mercredi 28 janvier 2015

Trouver la rime en "-omphe"

La question des rimes se pose parfois dans la prose de Rimbaud, et dans la prose la plus prosaïque, la correspondance même du poète !

Rimbaud a appelé sa mère non pas la daronne, mais la "daromphe" ! Plus tard, il a déformé le mot "absinthe" en "absomphe", et il parle même précisément d'Académie d'Absomphe !
La fin de mot "-omphe" devient alors une espèce de suffixe inventé par Rimbaud!
En effet, le mot "triomphe" est supposé ne rimer avec aucun autre, il serait le seul à se terminer de la sorte et le mot "triomphe" vient du latin "triumphus", ce qui ne permet pas de remonter à un suffixe latin en "-umphus" que nous sachions !

Normalement, si on ajoute un préfixe ou un suffixe à un mot, c'est qu'on lui prête un sens qui va préciser la base du mot employé : j'ajoute un préfixe au verbe "faire", et j'obtiens des verbes qui ont un sens distinct : défaire, refaire ! Pour le verbe "saler", l'ajout du préfixe a une conséquence originale : "resaler", puisque le "s" continue de se prononcer comme un "s" et non comme un "z" alors même qu'il est entre deux voyelles : "maison", "roses", pour comparer ! Ou bien comparer avec "assaisonnement" ! Le suffixe s'ajoute à la fin du mot et les dictionnaires de référence en donnent souvent toute une liste dans les pages complémentaires sur la grammaire et la formation des mots ! Mais "-omphe" n'est pas le suffixe "-eur", car il faut retrouver le sens donné à ce suffixe inédit par Rimbaud !
Plutôt que de prendre le mot "triomphe" dans son acception banale, je propose de revenir à l'origine du mot!
Le triomphe est une cérémonie liée aux victoires des empereurs romains, et c'est cette association d'idées qui rend selon moi savoureuse la création "daromphe" où imaginer l'intraitable mère en son foyer en empereur vainqueur ! La note de la cérémonie est évidemment moins réjouissante !

Dans le cas de "l'Académie d'Absomphe", Rimbaud envisage l'orgie festive et la déchéance dans l'absinthe comme l'équivalent d'un glorieux festin d'empire romain célébrant une victoire !

Voilà, j'ignore si un rimbaldien a songé faire une mise au point sur le suffixe rimbaldien "-omphe" et ses effets poétiques ! Dont acte !

Edit : j'ai rédigé l'article ci-dessus sur un coup de tête, en quelques secondes!
La rime "triomphe"::"daromphe" se trouve dans un "Coppée", autrement dit dans un dixain réaliste à la Coppée, de Verlaine!

Ce qui m'intéresse, c'est que "-omphe" est une terminaison propre à Rimbaud et que Verlaine le savait, et Verlaine avait identifié la relation au mot "triomphe", ce qui venait probablement là encore de Rimbaud : on ne va pas imaginer que Verlaine a trouvé une propriété qui avait échappé à Rimbaud, ce serait absurde !
Mon étude ci-dessus soutient une lecture par effet de sens du "-omphe" en lui prêtant une signification de métaphore par renvoi au mot triomphe et une signification artificielle de suffixe, ce qui élève le débat du simple constat de corruption comique "daromphe," "absomphe", "delahomphe" voir le commentaire plus bas
Il n'est pas innocent pour moi que "omphe" ne corrompt pas toujours la même terminaison, Pierre Brunel a proposé sorbomphe sur le modèle daronne - daromphe, mais nous avons un cas absinthe-absomphe !
Si le jeu était onomatopéique, Rimbaud aurait plutôt écrit darumpf, par exemple, pour moi "-omphe" fait sens et ce sens enrichit l'humour du poète quand il y recourt !

3 commentaires:

  1. Ce commentaire a été supprimé par son auteur.

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  2. Lira-t-on dans ce "-omphe" une anticipation du poème d'Apollinaire sur Omphale ?

    On f-
    Era avec.

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  3. J'crois pas! les quatrains zutiques ça va dans le poème d'Apollinaire, mais les tercets pas terrible!

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