jeudi 2 avril 2026

Arthur Rimbaud et les rois mages jour 6 : l'alchimie du verbe, un point aveugle des études rimbaldiennes...

 Un peu malade, je ne traite pas le sujet que j'avais prévu de poursuivre, mais il s'agit tout de même d'une étude elle aussi prévue et annoncée, et peut-être qu'elle sera finalement très appréciée. L'alchimie du verbe des poèmes, est-elle dans la forme ou dans les énoncés ? Cette question que ne semble pas se poser les rimbaldiens est pourtant fondamentale.
Prenons "Alchimie du verbe"'. Dans son livre sur Une saison en enfer, Jean-Paul Vaillant dit de cette section que c'est un prosimètre, mais que Rimbaud n'en aurait pas eu conscience, il ne ferait que citer les poèmes en guise d'illustration comme dans ses lettres. Autant je suis d'accord pour identifier un prosimètre, autant je ne comprends pas pourquoi sabrer ensuite l'idée en la présentant comme une réalité involontaire. Il y a une différence fondamentale entre la prose des lettres et celle du récit de "Alchimie du verbe", c'est que ce dernier texte est lui-même une prestation littéraire, une œuvre d'artiste. Vaillant revient aussi sur l'idée que les poèmes ne sont pas forcément dénigrés puisque du coup le poète prend la peine de les publier, comme il l'a fait pour "Les Etrennes des orphelins" et "Les Corbeaux", à quoi ajouter "Trois baisers". Vaillant veut souligner comme d'autres une ambivalence. Il s'intéresse aussi au fait que les poèmes soient retouchés et dit que Rimbaud a voulu les "améliorer" jusqu'au dernier moment, mais en mettant des guillemets prudents à ce verbe "améliorer".
La première question que se pose Vaillant sur les poèmes insérés est de l'ordre d'une alternative : "Les poèmes sont-ils de strictes illustrations des analyses qui les précèdent ou doivent-ils être plutôt considérés comme des insertions à valeur anthologique ?" Objectivement, la question ne se pose pas, les poèmes ne sont pas déclarés par la prose du récit comme une prestation d'anthologie. Ils sont des illustrations de l'alchimie du verbe. En revanche, en posant son alternative malheureuse, Vaillant s'éloigne de la véritable question à poser. Qu'est-ce que l'alchimie du verbe en ces poèmes ? Et il aurait pu poser cette alternative : s'agit-il d'une alchimie formelle ou le contenu lui-même est-il un témoignage savant ?
C'est ça, la vraie question !
Vaillant pose ensuite une deuxième question, toujours sous forme d'alternative : "[...] les poèmes qui y figurent doivent-ils être pris au sérieux ou sont-ils les preuves parodiques des errements du passé du narrateur, qui les condamnerait désormais ?" Ici, il y a un problème de rigueur dans la méthode. Les poèmes seraient parodiques, mais condamnés après-coup : ça n'a aucun sens. Et comme ces poèmes ont une existence manuscrite attestée au printemps et à l'été 1872, il est problématique de les considérer comme "parodiques" dans le cadre du récit de l' "alchimie du verbe". D'ailleurs, cette question est un dérivé un peu maladroit de la première question qui était suffisante pour vider le sujet.
Je' laisse tomber la question des variantes et le renvoi assez dérisoire aux analyses d'Alain Bardel, plutôt qu'à celles d'un autre.
Enfin, Vaillant annonce qu'il va continuer de s'intéresser de près au sens de chaque passage en prose, mais qu'il va se montrer plus sommaire sur l'interprétation des poèmes fournis dans cette section. Cela appellerait des études beaucoup trop longues.
Pour "Bonne pensée du matin", Vaillant renvoie à une lecture ancienne d'Yves Denis et à une étude sienne assez récente, mais les lecteurs de mon blog savent que j'y ai ajouté l'identification d'une source incontestable, une chanson de Desaugiers clairement évoquée par le titre et le premier vers du poème "Bonne pensée du matin".
Mais, qu'est-ce que l'alchimie du verbe ?
Si "Larme" et "Bonne pensée du matin" sont des prestations alchimiques, est-ce qu'il s'agit d'une unité formelle qui sublime le propos ou est-ce que le propos même des poèmes est desservi par la méditation alchimique.
Les deux premiers poèmes illustrant la pratique alchimique sont "Larme" et Bonne pensée du matin", tous deux servis dans des versions sans titre. Le premier poème a pour cadre un retrait dans la Nature, pas trop loin de Paris et de son bassin ("jeune Oise"), et au plan biographique on pourrait penser à l'éloignement forcé des mois de mars et d'avril 1872, le poème étant daté de mai 1872 sur un manuscrit. "Bonne pensée du matin" a un cadre urbain, et même parisien avec une référence biblique "Babylone" qui peut renvoyer à la tour de Babel et au refus par Dieu que le poète rapporte à l'humanité une langue unique. Dans le premier poème, Rimbaud boit ce qui s'apparente à de l'or : "une liqueur d'or", mais l'orage l'empêche de boire finalement. Et à la fin du poème, il se décrit en train de pleurer, ce qui semble signifier un échec alchimique, ce qui crée une distorsion avec le propos du récit "Alchimie du verbe". Le poème lui-même décrit un échec alchimique et en parle en conscience. Quant à "Bonne pensée du matin", le poète qui dénonce de "faux cieux" finit sur une note d'espoir avec des travailleurs qui pourront goûter à une "eau-de-vie" qui serait l'équivalent d'un "bain dans la mer, à midi", ce qui est assez suspect. La Vénus décrite n'a pas la majesté de celle du poème "Credo in unam". Il y a un problème de logique à dire que ces poèmes sont des exemples d'expériences alchimiques auxquelles le poète croyait en mai 1872, et qu'il dénonce en 1873 dans la Saison, puisque les mises à distance, les sentiments d'échec et de frustration sont explicites dans les pièces en question. Le poème "Chanson de la plus haute Tour" est annoncé comme discours aigri et adieu au monde. Ensuite, nous avons deux poèmes "Faim" et "Le loup criait..." qui n'ont rien de positif. Le premier parle d'une faim dérisoire de pierres des "vallées grises" et le second parle d'une mauvaise digestion et d'un écoulement des détritus dans la rivière. Enfin, le poème "L'Eternité" fait une exception. Son discours est exalté et prétend à une révélation, tandis qu'il est introduit par une critique qui met à distance son arrogance : "je prenais une expression bouffonne et égarée au possible". Cependant, le choix verbal "je prenais" nous prévient que le poète était conscient de jouer le bouffon qui s'égare, lorsqu'il composait ce morceau. Et enfin il y a la note sombre du poème "Ô saisons ! ô châteaux !" sur un sentiment d'échec dans la quête du bonheur.
En conclusion, ces poèmes ne sont pas clairement des illustrations d'une pratique de l'alchimie du verbe qui aurait pu faire illusion un tant à Rimbaud.
Maintenant, les questions se posent aussi pour les poèmes en prose.
Prenons "Fête d'hiver" ! Il semble y avoir eu une assez bon article de David Scott en 1979, article en langue anglaise auquel je n'ai pas eu accès, mais il semble aussi avoir quelques défauts rédhibitoires. Pierre Brunel en rend partiellement compte dans son édition critique des Illuminations en 2004. La lecture de Brunel n'est pas très bonne malgré tout. Heureusement, la lecture de référence actuelle vient d'un article de Bruno Claisse qu'il a publié dans la revue toulousaine Littératures et qu'il a repris dans son premier livre rassemblant ses études de poèmes en prose rimbaldiens. Dans l'ancienne édition en Garnier-Flammarion des Illuminations par Jean-Luc Steinmetz, deux articles de Claisse seulement avaient trouvé grâce et étaient cités, celui sur "Marine" et de mémoire et si je ne m'abuse celui sur "Fête d'hiver".
Cet article de Claisse peut être consulté en ligne, il est disponible sur internet. 
 
 
Avec un tel article, vous comprenez que je n'ai pas trouvé nécessaire de publier à mon tour des recherches sur les quelques lignes de "Fête d'hiver", même s'il reste des choses à explorer.
Ceci dit, à la fin de son article, outre que Claisse implique une lecture positive des émerveillements pour les poulies et passerelles de "Villes" ("Ce sont des villes!"), ce sur quoi il est revenu en en découvrant la nature d'humour industriel..., il est affirmé que "Fête d'hiver" cible satiriquement l'univers des Fêtes galantes, reniant son admiration explicite qu'il déclarait à Izambard dans une lettre d'août 1870.
Or, cette ironie à l'encontre de Verlaine, j'aimerais bien qu'elle soit étayée par une vraie analyse des procédés rhétoriques de "Fête d'hiver", parce que même si la lecture de Claisse est très juste l'enrobage satirique et ironique Claisse ne fait qu'affirmer sa réalité poétique par présupposé idéologique sur la personnalité et plus précisément les intentions intellectuelles de Rimbaud en écrivant ce poème. Je suis désolé, mais le poème est une succession de phrases neutres où on peut conserver toute la finesse de lecture de Claisse sans garder grand-chose du registre satirique, et surtout on ne voit pas où est l'ironie à l'encontre de Verlaine dans ce morceau, préjugé de Claisse qui lui venait sans doute de Fongaro !
Il y a quoi de clairement ironique ? "coiffées au Premier Empire", et éventuellement "Rondes sibériennes", et encore !
Et ce problème apparaît avec force dans "Vies" : "je suis un inventeur bien autrement méritant que tous ceux qui m'ont précédé, un musicien même qui ai trouvé quelque chose comme la clef de l'amour [...]". Cette fois, il est sensible qu'on peut difficilement prendre au premier degré l'énoncé, mais Rimbaud cible la "Conclusion" des Mémoires d'outre-tombe et toute la question est de déterminer le plan à partir duquel déterminer l'intention ironique du propos rimbaldien...

mercredi 1 avril 2026

Arthur Rimbaud et les rois mages jour 5 : les débuts poétiques de Vigny

Rimbaud ne cite pas Vigny dans sa lettre à Demeny du 15 mai 1871. Seuls Lamartine et Hugo sont mentionnés comme "premiers romantiques" qui ont montré des dispositions de voyants. Il y a bien l'image du train qui fait penser à Vigny, mais cet anachronisme patent de la part de Rimbaud renvoie à une invention qui, même dans la seule Angleterre, ne prend son envol qu'à partir de 1829 si je ne m'abuse, et le poème "La Maison du berger" date de 1843 et ne figurera que dans le second recueil de Vigny Les Destinées paru à titre posthume, ce qui donne une certaine résonance à son titre d'ailleurs. Le recueil Les Destinées a paru en 1864 grâce aux soins de Louis Ratisbonne qui en était en charge, l'année qui a suivi le décès de Vigny, lequel avait pourtant pris soin d'organiser le recueil définitif, pas comme un certain Rimbaud avec ses Illuminations (n'est-ce pas Murphy, n'est-ce pas Bardel, n'est-ce pas Reboul ?). Rimbaud mentionne aussi Musset, mais un peu à part de son classement en premiers et seconds romantiques, et surtout en tant que contre-exemple. Notons aussi que Rimbaud considère que Victor Hugo a surtout du vu dans ses derniers volumes, ceux de l'exil. Rimbaud est ici très différent de Verlaine qui préfère l'intimisme des premiers volumes et repousse la solennité des recueils de l'exil. Rimbaud rejoint en cela Baudelaire qui considérait dans Réflexions à propos de  quelques-uns de mes contemporains que Victor Hugo atteignait des sommets de poète précisément voyant, apte aux correspondances, dans Les Contemplations et la première série de La Légende des siècles. Notez que les universitaires baudelairolâtres et même les intellectuels daubent superbement les préférences littéraires de Baudelaire : premiers recueils de Gautier et Légende des siècles... Hugo est enfermé dans une dépendance à ce qui nous vaut un Belmontet, et aussi dans ce qui a accompagné les débuts du romantisme, la pensée d'un Lamennais.
Je reviens donc au cas de Vigny.
Sur ce blog, j'ai déjà levé un voile sur les premières publications de Desbordes-Valmore et de Vigny, en révélant le rôle joué par ces deux poètes, avant Hugo, sur l'évolution des césures et des entrevers, plan complètement ignoré encore à l'heure actuelle des métriciens, Cornulier ou autres, qui ne sont pas décidément des historiens de la littérature. Vigny reprenait en réalité les principes appliqués par Chénier, Roucher et Malfilâtre à la fin du XVVIIIe siècle ou par les poètes du XVIe siècle. Malgré le vers final du célèbre poème "Le Mondain" de Voltaire, on peut dire que Vigny a repris à Chénier le principe de faire revenir sur le devant de la scène les rejets d'épithètes dès son poème "Héléna", et qu'à partir de la publication de son poème "Dolorida", Viigny a provoqué Hugo à emboîter le pas et à aller plus loin. Cette influence de Vigny sur la versification hugolienne n'est pas connue, puisque c'est moi qui l'ai constatée et précisée dans ses détails. Vigny va renoncer à lutter avec Hugo et assagir sa versification dans les poèmes réunis dans son recueil final. Pourtant, dans "Eloa" et dans "La Frégate La Sérieuse", Vigny a non seulement précédé Hugo dans la reprise du trimètre, ce que prouve un fragment inédit d'un "Satan", mais il a inventé très longtemps avant Hugo le trimètre assoupli : "Voilà pourquoi, toujours prudents et toujours sages," ce vers du poème "Eloa" est selon moi le premier trimètre romantique jamais publié, il n'y a pas de triple répétition, ni une symétrie grammaticale ternaire simple, comme dans les premiers trimètres d'Hugo dans CromwellLes Feuilles d'automneLes Chants du crépuscule, etc. On pourra soutenir que l'alexandrin de "Eloa" est involontairement un trimètre, et je n'ai pas de problème à accepter ce débat, mais outre l'existence d'un trimètre à triple symétrie grammaticale à la agrippa d'Aubigné dans le fragment contemporain "Satan" de Vigny : "Frappez le corps, blessez le cœur, versez le sang," ici nous avons tout de même une répétition de l'adverbe "toujours", adverbe qui fait partie du trimètre le plus connu de la poésie classique : "Toujours aimer, toujours souffrir, toujours mourir", dans Suréna de Corneille. Vigny a non seulement réduit de trois à deux occurrences la répétition qui sert à exhiber le trimètre, mais au moyen de la coordination il a évité que la répétition soit rythmiquement basique : "toujours... toujours..." devenant "toujours prudents, et toujours sage," et il a choisi un premier membre dont l'allure grammaticale pouvait faire corps sans ressembler aux deux éléments suivants : "Voilà pourquoi," ce qui fait que c'est le premier trimètre romantique français, mais aussi le premier trimètre assoupli des décennies avant les premiers exemples hugoliens ou autres. Etrangement, Vigny ne va pas persévérer. Il avait antidaté ses premiers poèmes pour ne pas qu'on lui reproche l'influence évidente de Chénier, et ici il ne va pas chercher à rappeler son antériorité sur Hugo en pratiquant d'autres trimètres, l'exception étant selon moi le deuxième de ces deux alexandrins consécutifs du poème "La Frégate La Sérieuse" :
 
BOULOGNE, sa cité haute et double, et CALAIS,
Sa citadelle assise en mer comme un palais ;
 puisque la recherche de performance à la césure est manifeste avec un rejet de deux épithètes coordonnées, et non plus le rejet d'un seul adjectif : "haute et double", puis un calembour de chevauchement à la césure du vers suivant :"assise en mer" où vu l'allure ternaire du vers qui précède et le pliage symétrique du chevauchement "assise en mer" il est difficile de ne pas ressentir la création d'un trimètre plus qu'assoupli. Ce point peut se discuter. Selon les contextes, des vers à la conformation grammaticale similaire ne seront pas considérés par moi comme des trimètres, mais ici je n'hésite pas à soumettre à l'attention un vrai candidat au fait exprès.
Cela étant dit, il y a une autre influence de Vigny sur Hugo. Vigny a apporté à Hugo un tour que tous nous associons spontanément à Hugo.
Mais, d'abord, parlons des publications.
Vigny est né en 1797, il est légèrement plus âgé qu'Hugo. En 1814, il combat militairement pour la Maison du Roi. Il compose et publie de premiers poèmes. Il les a antidatés, mais ce que nous connaissons de lui vient après la publication en 1819 d'un recueil posthume des poésies d'André Chénier. Le poème "Héléna" retiré de l'élite de ses poèmes et de ses recueils définitifs date de 1819 et est d'une importance capitale dans l'histoire de l'évolution du vers français comme je l'ai déjà montré sur ce blog, fait inconnu des métriciens, je le rappelle. Vigny publie quelques poèmes dans des revues et grâce aux frères Deschamps il fait la connaissance des trois frères Hugo et publie justement dans leur revue.
En 1822, Vigny publie la même année que Victor Hugo son premier recueil qui s'intitule simplement Poèmes. Il contenait encore la pièce "Héléna". Il y avait ensuite trois poèmes "antiques" : "La Dryade", "Symétha" et "Le Somnambule", trois poèmes judaïques : "La Fille de Jephté", "Le Bain" et "La Femme Adultère", et trois poèmes modernes : "La Prison", "Le Bal" et "Le Malheur". Le recueil s'ouvrait par une "Introduction" et "Héléna" était suivi d'une "Note".
Au-delà de 1822, Hugo et Vigny continuent à publier des poèmes, "Dolorida" jouant un rôle intéressant dans l'histoire des rejets d'épithète puisqu'il est publié dans la revue des frères Hugo en octobre 1823, juste avant que Victor Hugo ne pratique le rejet d'épithète dans un poème "Le Chant du cirque" daté de 1824, Lamartine pratiquant trois rejets d'épithètes à la césure dans deux poèmes méconnus de 1825 avant d'y renoncer et de s'en tenir à sa versification initiale. Mais Hugo publie à nouveau son premier recueil en le modifiant, retranchant un tout petit nombre de poèmes, mais surtout l'augmentant à chaque fois. Hugo publie de nouvelles versions de son recueil de 1822, en 1823, puis en 1824. La forme définitive sera établie en 1828, tardivement donc ! Mais Vigny va remanier son recueil dans un temps plus long. La forme définitive que nous connaissons sous le titre Poèmes antiques et modernes date de 1841 à cause du poème "Le Malheur" réintégré, de 1837 si on s'en tient aux nouveaux apports en tant que tels. Vigny a publié non pas une nouvelle version de son recueil, mais un deuxième recueil en tant que tel intitulé Poèmes antiques et modernes, puisque tous les poèmes qu'il contient sont alors inédits : "Le Déluge", "Moïse", "Dolorida", "Le Trap[p]iste", "La Neige" et "Le Cor". En réalité, à partir de 1829, Vigny a fondu ensemble ses deux premiers recueils sous le titre Poèmes, en l'augmentant de pièces inédites, puis en 1837 il a apporté de nouveaux inédits et a repassé au titre de son second recueil Poèmes antiques et modernes. C'est pour cela qu'il est difficile de parler d'un premier recueil continuellement augmenté de Poèmes antiques et modernes, puisqu'il y a eu deux recueils distincts à l'origine.
Le recueil de 1826 contient donc "Dolorida", mais aussi "Moïse".
En tête du "Livre mystique" dans l'édition définitive en recueil, "Moïse" est le premier poème qui s'offre à la lecture à partir de l'édition de 1829 et cela ne changera pas en 1837 et 1841. Il s'agit du deuxième poème dans l'ordre de défilement du recueil de 1826. Or, le début de ce poème n'a-t-il pas modelé de manière décisive une partie de l'imaginaire hugolien ? Je ne lis pas de telles images dans les odes publiées par Hugo avant 1826. Nous avons le spectacle du soleil dans les premiers vers, mais aussi l'image du front de lumière du prophète qui "perça le nuage de Dieu". Hugo, d'évidence, sauf un poème m'ayant échappé, s'est donc nourri de la grandiloquence sacrée des vers du poème "Moïse", et avec son titre significatif Poèmes antiques et ses propres descriptions solaires, de "Midi", Leconte de Lisle a lui aussi subi l'influence évidente du "Moïse" de Vigny :
 
Le soleil prolongeait sur la cime des tentes
Ces obliques rayons, ces flammes éclatantes,
Ces larges traces d'or qu'il laisse dans les airs,
Lorsqu'en un lit de sable il se couche aux déserts.
La pourpre et l'or semblaient revêtir la campagne.
[...]
Vers le Midi, Juda, grand et stérile, étale
Ses sables où s'endort la mer occidentale ;
[...]
Prophète centenaire, environné d'honneur,
Moïse était parti pour trouver le Seigneur.
On le suivait des yeux aux flammes de sa tête,
Et, lorsque du grand mont il atteignit le faîte,
Lorsque son front perça le nuage de Dieu
Qui couronnait d'éclairs la cime du haut lieu,
L'encens brûla partout sur les autels de pierre,
[...]
Vigny a donc apporté ce modèle à Hugo, et on peut penser à un rôle de relais, les idées étant d'origine biblique. Tout de même, comme ça spontanément, je suis incapable de remonter plus haut la genèse du front qui émet de la lumière. Ensuite, il y a autre chose d'important à préciser. Vigny subit lui-même ici l'influence lamartinienne que trahit l'emploi verbal "promène" qui vient d'évidence de sa lecture du poème "L'Isolement" qui ouvre les Méditations poétiques. La scène est similaire évidemment et chez Vigny la coordination "errante et solitaire" appliquée à la "maison du berger" est un tic d'écriture qu'on retrouve aussi dans "Moïse" justement : "errante" le cède alors à "puissant" qui offre un écho de voyelle nasale soit dit en passant, mais le principe de la coordination et de la valorisation de la solitude est le même :
 
Hélas ! je suis, Seigneur, puissant et solitaire,
Laissez-moi m'endormir du sommeil de la terre !
 
Rimbaud ne va pas suivre ce développement précis, mais il est important de constater que les vers bibliques de Vigny sont imprégnés de l'aura du poème "L'Isolement" de Lamartine. On retrouve ce motif issu de Chateaubriand du désir de mort, malgré la foi. Vigny a publié des études sur Byron et le deuxième poème du recueil de Lamartine est adressé  justement à Byron, et ce "Moïse" fait preuve ici d'une insubordination quelque peu byronienne. Lamartine et Vigny sont monarchistes, mais ils sentent tout de même le soufre au plan religieux, même si Lamartine essaie de le minimiser. Le soleil est célébré au couchant en conformité avec le motif de la feuille morte chez Chateaubriand et Lamartine, en conformité aussi avec le sujet du poème.
Je remarque que la rime initiale "tentes"/"éclatantes" se retrouve dans "Voyelles" à cheval sur les deux quatrains avec un "E blanc" qui est un spectacle de lumière du ciel sur les éléments terrestres, en impliquant des cimes que sont les "Lances des glaciers fiers". 
Rimbaud connaissait-il intimement le texte de Vigny ? En tout cas, Vigny est un jalon historique important qui entre en résonance avec ce que Rimbaud dit et fait des capacités de voyant de Lamartine et Hugo. Le titre Les Illuminations s'inscrit très clairement dans une gradation volontaire par rapport à Lamartine et Hugo : Méditations poétiquesLes ContemplationsLes Illuminations. A une époque où les titres d'Hugo et Rimbaud n'existaient pas encore, Sainte-Beuve va créer sur le modèle du nom "Méditations" le titre Consolations en s'inspirant du premier recueil d'Hugo et de ses préfaces successives, puisque nous l'avons vu ! Hugo définissait le poète comme un consolateur et employait à dessein le nom "méditation" dans ses préfaces. Or, Vigny va définir un genre pour les derniers poèmes qu'il va ajouter à son recueil de 1837 : Poèmes antiques et modernes, il utilise lui aussi le suffixe en "-tion" avec le mot "Elévation". Les deux poèmes concernés sont "Les Amants de Montmorency" et surtout "Paris".
Les connaisseurs des vers de Vigny étant d'évidence peu nombreux, je considère que cette mise en perspective vaut le détour pour l'étude en contexte historique des poésies rimbaldiennes.
Puis, il faut prendre son temps. Pour l'instant, ce qu'on voit se dessiner c'est les modalités de poètes voyants en fonction du cadre chrétien. C'est très net dans les odes hugoliennes, c'est très net, malgré l'attitude rebelle, chez Vigny. On va continuer d'explorer ce cadre chrétien avec Lamartine. Il faut d'abord bien poser tout ça avant de voir ce qu'en a fait Rimbaud et aussi pour comprendre pourquoi Rimbaud va accorder un talent visionnaire à des poèmes qui relèvent de l'idéologique religieuse que Rimbaud combat de toute son âme. Il faut bien à un moment donné chercher à comprendre comment tout cela s'articule.

lundi 30 mars 2026

Arthur Rimbaud et les rois mages jour 4 : réalités manuscrites et interprétations (MàJ 16h)

Je voulais continuer sur le versant des poètes développant l'idée du "voyant" avant Rimbaud, ou bien faire des articles sur des points de vue anciens avec le texte de Giusto dans l'OEuvre-Vie ou les articles de Jean-Paul Corsetti dont j'ai le livre posthume, histoire de faire contraster cela avec le temps présent. J'ai aussi une idée d'article sur un problème particulier à "Alchimie du verbe" : les poèmes sont-ils des exemples de l'alchimie du verbe pour la forme ou leur contenu, leur discours est lui-même de l'ordre de la prétention alchimique ? Mais l'actualité est de combat avec la mise en ligne fatigante d'Alain Bardel sur son site "arthurien".
Bardel a publié un article le 29 ou le 30 mars dont j'ai déjà parlé. Voici le lien pour le consulter et son titre :
 
 
Je commence par une remarque formelle. L'article n'a pas d'introduction, il commence par un point 1 qui est une citation et la réponse à cette citation. Avec désinvolture, la présentation de la cible est placée négligemment dans la première phrase de réplique ! C'est déjà très cavalier comme approche : "Thierry Cazentre qui occupe telle fonction a écrit ça, je ne laisse pas passer." Déjà, ça en dit long sur Bardel et l'équipe de la revue Parade sauvage qui sont complètement en roue libre. Et cet article est donc une exécution publique d'un inconnu du monde rimbaldien. Déjà, dans la manière de faire, c'est très inquiétant, inquisitorial. On a un procès de la parole sur la place publique au nom d'une vérité sacrée.
Bardel énumère des ratures en commençant par citer les cas sur lesquels il tait significativement les réponses que j'ai apportées : "Aussitôt après que", "la main de la campagne" modifié en "compagne". J'ai expliqué que le crayon était le fait des éditeurs quand l'encre était le fait de Rimbaud en principe, et que le repassage du crayon par l'encre était aussi le fait des éditeurs, ce qui concerne la pagination et une mention du titre "Illuminations" sur "Promontoire", je parle des passages raturés ou repassés ou corrigés. Cela, Bardel n'en parle déjà pas dans son livre fac-similaire, alors que c'était le sujet de son édition fac-similaire ! Bardel rentre dans le lard, mais il n'est lui-même pas exhaustif. Il prend le premier couteau sous la main et il attaque les gens, il ne fait jamais un travail complet.
 
La note 2 attaque une phrase concessive de Guyaux en 2019. On n'a pas la preuve que la pagination est bien de Rimbaud, Bardel épingle le "bien" qui a une valeur concessive. Le persiflage est assez vain. La pagination n'est de toute façon pas de Rimbaud. Ce n'est pas Rimbaud qui a paginé "Promontoire", "Génie", "Soir historique", le manuscrit autographe de "Promontoire" n'étant même pas paginé comme l'a fait remarquer Bienvenu, et ce n'est pas Rimbaud qui a paginé non plus la série en 24 pages comme l'argument massue du séquencement du traitement des titres et des pages et du nom "Arthur Rimbaud" nous l'apprend sans appel ! Après, c'est sûr que la preuve ne s'explique pas à un chien ou un chat, ils ne sont pas équipés pour comprendre.
 
La note 3 est encore sur la pagination et reproche à Michel Murat d'avoir quitté le clan murphyen de la pagination autographe. Ici, Bardel fait semblant de ne pas pouvoir comprendre : pourquoi directement numéroter à l'encre les pages 12 et 18 et pas le reste ? La réponse ne fera pas plaisir, essayons de la formuler poliment : en clair, il y a un raisonnement obtus à croire que les pages sont paginés à l'encre parce qu'elles remplacent des pages antérieures. Murphy et Bardel ont sur ce sujet des raisonnements obtus.
Bardel parle de cohérence, mais c'est la thèse qu'il défend qui pose un problème de cohérence : où sont passées les pages 12 et 18 initiales si elles ont été remplacées, si le but était de changer l'ordre ? Pourquoi ne pas effacer les chiffres au crayon ? Le crayon, ça s'efface avec une boule de pain. Bardel n'a jamais connu que la gomme, mais Rimbaud s'il écrit au crayon, dans cette hypothèse, c'est parce que ça s'efface avec du pain ou je ne sais quoi de son époque. C'est le principe de précaution qui justifie d'utiliser le crayon ! Et si l'un des deux remplacements est pour mettre "Veillées" I et II devant "Veillée" qui devient "III", ça veut dire que le feuillet paginé 18 au crayon il contient d'autres textes et d'autres textes qui se tiennent sur un seul feuillet. Et si l'autre est pour ajouter des poèmes courts à une série "Phrases", pourquoi la page 12 initiale a disparu ? C'est l'explication de Murphy et de Bardel qui n'a aucun sens. Et de la page 13 à la page 24, il n'y a aucun feuillet autonome, alors qu'il en faudrait deux pour essayer de dire que les feuillets 12 et 18 initiaux sont ailleurs.
Ce contre-argument, Bardel refuse de l'entendre, mais il peut se boucher les oreilles tant qu'il veut, ça ne change rien au fait que la thèse de Murphy n'est pas cohérente.
Alors que les pages 12 et 18 si la numérotation est directement à l'encre il y a une explication imparable, c'est comme par hasard les deux feuillets de format différent auxquels faire attention.
Passons au feuillet d'un format différent avec des transcriptions au recto et au verso paginé 21 et 22, ici Bardel se réfugie derrière une citation du maître : selon Murphy, on ne voit pas pourquoi par caprice Fénéon aurait mis le feuillet différent contenant "Nocturne vulgaire", "Marine" et "Fête d'hiver" au milieu de la série homogène. Mais, si on suit Murphy, on ne voit pas non plus pourquoi Fénéon aurait repris la pagination à "1" et "2" pour une copie allographe de "Promontoire", puis aurait paginé les poèmes en vers "nouvelle manière" à la suite de quelques poèmes en prose. Si on suit Murphy, on ne voit pas pourquoi après avoir publié exclusivement des poèmes en prose, la revue aurait publié un numéro exclusif de poèmes en vers "nouvelle manière", puis enfin sur d'autres numéros des ensembles d'abord poèmes en prose sinon en vers libres, puis poèmes en vers. Il n'y avait pas d'alternance au départ, pourquoi s'y être laissé entraîner ? Donc, si on suit le raisonnement de Murphy, les poèmes en vers ont été paginés par Rimbaud pour faire partie des Illuminations et se mélanger à eux à partir d'un certain moment.
Pourquoi Fénéon prendrait-il des initiatives ? s'étonne Murphy. La question, elle est vite répondu !
Fénéon a revendiqué avoir mis "Après le Déluge" au début il me semble, mais il faudrait vérifier, parce que moi qui suis plus scrupuleux que Bardel et Murphy je retiens surtout son texte d'époque où il dit commencer par les cataclysmes ce qui convient mieux au choix opéré dans la plaquette où "Barbare" a été mis en second à la suite de "Après le Déluge". Il faudrait relire attentivement tous les écrits de Fénéon. Mais, ce qui me fait marrer, c'est que Bardel et Murphy ils ne l'ont pas fait ça, relire tout, tout soupeser, tout articuler, on leur oppose des arguments auxquels ils n'ont jamais pensé, ils ont confiance en la baraka, ils auront raison à la fin quoi qu'il arrive. C'est lunaire. Ils savent déjà la solution alors que depuis le début de cette querelle toutes les analyses de détail viennent de moi, de Bienvenu et leur ont échappées. Depuis le début, ils sont accrochés comme Reboul d'ailleurs, comme Murat jusqu'à un certain moment, à l'idée passive que les feuillets 12 et 18 sont à l'encre parce qu'ils en remplacent d'antérieurs. Tout le reste, ça leur passe au-dessus, mais la baraka est là pour qu'ils puissent espérer avoir raison à la fin. Ils vont s'en sortir.
Et, justement, il y a l'effet d'aubaine du point 4 où selon les témoignages Fénéon n'est intervenu qu'après la publication des numéros 5 et 6 qui contiennent les 24 premières pages, sauf que ça ne change rien à l'étude matérielle de la pagination. Que ce soit Fénéon ou un autre ne change rien au travail de pagination par les protes. La pagination suit le séquencement des livraisons dans les numéros 5 et 6. De fait, il y a la mention "Arthur Rimbaud" au crayon au bas de la page 9 et un séquencement en trois parties pages 1 à 9, pages 10 à 14 et pages 15 à 24 qui concerne pagination et soulignement des titres. Et la pagination reprend à un livraison par livraison à partir du numéro 7. Fénéon ne change rien à l'affaire. Et de fait, quand il arrive à la livraison du numéro 7, si tel est le cas, si les témoignages sont à cent pour cent fiables, il a affaire à des chiffons volants non paginés qu'il numérote lui-même.
Il serait l'inventeur du mélange des vers et des proses, mais ça Bardel et Murphy sont tellement obnubilés par la volonté de croire à un recueil paginé par l'auteur puis miraculeusement ordonné sans pagination qu'ils n'y pensent même pas. Ils n'arrivent pas à penser à tout à la fois.
Si Fénéon bouleverse l'ordre à partir du numéro 7, cela veut dire que la revue n'envisageait de toute façon pas que les manuscrits avaient un ordre à suivre. Là encore, cet esprit de nuance n'existe pas chez les tenants de la pagination autographe, puisqu'ils "savent" que la musique est autographe.
Ensuite, on passe à certains points sur l'intervention de Nouveau au début de 1875 en citant son découvreur Bienvenu et l'article récent de Reboul, mais je ne vais pas m'y attarder, puisque j'adhère à cette révélation.
Passons au point 6) sur "Veillées". Bardel nous propose en "imagination" comme il dit d'envisager Kahn et d'Orfer paginés à l'encre les deux manuscrits d'un format différent, les pages 12 et 18, après avoir paginé tout le reste au crayon, et il déclare que c'est absurde ! Mais ça, c'est les limites de l'imagination de Bardel. Au contraire, moi, je pense que Kahn et d'Orfer ont fait la pagination à l'encre et la pagination au crayon simultanément ou qu'ils ont d'abord paginé à l'encre les deux feuillets d'un format différent. Mon imagination privilégie deux cas de figure qui s'opposent à celui que veut nous imposer comme repoussoir Bardel.
Bardel se réfugie derrière Murphy qui prétend qu'un éditeur aurait simplement paginé tout ça d'une traite, mais c'est du raisonnement limité tout ça. Oui, Murphy, il fait des articles sur "Lys", "Vieux de la vieille" et "Hypotyposes" comme parodies de Silvestre, Gautier et Belmontet sans lire toutes les poésies de Belmontet et de Silvestre, il rate ainsi la source évidente, jusqu'à la rime quand même, pour le quatrain "Lys", il rate les plagiats de Belmontet dans les "Hypotyposes" et du coup dans "Vieux de la vieille" où là il a une excuse.
Sérieusement, Kahn et d'Orfer ont entre les mains des chiffons volants ils voient bien que deux feuillets d'un format différent peuvent former des séries : "Phrases" et "Veillées", ils peuvent très bien paginer à l'encre en priorité les deux feuillets problématiques.
Alors, il est vrai que, dans le débat, il n'y a pas que l'alternative chiffons volants et manuscrits partiellement paginés en 24 pages. Quand on combat la pagination autographe, fatalement il se pose la question de la création des séries "Phrases" et "Veillées", et le danger est se mettre à confondre la création des séries avec la pagination, ce dans quoi Bardel et Murphy tombent complètement.
Contre la pagination autographe, il y a un génie qui s'appelle David Ducoffre. Bardel a bu dans le passé un verre à la terrasse du Café des artistes avec cet homme extraordinaire qu'est David Ducoffre. Steve Murphy a mangé à côté de lui parfois. Ils pourront se vanter d'avoir connu David Ducoffre, de l'avoir fréquenté. Et, donc ce David Ducoffre exceptionnel, il a un raisonnement nuancé. Le coup de génie de David Ducoffre, et je le nomme avec son prénom et son nom, parce que c'est quelqu'un, il a compris un truc de dingue, digne d'un expert dans la science quantique, il a compris que le crayon était toujours employé par les éditeurs sur les manuscrits de Rimbaud, il a compris que dans les corrections du texte manifestement celles au crayon viennent des éditeurs, en Vogue ou en Vanier, et que les corrections à l'encre sont de Rimbaud, précisément "compagne" pour "campagne" c'est les éditeurs et ainsi de suite, mais les remaniements à l'encre sont de Rimbaud, et justement dans le cas de "Veillée" modifié en "III" les modifications sont exclusivement à l'encre, et avec son appareil cérébral en état de marche David Ducoffre, oui David Ducoffre c'est ça, a compris que le remaniement pour créer la série "Veillées" en trois parties numérotées en chiffres romains devait bien être de Rimbaud et que l'emplacement du manuscrit venait d'un acte de Rimbaud, puisque le "III" est d'emblée à l'encre et que de tels remaniements n'ont pas concerné "Ville" au singulier par ailleurs et les deux "Villes" où le principe a avorté, mais que, pour autant, cette réunion ne changeait rien au fait que la pagination n'existait pas avant d'arriver sur les bureaux de la revue en 1886 ! Puisque la pagination est au crayon en grande partie, parfois repassée à l'encre, puisque cela s'accompagne de faits convergents dans le séquencement des manuscrits au plan des soulignements des titres comme au plan de la mention "Arthur Rimbaud" au bas de la page 9 sur le principe de ce qui sera appliqué au bas du dernier poème de la page 14 sur le contenu de la livraison numéro 5. Mais, ça, c'est trop subtil pour Murphy, Bardel, Reboul, Murat. Là, non, c'est trop subtil, on ne peut pas suivre. En tout cas, ma démarche nuancée me fait ranger la construction des trois "Veillées" dans le champ d'une opération manuscrite rimbaldienne, et j'apporte un argument preuve, l'opposition des corrections au crayon et à l'encre quand ça s'applique aux poèmes directement ou à leurs titres, je pense à "Jeunesse IV" avec la mention allographe "Veillée" au crayon !
Mais, comme mon raisonnement est nuancé, je ne garantis rien sur le cas du feuillet 12 continuant "Phrases", je ne garantis rien de rien sur "Après le Déluge", ni sur le feuillet paginé au recto et au verso avec "Nocturne vulgaire", "Marine" et "Fête d'hiver". Mais, comme je suis cruel avec mes opposants, j'ajoute ceci : avez-vous pensé que ce diable de David Ducoffre peut vous amener deux arguments en faveur de "Après le Déluge" placé exprès au début du recueil ? Il y a le mot "estaminet" qui est commun à "Après le Déluge" et au tout premier poème de Gaspard de la Nuit, argument en l'état un peu bidon, mais surtout David Ducoffre met en perspective "Après le Déluge" en le comparant au chapitre 2 introductif du roman La Confession d'un enfant du siècle de Musset et aussi au premier poème après le "Prélude" des Chants du crépuscule : "Dicté après juillet 1830". Parce que si le but est d'exalter la place introductrice de "Après le Déluge", comment ça se fait que vos organisations cérébrales daubent superbement une pareille mise en perspective ? Jusqu'à plus ample informé, vous vous contentez de lire "Après le Déluge" pour lui-même, c'est un poème communard qui regrette que ça ne reparte pas, peuchère. Votre lecture ne vole pas plus haut ? On est d'accord ! Vous tenez au recueil, mais vous n'avez rien à dire dessus ! Vous vous contentez de broutilles ! C'est moi qui ai dit sur mon blog qu'on pouvait lire "Matinée d'ivresse" comme la suite immédiate de ce qui se passait dans "A une Raison", c'est moi qui ai répliqué sur "Barbare" que le dernier paragraphe de "Métropolitain" est comme une introduction au poème suivant, tandis que vous vous comparez "Après le Déluge" et "Barbare" aux extrémités des vingt-quatre pages, sachant que le recueil se poursuit par des feuillets non paginés selon vos dires mêmes. Moi, je traite directement l'intérêt de la transcription continue, le truc sur lequel tout le monde peut s'accorder à peu près. Faites un peu mieux votre travail.
Dans le cas du manuscrit avec des transcriptions au recto et au verso, outre la nature picturale des trois poèmes en question, ce qui me frappe, c'est qu'il s'agit précisément des trois poèmes où l'emploi des tirets est le plus poussé à l'extrême. A la limite, il y a aussi un cas d'extrême des tirets dans un paragraphe du poème de la page 23 intitulé "Angoisse", mais ce n'est pas probant pour autant.
Mais de toute façon, vous vampirisez tout, vous recrachez tous les arguments pour affirmer votre thèse unique en considérant que vous seuls pensez à tout, comprenez tout, et vous ramenez tous les arguments à vous, comme si c'était le fruit exclusif de votre réflexion.
Moi, je vous le dis en face, je n'ai pas constaté vos compétences analytiques, vous bricolez en espérant à la fin avoir raison, avec d'énormes problèmes de nuances, de remise en cause, on vous entendra jamais dire comme moi je peux le faire que je me suis battu contre l'attribution de "Poison perdu" avant de changer d'avis. Ce que je constate, c'est que la pagination ne saurait être autographe, mais que vous êtes tellement autoritaires que vous n'êtes même pas capable de concevoir la séparation des points qui posent problème et le fait qu'il faille séparer la conception des trois "Veillées" et la pagination. Et vu qu'il n'y a pas de pagination, Rimbaud a créé la série des trois "Veillées", mais cela n'entraîne pas de conviction personnelle chez moi d'un recueil voulu pour toute la suite homogène, et je constate que la série homogène partait de "Enfance" et se terminait sur un manuscrit dont une version ratée de "Enfance I" figurait au dos, donc le cas de "Après le Déluge" ou de "Nocturne vulgaire", "Marine" et "Fête d'hiver", ben non, vous n'avez pas vos preuves que Rimbaud les a placés là exprès. Que ça vous plaise ou non ! Vous n'avez pas la science infuse et ça il va falloir l'accepter !
 
 
***
 
Il faut bien comprendre le problème. Steve Murphy, Alain Bardel, Michel Murat et Yves Reboul sont des littéraires et la rigueur scientifique n'a pas l'air d'être leur fait. Et je rappelle qu'à propos de "L'Homme juste", si étayer l'identification hugolienne demande un effort, dénoncer l'identification à "Jésus" dans un texte où il est écrit "Socrates et Jésus !" ce n'était pas la mer à boire. Dans les années quatre-vingt, c'est simplement le début des études attentives des textes. Le poème incomplet "L'Homme juste" n'était pas le centre de l'intérêt, et si les rimbaldiens identifiaient auparavant "L'Homme juste" à Jésus, c'est un témoignage de leur manque d'attention aux textes. L'identification hugolienne n'était qu'une question de temps, même si le mérite revient à Reboul d'avoir su être celui qui a saisi l'opportunité.
Au plan des manuscrits des Illuminations, on n'a pas affaire à des scientifiques. Ils se persuadent de la pagination autographe sur des affirmations péremptoires et simplistes : Les pages 12 et 18 sont numérotées à l'encre dans une suite paginée au crayon, donc c'est des pages qui ont remplacé d'anciennes au crayon. Ils ne maîtrisent pas non plus le raisonnement par l'absurde. Bardel s'y essaie en prétendant que si on attribue les numérotations à l'encre de deux pages à Kahn et d'Orfer, c'est absurde parce que tout le reste est déjà au crayon.
Il faudrait démontrer que la pagination au crayon a été faite d'une traite.
Ils n'ont pas cette rigueur scientifique. On a une pagination au crayon repassée à l'encre pour les neuf premières pages avec la mention Arthur Rimbaud au crayon au bas de la neuvième page. Il n'est pas difficile de comprendre qu'à partir de la page 9 celui qui a repassé à l'encre a paginé les pages 12 et 18, tandis qu'une autre personne tenant le crayon a paginé le reste. En quoi serait-ce anormal ? Celui qui utilise l'encre n'a aucun mal à sauter par-dessus deux futurs feuillets paginés 10 et 11 au crayon, comme à sauter par-dessus cinq autre feuillets ensuite. C'était peut-être le patron, il a fait dans la concision, à charge à son collègue de parachever la pagination.
Dans tous les cas, ce séquençage est la clef de compréhension de la pagination. Il y a l'argument de Bienvenu sur le manuscrit autographe de "Promontoire en lien avec la pagination reprise au-delà du dossier de 24 pages, car définitivement Murphy, Bardel et Reboul sont obligés d'admettre qu'il y a une partie non paginée par Rimbaud, donc le recueil ordonné n'existe pas. Point barre à jamais ! C'est fini ! F-I-N-I !
Et l'autre argument massue qui est de moi, c'est le jeu des convergences pour la page 9.
Ce n'est pas l'opposition de deux convictions. Il y a un travail scientifique, et il y a des clowneries sans réflexion approfondie avec des manières de trancher simplistes et péremptoires. C'est pareil pour "ou daines" qui devient ",de daines " avec des gens qui s'attribuent des élucidations qu'ils reprennent à une publication officielle erronée.
Le manque de sérieux de l'équipe Parade sauvage est gravissime, parce qu'ils ne font aucun effort de traitement scientifique de l'information. Dans cent vingt ans, les gens riront de leurs applaudissements pour des élucidations qu'ils considéraient d'une intelligence rare. Vraiment, il faut arrêter le sketch, on a affaire à des humains lambda. 
 

dimanche 29 mars 2026

Arthur Rimbaud et les rois mages jour 3 : le traité des imposteurs

La parole universitaire sur Rimbaud est confisquée par une génération ou deux qui publiaient dès le début de la décennie 1980, voire dans la décennie 1970. Steve Murphy, André Guyaux, Yves Reboul, Pierre Brunel, Benoît de Cornulier, Yoshikazu Nakaji, Louis Forestier, Jean-Luc Steinmetz ou Michel Murat sont des autorités depuis les années 1980, Cornulier a écrit un premier livre Effets de sens à la fin des seventies je crois et Théorie du vers date de 1982. Brunel publiait des livres d'histoire de la littérature française à destination du lycée que ma mère possédait l'année équivalente à la terminale en Belgique, ce qui renvoie à 1968-1969. Marc Dominicy publiait déjà lui aussi au milieu des années soixante-dix. Bref, on dirait que les rimbaldiens ont décidé de forme des professeurs inamovibles d'un éternel lycée Rimbaud. Avant eux, il y avait eu d'autres noms rimbaldiens qu'on les estime ou non : Bouillane de Lacoste, Etiemble, Antoine Adam, Margaret Davies, Antoine Fongaro, Jean-Pierre Giusto, etc., etc. Antoine Raybaud, Bernard Meyer ou Sergio Sacchi avaient eu une reconnaissance de pair, ainsi que Bruno Claisse, Marc Ascione et Jean-Pierre Chambon.
Avec la création de la revue Parade sauvageon peut observer le renouvellement sur plusieurs décennies. Or, il n'y a pas eu de nouveau rimbaldien reconnu majeur via cette revue, ni moi, ni Bataillé, ni Rocher, ni d'autres. Il ne s'agit que d'admettre une cour de collégiens face aux maîtres. A part moi, tout le monde montre patte blanche. Bardel qui est de la génération des maîtres ne découvre rien par lui-même, il est mis en avant. Frémy et Whidden ont été propulsés codirecteurs de la revue Parade sauvage avant même de s'être fait connaître. Toutes les citations qu'on fait d'eux par la suite ne découlent que du poste qu'ils ont occupé et qui leur a créé des avantages évidents. Et le retour d'ascenseur faisait que la revue célébrait son inventeur Steve Murphy par la voix de ses multiples moins continuateurs que reflets. Denis Saint-Amand a été à son tour propulsé codirecteur de la revue sans avoir jamais fait parler de lui auparavant, et il a même été éditeur en Garnier-Flammarion d'une édition de l'Album zutique. Sur l'Album zutique, je suis le spécialiste incontestable, je suis bien placé pour relativiser le livre Sociologie du Zutisme ou le dossier de notes du livre paru en Garnier-Flammarion. J'ai quantité de découvertes concrètes, et dans ce que s'attribue Teyssèdre j'ai des preuves de mon antériorité dans sa bibliographie. En 2021, on a eu l'apparition d'Adrien Cavallaro en codirecteur d'un Dictionnaire Rimbaud. Cavallaro n'est pas connu avant ce dictionnaire, maintenant il devient une référence incontournable, mais il n'a rien apporté de personnel, on lui offre un poste et on lui dit qu'il sera le porte-parole officiel du consensus rimbaldien. Il est à présent cité pour un article sur le titre Les Illuminations avec article où il ne fait que redire ce qu'a établi Murphy dans un article en réponse à Fongaro en 2004.
Scepi aurait pu être un nouveau rimbaldien reconnu, mais il reste à la marge et n'est pas tellement présent sur la revue Parade sauvage. Bienvenu n'a fait qu'un passage et a son blog. Moi, je suis dans les faits le meilleur, mais au plan de la reconnaissance c'est la banquise avec une surface sans aspérité.
 L'exception, c'est Alain Vaillant. Il est professeur à la Sorbonne, a sorti un livre sur Une saison en enfer et a codirigé le même dictionnaire que Cavallaro. Son livre sur la Saison n'est pas très bon, sauf sur "L'Eclair", il manque d'études personnelles vraiment personnelles ou sinon d'études personnelles qui ne soient pas dans les généralités mais qui correspondent à des études au plus près des textes. Scepi et Vaillant, j'aurais pu comprendre que ce soient des nouveaux patrons qui arrivent d'un coup. Mais Frémy, Saint-Amand et Cavallaro, c'est pas des successeurs. Les dés sont pipés, c'est toujours une revue qui est la voix de son maître, Steve Murphy. Dans les éditions courantes ou savantes, vous lisez les avis exclusifs de cette génération que Rimbaud appellerait de... messieurs : Brunel, Forestier, Guyaux, Murphy, Steinmetz, Borer.
Pour l'établissement du texte, c'est eux qui décident. Ils ont décidé les crochets ou "de daines" pour un vers de "L'Homme" juste", la leçon "mène" de Berrichon, la non reconnaissance du point d'exclamation dans "Amour ! force" pour "Angoisse", la non reconnaissance de la signature "PV" pour "L'Enfant qui ramassa les balles..." Solidaire d'un des leurs, Jean-Jacques Lefrère, ils se sont tus tout le temps qu'a duré l'affrontement sur la photographie du Coin de table à Aden, alors que certains savaient que Lefrère essayait de l'imposer sans preuve, alors même qu'ils avaient dit ne pas y croire en privé.
Je rappelle que tous ces messieurs quand ils vont à la Sorbonne ne sont pas en mesure d'identifier la chambre de Rimbaud à l'Hôtel de Cluny qui était au rez-de-chaussée et pas au troisième étage, la mansarde ne concernant que l'appartement rimbaldien suivant. La pièce se situait là où est l'actuel salle de petit-déjeuner de l'hôtel. Elle n'était pas encore démolie au début des années soixante-dix. Les rimbaldiens qui allaient à la Sorbonne avant le milieu des années soixante-dix, ils ont raté quelque chose.
Mais passons.
Ils protesteront de leur amour pour les poésies de Rimbaud, il ne faudrait pas les ombrager, et patati et patata.
Je ne sais pas comment ils accommodent leur goût pour la vassalité, la féodalité avec leur exaltation à lire des poèmes communards ou révolutionnaires de Rimbaud. Il y a quand même quelque chose qui sonne faux. Puis, caviarder en "de daines" le texte de "L'Homme juste" en mettant sa susceptibilité plus haut que la valeur littéraire de Rimbaud, faut le faire !
 
Je reviens sur l'article de Cavallaro à propos du vers qu'il croit encore à déchiffrer de "L'Homme juste".
Dans le résumé, il dit qu'il propose une solution. Dans la première page, il dit que je n'ai fait que faire progresser le déchiffrement et dans la note 1 au bas de cette même page il remercie Benoît de Cornulier et Steve Murphy, deux messieurs au sens rimbaldien, qui "ont conduit à l'élucidation de ce vers."
Je ne reviens même pas ici sur le fait qu'ils se trompent, que la leçon est bien "ou daines", car ce que je pointe du doigt c'est que la solution à la fin de l'article est "de daines" avec une virgule à ajouter devant. Autrement dit, Cavallaro dit explicitement qu'il propose la solution de Cervoni avalisée par Guyaux en 2009 qui me l'a attribuée malgré tout. Je sais que c'est Cervoni qui a lu "de daines", elle me l'a dit lors du colloque Les Saisons, et je lui ai répondu que c'était écrit "ou daines" et que la leçon "de daines" ne doit pas m'être attibuée. Cervoni n'est pas une nouvelle rimbaldienne, elle est un relais d'André Guyaux, mais c'est elle qui a cru lire ",de daines" et Guyaux lui a fait confiance à tort. D'ailleurs, quand vous voyez qu'est traitée aussi cavalièrement une information, vous, mes lecteurs intelligents, une partie seulement de mes lecteurs, vous vous dites que à tous les coups c'est une gaffe énorme qui va se retourner contre le personnage désinvolte. Cornulier, Murphy, Cavallaro, non, pas du tout ! Ils ne se méfient pas, ils applaudissent la désinvolture. Donc Cavallaro se réapproprie la leçon de Cervoni/Guyaux par un article qu'il croit de... mise au point ! Il nous y ramène, mais il faut le créditer pour le voyage. Et dans une note 1 de bas de page, il félicite la participation de Murphy et Cornulier. Mais en quoi Murphy et Cornulier ont-ils été utiles ?
Cornulier a eu un courriel de ma part sur l'article de Cavallaro, je n'ai pas eu de réponse. Je me disais qu'il se défausserait peut-être en disant n'avoir participé à la réflexion que sur les points métriques, sauf que Cavallaro me reconnaît tout le reste, l'ajout au vers du "O" non édité jusque-là, la césure acrobatique sur "ces". Il a fallu remercier Cornulier pour l'avoir interrogé sur la légitimité de mon analyse métrique du vers ? Parce que c'est ça que signifient les remerciements de Cavallaro, je vérifie auprès d'un métricien supérieur que ce que dit Ducoffre est valide sur le vers à déchiffrer de "L'Homme juste". Mais, à la fin des fins, pourquoi Cornulier est-il remercié puisqu'il n'a rien apporté de différent ni à ce que j'ai établi ni à ce qu'on établi par-dessus moi Cervoni et Guyaux ? J'aimerais qu'on m'explique. Et c'est pareil pour Steve Murphy. Il a amené à l'élucidation de quoi ? Cavallaro, Murphy et Cornulier se congratulent d'avoir élucidé un vers alors qu'ils ne font qu'enregistrer la solution erronée de 2009 de Cervoni et Guyaux. Cavallaro se flatte de devenir bientôt un éditeur des poésies de Rimbaud, cela fait bien d'avoir un article de déchiffrement personnel du manuscrit, sauf qu'il n'y a rien. Il ne fait que ramener à ce qui est déjà publié en 2009 dans la collection de La Pléiade. Pareil pour le titre Les Illuminations, il ne fait que renforcer ce qu'a établi Murphy en 2004. Il peut se vanter de quoi concrètement au plan du déchiffrement ?
Il fait simplement l'historique des interventions contradictoires de ces dix-sept dernières années et il se trompe sur toute la ligne. Et il se contente d'exhiber des "d" manuscrits de Rimbaud alors qu'il sait que le débat doit consister en une confrontation entre les "o" et les "d", confrontation sans appel. Il affirme absurdement qu'un point qui transperce le manuscrit du recto au verso donne l'illusion de lire un "u", ce qui est faux, et il prétend lire un "e" alors que non seulement il n'y a pas le trou de la boucle d'un "e", mais il n'y a même pas la forme d'un "e" où le trou intérieur de la boucle serait absent parce que la boucle trop recourbée sur elle-même. A côté du "ou", il montre six "de" sinon "des" manuscrits rimbaldiens où systématiquement on reconnaît la forme et la boucle d'un e. Il n'y a pas de boucle dans le "ou" qui est un "ou", pas un "de".
En clair, la revue Parade sauvage porte ce nom non parce qu'il s'agit d'études rimbaldiennes mais parce qu'il s'agit de prestations de clowns.
Dans le même numéro de la revue, on a droit à un article d'Yves Reboul qui nous parle très évasivement de la pagination des Illuminations et qui parle aussi de la découverte de Bienvenu d'un recopiage tardif des Illuminations avec Nouveau en janvier-février 1875, puisque les "f" bouclés sont absents de la lettre à Andrieu du mois de juin 1874, qui correspond à la fin de la cohabitation de Nouveau en Angleterre avec Rimbaud. Reboul fait une très belle trouvaille qu'il exhibe en énigme dans le titre de son article. Nouveau a fait une image sur les visages alpestres des ardennais parce qu'il était dans les Ardennes lors de l'hiver plus rigoureux du début de l'année 1875. Mais, en revanche, à la lecture du reste de l'article, je ne considère pas que Reboul avance une thèse nouvelle sur la raison du silence de Rimbaud, puisque je le dis moi-même depuis longtemps que Rimbaud a arrêté la poésie parce que tout horizon lui était fermé, et il faut y ajouter la dispute lors de son passage à Paris en 1875, chose dont j'ai déjà parlé. Je considère aussi que les considérations sur les raisons de la colère de Rimbaud contre Nouveau sont hypothétiques et que le silence conservé vis-à-vis de Richepin est peut-être un peu monté en épingle. Certes, par la lettre de Verlaine qui en parle, on sait que Nouveau a été dépositaire des manuscrits, il serait en charge de leur trouver un éditeur, mais ça ce n'est jamais que le prétexte que Rimbaud a envoyé au visage de Verlaine pour le vexer. Qu'est-ce qui vous permet de prendre tout ça au premier degré ? Oui, Rimbaud aurait pu demander à Verlaine de les lui envoyer, mais à quelle adresse ? Et envoyer les manuscrits à Bruxelles à Nouveau, c'était pas impertinent, mais cela supposait que Rimbaud écrive ses directives à Nouveau. Il y a une volonté de croire que dans les lettres les phrases sont simples et univoques. Nouveau allait faire publier Les Illuminations. Il était plus indiqué que ce soit lui qui le fasse que Rimbaud. En quoi ? Financièrement ? On ne sait même pas ce qu'il s'est passé pour ce dossier de manuscrits entre 1875 et 1878 après l'envoi à Nouveau. On ne sait rien du tout !
Ce 29 mars, sur son site Arthur Rimbaud, Alain Bardel qui, si Murphy est Mendès, doit être entre Emile Bergerat et Eugène Manuel a pondu un nouvel article à rallonge sur les manuscrits des Illuminations.
Moi, je me bats sans aucune visibilité réelle. Bardel a déjà publié plein d'articles sur son site, il en a publié dans des revues, il a publié une édition fac-similaire et un livre va sortir le 10 avril. Mais il éprouve le besoin aussi d'y revenir sans cesse sur son blog. C'est son sujet quasi exclusif, en-dehors de comptes rendus. Il ne parle même pas du sens des poèmes, ce qui est assez inquiétant quant à l'idée du contenu du livre à venir. Il noie en réalité le poisson, puisqu'il fait un long article sans mettre en avant l'essentiel le séquencement visible des manuscrits en fonction de la publication par livraisons dans la revue La Vogue. Il ne fait même pas un article pour répondre à des objections. Il ressasse. Le seul truc sur lequel je m'attarderais, c'est l'écriture du titre "Veillées", mais on s'en épargnera la peine. Bardel fait comme Cavallaro il assomme son lecteur de photographies de chiffres 2. Rimbaud appellerait ça "s'enfoncer jusqu'aux yeux dans la source de soie". Ce n'est pas une méthode d'analyse. Il n'y a rien de rigoureux. C'est juste un étourdissement travaillé par de l'autoconditionnement qui entretient l'autoconditionnement.
Or, Bardel prend un non rimbaldien, mais un très officiel personnage, puis il le dézingue en énumérant les choses avec lesquels il devrait être d'accord avec Murphy, Reboul et un peu Murat contre Guyaux et un peu Murat, donc des messieurs rimbaldiens des années 80. Bardel ne pense qu'au sein de l'establishment. C'est hallucinant ! Il y a des personnes autorisées, le reste c'est du public. Et comme je faisais remarquer le système absurde des congratulations de Cavallaro, Murphy et Cornulier pour une élucidation qui si elle n'était pas erronée ne serait pas du tout de leur fait, ici Bardel implique une démonstration de Bienvenu, mais Bienvenu n'est cité que pour ce qu'il apporte. A aucun moment, Reboul ou Bardel ne soulignent que Bienvenu démontre avec ma participation que la pagination n'est pas autographe. Il y a un catéchisme comme à l'église où on arrange les pièces, tous les morceaux sont cousus proprement, on ne laisse rien dépasser. On lit l'article de Bardel du 29 mars et rien d'autre, on croira Bienvenu acquis à la pagination autographe. En clair, Bardel écrit des articles qui se veulent des textes sacrés. C'est du droit religieux canonique appliqué à Rimbaud, et en parlant de canon à boulets forcés.
Parade sauvage, donc ! c'était du cirque ! Et dire que j'y ai participé. Boah ! j'aurai été bête de cirque dans ma vie, c'est toujours mieux que rien !

Arthur Rimbaud et les rois mages jour 2 : Victor Hugo le monarchiste...

Les rimbaldiens, depuis la décennie 1980, aime bien dire que Rimbaud n'a jamais employé le mot "voyance", seulement le mot "voyant", comme si les deux mots relevaient de deux sphères du sens nettement distinctes. On pourra en reparler à propos soit d'un essai de Frédéric Eigeldinger, "La voyance avant Rimbaud", soit à partir de la notice de Jean-Pierre Giusto aux Illuminations dans l'édition du Centenaire intitulée Oeuvre-Vie. Mais il y a un autre point qui interpelle. Quand Rimbaud déclare qu'il veut être "voyant", il adhère alors à la Commune de Paris sans bien soupçonner qu'elle est sur le point d'être écrasée militairement. Et surtout les poèmes de Rimbaud qui témoignent d'une volonté de tenir un rôle visionnaire vont relever d'une pensée communaliste ou communarde. Le poème "Le Bateau ivre" se clôt sur la vision des pontons, le poème "Les Mains de Jeanne-Marie" célèbre les femmes de la Commune assimilées par les vainqueurs à des "pétroleuses", le poème "Paris se repeuple" célèbre Paris, le poème "Voyelles" rend hommage aux martyrs de la Commune avec l'image du charnier du "A noir", du sang craché du "I rouge" et la poésie des strideurs du Suprême Clairon commun à "Paris se repeuple". Les poèmes des Illuminations sont souvent assez faciles à cerner au plan politique et le premier d'entre eux qui a bénéficié d'un commentaire éclairant, "Après le Déluge", est clairement l'expression d'un regret que la Commune n'ait pas triomphé, ce qui est le cas également de "Qu'est-ce pour nous, mon Coeur,..." parmi les poèmes en vers "nouvelle manière". Or, dans la lettre du 15 mai 1871 à Demeny, Rimbaud écrit que "les premiers romantiques ont été voyants sans trop bien s'en rendre compte", la "culture de leurs âmes" s'étant "commencée aux accidents". Outre la différence entre "s'être commencée aux accidents" et "avoir commencé aux accidents", Rimbaud parle alors de poètes monarchistes qui auraient été "voyants" involontairement. Rimbaud choisit l'image des trains qui est en réalité anachronique dans son développement, mais il faut revenir sur les premiers romantiques dont il cite deux noms : Hugo et Lamartine. Marceline Desbordes-Valmore étant laissée à l'écart au plan de l'histoire littéraire, les premiers poètes romantiques sont en effet Lamartine, Hugo et Vigny. Musset leur est adjoint en tant que grand romantique. Les quatre grands romantiques sont Lamartine, Hugo, Vigny et Musset, sauf que Musset n'entre en scène qu'à la toute fin de l'année 1829. Musset est de la génération de Gautier et Nerval en réalité. Chateaubriand devrait être le premier écrivain romantique français, mais on peut s'épargner le débat vu qu'il n'est pas connu comme poète. Lamartine est le plus âgé et il écrit des poèmes avant 1820 dans la sphère privée. Son recueil de 1820 Méditations poétiques est la première publication d'un recueil de vers qu'on peut dire romantiques, même si deux de ses vers les plus célèbres sont des plagiats de poètes chrétiens du XVIIIe siècle, la notion de préromantisme n'ayant finalement rien de sot pour désigner une certaine production littéraire antérieure. Hugo participe aux Jeux floraux toulousains dès 1819 si je ne m'abuse, ses premiers essais échappent donc à l'influence lamartinienne, et la question peut se poser pour les premiers essais de Vigny. En tout cas, très vite, Hugo et Vigny vont s'inspirer des grands succès des Méditations poétiques, ce qui se ressent sur leurs premiers recueils respectifs. Je parlerai une prochaine fois de Vigny, ainsi que de Lamartine. J'ai choisi de parler ici de Victor Hugo. A ses débuts, Victor Hugo affirme des convictions monarchistes. Hugo est quelqu'un qui a un ancrage émotionnel familial marquant. Sophie Trébuchet soutient la carrière poétique naissante de son fils Victor et il existe aussi une rivalité avec le frère Eugène qui lui aussi participe aux Jeux floraux toulousains et compose des poèmes. Sophie Trébuchet va décéder en juin 1821, tandis qu'Eugène Hugo, qui était lui aussi amoureux de la future femme de Victor Hugo, va perdre sa santé mentale à partir de 1822 et cesser rapidement d'être un poète rival au sein de la fratrie. A partir de la mort de sa mère, Victor Hugo va pouvoir évoluer par l'attachement pour son père qui va enfin être libéré, si on peut parler ainsi, mais cela prendra encore plusieurs années.
Les recueils ultérieurs de Victor Hugo ne changeront pas, encore qu'il existe des versions concurrentes pour les vers des poèmes des Feuilles d'automne. Il y aura bien des ajouts à la marge dans Châtiments en 1870, mais sinon les recueils ultérieurs sont établis une fois pour toutes, à l'exception de La Légende des siècles, mais Rimbaud n'en a connu de toute façon que la première série.
Le premier recueil de Victor Hugo tel qu'il nous est parvenu est devenu Odes et ballades. Il a connu plusieurs remaniements et peut être comparé au cas du premier recueil d'Alfred de Vigny.
Dans les éditions actuelles, nous profitons de la compilation de toutes les préfaces des différentes éditions du recueil et aussi d'un appareil de notes qui nous apprend quels poèmes faisaient partie de telle ou telle édition précise. Je me réfère personnellement à l'édition des Odes et ballades dans la collection Poésie Gallimard établie par Pierre Albouy. Rimbaud a dû connaître essentiellement la seule version définitive du recueil et la préface finale de 1853. Malgré tout, je tiens à m'intéresser à chaque préface.
La première préface de 1822 concerne un volume intitulé Odes et Poésies diverses. Le poète revendique deux intentions qu'il lie ensemble au plan de la publication : une intention politique et une intention littéraire. Et Hugo précise que l'intention littéraire suppose l'intention politique au nom de l'argument suivant : "dans la pensée de l'auteur, la dernière est la conséquence de la première, car l'histoire des hommes ne présente de poésie que jugée du haut des idées monarchiques et des croyances religieuses." Le second paragraphe concède que l'arrangement n'a pas été méthodique, car le poète a suivi l'intuition selon laquelle "les émotions d'une âme n[e son]t pas moins fécondes pour la poésie que les révolutions d'un empire." Et l'amorce du troisième paragraphe annonce déjà de loin en loin la préface des Orientales : "Au reste, le domaine de la poésie est illimité." Et il poursuit par un dualisme du "monde réel" combiné à un "monde idéal" "qui se montre resplendissant à l’œil de ceux que des méditations graves ont accoutumés à voir dans les choses plus que les choses." Ce dualisme est relayé par un autre, superposition qui ne va pas de soi en réalité, entre "forme des idées" et "idées elles-mêmes. La forme des idées serait un peu de l'ordre du "monde réel" et les "idées" seraient l'idéal, ce qu'Hugo précise par une formule qui est restée : "La poésie, c'est tout ce qu'il y a d'intime dans tout." Ce troisième et dernier paragraphe est important. Hugo mentionne à dessein le nom "méditations" mis en avant par le recueil de Lamartine et il formule l'idée clairement reprise par Rimbaud dans sa lettre à Demeny : "voir dans les choses plus que les choses". Le monde idéal est celui des idées et celui plus précisément de l'expression intime des idées ! Toutefois, il y a une perspective axiale étrangère à Rimbaud dans ces propos du jeune Victor Hugo : une primauté des idées monarchiques et des croyances religieuses.
La préface s'accompagne d'une note pour rappeler que certaines odes composées et publiées depuis 1819 l'ont été dans un contexte politique qui a un peu évolué en 1822. Cette préface a été reconduite dans l'édition de 1823, mais celle-ci fournit une nouvelle préface plus ample où le poète prend la plume pour éclairer le lecteur sur "le but qu'il s'est proposé en composant ces Odes."
Hugo précise en priorité que le poète doit avoir pour "objectif principal" de se montrer "utile" à la société avec une "intention honorable". Hugo explique pourquoi il a choisi la forme de l'ode. L'argument fait partie de la conception du poète comme mage, il convient de le citer : "c'était sous cette forme que les inspirations des premiers poètes apparaissaient jadis aux premiers peuples." Le problème vient de ce que l'Ode française est considérée comme froide et monotone et ne semble donc pas convenir à tout ce qu'il y a "de touchant et de terrible, de sombre et d'éclatant, de monstrueux et de merveilleux" dans les événements des trente dernières années (1789-1819). Hugo a considéré que l'Ode n'était pas un mauvais choix par essence, mais qu'il fallait en modifier la forme. Il convenait de renoncer à l'abus mécanique des des apostrophes, des exclamations, des prosopopées et "autres figures véhémentes", moyens plus étourdissants qu'émouvants utilisés en surabondance, et il était plus judicieux de travailler sur les idées développées dans l'Ode, en suivant une idée fondamentale qui elle-même suivrait rigoureusement le fil des événements d'un récit, l'ode se rapprochant dès lors de l'écriture dramatique, et en disciple de Chateaubriand Hugo remplace "les couleurs usées et fausses de la mythologie païenne" par "les couleurs neuves et vraies de la théogonie chrétienne". Hugo travaille alors à l'élaboration d'un discours poétique "consolant et religieux" nimbé de sage austérité.
A partir de 1824, une préface plus longue encore fait alors passer le débat à un autre niveau, celui de l'opposition du clan des classiques au clan des romantiques. Amalgamé au second clan, forcément, Hugo qui a vanté son procédé d'ode dramatique dans sa préface de 1823 et qui se réclame de Lamartine en employant le nom "méditations", cherche à se situer au-delà pourtant de la mêlée, mais dans l'arène pour défendre une conception de la poésie.
Je reviendrai dans un autre article sur la préface de 1824 puisque les lignes du débat se déplacent. En revanche, nous avons vu que Victor Hugo dans les précédentes préfaces a défini une conception de mage en poésie sur le modèle traditionnel qui s'appuie sur le légitimisme et la foi chrétienne avec des références aux voyants des récits bibliques. Et Hugo se situe alors dans un monde qui connaît les révolutions, mais il est un mage pour les dénoncer au nom de l'ordre ancien rétabli. 
 Il faut joindre à l'étude des premières préfaces l'ode intitulée "Le Poète dans les révolutions" qui ouvre le recueil définitif. Ce poème fait précisément cent vers comme "Le Bateau ivre". Il est composé de dix dizains, dizains au sens classique et non au sens coppéen, schéma de rimes ababccdeed qui suppose la fusion d'un quatrain et d'un sizain. Ce poème a aussi l'intérêt de faire alterner deux voix. Les quatrains impairs sont entre guillemets et les quatrains pairs sont les réponses prises en charge par le poète lui-même. Ce type de composition à voix alternées est le modèle suivi par Musset dans une partie de "La Nuit de mai". J'en profite aussi pour signaler à l'attention l'épigraphe tirée des "Iambes" d'André Chénier, puisque cela participe d'une récupération monarchiste de la figure du poète André Chénier qui a été guillotiné, mais qui n'était pas contre-révolutionnaire, mais ceci reste une digression en passant. Le poète revendique dès le deuxième dizain son engagement, son refus de demeurer insensible aux grands événements. Hugo avance d'emblée une image de consolateur, ce qui ne sera pas le cas de Rimbaud, mais en revanche Hugo et Rimbaud ont en commun de se vouloir engagés entièrement dans les événements qui débordent leurs existences individuelles. Hugo a une influence cornélienne évidente dans son lyrisme : "Et qui sait aimer sait mourir." L'influence des tragédies classiques est assez nettement sensible sur la manière poétique de parler d'Hugo dans son premier recueil, ce qui va dans le sens de sa déclaration sur le remaniement formel du genre de l'ode. Ce qui m'intéresse plus particulièrement, c'est que dans le développement du discours Hugo explique qu'il ne s'identifie pas aux prophètes des premiers temps qui savent "à la terre inquiète / Révéler ses futurs destins", mais que, pour autant, "Le mortel qu'un Dieu même anime / Marche à l'avenir". Grâce à sa détermination, il peut sonder les profondeurs et accepter les sacrifices, et il articule cela à une conviction selon laquelle "le bonheur du vice / Par l'innocence est expié". Et l'idée est alors d'un prophète possible à condition de connaître le martyre : "Prophète à son jour mortuaire". La strophe finale oppose le bonheur à l'aspiration à la gloire et se termine sur une image romantique qui désigne clairement les gloires littéraires du moment que sont Chateaubriand et Lamartine, avec une perfide mention du nom "aiglon" pour un monarchiste :
 
[...]
Mais pour l'aiglon, fils des orages,
Ce n'est qu'à travers les nuages
Qu'il prend son vol vers le soleil.
 Signe d'admiration peut-être involontaire du mythe napoléonien, l'image de l'aiglon correspond bien sûr à la feuille envolée des deux écrivains susmentionnés.
D'autres articles vont suivre sur les autres préfaces hugoliennes, sur d'autres recueils hugoliens aussi. J'en prévois aussi sur Lamartine, mais vu ce que je viens de développer j'annonce déjà un article sur les premières publications de Vigny. Je pense en particulier au poème intitulé "Moïse" où une antériorité sur Hugo m'a frappé. Et cela intéresse aussi les études rimbaldiennes.
J'observe aussi que ce 29 mars Alain Bardel a mis en ligne un nouvel article sur Les Illuminations en tant que manuscrits organisés ou non. L'argumentation tourne en rond, Bardel invoque sommairement un opposant et répète ses arguments montrant qu'il n'écoute jamais les leçons, ne tire aucun enseignement.
Puisqu'il lit visiblement ce blog qui fait allusion à sa publication prochaine, je fais remarquer que son article est une répétition de quelqu'un qui a pignon sur rue et qui publie en ce moment coup sur coup deux livres à l'intention du grand public. Ses articles montrent qu'il cherche à croire ce qu'il raconte, plus qu'il n'en est convaincu. Surtout, ce sont des articles longs qui fonctionnent par omission, puisque évidemment la fin de la pagination autographe est liée à la question du séquencement de la pagination par rapport aux publications par livraisons dans la revue La Vogue. Murphy, Bardel, Reboul ou Murat ne comprennent pas visiblement, mais c'est un problème de compétence critique qui se pose à ce moment-là, ni plus ni moins. Vous n'êtes tout simplement pas compétents. Je rappelle qu'une partie conséquente des pages des livres de Steve Murphy sont des interprétations rimbaldiennes de poèmes ou vers qui ne sont pas de Rimbaud : "L'Enfant qui ramassa les balles...", "Vieux de la vieille" et "Hypotyposes saturniennes ex Belmontet" sans oublier la "Lettre du baron de Petdechèvre...", ce qui aurait pu se négocier simplement en consultant les cibles désignées Belmontet ou en prenant en considération la signature "PV" d'un manuscrit. Murphy a publié une étude du quatrain "Lys" sans lire les vers d'Armand Silvestre, et sans identifier la source de la parodie. Et pour "ou daines", Murphy a été incapable d'identifier le "ou" et dix-sept ans après le déchiffrement il se fait partisan d'un "de". Et je trouve assez piquant que Bardel qui a un site qui fournit l'intégralité des textes de Rimbaud en transcriptions tout azimut soit plus pressé de redire son évangile sur les manuscrits des Illuminations, en jouant à flatter Bienvenu en l'incluant et en prenant comme importante à juste titre sa découverte sur la présence de Nouveau à Charleville au début de l'année 1875, sauf que Bienvenu est forcément loin de remettre en cause son travail de démonstration que la pagination n'est pas autographe, soit plus pressé de cette répétition-là, disais-je, que de se prononcer sur la lecture de deux vers d'un des si peu nombreux poèmes en alexandrins qui nous soient parvenus. Combien de fois Bardel lit-il par an le poème "L'Homme juste" ? Et la question se pose pour tous les rimbaldiens. 
Et enfin, dans les études graphologiques, il va falloir arrêter de brandir des comparaisons sur la seule foi d'une ressemblance. Cavallaro se complaît dans la ressemblance de mouvement de la main pour former tant un "d" qu'un "o", n'exhibant que des "d" manuscrits à ses lecteurs pour donner une illusion d'évidence factuelle, tandis que Bardel nous aligne des "2" formés de la même manière. Mais vous croyez qu'il y a des millions de façons d'écrire les chiffres à la plume à l'époque de Rimbaud ? On débat de quoi, là ?
 
 

samedi 28 mars 2026

Arthur Rimbaud et les rois mages jour 1 : "mexicaine et flamande"

 Je commence une section "Arthur Rimbaud et les rois mages", le titre va m'obliger à osciller entre deux sujets : rendre compte de travaux de rimbaldiens ou rendre compte de modèles possibles comme Hugo, Chateaubriand, Nerval, etc. J'ai des petites idées qui se rassemblent, par exemple rendre compte des recueils Odes et ballades ou Les Voix intérieures de Victor Hugo. Ces deux recueils ne sont pas les plus exploités par Rimbaud, ni les mieux connus, mais on y identifie des phrases très simples sur le poète comme visionnaire, guide pour la société et homme ayant un devoir à l'égard de la société. On a des définitions sur le pouvoir du poète avec des restrictions, jadis des prophètes pouvaient voir l'avenir, il en va différemment du poète, et je relève aussi des phrases sur les efforts à fournir pour correspondre à son rôle, et je trouve que c'est à comparer à la lettre du voyant de Rimbaud. Je pense aussi à la Conclusion des Mémoires d'outre-tombe à cause de "Vies". Je prévoyais un article sceptique sur Aurélia.
A part ça, je me disais que ce serait bien de rendre compte de livres rimbaldiens sur Les Illuminations, je pense aux livres de Raybaud, Sacchi et à quelques autres, parfois en m'en tenant à quelques articles d'un rimbaldien, et je pense rendre compte aussi des notes de Jean-Pierre Giusto dans l'Oeuvre-Vie, édition où Les Illuminations sont placées avant Une saison en enfer et où Giusto justifie cette décision en précisant ne pas chercher à s'opposer aux conclusions de Bouillane de Lacoste. C'est en effet intéressant de voir les arguments qui furent avancés pour cette édition particulière, la dernière à placer la Saison à la fin. Qui plus est, commenter d'anciennes éditions permettra de mesurer la distance parcourue depuis, car nous lisons de nouvelles notices ou de nouveaux commentaires, parfois sans nous rendre compte de cette évolution.
Je prévois aussi un article établissement du texte en revenant sur la Pléiade 2009 et l'édition fac-similaire de Bardel et Oriol. Je pensais à un titre : "Les Illuminations bardéliques" aussi.
A suivre donc, mais pour le coup je vais m'en tenir à une information brève. Dans l'Oeuvre-Vie, Les Illuminations sont annotées par Giusto, mais des notes d'autres rimbaldiens sont incrustées dans l'ensemble. A la page 1161, nous avons donc une note de Marc Ascione  sur "Mexicaine et flamande". J'imagine que "Lacken" est une coquille pour "Laeken". Ascione est convaincu que cette association ne peut que renvoyer à la fille de Léopold Ier mariée à l'empereur Maximilien d'Autriche, Charlotte de Belgique. Elle a été impératrice du Mexique et son mari a été fusillé en 1867, ce qui la fait sombrer dans la folie. Elle vit à partir de là en recluse à Tervueren, ville néerlandophone et donc flamande de Belgique. Ascione précise qu'elle est évoquée dans La Curée de Zola et que Verlaine en parle dans ses Confessions. Toutefois, Ascione est obligé d'admettre que son caractère hypothétique lorsqu'il se demande si cela va aider le lecteur à comprendre "mexicaine et flamande", "sans parents", "vagues sans vaisseaux", voire "son domaine, azur et verdure insolents" ou "noms férocement grecs, slaves, celtiques".
Personnellement, je trouve que cela n'explique rien du tout. Je n'arrive pas à voir l'intérêt du rapprochement.

vendredi 27 mars 2026

Noël foireux : les Illuminations c'est obscur !

 Pas de bras, pas de chocolat. Ici se termine donc le calendrier de l'avant. Je ne dois rien développer comme article rimbaldien, mais simplement lire le livre de Bardel qui devait sortir le 26 mars quand j'ai eu l'idée d'un calendrier de l'avant. Mais pas de livre dans mes chaussons sous la cheminée. La publication est reportée au 10 avril comme les rois mages... Ok, on va continuer la série sous cet autre titre "Arthur Rimbaud et les rois mages" jusqu'au 10 avril, mais aujourd'hui c'est relâche.
On devait se lire le livre de Bardel avec des petites douceurs et du café.On pourrait se faire ce merveilleux desserts, je crois anglais, le fraisier, ou bien un cheesecake japonais avec du coulis de myrtilles par-dessus. Le marronnier, c'est un peu tard. J'aimerais aussi un jour goûter à nouveau à une bonne pâtisserie aromatisée au citron et au basilic. Mais bon ce sera sans le livre de Bardel, mais vous me direz que ce serait mettre du sucre sur du sucre et comme de juste on finirait avec la "denture gâtée".
On aurait pu mettre de la musique en fond pour accompagner la lecture. J'ai vu sur la première page d'un article de Circeto Noirmoutier dont je n'ai pas la suite que Murphy était fan de Jeffrey Lee Pierce et du Gun Club.  J'ai en CD les premiers albums Fire of love, Miami, The Las Vegas Story, Mother Juno et le EP Death Party.
Mais bon, c'est de circonstance, on va cracher sur les Etats-Unis. Vive la Russie, vive la Chine et vive l'Iran. Bêtamiaou, on ne t'oublie pas.
 
 
Et tes pilotes de F16 et de F35, ce que j'en pense :
 
 
Le pilote américain lâche ses bombes comme impunément dans le ciel sur des victimes collatérales comme ils disent, mais l'avion finit par tomber.
 
Ciao, les macronistes ! Et bonne leçon de Jack Lang avec Jeffrey Epstein, j'ai bien pensé à conserver le texte du fameux courriel !