jeudi 6 octobre 2016

Retour sur un "détail" de la conférence de Jacques Bienvenu du 20 octobre 2015

Je ne peux m'empêcher de réagir à un point important concernant l'iconographie rimbaldienne.
Sur le blog Rimbaud ivre auquel j'ai participé par le passé, Jacques Bienvenu a mis en ligne un article intitulé "Extraits de la conférence du 20 octobre 2015". Cet article offre un lien vers de larges extraits d'une conférence qui s'est tenue à Charleville-Mézières.

Je donne donc et le lien de l'article du blog Rimbaud ivre, et le lien offrant les extraits.



Ce qui m'intéresse, c'est à partir de 14 minutes et 53 secondes les mises au point sur le tableau censé représenter Arthur Rimbaud et attribué à Jef Rosman.
Jacques Bienvenu déclare avoir contesté ce tableau et voici le lien vers cet article décisif sur la question.


Dans la conférence du 20 octobre 2015, Jacques Bienvenu semble laisser le dernier mot à une expertise qui a fait suite à son article de contestation. Il semble alors donner le dernier mot à cette expertise qui considère qu'il n'est pas impossible que le tableau date de 1873 même.
Peu après le 20 octobre 2015, Jacques Bienvenu avait déjà mis en ligne sur son blog un compte rendu qui signalait que finalement le tableau était authentique selon les expertises.
Cela est malheureusement tendancieux. S'il est normal que Jacques Bienvenu n'impose pas sa vérité face à cette expertise, car quelque part la logique veut que sa contestation soit validée par les critiques rimbaldiens, ceux qui le lisent, et pas par lui-même, en revanche, il faut se méfier du relais donné à cette posture de retrait. Le compte rendu donne le dernier mot à l'expertise comme si Jacques Bienvenu avait dit explicitement renoncer à sa critique de l'authenticité du tableau. C'est un premier point problématique. Le deuxième point problématique, c'est que ce tableau appartient au Musée Rimbaud et que l'idée que ce tableau soit faux peut déranger. Le troisième point problématique, c'est que dans les termes dans lesquels Jacques Bienvenu rend compte de l'expertise, il n'est nullement plaidé une authenticité du tableau. L'expertise est limitée, et je suis loin de la trouver intelligente et compétente, et elle est limitée à un constat déraisonnable, selon lequel le tableau peut dater de 1873 même parce que les matériaux utilisés pour cette peinture ne témoignent d'aucun anachronisme. Dans les extraits vidéos de cette conférence, nous voyons qu'il est seulement impossible de prouver que le tableau est du vingtième siècle parce qu'il y manque du blanc de titane qui aurait révélé l'anachronisme.
Mais en quoi pour un peintre est-il impossible en 1930 de faire un tableau voulu comme faux avec des matériaux propres au dix-neuvième siècle ? Comment un peintre faussaire ignorerait-il que le blanc de titane est une invention du vingtième siècle, à plus forte raison un peintre de la première moitié du vingtième siècle ?
Et surtout, qu'est-ce qu'une expertise ? Une expertise doit s'intéresser à la provenance d'une oeuvre et à la crédibilité du récit qu'on crée autour.
Ce tableau est apparu non à Bruxelles, mais à Paris après une Seconde Guerre Mondiale, il y en avait eu une première auparavant et 70 ans d'une Troisième République. C'est énorme comme distance. Vive les marchés aux puces, alors.
Jacques Bienvenu a bien montré que la tête représentée est celle de la photo Carjat, le reste du corps n'étant pas peint puisque sous les draps.
Enfin, blessé par Verlaine, Rimbaud a fait un séjour à l'hôpital qui exclut un séjour au lit chez un particulier à Bruxelles dont on ne voit pas comment ce serait une connaissance privilégiée de Rimbaud : celui-ci fréquentait les hôtels et les milieux de réfugiés communards, il arrivait de Londres.
On le sait depuis longtemps qu'aucune madame Pincemaille n'est identifiée comme habitant la rue des bouchers en 1873.
Ce tableau pose problème et il est maintenu comme authentique par pure complaisance et c'est une même complaisance qui veut que la photo de la partie de chasse à Aden passe pour authentique.
Tout cela est léger et peu défendable.
Il n'y a que six photographies authentiques de Rimbaud (sans tenir compte des doublons, photos retouchées) : une en communiant, deux Carjat prises sans doute le même jour avec une autre Carjat de la bouille à Verlaine, et enfin les trois photographies prises au Harar dont Rimbaud rend compte dans une de ses lettres à ses proches.
Tout le reste n'est pas recevable en fait de photographies.
Pour les tableaux, deux seulement sont liés à une pose de Rimbaud pour un peintre, l'esquisse de Fantin-Latour rétablie dans son authenticité par Bienvenu et qui est le seul tableau pour lequel Rimbaud a posé directement et ensuite le Coin de table du même Fantin-Latour, produit dérivé déjà puisqu'il vient de l'esquisse.
Tous les autres tableaux ne sont qu'une manière de surfer sur le désir des gens de se représenter le poète. On vend du rêve, c'est tout. Un peu de bon sens, vous imaginez ce Rimbaud sulfureux rejeté partout dès mars 1872 après l'incident Carjat poser comme un bourgeois pour des peintres qui ne sont même pas ses amis, les Rosman, les Garnier. Tout ça, c'est du pipeau complet.
Ce qui m'inquiète, c'est qu'il y a de l'argent et de la reconnaissance dans ces histoires d'iconographie, et surtout une capacité d'empathie considérable d'un public qui manque complètement de recul critique.
Je n'aime pas de vivre dans une société du consentement à n'importe quoi. Quand on lit Rimbaud, c'est qu'en principe on n'aime pas de s'en laisser compter. Enfin, je crois, oui je crois, enfin je ne suis plus tout à fait sûr, je me trompe peut-être, ah je dois sûrement me tromper. Rimbaud ne devait pas être un insurgé.

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