur Rimbaud, tu n'as rien, tu ne penses rien. Tu ne peux même pas nous faire deux phrases bien senties, même pas une, ce qui montrerait sans que tu fasses l'exégète que tu as les idées claires sur le sens du poème et sur l'intérêt de ta source. Tu ne peux même pas faire ça, et tu insultes les gens que tu appelles au secours ? Mais, bon ! Donc, tout ce que tu as à dire, c'est que les vers de Rimbaud c'est des fulgurances mieux écrites que Le Poitevin qui paie à la ligne. OK! On fait quoi avec ça ! C'est une lecture de Rimbaud ? Tu confonds Rimbaud avec des guirlandes et des fusées qui tournoient autour d'une licorne sur un sac consolidé de supermarché ? Les fulgurances, c'est quoi ? C'est comme les gribouillis d'un enfant de cinq ans qui fait de grands jets d'inspiration spontanée et non enchaînée aux influences sur une feuille de papier Canson ou pas Canson ? C'est quoi, le concept ? Je n'ai pas l'impression que la fin de ton article carbure à l'intelligence, excuse-moi, mais il va falloir réviser ton mépris.
Bon, tu répondras par une pirouette : c'était un pastiche de mon style d'article sur ce blog à partir d'une découverte positive dont tu es fier. Tu es allé jusqu'à te mettre en demeure d'imiter mes réactions aigries et tu m'as réservé des petites vacheries que tu as crues triomphales et implacables. Allez, on ne va pas bouder son plaisir, t'as fait du bon boulot quand même.
Enfin, en toute honnêteté, la partie difficile de l'oeuvre de Rimbaud, cela reste une partie des poèmes en prose des Illuminations et les poèmes en vers nouvelle manière de 1872. C'est l'essentiel de ce qui résiste encore à une bonne compréhension. Tu te fais des idées extrêmement grossières sur le caractère inabordable des poésies hermétiques de Rimbaud. Peut-être que si tu relisais certains ouvrages, tu t'en rendrais compte qu'on sait vraiment des choses comme jamais sur Une saison en enfer, sur tous les vers première manière et même sur plusieurs poèmes en vers nouvelle manière et plusieurs poèmes en prose. Tu ne lis chez les autres que la dépense (pardon de l'éventuel jeu de mots), tant pis pour toi ! C'est dommage ! Enfin, je mélange le sarcasme à ma réaction, mais continue de faire des articles comme les deux derniers, ça m'intéresse. Pour "Michel et Christine", tu dis que je n'ai fait que m'amuser sur l'idée d'un aqueduc à Waterloo. Je n'ai pas de problème avec ça. J'ai cherché une piste pour localiser le poème en fonction du séjour belge, et j'avais déjà eu des réponses de rimbaldiens en privé qui me déconseillaient de poursuivre dans cette voie-là. Ce n'est pas grave ! Il reste évidemment aussi à rattacher cela à la lecture socio-politique développée par Reboul et qui si je ne m'abuse avait été amorcée quelque peu par Wetzel ou d'autres auparavant. La source que tu donnes montre que cette bourrique d'Etiemble et tous ceux qui l'ont suivi n'ont pas eu tort d'affirmer que le titre de vaudeville c'était la pièce de Scribe. T'as pas donné un démenti, t'as confirmé par un apport inattendu qui débloque sans doute enfin une situation crispante. Je te laisse rapprocher Scribe et crispante dans ton prochain poème empli de vacuité.
Pour ma part, mon nom s'effacera du discours sur les œuvres de Rimbaud et je ne souhaite pas travailler pour les seuls lecteurs de Rimbaud qu'il y aura après ma mort. J'aimerais de mon vivant lire de qui que ça vienne le texte des "Veilleurs" et j'attends avec gourmandise des éclairages décisifs sur les poèmes que j'aime lire et relire régulièrement. Enfin, pour en revenir une dernière fois à ce que tu écris, c'est correct en français dire "le plus involontairement généreux" ? C'est correct, sans doute uniquement si c'est un compliment ! Merci, alors ! Fier de ne pas être avec toi dans ta querelle des égos supérieurs et d'être le vrai passionné !

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