jeudi 10 septembre 2026

Un alexandrin de Rimbaud qu'on ne trouve nulle part dans l'édition des oeuvres complètes de Rimbaud par Cavallaro !!!!!

 Dans son édition des Oeuvres complètes de Rimbaud, Cavallaro a publié les proses dites "en marge de l'Evangile" juste avant Une saison en enfer, malgré leur caractère de brouillon. Il publie aussi dans les contributions zutiques les restes de deux poèmes déchirés, la déchirure étant telle que pour aucun des deux poèmes nous n'avons de vers complets !
Cela confirme qu'il s'imposait de publier les vers inédits cités par Delahaye, notamment le fragment "J'ai mon fémur !" avec quelques alexandrins inédits et clairement authentiques. Mais, à côté de "Poison perdu", le manque majeur de cette édition, c'est sans aucun doute l'alexandrin inédit cité par Octave Mirbeau et qu'on soupçonne d'être une citation des "Veilleurs" même :
 
L'éternel craquement des sabots dans les cours[.]
 ***
 Petites annonces en vrac :
 
D'ici novembre je publierai sur ce blog des photographies de l'exemplaire annoté du Reliquaire conservé à Bruxelles. J'ai deux manières d'y parvenir d'ici là.
Ensuite, je médite une édition de référence en ligne des oeuvres complètes de Rimbaud avec bien sûr des notices, et je commence par "Tête de faune", "Les Corbeaux", "Les Mains de Jeanne-Marie" tout mon travail de mise au point et j'en rendrai compte sur ce blog.
Enfin, et c'est lié avec la réflexion sur "Les Corbeaux", il me faut revenir sur la lecture de ce poème. Bien que Cavallaro en rende compte dans son édition, la lecture anticléricale des Corbeaux par Murphy, Bataillé et Vaillant est définitivement tombée. Mon article est cité en bibliographie, mais Cavallaro ne rend pas pour autant compte du contour exact de ma lecture. En revanche, il rend compte de celle d'Yves Reboul qui contredit aussi celle de Murphy, Bataillé et Vaillant.
Reboul part d'une lecture ironique d'ensemble. Le poème "Les Corbeaux" pose un discours d'époque qui n'est pas celui de Rimbaud et du coup dans le dernier sizain l'idée c'est que la prière est une imitation ironique de ces poètes qui se réfugient dans la poésie des bois. Comme "sois le crieur du devoir ô notre funèbre oiseau noir" sent le persiflage, le sizain final se moquerait de la pose du poète sollicitant la protection des fauvettes. Et une idée clef, c'est que le "soir" est dit "charmé" parce qu'il le serait par ce genre de poète précisément.
Je n'avais pas envisagé cette lecture et je n'ai rien contre a priori, mais il y a des éléments de ma propre lecture qui continuent de résister. Reboul ne rebondit pas sur le lien évident entre "Le Bateau ivre" et "Les Corbeaux" : "soir charmé" pour "crépuscule embaumé" et "fauvettes de mai" pour "papillon de mai" ce qu'accompagne "Mât perdu" pour "vaisseau perdu". Il ne rebondit pas non plus sur la présence diffuse du couple "étrange" et "ange" qui permet de rapprocher "Les Corbeaux" et "La Rivière de Cassis" de deux poèmes contemporains "Voyelles" et "Les Mains de Jeanne-Marie". "La Rivière de Cassis" date de mai, "Les Mains de Jeanne-Marie" de février, et "Voyelles" semble dater aussi de février, et le poème "Les Corbeaux" semble dater de février-mars lui aussi. Rimbaud aurait remis à peu près en même temps "Les Corbeaux" et "Voyelles" à des fins de publication dans la revue, et "Oraison du soir" remis à Valade aurait même été le troisième poème prévu pour la revue avec un certain optimisme de la provocation obscène.
Il y a un troisième fait. La rime "chêne"/"enchaîne" est commune au dernier sizain des "Corbeaux" et au dernier sizain de "Plus de sang" de Coppée, sachant que "Plus de sang" contient au début "le massacre aux cent voix furieuses" qui a de quoi mériter par contraste une comparaison "la voix de cent corbeaux".
Et je suis parti dans une relecture de tous les vers de Coppée, je vais bâtir un dossier des citations de Coppée dans les vers de Rimbaud. Je suis agacé de voir que personne ne cite la nouvelle "Ce qu'on prend pour une vocation" au sujet des "Remembrances du vieillard idiot". A noter que j'ai des idées fragiles mais peut-être pas nulles au sujet de ce poème zutique, je note que "tirons-nous la queue" peut faire songer au poème du chien abandonné dans "Ecrits pendant le siège", que le début de la "Lettre d'un mobile breton" réunit père, mère et "mignonne soeur", que "Plus de sang" parle à la fin d'être "pardonné". Et j'ai quelques idées de rapprochement sur le tir.
 Pour les deux premiers dizains de Rimbaud, je suis agacé que les rimbaldiens ne me suivent pas dans le rapprochement que je fais avec les deux dizains enchaînés que Verlaine venait d'envoyer par lettre à Valade, car en faisant cela il y a plein de considérations sur le sens à dérouler. Et je pense que je vais ajouter des sources jamais formulées avant. Par exemple, "Maigre comme une prose à des vitraux d'église" est une démarcation de "Morne comme une armée après une défaite[.]" Je ne pense pas que cela ait jamais été dit. Et ce vers de Coppée est pris dans la zone des sources au dizain zutique : "Je préfère sans doute..."
Il y a plein de mises au point qui découlent d'un travail sur les sources conduit avec rigueur.
Je vais chercher les poésies de refuge dans le bois, et les équivalents de "soir charmé". J'ai déjà commencé. Je vais faire du balayage.
C'est le travail fondamental pour préciser au public le sens et les intentions des vers de Rimbaud. Ce n'est pas à traiter par-dessus la jambe en disant que c'est un travail de titan dans l'inter, l'hyper et l'hypotextuel, pour aller encenser plus longuement du blabla intellectuel d'articles voisins. D'ailleurs, les rimbaldiens n'ont rien de plus pressé à faire que de me piquer mes découvertes intertextuels et ils les exhibent comme du concret. Sauf pour "Le Bateau ivre" où Cavallaro s'est interdit de citer mon article et donc mes sources hugoliennes factuelles publiées en 2006 dans la revue Parade sauvage...
Au fait, vous allez bientôt vous les attribuer mes découvertes sur Rolla et Credo in unam, sur Desaugiers et Bonne pensée du matin, sur Desbordes-Valmore, la première des ariettes oubliées et Larme, sur Ophélie et Murger, sur Ma Bohême et Murger, sur Sensation et Murger. Oui, un article de Chevrier est pas passé loin du jackpot sur Murger, mais il n'a pas tout vu. Eh oui ! Ah une non-rimbaldienne a dit qu'il existait un poème du titre "Ophélie" dans les poésies de Murger, oh les rimbaldiens tout sauvés qui ne seront pas ainsi obligés de me citer, pour le cheval dans Rolla et la chanson de Desuagiers le pillage sera plus délicat à opérer. Il va falloir être inventif ou patient.

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