jeudi 1 octobre 2020

A propos de l'intervention d'Yves Reboul au sujet de "Barbare" sur le site d'Alain Bardel

 Je viens de corriger les quelques coquilles de mon article mis en ligne que je crois d'une réelle importance pour les mises au point sur des poèmes tels que "Matinée d'ivresse" et "Barbare", deux des pièces rimbaldiennes les plus célèbres et les plus souvent citées. J'ai aussi pas mal posé les bases pour une lecture de "Being Beauteous", et j'y reviendrai prochainement.
Mais, du coup, j'ai eu l'idée d'aller consulter ce qu'écrivait Bardel au sujet du poème en prose "Barbare". Il m'évite scrupuleusement dans sa bibliographie, mais dans un commentaire daté de 2007 il y a une note me concernant, référence d'article à l'appui, où il indique déjà que je considérais que les "vieilles fanfares d'héroïsme" ne désignaient pas les expériences personnelles de Rimbaud, mais les fêtes militaires patriotiques napoléoniennes ou autres. Bardel a fait plusieurs commentaires, un pour accompagner le poème, un de 2007, un autre, puis une Note de lecture au sujet d'un article d'Yves Reboul, et il se trouve qu'Yves Reboul a réagi et répondu par un commentaire qui a été mis en ligne à la suite de la note de lecture de Bardel.
Je suis tombé sur une pépite, je savais que Reboul avait écrit quelque part sa conviction que la pagination des manuscrits des Illuminations était due à Rimbaud lui-même, mais je ne savais plus où la trouver. Elle figure tout simplement dans cette réponse critique. Bardel reproche avec raison pour une fois à Reboul d'utiliser la pagination pour décréter que "Barbare" a un caractère conclusif de recueil. Même si la pagination était de Rimbaud, cela poserait problème, puisque d'autres poèmes sont ajoutés à cette suite paginée que nous sachions. Puis, un ensemble paginé, cela ne signifie pas un recueil. Mais, donc, en répondant, Reboul lâche quelques perles, il se moque du conditionnel "découlerait" employé par Bardel. Reboul écrit que pour cette pagination "l'argumentation de Murphy est imparable". Alors, Bardel réagit à une publication de 2009 et sa Note de lecture est datée de "Février 2010". En revanche, il n'y a aucune mention de date pour la réplique de Reboul qui y fait suite, mais on peut supposer qu'il s'agit d'une réaction pratiquement à chaud de l'année 2010 elle-même.
Cette argumentation imparable a reçu un démenti, démenti auquel je suis associé. Jacques Bienvenu a été le premier à s'apercevoir que cette démonstration qui passait pour une évidence était confuse et problématique. Il a produit des arguments, en y incluant une analyse mienne puisque je suis passé de l'idée partagée par tous que cette question était réglée au constat de Bienvenu qu'il y avait effectivement une fausse apparence d'évidence. Les arguments n'ont pas seulement montré qu'il n'y avait pas de démonstration de la part de Murphy, mais ils ont carrément prouvé que la pagination était le fait de la revue La Vogue. Ces articles sur la pagination sont postérieurs à l'année 2010. Les articles datent du 12 février 2012 et du 6 mars 2012, ils peuvent être consultés sur le blog Rimbaud ivre.
On le sait, Bardel est quelqu'un qui a beaucoup de mal à endosser de nouvelles lectures, c'est quelqu'un qui conforte les convictions enracinées en lui et qui en plus subit très lourdement les opinions autorisées. Donc, Murphy, Murat et ici Reboul affirmaient le caractère évident de la pagination des Illuminations par Rimbaud. Depuis 2012, où sont les démentis à la remise en cause ? Rappelons que Steve Murphy dirigeait une édition philologique des oeuvres complètes de Rimbaud. Les tomes I, II, et IV sont sortis, mais jamais le tome III. C'était le tome où Murphy aurait dû mettre au point toute son analyse critique sur les manuscrits des Illuminations. Pourquoi ce tome III n'a-t-il jamais été achevé ? La collection est à jamais incomplète. Nulle part, dans la revue Parade sauvage ou ailleurs, nous n'avons de contestation de cette remise en cause. Bardel le fait, mais il ne compte pas, il ressasse les arguments antérieurs à 2012 en chantant : "Même pas mal!" Cela n'a évidemment aucun intérêt. On attend une personne logique à la manoeuvre, quelqu'un qui sait apprécier les contraintes des arguments. En tout cas, je vous mets au défi de contre-balancer la réfutation qui est elle "imparable", ça oui ! J'ai renchéri par d'autres articles sur mon présent blog. En fait, malheureusement, le public est pris en otage de questions de susceptibilités. Moi, Bienvenu et Guyaux ne sommes pas d'accord avec le consensus, mais en fait comme il a été très fort et très répandu tout ce qui est en train de se passer c'est qu'on attend que l'eau soit passé sous les ponts et que le personnel universitaire rimbaldien soit complètement renouvelé avant d'admettre que la pagination n'est pas de Rimbaud. C'est comme pour "assassins" et "fanfares d'héroïsme", on attend que ça passe, c'est tout et c'est toujours pareil !
Ensuite, dans la réponse de Reboul à Bardel, on est dans le développement de l'idée que les fanfares qui attaquent le coeur du poète c'est une illusion lyrique persistante qui n'empêcherait pas le poète de s'en considérer guéri. Il y a un désaccord entre Bardel et Reboul, mais tous deux sont acquis à l'idée que les "fanfares d'héroïsme", c'est l'expérience du voyant. Mais, jusqu'à plus ample informé, dans "Barbare", le poète a rejeté au loin les "anciens assassins", les "vieilles flammes", etc., mais pour se diriger vers ce "pavillon en viande saignante". Reboul ironise sur le fait qu'en assimilant ce pavillon à un drapeau Bardel évacue l'idée de "viande saignante", ce qui est contestable, il fait de Bardel un homme de paille sur ce point-là me semble-t-il, mais en tout cas Reboul qui a commenté également le poème "Being Beauteous" dans son livre sait que celle-ci est "Devant une neige" et que plein de "blessures écarlates et noires" font d'elle une "viande saignante". Les "larmes blanches, bouillantes" du poème "Barbare", c'est bien la même expérience érotique paradoxale, torturée, que dans "Being Beautous". Or, dans cette idée d'une lecture où le poète reviendrait de ses illusions, on aurait d'un côté le rejet des "assassins", mais ensuite le récit doux-amer d'un orgasme avec la divinité à la viande saignante à laquelle le poète ne croit plus. Il fait un rêve qu'il congédie, sachant que "Bien après les jours", le poète ne dit pas qu'il rêve, et le contexte "arctique" justifie pleinement une lecture localisée du côté des pôles, fût-elle imaginaire.
Dans "Barbare", "Loin des anciens assassins", c'est ce qui est rejeté pour aller vers la "viande saignante". A quel moment dans "Barbare" a-t-on un indice verbal de désillusion et de rejet du "pavillon" ? A quel moment ? Comment on établit cela ? J'aimerais comprendre. La phrases "Elles n'existent pas", c'est du féminin pluriel, le pavillon c'est un nom masculin... Le seul indice mobilisable ne tient pas au plan de l'analyse grammaticale.

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