mardi 15 septembre 2020

Prochainement, une grande mise au point sur les questions de versification

 Bonjour !

Je suis toujours aussi malade, même ça empire, mais j'ai fait une prise de sang qui m'a donné une indication précieuse, sauf que le médecin n'en a tenu aucun compte. Pourquoi faire des prises de sang et mettre des fourchettes sur les états normaux si quand on en sort et pas qu'un peu le médecin s'en contrefiche ? En plus, vu que c'est une prise de sang après une autre en juin, il n'y avait pas d'anomalie en juin et là il y en a une grosse début-septembre qui coïncide avec la détérioration nette et continue de mon état depuis la mi-juillet. Il va falloir travailler sur le dosage d'un traitement à vie, j'espère voir le bout du tunnel. Il y a beaucoup de choses qui me font tiquer dans ce que j'ai entendu, dans le domaine de la santé la France m'a l'air d'un pays encore une fois un peu désorienté, mais ce n'est pas grave, je vois une perspective pour m'en sortir. Mais même allez faire un test de la vue chez un opticien (car j'explore toutes les pistes), il faut une ordonnance d'un ophtalmo. Ce pays débloque complètement, il est taré. Putain ! Outre que, pour moi, c'est juste une vérification pour être sûr que ce n'est pas ça le problème, le test pour la vue, c'est un truc qu'on fait chez l'opticien et ils ne vont pas faire de barrage à ça, puisque leur métier c'est d'ensuite vendre des lunettes. L'opticien peut faire ce test. La différence, c'est que l'ophtalmo, il peut faire des trucs en plus, il peut vérifier la pression des yeux, etc. Mais bref, moi, je me disais naïvement, je fais un petit test de la vue, juste pour savoir. Ben non, on te fait du kafkaïen. C'est pareil, au printemps, j'ai les allergies. Là, j'en suis en quelques années au deuxième médecin qui te dit avec la fermeté de l'homme compétent que les allergies ça ne fatigue pas. Mais qu'est-ce que c'est ce cirque ? On est chez les fous, ça ne les dérange pas de dire les pires conneries. ils sont médecins, ils voient plusieurs patients par jour, par semaine, par mois, et ils arrivent à dire des trucs pareils de gars pas informés. C'est inexplicable. Le mal présent n'a rien à voir avec les allergies, je ne vais pas vous dire tout ce qui m'a fait tiquer, mais ne vous étonnez pas de la mauvaise gestion du coronavirus. Ce pays est mort, et pour longtemps ! Il y a plein de domaines où les français n'ont plus de rationalité. Moi, je n'en doute pas, ce pays fait semblant... Les gens se sont habitués à faire semblant de tout, dans le professionnel, dans l'essentiel, dans tout !

Maintenant, sur la versification, je vais faire une petite mise au point. Il y a trois règles que je dirai métriques, les règles qui sont donc liées à une mesure : il y a les longueurs récurrentes en nombre de syllabes, puis il y a les rimes (c'est peut-être pas tout à fait une mesure si ce n'est dans un sens un peu large de l'expression mesure), et puis il y a tributaire des deux règles précédentes les strophes qui organisent les vers (séquences syllabiques mesurées) et les rimes. Face à cela, il y a deux règles qu'on peut appeler prosodiques. Il y a la proscription du hiatus, à ne pas confondre avec la théorie subjective de la cacophonie, et il y a la règle prosodique du "e" languissant.

Bon, le hiatus, c'est la proscription d'une rencontre entre deux voyelles de deux mots distincts. Il faut au moins une consonne ou un "e" féminin pour séparer les voyelles des deux mots. Rimbaud commet un hiatus dans "Jeune ménage" : "La marié a le vent qui le floue". Le hiatus concerne la voyelle finale "é" de marié et le verbe "a". Rimbaud aurait écrit "La mariée a le vent...", il n'y aurait pas de hiatus. Ici, Rimbaud a voulu produire un effet particulièrement choquant. Pourquoi ? Il aurait pu, à condition d'ajouter un mot d'une syllabe, utiliser le mot "mari". Il opte ici pour le mot "marié", certes on peut toujours indépendamment de la forme justifier pour le sens que "marié" convient mieux ici que "mari", mais il n'en reste pas moins que le mot "marié" dans un vers suppose une diérèse: "ma-ri-é", et non pas "ma-ryé" et du coup on a une suite de trois voyelles sans aucune consonne pour les enchaîner. Il n'y a pas de proscription du hiatus à l'intérieur d'un mot, on peut utiliser "marié" avec diérèse encore heureux ! mais le hiatus vient du coup à la fin d'une série bien audible de trois voyelles "Le marIé a", "i é a". Qui plus est, il s'agit de l'un des tout premiers exemples de poèmes en vers de dix syllabes où la césure est difficilement perceptible. Il y a eu "Tête de faune", la "Conclusion" de "Comédie de la soif", et maintenant "Jeune ménage", il y aura un peu après "Juillet", où remarquer qu'un vers est difficile à établir comme juste, car la suite de voyelles onomatopéiques "o iaio iaio" demande de trouver où placer une diérèse, sauf que c'est un peu au choix du lecteur. Les deux poèmes jouent différemment sur une suite de voyelles, mais ça leur fait un point commun tout de même entre "i é a" et "o ia io ia io". Il y a de la "déconnade" vocalique. Et dans "Jeune ménage", le hiatus est placé juste à l'endroit qui conviendrait le mieux pour la césure traditionnelle littéraire du décasyllabes : "Le marié (quatre syllabes) a le vent qui le floue (six syllabes plus le "e" languissant final).

Pourquoi Rimbaud commet-il des hiatus ? Comment les prendre ? Il fait juste une erreur exprès, il faut juste... (anglicisme pardon), et il faut seulement apprécier cela comme une provocation sans chercher un sens plus précis, une intention subtile, un effet de sens malicieux ? Je ne prétends pas répondre de manière définitive, mais on va faire de la mise au point sur l'historique du hiatus, etc. Et on va ici comparer avec la prose, parce que, quand on écrit en prose, les hiatus ne sont pas si nombreux. Je pense proposer, comme j'en ai l'idée depuis longtemps, des extraits commentés des comédies en prose de Molière pour montrer que toutes ces histoires de vers blancs, de prose prémâchée pour devenir des vers, c'est probablement du pipeau. Je ferai une évaluation des hiatus dans les comédies en prose de Molière et aussi dans la prose de Rimbaud, Une saison en enfer ou les Illuminations. L'expérience n'a jamais été tentée que je sache.

L'autre loi prosodique dont j'ai parlé, c'est celle du "e" languissant. Les spécialistes de versification parlent de "schva" ou "chva", mais comme vous voyez je ne sais pas comment ça s'écrit exactement et je ne sais même pas d'où est venue l'expression "chva". Or, dans les traités de versification du seizième siècle, ils avaient un nom pour ce phénomène, celui de "e" languissant. L'expression me plaît, elle ne rebutera personne, je la prends et j'espère assurer son devenir ou plutôt son retour en grâce dans la critique littéraire.

Le "e" languissant, ce n'est pas le "e" féminin. Le "e" féminin, c'est le "e" abusivement dit "e" muet. Il y a un "e" féminin à la fin de "fenêtre", à la fin de "chargée", etc. Toutefois, dans "chargée", le "e" vient directement après une voyelle. C'est ça qu'il est le "chva" ou pour moi le "e" languissant. A l'intérieur d'un vers, ce "e" devait être compté pour la mesure s'il était devant une consonne. Mais lui aussi a subi une règle de proscription. A partir, pour dire vite, du dix-septième siècle, on ne peut plus emloyer le mot au pluriel "vies", les participes féminins au pluriel "chargées", rêvées", "limitées", "apprivoisées", mais aussi "remplies", "finies", etc., etc., ni les adjectifs "vraies", ni quantité de mots finalement, à l'intérieur des vers. Vous vous en étiez rendu compte que quantité de mots d'usage courant au féminin pluriel ne pouvaient pas être employés ailleurs qu'à la rime dans la poésie en vers ? Rimbaud va réintroduire des "e" languissants mais sans les compter pour la mesure du vers, dans "Fêtes de la faim" par exemple ("vallées").

Un autre truc à signaler à l'attention. Ce n'es pas une règle de versification, mais seulement une tendance prosodique liée notamment aux remarques de Malherbe, c'est l'évitement de la cacophonie. La règle de Malherbe se veut de bon goût, mais elle est un peu subjective. En gros, écrire "parmi mille féeries profanes", c'est bon pour la prose, c'est à proscrire en vers, car on a deux syllabes identiques qui se succèdent "mi mi". Cette proscription n'est pas systématique dans les vers, mais Malherbe en faisait état et des articles de Fongaro se permettent de juger des vers de Rimbaud en dénonçant des cacophonies au sens malherbien dans les vers même de Rimbaud, mais en sous-entendant que ce sont aussi des cacophonies au sens propre. Et les cacophonies au sens malherbien intéresse aussi la réflexion sur les derniers vers de Rimbaud.

Je vais éviter de tout traiter à la fois, je vais essayer de faire des petites synthèses sur chaque sujet.

Donc, on va traiter les mètres, les rimes, les strophes, le hiatus, les cacophonies, le "e" languissant, et on va faire aussi des petits tableaux contrastifs entre des poèmes de différentes époques pour montrer qu'on peut parfois presque identifier l'époque de composition d'un poème à partir d'indices de versification.

Bien sûr, pour les mètres, il faudra aussi une étude sur les césures. Je compte classer les configurations proscrites à la césure ou semi-proscrites, etc. Je ne dis pas tout ici, je m'en garde en réserve. Je traiterai notamment de l'étrangeté du couple "déplacement de la césure" et "césure mobile" qui est une manière confuse de parler de la même chose à partir de deux angles d'approche différents, et je parlerai aussi de l'idée de Sainte-Beuve (Delorme) de la nouveauté des vers qui vont d'une traite, il s'agit en fait d'une perception empirique de vers où la césure est aplanie en fait.

Et pour le cas spécifique de l'alexandrin, je vais bien sûr traiter du cas du trimètre et du coup d'un objet qui appartient à la critique littéraire, celui de semi-ternaire. Dans son ouvrage Théorie du vers, Benoît de Cornulier a mis en avant deux notions qui ne me satisfont pas. Il y a d'abord la théorie de la limite de perception à huit syllabes. Personne ne reconnaît au-delà de huit syllabes l'égalité entre deux segments sans s'aider d'une césure, c'est ce qui expliquerait que nos vers n'ont pas de césure jusqu'à huit syllabes et en ont une après. J'admets cette réalité. En revanche, Cornulier montre que la majorité des gens n'atteignent pas la limite des huit syllabes et forcément Cornulier n'a pas fait son test empirique sur Rimbaud, Verlaine, Hugo, Gautier et compagnie. Du coup, il y a un préjugé selon lequel tout poète, surtout s'il a fait des poèmes en vers de huit syllabes, maîtrise la perception des égalités jusqu'à huit syllabes. C'est un préjugé bien commode et qui ménage la susceptibilité sur le génie des poètes que nous admirons, mais c'est un préjugé. On n'a aucune preuve que Rimbaud maîtrisait cette perception quand il écrivait "Les Reparties de Nina", il pouvait très bien compter sur ses doigts. Et d'ailleurs, il y a des erreurs dans le décompte de syllabes de certains manuscrits de Rimbaud. On peut alléguer l'oubli d'un passage pour "Les Pauvres à l'église", mais "Ce qui retient Nina" et "Famille maudite / Mémoire" sont concernés... Mais surtout, Cornulier, surtout à l'époque de Théorie du vers, se servait de l'imprégnation tacite de cette règle mise en avant dans les premières pages de son ouvrage pour soutenir l'idée que les alexandrins pouvaient être des semi-ternaires. Le semi-ternaire, c'est un alexandrin ternaire mais irrégulier. Le trimètre est régulier 444, le semi-ternaire est irrégulier 453 435 534 354, mais notez que le semi-ternaire a une autre règle c'est qu'il y a toujours un 4 à l'une de ses extrémités. L'idée du semi-ternaire, c'est qu'il est 4-8 ou 8-4 dans son découpage, mais que le 8 se découpe ensuite en 53 ou 35. Cela a l'air confus, mais c'est confus parce qu'il y a trop d'étapes de sautées et qu'il y a un vice théorique là-dedans. Je ne crois pas du tout aux semi-ternaires analysés par Cornulier à ses débuts et par Gouvard dans sa Critique du vers. Pour moi, cette théorie est complètement fausse. Et Cornulier qui publie chaque année plusieurs articles a progressivement laissé tomber ce concept de semi-ternaire mais sans le récuser officiellement. Il ne s'en sert plus pour ses analyses, ou à la marge. Donc, je vais évidemment m'intéresser à une mise au point sur le trimètre et le semi-ternaire. Je vais seulement annoncer une nuance de mon propos, c'est que le découpage 84 ou 84 authentique est apparu dans la dernière décennie du vingtième siècle, et d'ailleurs le concept de semi-ternaire hérite de considérations critiques de Philippe Martinon, un spécialiste du vers précisément de l'époque de son émergence. Et il y a un moment où la question du trimètre et du semi-ternaire ça devient inévitablement flou. Je vais donc vous montrer exemples à l'appui pas mal de finesses pour vous repérer dans tout ça, faire votre propre opinion, etc.

Avec Rimbaud, il y a un autre sujet à traiter, c'est bien évidemment celui de possibles ou probables allusions à la mesure des vers dans la prose. Cornulier a donné une fin de non-recevoir à ce sujet, parce qu'il a eu beau jeu de démonter la méthode approximative de Fongaro qui ignorait les principes strictes de la versification. Mais, au-delà de la réfutation de Fongaro, l'argument de Cornulier pour refuser d'analyser la présence ou non d'allusions à la métrique dans la prose de Rimbaud n'est plus recevable. En effet, autant il est facile de répliquer à Fongaro que des suites irrégulières de 3, 5, 7, 6, 4, 8, 4, 5 syllabes ne sont pas des vers, car il faut forcément que les expressions en prose soient elles aussi quantifiables en syllabes, autant il devient plus délicat de prétendre que des suites de douze syllabes bien isolées ou mises en relief par Rimbaud : "J'ai seul la clef de cette parade sauvage", par exemple, ne sont pas des alexandrins parce que la césure n'apparaît pas, puisqu'on peut très bien penser que l'astuce de Rimbaud a été non pas de glisser comme si de rien n'était des alexandrins ou vers dans sa prose, mais justement de faire des faux à la manière de ces derniers vers pour que ce soit encore plus drôle à savourer. La fin de non-recevoir de Cornulier interdit abruptement de s'interroger sur certains types de fait exprès, de faux vers fait exprès. Cela fait des décennies que le sujet est abandonné, sauf pour ce qui me concerne. Murat a un peu abordé la question, mais après c'est terminé.

Je vais essayer de faire donc quelques écrits plutôt synthétiques.

Dans le cas des derniers vers de Rimbaud, il y a aussi un enjeu. Il y a un enjeu sur les schémas des strophes et donc sur les rimes irrégulières, et il y a un enjeu sur les césures. Il y en a d'autres d'enjeux, mais déjà il faut bien dégager ces deux-là. En fait, ignorer la césure, ça ne demande aucun art particulier. Si Rimbaud ne respecte pas la césure, il n'y a aucun tour de force a priori. Et c'est pour cela que très tôt j'ai dit non à l'idée qu'il n'y avait pas de césures dans les vers de dix, onze et doux syllabes de 1872. Rimbaud n'est un génie du brouillage des césures que si en lisant ses poèmes on voit qu'il a travaillé autour de la césure attendue, et mes constatations ont largement confirmé ce que j'avais tout de suite pressenti.

Lire les poèmes de 72 en leur infligeant des césures, c'est sûr, ce n'est pas agréable à l'oreille, mais les lire sans césure c'est faire de Rimbaud un poète dans la facilité, dans la paresse, c'est ne voir dans un poème que le côté gracieux bien tourné immédiat d'un prosateur. Il y a quelque chose qui ne va pas dans cette paresse d'approche du métier de poète de Rimbaud. Pour moi, j'étudie ces poèmes à partir d'une lecture métrique forcée aussi artificielle qu'elle soit pour découvrir le travail de brouillage qu'a effectué l'artiste. Si je ne découvre rien, c'est parfait, on peut adopter la lecture de facilité, mais si on découvre quelque chose il faut que les lecteurs soient informés et qu'ils comprennent les intentions de Rimbaud.

Voilà, j'ai annoncé mon projet dans les grandes lignes, j'ai annoncé quelques conclusions, mais je vous ferai voir de près d'autres choses encore.

A suivre...

 

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