dimanche 22 février 2026

Bardel a encore fait une simpsonnerie de la "Nuit qui chante"

Bardel Simpson, ça sonne comme le Fils, mais je pense plutôt au Père !
 
Dans l'article finalement comique d'Adrien Cavallaro : " 'de Chinois de daines" point ", un fait m'a frappé. Il évoque allusivement le problème du déchiffrement du vers 73 qui suit immédiatement le "oudaines" qui donne mal aux yeux aux rimbaldiens, mais il ne le traite pas, il ne rappelle même pas quel il est !
Pour rappel, dans mon article mis en ligne sur le blog Rimbaud ivre de Jacques Bienvenu en octobre 2010, je travaille à l'élucidation de deux vers consécutifs du manuscrit de "L'Homme juste". Je résous toutes les difficultés du vers 72 et je déchiffre sans effort la prétendue partie illisible, mais je fais aussi une mise au point sur le vers 73 où j'explique qu'il faut lire "Nuit qui chante". Et sur ce point, Cavallaro ne dit rien du tout. Pourquoi ?
Commençons par renvoyer à notre article de 2010 :
 
 
Sur ce vers 73 précisément, le problème est d'identifier le mot du début. Les éditeurs contournaient la difficulté avec des solutions qui leur paraissaient approximativement s'approcher de la leçon perceptible du manuscrit : "Mais" ou "Puis". Il s'agit, qui plus est, de deux mots grammaticaux, de deux mots-outils, qui ne vont pas apporter une charge considérable de sens parasite comme ce serait le cas avec un nom conjectural du genre "Maïs", "puits" ou que sais-je encore ? C'était une solution de moindre mal pour que les lecteurs ne soient pas trop frustrés à la lecture.
Dans mon article dont le texte effectivement est identique ou à peu près identique à celui que j'ai publié dans la revue Méthode, je précise bien qu'en 1999 Steve Murphy a émis l'hypothèse que ce pourrait être le mot "Nuit". Je citais cette phrase de Steve Murphy : "La dernière lettre pourrait être un t avec la barre détachée de la hampe et non un s. On pourrait éventuellement lire Nuit." J'ai applaudi et confirmé en écrivant à la suite de cette citation : "Tout juste, car la barre est détachée au-dessus du mot suivant et une comparaison avec les N majuscules d'un autre manuscrit, tel Ce qu'on dit au poète à propos de fleurs, aurait dû emporter tout dernier scrupule." C'est bien écrit : "aurait dû emporter tout dernier scrupule." Quand je dis "c'est bien écrit", c'est non seulement pour me jeter des fleurs en fait de style, mais pour bien vous signifier que j'ai formulé qu'on passait de l'hypothèse à l'évidence.
Dans l'édition des Œuvres complètes d'Arthur Rimbaud dans la collection de la Pléiade en 2009,  c'est informé par mes soins que Guyaux a revu le texte. Il a commis la bourde bien malheureuse de mettre entre crochets ", de daines," en ne reprenant pas fidèlement le déchiffrement pourtant évident du manuscrit, mais il a édité "Nuit qui chante", je crois même sans mettre de crochets.
Le silence a été important sur le déchiffrement du vers 73 et cette fois-ci il n'y avait pourtant pas de risque de heurter les prérogatives rimbaldiennes, puisque la solution a été formulée en toutes lettres par Murphy qui donnait même la raison de la difficulté du déchiffrement. Même le fait de dire qu'il n'avait pas à hésiter pouvait-il lui être insupportable ? C'est ce que je me suis souvent demandé toutes ces années durant. ¨Pourtant, Bardel pour cette résolution n'avait plus qu'à lui dire : "Homerphy beaucoup."
Et c'est ce qu'il n'a pas fait, mais ce qu'il dit, sur son site internet Arthur Rimbaud, du problème de déchiffrement de ce vers 73 est tout de même particulièrement révélateur.
 Sur le site Arthur Rimbaud d'Alain Bardel, vous avez une rubrique "Tous les textes" et sur la page "Dossier Verlaine (1871-1872)", vous avez une transcription du manuscrit de "L'Homme juste" avec un rectangle d'annotations dans la marge gauche.
 
 
Sur la transcription, Bardel récuse ma solution, il maintient ardemment les points entre crochets, tolérant un déchiffrement de "daines", mais même pas du nom "daines", puisque "daines" étant collé au crochet fermant Bardel présuppose que "daines" est la fin d'un mot, sinon il aurait ajouté un espace.
La note 4 à propos de ce vers 72 est laconique : "Manuscrit confus" avec une revue rapide de solutions jadis proposées et je suis mentionné ainsi que l'article du blog Rimbaud ivre en lien ci-dessus avec le désespérant verbe de mise à distance : "Ducoffre propose : 'ou daines' ".
Pourquoi Bardel n'arrive-t-il pas à être convaincu ? La réponse est dans son commentaire au déchiffrement du vers 73.
Pour le vers 73, tout le premier mot est remplacé par des points entre crochets dans la transcription : "[...] qui chante : nana, comme un tas d'enfants près", et dans la note 5 nous avons droit à une perle : "Manuscrit confus. AA [pour Antoine Adam] : "Puis", BB [pour je ne sais pas qui] : "Mais" ; LF [pour Louis Forestier] : [...] ; AG-09 [pour André Guyaux en 2009] : "Nuit", solution précédemment avancée par SM-I [pour Steve Muyrphy dans son édition philologique des Poésies en 1999], à titre d'hypothèse." 
Comme je l'ai dit plus haut, Guyaux a fixé cette leçon sans crochets suite à mon intervention, et comme Bardel citait mon article du blog Rimbaud ivre pour le vers 72 il aurait dû le citer pour ce vers 73. Bardel m'escamote, mais il y a un autre fait intéressant. Bardel refuse d'entériner "Nuit" comme l'a fait Guyaux et comme je conseillais de le faire, mais il formule un reproche. Guyaux a choisi imprudemment d'écrire "Nuit" alors que Murphy n'envisageait cela que comme une hypothèse. En clair, c'est Steve Murphy et lui seul qui décide d'avaliser une lecture, un déchiffrement, une démonstration, dans l'esprit d'Alain Bardel. C'est ça, la rimbaldie, ça rime avec maladie. Vous avez une preuve accablante du blocage de la vérité dans les études rimbaldiennes. On s'en remet à un avis d'autorité auquel on attribue sans aucune base rationnelle  un pouvoir d'extra lucidité. Murphy n'a émis cela que comme hypothèse, il ne faudra pas croire en l'hypothèse de Murphy, le bon murphyen enregistrera comme article de science que c'est n'est là qu'une hypothèse, et donc que la vérité est ailleurs. Le maître l'a dit.
Ne cherchez pas plus loin les difficultés d'une partie des rimbaldiens à lire "ou daines" sur le manuscrit de "L'Homme juste" !
 
Allez une idiotie qui chante "nana" en guise de cadeau pour ceux qui ont lu cet article jusqu'au bout :
 

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