mercredi 27 mai 2026

Remise en cause des statistiques de Gouvard et Cornulier sur le lien entre vers déviant et trimètre dans la décennie 1850 !

A la page 176 de Critique du vers, Jean-Michel Gouvard écrit que la "plupart des études sur l'évolution de l'alexandrin au XIXe siècle" ont "négligé de tenir compte de la culture des hommes et des femmes de la période considérée". Gouvard dit avec raison que nous projetons sur le passé les rythmes "5-7, 7-5, 3-5-4, 4-5-3 et autres" auxquels nous ont accoutumés des poètes un peu postérieurs tels que Laforgue, Apollinaire, Queneau ou Bonnefoy, mesures qui "étaient encore à inventer dans les années 1860."
Cornulier et Gouvard pensent que dans la décennie 1850 les premiers vers déviants à la césure prenaient la forme d'un trimètre en considérant que l'invention vient de Baudelaire. Les poètes auraient suivi le modèle de Baudelaire et s'en seraient émancipés progressivement.
Mais le protocole d'enquête est plein de failles.
Je vais les exposer.
Premièrement, il y a un point de glissement mal expliqué qu'il faut comprendre. Cornulier dans Théorie du vers a opposé rythme et mesure. La mesure est l'égalité d'un nombre de syllabes qui se répète. Seule la construction en deux hémistiches de six syllabes est métrique dans un alexandrin. On peut relever dans un alexandrin, une symétrie de trois fois quatre syllabes, mais ce ne sera qu'un rythme. Je vais améliorer ici l'explication de Cornulier. On peut créer un alexandrin avec six mots de deux syllabes séparés par des virgules, cas d'une énumération, cette suite sera un fait de rythme et non pas un élément de la métrique du poème. On peut créer aussi un alexandrin avec une énumération de douze monosyllabes séparés par des virgules, ce sera un fait rythmique. La particularité du trimètre, c'est que cette symétrie ne va pas recouper la césure normale, mais l'enjamber. Et le cerveau va combiner les deux configurations à la lecture. Maintenant, il n'en reste pas moins que le trimètre est un rythme qui a la forme d'une mesure. C'est une mesure locale. Et si j'étais Cornulier ou Gouvard, je penserais à dire que comme la césure normale de l'alexandrin est entravée il y a une sorte de mesure locale qui donne le change. Le procédé n'est bien sûr pas pleinement satisfaisant à l'ensemble du poème. Jugez-en par ce modèle visuel : 66666644466666666. Toutefois, ce serait une sorte de pansement qui fait qu'on ne bascule pas complètement dans l'absence de mesure.
Cornulier soutient dans Théorie du vers que tout au long du dix-neuvième siècle la prolifération du recours au trimètre, notamment par Hugo, a habitué les lecteurs et à plus forte raisons les poètes à lire un alexandrin selon deux modèles possible : la combinaison de deux hémistiches de six syllabes ou une suite de trois membres de quatre syllabes, et ensuite le trimètre aurait été assoupli jusqu'à donner ce qu'on appelle très improprement les semi-ternaires : 3-5-4, 5-3-4, 4-5-3, 4-3-5. Il n'y aurait que quatre profils de semi-ternaires dans la mesure où une loi complémentaire voudrait que le segment de quatre syllabes soit à une extrémité. On ne pourrait pas avoir 3-4-5 ni 5-4-3. Notez que ces deux derniers modèles seraient combinables en 7-5 et 5-7 et correspondraient à l'écart d'une syllabe avec la césure normale. L'appellation semi-ternaire est problématique et cache la vraie analyse. Le fait qu'il y ait des segments de trois, quatre et cinq syllabes est une simple conséquence du dérèglement du trimètre. Si un élément de quatre syllabes perd une syllabe, il faut nécessairement que la syllabe se reporte sur un un autre membre. On passe inévitablement de 444 à une distribution avec des membres de trois, quatre et cinq syllabes. Et notez qu'on pourrait poursuivre le dérèglement avec des suites du type 363 où le dérèglement du trimètre n'est plus que de la redistribution d'une seule syllabe. Et je suis surpris que les métriciens ne pensent pas à envisager ce point précis de dérèglement à partir du trimètre, parce que le semi-ternaire n'est rien d'autre qu'un trimètre légèrement brouillé ! Le semi-ternaire n'est pas un semi-ternaire, c'est un groupe ternaire qu'une légère altération empêche d'être un trimètre. C'est un rythme ternaire qui fait penser à un trimètre. Et il ne s'agit pas de dire que cela va de soi et que cette considération est implicite dans les études sur le passage du trimètre au semi-ternaire. Parce qu'une fois qu'on dit cela, l'idée d'une mesure d'accompagnement 3-5-4 ou 4-5-3 ou 5-3-4 ou 4-3-5 devient automatiquement plus suspecte. Et je vais même aller plus loin. Pour moi, à partir de la toute fin du dix-neuvième siècle, ce qui est apparu, c'est des alexandrins pensés avec la mesure 48 ou 84 sans qu'il y ait à penser un découpage à l'intérieur du segment de 8 syllabes. Pourquoi Cornulier et Gouvard s'attachent-ils au découpage en cinq et trois syllabes à l'intérieur du segment de huit syllabes ? C'est une conséquence de la stabilité du repérage d'un groupe de quatre syllabes à une extrémité du vers, me dira-t-on. Mais ce n'est pas une vraie réponse. Au plan métrique, ça n'a aucun sens. Les trois membres n'ont pas le même nombre de syllabes, ce n'est qu'un fait rythmique sans mesure. Et d'ailleurs, c'est à cette aune qu'on peut étudier le modèle d'évolution que défendent Gouvard et Cornulier. Le trimètre sert à donner le change avec une autre mesure dans un premier temps et ensuite les poètes s'amusent à ne donner aucun change d'une autre mesure pour rendre l'effet encore plus déconcertant.
Mais, je poursuis mon énumération des failles.
Deuxièmement, les métriciens ont analysé exclusivement les césures des alexandrins. Roubaud faisait de l'alexandrin le sujet de son livre La Vieillesse d'Alexandre et le titre du livre de Bobillot qui n'étudie pas que l'alexandrin est clairement un pastiche du titre de Roubaud Le Meurtre d'Orphée. Dans Théorie du vers, Cornulier privilégie l'étude des alexandrins et Critique du vers n'étudie que des alexandrins. Et, plus grave encore, l'étude ne porte que sur les césures.
Or, les audaces à la césure ont une portée comparable à la rime, autrement dit à l'entrevers. Les audaces sont pratiquées dans d'autres types de vers : à l'entrevers d'octosyllabes ou à la césure de vers de dix, neuf ou onze syllabes.
A force de n'étudier que l'alexandrin et sa césure, les métriciens ont étrangement perdu de vue que les mêmes distorsions à la rime ou dans un vers de dix syllabes n'entraînaient aucune recherche d'une mesure faisant l'effet d'un cataplasme. Quand l'audace est entre deux alexandrins, il n'y a pas un rythme 888 compensatoire par exemple. Et dans le cas de onze syllabes, il n'y a aucune possibilité de compensation. Dans le cas du vers de dix syllabes, le modèle chansonnier 55 n'offre pas d'autre recours. Pour le 46, l'inversion pratiquée en Italie 64 serait une solution, mais on ne la constate pas dans les décasyllabes de Desbordes-Valmore, Baudelaire, ni même chez Verlaine. Pour le vers de neuf syllabes, son modèle classique est 36, et donc un 333 n'aurait rien de compensatoire, mais il est compensatoire dans les poèmes à configuration 45 ou 54, sauf que Verlaine n'a pas pratiqué ce tour à notre connaissance, ni Cros, ni un autre.
Troisièmement, Gouvard et Cornulier ne retiennent que des configurations historiques, mais en réalité il existe des schémas intermédiaires : rejets de compléments, rejets de verbes sans compléments, et bien sûr rejets et contre-rejets d'épithètes. Ces rejets n'ont pas complètement disparu au XVIIe et au XVIIIe siècle, mais ils sont tout de même d'une extrême rareté et disparaissent parfois totalement chez certains poètes classiques. Or, quand ces rejets sont pratiqués, on ne remarque pas la compensation par un trimètre chez Chénier, Malfilâtre, Vigny, Hugo, etc. Et pourtant, ce sont des rejets qui heurtent la sensibilité au début du XIXe siècle comme l'atteste la célébrité des premiers vers du drame Hernani avec son "escalier / Dérobé" où les trois syllabes de "Dérobé" excluent la compensation par un trimètre.
C'est un peu gratuit d'affirmer que la compensation ne se pose pas pour le rejet d'épithète parce que c'est une atteinte moins prononcée que le placement marqué d'une préposition ou d'un déterminant d'une syllabe devant la césure. Je veux bien comprendre le raisonnement, mais qu'est-ce qui le valide en tant qu'argument ?
Dans leurs relevés, les métriciens se privent d'étudier les effets métricométriques CPMFs6 en combinaison avec les rejets à la Chénier-Vigny, sans oublier quelques cas particuliers reconnus comme particulièrement discordants mais non encodés par la métricométrie : mot "que", conjonction de coordination "et", etc. Les métriciens s'interdisent d'étudier chronologiquement tout à la fois ce qu'il se passe à la césure et à l'entrevers, alors que l'influence d'un procédé pratiqué à l'entrevers sur la création d'une césure est plusieurs fois attestée : le "comme une" de Musset à la rime est la source du "comme un" à la césure de Baudelaire, tandis que le "comme" à la césure de Victor Hugo vient d'un "comme" à la rime d'Agrippa d'Aubigné. Les métriciens s'interdisent aussi d'étudier une chronologie fouillée impliquant les vers de dix syllabes.
En même temps qu'il dérègle les césures de l'alexandrin, Baudelaire dérègle les césures du vers de dix syllabes : "Je suis comme un peintre qu'un Dieu moqueur". Dans ce vers que je viens de citer, on constate que Baudelaire reprend la forme "comme un" placée devant la césure, et la chronologie de ce vers fait tache dans des études où on vous soutient que pour l'alexandrin le poète ne s'est pas encore émancipé de l'idée d'une mesure de compensation même pas semi-ternaire, mais trimètre. Et de toute façon, même le souci prétendu d'une mesure semi-ternaire est absurde face à ce vers de dix syllabes.
Mais ce n'est pas tout.
Gouvard fait de Baudelaire et partiellement du couple Baudelaire et madame de Blanchecotte les initiateurs du dérèglement des césures à l'alexandrin et il identifie chez ces deux poètes un démarrage au moyen du trimètre. Or, c'est l'occasion de dénoncer trois nouvelles failles dans le raisonnement.
Gouvard a identifié dans la poésie lyrique des vers déviants à la césure antérieurs à ceux de Baudelaire, mais ils étaient trop épars pour changer la perception de la césure.
Gouvard s'est trompé sur la datation des vers de madame de Blanchecotte, il lui attribue des vers déviants en 1855 qui sont en réalité nettement postérieurs faute d'avoir consulté les éditions originales ou plutôt parce qu'il a pratiqué des inférences de datation à partir de recueils d'époque, mais légèrement plus tardifs. Ce problème de datation concerne aussi les vers de Baudelaire, puisque parfois Gouvard date une audace métrique de Baudelaire sur la base d'une rumeur non vérifiée sur l'existence du poème à une date antérieure, et sans tenir compte du fait pourtant clairement attesté que Baudelaire remaniait certains vers.
Et, enfin, Gouvard écarte les vers de théâtre.
Or, si on écarte tout, on se retrouve à attribuer un commencement à un noyau de vers CP6 trimètres de Baudelaire, alors qu'il y a un noyau de six vers CP6 dans les alexandrins du théâtre de Victor Hugo : deux dans Cromwell, deux dans Marion de Lorme et deux dans Ruy Blas, à quoi ajouter les césures déviantes éparses de Desbordes-Valmore dans un décasyllabe, de Borel, O'Neddy, Musset et quelques autres. Gouvard n'a pas identifié les césures déviantes de Desbordes-Valmore, Borel et O'Neddy, mais il a une partie des césures déviantes du théâtre hugolien, des vers de Musset, Barbier et Lapointe notamment. Il faut ajouter un vers de Nerval d'ailleurs qui, tardif, est antérieur aux publications de Baudelaire si je ne m'abuse.
En réalité, en bonne méthode, il faut montrer si Hugo commence par toujours associer le trimètre à ses césures CP6 déviantes. Ce n'est pas le cas. 
 
Je t'approuve. / Il faut pour ne rien faire à demi,

Nous pourrons, puisqu'il nous appelle et nous invite. 

Dans Cromwell, les deux césures déviantes (dans les deux vers que nous venons de citer) ne s'appuient pas sur le trimètre, et d'ailleurs il se trouve que dans ce drame Hugo pratique avec parcimonie ses deux premiers trimètres en jouant maximalement sur la symétrie des répétitions de mots, ce qui fait qu'on ne pourrait même pas dire qu'Hugo habitué aux trimètres va compenser naturellement la césure déviante par un trimètre. En revanche, dès Marion de Lorme, Hugo va associer la césure déviante à la compensation par un trimètre, trimètre créé par la segmentation du dialogue en trois répliques et au centre on a la forme : "C'est un refus ?" que Baudelaire va reprendre dans "Semper eadem" avec "C'est un secret", forme avec le déterminant "un" à la césure qui est précisément le mot à la césure du vers déviant du "Voyage à Cythère" avec "Chacun plantant comme un outil son bec impur". En clair, Baudelaire a repris au masculin l'entrevers de Musset "comme une / Aile de papillon" mais en l'appliquant à la césure comme Hugo avait repris le "comme" à la rime d'Agrippa d'Aubigné pour le mettre à la césure, mais Baudelaire en faisant cela reprenait aussi le déterminant "un" à la césure du vers de Marion de Lorme, fait prouvé par la reprise plus nette dans "Semper eadem" et Baudelaire savait aussi qu'à la césure dès ses Odes et ballades Hugo avait pratiqué le "comme si" devant la césure, ce qui était le modèle du "comme une" à la rime de Musset et ce qui mobilisait à nouveau ce fameux mot "comme" source d'une autre adaptation hugolienne. Et Baudelaire a aussi démarqué le caractère de trimètre du vers en question de Marion de Lorme, le trimètre étant par ailleurs un jeu remis à la mode par Victor Hugo.
 
Comme elle y va. / C'est un refus ? / Mais je suis vôtre. 
 Vivre est un mal. C'est un secret de tous connu.
 
Chacun plantant, comme un outil, son bec impur
 
Au lieu d'analyser le vers de Baudelaire comme un jeu culturel, Gouvard l'a analysé comme un commencement, ce qui est une erreur de méthode absolue.
Hugo montre que les audaces ne commencent pas par la compensation, mais que la compensation trimètre est venue dans un second temps, cas comparable à l'évolution de Mérat décrite par Gouvard.
Les césures déviantes sur alexandrins de Borel et O'Neddy ne sauraient être analysées en trimètres, Borel pratiquant un enjambement de mot, et cela est compréhensible à une époque où le trimètre n'est en rien prégnant, l'usage hugolien étant encore des plus parcimonieux.
 
Désordre, je vais vous susciter le tableau (O'Neddy, Nuit première)
Adrien que je redise encore à toi-même, (Borel, Agarite)
  Et moi, sous leur impénétrable ombrage, (Desbordes-Valmore, L'Arbrisseau, 1820
 
Partant de là, si à la suite de Baudelaire, plusieurs poètes ont créé des CP6 trimètres, c'est simplement par choix. Mallarmé est un admirateur de Baudelaire qui pastiche très nettement le maître. Il reste alors madame de Blanchecotte, Villiers de l'Isle-Adam, Leconte de Lisle et Banville. Madame de Blanchecotte n'a publié des vers déviants qu'à partir de 1861. Les formes de trimètres sont ostentatoires, mais ce n'est que l'influence du modèle baudelairien qui explique le choix du trimètre en soutien à l'effet CP6.
Desbordes-Valmore, Borel, Musset, Hugo et O'Neddy suffisent à ruiner toute l'étude statistique de Gouvard sur l'émergence des CP6 et même M6 qui seraient d'abord des trimètres avant d'être des semi-ternaires. Les premiers CP6 et M6 n'étaient pas des trimètres ! Le premier M6 : "Adrien que je redise encore une fois"! n'est pas un trimètre ou un semi-ternaire, il date de 1833. La première césure déviante sur déterminant n'est pas non plus dans une configuration en trimètre ou en semi-ternaire, puisque Desbordes-Valmore l'a pratiqué dans un décasyllabe du poème "L'Arbrisseau" et le premier alexandrin CP6 de Victor Hugo n'est pas non plus un trimètre, il se trouve dans Cromwell qui date de 1827, sept ans après l'audace de Desbordes-Valmore.
 
 
 
Avec la perte de deux vers de madame de Blanchecotte, le relevé de Gouvard pour la décennie 1850 s'amaigrait. Notons que Gouvard a ignoré une première publication de Villiers de l'Isle-Adam passant à côté d'un relevé plus précis des césures déviantes de ce poète. De toute façon, avant 1861, les vers déviants sont dérisoires chez tous les poètes y compris Baudelaire. La plupart des vers déviants de Baudelaire arrivent d'un seul coup en 1861. Et certes, il y a eu des publications en revue, des manuscrits, mais il est tout de même délicat de dater les uns par rapport aux autres les vers déviants du recueil de 1861 !
Il faut ajouter que Gouvard présuppose que Baudelaire lisait certains de ses vers en trimètres ou semi-ternaires en s'autorisant des césures à l'italienne, procédé que Baudelaire n'a jamais pratiqué à la césure normale. Par exemple, Gouvard découpe en semi-ternaire le vers suivant : "Exaspéré comme un ivro/gne qui voit double,", mais c'est un préjugé qui vient de la conviction que Baudelaire a dû s'émanciper de la forme de compensation trimètre. Baudelaire sait que les premiers vers CP6 de Cromwell ne sont pas des trimètres. baudelaire admire Borel, il connaît forcément le vers : "Adiren que je redise encore une fois". Baudelaire s'inspire du "comme une" à la rime de Musset qui ne suppose aucune compensation. Partant de là, c'est une pétition de principe de métricien de prétendre que "Exaspéré comme un ivrogne qui voit double," marque une évolution du trimètre vers le semi-ternaire, alors qu'il n'y a rien d'autre à voir qu'une césure déviante comparable à "Je suis comme un peintre qu'un dieu moqueur". La coupe dans "ivrogne" n'a pas lieu d'être et est même contradictoire avec le fait que jamais Baudelaire ne pratiquerait une telle coupe à la césure normale de l'alexandrin.
Enfin, Gouvard date de 1857 le premier CP6 de Baudelaire non trimètre, il s'agit d'un vers du poème "Le Beau navire" : "Tes nobles jambes, sous les volants qu'elles chassent," où Gouvard fait remarque que "volants" est sur les huitième et neuvième syllabes de l'alexandrin. En toute rigueur, il faut aussi mentionner que "jambes" est sur les quatrième et cinquième syllabes de l'alexandrin, mais Gouvard ne le fait pas puisqu'on l'a vu il accorde à Baudelaire la licence des césures à l'italienne dans les trimètres. En clair, ce vers CP6 de 1857 n'est pas un trimètre, ni même un semi-ternaire. Or, il faudrait une étude rigoureuse de la publication des vers de Baudelaire ou une étude rigoureuse des manuscrits. En tout cas, en 1857, c'est la première édition censurée des Fleurs du Mal qui a eu lieu. Il y a un nombre dérisoire d'alexandrins à césure déviante dans ce recueil: "Chacun plantant, comme un outil, son bec impur" ou "A la très belle, à la très-bonne, à la très-chère," car la plupart des césures déviantes apparaîtront seulement dans l'édition de 1861. Si, après deux trimètres, Baudelaire produit un vers qui n'est ni un trimètre, ni un semi-ternaire en 1857, qui croira à une évolution par la pratique ? ça n'a aucun sens. Il n'y a pas eu le temps pour une première habitude compensatoire.
La thèse évolutive de Gouvard relayée par Cornulier est clairement absurde. CQFD.

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