mercredi 18 mars 2020

En attendant l'article sur Rimbaud et la politique

Difficile de publier pour l'instant. Mais je peux tenir au courant de mes réflexions.  En gros, contrairement à ce qui peut se dire, les poèmes politiques de Rimbaud sont nombreux. Il faut aussi préciser ce qu'on entend par poèmes politiques. Un poète peut se pencher sur l'actualité immédiate.  Il peut soulever sinon une question politique plus générale. Dans ces deux premières catégories,  nous rencontrons une quantité élevée de poèmes de Rimbaud pour les années 70 et 71, avec même un profil original puisqu'un grand nombre de sonnets de 1870 auxquels ajouter Les Douaniers, traitent de l'actualité politique alors qu'il s'agit d'une forme poétique mondaine. Hugo n'écrit pas de tels sonnets, alors qu'il est l'auteur d'époque le plus proche de Rimbaud pour ce qui est de la production d'une poésie politique. Même Lamartine qui eut un rôle politique important ne peut faire cortège  à  Rimbaud et Hugo.
Le nom d'Hugo est capital dans ce débat puisque Rimbaud puise sa rhétorique,  ses images, etc., dans Les Châtiments. Hugo n'est pas communard mais il est également le modèle poétique de la plus célèbre  femme communarde Louise Michel, laquelle essaiera d'obtenir le soutien du grand romantique pour sauver Theophile Ferre qui a été le principal condamné  à mort des procès des communard avec Rossel et Bourgeois. Qui plus est, l'ouvrage de Lissagaray qu'a pu lire Rimbaud n'est pas son Histoire de la Commune dont Maitron et Riugerie n'editent que les versions finales, pas celle de 76, mais le livre sur les huit dernières journées de barricades avec une épigraphe d'Hugo en tête sachant que Le Rappel participait à la publication. Évidemment, il faut chercher aussi pourquoi Rimbaud est contrarié dans son admiration hugolienne. D'abord, il a rencontré à  Paris le milieu de poètes prônant la lecture de Baudelaire avant la Commune, sans doute même Verlaine lui-même. Ensuite, outre qu'Hugo agaçait en parlant solennellement et peu naturellement à  la façon d'un monument, il était jugé comme pas à la page pour les idées politiques. Notons qu'Eugene Varlin critique sévèrement le Valjean chef d'entreprise soi-disant philanthrope en énumérant les vices du récit et de son action.
Il y a deux autres cas de poèmes politiques dont je voudrais encore traiter. Par exemple  des poèmes comme Sensation  Credo in UNAF, Les Sœurs de charité ou comme Une saison en enfer sont politiques. Ensuite  des poèmes métaphoriques sont à  identifier comme politiques et s'ils ne le sont pas cela résulte d'une rencontre entre l'ignorance du code métaphorique et un refoulement au profiteur de la lecture la plus générale et la plus ouverte possible. Voyelles est forcément politique au vu des métaphores  communes aux poèmes Paris se repeuple et Les Mains de Jeanne-Marie. Quant au Bateau ivre, il faut rappeler que l'identification du peuple en émeute est un cliché de 1789 à 1871. Lissagaray dans son Histoire de la Commune parle de marée. Les frères Margueritte parents de Mallarmé développent plusieurs fois la métaphore du bateau parisien dans leur roman La Commune et parmi les historiens de la Commune Albert Ollivier et d'autres la reprennent dans des livres au format poche ou non. Rappelons en sus que Le Bateau ivre déploie un foisonnement de métaphores contradictoires ou peu cohérentes si le propos n'est pas compris comme métaphore de l'insurrection parisienne. Je ne souscris évidemment pas à  la lecture de Steve Murphy prônant une lecture  à mon sens superficielle selon plusieurs axes allégoriques chers à  Rimbaud. Le mot fermentation est un poncif pour désigner l'agitation populaire. Ensuite, Rimbaud associe le maelstrom non à  un courant froid mais à un courant chaud ce qui ne peut s'expliquer que par le primat accordé à la vision métaphorique de l'émeute. Et pour revenir aux deux premières  formes de poèmes politiques soulevées plus haut  celles qui au moins ne feront pas débat, insistons encore sur l'actualité parfois insoupçonnée de certaines pièces admise comme politiques, puisque le poème Le Forgeron renvoie à des grèves  récentes et historiquement clefs celles du Creusot  etc. Insistons sur Les Mains de Jeanne-Marie qui date de février 72 par le de l'actualité des procès et pas que de l'événement  source. La remarque vaut pour Le Bateau ivre.
Maintenant, rappelons qu'à côté des poèmes Rimbaud a écrit des lettres et sur le peu qui nous est parvenu les propos à  chaud ou exaltés sur l'actualité politique sont très présents, pas seulement celles de mai 71 du voyant.
Il faut dire aussi un mot de l'expression de la colère dans les écrits de Rimbaud poèmes  ou lettres. Cet emportement est souvent minimisé comme immature ou défouloir du moment. D'abord si Rimbaud s'enflamme, c'est au contraire qu'il est sensibilisé  mais il faut rappeler qu'il réagit à  une littérature d'insultes extrêmement vive.
Passons maintenant aux idées politiques de Rimbaud. Elles peuvent être précisées en fonction de ce qu'il écrit ou dit, en fonction des gens qu'il cite favorablement  en fonction aussi quelque peu de ses compagnons notamment Verlaine.
Mais il faut aussi mieux cerner ce qu'a été la Commune et ses principales figures.
En gros, Marx n'est pas la bonne référence et je trouve les interviews et livres de Frédéric Thomas le cul entre deux chaises dans la mesure où il reconnaît que cela pose problème mais ne cesse d'envisager le rapprochement comme stimulant et génial . Remarquons que Jacques Rougerie signale à  l'attention par Yves Reboul dans son livre Rimbaud dans son temps est depuis longtemps le spécialiste reconnu de la Commune avec aussi une présence accrue dans des ouvrages collectifs sur la Commune ou sur l'histoire des gauches au dix-neuvième siècle et cet historien dénonce à plusieurs reprises les assimilation marxistes
 Notamment, dans sa préface à  l'Histoire de la Commune de wLissagaray  il souligne que Lissagaray a supprimé  en 96 tous les ajouts et inflechissements martiens du texte de 86 traduit en anglais par la fille de Marx.
Rougerie est aussi l'auteur d'un livre sur Varlin figure ouvrière majeure à la fois de la première  Internationale et de la Commune. Varlin a suivi des cours donnés par Jules Andrieu. Avec Andrieu et Varlin, d'autres encore, on peut pressentir que Rimbaud était fortement influencé par Fourier et ses disciples plutôt que par Proudhon. Varlin et Rimbaud s'inspiraient certainement pas mal de Proudhon. On le voit par des allusions pou Rimbaud dans Le Mal, Chant de guerre Parisien et dans une maxime proudhonienne déformée par Verlaine appliquée à Rimbaud dans l"Album zutique. Mais Varlin et Rimbaud sont favorables à  l'émancipation des femmes à la différence de Proudhon  de ses disciples et d"une majorité de français membres de l'Internationale dont le futur communard bronze Tolain. Qui plus, il y a peu le proudhonisme orthodoxe et la section française  de l'Internationale ont cessé de trépigner au recours à la grève. Rimbaud flatte l,'idée  de grève dans sa grande lettre de mai 71 et Varlin en encadrait en 64 ou 65 bien avant le retournement idéologique des proudhoniens de l'Internationale.
Mais Varlin est un des rares membres de l'Internationale ayant dirigé la Commune  comme le soulignait déjà le journaliste au Rappel et ex autiste Camille Pelletan.
D'ailleurs, Varlin fut plutôt écarté sous la Commune et ce n'est que plus tard que son prestige communard a grandi dans les publications.
Pour mieux cerner Rimbaud il faut tout de même se concentrer sur sa relation à  Andrieu et au fourierisme et sur son côté antiautoritaire etc. Sans doute proche de Varlin et d'autres de la minorité communard hostile au comité  de salut public de mai 71. Vermersch et Vallès sont deux noms clefs pour ce qui est des influences appréciées et revendiquées par Rimbaud dans la presse. Toutefois  Vallès était ennemi littéraire de Verlaine et comme Lissagaray il ne fût pas directement fréquenté par Rimbaud parmi les réfugiés.
Reste à faire un retour sur l'adhésion à  la Commune. Rougerie souligne plusieurs fois que la qualification qui convient est celle de mouvement libertaire en évitant malgré tout le terme trop connoté l'anarchisme ou la filiation à Bakounine. Par ailleurs, Rougerie comme d"autres souligne l'importance de 1848 et la césure politique entre de

ux formes de républicains suite au massacre de juin 48 et on parle alors de République  démocratique et sociale  expression appliquée par Verlaine à  Rimbaud dans Les Poètes maudits, lequel Verlaine évoquait subrepticement les massacres de juin 48 dans ses Poèmes  saturnien. C'est là que mon enquête se poursuit avec le franquisme et un retour sur la figure de Theophile Ferre. Par exemple, même si vous lisez les livres de Rougerie et d'autres, il vient un moment où le comité central et la garde nationale sont des notions assez floues. La garde nationale était bourgeoise en fév 48  elle s"est démocratisée ensuite et est devenue plutôt l'expression du populaire en 70w-71. Et moi pour comprendre la Commune, il faut comprendre le comité  central, les échecs des coups d'état blansuistes en août 70 puis bien sûr à la fin d'octobre 71  en passant par les tensions à partir du 4 septembre entre deux camps républicains hostiles. Il faut suivre les vocations et évènements de février et mars 71 et enfin il me semble qu'il faut des mises au point sur le travail de Ferre notamment pour préparer les comités d d 'arrondissement et la garde nationale à une pensée communard avec prise de pouvoir à  la clef et en ce sein cernet l'idée précise et sous un angle pragmatique des franchises communales dans la tension entre la capitale et la province



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